Demetérialisation (Christian De Metter’s story)

Encyclopegeek : Les oeuvres de Christian De Metter

Par : 6 PATRICK FAIVRE

Cet article portera sur l’œuvre du scénariste/dessinateur Christian De Metter, dont j’ai déjà dit tout le bien que je pensais de sa BD Figurec .

Né en 1968 en région Parisienne Christian De Metter fait ses premières armes dans une école de publicité. Se rendant compte que la pub ce n’est vraiment pas pour lui, il rendra son tablier et enchaînera ensuite les jobs de maquettiste ou d’illustrateur notamment pour la presse Rock. Il choisit bien son domaine d’activité car le Rock est sa deuxième passion, il est du reste également le guitariste dans le groupe « Brigitte » (aucun rapport avec le duo de chanteuses bien connu pour leur reprise de NTM) composé exclusivement de dessinateur de BD : Marc-Antoine Boidin ( Chéri-Bibi …), Pascal Bertho ( Patte de Velours …) et Cyrille Bergère.
Il se lancera finalement dans la réalisation de sa propre BD à la fin des années 90. C’est le début d’une longue et fructueuse carrière, il produira pas moins d’une vingtaine de titres différents sur deux décennies.

Je me propose aujourd’hui de me livrer à une critique sélective de ses œuvres les plus marquantes (ou du moins de mes préférées, les fans me pardonneront des omissions majeures).

 Avec cette Emmanuelle pas besoin de siège en osier pour faire naître l’érotisme

Avec cette Emmanuelle pas besoin de siège en osier pour faire naître l’érotisme© Triskel

EMMA

L’action se déroule à Paris en décembre 1922. Alex est amnésique (sans doute à cause des horreurs de la première guerre mondiale. C’est du moins la théorie des médecins). Grace aux bons soins d’un prêtre il va pouvoir quitter l’hôpital psychiatrique dans lequel il demeure, pour un foyer d’accueil. Il a également obtenu une pension d’invalide de guerre. La bonne action du curé sera cependant fort mal récompensée car avant même la libération d’ Alex, le curé meurt renversé par une voiture !

Ben, un des infirmiers qui s’est pris d’amitié pour Alex, l’accompagne dans sa nouvelle demeure. Il loge dans l’une des deux chambres à l’étage d’une maison miteuse appartenant à une vieille rombière acariâtre et sa nièce Suzon. Profitant de sa liberté, Alex renoue avec sa passion de la peinture. Il réalisera des autoportraits tout d’abord puis il prendra Suzon comme modèle.

Au cours d’une promenade au Père Lachaise il est troublé par la vision d’une femme rousse. Cette dernière va hanter ses rêves et l’obséder pour les semaines à venir. D’autant plus que le destin moqueur veut que cette énigmatique et sensuelle jeune femme devienne sa voisine de palier ! Mais est-ce vraiment un hasard ?
Paranoïa, jalousie et fantasme vont progressivement prendre possession d’Alex…

Réveil tragique succède à un sommeil sans rêve

Réveil tragique succède à un sommeil sans rêve© Triskel

Pour un coup d’essai la première BD de Christian De Metter est un coup de maitre ! Pourtant la partie n’était pas gagnée d’avance, il déclarera plus tard à ce sujet : « C’est une bande dessinée que j’ai réalisée juste pour moi, pour voir si j’étais capable d’aller au bout d’un gros projet. Je ne connaissais rien à la BD et encore moins à l’édition, aux contraintes du nombre de pages, etc. Je n’avais pas de scénario, j’avançais au jour le jour avec un rapport quasi amoureux à la planche. C’était un peu étrange mais aussi assez génial à vivre. »

L’amateurisme du projet n’apparait nullement dans le résultat final. On a au contraire l’impression d’une grande maîtrise du pinceau. Il faut dire que le projet ne prendra pas moins de 10 ans avant de s’achever et de trouver un éditeur ! L’auteur aura donc tout le temps nécessaire de revoir sa copie et de glisser des éléments autobiographique dans sa BD. Comme il le dira lui-même : « Ça peut se lire au premier degré avec une histoire assez simple, mais à d’autres niveaux il y a plein de choses très personnelles qui parlent notamment d’identité, de sa construction et de sa destruction, de la création et de la difficulté de la maîtriser, etc (…) Plein de choses sans doute très prétentieuses mais j’avais 20 ans et j’avais besoin de passer par cela. Aujourd’hui, j’ai toujours des doutes et des questions mais moins d’angoisses ».

D’incertitude et de questionnement il en sera hautement question au cours de ces trois volumes, c’est d’ailleurs le thème central car même après avoir refermé le dernier tome de nombreuses zones d’ombre demeureront. Chacun étant libre d’interpréter la conclusion comme bon lui semblera.

Des planches d’une richesse et d’une complexité à nulle autre pareille !

Des planches d’une richesse et d’une complexité à nulle autre pareille !© Triskel

Cependant ce qui rend mémorable ce recueil est clairement l’approche graphique de l’auteur. Le travail sur les lumières (ou sur l’absence de lumière) est tout simplement incroyable. Les crayonnés sont apparents sous les pinceaux. Le choix des couleurs (en aquarelles pour la plupart) contribue à créer une atmosphère aussi mystérieuse qu’envoutante. La première référence qui s’impose à la découverte de cette BD est Kent Williams. Du reste Emma présente bien des point commun avec le chef d’œuvre de Williams Tell me dark tant graphiquement que pour son ambiance sombre et claustrophobique. Au niveau peinture on ressent également la franche influence d’Egon Schiele. Quand on sait que l’artiste Autrichien nourrissait un gout particulier pour les portraits ou les paysages tourmentés, on comprend bien que l’ambiance de la BD ne se portera pas à la franche rigolade !

-LE CURE (2 tomes 2001 à 2003 Chez Triskel)

En 1935 quelque part dans un petit village perdu dans la campagne Française un nouveau curé, le père Vincent, prend en charge son ministère. En apparence le village coule des jours paisibles mais une angoisse sourde y règne depuis qu’une adolescente a disparu sans laisser de trace.

Le jeune prêtre cache un passé difficile à porter mais il reçoit cependant un accueil chaleureux des villageois. Contre toute attente le religieux sympathise avec le vieux docteur Jarowski, qui est pourtant aussi misanthrope qu’anti clérical ! Un respect mutuel s’installe entre les deux hommes que tout oppose pourtant.

Un prêtre tourmenté par plus d’un secret.

Un prêtre tourmenté par plus d’un secret© Triskel

Un jour le médecin tombe soudainement très malade et se croit condamné. Il désire soulager sa conscience et se livrer à la seule personne qu’il admire, le Père Vincent. Il a en effet un terrible secret à lui révéler : c’est lui qui a tué la jeune Camille Tolziac portée disparue depuis plusieurs semaines ! Dans un moment de folie le docteur, ne supportant pas qu’elle se refuse à lui, l’a étranglée puis enterrée dans son jardin ! Le curé complétement bouleversé par cette révélation part sans lui accorder l’absolution.

Dépositaire d’un terrible aveu et tenu par le secret de la confession, le curé va être petit à petit rongé par celui-ci, surtout lorsque le médecin se remet miraculeusement de sa maladie ! Déjà tourmenté par ce dilemme, son univers va être encore plus bouleversé par l’arrivée de la très troublante et très charmante Clara, une proche du médecin…

 Amen mon fils, amen

Amen mon fils, amen© Triskel

Pour cette nouvelle BD De Metter cosignera le scénario avec Laurent Lacoste. L’ambiance est aussi tendue que tourmentée. Tiraillé entre son envie de révéler la vérité à la famille de la disparue ainsi qu’à la Police et le secret de la confession le prêtre glisse petit à petit vers la paranoïa et l’obsession. La narration habile des deux auteurs nous fait entrer empathie avec le curé.

Graphiquement le travail de De Metter est à nouveau extraordinaire, avec un léger changement de technique par rapport à Emma, cette fois ci les crayonnés sont invisibles sous les aquarelles. Les abstractions de sa BD précédente ont disparues pour laisser place à un réalisme cru. La BD illustre bien le village encré à sa terre. Fini l’onirisme nous sommes dans une histoire terre à terre ou le réalisme l’emporte sur le fantastique.

Le seul reproche que l’on pourrait adresser à cette œuvre, est sa conclusion un peu trop rapidement expédiée. On suppose que la pagination limitée a amputé une partie de l’épilogue. L’œuvre conçu initialement en deux volumes (puis rééditée sous forme d’une intégrale) aurait largement mérité un troisième tome afin de permettre le développement des personnages secondaires et surtout d’apporter un épilogue plus circonstancier.
C’est dommage car sans cela on aurait pu appeler cette BD le chef d’œuvre de De Metter !.

- LE SANG DES VALENTINES De Metter et Catel (Chez Casterman 2004)

Le 11 novembre 1918 l’armistice est signée. Augustin Dortet, jusque-là prisonnier de guerre, est libre de rentrer chez lui. Il a vécu l’horreur de la guerre des tranchées et il ne pense devoir sa survie qu’aux courriers enflammés adressés par sa femme Geneviève. (Les « Valentines » étaient le nom des lettres d’amour envoyées aux soldats de la « grande guerre » par leur compagne)

 L’amour épistolaire pour survivre aux horreurs de la guerre.

L’amour épistolaire pour survivre aux horreurs de la guerre © Casterman

Sa relation avec sa femme avant que la guerre n’éclate n’était pas au beau fixe, le décès de leur jeune enfant avait grandement contribué à dégrader leur relation et flétrir leur amour. Augustin suppose que leur éloignement et le fait d’approcher la mort de si près a permis à leur amour de prendre un nouvel envol épistolaire…
C’est avec grande joie qu’il s’imagine retrouver sa douce dans son village des Pyrénées. Hélas son voyage de retour ne va pas se passer comme prévu et une surprise de taille l’attend à l’arrivée…

Cette fois-ci les dessins sont cosignés par De Metter et Catel. Cette dernière réalisera les dessins figurant sur les Valentines ainsi que les passages où Geneviève apparait de manière onirique. Le style naïf et minimaliste de Catel contraste agréablement avec le trait (et la peinture) élaborés et tourmentés de De Metter. Comme quoi l’alliance graphique de deux styles que tout oppose est parfois une très bonne chose !

Une fois de plus les aquarelles sont prédominantes dans cette BD et sont d’une profondeur et d’une intensité remarquable ! Son trait sert parfaitement l’émotion de l’histoire et l’on suit pas à pas l’évolution des sentiments du personnage principal. De la peur au fond des tranchées, à la joie de la libération, en passant par le désespoir des gueules cassées…

Du reste un commentaire d’un de ces poilus balafrés fait froid dans le dos : « Regarde-moi bien, Augustin, mon visage… ma jambe en moins. La guerre m’a tué de la pire manière qui soit… en me laissant la vie ». Lui qui arbore de manière définitive un sourire balafré du Joker…

L’horreur et l’absurdité de la guerre sont très bien retranscrites et l’on se rend bien compte que chacun des protagonistes a quitté une dévastation pour en retrouver une autre… Peut être pire encore.
Une tragédie sans concession.

Dreams vs reality

Dreams vs reality© Casterman

Si l’on devait émettre un reproche à cette BD ce serait sans doute d’être un peu trop prévisible, on devine assez facilement quelle sera l’issue de l’histoire. On comprend bien cependant que le suspens n’est nullement le propos de l’auteur. C’est bien plutôt l’évolution des personnages et de leurs émotions qui intéresse De Metter.

Comme bien souvent dans les œuvres de l’auteur la fin est très abrupte, mais cette fois-ci ce n’est nullement gênant, car elle ressemble plus à un tombé de rideau inattendu et théâtrale qu’à une fin mal gérée. Bref en un mot comme en cent le Grand Prix du Public qu’a obtenu cette BD à Angoulême en 2005 était très largement mérité !

 

- VERS LE DEMON (2006 Chez Casterman)

Le fils de Jack et Mandy, Neils, est mort assassiné. L’indien qui avait été arrêté et inculpé de ce meurtre il y a 15 ans de cela est finalement innocenté suite à des tests ADN. Pourtant pour Jack ça ne fait pas de mystère, c’est bel et bien l’indien qui a tué son fils ! Il n’a plus qu’une idée en tête : aller le chercher à sa sortie de prison et le tuer pour venger son enfant ! En chemin pour le pénitencier il rencontre, à la suite d’un étrange accident, Sarah, une adolescente fugueuse. Elle décide de faire un bout de route avec lui et devient sa confidente.

The road to nowhere

The road to nowhere© Casterman

Arrivés à la prison ils comprennent qu’ils ont fait ce voyage en pure perte : l’indien a été libéré un jour plus tôt que prévu ! Ils arrivent trop tard ! En menant leur enquête ils apprennent que le meurtrier présumé est parti en stop à destination de Chicago. Le duo décide de marcher sur ses traces en commençant par se rendre dans la réserve Hopis en Arizona dont il est issu.

En chemin Sarah lit Le démon le roman d’Huber Selby Jr. Le livre reflète étrangement l’histoire de Jack car lui aussi, à l’instar du héros du livre, est un ancien coureur de femmes reconverti dans la cleptomanie !
L’affaire se corse lorsque le duo prend en stop un autre ado marginal s’appelant lui aussi Neils…

Avec cette œuvre De Metter renoue avec ses travaux en solo après plusieurs BD cosignées avec d’autres auteurs.
Jouant sur le road-movie à l’américaine le long de la fameuse route 66, l’auteur nous livre ici un recueil étrange où les trois personnages principaux, qui n’ont pourtant rien en commun, vont interagir de manière étonnement complémentaire. L’un évoquant la figure paternelle sécurisante, l’autre servant de béquille et le dernier servant de révélateur d’une vérité niées depuis des années…

Ta couleur c’est le rouge

Ta couleur c’est le rouge© Casterman

Le contraste des couleurs n’a d’égal que celui des personnalités. Le coté bof réac de Jack venant s’entrechoquer avec le coté électron libre sans limite de Sarah.
Oscillant entre émotion, sarcasme et cruauté, les dialogues sont particulièrement percutants. Difficile de ne pas être ému par le sort de ces trois personnages à la dérive et au passé sulfureux.

Graphiquement le crayonné est volontairement rapide et un peu brouillon, avec des délimitations de case volontairement imprécises, comme si l’auteur voulait se faire l’écho du trouble des personnages. Au niveau des teintures on retrouve les aquarelles chères à l’auteur mais cette fois ci-avec une dominance pour la gouache. La palette de couleur s’assombrit au fur et à mesure que l’histoire progresse et se terminent logiquement sur des ténèbres envahissantes.

SHUTTER ISLAND d’après le roman de Denis Lehane (2008 Chez Casterman)

De Metter reprend ses adaptations romanesques, après le précédent Figurec , avec cette fois-ci le Shutter Island de Denis Lehane (publié en 2003 et rendu célèbre par le film de Martin Scorsese en 2010). Le romancier est également l’auteur de Mystic river en 2001.

Un vert… d’eau !

Un vert… d’eau !© Casterman

Quelque part dans les années 50 le Marshal Daniels accompagné de son acolyte Aule débarque sur l’ile Shutter. L’endroit, à mi-chemin entre l’asile psychiatrique et le quartier de haute sécurité, est assez inquiétant. Leur mission est d’enquêter sur la disparition mystérieuse de Rachel Solando, une pensionnaire qui a noyé ses 3 enfants et qui vit depuis dans le déni de cet acte.
Il apparait très vite aux policiers que l’équipe médicale cache quelque chose et que leur professionnalisme porte à question… Que se passe-t-il réellement sur cette ile et surtout que cache le mystérieux pavillon C ?

« Moi je n'ai confiance qu'en mon manche et ma parole... l'une est de fer et l'autre d'acier ! » (tiré du film)

Les deux acolytes ne sont pas encore arrivés sur l’ile qu’ils sont déjà verts © Casterman

L’ambiance moite et glauque du roman (deux enquêteurs lâchés en roue libre dans une sorte d’alcatraz psychiatrique peuplé de malades mentaux homicidaires et d’encadrants médicaux patibulaires, sympa le pitch) était du pain béni pour De Metter spécialiste des atmosphères chargées (doux euphémisme) et de fait l’auteur s’en donne à cœur joie ! Il opte cette fois-ci pour des dégradés de ton verdâtre donnant une impression d’humidité constante et de pourriture inhérente, le tout baignant dans un éclairage minimaliste.

Le seul bémol concerne le relatif petit format des éditions Rivages/Casterman/Noir qui dessert un peu les magnifiques peintures de l’auteur et certaines planches perdent un peu en lisibilité et en intensité. Un découpage astucieux et judicieux des cases vient cependant compenser ce manque d’espace. Maturité technique et sensibilité frissonnante se rencontrent une nouvelle fois et se mettent toutes deux totalement au service de l’histoire.

SCARFACE d’après le roman de Armitage Trail (2011)
Les deux acolytes ne sont pas encore arrivés sur l’ile qu’ils sont déjà verts !

Moi je n’ai confiance qu’en mon manche et ma parole… l’une est de fer et l’autre d’acier !  © Casterman

De Metter remet le couvert dans la collection Rivages/Casterman/Noir avec une nouvelle adaptation d’un roman, celui de Armitage Trail (alias Maurice Coons) j’ai nommé Scarface publié en 1930.
Si ce roman a déjà fait l’objet de deux adaptations cinématographiques (Howard Hawks en 1932 et Brian de Palma en 1983) c’est néanmoins la première fois qu’une BD est tirée de ce récit.

Tony Guarino et son frère Ben sont fils d’émigrés Italiens et grandissent à Chicago. Avec les années leurs chemins divergent : alors que Ben rentre dans la police, Tony lui s’encanaille avec le caïd de la pègre locale Al Spingola. Emporté dans son élan il en vient à culbuter Viviane la femme du dit truand ! Pris en flagrant délit Tony tuera le gangster.

Désormais au chômage il rejoint le gang de l’irlandais O’hara. Il y fait des étincelles notemment grâce à sa nouvelle idée de prodiguer une « protection » aux commerçants du coin en échange d’une « contribution spontanée » de leur part ! Rien ne semble résister à l’ascension de Tony dans le milieu, jusqu’à ce que la première guerre mondiale n’éclate et vienne bouleverser ses plans…

Une nouvelle fois De Metter affiche la maitrise de son art. Sa reconstitution du Chicago des années 30 force le respect. Son mélange de crayonné et de peinture fonctionne parfaitement. L’âge d’or du grand banditisme est restitué avec authenticité et l’on sent bien que le personnage principal est une claire inspiration d’Al Capone.

Pour De Metter Scarface veut vraiment dire Visage balafré !© Casterman

Sans doute du fait même de la personnalité du mafieux, on a du mal à s’attacher au personnage. C’est même la première BD de l’auteur où l’on ne ressent pas d’empathie pour le protagoniste de l’histoire. De plus bien qu’étant assez efficace le scénario se révèle sans grande surprise, ce qui donne l’étrange impression que cette BD compte plus pour la reconstitution du Chicago de cette époque que pour son histoire en elle-même.

En tous cas, quoi qu’il en soit, les amateurs d’histoires de gangsters, eux, seront aux comblés.

- PIEGE NUPTIAL d’après le roman de Douglas Kennedy (2012)

Nouvelle et désormais rituelle adaptation d’un roman, cette fois-ci De Metter s’attaque à The dead heart de Douglas Kennedy publié en 1994.

Prêt pour la lune de miel ?

Prêt pour la lune de miel ?© Casterman

Bienvenue au pays des kangourous ! Nick est un jeune Américain parti sur un coup de tête et guidé par le hasard en Australie. Son road trip le conduit à Darwin où il fait la connaissance d’une auto-stoppeuse, Angie, avec qui il entame une liaison qu’il imagine sans lendemain.
Seul problème : son amante le drogue et Nick perd tout souvenir de ce qui s’est passé ces derniers jours ! Quand il reprend connaissance il se retrouve marié avec la dite Angie et de plus prisonnier de son étrange communauté dans la petite ville de Wollanup perdue en plein milieu du désert !

La nouvelle « famille » de Nick est une communauté aussi violente que dégénérée. Il lui est désormais impossible de quitter la ville sous peine de mort !
Placé sous haute surveillance constante Nick est prisonnier des chefs de famille qui lui imposent leur loi violente et cruelle. Tel Patrick McGoohan , prisonnier à ciel ouvert, comment Nick pourra-t-il quitter sa geôle infernale ?

Méfiez-vous des auto-stoppeuses !

Méfiez-vous des auto-stoppeuses !© Casterman

Difficile de ne pas penser à Massacre à la tronçonneuse (sans la tronçonneuse) ou La colline a des yeux pour le coté famille dégénérée n’obéissant qu’à leur propre loi barbare.
Cet univers carcéral oppressant flirte dangereusement avec la folie et le héros y laissera de nombreuses plumes…

Au niveau couleur l’auteur alterne les surexpositions et les sous-expositions lumineuses, illustrant bien l’ambiance de schizophrénie qui règne dans le village.
La chaleur du désert Australien semble suer à chaque page et nous emporte dans sa moiteur infernale. Oppressant et captivant.

- ROUGE COMME LA NEIGE (2014)

De Metter est décidemment là où on ne l’attend pas ! Qui aurait pu en effet prévoir que sa prochaine œuvre serait un Western ?

Unforgiven

Unforgiven© Casterman

En 1896 dans une petite ville du Colorado Buck MacFly s’apprête à être jugé pour enlèvement d’enfants. Contre toute attente la veuve MacKinley, persuadée que le prisonnier détient des informations sur sa fille disparue l’aide à s’évader !
Elle pense pouvoir le contraindre à la conduire à sa fille Abby.
Le shérif Cassidy (en dépit de son net penchant pour l’alcool) est chargé de traquer les fuyards.

MacFly au fur et à mesure du voyage se montre de plus en plus provocateur. Il révèle à la veuve MacKinley qu’il a bien connu son défunt époux mort durant la bataille de Wounded knees…

Tous les ingrédients du Western classique sont regroupés : une jeune fille mystérieusement disparue, une veuve assoiffée de vengeance, un hors-la-loi cynique et dangereux, un sheriff alcoolo, des chevauchées (fantastiques) dans les rocheuses, j’en passe et des meilleurs… En un mot comme en 100 le récit s’inscrit tout à fait dans la grande tradition du genre : classique et dense selon les règles de l’art. Les amateurs du genre seront aux anges dans cette aventure ou aucun des personnages n’est vraiment ce qu’il parait-être.

La chevauchée fantastique

La chevauchée fantastique© Casterman

Outre le genre abordé (le Western) la plus grosse surprise porte sur le graphisme ! Fini les aquarelles, fini les ambiances visuellement chargées. Ici le trait se fait léger et épuré. Comme l’indique le titre la couleur dominante sera le rouge, tirant de l’ocre jusqu’au sépia. Fini la peinture également ainsi que l’encrage puisque les traits sont réalisés au crayon mis en relief par des hachures. Le monochrome à la tonalité sanguine est de rigueur.
Si l’on est moins immédiatement émerveillé par le traitement des couleurs on gagne cependant en sobriété, spontanéité et efficacité.
Le tout servi par le grand format de la BD, une sorte de cinémascope du 9éme art !

Cependant à l’instar du précédent Scarface, il est difficile pour l’auteur de s’extraire des contraintes étriquées du genre pour le transcender. Même si De Metter a pris la peine rajouter un twist inattendu, l’histoire ne reste qu’un Western conventionnel et respectueux du genre.
Ce qui m’amène à ma demander : ce récit pourrait-il plaire à des lecteurs qui ne soient pas afficionados de Western ? Pas sûr.

Faut pas l’énerver De Metter !

Voilà j’ai fini mon petit tour d’horizon consacré à l’œuvre de Christian De Metter. Sachez pour votre information qu’il manque 7 BD non chroniquées ici et qui feront sans doute l’objet d’un volume 2, ne serait-ce que pour son nouveau projet : NOBODY série en 4 parties actuellement en cours…

Comme on dit dans les romans feuilletons : A suivre !

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Tu veux connaître un panorama des oeuvres de Christian De Metter capable de Thrillers, Survival et d’adaptation de Shutter Island ? Patrick 6 propose chez Bruce Lit un panorama de ses oeuvres les plus marquantes !

La BO du jour : Déméter, c’était la mère de Pérséphone non ? (non, ce n’est pas le nouvel I-Phone bande d’ignares !).

20 comments

  • Bruce lit  

    Ah, le retour du numéro 6 !
    Après Figurec que j’ai prêté ces jours ci à Présence, j’ai investi sur tes conseils dans Le curé qui est effectivement d’une grande qualité !
    Shutter Island : j’avais pas aimé à l’époque, j’avais trouvé le rendu graphique trop « flou ». Je vais lui redonner une deuxième chance parce que je n’avais pas fait le lien avec De Metter.
    TOut comme Piège nuptial que j’avais lu il y a quelques années et que j’avais trouvé excellent. Pareil, je n’avais pas fait le lien.
    Merci pour cette wishlist d’un auteur dont je souhaite tout acquérir.

  • Jyrille  

    N’ayant jamais lu un tome de De Metter, merci pour ce tour d’horizon qui me donne envie d’essayer plusieurs oeuvres : Emma, Le Curé, le road movie et le western, surtout. J’ai Scalped, de Micol, qui m’attend gentiment, dans ce genre western en grand format.

    Je ne savais pas qu’il avait adapté le premier Douglas Kennedy (traduit par Cul-de-sac en VF), un des deux livres du romancier que j’ai lus (je n’aime pas Douglas Kennedy). Celui-ci est correct mais très oppressant et très noir, alors que l’on me l’avait vendu presque comme une comédie… son adaptation ne m’intéresse pas plus que ça. Tout comme celle de Shutter Island, puisque j’ai vu le film au moins trois fois. Je n’ai pas lu le livre, ni aucun Dehane (et là c’est la honte…).

    Je trouve que sur ses premiers travaux, son trait ressemble un peu à celui de Jon J. Muth : http://www.brucetringale.com/nietzsche-est-mort/ L’effet peinture peut-être ?

    La BO : jamais accroché à ce groupe. L’extrait est sympa mais bien trop inspiré par les Beatles quand même.

    • Jyrille  

      Ah au fait : super bon titre.

  • Eddy Vanleffe  

    Agréable tour d’horizon d’un auteur très attirant….
    à chaque fois une couleur semble donner le ton à l’ensemble et c’est très fascinant.
    je dois avouer que Piège Nuptial, le curé et Le sang des valentines me tentent énormément…

  • Patrick 6  

    @Bruce : Tu veux tout acquérir de De Metter ? Tu as incroyablement bon goût !! ^^
    Pour Shutter Island je dirais plus « vert et humide » que « flou », mais je crois que je vois ce que tu veux dire.

    @ Jyrille : J’ignorais que tu aimais le Western ! Dans ce cas Rouge comme la neige est pour toi ;)
    Ah oui j’aurais pu citer Jon J.Muth dans les influences, en plus de Kent Williams et Egon Schiele !
    A vrai dire la BO a été choisie par Bruce et je l’ai découverte ce matin ^^ Je ne suis pas un grand fan de Kula shaker (ni de Brit pop en général – à part Pulp) mais il faut dire que ce morceau est très bien. Une très bonne surprise pour moi.
    En ce qui concerne le titre de l’article il a aussi été choisi par Bruce (décidemment) à croire qu’il n’aimait pas mon titre de départ (ni la BO correspondante d’ailleurs) :
    https://www.youtube.com/watch?v=aybbI-vqsug

    @ Eddy : Oui c’est ça, bien que restant fidèle (le plus souvent) aux aquarelles, il choisit sa palette graphique en fonction de l’œuvre et de l’atmosphère. Cela s’appelle le talent je pense ;)

    • Jyrille  

      Ah ben je préfère les Bérus ! Et c’était Macadam Massacre ton titre de départ ?

      • Patrick 6  

        Non, Noir les horreurs ^^

      • Bruce lit  

        Mon dieu les Bérus….
        La souris déglinguée, les garçons bouchers, les négresses vertes…Tous ces groupes alternatifs français, qu’est-ce que je les ai détestés ! Viscéralement !
        Les pires étant justement ce groupe d’extrême gauche avec Salut à toi qui visait à faire passer Che Guevara pour un mec ultracool. Cette chanson, c’est de l’endoctrinement pur et dur quoi ! Je les vomis !
        Pardon, les copains hein… L’idéologie communiste m’est aussi odieuse voire plus que la lepeniste. Je veux pas paraître médisant auquel cas je m’en excuse d’avance.
        Les moins pire étaient La Mano (et encore, Manu Chao en Bob Marley français m’a bien cassé les glaouis même si j’ai appris l’espagnol en accéléré grâce à lui. J’aimais bien Indochine à ses débuts.

        • Jyrille  

          Comme toi je n’ai jamais été fan de ces groupes, et comme toute hype, toute oeuvre, il faut laisser le temps faire son office. J’ai plus écouté les Bérus au début des années 90 (et encore, avec parcimonie) et jamais je n’ai pu écouter tout un album de la Mano ou des Négresses vertes sans m’arrêter. Mais ils avaient de bonnes chansons parfois, et une fraîcheur intéressante. Après, LSD, les Garçons Bouchers et d’autres m’ont toujours gonflé, il y a trop de franchouillardise pour moi. Même si les Ludwig Von 88 me faisaient bien rire et que les Bérus étaient tout de même très iconiques. Leur engagement n’est pas factice, et je les respecte pour ça. C’était une autre époque, et j’aimerai bien entendre un groupe, de nos jours, sortir un équivalent à La jeunesse emmerde le Front National…

          J’aime bien Indochine, enfin, quelques morceaux (eux j’ai pas mal écouté leurs albums fut un temps. Paradize est réussi mais celui qui est vraiment bien, c’est leur live presque acoustique Nuits intimes).

          Maintenant, l’exact opposé de tout ça : https://www.youtube.com/watch?v=-6zSbtcQ5ZA

          • Bruce lit  

            Ludwig : ah pareil ! Inaudible !
            En fait on écoutait plus les gags que les chansons !
            Les Negresses Vertes : Voilà l’été , le comble de la beauferie à mes yeux…Tu es à la Loco, tu pogotes sur Nirvana, Metallica, RATM (tiens eux aussi, ils m’ont gonflé mais au moins les riffs étaient chouettes) et tout à coup tu vais ce truc tout droit sorti de Patrick Sebastien !
            Je ne connais pas assez les Bérus pour les juger.
            Indochine ; j’avais acheté 7000 danses à l’époque. J’aimais bien les Tzars mais là encore, le refrain à base de Che Guevara c’est insupportable.
            Finalement de toute cette clique, ce fut quand même les Rita Mitsouko les plus touchants et intéressants non ?

          • Jyrille  

            Arf, j’ai connus ces groupes avant d’entendre RATM ou Nirvana… A cette époque, je n’avais pas une si grande conscience de la musique, c’était avant que je tombe dedans grâce à Genesis. Du coup je trouvais ça marrant ou chiant, mais je n’avais pas d’a priori. Comme je t’ai dit, par la suite, je n’ai pas trouvé ça formidable mais j’ai un peu apprécié, surtout les Bérus (même si je ne serai jamais fan).

            Les Rita, c’est le groupe français révolutionnaire, c’est un groupe hyper important. Et malheureusement, je n’en ai que deux albums plutôt mineurs… Il faudrait que je me choppe Marc et Robert et le No Comprendo, au minimum. Comme je le disais dans ma chro sur Daho, j’avais une K7 avec des chansons françaises qui marchaient à l’époque, très influencée par le TOP 50. Et deux étaient au-dessus, loin : Duel au soleil et C’est comme ça. Et puis ce clip de Mondino ! Inoubliable.

          • Patrick 6  

            @ Bruce : Euh je ne sais pas où tu as vu que les Beru était un groupe d’extrême gauche vu qu’ils étaient en fait totalement anarchistes ^^
            Concernant le Che je ne les ai jamais vu avec un de ses tshirts ni même en parler en interview ! Alors oui ils le mentionnent dans Salut à toi mais bon vu qu’ils disent bonjour à la moitié de la terre dans ce morceau (sans aucun développement) on ne peut pas en déduire une admiration radicale pour l’ex pote de Castro ;)
            Après qu’on les aime ou pas c’est une chose, mais on est obligé de reconnaître leur authenticité et leur jusqu’auboutisme !

            Bon Indochine n’a juste aucun rapport, mais indépendamment du fait que Nicola Sirkis chante faux qu’une casserole et que ses textes ne veuillent rien dire, je les ai toujours bien aimé !
            Une sorte de plaisir honteux en quelque sorte ! Même le dernier (qui est moins réussi que le précédent) est passé régulièrement sur ma platine ! (c’est dire si la France me manque ^^)

          • Eddy Vanleffe  

            Ludwig…toute mon enfance ça…
            Tellement de gens ont fait du Ludwig depuis…
            J’avais un live pirate d’eux en cassette…
            une putain d’énergie, même si musicalement, ça vole pas haut, je dirais que ça faisait partie de la démarche…
            cette génération avait même un certain mépris des « virtuoses » ils reproduisaient avec dix ans de retard le punk londonien, mais en plus snob, parce que très parisien quand même…

  • Présence  

    Une beau passage en revue de l’œuvre de cet auteur que je ne connaissais pas.

    Ce qui m’impressionne, c’est qu’il y en a pour tout le monde dans les ouvrages présentés. Je n’ai aucune envie de lire Shutter Island parce que j’ai déjà vu le film. Par contre, je me souviens avoir été un temps tenté par les 3 tomes d’Emma, sans me souvenir pour quelle raison je ne l’ai finalement pas lu. IL faudra que j’y remédie. Dans ton tour d’horizon, je note aussi Vers le démon qui m’a l’air très intriguant. Je salue également le travail d’iconographie qui permet de se rendre compte des différentes approches graphiques.

    • Patrick 6  

      Si j’ai bien compris tu as un Figurec en ce moment chez toi, c’est un très bon début ;)

  • JP Nguyen  

    Ce tour d’horizon est une véritable invitation au voyage! ! Voyage que je tenterai volontiers même si cela m’éloigne de mes terres ;-) !

    • Patrick 6  

      @ JP : Rien de tel que le goût de l’exotisme ! (et je sais de quoi j’cause ^^)

  • JP Nguyen  

    Voilà, après une escapade en médiathèque hier, j’ai lu Le Curé et une autre BD de De Metter : L’oeil était dans la tombe (dont le personnage principal s’appelle… Patrick !)
    L’auteur est effectivement diablement doué pour mettre en images ses récits et captiver son lecteur. Mon bémol, c’est que c’est assez noir et froid. De bonnes histoires, bien racontées mais que je ne mettrais pas forcément dans ma bibli. En plus, je dirais qu’on ne ressort pas de ces deux histoires avec plein d’amour pour le monde…

    • Patrick 6  

      … raison même pour laquelle j’adore ces œuvres ^^

      • JP Nguyen  

        Arf, Patrick, je viens de comprendre que, en fait, t’es pas vraiment un drôle toi ;-)
        (c’est bizarre, ton goût pour New Order et autres joyeusetés aurait du me mettre la puce à l’oreille)
        A nouveau, j’admets que les deux BD lues hier sont très bien réalisées mais depuis quelques années, j’ai tendance à rechercher des feel-good stories. Enfin pas que (j’ai par exemple bien aimé l’adaptation BD d’Elric chez Glénat et je ne crache pas sur du Punisher ou une histoire de mafieux bien troussée…) mais c’est la tendance de fond quand même… Mais merci pour la découverte, Monsieur Numéro 6 !

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