Drôle d’endroit pour une rencontre…(Portier de nuit)

Portier de nuit par Liliana Cavani

Par BRUCE LIT

VF : Wild Side

1ère publication le 09/02/2017- MAJ le 22/09/19

Choquant mais esthétique

Portier de nuit est un film de Liliana Cavani réalisé et sorti en 1974 dans un parfum de scandale total. Charlotte Rampling et Dirk Bogarde en sont les principaux interprètes. Le film fut censuré en France, en Italie, et classé X aux Etats-Unis. Il est ressorti en 2002 dans une version restaurée par Cavani elle-même.

Cet article portera sur le film et non le produit DVD en lui même.

De nombreux spoilers notamment la fin du film viendront pointer le bout de leur quéquette tout au long de l’article…

40 ans après son scandale, Portier de nuit est il à la hauteur de sa légende ?
Rappelons les (mé)faits : une jeune déportée juive rencontre dans un camp de concentration un officier nazi qui va devenir son bourreau puis son amant. Elle le retrouve 10 ans plus tard dans un hôtel infesté de criminels de guerre et va revivre sa passion destructrice.

Sur le papier,  le film est séduisant ; on peut comprendre que dans l’éternel débat philosophique entre la raison et la passion, la relation charnelle de deux êtres que tout oppose puisse séduire. Comme dans L’Empire des sens, les amants se coupent progressivement du réel et des autres jusqu’en crever. L’ironie de l’histoire est que Max l’ancien nazi va connaître le sort de ses anciennes victimes du ghetto de Varsovie : assigné à résidences par ses anciens amis qui veulent sa peau, privé de nourriture, de toute aide extérieure, il sera abattu comme un chien avec sa maîtresse.


Le voyeurisme de Dirk Bogarde évoque directement celui du spectateur

Liliana Cavani n’est pas n’importe qui : l’ensemble de ses films dissertent sur les zones d’ombres de l’être humain, les sinistres frontières entre le bien et le mal, la part de responsabilité de chacun dans le statut de victime (un propos inacceptable concernant les victimes de la Shoah). Elle réalisera des films sur Pétain et Staline. Reconnaissons lui aucune ambivalence : à aucun moment, le nazisme et ses adeptes ne sont représentés comme une idéologie à suivre ou légitime. C’est une réalisatrice de son temps, qui, comme Antonioni, Visconti, Fererri ou Pasolini bouscule les tabous des années 70 pour créer du cinéma coup de poing, engagé et l’écume aux lèvres.

En cela, il est impossible de détester totalement Portier de nuit !   C’est une époque rock, où le cinéma et la musique à papa, y’en a marre ! Vive la liberté !  Le monde se remet doucement d’un conflit qui trente ans plus tôt a tué  environ 50 millions de personnes dont 6 millions de juifs, de batailles allant de l’Europe à l’Afrique du nord en passant par les Etats Unis. Et dont la sinistre conclusion sera atomique, puisque la capitulation du Japon ne s’obtiendra que par le largage de deux bombes  qui précipiteront immédiatement notre histoire contemporaine dans la peur du champignon, des mutants, des communistes et des dirigeants fous à lier dotés d’armes de destruction massive.  De quoi alimenter de vastes pans de la culture populaire.

Les amants maudits

Les amants maudits
Source Allocine
© Solaris Distribution / Wild Side Video

Portier de nuit fait figure de précurseur en ce domaine.  Le monde vient de se prendre le premier choc pétrolier dans la tronche.  Le rêve hippie  de vie harmonieuse et pacifique a été annihilée lors d’un concert des Stones, à Altamont , la bande originale de 1973 reste celle de Pink Floyd  qui dans Dark Side of The Moon  démontre que le seul échappatoire au capitalisme reste la folie….Un message pas franchement positif  qui annonce la dépression de The Wall. Et surtout le No Future du mouvement Punk en 1977. Dont les héros les plus connus de Siouxxie Sioux à Sid Vicious en passant par Keith Richards paraderont habillés en nazis. Tout comme l’affable Lemmy de Motorhead grand collectionneur des reliques du IIIe Reich.

En France, c’est Gainsbourg qui choque le bourgeois en lançant le Nazi Rock : une musique gaie et enlevée chantant les horreurs des nazis sur des rythmes haine blues.  La démarche est subtile : Gaisnbourg est lui même victime de la Shoah et a passé son enfance à éviter de partir en fumée. Il choisit la distanciation, l’humour noir comme armes contre la folie et le pathos.  Et s’inscrit dans la brèche libertaire de l’époque : il est possible de parler de tout et n’importe comment du moment que l’on en parle.

Gainsbourg a porté la yellow star

Gainsbourg a porté la yellow star

Arrive alors Portier de nuit. C’est un film qui aujourd’hui serait impossible à tourner. L’histoire de la censure l’a montré : le parfum de scandale faisait beaucoup pour l’aura sulfureuse de Massacre à la Tronçonneuse ou la Dernière maison sur la gauche. Mais la plupart du temps, le public parvenait à les voir. Sous le manteau, dans des salles interdites conférant à une oeuvre déjà taboue un vrai parfum de danger. Aujourd’hui, tout ceci n’est plus possible. Ce n’est plus l’Etat contre lequel il est salutaire de se révolter mais des associations, des groupes de pression ou des lobbys qui, fort de leur légitimité bloquent le débat et catalysent les hostilités : qui aurait envie d’aller à l’encontre de défenseur de la mémoire des déportés ?  Ce qui permet à des ordures comme Dieudonné de se poser comme des aspirants  rock star contestant l’ordre établi.

Alors qu’aujourd’hui il est dangereux pour nos profs d’enchaîner la Shoah dans les écoles au vu de l’interminable conflit Israelo Palestininien, il est finalement plus facile dans les années 70 de parler du nazisme en toute liberté que ce soit par le biais du mélo (la série Holocauste), de l’humour noir ( Desproges fera très fort en ce domaine) ou du grand n’importe quoi, puisque Portier de Nuit, film aux qualités esthétiques incontestables ouvrira la porte à la Nazispoitation, un mouvement outrancier versant facilement dans la pornographie.

Mais passé la provocation gratuite, le parfum de scandale s’estompe vite. Les nazis de Liliana Cavanni sont jute là pour faire de la figuration, servir d’hyperboles esthétique au récit de la réalisatrice. La mise en scène des camps relève plus d’un clip de rock que d’une réalité historique. Des logos SS et des Swastika comme s’il en pleuvait, des déportés assistants à des ébats sexuels, un hôtel où une dizaine de criminels font des jeux de rôles, c’est un peu n’importe quoi ….

Comme dans La Vie est belle , la vie des camps de la mort sert de décor de carton pâte bidon pour planter un récit sur le bien et le mal.
Pourquoi pas si le récit est suffisamment convaincant pour raconter une histoire sachant surmonter les clichés . On se rappelle que Visconti déguisait ses nazis en travestis dans Les damnés pour parachever sa description décadente. Qui n’a pas été fasciné par le nazisme ? Ses costumes ? Quel gamin n’a pas dessiné en cachette de croix gammée sur son bureau d’écolier juste pour l’excitation de conjurer le mal absolu ?  Comme un  Pentagramme.

Alors jouer avec les nazis dans l’antichambre de l’enfer ?  Essayons ! Sauf que même dans ce cas , Portier de Nuit n’est pas crédible. Délaissons l’histoire et explorons la psychologie des personnages. Lucia est une jeune juive déportée et internée dans un camp. Elle y subit les sélections puis est initiée aux « joies » de l’humiliation sexuelle. Elle a sûrement vu sa famille et son entourage déportée et exterminée. Passons sur le fait qu’elle tombe amoureuse de Max. Est-elle obligée pour autant d’allumer ses tortionnaires en leur chantant des chansons de Dietrich dans …les douches ? Lorsqu’elle découvre un parterre de criminels de guerre caché dans son hôtel, il ne lui passe pas par la tête de venger les siens et de les faire arrêter ?

On va danser le Nazi Rock...

On va danser le Nazi Rock…
Source Allocine
© Solaris Distribution / Wild Side Video

On pourra ainsi arguer que la passion l’emporte sur la raison de Lucia. Si le film se garde bien d’émettre un jugement sur la relation entre la victime et le meurtrier, encore faudrait ‘il donner aux personnages un minimum de psychologie torturée pour que l’on ressente leurs tourments. Or, là aussi, c’est le grand vide. Charlotte Rampling doit avoir 10 répliques au compteur. Elle évolue comme un animal sauvage, rampant, à la fois effrayé et menaçant.

On nous demande d’accepter la passion absurde de ces personnages, de vivre cette histoire comme une évidence. Sauf que pour ma part, je n’ai ressenti ni empathie, ni aversion. Rien qu’une indifférence puissante à ce destin d’amoureux maudits dont on se moque éperdument du sort. Comment s’attacher à des personnages si vides ? Un nazi amoureux de celle qu’il a juré de détruire, dont on n’évoque jamais les convictions idéologiques. Quant à Lucia , il est étonnant qu’à aucun moment , le spectateur ne soit tenté d’être de son côté.

C’est en associant le vide de ces fantômes dépossédés de conscience et de morale que le film est terriblement maladroit malgré ses intentions louable. Esthétiquement Portier de nuit contient des plans magnifiques et élégants. Cavanni fuit l’érotisme scabreux et les ébats entre Max et Lucia sont tout sauf bandants. Un coït est même grotesque puisque Bogarde réussit à pénétrer Rampling en gardant son pantalon et sans ouvrir sa braguette.Quant aux fameuses tortures de Max, elles sont finalement aussi en dessous de ce que la légende scabreuse du film vantait.

Tout comme Jaws et son requin ridicule engendra un boulevard de nanar en tous genre et donnera lieu aux calamiteux sharkmovies, Portier de nuit garde une certaine authenticité et un charme indéniable dans son entreprise louable et malsaine : comment aborder l’inabordable ? Une question que 70 ans de débats post Shoah n’ont pas résolue.

On retiendra donc de ce film factice au romantisme un peu bourgeois  la prestation magnifique de Dirk Bogarde qui, comme pour Mort à Venise effectue un travail admirable sur la gestion des regard. Idem pour Charlotte Rampling qui arrive à donner de l’épaisseur et une beauté féline à son personnage peu intéressant . On ne peut que s’incliner devant l’investissement total et à contre courant de cette comédienne pour ses rôles. Joliment photographié , servi par une musique superbe de Danielle Paris, Portier de Nuit reste un monument historique d’esthétisme du mauvais goût ayant pour effet immédiat les Joies de la Division.


Le genre de scène douche froide….

La BO du jour : tu veux t’amuser ? Prends ton costume le plus dégueulasse et sois obscène; mais en silence ! 

38 comments

  • Tornado  

    Je ne l’ai jamais vu. Par contre, en bon geek bisseux, j’ai vu tous les films de nazixploitation sur « Ilsa » et « Greta », à cause de mon attirance king-size pour l’actrice Dyanne Thorne…

    C’est d’ailleurs une fatalité incroyable qu’un film arty et extrêmement sérieux ait donné vie à tout un genre complètement… à l’opposé !

    Bon, sinon, je ne suis pas certain d’avoir envie de regarder ce « Portier de Nuit », ni pour son pitch, ni pour le reste (Charlotte Rampling serait, contrairement à Dyanne Thorne, l’inverse de la femme attirante pour moi…). Mais bon, à l’occasion, la tentation de parfaire ma culture générale pourrait peut-être l’emporter.

    • Bruce lit  

      Je n’ai vu à l’inverse aucun film de la nazixploitation. Dyanne Thorne who ?

    • Matt  

      Ce phénomène de films sérieux qui inspirent des ripp-offs à l’opposé est plus fréquent qu’on le croit.
      J’ai envoyé récemment un article à Bruce dans lequel je parle un peu d’une série de films dont je tairais le nom pour l’instant sur laquelle on peut observer un double phénomène du genre.
      Une mode du cinéma d’exploitation qui donne naissance à un cinéma engagé critique aux mains d’un réalisateur, mais qui engendrera des ersatz qui n’en garderont que les passages « cool » et iconiques, devenant une caricature de ce que c’était.

      • Bruce lit  

        Le seul rippoff qui tiennent la route reste Piranhas après Jaws non ?

        • Matt  

          J’sais pas, je n’ai pas vu Piranhas…

        • Jyrille  

          Ah oui Piranhas c’est trop fun !

          Sinon je suis d’accord avec toi, Matt, merci d’avoir si bien exprimé le problème. Car il arrive partout, même à Watchmen.

  • Tornado  

    Moi non plus (je n’ai vu que Piranha 3D sorti récemment !). Mais c’est une bonne question. Et franchement, j’ai beau réfléchir, je ne trouve pas d’exemple (un ripp’off qui tient la route) !

    • Matt  

      Ben déjà faut s’entendre sur la définition. Techniquement ce sont tous les trucs mal foutus sans un sou qui tiennent du nanar, genre Brazilian Star Wars, Transmorphers…
      Mais si on dit que Piranhas est un ripp’off de Jaws parce qu’il reprend la même idée, on pourrait presque dire que Kill Bill est un ripp’off non ? Et là il tient la route.

  • Tornado  

    Les ripp’off, c’est une mode qui profite d’un succès. Genre la conanploitation des années 80. Et c’était souvent en Italie ou au Mexique !
    Je pense que si on regarde du côté des westerns spaghetti, qui ont tous profité de la brêche ouverte par la Trilogie du Dollar de Sergio Leone, on peut trouver des bonnes choses.

  • Jyrille  

    Je n’ai jamais vu non plus Portier de nuit, mais je pense que je me le ferai un jour. Merci donc de m’éclairer et de replacer le film dans son contexte, car je n’en avais qu’une vague idée qui ressemblerait à un pitch. L’article est super. Tu as raison, Bruce, ces deux semaines Shoah ont été finalement très variées.

  • Bruce Lit  

    Et si’on les rockers à croix gammées, çavous inspire quoi ?

    • Jyrille  

      Les rockers à croix gammée m’ont toujours paru stupides. En fait, j’ai toujours trouvé cette provocation totalement infantile. Je te parlais de Juniors récemment, la bd de Bourhis et je ne sais plus qui, où un des personnages principaux décide de porter un costume nazi pour Halloween. Au final, il la garde, pour provoquer tout le monde. C’est infantile et irrespectueux. Ayant des ascendants (morts depuis) qui ont connu les camps de travail et l’occupation, je ne comprends même pas comment on peut avoir l’idée de faire ça. J’ai toujours un problème avec la provocation, elle ne fonctionne avec moi uniquement dans certaines limites. C’est le genre de provocation qui me semble très peu profond, uniquement potache, et je n’en vois vraiment pas l’intérêt. De toute façon, ils l’ont tous fait à un moment ou un autre mais jamais longtemps, comme quoi cela n’a vraiment aucun sens.

      • Patrick 6  

        Oui en effet, à noter que c’est sans doute pour se faire pardonner d’avoir porter des brassards à croix gammées dans sa jeunesse Punkoïde que Siouxsie a ensuite porté une étoile de David et a chanté Israël 😉

        • Bruce lit  

          @Patrick 6 Siouxie….Oui, c’est elle qui disait à Eudeline il y a quelques années que la loi anti tabac en France était le premier signe d’une société fasciste….Quelle idiote…Effectivement, après avoir porté la swastika et fait sa musique plus qu’éprouvante (punaise sa reprise d’Helter Skelter, on aurait dû la pendre après ça…), comparer une loi de santé publique aux lois raciales, elle peut chanter tant qu’elle veut en Israël là, elle est cramée….

          @Jyrille : disons que c’est comme les blagues sur les camps, il faut que ce soit fait avec intelligence. Lorsque Desproges disait que les Juifs étaient partis à Auschwitz parce que c’était gratuit, c’est plutôt drôle parce qu’il campe un personnage et qu’après il détruit LePen.
          En musique c’est pareil. Lemmy et ses croix gammées ne me choquent pas. Comme dit dans l’article, je comprends et partage la fascination pour l’esthétisme de cette époque. Quand c’est porté par de sombres crétins comme Sid Vicious, oui c’est dérangeant….Imagine t’on un mec se balader aujourdhui avec un tee shirt Daesh pour rigoler comme ça ? Mais l’époque n’est plus la même.

          • Patrick 6  

            Eudeline ayant le cerveau d’une poule c’est probablement lui qui a mal compris ^^
            La reprise d’Helter Skelter est tout simplement un minument trash et déjanté (surtout en live) !
            Pour le reste c’est un vieux débat on a toujours envie que les artistes qu’on admire pour leur œuvre soient drôles, intelligents, humaniste, etc etc… mais non ce ne sont que des humains avec un talent et c’est tout ! Des musiciens talentueux peuvent être des abrutis finis : regarde les Stranglers ! (ahah)

          • Bruce lit  

            Tu as raison. Même sur les Stranglers.
            Encore que…Avec le temps, ils sont devenus moins cons quand même…

          • Jyrille  

            Avec intelligence… Desproges oui. Un rocker, qu’il soit bassiste de métal ou de punk, est tout aussi crétin. Comprendre la fascination de l’imagerie nazie je peux le faire. La provoc facile sans imagination derrière, non.

            Je n’ai pas d’idoles. Je suis fou de Bowie, Kubrick, Goscinny, Desproges, j’adore plein d’artistes, mais je n’oublie jamais que ce sont des personnes et c’est tout. Je n’idolâtre vraiment personne, et leurs oeuvres me sont importantes, mais pas tout ce qu’ils font ou sont. Qu’on les laisse tranquilles.

          • Bruce lit  

            Moui….
            Je n’aime pas beucoup la solution de facilité à qualifier les musiciens de rock de crétins. Les gens de System of a down, Metallica ou NIN sont plutôt pas cons quand même. Et Johnny Rotten est un mec brillant. Tout comme tes potes des Clash non ?
            C’est Sid Vicious qui a créé une catégorie à part de crétin patenté….

          • Jyrille  

            Je ne parlais que de ceux qui avaient porté une svatiska. Je pense que beaucoup de rockers sont très intelligents : ceux que tu cites, Deftones, Dylan, Bob Mould, Bowie, Nick Cave, Cohen, Swans, Josh Homme, Queen, Zappa… plein.

          • Présence  

            Je rejoins un peu l’avis de Jyrille : il me semble qu’arborer une croix gammée est un moins simple (plutôt simpliste) et efficace pour des rockers afin d’attirer l’attention sur leurs personnes. Il s’agit d’une provocation primaire pour choquer, qui ne nécessite aucune connaissance historique poussée.

            Lemmy et ses croix gammées – En ce qui concerne Lemmy Kilmister, j’avais un peu doute parce que je ne me souviens pas de beaucoup de photographies dans lesquelles il aurait porté une croix gammée. Il me semble que son signe distinctif était plutôt la croix de fer (Eisernes Kreuz). Après avoir été enrichi ma culture concernant cette distinction sur wikipedia, je me dis que ce n’est pas mieux que la swastika. Malgré tout, j’aurais rangé Lemmy dans le groupe des rockers un peu cultivés, ou du moins s’étant cultivé progressivement. Si mes souvenirs sont bons, il éprouvait une fascination morbide pour la capacité des êtres humains à commettre des atrocités, en particulier à tuer et massacrer son prochain.

  • Bruce lit  

    Bowie et le fameux salut Nazi….

    • Jyrille  

      Ce n’en était pas un… mais il en a joué la provoc aussi, en ne démentant pas. Il était complètement perdu par la coke à cette époque.

      • Bruce lit  

        Oui je te taquine….
        Voilà ce que c’est que de ne manger que du lait avec des poivrons…..

  • Matt  

    Je suis comme Jyrille, je n’idolâtre personne. C’est trop facile d’être déçu si on se fait une image de dieu vivant de tel ou tel auteur. On peut être talentueux mais quand même difficile à vivre, avec des idées politiques discutables, et pour les dessinateurs qui ne scénarisent pas et dont on ne connait rien de la personnalité, ils peuvent même être de gros cons finis sans qu’on s’en rende compte.

    Eh ! Hitler était peintre, non ? Médiocre il paraît. Mais peut être pas autant qu’un Rob Liefield. Quand on pense que s’il avait percé dans l’art, il n’aurait peut être jamais fait tout ça…

    En tous cas c’est bien pour ça que ça ne m’intéresse pas de rencontrer les auteurs. Ou alors une dédicace vite fait sans spécialement lui parler, mais comme il faut attendre 3h dans la queue pour ça, ça ne me fait pas envie non plus.
    Je n’ai pas envie que l’opinion que je peux avoir du gars me fasse détester son travail. Bilal dessine bien, ses histoires sont perchées et on peut ne pas aimer mais personnellement je m’en fous de savoir que c’est une diva, je ne vais pas revendre ma trilogie Nikopol à cause de ça.

  • Bruce lit  

    Je n’ai jamais rien compris aux Bd de Bilal. C’est chiaaaaaaant…..
    Tu as lu « La part de l’autre » ?

    • Matt  

      Non, je n’ai lu que la trilogie Nikopol et la tétralogie du monstre.
      Ah c’est perché c’est sûr. Enfin…surtout la tétralogie du monstre. La trilogie Nikopol n’est pas difficile à comprendre.
      ça ne fait pas partie de mes BD préférées mais j’aime bien.

    • Matt  

      Ah, ça n’avait rien à voir avec Bilal ta question^^

      Euh ben non je n’ai pas lu ce bouquin. Pourquoi ? ça parle de quoi ?

  • Tornado  

    Ça parle de ce que tu disais : « Et si Adolph Hitler avait réussi son concours des beaux-arts, l’histoire eut-elle été changée ? ». Un super roman. Je te recommande.

  • Présence  

    Je n’ai pas vu ce film, mais je me souviens encore de la polémique dans les colonnes de Télérama à l’occasion de sa diffusion à la télévision. C’est très enrichissant pour moi de pouvoir le redécouvrir remis dans le contexte de sa sortie à l’époque. En particulier, je ne me souvenais pas qu’il datait de 1974 (j’aurais cru qu’il datait des années 1980). Du coup, j’ai été saisi par ton explication sur la forme de mouvement de balancier qui fait passer de la période soixante-huitarde à la période punk, en réaction (concept que j’avais pourtant déjà croisé dans le domaine de la musique que tu évoques aussi).

    Film factice au romantisme un peu bourgeois – C’est une réflexion que je me fais souvent pour mes propres lectures : on ne peut pas exiger d’une œuvre (d’art ou littéraire) qu’elle rassemble en elle tous les aspects de la vie, ou tous les points de vue sur un thème. L’analyse que tu fais du film me donne l’impression d’un conte ou d’une métaphore pour évoquer des comportements qui sortent des normes, des individus pas très bien ans leur tête, plus ballotés par la vie que vraiment penseurs de leur existence. En tout cas, je suis impressionné par la manière dont ton commentaire rend compte de toutes les ambiguïtés et défauts ou manques du film.

    Comment s’attacher à des personnages si vides ? – Peut-être que mon cynisme s’aggrave avec l’âge, mais je ne ressens pas le besoin de m’attacher à tous les individus que je côtoie à titre privé ou professionnellement. Du coup, j’éprouve moins la nécessité de pouvoir m’investir émotionnellement ou affectivement dans les personnages de récits (films, livres, BD) pour pouvoir apprécier une œuvre.

    Un article qui permet de découvrir plusieurs facettes d’une œuvre polémique et qui donne à réfléchir.

  • Philippe Fadde  

    Vous avez raison de dire que il portiere di notte (1974) s’inscrit dans son époque, c’est d’abord de l’Italie dont il est question dans ce film. Nous sommes donc en 1974 au cœur d’une Italie, à l’image du personnage de Charlotte Rampling, encore pleine de rancœur et aussi de doutes. Un pays qui n’a pas totalement réussi à tourner complètement la page du fascisme (à l’époque du film la république italienne existe depuis moins de trente ans à peine). Une Italie capable de trahir ses idéaux républicains (moins de quatre ans avant il portiere di notte, le prince Borghese avait tenté un coup d’état) pour s’en remettre à la tentation fasciste, tout comme Charlotte Rampling trompe son mari pour suivre Dirk Bogarde. Une Italie dans les années 70 dont la bureaucratie était encore pleine d’anciens fonctionnaires fascistes, un peu comme nous le fait comprendre Elio Pétri dans son film l’assassino (1961) et comme le fait comprendre à son tour Liliana Cavani en plaçant d’anciens nazis dans tous les postes et un peu partout dans la ville.

    Dans ces années 70 c’est aussi une Italie au bord du gouffre. D’abord par le terrorisme à l’extérieur (les années de plomb) mais aussi à l’intérieur par la profonde division qui règne au sein même des familles italiennes ! Au point d’ailleurs qu’il n’était parfois même plus possible de parler de politique à table, tant le risque de querelle était important. On retrouve cet aspect dans l’impossibilité pour Dirk Bogarde de rester avec les siens (il quitte d’ailleurs sans cesse la table) et à mesure que le film avance il s’éloigne toujours un peu plus d’eux.

    Et voici que nous arrivons ensuite à la réalisatrice et co-scénariste du film : Liliana Cavani. C’est d’abord une femme. Je crois important de le rappeler à une époque où se pose la question des femmes libres et émancipées, dans une profession où elles ne sont pas si nombreuses que cela à réaliser des films et dans un pays où il n’était pas simple d’être autre chose qu’une femme fidèle ou un objet de désir. Ironiquement en 1974, Ettore Scola, dans c’eravamo tanto amati, fera dire à ses personnages, qui passent devant un cinéma (qui diffuse des comédies érotiques) que ça suffit et qu’il est temps de voir autre chose…La même année Liliana Cavani aura l’audace de faire passer encore plus directement le message !

    Remettant en cause un certaine ordre social dont elle recherche à démontrer l’hypocrisie, Liliana Cavani opte pour la provocation en montrant un jeu de séduction dans un numéro de cabaret aux allures de fantasme masculin qui sonne comme une évidente protestation de l’image de la femme présentée comme un simple objet visuel. Elle ira plus loin encore, et cette fois sans uniforme nazi, dans la pelle (1981) en montrant des femmes prostituées dans une sorte de marché aux esclaves pour les troupes américaines. On voit donc bien que c’est de la violence exercée, notamment, sur les femmes dont veut aussi parler la réalisatrice. Ce n’est pas pour rien que la commission de censure dira contre Liliana Cavani que il portiere di notte est un film « d’autant plus pernicieux qu’il est réalisé par une femme… » . Pratiquement la moitié du film n’est d’ailleurs rien d’autre qu’une série de plans montrant d’interminables réunions d’hommes. Un univers dont les femmes sont visiblement exclues.

    Liliana Cavani, vous aviez bien fait de le dire, est aussi une réalisatrice qui connaît son sujet. C’est même en parlant à d’anciennes déportés que l’idée lui est venue de traiter du nazisme comme d’un moyen plus vaste de parler de la violence de celui ou de celle (à l’image de la comtesse) qui prétend avoir un droit de contrôle sur les autres. Le problème c’est qu’en y rajoutant une dimension romantique (on reviendra sur cet aspect plus loin) cela devient vite un sujet polémique. Le rappel de l’esthétique nazi (Bogarde remet son uniforme dans les scènes en privé ou même après guerre) pour traiter de l’incommunicabilité de ce couple est sans doute l’aspect le plus critiquable du film. D’autant plus que le sujet est déjà assez scabreux en mettant en scène ensemble une déportée et son ancien tortionnaire. Cependant il s’agit aussi de traiter de cet aveuglement autour d’une idéologie inquiétante (le film joue constamment sur la mémoire et sur l’amnésie) mais le spectateur peut très bien ne pas faire cette lecture et se méprendre autour du romantisme qu’il voit apparaître dans certaines scènes. D’ailleurs ceux qui ne parlent que de l’esthétisme du film semblent ne pas voir tout le reste.

    Pourtant en regardant plus attentivement aucun n’accord n’existe véritablement entre ces deux êtres qui s’affrontent longuement et qui dans les rares moments de répit n’arrivent même pas à se parler ! La plupart des questions qu’ils se posent restent en effet toujours sans réponse. C’est même davantage une sorte d’enfermement (rappelé par un attachement à une longue chaine puis par le siège de l’appartement dans lequel ils se retranchent) qui semble paradoxalement les unir.

    Le final (attention SPOILER) s’achève sur un pont avec la mort des deux personnages qui tels des pantins désarticulés tombent sous les balles en silence. Faut-il y voir ce lieu commun du drame romantique d’un couple à la destinée maudite ? Difficile à croire dans un film si polémique… ou faut-il plutôt y voir une sorte d’ultime provocation face à l’esthétique habituelle du cinéma ?

    Un dernier plan qui semble en effet s’amuser des films du cinéma américain d’après guerre et qui place les grands drames romantiques du passé, comme Waterloo bridge (1940) au rang d’œuvres factices qui sublime le couple (Vivien Leigh y incarne une prostituée follement amoureuse) et nous servent un contexte politique bien trop aseptisé.

    Lilana Cavani dans son propos semble plus authentique, elle nous parle d’une relation de couple comme de celle d’un monde, qui est à la fois complexe, souvent très conflictuelle et parfois même totalement absurde…

    .

  • Vindicator  

    J’avais loupé cet article. Belle restitution historique. Tu as raison Bruce : Dieudonné est une ordure.
    Tu nous parleras un jour de l’empire des sens ? Il ressort en salle ces jours ci. Et sinon belle trouvaille : rythme haine blues.

    • Bruce lit  

      @Vindicator : L’empire des sens m’avait fait forte impression il y’ a 20 ans lors de mon premier visionnage. Je ne suis pas sûr de pouvoir/vouloir en faire un article car je connais moins bien l’histoire japonaise que celle européenne pour la mise en contexte. D’autre part il faudrait que je le revois et mes conditions de vie actuelles (jeune père de famille avec deux monstres qui ne veulent pas dormir avant 23h00) ne me le permettent pas. Sorry.

      @Philippe Fadde : merci du fond du coeur pour cette remise en contexte de la société italienne qui manquait mon article. Un film m’avait beaucoup marqué il y a 15 ans : Nos meilleures années qui racontait avec justesse et émotion l’Italie des 70’s.
      Et on se dit « tu » ?

  • Philippe Fadde  

    Ok pour le tutoiement.
    Désolé, j’ai dit « vous » par la force de l’habitude (rires).

    J’aime aussi beaucoup nos meilleures années ! D’une manière générale, Marco Tullio Giordana est de toute façon un bon observateur de la société italienne.

    Et puis sinon faudrait penser à corriger cette erreur dans ton article sur le nombre de morts de la seconde guerre mondiale qui est d’au moins 50 millions et pas de 20.

    Une horreur que ce conflit…

    • Matt  

      Et vous/tu es le Philippe Fadde du « Jean Frisano Une vie d’artiste » ?

  • Tornado  

    55 millions de mort. 8 millions pour la 1° guerre mondiale. Ces chiffres m’avaient marqué en cours d’histoire géographie (en classe de 3°). Je ne les ai jamais oubliés, du coup.

    • Bruce lit  

      Bon les chiffres officiels ?

  • Philippe Fadde  

    @Matt
    La réponse est oui.

    @Tornado et Bruce Lit

    La seule certitude que l’on puisse avoir c’est que le nombre de tués durant la seconde guerre mondiale dépasse 50 millions de personnes, en majorité des civils. Les chiffres font cependant débat car beaucoup pensent que le nombre exact est bien supérieur.

    C’est pareil pour la première guerre mondiale qui fit 9 millions de tués (10% de la population active qui a disparue d’un coup) mais ces chiffres ne compte que les chiffres des soldats morts. Un chiffre plus important (sans doute 15 ou 16 millions) peut donc être admis pour l’ensemble des pertes du premier conflit mondial. Et encore tout ceci c’est sans compter les 20 millions supplémentaires de blessés à divers titres comme les amputés, les aveugles, les gazés etc (4 millions rien que pour la France !). A noter qu’Hollywood qui semble avoir tout mélangé annonce dans wonder woman 25 millions de morts…

    • Bruce lit  

      Gasp ! Gourer myself à ce point comme dirait Gotlib 🙂
      Je rectifie….

      @Philippe : oups, j’ai sans doute été vite en tutoiement. Je rêve d’avoir une story de Jean Frisano sur ce blog. Même Nikolavitch m’a confié l’autre fois n’en être pas expert.
      Du coup, ahem….si tu es intéressé pour publier un papier ici, ce serait avec grand plaisir et un grand honneur (proposition publique proche du racolage ?). Je suis dispo en MP bien entendu !

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