David Lynch = Agent Cooper (Twin Peaks 3)

TWIN PEAKS SAISON 3 par David Lynch

Very Special Guest :  STEVE TRINGALE

Bienvenue au royaume du spoiler ! Cet article dévoile la fin de la série légendaire de David Lynch

Cet article pourra être lu en complément du dossier de Tornado  sur la série mère  et sur la saison 3 au moment de sa diffusion. 

Welcome to Agent Cooper © Showtime

Welcome back Agent(s) Cooper
© Showtime

Je l’avais promis à mon frangin ; un article sur Twin Peaks saison 3… Après tout, c’est moi qui ai initié ce grand dadais à la série de Lynch ! Alors, pour Bruce Lit c’est parti !

Attention cet article sera à l’image de la série : éclaté, subjectif, incomplet… Vous êtes prêts ? Fermez les yeux il y a une cascade d’eau, l’écume devient lumière ; apparaît le visage de Laura Palmer…Et cette musique… Pas de doute, vous êtes à Twin Peaks…

Après des années d’absence au cinéma et 25 ans près la fin de TWIN PEAKS, Lynch  revient  à fond la forme. A lui seul il signe la réalisation des 18 épisodes de cette saison 3, là où auparavant il n’intervenait qu’en début et fin de série. Initialement prévue en 8 épisodes par Mark Frost, son coscénariste, Lynch va étirer cette saison et en faire une oeuvre d’art impressionnante.
Chaque épisode est pratiquement autonome  notamment grâce à son rythme interne provoqué par un montage minutieux du son, des personnages clés de la série et des concerts clôturant l’histoire tantôt de manière douce, tantôt brutalement…. Lynch comme dans toute son oeuvre est hanté par l’étrangeté du son.

Tout peut paraître confus, laborieux, voire auto caricatural au premier abord, mais pourtant pour ses aficionados, la saison 3 de TWIN PEAKS avance inexorablement tel un rouleau compresseur d’un point à un autre.
Et si, l’on s’attendait à une suite des plus traditionnelles à une époque où il est bon de rebooter les franchises eighties, la déception sera effectivement de mise. La démarche de Lynch est autre : nous montrer le Twin Peaks post Laura Palmer et surtout  Dale Cooper à qui l’on a parlé à l’envers pendant 25 ans… Cela donne à cette saison une ambiance des plus étrange, froide, absurde déjà tentée dans un Inland Empire, très éprouvant, avec aux manettes un Lynch qui découvre la DV sans producteur pour cadrer son imagination débordante. Résultat : une oeuvre fermée, complexe et franchement pas  intéressante. Mais ici,  le délire de Lynch est bien orchestré et audacieux !

Après LOST HIGHWAY, nouvelle collaboration entre Trent Reznor et David Lynch

Tout d’abord, il délocalise l’action de sa série culte dans différents ville des Etats-Unis jusqu’à se demander si nous allons revenir à Twin Peaks!  Pour la première fois dans sa carrière, Lynch filme New York en rendant la grande pomme aussi inquiétante  que les bâtisses industrielles d’ELEPHANT MAN. Vues aériennes sur les grattes-ciel, murs de briques, cages de verre, prison transparente ?   écran virtuel ? un observatoire du néant ?   Il se permet aussi une escapade en noir et blanc à Paris et dans une banlieue du Dakota en se moquant  de DESPERATE HOUSEWIVES série où jouait son acteur fétiche Kyle Mac Lachlan.

Pour comprendre l’oeuvre de Lynch, il faut ouvrir toutes les boites de Pandore dans chacun de ses films et ne pas hésiter à naviguer entre eux…Nous arrivons ainsi au sujet principal de TWIN PEAKS  saison 3 : La temporalité.
Le fil directeur des 2 premières saisons était axé sur la coexistence  d’un monde réel et d’un autre plus mystique ( il ne fait pas bon vivre dans la loge noire). Nous étions dans un affrontement facile d’accès : le bien contre le mal comme dans Blue Velvet où des rouges gorges chantent malgré Dennis Hooper en psychopathe. Ici le passé, le présent, le futur, les mondes parallèles et les rêves s’entremêlent.

On peut surtout y voir un autoportrait artistique de Lynch.
Après Inland Empire et son terrible échec commercial, Lynch est écœuré et se sent incompris ; ses propositions pour enseigner la méditation dans les écoles américaines pour améliorer l’état du monde ne sont pas prises au sérieux. Il semble ne plus être intéressé par le 7ème art. Il s’installe  à Paris, inaugure des Expos, fait des concerts, produit des disques, et tourne des clips.

Alors quand Cooper revient complètement anesthésié en Dougie et qu’il semble ne pas reconnaître le monde dans lequel il vit, la comparaison entre le Maître et l’acteur-personnage clef est facile. Lynch n’aime plus son époque et ne peut plus faire de films.
Cooper-Douglas d’abord endormi, puis abruti, semble atteint d’Alzheimer. Il ne réagit plus au monde l’environnant  mais s’attache à des détails que nous ne voyons plus. Répétant systématiquement la dernière phrase de ses interlocuteurs, et leur proposant finalement un triste reflet dans le miroir, il se fait aimer de tous bien malgré lui. Il propose un oeil nouveau, tendre et nostalgique sur certains éléments : sur une statue de shérif héroïque (Cooper lui même agent du FBI ? / Lynch anciennement réalisateur très prisé) ou sur son enfant de substitution s’il avait eu la vie de Dougie Jones qu’il regarde avec un amour inconditionnel. Il fait jouir Janey-E  la compagne délaissée de son Doppelgänger minable. Il fait s’écrouler les défenses d’un collègue mal intentionné, il permet à une femme de s’enrichir, à des mafiosos de montrer leur côté tendre à grand renfort de comique burlesque propre à Twin Peaks.

Le retour d’un héros diminué

Il s’entête ensuite à faire un dessin incompréhensible sur un rapport d’assurances : 1 – le plus grand enquêteur du FBI est devenu un simple expert d’assurance / Le plus grand réalisateur du siècle dernier se contente de faire des oeuvres mineures. 2- Personne ne semble comprendre les dessins de Cooper-Dougie à part son patron / Souvent les récits de Lynch déconcertent et seuls quelques fidèles producteurs l’ont compris et lui ont fait confiance.

Enfin il y a la tentative désespérée de rendre le monde meilleur via  Naomi Watts. Dans cet élan, Cooper-Dougie  retourne enfin à Twin Peaks arrêter Cooper-Bob, et tenter de ramener Laura  dans un endroit sûr. On apprend entre temps que Cooper-Bob a violé Diane. C’est en voulant la sauver elle aussi qu’ils se retrouvent sur cette route déserte dans un motel. En quelques bornes  la passion devient mépris. La relation se complique sans qu’on ne sache pourquoi. La route est elle une distance ou un Temps ? C’est dans cet espace que l’on se perd. Cooper retrouve Laura qui est elle aussi une autre femme. Elle n’est plus un cadavre sur le rivage ; Cooper lui prend la main, mais autre récurrence chez Lynch : se prendre par la main c’est se perdre. Dans MULHOLAND DRIVE la blonde et la brune traversent un buisson ardent en se prenant par la main ; elles arrivent à une soirée hollywoodienne ou les rôles de chacune vont s’inverser.  Le guide devient un piège, le chemin, un labyrinthe.
Le monde dans tout ce qu’il a de complexe.

Après avoir rebooté sa propre série, Lynch la modernise.
Le combat final contre l’esprit de Bob est mené par un jeune anglais qui a eu la vision qu’il devait enfiler un gant spécifique pour taper le plus fort possible (ultime prolongement du bras de Mike ?). faut il y voir une ironie de Lynch ? A quoi bon relancer une série d’il y a 25 ans lorsque la mode est aux super héros?

Naomie Watts le dit aux persécuteurs de son mari : c’est à cause de gens comme vous que le monde ne tourne pas rond.
A Twin Peaks, un enfant est tué par le fils de Cooper-Bob
Tout cela résulte de la folie humaine et de l’ère atomique, the Dark Age (épisode hors norme)
Bob est donc battu par la jeunesse  mais il a un problème avec elle : Drogue, violence, suicide, meurtre…
Si Laura était perdue à cause de son père incestueux, maintenant le mal n’a plus d’explications depuis la bombe atomique. Elle a libéré des cellules, donné naissance à des entités et ouvert des brèches dans l’espace et le temps.

L'agent Cooper se tape l'incruste !

L’agent Cooper se tape l’incruste !

Dernier acteur de cette œuvre : le Temps qui fait ses ravages. Lynch fait ses adieux à ses acteurs disparus, déchirants pour  la femme à la bûche, hommage au fidèle agent Albert, clin d’oeil à Bowie transformé en théière(ces anglais…)

Quelque soit le monde parallèle, la route, la vie reprend ses droits avec une vision fataliste des choses.
Cooper doit finalement choisir entre son amour pour Diane ou Laura. Enfin cette scène inoubliable : une surimpression du visage de Cooper sur le déroulé des derniers tableaux. Revenu à Twin Peaks, il voit tous les gens qui l’ont aimé ; voix off ou leur parle t’il directement ? Un tableau dans le tableau. Un rêve dans le rêve. Ou une sortie de soi. Les mots manquent pour expliquer cette scène et pourtant elle semble parfaitement claire. Un simple regard bienveillant sur tous ceux qui ont fait la série de Lynch ; un dernier adieu.
Puis Cooper retrouve Laura, cette Laura qu’on a connu si fragile, si apeurée, que personne n’a pu sauver. Cooper la ramène chez elle et là… fermez les yeux, pas de doutes vous êtes à Twin Peaks !

Les yeux de Laura…

 

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La BO du jour : la richesse de Twin Peaks 3, sa dimension méta et sa fin analysée. Bienvenue à Twin Peaks et chez Bruce Lit.

 

57 comments

  • Steve  

    Salut Jyrille!
    Et oui c était une fake News mais oui on va essayer ! Ce serait cool de reprendre le rouge des rideaux et du noir pour le sol marbré… je vais tenter des trucs cette semaine et te tiens au jus…

    • Jyrille  

      Yes !

  • JP Nguyen  

    Je ne connais pas ce cocktail et j’évite la vodka que je trouve trop fade.
    A première vue, je trouve que l’équilibre alcool/acide/amer/sucre ne semble pas atteint vu la liste des ingrédients.

    • Jyrille  

      Attends JP je ne savais même pas qu’il fallait suivre une règle de dosage entre toutes ces valeurs ! J’ai sorti un truc comme ça en pensant à Twin Peaks et ses décors froids et boisés… tu connais le Cosmopolitan ? J’aime beaucoup.

  • JP Nguyen  

    J’ai trouvé une recette de cocktail « the red and black »
    smittenkitchen.com/2017/05/the-red-and-black/
    Bon, c’est plus red que black, puisque c’est fraises écrasées, tequila et citron vert. Mais ça inclut aussi du sirop maison infusé au poivre noir et un givrage de verre avec sucre/poivre/sel…

  • Tornado  

    C’te bande de poivrots qu’on a ici ! :D
    Il me semble que récemment on s’est fait traiter de ce genre de chose….
    Et ça me va très bien ! :)
    Hé Steve ! Je le veux ce cocktail moi, la prochaine fois ! (Ça te laisse jusqu’au mois de mai au moins pour le mettre au point !) ;)

    • Jyrille  

      Huhu moi aussi ça me va très bien !

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