En route pour la gloire ! (L’équipe Z)

 

L’Equipe Z vol 1 par Edmond Tourriol, Daniel Fernandes et Albert Carreres

1ère publication le 07/04/16- Mise à jour le 22/06/18

Un but de BRUCE LIT

Hugo et Majid prennent la tête des opérations

Hugo et Majid prennent la tête des opérations

VF: Kojoti

L’Equipe Z est un manga scénarisé par Edmond Tourriol et Daniel Fernandes et dessiné par Albert Carreres.  Le sens de lecture est japonais.

Il s’agit d’un projet qui a trouvé son aboutissement via un financement Ulule et auquel Bruce Lit avait participé en vous présentant l’interview de Tourriol, par ailleurs traducteur de Walking Dead.   L’occasion était trop belle pour Bruce Lit de passer au service après vente et de voir si le jeu en valait la chandelle.

Pour ceux qui auraient loupé les épisodes précédents, L’Equipe Z trouve ses racines dans le manga et l’animé Olive et Tom, diffusé il y a (tousse) 30 ans sur la 5 (la chaîne berlusconnienne avant l’arrivée d’Arte).

Olive et Tom, était très mal animé mais avait pourtant un charme indéniable ; on y suivait des matchs de foot palpitants de la New Team menée par le capitaine Olivier (Captain Tsubasa en VO) qui menait invariablement son équipe à la victoire malgré des gimmicks invraisemblables : des joueurs autorisés à jouer malgré des fractures, des infarctus sur le terrain (oui..), des acrobaties sûrement pas réglementées par la FIFA et des terrains non homologués puisqu’il fallait à peu près trois semaines à Olivier pour passer la surface de réparation…..

Olive et Tom : le cauchemar des arbitres ! Ils ont le droit de faire ça ?

Olive et Tom : le cauchemar des arbitres ! Ils ont le droit de faire ça ?

Ajoutons à cela, que Marc Landers et Olivier semblaient capables de prouesses surhumaines : déchirer la mer en shootant dans le ballon, trouer le filet du but ou bousiller les murs par une frappe si puissante que l’on pouvait se demander comment le ballon n’assassinait pas le goal…. Bref, tous les gamins de l’époque s’en souviennent, Olive et Tom ne brillait pas par le réalisme de ses situations en mettant en scène des super héros avec un maillot de foot.  Il s’agissait avant tout de dépeindre la solidarité sur le terrain, le dépassement  de soi, l’oubli de la douleur pour ne pas trahir ses co-équipiers.

Comme pour les Super Héros, les Chevaliers du Zodiaque, ou Dragon Ball l’issue du match ne faisait aucun doute mais la confrontation avec des ennemis charismatiques et attachants (même le vilain Mark Landers avait une certaine grandeur d’âme)  où  rivalité rimait avec sens de l’honneur. Où la possibilité de mourir sur un terrain de foot  faisaient jubiler les gamins devant leur écran.
Tourriol est de ceux là : avec une candeur désarmante, il raconte dans ses interviews avoir jouer très tard à être Olivier sur le terrain et tenter d’y imiter (bonne chance, quoique….) les techniques de ses héros.

Ils sont là les Bordelais !

Ils sont là les Bordelais !

Passionné de foot, il était donc logique, que la Geekerie finisse par rattraper le scénariste qui, de son propre aveu a voulu réaliser un Olive et Tom à la française.  Lorsque commence L’Equipe Z, le lecteur découvre les jeunes Majid et Hugo qui jouent sur la place de la victoire à Bordeaux. Hugo est un jeune garçon à l’apparence douce et timide qui tape sur un ballon à défaut des murs de sa chambre qui laissent filtrer les engueulades permanentes entre ses parents. Pas une fois ceux-ci n’apparaissent physiquement dans l’histoire : ils ignorent ce que traverse leur gamin.
Quant à Majid, c’est un fonceur dont le caractère plus affirmé cache une terrible blessure : la responsabilité indirecte de l’handicap de son frère aîné.

Tous deux postulent pour faire partie de l’Équipe Z : une équipe de deuxième catégorie constituée de joueurs dont personne ne veut pour affronter les champions locaux. C’est aussi la confrontation de deux méthodes d’entrainement : celle de la performance et du résultat contre la solidarité de l’Equipe Z. Du pognon contre l’amour du jeu. Du sport sans saveur au vestiaire parfumé à l’aisselle suintante….

Hugo entre dans la danse

Hugo entre dans la danse

Ce qui surprend dans ce premier arc, c’est le rythme de l’histoire. Tourriol et Fernandes privilégient la découverte des personnages, leurs motivations, leurs failles au détriment de la performance sportive.
Ceux qui voulaient entrer au coeur de l’action en seront pour leur frais : on discute beaucoup dans l’Equipe Z, parfois un peu trop, comme dans la scène d’exposition des entraîneurs où les phylactères prennent un espace considérable pour un si petit format.  La qualité des dialogues n’est pas à remettre en cause, mais plus de concision eut été souhaitable.  Et ce d’autant plus qu’après avoir fait connaissance avec des personnages plus attachants les uns que les autres, la fin arrive, brutale, maladroite comme une phrase coupée en son milieu.

Pour le reste, nos équipiers Z livrent un travail rigoureux, passionné et professionnel. Tourriol font du social sans faire du Dickens non plus : voici des gamins livrés à eux-mêmes, abandonnés à toute vigilance parentale. On fait ainsi la connaissance de Johnny, un pré-ado en fugue vivant dans un squat insalubre.  La narration s’attarde sur l’exclusion sociale de ce jeune homme qui trouve un écho à son rejet sur le terrain. Nos héros ne sont pas des saints : Majid va se comporter de manière odieuse avec le jeune marginal en écho à son tour à sa propre blessure.

Johnny, le gamin SDF

Johnny, le gamin SDF

Voilà la force de L’Equipe Z : un traitement sensible et attentif de ses personnages. On y trouve certes les archétypes du Shonen: le timide, le solitaire, le bagarreur. Quant aux rôles féminins, ils mériteraient d’être étoffés par la suite. Mais Tourriol et Fernandes ont une histoire à raconter et soignent leur entrée sur scène, pétrissent avec amour la personnalité et les motivations de chacun, prennent leur temps pour finaliser leur chapitre d’exposition tout en laissant pressentir leur envie d’en découdre.

Les dessins d’Albert Carreres ne sont pas en reste : ses personnages ont une apparence gracile, une identité bien définie, en adéquation avec la personnalité tissée par les scénaristes;  tous sont mignons sans être mignonnets.  L’osmose entre les auteurs est plus que perceptible notamment dans les nombreuses séquences humoristiques qui évitent à l’Équipe Z de sombrer dans le pathos : un joueur brésilien complètement mythomane, les clins d’oeil à Karaté Kid à base d’entrainement absurde (le labourage du terrain de Foot rappelle bien entendu le lustrage de voiture du jeune Daniel-san), ou celui irrésistible à Dragon Bal Z avec Majid se transformant en super Sayen.

l'Equipe Z vs DragonBall : chercheZ leZ PointZ  communZ

l’Equipe Z vs DragonBall Z: chercheZ leZ PointZ communZ

Au final, malgré quelques imperfections facilement corrigeables, je suis ressorti bluffé par cette première performance de L’Équipe Z : des personnages travaillés, une trame social, un dessinateur au diapason de ses scénaristes, un modèle revendiqué sans être plagié.

Alors que Chris Malgrain, Laurent Lefeuvre, Elsa Charretier et Pierrick Collinet peaufinent le comics made in France, que Nicolas Otero a vendu sa biographie de Kurt Cobain aux Etats Unis, Edmond Tourriol, Daniel Fernandes et Albert Carreres inaugurent brillamment le manga cocorico ! Et pour leur coup, d’essai, le ballon a bien traversé le filet ! Le mur n’a qu’à bien se tenir !

L'envers du décor

L’envers du décor

9 comments

  • Matt & Maticien  

    Excellent ce suivi d’un projet attachant et désormais réussi. Je ne suis pas fan de ce type de récits mais la trame sociale m’intéresse et ton article donne envie de lire ce premier tome. Bravo à l’équipe Z pour sa réalisation. Une nouvelle interview sur la phase de réalisation post crowdfunding pourrait être sympa (mais c’est peut-être pour demain – on prend vite des habitudes sur ce blog ;)

  • Présence  

    J’atteins les imites de ma curiosité pour l’Équipe Z. Le football ne rentre pas dans mes centres d’intérêt, et j’ai dû mal à me motiver pour lire des mangas à la française (manfra), sachant qu’il existe déjà une offre pléthorique de mangas.

    Je suis épaté par le niveau de qualité de représentation de l’environnement urbain tel qu’il apparaît dans les pages présentées sur cet article. Je me demande toujours combien de temps peu passer un artiste pour représenter ces façades avec un tel réalisme.

    Par contre, ce tome n’augure pas le manga à la française qui existe depuis environ 2005. Certains auteurs ont même réalisé des créations directement publiées au Japon.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Manfra

    • Bruce lit  

      « A fond la forme » Finale
      En avant, il faut foncer droit au but/ deux mi temps et 90 minutes/ c’est assez pour découvrir le Manfra de Edmond Tourriol et ses amis : « L’équipe Z ». Carton rouge pour ceux qui n’iront pas chez Bruce Lit aujourd’hui….

  • Tornado  

    Félicitations pour avoir mené le projet à termes. Ça n’a pas dû être de tout repos !
    Le volet social et la caractérisation des personnages ont l’air très réussis et attirants. M’enfin, pourquoi ce sens de lecture japonais ??? J’ai horreur de ça nutudiou ! :D

  • Jyrille  

    Comme mes camarades je ne pense pas être le coeur de cible de ce genre de production mais je salue les efforts et la réalisation qui ont l’air réussis. Bravo !

    • Bruce lit  

      @Tornado : tu es capable de piger du Promothea et d’écrire dessus….J’appelle ça de la mauvaise foi :)
      @Mat: une nouvelle interview de Touriol ? Oui, ça peut se faire, peut être lh’iver prochain, pour resservir la soupe….je plaisante… Oui, pourquoi pas !
      Je n’arrive pas à croire que j’ai fais une semaine sport….je veux dire, je dois voir un match de foot tous les 4 ans, la finale de coupe du monde quoi….
      @Présence : Tengu do de Alex Nikolavitch prêté par Alex Nikolavitch m’attend à la maison.

  • Edmond Tourriol  

    Merci à Bruce pour cet article, et merci à tous pour vos commentaires. J’espère que nous aurons su vous convaincre d’adhérer au projet sportif de l’équipe Z, et que vous serez des nôtres pour la saison prochaine !

  • Otaku  

    Très sympa ce site et l’article. Il y a une fin?

  • Bruce lit  

    Hello Otaku,
    Merci du compliment.
    Il existe un tome 2. Le tome 3 est en cours de financement Ullule.

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