Cannibal à Low Cost (Just a Pilgrim)

Just a Pilgrim par Garth Ennis et Carlos Ezquerra

Z'auriez pas de l'après soleil ?

Z’auriez pas de l’après-soleil ? © Dynamite

Première publication le 14/10/16. Mise à jour le 25/07/19

Par BRUCE LIT

VO : Dynamite

VF : Semic

Just a Pilgrim est une mini série parue chez Black Bull et réedité depuis chez Dynamite. Initialement publié par Semic en France, il n’existe pas de réédition à l’ordre du jour en hexagone. Les scans ont été un vrai cauchemar à obtenir…

En 2002, à peine Preacher terminé, que Garth Ennis embrayait déjà sur une nouvelle série : Just A Pilgrim. Le pitch est assez convenu et rappelle peu ou prou Ken le Survivant : après une Apocalypse nucléaire nommée la grande brûlure, un groupe de survivants est sauvé d’une bande de pillards par un vieil homme récitant la bible et maniant comme personne les armes à feu.

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Décidément, le Punisher… © Marvel Comics

…obsède Garth Ennis !© Dynamite

Borgne, une croix marquée au fer rouge sur la joue gauche, le Pilgrim est il un justicier ordinaire ou un personnage au passé plus sombre ? Car ce personnage ne jurant que par le corps du Christ est un cannibale repenti ! Est il fiable ? Alors que Preacher et Punisher transposaient le Western en milieu urbain, Ennis laisse libre cours à ses fantasmes et transpose l’action du Pilgrim dans le désert. Un justicier solitaire mélange de Lee Marvin et de John Wayne qui vient en aide à une communauté et dont l’altruisme cache des actes horribles. Son chapeau évoque autant celui du cow-boy que du fanatique de l’inquisition.

Si l’amateur de Garth Ennis navigue encore une fois en terrain connu, on ne peut qu’admirer la cohérence et les nuances qu’Ennis apporte à son récit. Preacher traitait d’un jeune prêtre qui perdait la fois ? Pilgrim est un vieil homme qui la retrouve ! Le Saint Of Killers était une machine de guerre qui fuyait la rédemption? Pilgrim la recherche ! La mort de ses enfants transforme Frank Castle en justicier psychotique incapable de changement ? Pilgrim doute progressivement de l’existence d’un Dieu et remet ses actes en question ! Garth Ennis prend donc le contrepied de ses anti-héros pour aboutir au même résultat: le portrait d’un homme désespéré luttant contre ses démons intérieurs.

Tu vas te repentir nom de Dieu ?

Tu vas te repentir nom de Dieu ? © Dynamite

La narration de Garth Ennis est construite sur le même schéma que pour Punisher : Des individus aux fortes valeur morales mais sans défense vont croiser un justicier qui les protegerera au mépris de leurs certitudes.  Ennis met en avant deux personnages symboliques qui vont mettre en branle les actions du justicier à la Bible : un enfant et une femme qui par le biais de leurs journaux intimes vont traduire leur point de vue sur ce Cow Boy au chapeau d’inquisiteur.

Ces jeux de miroir sont comme toujours fascinants chez Ennis. La première histoire verse souvent dans le grotesque tragique ( comme pour Welcome Back Frank), la deuxième dans le désespoir total sans humour ( Punisher MAX ). La construction du récit est la même, seul le ton change. Un homme au passé tourmenté vient aider une communauté armé d’une bible et d’un fusil. Après avoir débarassé cette communauté d’une première vague de menaces, celle ci doute : Pilgrim et sa violence constitue t’il un espoir ou une menace ? Celui-ci exécute froidement des animaux domestiques  pour achever de semer le doute ! (acte 1 ).

Castenado : entre Daredevil et Captain...Crochet !

Castenado : entre Daredevil et Captain…Crochet ! © Dynamite

La menace persiste sur la communauté et le Pilgrim parait désormais incontournable (acte 2). La violence se déchaîne autour des civils qui vont apprendre l’horrible vérité sur le Pilgrim. Ses actions aident elles la communauté ou la précipite t’elle vers une mort certaine ? Les arguments fusent contre ce sauveur malsain (acte 3). Une alliance fragile se dessine, les combats quittent le grand air pour devenir souterrains et étouffants. Tous les personnages rencontrent un destin tragique (acte final).

En bloc Monolithique, le Pilgrim est involontairement comique. Ses compatriotes vont tenter de le changer. On peut même voir dans la première histoire une parodie de l’affrontement de deux héros Marvel : le Pilgrim rappelle Frank Castle. Le terrifiant Castenado évoque un Daredevil Pervers. Devenu aveugle à cause de radiations, Castenado a perdu la vue mais ses sens ont été décuplés. Son look évoque une version trash d’un capitaine Crochet dévoreur d’enfant. L’affrontement final révélera que Pilgrim et Castenado sont les deux face d’un même miroir.

Pilgrim : un des personnages les plus sombres de Garth Ennis

Pilgrim : un des personnages les plus sombres de Garth Ennis © Dynamite

La deuxième histoire est plus sombre. Le lecteur connait déjà le Pilgrim et sait que ses actions engendrent le chaos. Et le voici plongé dans le monde de doux utopistes qui ont recrée le Jardin d’Eden. Le ver et dans le fruit et je vous laisse découvrir la fin bouleversante de ce récit. Comme Frank Castle, Billy Butcher ou Jesse Custer, Ennis parvient à rendre attachant un homme qui se livre à des actes répréhensibles. Encore une fois, le lecteur du Punisher peut apprécier les correspondances : Pilgrim va aider une fillette dans des catacombes kidnappée par des parasites ? Frank Castle explore le métro en compagnie d’une assistante sociale !  La fillette en question est empoisonnée ? Frank Castle dans Mother Russia est piégé dans un souterrain avec une petite fille contaminée !

Avec son trait violent, ses personnages qui suintent la méchanceté, Ezquerra était le dessinateur idéal pour cette série. Dommage que ses civils soient si laids et souffrent du syndrome Mc Farlane: des coupes de cheveux ridicules et des visages parfois caricaturaux. Certains détails restent cependant irrésistibles comme le fusil du Pilgrim véritable pétoire rafistolée de partout avec de l’adhésif ! La couverture de Texeira est une pure merveille.

C’est avec un plaisir inouï que j’ai rattrapé mes 10 ans de retard sur Just a Pilgrim et ne regrette pas d’avoir fait confiance une fois de plus à Garth Ennis. Ses talents de conteur sont inégalables.

Paradis Perdu !

Paradis Perdu ! © Dynamite


Digne rejeton de Clint Eastwood, plus résistant qu’un scorpion aux radiations et plus mystérieux que Wolverine, le Pilgrim de Garth Ennis et Carlos Ezquerra ressort le bout de ses flingues chez Bruce Lit.
La BO du jour:

Quand t’es dans le désert depuis trop longtemps….(tu te prends pour Bashung)…

19 comments

  • Lone Sloane  

    Un de tes meilleurs titres de chronique, Bruce. Ruggero Deodato apppreciera.
    Je suis en pleine relecture de The Boys et, grâce à toi, le Pilgrim se rappele à mon souvenir. reste à le trouver d’occase…

  • Présernce  

    Bruce, ta mise en perspective de « Just a pilgrim » dans la carrière de Garth Ennis est aussi impressionnante que pertinente (je n’aurais jamais pensé à faire ça). Par contre, je ne suis pas convaincu de la référence à Daredevil. Par comparaison avec d’autres scénaristes, il ne me semble que les influences d’Ennis sont moins enracinées dans les superhéros. Il a pu piocher la figure de l’aveugle capable de percevoir plus que le commun des mortels, par ses autres sens, dans d’autres types de récits.

  • Bruce lit  

    Bonjour à tous !
    Lone Sloane : d’avoir de nouveaux lecteurs réguliers me ravit !
    Présence : Je pense qu’il s’agit d’une référence inconsciente. Je suis sûr qu’Ennis a lu les épisodes de DD de Miller tout du moins ceux avec le Punisher enfant. Rappelez vous aussi, que DD est le seul personnage Marvel qu’il semblait respecter lorsque celui-ci apparaissait dans son run de Punisher MK.

    • Lone Sloane  

      Bruce, ton site est une vrais fontaine, parfois sanglante, de jouvence…
      Et, à la réflexion, sur le sujet du cannibalisme je crois que c’est la contribution du grand Magnus que je trouve la plus stimulante avec le très mordant Necron.
      http://cinesthesies.fr/necron-fumetti-magnus-1981-1985/

  • Tornado  

    « Just A Pilgrim » est un excllent cru « Ennis ». J’ai adoré.
    La première partie est correcte. La seconde est dantesque !!!

  • Nicolas  

    Une histoire glauque à souhait et trash veriepar un Ennis en pleine forme.

    L’hisoitre de la brulure m’intrigue : serait-ce une nova ou alors une eruption solaire géante qui a ravagé la terre ? L’état du monde me rapelle Niourk un peu : on est dans l’avenir, les océans se sont asséchés completement, il ne reste que des peuplades retournés a l’état primitif qui essaient de survivre tant bien qsue mal dans les fonds océaniques transformés en deserts.

    Castenado : angoissant.

    Le thème du cannibalisme est rcurrent chez Ennis : l’ancien Speitnatz dans Preacher et les trois frangins cannibales qui manquent de bouffer Starr me viennet à l’esprit.

    C’est vraiment une histoire sans espoir pour ses protagonistes.

  • Bruce tringale  

    Ah oui Nicolas bravo, j’avais complètement occulté ces histoires de Preacher. Il y a aussi les parallèles à faire avec Crossed.

    • Nicolas  

      Crossed : trash et de très mauvais goût avec en plus une sale histoire d’inceste dans l’arc Family Values.

      • Nicolas  

        Garth Ennis me décoit beaucoup depuis ces dernières années,l ui qui était si drole, incisif dans ses écrit ne fais plus que du trash. Surtout avec Crossed et The Boys.

  • Bruce lit  

    The boys est une série exceptionnelle à mon sens, bcp plus fine que les premiers épisodes pourraient le laisser à penser. Red Team est très bien aussi.

  • Bruce lit  

    Intéressant je suis sûr que je peux télécharger, emprunter ce film en médiathèque.

  • Présence  

    Dark Horse comics avait édité une anthologie appelée « Harlan Ellison dangerous vision » proposant des adaptations en comics de certaines de ces nouvelles. Pour moi Ellison est une énigme. J’ai parcouru sa page wikipedia (VF & VO), j’en ai retenu que c’était un écrivain de SF novateur, grande gueule et procédurier. Les rares comics de lui que j’ai lu ne volaient pas bien haut. Par exemple, un récent :

    http://www.amazon.fr/Harlan-Ellisons-7-Against-Chaos/dp/1401239102/ref=cm_rdp_product

  • Jyrille  

    A boy and a dog, j’en ai entendu parler mais, jamais vu. Je ne connais pas Harlan Ellison. Ni ce Ennis… Tout ce que je peux dire, c’est que le pitch me rappelle également un film, plus récent : Book of Eli, avec Denzel Washington.

  • Présence  

    J’ai pris conscience du temps qui passe, et qui affadit. Je comprends ta remarque et le fait que le temps émoussera et érodera le tranchant des provocations d’Ennis. J’ai l’impression que les histoires d’Ennis ne reposent pas que sur leur capacité à choquer, en particulier ses histoires de guerre font preuve d’un regard personnel sur le métier de soldat, ses servitudes et ses grandeurs (plus les premières que les dernières).

    J’ai découvert il y a peu la série de la Grande guerre de Charlie de Pat Mills et Joe Colqhouhn. La forme est vieillote, la narration est parfois maladroite, mais ces histoires n’ont rien perdu de leur caractère provocateur et érudit.

    http://www.brucetringale.com/au-bout-de-la-nuit/

    Je n’ai pas su voir ces éléments de valeur dans le peu que j’ai lu d’Harlan Ellison. En quoi était-il novateur dans le contexte de son époque ?

  • Jyrille  

    Exact ! Enfin, Hell je ne connais pas, mais The Road, je ne l’ai pas vu, je l’ai lu. Très bon livre.

  • Rasmouta  

    Jsuis fan du punisher de ellis il va dinc dalloir que je me penche sur pillgrim. Merci pour la decouverte

    • Bruce lit  

      Hello Rasmouta,
      Merci.
      Si tu veux qu’on soit copains, et je n’ai aucun doute que l’on puisse le devenir, ne jamais confondre Ennis (que je vénère) avec Ellis (qui me sort par les yeux)…C’est un peu comme Miller et Millar quoi….
      Bon, le Warren Hellicopter compte aussi de nombreux fans mais je ne le supporte pas.
      Sinon Welcome on Bruce Lit !

  • Ozymandias  

    L’Enfer est pavé de bonnes intentions, dit-on ; eh bien, Garth Ennis nous le prouve de la plus belle des façons. L’article se suffit à lui-même, je n’ai rien besoin d’ajouter sinon que le dessin caricatural de EZQUERRA participe parfaitement à l’intrigue et lui confère une unité fond/forme incontestable. Notons que Frank Castle connaîtra lui aussi une aventure post-apocalyptique, beaucoup moins portée sur l’humour noir et cathartique à souhait.

    PS : Warren Ellis est un excellent scénariste (MANTRA N°10) :-)

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