Encyclopegeek : The Stranglers

Encyclopegeek: The Stranglers

une sélection de disques par EDDY VANLEFFE le surmulot.

une version live de Hanging around complètement dopée aux hormones…

La première fois que j’ai entendu parler des Stranglers, c’était pour citer l’un des plus grands groupes de punk. La première fois que j’ai entendu une chanson des Stranglers, c’était GOLDEN BROWN une valse à quatre temps doucereuse jouée au clavecin. Cherchez l’erreur. Nous étions déjà dans la seconde moitié des années 80, DREAMTIME venait de sortir, et c’était loin, vraiment très loin de l’idée que je me faisais du punk.
Et oui en fait, malgré l’image qu’on a pu leur apposer, les Stranglers n’ont jamais été punk.

Le groupe THE GUILFOLD STRANGLERS fut fondé en 1974 à Londres par Hugh Cornwell, alors étudiant en médecine. A la recherche d’un batteur il finit par embaucher un trentenaire bien sonné, vendeur de glaces de son état, surnommé Jet Black. Ils doivent trouver rapidement un bassiste et tombent sur une sorte de clodo franco-anglais qui fait de l’auto stop. Il s’appelle Jean Jacques Burnel. Il apprendra donc le maniement de l’instrument en trois semaines. Ensemble ils passent une annonce dans le «Melody maker» et finissent par engager Dave Greenfield. Le nom passe rapidement des Guilfold Stranglers à The Stranglers tout court.

Musicalement c’est une sorte de super-groupe. C’est un peu comme si Hank Marvin ( Guitare-The Shadows) rencontrait Ray Manzarek (Orgue-The Doors), John Entwistle (Basse-The Who) et Charlie Watts (Batterie-Rolling Stones). Si ça peut faire rêver, ils font plutôt tâche dans le paysage. Le pub-rock et la chanson se portent mal et chaque concert est un combat entre accords de musique d’une part et projections de divers objets ou crachats de l’autre. En 1976, la scène londonienne est en pleine de mutation et soudain dans une sorte d’improbable connexion, leur musique entre en résonance avec cette nouvelle génération de rockeurs un peu destroy. Les Stranglers n’ont pas peur de la violence puisqu’ils l’affrontent depuis un moment et chaque chanson parle du quotidien de cette mégapole. Leur musique se fait de plus en plus agressive et les voilà fin prêts à passer à la vitesse supérieure. Leurs compositions sont abouties, mélodiques et même parfois psychédéliques et pourtant elles épousent parfaitement l’air du temps.

La bande de gendres idéaux dans un manoir tout ce qu’il y a de plus rassurant. ©1977-United artist records-EMI SOURCE : https://img.cdandlp.com/2013/03/imgL/115892083.jpg

La bande de gendres idéaux dans un manoir tout ce qu’il y a de plus rassurant.
©1977-United artist records-EMI

1-RATTUS NORVEGICUS IV

«Un de ces quatre, je vais te péter la gueule!» Voilà comment commence le premier album des Stranglers, sur une basse lourde de menace. Bon y’a pas à tortiller, SOMETIMES c’est un des meilleurs riffs que j’ai jamais entendu de ma vie. Représailles, menaces, hargne et colère, cette chanson parle de violence. Sur une femme notamment, mais aussi sur quiconque viendrait leur chier dans les bottes. Hugh confie dans son livre «Song by Song» qu’il a écrit la chanson après avoir réalisé qu’il était cocu. «Quand ta nana sent le sexe d’un autre, il y a de quoi devenir fou» confesse-t-il. La violence était partout autour d’eux et ils ne faisaient que la traduire en chanson. La parfaite entrée en matière d’un album qui va être consacré aux femmes, à la violence et à la provocation.

Bizarrement Jean-Jacques enchaîne avec un autre riff de basse bien bourrin sur laquelle se cale la ligne de guitare tout à fait psychédélique de GOODBYE TOULOUSE. L’histoire imagine une catastrophe nucléaire sur cette ville suite à la lecture d’une prédiction de Nostradamus. Le groupe montre déjà une certaine fascination pour l’ésotérisme. LONDON LADY est encore un coup de poing punk dédiée à une journaliste qui avait le don de poser des questions à la con. Rigolard, le bassiste lui assène quand même une «onde cérébrale fétide» bien machiste mais également bien exagéré allié à une mélodie des plus agressives. PRINCESS OF THE STREETS continue de cultiver un double langage humoristique épais dissimulant un romantisme mal assumé. Burnel chante son chagrin en gémissant littéralement sur un blues un poil trop appuyé pour être pris au sérieux. En plus la pauvre fille sur laquelle il se lamente semble être «une princesse des rues». L’ambiguïté entre second et premier degré marche à plein tubes. Les duos de claviers et de guitares sont superbes, rajoutent encore une dimension lyrique qui sonne faux.

HANGING AROUND est le single qui aurait dû sortir. L’acte manqué d’une carrière qui se prendra tous les nids de poules possibles et imaginables. La mise en place des instruments un par un est une des intros les plus attendus des concerts. Un texte toujours ironique fait la description de la faune qui attend aux concerts. Le temps de quelques vers, la grosse fille en robe rouge, les putes, les camés et ce pauvre Christ prennent vie déambulant au rythme d’un nouveau mariage entre guitare aigrelette et claviers hantés. Une chanson symbole. GET A GRIP semble, sur un autre riff rageur et saccadé, être la profession de foi de Hugh Cornwell. Quand t’es un loser, que tu ne trouves pas ta place dans bas monde, prend ta guitare et commet le crime des crimes: joue du Rock N’ Roll.

Fasciné par le groove d’un groupe de reggae, Burnel rentre en vitesse au studio pour s’inspirer de tout ça. Le résultat: PEACHES, est une sorte de pastiche too much. En plus le groupe s’en donne à cœur joie dans machisme bovin des familles similaire au délire de PATRICK COUTIN (J’aime regarder les filles…). Un faux reggae pour pub Malabar, une pure facétie du groupe qui commence à accumuler les soupçons d’une misogynie rigolarde. Et ce n’est pas près de s’arranger avec UGLY où Burnel, cette fois hurle que les histoires d’amour entres moches, ce n’est pas du gâteau. Critiquant à la fois la dictature de la beauté et le fossé social des jeunes de Londres, il dérive en racontant un meurtre passionnel mutuel entre empoisonnement et strangulation. Le microcosme punk dans toute sa splendeur …ou sa décadence.

Enfin DOWN IN THE SEWER détonne, par sa longueur (8 minutes), sa structure complexe et ses harmonies. On est très éloignés du punk. C’est aussi la meilleure chanson de l’album. Un pur tourbillon musical qui nous entraîne dans les égouts des bas quartiers à la rencontre d’une tribu de rats (métaphore pour les punks). Société parallèle? Portrait des bas-fonds? Une chose est sûre. Aujourd’hui encore, des gamins aux cheveux en crête portent des rats sur les épaules. Une fin en forme d’estocade pour nos oreilles délicieusement gavées de fureur, de violence et d’un orgue diabolique. Le disque est souvent gonflé de deux autres titres comme GO BUDDY GO, un boogie endiablé sur le besoin de faire la fête le vendredi soir, CHOSEY SUSIE, un autre boogie dédié à «Susie la princesse des rues» de Burnel.

Le groupe avait depuis un an et demi composé toute une set-list devenue solide aussi il ne leur fallu pas plus de quatre ou cinq jours pour mettre en boite une quinzaine de titres en février 1977, aussi lorsque le deuxième album NO MORE HEROES fut planifié, il leur resta seulement quatre chanson à enregistrer. Ce second disque fait figure de parent pauvre comparé à la bombe que fut le premier album. Même son, mêmes thèmes(Londres, amitiés de bistro, le suicide d’un pote où l’exclusion raciste), ce faux jumeau complète la période punk du groupe.

St_01 C’est combien l’amende pour le délit de sale gueule? ©1978-United Artists Records-EMI

C’est combien l’amende pour le délit de sale gueule?
©1978-United Artists Records-EMI

2-BLACK AND WHITE

Ce qui est remarquable dès le premières minutes d’écoute, c’est que sans se renier le moins du monde, The Stranglers ont déjà mué sensiblement. En guise de transition, nous avons TANK encore très punk dans l’esprit et qui  fait suite à GET A GRIP. Un refus de  rentrer dans le rang quitte à devenir un homme dangereux. Un texte ambigu qui prend une nouvelle dimension à une époque où parfois des marginaux prennent une arme et tirent dans le tas. NICE AND SLEAZY raconte la rencontre des Stranglers et des Hells Angels de Hollande. Dans cette chanson, ils endossent le rôle de gourous un peu destroy. La guitare est rythmique et la basse mélodique, d’ailleurs je vous défie d’écouter cette chanson et de ne pas courir acheter une basse pour triturer ses fils de pêche.

Sur OUTSIDE TOKYO, les Stranglers s’essayent déjà à la valse, une valse tourmentée d’ailleurs inspirée des premiers voyages du groupe et la découverte de nouvelle puissance économique que devenait le Japon. SWEDEN continue le tour du monde. Basée sur les souvenirs de Hugh Cornwell et de son séjour dans ce pays qu’il qualifiait de «chiant». D’ailleurs, c’est ce que dit le texte: La Suède, seul pays dont les nuages sont intéressants…Sans appel. Pour qu’il n’y ait pas de malentendu, une version en suédois est même enregistrée. HEY! RISE OF THE ROBOTS est encore une influence japonaise, cette fois, c’est la japanime qui a du impressionner Burnel qui allait souvent au pays du soleil levant pour ses compétitions de Karaté. Dans une cacophonie étudiée, une armée de robots: les Versantran series F (animé fictif) écrase tout sur son passage. Un chouia «péril jaune» dans le feeling, c’est davantage une fascination pour une fourmilière vibrante qui anime le groupe. Musicalement, DEVO et KRAFTWERK commencent à faire sentir leurs influences.

Le tribute de l'artiste Nick Perks (C) Nick Perks Avec l'aimable autorisation de l'auteur.

Le tribute de l’artiste Nick Perks
(C) Nick Perks
Avec l’aimable autorisation de l’auteur.

TOILER ON THE SEA est clairement la pièce maîtresse du disque avec cette fameuse phrase musicale en fanfare qui donne envie de «headbanger»comme un malade. Ensuite le clavier devient fou avant que la mélodie se calme peu à peu. Une fois de plus, c’est un morceau très attendu en live. Sur CURFEW, le souvenir cette fois vient d’Allemagne qui vivait sous le coup d’un durcissement de la guerre froide. La mélodie prend un malin plaisir à être dissonante. THREATENED est quant à elle un retour à l’humour potache de Burnel qui s’amuse à déclamer avec un accent cockney taillé au couteau, des avis péremptoires sur tout. Même sans parler anglais, la chanson est hilarante. Ensuite, les Stranglers se prennent pour les Beatles. Ils agglomèrent deux chansons différentes de Dave Greenfield qui avec sa voix de fou pose des questions de remise en question politiques et sexuelles sous la forme d’une litanie.

C’est enchaîné avec DEATH AND NIGHT AND BLOOD (YUKIO) qui rend hommage à l’écrivain Yukio Mishima, un autre exemple de la fascination exercée par le Japon sur le groupe, littéraire cette fois.  Avec en prime, un refrain guerrier harangué par le groupe comme une foule. IN THE SHADOWS est une composition à moitié improvisée à moitié reggae, à moitié électronique, les musiciens jouent avec le sentiment de la peur comme IRON MAIDEN dans FEAR OF THE DARK, mais de façon éméchée et second degré. ENOUGH TIME est encore une chanson étrange pour terminer originellement le disque avec une structure feignant la folie. Pas la meilleure mais assez fascinante tout de même.

WALK ON BY est une survivance de la période où ils étaient un groupe à reprise, c’est aussi un pied de nez à ceux qui leur reprochaient de sonner un peu trop comme THE DOORS, puisque la chanson est une cover de DIONNE WARWICK avec un solo d’orgue d’au moins deux minutes, un vrai délice, une vraie transe. TITS n’existe qu’en version live, car c’est une intro de concert pour ivrognes. MEAN TO ME est un gros rock n’ roll qui tache originellement écrite pour CELIA AND THE MUTATIONS (avec les Stranglers comme groupe d’accompagnement) OLD CODGER est une sorte de swing psychédélique, SHUT UP! Une résurgence punk brutale, rapide et incisive qui fait le même effet qu’une balle dans la tête. WASTING TIME qui clôt les bonus apparaît comme une sorte de bidouillage avant-gardiste donnant un peu idée de ce qui viendra plus tard.

En un an de temps, The Stranglers se sont déjà métamorphosés. Depuis les punks machistes des bidonvilles, ils sont déjà passés à une nouvelle phase en tant que voyageurs fascinés par l’horizon découvrant musicalement l’électronique, tout en gardant un son identifiable à la première mesure. Si le public est surpris, les musicologues décèlent déjà en eux le potentiel qu’ils dégagent.

C’est quoi? Un faire-part pour la mort d’un corbeau? JE SUIS RAVEN! ©1979-United Artists Records-EMI

C’est quoi? Un faire-part pour la mort d’un corbeau? JE SUIS RAVEN!
©1979-United Artists Records-EMI

3- THE RAVEN

Celui qui avec le temps est souvent cité comme le meilleur et personnellement mon préféré. Déjà l’intro orchestrale appelée LONGSHIPS ouvre la voie avec sa valse épique accélérée transitionnelle respectant le son de BLACK AND WHITE.  THE RAVEN, consiste alors en une longue chanson épique avec une orchestration recherchée, des sirènes et une rythmique chaloupée. Burnel susurre là où il beuglait et les arpèges de l’orgue font place à gigantesques nappes de synthétiseurs superposées. C’est une invitation au voyage en mer. Bien sûr elle est simplement inspirée des corbeaux HUGINN et MUNINN qui pouvait voir le passé et l’avenir et ainsi donner à Odin le don de clairvoyance.

Voilà les Stranglers regardent l’avenir et innovent à chaque chanson. Ils ne se répètent jamais comme sur ce DEAD LOSS ANGELES qui avec une intuition rare préfigure FELINE en étant monotone et hypnotique. Hugh Cornwell adopte ici le parler-chanté sur une double ligne de basse. Le disque enchaîne sur ICE qui a la particularité de s’articuler sur une phrase de synthé à la fois rythmique et mélodique pour un rendu étrange. Comme son nom ne l’indique pas, cela parle du SEPPUKU, ce fameux suicide rituel japonais qui fascine tant Burnel. BAROQUE BORDELLO est une étrange composition mélodique aussi doucereuse que dangereuse, les instruments semblent jouer tous en solo jusqu’à se rencontrer miraculeusement. Tout cela sied à merveille pour installer une ambiance d’oisiveté déliquescente. De l’aveu du groupe, il s’agirait de la plus belle chanson chantée par Hugh, les choeurs sont magnifiquement travaillés.

Retour à la hargne des débuts pour NUCLEAR DEVICE, dédiée à Joh Bjelke-Petersen, homme politique australien véreux qui aurait manipulé son monde pour voler leur terre aux Aborigènes, les vendre au plus offrants et autoriser les essais nucléaires. Plusieurs mouvements, des chœurs en canon, plein d’arrangements étrange, on sent que le post-punk se trouve dans ce qui va devenir la NEW WAVE. SHAH SHAH A GO GO est également une chanson politique déclamant avec force le retour au pays de l’Ayatollah Khomeiny qui en chassant le SHAH d’Iran à la solde de l’occident devait libérer le peuple. Cette chanson est donc plutôt enthousiaste du point de vue de la décolonisation et de la liberté des peuples à se gouverner eux-même. On était en 1978 et cela peut paraître étrange pour un auditeur neuf. Mais la musique c’est aussi ça: L’Histoire.

DON’T BRING HARRY continue de modifier le son d’un groupe décidément protéiforme. C’est leur première ballade menée par une ligne de piano qui va diriger la musique tandis que le bassiste murmure une histoire d’amitié toxique. Comme d’habitude, plusieurs niveaux de lecture s’offrent à l’auditeur qui peut y voir une relation homosexuelle non assumée ou même du propre aveu de son auteur une métaphore de la drogue. Sur DUCHESS, le groupe prouve va capacité à chier un tube. Mélodie aussi envoûtante qu’inchantable, les doigts semblent danser joyeusement sur l’orgue tandis que Hugh plus séducteur que jamais, se fait romantique à souhait. Ce titre est aussi court que précieux, surtout l’étrange est encore à venir. MENINBLACK est un ovni et c’est le cas de le dire. Après avoir enregistré une ritournelle, ils la trafiquent, la bidouillent, la ralentissent, rajoutent des voix aux vocoder pour obtenir une sorte de comptine chantée par des monstres. La chanson fera fuir plus d’un, dont le producteur lui-même d’ailleurs. Qu’à cela ne tienne, les Stranglers produiront l’album seuls avec leurs démons. C’est GENETIX qui ferme l’album et celui-là est une pure merveille. Plusieurs mouvements sont encore à l’œuvre articulé autour plusieurs solos d’une basse pachydermique, un truc de fou absolument épique. La différence aussi sur cet album sera ce travail permanent sur les chœurs aussi bien mélodiques, qu’en canon ou en polyphonie. Les arrangements mêlés à une curiosité sans limite pour les nouvelles technologies et toujours ces descentes vertigineuses de claviers.

THE RAVEN est aussi un témoignage constant de l’évolution d’un groupe à vitesse grand V. Si le son peut encore faire penser à BLACK AND WHITE, c’est déjà le suivant qu’annonce la fin du disque dans sa folie et sa complexité décomplexée. Les textes également ont évolué depuis les portraits urbains des débuts à une conscience politique internationale exacerbée par les voyages. Les Bonus sont également de bonne facture. BEAR CAGE décrivant la cage qu’est devenue Berlin sous la guerre froide avec une rythmique à la fois martiale et électronique. YELLOWCAKE UF6 un bidouillage studio fait avec des bruits et des chutes et FOOLS RUSH OUT parfait pour terminer ce nouveau CD puisque les accords finaux font une boucle avec ceux de LONGSHIPS.

Et le peuple observa l’homme en noir au sommet de la montagne. Celui-ci dit au peuple: Le paradis est promis à ceux qui auront écouté les Stranglers. Et cum spiritu tuo. ©1981-United Artists-EMI

Et le peuple observa l’homme en noir au sommet de la montagne. Celui-ci dit au peuple: Le paradis est promis à ceux qui auront écouté les Stranglers. Et cum spiritu tuo.
©1981-United Artists-EMI

4-THE GOSPEL ACCORDING TO THE MENINBLACK

L’avenir promettait d’être joyeux et rose pour les quatre trublions londoniens. Malheureusement le quatuor semble entretenir une certaine propension à l’autodestruction. Cela commence assez rapidement par des querelles de chapelles avec THE CLASH ou les ROLLING STONES par exemple. Puis le producteur rechigne sur une chanson, boum: il est jeté dehors. Une dispute éclate avec leur management, et ils changent leur label américain (FOOLS RUSH OUT), empêchant la transformation de l’essai des premiers albums outre-Atlantique. La tournée de THE RAVEN prend l’eau lorsque Hugh Cornwell prend un mois de prison pour détention de drogue, forçant le groupe à jouer avec des guests lors d’un concert exceptionnel (immortalisé sur THE STRANGLERS AND FRIENDS), puis ils refont un peu de taule pour incitation à l’émeute lors d’un concert à Nice. La drogue, les délires sur l’ufologie, les expériences de studio et la recherche du son, finiront par accoucher ce qui deviendra le bide de leur carrière. Ici il convient de s’arrêter un instant sur ce qui constitue ce qu’on appelle un album culte. Ce n’est pas juste un sticker à Cultura.

D’abord l’album s’est vautré, c’est incontestable. Ensuite il fut très mal compris. Le prêchi-prêcha ésotérique mêlé de science-fiction religieuse a totalement perdu un public qui attendait la patte Stranglers. Pourtant on discerne des chansons inoubliables ou carrément réussies dans le lot et enfin l’ambition ne fait pas de doute. C’est un album concept qui tente de prévenir l’auditeur que les hommes en noir ne sont que les membres d’une secte préparant le retour de Jesus pour le jugement dernier avec derrière lui, une armée d’aliens. Ce concept prend sa source dans la légende urbaine qui veut que des hommes en noir ont été aperçus dès qu’un OVNI a été signalé. Cette légende tenace donnera aussi naissance à un obscur comics indépendant qui engendrera à son tour, la trilogie de films du même nom. Bref! Un vrai impact culturel sur le long terme. Le groupe est persuadé de s’être surpassé et de tenir là ce qui va être l’ordinaire de demain. A noter que Nina Hagen accouchera d’un disque similaire à base de jugement dernier et d’invasion extra-terrestre sur NUNSEXMONKROCK qui est tout aussi bizarre que celui-ci. Pour le même résultat dans les charts. Une surprenante filiation. WALTZINBLACK ouvre le bal d’une manière imparable, c’est une valse fantomatique et synthétique insinuant l’idée même de la folie et du cauchemar. Des créatures se mettent à ricaner dans nos oreilles. Il parait que le personnel de EMI fut convié pour enregistrer ces fameux rires. Bonne ambiance dans le studio donc. Ce titre restera et contribuera à la postérité de l’album. Depuis les Stranglers ouvrent régulièrement leurs concerts sur cette chanson qui le don de pouvoir chauffer la salle en trente secondes.

JUST LIKE NOTHING ON EARTH démarre sur un groove de basse répétitif, pour laisser rapper un Hugh Cornwell déchaîné qui s’éclate sur les allitérations entre deux chœurs en vocoder. Le titre fut sélectionné en single parce que…c’est encore celui-là le moins bizarre. Vous dire à quel point la maison de disque a du chialer, c’est un euphémisme. SECOND COMING, quant à elle, est une mélopée planante toujours syncopée par ce mur basse/batterie évoquant le peuple en attente d’un messie ridicule et fascinant. WAITING FOR THE MENINBLACK. Est toujours aussi étrange, dérangeant dans son mélange organique et synthétique. A l’image de l’album entier, déshumanisé évoquant TALKING HEADS, le son bidouille et remixe toute sorte de bruits évoquant les bulles et autres effets sonores alors que la guitare garde son agressivité et la basse sa touche crade. Le contraste, mélodie pas évidente et texte sous absinthe accouchent d’un résultat déroutant mais captivant. TURN THE CENTURIES,TURN est un nouvel orchestral structuré sur des boucles et des boucles diffusant le malaise . Le mal de mer semble en être le thème. De ce temps-là les plus courageux étaient sollicités à retourner le disque, ce que certains ont dû faire dans un état second. La suite est pire. Si l’on prête une oreille attentive sur TWO SUNSPOTS qui ouvre la seconde face, on reconnaîtra MENINBLACK figurant sur la galette précédente. En l’état nous avons plutôt une ritournelle sixties à la mode électronique assez oubliable. Délicieusement discordant et inchantable FOUR HORSEMEN vogue en pleine SF. Le titre cultive le sentiment d’étrangeté jusque à la petite mélodie entêtante qui clôt le tout. Impossible de me débarrasser d’elle. Je vais tomber dans un puits spatial atterrissant dans une cellule capitonnée. Au secouuuuurs! THROWN AWAY sera la deuxième tentative de single de l’album toujours aussi cramée. Bien entendu, c’est une chanson légère imaginée pour les dancefloors de l’époque.

Ce retour à un schéma presque normal frise ici l’incongruité. MANNA MACHINE est sans doute le sommet de l’inécoutable de ce disque. Hugh Cornwell halluciné, marmonne un délire prophétique sur une nouvelle malédiction biblique impliquant des momies lançant de nouvelles plaies. Le chanteur semble seul à bord d’un vaisseau en perdition comme une sorte d’Ulysse de l’espace dont la seule ration de survie doit être un pochon d’herbe. Les Stranglers (Sniff) déraillent. Le vinyle d’origine se termine par un autre sombre chef d’œuvre HALLOW TO OUR MEN, une longue fresque mélancolique comprenant plusieurs mouvements. Un titre qui nous fait mesurer le parcours d’un groupe depuis DOWN IN THE SEWER. Impossible à reproduire en live, le groupe voit le disque s’écrouler dans les ventes. Une douche froide dont ils ne se remettront pas vraiment. A moitié morts après cet enregistrement, ils doivent faire une pause…

Non ce n’est pas Rubber Soul des Beatles… ©1982-United artists-EMI

Non ce n’est pas Rubber Soul des Beatles…
©1982-United artists-EMI

5-LA FOLIE

Le groupe se remet en selle et propose un nouvel album concept, mais cette fois bien plus accessible. La maison de disque insiste pour qu’ils se reprennent en main. La tension est donc assez palpable et les étrangleurs feront plusieurs pied de nez à la gentry-britannique. Le concept du disque, c’est l’amour. Avec un grand A. Sous toutes ses formes. Si le son conserve la bizarrerie du précédent en héritage, le disque est cette fois composée de chansons courtes, couplet-refrain-couplet-refrain. Hugh Cornwell intronise pour de bon son fameux parlé-chanté aussi sensuel que monotone. Sur LA FOLIE on peut dire que ce style fait mouche. Une mélodie d’orgue toute mignonnette cueille l’auditeur avec NON STOP qui va nous parler doucereusement d’une nonne et de sa ferveur religieuse. Hugh scande plus qu’il ne chante cet amour divin imitant presque la voix-off des documentaires. EVERYBODY LOVES YOU WHEN YOU’RE DEAD nous ramène à un son plus familier groovy et dissonant, cette fois le chanteur commente et ironise sur l’effet grégaire de la popularité. Un texte qui pour la «génération Twitter» prend un autre sens. Prophétie quand tu nous tiens!

TRAMP aurait pu être le second single de l’album, ce titre simple et facile joue sur la corde «restos du cœur» en imaginant les rêves et le besoin d’amour d’un clochard, nous rappelant que ce sont des êtres humains à part entière. LET ME INTRODUCE YOU TO THE FAMILY est une sorte de slogan variable répété sur un rythme de bourrin dont les accords de guitares aigrelets viennent titiller l’oreille comme un moustique. Le thème sera bien évidemment l’amour/prison de la famille. AIN’T NOTHING TO IT est l’une des rares chansons non mémorables du disque dont le producteur très en vue à l’époque TONY VISCONTI (DAVID BOWIE) avait la mission de customiser en «hit» chaque titre par une maison de disque excédée. THE MAN THEY LOVE TO HATE reste pourtant dans les tonalités étranges. Jean-Jacques Burnel ne pouvant concurrencer le côté crooner de son camarade préfère enregistrer sa voix comme au fond ‘un tunnel. Désabusé, il brosse le portrait d’un connard qui ne sait plus aimer et qu’on ne peut aimer ni détester. Renaud décrira le même genre de personnage dans LA TEIGNE. Même la ligne de guitare semble descendre le long d’une gouttière. Changement d’ambiance pour PIN-UP totalement configurée pour la radio avec d’enthousiastes chœurs de marins. Cela sied bien évidemment puisqu’on décrit l’amour par défaut que les hommes isolés en mer éprouvent pour les filles en poster. C’est l’amour, on vous dit.

IT ONLY TAKES TWO TO TANGO remet le couvert sur les allitérations improbables de Hugh Cornwell avec un nouveau titre choral. Là encore, la basse joue une boucle efficace, mais c’est un peu la recette facile du disque. Enfin vient la pièce maîtresse du disque. En délicatesse avec EMI le groupe multiplie les «farces» et celle-ci est sans doute leur meilleure. La mélodie sous forme d’une fausse valse à quatre temps caresse les pavillons tandis que le chanteur fredonne une bluette inoffensive. Enfin, c’est ce qu’on pourrait croire puisque riche en doubles sens, GOLDEN BROWN est une chanson qui parle en fait de l’addiction à l’Héroïne. Même si Jet Black soutiendra sournoisement qu’il s’agit en fait d’une ode aux gaufres dorées à souhait, le titre fait le même parallèle que HEROIN de Velvet Underground. EMI est comblé et le morceau deviendra le plus gros succès du groupe. «Fuck off attitude!». Derrière ce monument Hugh recommence à ânonner dans HOW TO FIND TRUE LOVE AND HAPINESS IN THE PRESENT DAY sur l’inanité de la vie matérielle toujours source de frustration. Le seul problème, c’est qu’on a l’impression qu’il va s’endormir avant la fin de la chanson. Pour clore le disque, LA FOLIE qui porte bien son nom nous parle d’Isseï Sagawa, le célèbre tueur cannibale des années 80 et dont les méfaits ont fait les beaux jours du magazine PHOTO. Avec cynisme et détachement le narrateur décrit en français dans le texte une forme d’amour totalement déviante.Contre l’avis de la maison de disque, le groupe maintiendra la décision de produire ce monologue sur fond de synthétiseur malsain en single. Le titre se ramassera, les anglais étant allergique à la langue de Molière et choquant ceux qui ont fait l’effort de traduire. Une autre manière que le groupe a eu de flinguer son succès naissant en refusant de transformer l’essai de GOLDEN BROWN. L’album se termine donc sur un malaise palpable, un disque étrange et commercial à la fois.

Il est en effet temps de dénoncer le contrat de EMI qui tente tant bien que mal de contrôler ces électrons libres. La maison de disque exige un dernier single. Le groupe dans une ultime provocation se contentera de réenregistrer le titre que leur avait refusé EMI une première fois en 1975: STRANGE LITTLE GIRL, qui aura une seconde vie grâce à TORI AMOS des années plus tard. Petite chanson d’amour sur l’incompréhension d’un départ. Belle mélodie de clavier. Dernier succès pour EMI. Le groupe va signer chez SONY avec une promesse de liberté absolue. Et alors que ces derniers regardent l’horizon plus confiant que jamais en leur bonne étoile. Ce qui est par ailleurs devenue une marque de fabrique, c’est que la face B du single STRANGE LITLLE GIRL, CRUEL GARDEN, inaugure avec sa guitare acoustique aux sonorités latines annonçant FELINE. En à peine 5 ans de discographie, ils auront sorti pas moins de six albums, changé de style presque autant de fois et réussi à imposer un style empreint de liberté artistique tout en concédant aux influences du moment. Ainsi THE STRANGLERS ne ressemblent qu’à eux même tout en évoquant avec délice les divers groupes que sont THE DOORS, CAPTAIN BEEFHEART, BLONDIE, DEVO, TALKING HEADS tout ayant une influence non négligeable sur pas moins de JOY DIVISION, NINA HAGEN BAND ou encore SIMPLE MINDS ou MARTHA AND THE MUFFINS.

Dans les carnets de Edie. (C) Edwige Dupont

Dans les carnets d’Edie.
(C) Edwige Dupont

A suivre… (putain la suite, putain!!!)

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En BO un extrait du festival «NO NUKES» de 1982. un événement contre le nucléaire.

33 comments

  • Eddy Vanleffe  

    Encore un dessin superbe d’Edwige…

  • Patrick 6  

    Ah voilà qui fait plaisir ! Un article sur nos étrangleurs en noir !
    Mine de rien le groupe a réussi a mêler les guitares punk et les claviers des Doors ^^ (le grand écart musical complet)
    Bon après Aural Sculpture ça se dégrade « un peu » (doux euphémisme) mais je pense que tu en parleras la prochaine fois… En attendant le groupe a quand même produit 8 albums totalement irréprochables (ce qui n’est objectivement pas si courant) !
    @Edwige : ne prends plus ton café au dessus de ton carnet ^^

  • Kaori  

    Encore une redécouverte grâce au blog…

    La première fois que j’ai entendu vraiment parler de ce groupe, ça devait être dans un top 10 de Bruce.
    Puis j’ai entendu « The Stranglers » à la radio avec « Always the sun » (tube que je connaissais sans jamais avoir eu aucune idée de qui chantait). Et c’est ici que j’apprends que ce sont aussi à eux que l’on doit « Golden Brown », dont j’ignorais le titre (et encore plus le nom du groupe).

    Bon, comme tu l’auras compris Eddy, je n’ai jamais eu de coup de cœur pour ce groupe.
    Toujours est-il qu’encore une fois, « on en apprend tous les jours avec Bruce Lit ».
    Ta culture sur ce groupe m’impressionne au plus haut point ! Je serais bien incapable de faire ça sur un quelconque artiste ! Chapeau, l’ami !

    Je suis curieuse de lire la suite :-).

    • Eddy Vanleffe  

      Golden Brown et Always the sun ne sont pas du tout représentatif de ce fait le groupe en général. ils ont eu une bel période pop mais on a du mal à imaginer qu’ils ont peu faire des truc plus denses et plus ambitieux comme
      -Toiler On the Sea
      -The raven
      -Down in the Sewer
      ou No More heroes, la chanson qui reste emblématique pour eux en Angleterre par exemple…

      la seconde partie du dossier curieusement me tient plus à cœur parce que j’attaque la partie de la carrière dont on ne parle jamais, le consensus s’arrêtant à l’album La folie ou à la rigueur Aural Sculpture comme le précise notre ami Patrick…
      j’aborde les histoires des groupes comme de grande sagas légendaires et j’aime savoir la fin… :)

      • Kaori  

        Eh bien je vais me faire un plaisir d’aller voir à quoi cela ressemble, tout ça !

        En fait, je ne savais pas du tout par quoi commencer pour avoir une idée. J’ai regardé la dernière vidéo (la première aussi, mais pas accroché), ça fait très « rock expérimental », ces variations.
        Avec les titres que tu me donnes, je vais voir un peu plus ce pourquoi ils sont reconnus ;-).

      • Kaori  

        Pour l’instant j’aime bien « Toiler on the sea » mais pas du tout « The Raven ». Et « Down in the sewer » seulement à partir de 6 minutes… Je n’aime pas le riff de la chanson, en fait, mais j’aime bien toute la partie finale, comme une espèce de déconstruction de la chanson…

        Quant à « No more heroes », j’ai adoré leur non-prestation pour l’émission Top Pop !!

        Sinon, musicalement, les claviers, c’est pas mon truc. C’est pas horripilant, mais pas le genre que j’écoute ;-).

        • Eddy Vanleffe  

          aaah les claviers de Greenfield… a chaque fois j’ai l’impression de faire un voyage en Enfer… je suis totalement hypnotisé…

    • Eddy Vanleffe  

      En tout cas merci à toi Kaori et à toi Patrick…

  • Jyrille  

    Je n’ai pas encore lu l’article mais je tiens à dire merci pour la visite guidée ! Déjà parce que je n’ai pas encore réussi à entrer dans leur univers malgré quelques tentatives (sûr, j’ai écouté La Folie), je sais donc que cet article sera là pour m’épauler lorsque je retenterai l’aventure stranguleuse…

    Et je tiens à dire que les dessins d’Edwige et de Nick Perks sont superbes.

    PS : le tome 3 de Hellblazer par Mike Carey (fin de son run) sort aujourd’hui en VF chez Urban.

  • Bruce lit  

    En fait je suis jaloux car s’il existe ici un fou des Stranglers et qui aurait dû écrire cet article c’est moi !!!!!!!
    Le problème des articles longs c’est de les commenter correctement. Je les lis une première fois lors de la réception. Une deuxième lors de la mise en page et la troisième pour commenter lors de la publication.
    Je te propose d’y aller par à coups :
    La première fois que j’ai entendu une chanson des Stranglers, c’était GOLDEN BROWN Moi ce fut à la fNAC. Le vendeur passait WALK ON BY et j’ai été scotché par la virtuosité de cette reprise. J’ai acheté le BEST OF, et j’ai tout gobé dans la nuit !
    Ce qu’il faut expliquer c’est que les Stranglers est le groupe à avoir autant aligné de singles (une quinzaine) dans les charts anglais. Mis à part les Beatles, personne n’en a été capable.
    Tu m’apprends le sens de GOODBYE TOULOUSE : merci.
    J’ai acheté dans la foulée Rattus NOrvegicus tout y est bon. TOILER ON THE SEA ? C’est du Punk Floyd. Effectivement c’est délicieux à écouter en live.
    J’aime regarder les filles de Coutin est un tube sensationnel. Le seul truc capable de passer après du Iggy à la Loco sans passer pour un con. Je ne me suis jamais essayé à ses albums.

    Critiquant à la fois la dictature de la beauté et le fossé social des jeunes de Londres, il dérive en racontant un meurtre passionnel mutuel entre empoisonnement et strangulation. Je crois que c’est sur cette chanson que Cornwell se mettait une corde au coup et simulait la strangulation, écume de bave à l’appui. J’ai une photo de ça dans la bio de David Buckley que tu as sûrement lue.

    Je te trouve dur avec NO MORE HEROES qui est un très bon album. Premières tensions avec Burnel qui pose seul sur le mausolée de Trotski.
    BLACK AND WHITE : l’album proto Pixies à mes yeux. Grand, grand disque que j’ai l’honneur d’entendre il y a deux ans à l’Olympia. Mon sang n’a fait qu’un tour quand tu compares cette orfèvre aux bourrins d’Iron Maiden ! On retrouve aussi beaucoup des ambiances BLack and White dans les premiers Midnight Oil qui leur doit beaucoup. Comme Blur.

    THE RAVEN est aussi mon préféré. Pour le coup je te pardonne tes Maideneries (je tente de les écouter depuis quelques semaines. C’est horrible).
    DEAD LOS ANGELES : hey les Strokes, c’est par ici les droits d’auteurs !
    Shah shah a gogo : superbe basse hommage au Floyd de Barrett.
    NUCLEAR DEVICE : tu as déjà vu le clip ? Il est hilarant !
    DONT BRING HARRy est pour moi une chanson sur l’addiction à l’héroine. Aucune ambiguïté là dessus. La première fois j’ai cru que c’était Lou Reed qui chantait tellement le titre sonne Velvet.

    Je te laisse répondre et je passe tout à l’heure à la suite des commentaires.

    Kaori, connaissant un peu tes gouts, essaie cette chanson : STRANGE LITTLE GIRL, l’histoire d’une jeune fille qui fuit son foyer et ère dans les rues du Londres Punk après….on ne sait quoi, mais c’est sûrement sordide. Un chef d’oeuvre de mélancolie reprise moyennement par Tori Amos par la suite.

    • Eddy Vanleffe  

      Hello Bruce.
      T’aimes pas Iron Maiden? mais mais comment-ce possible?
      boum sujet d’article. je plaisante.
      je ne compare pas leur musique mais uniquement le thème d’une chanson…la peu du noir et de se faire suivre seul la nuit…
      No more heroes: il fallait faire un choix. je m’étais fixé 5 albums pour cette partie.
      Rattus est pour moi indispensable. The Raven c’est la consécration. il faut parler de Meninblack pour son atypisme, son échec et la fascination qu’il procure. La folie est important pour parler de leur démarches… Restent donc black and white et No more heroes… quand on parle de ce dernier on a l’impression de parler Rattus, même son, même thèmes, même production , même contexte. c’était le seul sur lequel je pouvais faire l’impasse en précisant que c’était vraiment le même feeling que le premier mais en chouia moins bien. c’est un excellent disque à mes yeux mais je le trouve un peu en deçà à cause de chansons comme dead ringer, ou school mam …
      j’ai vu les clips, on avait la VHS. tu remarquera que j’ai évité de te mettre la clip avec des strip-teaseuse. On ne sait jamais et puis on est plus la semaine dernière… :)
      la seule bio que j’ai lue, c’est celle que tu m’a envoyée et donc après l’article. je suis content de voir que je me gourre pas trop.
      pour la doc, je me suis basé sur une vingtaine d’interviews que j’avais galnées au fil du temps, d’un large extrait de song by song et puis par les description des albums sur the ratt’s lair (le site du groupe). je me suis aussi tapé les « sleeve notes » de tous les albums que j’ai en rééditions, j’ai recoupé les infos et j’en ai tiré une « image » cohérente » qui doit plus ou moins être dans le vrai.

      comme tu vois qu’on peut toujours apprendre, je ne savais pas qu’il y avait eu un problème pour la photo sur la tombe de trotsky..Hugh y fait allusion dans son livre justement je crois (mais je ne suis pas aussi bilingue que j’aimerais…)
      d’ailleurs à propos de bilinguisme.
      mon premier Stranglers en cassette copie, c’était RARITIES sur lequelle figurait N’emmène pas Harry la version française de Don’t bring Harry. Burnel est très fier de savoir parler français, mais il ne maîtrise pourtant pas super bien. ainsi en VF la chanson relate bien une relation toxique entre deux hommes dont l’un est dominateur si Harry possède en anglais un double sen, il le perd totalement et l’expression comme beast of luxury devient « le plus grand animal du vice »… le sens de chanson change drastiquement et ça s’est imprimé chez moi…
      je suis à ta disposition pour tout échange supplémentaire Bruce…

    • Kaori  

      Bien joué, Boss.
      La reprise de Tori Amos a l’avantage d’être un peu plus longue. L’originale se termine de façon un peu trop abrupte à mon goût.

      Je suis allée voir par curiosité LA FOLIE, ben étonnamment, j’aime bien. Bon je n’ai pas fait l’effort d’écouter en entier les paroles (je ne comprends pas tout à l’écoute…). En tout cas, je la trouve assez envoûtante.

  • Bruce lit  

    Ah !
    C’est quoi le chiffre IV sur la pochette de Rattus ?

    • Eddy Vanleffe  

      je ne suis pas sûr du dout mais j’ai toujours pensé que c’était IV rattus norvégicus soit les « quatre surmulots! »

  • Bruce lit  

    The GOSPEL : j’adore cet album que j’ai longtemps détesté.
    C’est effectivement un suicide commercial avec phénomènes paranormaux en studio (console qui brûle, pistes qui ne s’effacent pas etc.).
    Cela commence assez rapidement par des querelles de chapelles avec THE CLASH ou les ROLLING STONES par exemple. Huh ?
    HALLOW TO OUR MEN J’adore !
    LA FOLIE : bien vu le clin d’oeil à RUBBER SOUL, je n’y avais jamais pensé ! Il me semble aussi que Cornwell ne voulait pas sortir le single. Il s’est incliné sous l’insistance de JJ. Le clip est sûrement le plus lugubre avec les deux Frontmen qui se font la gueule et surtout qui se pèlent les miches.

    • Bruce lit  

      Tiens, on a perdu Matt ?
      Héhé…
      Pour info, c’est ce groupe qui a inspiré Jet BLack de Cow-Boy Bebop.

      • Kaori  

        C’est ce que je me suis dit pour Matt ;-).

        Jet Black ?! Je suis allée voir, effectivement, il lui a même piqué son patronyme. Mais celui de Cowboy Bebop a un air nettement plus sympathique !!

      • Jyrille  

        Hein ? Alors là il faut m’expliquer !

  • Patrick 6  

    Puisque l’on parle de première fois, ma première écoute des Stranglers c’est…. lors d’un passage de Cure sur NRJ !! La bande de Robert est venu se perdre sur les ondes de cette radio honteuse au milieu des années 80 (deux fois d’ailleurs) et parmi les choix musicaux de fat Bob au milieu des Joy division et des Siouxsie, le morceau Peaches des Stranglers ! Robert avait venté leur coté Punk et Pop à la fois qui l’avait beaucoup influencé !

  • JP Nguyen  

    La première fois où j’ai entendu parler de ce groupe, c’était justement par Bruce en commentaire de mon article sur Cowboy Bebop. En plus du personnage de Jet Black, le générique de la série s’appelle Tank!

    En fait, je connaissais vaguement « Always the sun » et « Golden Brown », mais sans identifier le nom du groupe. J’ai écouté quelques morceaux sur Deezer ce matin et… ce n’est pas forcément désagréable mais ça ne me choppe pas par le colback non plus. Sorry.

    Dans la même journée, j’ai aussi écouté « We can’t dance » de Genesis. Oui, j’assume préférer la période Collins à celle de Pete Gab. Je suis irrécupérablement mainstream.

    • Kaori  

      Ah bah, presque tout pareil ;-).

      Bruce, dans un commentaire qu’il a supprimé par la suite (mais que j’ai eu le temps de voir, niark niark) disait que je m’entendrais bien avec toi niveau musique, parce que j’aime bien la variété française.

      Mainstream, ça me correspond aussi pas mal ;-).

    • Jyrille  

      Ah ben… je suis en train d’écouter ça, JP !

      s://www.youtube.com/watch?v=YWbTjhN3h4U

  • Présence  

    Pour une raison ou pour une autre, voilà un groupe que je n’ai jamais écouté, par manque de curiosité ou de passeur, et ton article impressionnant me fait dire qu’il n’est pas pour moi. En effet, même si je n’ai dû entendre qu’une seule chanson d’eux (Always the sun), les références incluses (celles que je connais :) ) permettent de me faire une idée des passerelles avec d’autres familles rock soit par ressemblance, soit par différence : Patrick Coutin, Devo, Iron Maiden, Dionne Warwick, Tori Amos. Le fait qu’ils ne se répètent jamais est de nature à m’impressionner, même si effectivement c’est une prise de risque majeure pour bâtir une carrière (je réécoutais le dernier AC/DC hier soir, pour le plaisir de ne pas être surpris :) ).

    Ainsi donc, il y a vraiment des gens qui écoutent les paroles des chansons (ma femme me regarde toujours d’un drôle d’air quand je lui dis que je le fais), et du coup ça donne une vision plus claire de l’univers de ce groupe : entre biture, défonce, culture (Yukio Mishima, une autre référence qui me parle), et grands titres de l’actualité (l’Ayatollah Khomeiny, Isseï Sagawa). Je suis également impressionné par la capacité du chanteur à interpréter une version en suédois.

    Au moins, maintenant, je saurais que la pochette impressionnante de The Raven ne fait pas référence au poème d’Edgar Poe.

    • Bruce lit  

      Pour une raison ou pour une autre, voilà un groupe que je n’ai jamais écouté, par manque de curiosité ou de passeur, et ton article impressionnant me fait dire qu’il n’est pas pour moi.
      Continue Présence et je t’impose un TOP 10 Manowar…

  • Tornado  

    La vache ! Voilà un article qui ne se lit pas en 5mn !
    Traduis-tu systématiquement les paroles de toutes les chansons que tu aimes ? Je fais rarement ça personnellement. La plupart du temps, je me laisse juste porter par l’émotion. Et quand j’essaie de traduire, en général je suis déçu du fait que les anglo-saxons n’ont pas du tout la même culture littéraire que les français dans leurs texte.

    C’est vrai que c’est surprenant que ce groupe n’ait pas connu un plus grand succès public. Avec les Clash, je ne vois pas un autre groupe punk avec de meilleurs musiciens et autant d’ambition musicale. Après c’est vrai aussi que les Stranglers se démarquent du mouvement punk par leur originalité et leur refus de se laisser coller une étiquette, ce qui peut expliquer qu’ils n’aient jamais été assez punk pour marquer le genre ou assez pop pour en sortir.
    J’avais à un moment donné toute leur discographie dans mon ordi mais j’avoue que je n’ai jamais réussi à entrer complètement dedans du fait de mon allergie au punk car certains titres sonnent justement trop punk pour moi (même quand ça sonne ska comme Peaches ou la reprise de Walk On By, où malheureusement le timbre solo de Cornwell sonne vraiment trop punk pour mon sens radar). Je ne suis pas non plus accroc à leur versant new-wave (genre Midnight Summer Dream ou LA Folie). Mais à côté de ça il y a des titres extras (grosse préférence pour ceux qui lorgnent davantage vers les Doors (genre Walk On By en dehors du chant solo !) que vers le punk dur) et je n’ai pas honte de dire que des trucs comme Golden Brown, ben j’adore ! (et même Always the Sun pour la nostalgie 80′s). En règle générale, je préfère quand la voix de Cornwell devient plus pop que punk, en fait.
    Pour le reste, comme d’habitude, je ne m’intéresse pas du tout à l’intention qui se cache derrière les chansons et donc, je ne suis pas très intéressé par tout le volet politique ou contestataire du groupe.

    En tout cas, bravo pour l’article. Je suis tellement content que le blog offre enfin une tribune à la musique ! C’est un souhait que j’ai émis depuis le début. Bruce va vraiment finir par devoir changer de nom ! Ça pourrait devenir « BRUCE LIT, REGARDE et ECOUTE ! » :D

    • Bruce lit  

      C’est vrai que c’est surprenant que ce groupe n’ait pas connu un plus grand succès public
      Les Stranglers ont longtemps terrorisé Journalistes et Promoteurs notamment à cause du comportement erratique de JJ Burnel qui, ceinture noire de Karaté, n’hésitait pas à violenter son monde. Son comportement a notamment fait foirer un contrat avec une maison de disques américaine.
      Voici la cause de l’échec des Stranglers : ils n’ont pas, à l’inverse des Pistols et des Clash, percé et tourné aux Etats-Unis.

    • Jyrille  

      Je ressens la même chose que toi, Mr T. Je connais des chansons par coeur et je suis incapable de savoir de quoi elles parlent. La musique compte plus… C’est rare que je fasse l’effort d’aller plus loin que le sens premier, cela arrive… et maintenant, je n’ai plus le temps de m’y plonger, à moins que la chanson ait réussi à piquer ma curiosité.

      Par exemple, je viens de finir le roman L’HOMME-DE de Luke Rhinehart, et j’ai appris récemment (en me renseignant sur le livre) que la chanson SUCH A SHAME de Talk Talk parlait précisément de ce roman. C’est évident lorsqu’on le sait, le clip et les paroles deviennent limpides. Avant, c’était abstrait.

  • Eddy Vanleffe....  

    Merci à tous pour votre bienveillance. encore une fois, c’est assez exceptionnel.

    je vais essayer de répondre à toutes les questions:

    @Bruce: les disputes avec les Clash sont assez célèbres. le groupe communiste leur reprochait d’être des faux punks, et d’être des hippies qui s’étaient coupés les cheveux par opportunisme. Burnel s’était accroché avec Mick Jagger en le traitant de vieux qui était devenu l’establishment etc…
    Comme tu le dis ils tué dans l’oeuf leur carrière aux USA et Cornwell précise dans le bouquin que tu m’as donné que plusieurs années après, c’était trop tard, ils n’étaient entre deux styles et n’entraient plus dans les grilles de radio américaine. la différence entre Cornwell et Burnel, c’est que le premier est très amer alors que le second le revendique.

    @Tornado: non je ne traduis pas…vraiment, c’est juste que je…retiens vites les paroles…et sur des disques que j’ai écouté plein de fois, ça vient tout seul… après la curiosité fait que je vais vérifier des trucs dan les livrets et le tour est joué…
    Je suis en tout cas heureux de participer au versant musical à venir de « Bruce tend ses esgourdes » :)

    Pour certains d’entre vous, j’ai l’impression que le second volet du dossier va plus vous parler… qui aurait crû?

    • Bruce lit  

      Une raison de plus de ne pas apprécier les Clash alors…

      • Jyrille  

        Franchement, tu te goures, Bruce. Les Clash valent le coup.

        • Bruce lit  

          Dans quelques années peut-être. J’ai beaucoup écouté LONDON CALLING ces derniers mois et n’y trouve rien d’exceptionnel. Rien n’y fait : je n’aime pas la voix de Strummer.

          • Jyrille  

            Je t’ai dit d’essayer Give em enough rope…

  • Jyrille  

    J’aime beaucoup le dessin d’Edwige. Je trouve la pochette de BLACK AND WHITE fascinante, et son hommage l’est tout autant. Mais pourtant, j’ai écouté les vidéos ici présentes et je ne rentre toujours pas dans ce groupe. Tu parles d’une sorte de super-groupe, en appelant d’autres musiciens pour illustrer le propos, mais je ne sens pas le truc. On pourrait penser à une mouture du Cure première ou deuxième version (à quatre)… Peut-être la voix de Cornwell ne m’attire pas. En tout cas, c’est une sacrée anthologie que tu nous fais ici, j’ai presque l’impression de lire Manoeuvre ou Rock and Folk ! C’est un super boulot, Eddy. Je suis totalement incapable d’écrire sur un disque en prenant chaque piste.

    Black Francis (enfin, Frank Black) a lui aussi fait une chanson fantastique sur les hommes en noir : Men In Black. Tout simplement. Elle est terrible.

    Je n’ai jamais entendu parler de MARTHA AND THE MUFFINS mais la liste des groupes influencés par les Stranglers est impressionnante. Il va vraiment falloir que je réussisse à comprendre ce groupe… Ca arrivera, j’ai mis quinze ans à comprendre Depeche Mode et vingt pour Hüsker Dü. Et je pense que cet article (et sans doute le suivant publié aujourd’hui) seront mes principales sources lorsque cela sera. Merci Eddy !

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