Cannibal à Low Cost (Just a Pilgrim)

Just a Pilgrim par Garth Ennis et Carlos Ezquerra

Z'auriez pas de l'après soleil ?

Z’auriez pas de l’après soleil ? © Dynamite

Première publication le 14/10/16. Mise à jour le 29/08/18.

Par BRUCE LIT

VO : Dynamite

VF : Semic

Just a Pilgrim est une mini série parue chez Black Bull et réedité depuis chez Dynamite. Initialement publié par Semic en France, il n’existe pas de réédition à l’ordre du jour en hexagone. Les scans ont été un vrai cauchemar à obtenir…

En 2002, à peine Preacher terminé, que Garth Ennis embrayait déjà sur une nouvelle série : Just A Pilgrim. Le pitch est assez convenu et rappelle peu ou prou Ken le Survivant : après une Apocalypse nucléaire nommée la grande brûlure, un groupe de survivants est sauvé d’une bande de pillards par un vieil homme récitant la bible et maniant comme personne les armes à feu.

franken_06

Décidément, le Punisher… © Marvel Comics

…obsède Garth Ennis !© Dynamite

Borgne, une croix marquée au fer rouge sur la joue gauche, le Pilgrim est il un justicier ordinaire ou un personnage au passé plus sombre ? Car ce personnage ne jurant que par le corps du Christ est un cannibale repenti ! Est il fiable ? Alors que Preacher et Punisher transposaient le Western en milieu urbain, Ennis laisse libre cours à ses fantasmes et transpose l’action du Pilgrim dans le désert. Un justicier solitaire mélange de Lee Marvin et de John Wayne qui vient en aide à une communauté et dont l’altruisme cache des actes horribles. Son chapeau évoque autant celui du cow-boy que du fanatique de l’inquisition.

Si l’amateur de Garth Ennis navigue encore une fois en terrain connu, on ne peut qu’admirer la cohérence et les nuances qu’Ennis apporte à son récit. Preacher traitait d’un jeune prêtre qui perdait la fois ? Pilgrim est un vieil homme qui la retrouve ! Le Saint Of Killers était une machine de guerre qui fuyait la rédemption? Pilgrim la recherche ! La mort de ses enfants transforme Frank Castle en justicier psychotique incapable de changement ? Pilgrim doute progressivement de l’existence d’un Dieu et remet ses actes en question ! Garth Ennis prend donc le contrepied de ses anti-héros pour aboutir au même résultat: le portrait d’un homme désespéré luttant contre ses démons intérieurs.

Tu vas te repentir nom de Dieu ?

Tu vas te repentir nom de Dieu ? © Dynamite

La narration de Garth Ennis est construite sur le même schéma que pour Punisher : Des individus aux fortes valeur morales mais sans défense vont croiser un justicier qui les protegerera au mépris de leurs certitudes.  Ennis met en avant deux personnages symboliques qui vont mettre en branle les actions du justicier à la Bible : un enfant et une femme qui par le biais de leurs journaux intimes vont traduire leur point de vue sur ce Cow Boy au chapeau d’inquisiteur.

Ces jeux de miroir sont comme toujours fascinants chez Ennis. La première histoire verse souvent dans le grotesque tragique ( comme pour Welcome Back Frank), la deuxième dans le désespoir total sans humour ( Punisher MAX ). La construction du récit est la même, seul le ton change. Un homme au passé tourmenté vient aider une communauté armé d’une bible et d’un fusil. Après avoir débarassé cette communauté d’une première vague de menaces, celle ci doute : Pilgrim et sa violence constitue t’il un espoir ou une menace ? Celui-ci exécute froidement des animaux domestiques  pour achever de semer le doute ! (acte 1 ).

Castenado : entre Daredevil et Captain...Crochet !

Castenado : entre Daredevil et Captain…Crochet ! © Dynamite

La menace persiste sur la communauté et le Pilgrim parait désormais incontournable (acte 2). La violence se déchaîne autour des civils qui vont apprendre l’horrible vérité sur le Pilgrim. Ses actions aident elles la communauté ou la précipite t’elle vers une mort certaine ? Les arguments fusent contre ce sauveur malsain (acte 3). Une alliance fragile se dessine, les combats quittent le grand air pour devenir souterrains et étouffants. Tous les personnages rencontrent un destin tragique (acte final).

En bloc Monolithique, le Pilgrim est involontairement comique. Ses compatriotes vont tenter de le changer. On peut même voir dans la première histoire une parodie de l’affrontement de deux héros Marvel : le Pilgrim rappelle Frank Castle. Le terrifiant Castenado évoque un Daredevil Pervers. Devenu aveugle à cause de radiations, Castenado a perdu la vue mais ses sens ont été décuplés. Son look évoque une version trash d’un capitaine Crochet dévoreur d’enfant. L’affrontement final révélera que Pilgrim et Castenado sont les deux face d’un même miroir.

Pilgrim : un des personnages les plus sombres de Garth Ennis

Pilgrim : un des personnages les plus sombres de Garth Ennis © Dynamite

La deuxième histoire est plus sombre. Le lecteur connait déjà le Pilgrim et sait que ses actions engendrent le chaos. Et le voici plongé dans le monde de doux utopistes qui ont recrée le Jardin d’Eden. Le ver et dans le fruit et je vous laisse découvrir la fin bouleversante de ce récit. Comme Frank Castle, Billy Butcher ou Jesse Custer, Ennis parvient à rendre attachant un homme qui se livre à des actes répréhensibles. Encore une fois, le lecteur du Punisher peut apprécier les correspondances : Pilgrim va aider une fillette dans des catacombes kidnappée par des parasites ? Frank Castle explore le métro en compagnie d’une assistante sociale !  La fillette en question est empoisonnée ? Frank Castle dans Mother Russia est piégé dans un souterrain avec une petite fille contaminée !

Avec son trait violent, ses personnages qui suintent la méchanceté, Ezquerra était le dessinateur idéal pour cette série. Dommage que ses civils soient si laids et souffrent du syndrome Mc Farlane: des coupes de cheveux ridicules et des visages parfois caricaturaux. Certains détails restent cependant irrésistibles comme le fusil du Pilgrim véritable pétoire rafistolée de partout avec de l’adhésif ! La couverture de Texeira est une pure merveille.

C’est avec un plaisir inouï que j’ai rattrapé mes 10 ans de retard sur Just a Pilgrim et ne regrette pas d’avoir fait confiance une fois de plus à Garth Ennis. Ses talents de conteur sont inégalables.

Paradis Perdu !

Paradis Perdu ! © Dynamite


Digne rejeton de Clint Eastwood, plus résistant qu’un scorpion aux radiations et plus mystérieux que Wolverine, le Pilgrim de Garth Ennis et Carlos Ezquerra ressort le bout de ses flingues chez Bruce Lit.
La BO du jour:

Quand t’es dans le désert depuis trop longtemps….(tu te prends pour Bashung)…

29 comments

  • Jord Ar meur  

    Jyrille, tu peux rajouter « Soleil vert/Soylent Green » 1973, La Route/The Road 2009, Hell (2011), pour ne citer qu’eux dans le cannibalisme post-apocalyptique…

  • Jyrille  

    Exact ! Enfin, Hell je ne connais pas, mais The Road, je ne l’ai pas vu, je l’ai lu. Très bon livre.

  • Jord Ar Meur  

    Presence, je te donne déjà quelques éléments de réponses. Dans un sondage effectué par les fans de SF québécois de mars 1975 désignant les auteurs les plus populaires cette années-là, H. Ellison se trouvait à la 14ème place ex-equo avec Philip K. Dick et E.F. Russell. Ellison a remporté de nombreux prix dont les plus fameux : Hugos, Nebulas and Edgars, et ce de multiples fois. Sa nouvelle de 1965 « Repent, Harlequin!’ Said the Ticktockman » détient presque un record de rééditions même en VF sous le titre « Repens-toi, Arlequin! dit Monsieur Tic-Tac » (une nouvelle à lire absolument qui eut d’ailleurs une adaptation en Comics parues en VF dans l’un des « Écho des savanes spécial USA »). Quant à son anthologie « Dangereuses Visions », elle fit l’effet d’un coup de tonnerre éclatant dans le ciel de la SF en 1967. Son propos était de tout chambouler par un pavé de 575 pages, le plus considérable recueil de fiction spéculative jamais publié à l’époque et conçu dans un but spécifique de révolution. Aucun tabou n’était respecté, même pas celui, sacro-saint dans les livres de SF, de la pornographie. Certes, cette anthologie ne fut peut-être pas la révolution annoncée par Harlan mais elle remua profondément le monde de la SF outre-Atlantique, aussi bien au niveau des écrivains que du public. Elle fut le signal d’une plus grande liberté d’expression et de beaucoup plus audaces dans le choix des thèmes pour de nombreux auteurs tant anciens que modernes. Source : « Histoire de la Science-Fiction moderne » Jacques Sadoul, 1973, réédition améliorée de 1975.

  • Rasmouta  

    Jsuis fan du punisher de ellis il va dinc dalloir que je me penche sur pillgrim. Merci pour la decouverte

    • Bruce lit  

      Hello Rasmouta,
      Merci.
      Si tu veux qu’on soit copains, et je n’ai aucun doute que l’on puisse le devenir, ne jamais confondre Ennis (que je vénère) avec Ellis (qui me sort par les yeux)…C’est un peu comme Miller et Millar quoi….
      Bon, le Warren Hellicopter compte aussi de nombreux fans mais je ne le supporte pas.
      Sinon Welcome on Bruce Lit !

      • Lone Sloane  

        Je viens d’Hélitreuillé son 007 à Warren, et je suis curieux de lire ce qu’il a pu faire du personnage fétiche de Ian Fleming

  • Ozymandias  

    L’Enfer est pavé de bonnes intentions, dit-on ; eh bien, Garth Ennis nous le prouve de la plus belle des façons. L’article se suffit à lui-même, je n’ai rien besoin d’ajouter sinon que le dessin caricatural de EZQUERRA participe parfaitement à l’intrigue et lui confère une unité fond/forme incontestable. Notons que Frank Castle connaîtra lui aussi une aventure post-apocalyptique, beaucoup moins portée sur l’humour noir et cathartique à souhait.

    PS : Warren Ellis est un excellent scénariste (MANTRA N°10) :-)

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *