Cobra Star ! (Cobra Kai 3)

Cobra Kai 3 sur Netflix

Un article de : BRUCE LIT

Cet article prend le relais de Eddy qui résumait ICI les qualités des deux premières saisons de COBRA KAI sur Netflix. Rappelons qu’il s’agit de la suite des 3 KARATE KID des années 80 avec le même casting qu’il est préférable mais pas indispensable d’avoir vu.

Quelques spoilers mineurs viendront ramper dans cette review.

Génération Karaté
 ©Netflix

A la fin de la saison 2, les élèves de Miyagi-Do (l’école de Daniel LaRusso basée sur un Karaté à usage défensif) et ceux de Cobra Kai (une école vantant une agressivité préventive) s’affrontaient sauvagement dans l’enceinte de leur lycée. Dans cette chorégraphie moderne rappelant celle d’un WEST SIDE STORY où chaque camp justifie sa violence de son point de vue subjectif, survenait un drame encore plus effroyable qu’une dizaine de gamins transformant leur établissement scolaire en ring d’arts martiaux :
le jeune Miguel chutait du haut d’un escalier et parachevait brutalement l’affrontement bon enfant entre Daniel LaRusso et Johnny Lawrence. Le public allait devoir attendre un an pour savoir si le petit était mort ou, dans le meilleur des cas, sévèrement handicapé.

COBRA KAI 3 reprend sa narration directement en l’état. C’est le 1er point fort de la série depuis sa création : des épisodes de 30 minutes pour des saisons de 10 épisodes. Les scénaristes vont droit à l’essentiel et ne se perdent jamais dans des intrigues secondaires foireuses où les comédiens doivent justifier leur salaire (les amateurs de Floki dans la dernière saison de VIKINGS comprendront).

Chaque épisode résout le cliffhanger de l’épisode précédent, explore les motivations des personnages, leur passé, leurs fêlures et, sans manichéisme, explique leur changement d’alliance ou de point de vue. De nombreux personnages établis vont ici changer de camps du fait de leur évolution logique suite à l’accident de Miguel.

Celui-ci est vivant mais tétraplégique et Johnny Lawrence va tenter l’impossible pour l’aider à retrouver l’usage de ses jambes. Daniel quant à lui doit sauver son entreprise souillée par son activité secondaire : comment le patron d’une PME a pu être entrainé dans un fait divers sanglant ?

Même le trailer est grandiose
 ©Netflix

COBRA KAI 3 interroge ses personnages sur leur rapport à la violence. Celle-ci est toujours justifiée par les épreuves que ceux-ci ont dû affronter. Rustre, dépassé et un peu beauf, Johnny Lawrence a bon coeur et a adopté son agressivité comme pulsion de vie. Son Karaté lui permet de ne pas sombrer dans la dépression. Il est parfois, l’intelligence en moins, très proche du DAREDEVIL des comics qui ne veut jamais abandonner.
Son Karaté va lui permettre de penser pouvoir guérir son élève handicapé. C’est une force de vie.

La grande nouveauté de COBRA KAI 3, c’est de donner un passé à John Kreese, le vilain Rambo de la série et le fondateur de Cobra Kai. On le savait agressif, vil, sournois et manipulateur. La série le met en scène avec 40 ans de moins, enrôlé au Vietnam. Prisonnier du fait d’avoir fait preuve de compassion à un moment inopportun, John Kreese va devoir s’endurcir pour survivre en temps de guerre. Il devra affronter son mentor au dessus d’une fosse à serpent. Son Karaté est l’importation de son stress post traumatique : adapté à un conflit de vie et de mort, inadapté, tout du moins en apparence, à une paix basée sur la violence du libéralisme. C’est une force de mort.

John Kreese n’a pas toujours été un salaud. Des flasbbacks qui humanise enfin le vilain de la série.
 ©Netflix

Daniel lui, réalise que son égo a nuit à son approche pacifique. Chaque personnage est devenu père de substitution : Johnny Lawrence a pris sous son ailé le jeune Miguel au détriment de son propre fils dont il a foiré l’éducation. Daniel va alors devenir le sensei de Robby, le fils de son rival, attisant ainsi leur animosité. Lorsque celui-ci est placé en centre de correction, LaRusso part au Japon se ressourcer.
Il ne s’agit pas de vacances mais du retour sur les lieux de KARATE KID 2 où son Karaté allait lui sauver la vie.

Là, et c’est le principe inchangé de la série, il y rencontre l’intégralité du casting originel. Le public qui a vécu les années 80 est bien sûr ému de voir ces adultes ridés, fatigués et meurtris par la vie. KARATE KID était le récit d’une jeunesse, ses idéaux et son romantisme : sauver mon honneur, ma copine et ma vie en jouant au karatéka.
COBRA KAI c’est des cinquantenaires, qui après ces événements romanesques mais forts en intensité, se sont mariés, ont divorcé, fondé une entreprise et se sont remis en question.

Tous les seniors de COBRA KAI, même John Kreese, sont le résultat de leur passé, de leurs échecs apaisés par quelques succès. Lorsque Daniel retrouve Yuji Okumoto, le rival qui voulait le tuer dans KARATE KID 2, l’émotion est à son maximum : les deux cinquantenaires vont partir en retraite ensemble (sic) pour tenter d’adopter le point de vue de l’autre au moment des faits. On se rappelle pourquoi Daniel LaRusso, ex-adolescent geignard, pas très malin et souvent très agaçant est un héros : son Karaté reste celui de l’esprit et de la sagesse.

Deux ennemis mortels se retrouvent 35 après
© Netflix
Source : Gamespot

Sagesse, vie et mort vont donc s’affronter encore avec une nouvelle génération qui va se reconnaître tour à tour dans ses seinseis que le Karaté a sauvé d’une certaine faillite spirituelle. La relation entre les maîtres et les élèves est admirablement écrite : les ados cherchent à canaliser leur violence et leurs angoisses, les adultes ont besoin de ces gamins pour exister et se sentir valorisés. Tous font partie du même monde, d’une même histoire quelque soit leur âge, leurs couleurs, leurs classes sociales.

COBRA KAI 3 vient le confirmer : cette série outsider est venue démontrer ce que l’on pensait impossible avec les vomissures de la postlogie STAR WARS : oui, on peut faire du neuf avec du vieux, oui on peut faire du fan service en adéquation avec la continuité de la série, faire vieillir intelligemment ses personnages historiques en les faisant coexister avec les problématiques d’une autre ère.

On trouvera bien des égards des analogies avec la saga de George Lucas : un héros innocent, une fripouille au grand coeur et un maître expert en manipulation d’enfants surdoués. Tous gravitent autour du Karaté / La Force dont les personnages doivent choisir s’il l’utiliseront de manière défensive (plus ingrate et frustrante) ou agressive (immédiate mais dangereuse).
Et un zeste de Xmen ? Trois professeurs, un pacifiste, un violent ambigu et un darwiniste se disputent trois écoles, trois manières d’enseigner auprès de jeunes paumés…

Ne jamais abandonner !
©Netflix
Source Allocine

Dans COBRA KAI, la vieillesse n’est pas un naufrage. Elle est plus lente mais plus sage. La jeunesse manque de maturité mais reste généreuse. Miguel a besoin d’un Johnny Lawrence revenu de tout pour marcher à nouveau, Johnny, de l’habileté du jeune homme, pour se familiariser avec les réseaux sociaux. COBRA KAI, c’est plus qu’une Feelgood Série ; c’est véritablement un lien intergénérationnel.

Le final de la saison 3 offre -enfin- une baston que le KARATE KIDDO attendait depuis 30 ans. Elle ouvre la voie vers un nouvelle voie passionnante avant une conclusion espérée en saison 4. Les meilleures choses doivent avoir une fin et les Showrunners de KARATE KID marchent sur l’eau avec une série aussi simple qu’intelligente qui transcende même les films orignaux. Ceinture noire.

Robby et son air de…. (indice : un rebelle sans cause…)
© Netflix 2020
Source Allocine

La BO du jour :



49 comments

  • Kaori  

    Très bien écrit en effet, cet article…
    Mais je n’ai toujours pas vu les saisons 1 et 2. Je me suis spoilée un peu mais tant pis. Ca m’empêchera pas de dormir.

    Bon, les références à Star Wars, la relation maître-padawan, ça parait évident. Les X-Men, par contre, je n’y aurais pas pensé. Ni à DD. Ni à Saint Seiya !
    Par contre, pour James Dean, sur la photo, ça parait assez évident, mais je ne sais pas ce que ça donne en vrai.

    En lisant l’article, j’ai l’impression qu’on perd quand même pas mal du plaisir de visionnage si on n’a pas vu les films… C’est un peu dommage pour moi, mais je n’ai pas l’intention de m’imposer les visionnages des films pour autant…

    Je la regarderai, un jour, cette série. Probablement en solo cet été.

  • Tornado  

    Ayé, j’ai tout vu.
    La vache, qu’est-ce que j’ai adoré !!! 🤪
    Un pur numéro d’équilibriste : Malgré un réalisme au delà de zéro, on est emporté par le récit. Le final m’a couvert de larmes et des frissons. le bonheur absolu. C’est comme le film CHEVALIER de Brian Helgeland : Du WTF du début à la fin, mais des personnages magnifiques pour une émotion maximale. Tout comme dans le FEAR AGENT de Remender, il faut mettre le réalisme au placard et se laisser porter par le souffle et l’émotion. Et on en a pour son argent !
    Dommage que certains n’y arrivent pas (JP).
    De cette saison 3 je retiens tout particulièrement l’escale japonaise. Enfin un bon passage pour Larusso. Là aussi, quelques scènes suffisent pour planter une poignée de personnages saisissants d’humanité. Qu’est-ce que c’est bien écrit !

    Pour cette histoire de plainte je pense que vous avez fumé la moquette ou que vous vous êtes endormis : Il y a carrément une longue scène où les Larusso vont au poste de police pour porter plainte, et où le policier après les avoir poliment écoutés, leur fait comprendre que Kreeze les a devancés et qu’ils peuvent aller se rhabiller…
    En ce qui concerne les flashbacks de Kreeze là aussi je ne comprends pas : C’est super de comprendre ses motivations et en revanche c’est quand je lis qu’il est incompréhensible qu’un personnage se comporte de telle ou telle façon que je suis le plus en désaccord : Des gens qui font des trucs incompréhensibles, ça existe, ça pullule et qu’il laisse tomber son chef dans la fausse eux serpents sur un gros coup de folie est totalement cohérent par rapport à son basculement vers le côté obscur de la Force.
    100 % d’accord avec Bruce sur tous les arguments.

    • Jyrille  

      D’accord pour le passage au Japon.

      Pour la plainte, tu te trompes : on parle de la fin, où toute l’équipe dévaste la maison Larusso.

      Quant au basculement de Kreeze, désolé mais je trouve ça exagéré.

      • Tornado  

        Et bien justement c’est une scène qui est bien amenée : Ils comprennent rapidement que ces plaintes ne servent à rien. En tout cas dans l’histoire. Et du coup on ne se pose plus la question ensuite (effet ricochet).
        Pour le réalisme il faut savoir le mettre de côté avec ce genre de récit. On est plus dans un récit allégorique qu’un récit réaliste. La suspension consentie d’incrédulité est vraiment de mise.

        • Bruce lit  

          Et bien justement c’est une scène qui est bien amenée : Ils comprennent rapidement que ces plaintes ne servent à rien
          C’est aussi le souvenir que j’en ai avec l’inversion perverse de la ruse de Kreese face au pragmatisme d’Amanda.

        • Jyrille  

          Oui, il faut vraiment prendre sur soi, je suis d’accord.

    • Bruce lit  

      Bien sûr que j’ai raison ! Le Boss a toujours raison ! (On ouvre un dojo ?)
      Je ne connais pas ce film CHEVALIER.

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