Bish oh my Bish ! (Bishop)

Bishop par John Ostrander et Carlos Pacheco

Un article de  : JP NGUYEN

VO : Marvel 

VF : Semic (collection RCM)

1ère publication le 23/03/2015- MAJ le 28/06/2020

« First issue collector’s item !»

 First issue collector’s item !

Bishop est un personnage créé par Jim Lee et Whilce Portacio, apparu dans le numéro 282 de la série Uncanny X-Men, paru en 1991. A ses débuts, j’avais plutôt du mal à l’apprécier. Rétrospectivement, il me fait penser à Poochie, de « Itchy et Scratchy » dans les Simpsons… Référence cryptique ? Disons que Bishop avait tout du personnage cool qui était imposé de force par les auteurs et les forces éditoriales pour coller aux exigences marketing de son temps. Cependant, la mode est capricieuse et un personnage conçu pour être « à la mode » a d’autant plus de risques de se trouver un jour « passé de mode ». Mais c’est une autre histoire…

La mini-série Bishop, par John Ostrander/Carlos Pacheco/Cam Smith et Joe Rosas, respectivement au scénario/dessin/encrage et à la couleur, reste pour moi un bon souvenir qui m’a fait davantage apprécié le mutant à l’œil tatoué venu du futur. Sur 4 épisodes parus entre décembre 1994 et mars 1995 et compilé dans un TPB intitulé « The Mountjoy Crisis », cette mini déroule en effet la confrontation entre Bishop et Mountjoy, un criminel mutant lui aussi originaire du futur.

Dans son époque, Bishop faisait partie des XSE : Xavier’s Security Enforcers, il traquait et exécutait les mutants renégats, une lutte assez éloignée de l’idéal originel de Charles Xavier ! C’est à la poursuite de toute une bande de criminels mutants menés par Trevor Fitzroy que Bishop a traversé un portail temporel pour se retrouver dans notre ère. L’idée de la mini-série, c’est que l’un de ces criminels, Mountjoy, a échappé à Bishop et rôde à New York.

Mountjoy : croqueur de femmes, au sens littéral

Mountjoy : croqueur de femmes, au sens littéral

Mountjoy possède le pouvoir d’absorber physiquement les êtres pour acquérir leurs capacités. Il peut alors soit prendre leur apparence ou bien les « ingérer » définitivement en lui. Il a aussi le pouvoir de ralentir les réflexes de ses proies en exerçant une sorte de subjugation afin de pouvoir établir un contact physique. C’est un adversaire assez puissant et inquiétant, évoquant les mythes du vampire (il a un côté séducteur) et/ou de l’ogre (après tout, il s’agit bien de dévoration pour ses victimes). Il est doté d’une certaine prestance, même si son costume est assez quelconque.

Grâce au mutant Forge, aux compétences technologiques extraordinaires, Bishop se voit offrir l’opportunité de faire équipe avec l’hologramme de Shard, sa sœur décédée. Bien qu’immatérielle, Shard fournit à Bishop une sorte d’ancre morale, lui rappelant les valeurs qu’il défendait du temps du XSE. Ces valeurs rentrent en conflit avec celles des X-Men contemporains, en particulier sur la question du droit de tuer. Et oui, à cette époque, le meurtre est encore tabou pour les élèves de l’institut Xavier ! Outre le duel avec Mountjoy, c’est bien le choix que Bishop doit faire entre deux systèmes de valeurs antagonistes qui sert de fil conducteur à la série.

…mais aussi conflictuelle

Shard-Bishop : une relation fraternelle complice mais aussi conflictuelle

Malgré son petit gabarit, il s’avère que Shard était la personnalité dominante de la fratrie. Plus ambitieuse que son frère, elle était devenue plus gradée que lui et s’agaçait qu’il se contente d’un poste de simple chef de patrouille. Elle garde cependant de la reconnaissance pour son aîné, celui l’ayant protégée quand elle était plus jeune. Même a l’état d’hologramme, ses sentiments pour Bishop restent perceptibles et fera tout son possible pour l’aider dans la traque de Mountjoy Ayant relu récemment ces épisodes, j’ai été frappé par les similitudes entre Bishop et une icône de l’univers Marvel : Captain America. Steve Rogers resta prisonnier des glaces pendant des décennies et se réveilla dans une époque qui n’était pas la sienne, dans un monde qui avait profondément changé. Venant de mondes en guerre, tous deux sont porteurs d’un certain sentiment de culpabilité envers leurs frères d’armes décédés : Bucky pour Cap, Malcom et Randall pour Bishop.

Mais alors que le Captain rejoignait les Vengeurs avec l’aura d’une légende, Bishop intègre les X-Men qui sont pour lui des légendes. La vulnérabilité de l’homme déraciné et transporté dans un passé qu’il avait fantasmé est assez bien rendue dans cette série, à mon sens bien mieux que dans les premiers épisodes de Byrne/Portacio/Lee, où Bishop apparaissait juste comme un militaire bourru. Ainsi, dans le premier numéro, on voit Bishop mal à l’aise pour accompagner Tornade dans une sortie au théâtre.

 En salle des dangers, Bishop rejoue en boucle la bataille où il perdu ses co-équipiers

En salle des dangers, Bishop rejoue en boucle la bataille où il perdu ses co-équipiers

L’équipe artistique Pacheco/Smith/Rosas livre une prestation de qualité. Les couleurs sont certes un peu flashy mais étant donné les duels à base de décharges d’énergie et de champs psioniques et la présence holographique de Shard, la pyrotechnie infographique n’est pas déplacée. Surtout, le trait de Carlos Pacheco est très plaisant, rendant parfaitement justice aux personnages et ne négligeant pas les détails sur les décors ou les véhicules. Les poursuites qui émaillent le récit sont haletantes et lui confèrent une grande fluidité de lecture.

Les scènes de combat bénéficient d’un découpage dynamique, la puissance des coups échangés est bien rendue, avec juste ce qu’il faut d’ombrage et de silhouettes pour atténuer la violence graphique. Lors des scènes de fusion/absorption, le dessin transcrit bien le caractère assez inquiétant du pouvoir de Mountjoy, tout en restant visuellement supportable. Les scènes statiques sont moins réussies, la gamme des expressions faciales restant assez limité (colère, surprise, joie), Pacheco cédant aussi à certains tics graphiques en vogue à cette époque (dents serrées ou bouche ouverte avec filets de bave…).

Pendant que ses élèves risquent leur peau, le professeur X s’inquiète pour eux mais ne se laisse pas abattre : il s’enfile du champ’ dans la limousine !

Pendant que ses élèves risquent leur peau, le professeur X s’inquiète pour eux mais ne se laisse pas abattre : il s’enfile du champ’ dans la limousine !

Ostrander reviendra sur le personnage avec Bishop : XSE, une autre mini-série en 3 numéros se déroulant intégralement dans le futur, dessinée par Steve Epting. De son coté, Scott Lobdell contribuera à rendre Bishop plus sympathique dans la série Uncanny X-Men (l’épisode 311 où Sabretooth manque de s’évader de l’Institut est notamment un bon souvenir…) tout en ne le ménageant pas vraiment (nouveau voyage temporel dans Legion’s Quest et grande errance dans l’ère d’Apocalypse).

Mais pour moi, cette mini d’Ostrander-Pacheco est l’histoire qui m’a réconcilié avec ce X-Man. Le format en 4 numéros ne laisse pas de place aux temps morts et est à l’opposé de la décompression qui prendra le pouvoir dans les années 2000. Même si le récit regorge de scènes d’action, le scénario ménage suffisamment de place pour la caractérisation du personnage principal et la résolution de son dilemme moral. C’était il y a (déjà) longtemps, un temps que les moins de vingt ans etc. Une époque où les héros s’ingéniaient encore à véhiculer certaines valeurs… Si vous vous retrouviez dans un portail temporel vers le passé, en franchiriez vous le seuil ? Pour accomplir son devoir, Bishop n’avait pas hésité. Pour ma part, je ne pense pas que je ferais le pas, bien que l’état actuel du Marvel Universe constitue une certaine motivation pour replonger dans le passé…

Allez, faisons comme Bishop, ne restons pas tournés vers le passé (enfin, dans son cas, le passé est aussi le futur…)

Allez, faisons comme Bishop, ne restons pas tournés vers le passé (enfin, dans son cas, le passé est aussi le futur…)

19 comments

  • sam331  

    Comme quoi, le dicton, « il n’y a pas de mauvais personnage, juste de mauvais auteur » se confirme. Ostrander est un scénariste peu apprécié aujourd’hui alors qu’il était très recherché à la fin des années 80 et début des années 90. Il est dommage qu’il n’ait pas connu un destin à la Peter David, qui malgré tout a réussi à maintenir une position chez Marvel et des scénarios de qualité malgré le fait qu’il « soit passé de mode ».

    Il est triste de voir le destin de Bishop aujourd’hui, un de ces personnages massacrés au cours des années 2000 par des auteurs sans idées et sans imagination qui ont transformé une franchise en constante expansion en un monstre Ouroboros se dévorant lui même et s’appauvrissant d’année en année faute d’idée fraiche.

    • Nikolavitch  

      pour moi, Ostrander est un des très grands scénaristes mésestimés. c’est quelqu’un de très efficace, qui a un grand sens des interactions entre personnages (peut-être parce qu’il vient du théâtre, au départ). son Grimjack est un des très grands comics indés des 80’s, et ce qu’il a fait sur Star Wars est vraiment un des tous meilleurs trucs de l’univers étendu.

  • Jyrille  

    Merci de parfaire ma non-culture Marvel ! Je pense que les mini-séries sont forcément intéressantes par leur format… D’ailleurs DC a abandonné la continuité, c’est une bonne nouvelle je trouve. Sinon puis-je dire que je trouve le titre de cet article – une fois n’est pas coutume – de faible qualité ?

    • JP Nguyen  

      Pour le titre, l’inspiration n’était sans doute pas au RDV, la preuve : je n’avais même pas de titre alternatif…

  • Tornado  

    Le titre m’a fait rire. c’est déjà bien !

    Plus le temps passe, et plus mon envie de lire du Marvel va en décroissant. Le pire étant les X-men et, le encore pire étant leurs dérivés. Dons je tri-passe, je sur-passe, je multi-passe…

  • X- Bruce  

    Non ! le titre est plus intéressant qu’on l’on pourrait supposer. Regardez : le combat des Xmen est un combat désespéré ! Au cinéma et en BD ( voir le dernier Preacher), les combats perdus d’avance sont souvent illustrés par la bataille de Fort Alamo. Et qui chantait, Biche oh ma biche ? Un certain Frank ….Alamo !!! Donc bravo JP pour ton premier rébus, que seul le rédacteur en chef et son QI supérieur sera parvenu à déchiffrer !!!!

    Concernant la mini, je trouvais que c’était un produit d’opportunité où l’on apprenait pas grand chose sur le personnage et que j’ai fini par revendre. Pour continuer pour les plus jeunes, Marvel développera dans les pages de Xfactor ( Howard Mackie ? ) une idylle entre Shard ( un holograme) et Wildchild ( un sous wolverine)……

    Ta légende concernant les penchants bourgeois de Xavier ( pas Lancel, l’autre !), est aussi tordante que…vraie !

  • nicolas giard  

    Adamo, pas Alamo mdr
    Un bon souvenir des années 90 en effet.
    J’avais beaucoup aimé Carlos Pacheco.

    Je suis allé à Paris cette semaine, j’ai fais un tour à Album Comics. Moment émouvant lorsque le vendeur m’a ouvert un sac en plastique contenant le X-Men 1 non pas de Jim lee, mais de Stan Lee et Jack Kirby.

    Etat mint, s’il vous plait !
    Quand on pense que ce titre état le moins vendeur de l’écurie Marvel en son temps…

    3000 Euros la petite madeleine de Proust, ceci dit.
    Sympa comme voyage vers le passé.

  • X- Bruce  

    Non Monsieur Giard : Je suis formel ! Il s’agit bien de Frank Alamo ! Sinon, good to have you back !

    • JP Nguyen  

      J’avais fait la même confusion que Nicolas, je pensais à Salvatore Adamo. Mais Biche, Ma Biche était bien chanté par Franck Alamo. Merci, ô grand rédac chef à l’esprit tordu, pour ce rébus caché (de tous, même de moi).
      J’avais sinon pensé à faire un jeu de mots sur Bishop/le jeu d’échecs mais cela me semblait trop cryptique. Du genre, « une mini-série à ne pas lire en diagonale ».

  • Présence  

    Une minisérie que je n’ai pas lue, car parue pendant mon interruption de lecture de comics. J’aime effectivement bien les dessins qui ont un petit côté Alan Davis, et qui ne portent pas la marque de l’influence manga à venir.

    Je redécouvre avec plaisir les œuvres de John Ostrander. J’ai en particulier beaucoup apprécié les 2 tomes du Spectre (dessinés par Tom Mandrake) que DC a réédités récemment. Il me semble me souvenir que Tornado avait également apprécié des histoires de Star Wars écrites par John Ostrander (la série Vector).

  • Stan FREDO  

    Guys, you got me lost here! 😉

  • Tornado  

    Ah oui ! John Ostrander est un des meilleurs scénaristes des comics Star Wars, hélas re-bouffés récemment par Marvel…

  • Patrick 6  

    J’ai acheté, lu et conservé pendant longtemps cette mini-série… Pourtant il ne m’en reste aucun souvenir ! C’est grave docteur ?

    • JP Nguyen  

      C’est sûrement la faute à Charles Xavier ! Il a du effacer tes souvenirs !

      • Patrick 6  

        Me voilà rassuré, je craignais que ce ne fut Alzheimer !

    • Marti  

      Bizarrement la fin des années 90 semble avoir disparu de la mémoire de nombreux lecteurs. Coïncidence ? Je ne pense pas !

  • Eddy Vanleffe  

    Une mini série qu’on attendait à l’époque pour avoir la fameuse réponse à cette question: Qui est le traître chez les X-Men?

    • Nicolas  

      C’etait le Prifesseur X, décision éditoriale, mais le traitre aurait pu etre n’iomporte qui. Belle énigme en son temps.

      • JB  

        Ce qui est absurde, puisque cette mini offrait une conclusion à cette histoire de trahison. Mountjoy était censé investir le corps de Gambit, dont il savait qu’il survivrait jusqu’à son époque d’origine. Gambit était donc le « traître » par possession.

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