
Je suis dévasté depuis hier. Olivier OLTRAMARE le rédacteur en chef de GEEK MAGAZINE est mort.
Il y a deux jours, je lui parlais encore au téléphone. Je pestais contre ce numéro 54 que décidément je n’arrivais pas à boucler : des fausses pistes, des défections, un grand auteur qui annule au dernier moment. Bref, c’était pas la joie et Olivier, comme toujours, était là : optimiste, bienveillant, chaleureux : « t’inquiètes pas « mon beau » (oui !…), on va trouver une solution ».
Il faut que je vous le dise : Olivier était une crème d’homme. Qui se battait depuis 5 ans contre le crabe.
Au son de sa voix, on pouvait entendre si la semaine avait été difficile. Dans les pires moments, il semblait fatigué mais toujours présent, lucide, brillant.
Dans les meilleurs il fourmillait d’envies, d’idées, de concepts et il avait cette incroyable bonté de m’y inclure. Oh…il fallait le suivre, je ne comprenais pas toujours tout ce qu’il m’expliquait : le plaisir de l’entendre, heureux, vivant l’emportait sur la finalité du message.
C’est comme ça la vie : on compte les points, on se rappelle de ces petits riens, tout prend sens bien après.
Au printemps dernier, nous avions eu une petite fâcherie, un de ces malentendus que les réseaux sociaux occasionnent. Je lui écrivais dans la nuit pour lui dire ce que je vous dis : Olivier n’était pas seulement un rédac’chef exceptionnel qui savait diriger avec bienveillance un magazine de référence tout en laissant carte blanche à ses contributeur ; c’était aussi et surtout un mec bien. Qui m’inspirait au quotidien : un type qui s’est battu contre la maladie tout en restant du côté de la vie, de l’envie, de l’en…vie.
En relisant cette lettre qui nous a réconciliés dès le lendemain, je réalise que je lui disais que je l’aimais et il en a été très touché. Nous n’en avons plus jamais reparlé, un respect réciproque s’était installé et j’ai finalement eu cette chance : lui dire à quel point sa vie et ses avis m’étaient précieux.
Pour lui, j’écrivais jours et nuit, avec cette impatience de savoir ce qu’il penserait de mes papiers.
Son journal m’a offert des opportunités inespérées, d’aller au bout de mes rêves, là où la raison s’achève. J’attendais chaque numéro avec impatience, j’adorais planifier avec lui et Chris, les suivants.
Chaque samedi, mon plaisir du week-end était de poster des brèves sur le site de GEEK, d’écrire à l’aube encore et toujours avec ses tripes, à l’heure où de nombreuses pages « créent » des contenus avec cette merde d’intelligence artificielle qui pillent les artistes, nivellent l’écriture, le langage et la pensée par le bas. Olivier, lui, si vivant dans sa pensée incarnait ce bastion d’intégrité, de sagesse, de lucidité.
Olivier est mort paisiblement jeudi. Quelques heures auparavant donc, je lui parlais au téléphone. On avait plein d’idées, on s’est quittés tendrement, j’avais une urgence au bureau, « on se rappelle ce week-end » lui ai-je dit.
Lorsque Nikolavitch m’appelle hier soir pour m’apprendre cette horrible nouvelle, sa voix tremble.
Je hurle : « ce n’est pas possible, je viens de lui parler, je boucle l’article final, là ».
Un peu comme Bowie qui nous quittait deux jours après la sortie de BLACKSTAR.
Comme si sa présence, que l’on croyait infaillible malgré la maladie, son œuvre, sa passion contagieuse pour la culture populaire, pouvait le soustraire à notre condition humaine : celle de disparaître quoiqu’il advienne. Et qu’il advienne que pourra…
Ce soir, je pense à toi, mec à ce que tu as donné à tes équipes et à tes lecteurs si nombreux. Et bien évidemment à sa famille dont je n’ose imaginer le chagrin.
En coulisses, on s’appelle, on se parle, on se rappelle, on se reparle, on est KO debout.
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J’ai écrit tellement de choses pour toi Olivier ; ce soir, c’est une épitaphe et, putain…ça me brise le cœur. Je perds un mentor, un compagnon, un modèle.
Si une bribe de toi vit encore, sans doute va-t-elle me réconforter, me sourire, m’encourager. Certes. Mais ce soir, j’ai besoin d’être triste, de m’écrouler car c’est encore comme ça que je penserais à toi.
On t’aimait. Je t’aimais.
Tu as rendu ma vie plus grande et plus belle.
Vers la tristesse et au-delà.
Bon voyage, mec.
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Bruce-
