Grand Bendi-tisme

 

Daredevil par Brian Michael Bendis et Alex Maleev

1ère publication le 22/12/14- Maj le 25/07/18

Quand DD fait son Caïd…

Quand DD fait son Caïd…©Marvel Comics

AUTEUR : JP NGUYEN

Cet article traite de l’ensemble du cycle de Brian Michael Bendis et Alex Maleev sur Daredevil. Soit les numéros 26 à 50 et 56 à 81 du volume 2 de la série, parus entre décembre 2001 et mars 2006 .

Les numéros 51-55 forment un arc à part, centré sur le personnage Echo, écrit et dessiné par David Mack.

Ce run se décompose en dix story-arcs détaillés ci-dessous et un numéro anniversaire, le 65, sorti pour les 40 ans du personnage et intitulé « The Universe ».

Voici les noms et les numéros des dix arcs : Underboss (25-31), Out (32-37), Trial of the Century (38-40), Lowlife (41-45), Hardcore (46-50), King of Hell’s Kitchen (56-60), The Widow (61-64), Golden Age (66-70), Decalogue (71-75), The Murdock Papers (76-81).

Alex Maleev a signé toutes les covers du run, sauf celle du numéro 65

Alex Maleev a signé toutes les covers du run, sauf celle du numéro 65©Marvel Comics

Après cette avalanche de titres et de chiffres, je vais interviewer Little Jay, notre invité spécial du jour, qui a lu quasiment tous ces épisodes à leur sortie et qui témoigne en exclusivité pour Bruce Lit (Little Jay est un pseudo car mon interlocuteur a souhaité conserver l’anonymat, par crainte de représailles de la part du Big Boss du blog).

JP Nguyen : Pourriez-vous vous présenter brièvement, s’il vous plait ?

Little Jay : Tu peux me tutoyer, tu sais… Ben, y’a pas grand-chose à dire, je suis… j’étais un lecteur de comics et j’ai lu le run de Bendis-Maleev. Et je voudrais en dire du bien…

JPN : D’où votre souhait d’anonymat…

LJ : Ouais, dire du bien de Bendis, ça pourrait, comme qui dirait, me causer des soucis, par ici.

Little Jay ne veut pas finir comme le Caïd

Little Jay ne veut pas finir comme le Caïd©Marvel Comics

JPN : Alors, pourquoi il était bien, ce run ?

LJ : Attends, je dis pas que tout était bien. La fin sentait un peu le moisi. Mais tout le début est bien. Ca commence fort dès « Underboss » : dans la première scène, le Kingpin il se fait assassiner. Et après c’est Nitro qui attaque Matt Murdock. Ouais, le même Nitro qui pulvérisera tout une ville et sera à l’origine de la Civil War… Mais bon, là il se fait taper par Daredevil.

JPN : Nitro se fait battre par Daredevil ?

LJ : Hey, commence pas à t’effaroucher comme ça, les échelles de pouvoir dans les comics, ça varie beaucoup selon le scénariste ! Bon, je reprends, DD il tape Nitro et après il remonte la piste et il apprend qu’il a un contrat sur la tête. Parce que… la Mafia connaît son identité !

JPN : Mais tout le monde la connaît, non ?

LJ : Aujourd’hui, oui, mais à l’époque, c’était nouveau… Euh, enfin l’arc d’avant, les auteurs avaient aussi utilisé le truc de l’identité… Et puis le Caïd, il est au courant depuis Born Again… Mais; bon, dans le cadre du run de Bendis, faut voir qu’au début, ça reste un secret relatif et que boum! La bombe explose !

JPN : Mais il avait pas tapé Nitro, le DD ?

LJ : Je te parle de son identité secrète, bon sang! Dans « Out », le Daily Globe s’empare de l’info et ça devient un secret de polichinelle. Un truc révolutionnaire, tu vois ? Enfin, D.G. Chichester l’avait aussi fait dans « Fall From Grace » mais c’était pas pareil…

Un scoop que Voici et Gala n’ont pas relayé…

Un scoop que Voici et Gala n’ont pas relayé…©Marvel Comics

JPN : Bon t’es en train de me dire que Bendis a recyclé une idée qui avait déjà été utilisée X fois avant lui ?

LJ : C’est pas tellement l’idée en elle-même, c’est ce qu’il en a fait. Murdock attaque en justice le canard qui a publié son identité secrète, il doit se dépatouiller avec les enquêteurs du FBI, dans « Lowlife », il fait tomber le Hibou, qui fait du trafic de MGH…

JPN : De quoi ?

LJ : MGH, Mutant Growth Hormone, une drogue fabriquée à partir du sang des méta-humains. C’est un élément que Bendis utilisera plusieurs fois pour donner temporairement des pouvoirs à des humains de base.

JPN : Bon, il met à genoux le Hibou moche comme un pou qui faisait joujou avec le MGH et une fois Owsley dans les choux, ça le mène où ?

LJ : T’as pas pu caser bijou ni caillou… Mais bon, ça le mène que dans « Hardcore » , le Kingpin il revient et il veut redevenir le Big Boss Numero Uno de New York.

JPN : Il avait pas été assassiné ?

LJ : Bon, là, c’est un gros trou dans le scénar de Bendis, et je dis pas ça par rapport au physique de Monsieur Wilson Fisk, que je respecte… Il se la jouait réaliste sur ce run, et j’ai du mal à croire que des mafieux ne zigouillent pas un gars comme le Caïd proprement. Moi, je lui aurais collé deux balles dans la tête, deux dans le cœur et hop, décapité, démembré et balancé aux quatre coins du New Jersey…

JPN : T’es un sanguin, toi…

Ben Urich avait raison de ne pas être trop catégorique

Ben Urich avait raison de ne pas être trop catégorique©Marvel Comics

LJ : Non, mais franchement, pour se débarrasser d’un gars comme Fisk, on se contente pas de le poignarder. Sammy Silke, il a trop déconné, sur ce coup-là. Ah ouais! c’est comme ça qu’il s’appelait, au fait, le type qui avait fait tomber le Caïd : Sammy Silke. Désolé, je te raconte dans le désordre, mais Bendis fait pareil. Et puis, Silke, y’a que Bendis qui l’a utilisé comme perso, puisque le Kingpin, il revient et il le tue. Et puis il envoie Bullseye s’occuper de Murdock mais il tombe sur sa nana, Milla Donovan, une aveugle qu’il a rencontrée dans « Lowlife ». Mais DD arrive, il latte Bullseye et puis il va latter le Kingpin. Et il se proclame roi de Hell’s Kitchen, en décrétant que le quartier est sous sa protection et que ceux qui veulent foutre le Bronx, ils ont qu’à aller ailleurs !

JPN : Le Bronx, c’est pas un autre quartier par rapport à Hell’s Kitchen ?

LJ : Oh pétard, c’était pour le style, mon gars ! Bon, là franchement, c’était plutôt couillu et bien trouvé de la part de Bendis. L’arc « Hardcore » se termine sur cette déclaration de DD et « King of Hell’s Kitchen » fait un bond en avant d’une année. Ca aussi, c’était assez sympa comme concept. Et quelque part, Bendis a fait un cadeau aux futurs scénaristes de DD en leur accordant cette année « vierge ». Bon, ça a commencé à se remplir avec la mini Daredevil/Punisher : Means and Ends et aussi Daredevil:Father. Mais il reste de la place. Je trouve ça sympa, vraiment…

 Quand même, je trouve que le Caïd passe beaucoup de temps par terre…

Quand même, je trouve que le Caïd passe beaucoup de temps par terre…©Marvel Comics

JPN : Et un an après, il se passe quoi ?

LJ : Les collègues de DD lui reprochent de faire du zèle. En nettoyant Hell’s Kitchen , il ne ferait que déplacer le problème. Ca se discute. Mais bon, là-dessus, des yakuzas shootés au MGH attaquent Murdock et DD doit appeler ses potes (Spider-Man, Iron Fist, Luke Cage) pour les latter. Et on apprend qu’il a épousé Milla. Et Foggy et Ben Urich pensent que Matt nous fait une dépression suite à la mort de Karen Page. Un « nervous breakdown ». Et Milla qui entend parler de ça demande l’annulation du mariage. Et puis la Veuve Noire vient lui faire un petit coucou mais Matt en profite même pas pour faire des galipettes au pieu avec elle car il se considère comme toujours marié.

JPN : Il a un peu une vie de merde, Murdock… Mais je comprends pas pourquoi il a fait un « nervous breakdown ». J’avais entendu dire que Bendis l’écrivait « décompressé » ?

LJ : Hey, petit, la décompression en comics, c’est le style d’écriture qui rallonge la sauce et fait prendre trois épisodes au héros pour commander un hamburger…

Sans identité secrète, pas moyen de se balader seul sous la pluie sans se faire aborder par les yakuzas…

Sans identité secrète, pas moyen de se balader seul sous la pluie sans se faire aborder par les yakuzas…©Marvel Comics

JPN : Et alors, il est vraiment décompressé le DD de Bendis ?

LJ : Ben, les personnages ne commandent pas de burgers, quoique, j’crois bien qu’il y a un yakuza qui commande des nouilles d’un air menaçant… ben ouais, Bendis incluait du texte en langue étrangère dans ses dialogues « pour faire vrai » mais sans se préoccuper du sens véritable…Mais sinon, oui, les intrigues prennent leur temps. T’as qu’à voir, les arcs sont en 5-6 numéros… Pour en revenir à la vie de Murdock, la suite est pas terrible pour lui et en plus, elle est écrite de manière un peu bancale… Dans « Golden Age », y’a un ancien parrain, Alexander Bont, qui sort de taule et qui l’attaque en engageant le Gladiateur et en se boostant à la MGH…

JPN : Mais le Gladiateur, il avait pas renoncé à la violence ?

LJ : Oui, mais Alexander Bont menace sa fille.

JPN : Depuis quand il a une fille ?

LJ : Depuis que Bendis en a besoin pour la menacer… C’est un peu le souci du run de Bendis, il y a pas mal d’idées sympas mais les intrigues sont écrites à la truelle avec un certain mépris de la continuité, ce qui n’est pas si grave que ça, mais aussi avec un manque de cohérence dans le script, et ça, c’est quand même chiant.

Le Docteur Strange n’a pas reçu le faire-part de mariage et ne se souvient pas du faire-part de décès…

Le Docteur Strange n’a pas reçu le faire-part de mariage et ne se souvient pas du faire-part de décès…©Marvel Comics

JPN : Tu vois quoi, comme erreurs ou incohérences ?

LJ : Ben, Silke qui zigouille pas le Caïd, je l’ai dit… Y’a aussi Doc Strange dans le numéro 65 qui demande à Matt comment va Karen alors qu’il était allé à son enterrement…

JPN : C’était peut-être un Skrull ?

LJ : Dans « Golden Age », il y a des flashbacks dans plusieurs époques, dont les années 70 et on voit Matt en costard-chemise pelle à tarte de l’époque. Mais ça colle pas avec la time-line globale. En 2005, ça voudrait dire que Matt aurait quasiment 50 ans… Et puis j’ai pas tous les exemples en tête mais y’en a plein des trucs pas carrés, chez le DD de Bendis… Sa description du fonctionnement du sens radar de DD est totalement foireuse, aussi… Dans « Decalogue », il nous sort du chapeau un gars de la Main adepte de magie noire. Dans « The Murdock Papers », DD et Elektra doivent s’y mettre à deux pour vaincre Bullseye… Le même que DD a latté tout seul dans « Hardcore ». Mais dans cet arc, Bendis essaye de faire passer pour logique tout un enchaînement d’évènements qui ne le sont pas du tout.
Et puis Matt finit en prison et Bendis se barre.

Scène d’intro de « Decalogue » : parmi ces gens se cache un adepte de la Main, sauras-tu le retrouver, perspicace lecteur de Bruce Lit ?

Scène d’intro de « Decalogue » : parmi ces gens se cache un adepte de la Main, sauras-tu le retrouver, perspicace lecteur de Bruce Lit ?©Marvel Comics

JPN :Ben purée, en survolant le truc, chui pas trop soufflé, là…

LJ : Ben tu vois, dans la logique de la saga de gangster, le fait que Murdock finisse le run en prison, c’est pas si déconnant. C’’est juste que c’est pas trop habilement amené… Mais attends, je t’ai pas parlé du dessinateur, Alex Maleev. Bon, son style est super-statique mais il assurait un max pour l’ambiance. Et dans l’approche super-héros noir, son style collait trop bien. Et puis il s’améliorait au fil du run. Sur la fin, il faisait même des expérimentations sympas comme dans « Golden Age » ou « Decalogue ». Mais vraiment, l’ambiance de la série, le ton très particulier, plus certaines covers très chouettes, c’était grâce à Maleev. D’ailleurs, quand il a été remplacé dans l’arc « Trial of the Century », ça le faisait pas du tout…

Le costume orange lui va moins bien…

Le costume orange lui va moins bien…©Marvel Comics

JPN : Bon, alors je retiens un run avec des scénars en dent de scie et des dessins plutôt bons…

LJ : Je dirais pas en dent de scie. Toute la grosse première moitié du cycle, qui explore les conséquences de l’identité révélée, de la disparition du Caïd puis son retour et sa défaite face à Daredevil, le tout à la sauce film noir/saga mafieuse, tous ces épisodes sont ultra-prenants. « King of Hell’s Kitchen » est bien, « The Widow » est sympa et après, c’est juste les trois derniers arcs qui sont bofs.
Et puis, dans l’ensemble, pour avoir suivi la série en single issues, la construction des numéros était bien foutue avec des cliffhangers qui te faisaient revenir tous les mois. Et Bendis-Maleev savaient créer le buzz sur le Net de l’époque. Ils vendaient bien leur came. Et leur Matt Murdock est un mélange de loose et de badass qui ne peut laisser indifférent… Le supporting cast aussi était plutôt bien traité. L’éternel Foggy Nelson, Black Widow qui faisait quelques apparitions, Ben Urich, Milla Donovan, les agents du FBI Driver et Del Toro. Ca faisait tout un petit monde que Bendis pouvait faire causer entre eux. Et la parlote, ça le connaît Bendis. Y’avait un côté fascinant dans ses dialogues. Non, le run de Bendis-Maleev a des défauts, mais dans l’ensemble c’est une expérience de lecture assez sympa, une histoire de super-héros racontée comme un film de gangsters.

C’était avant Facebook mais DD était déjà sur le Mur…

C’était avant Facebook mais DD était déjà sur le Mur…©Marvel Comics

JPN : Alors 10 ans après sa parution, ce cycle tient encore la route ?

LJ : Franchement oui. Bendis montre déjà certains tics agaçants qu’il gardera et qui ne feront que s’accentuer mais ça reste tolérable. Et il raconte vraiment une histoire au long cours, en introduisant un changement et en examinant les conséquences sur le long terme. Il y a plein de bonnes idées, après, toutes ne sont pas forcément super-bien exploitées.

JPN : On arrive à la fin du run et de l’interview, un dernier mot ?

LJ : Oui, je suis toi !

JPN : Noooooooon ! T’as révélé mon identité secrète ! Kingpin Bruce me fera exécuter !

 Memo pour Bruce…

Memo pour Bruce…©Marvel Comics

27 comments

  • Présence  

    J’aime beaucoup ce format d’article en dialogue qui donne un rythme très prenant, et qui rend hommage aux dialogues ciselés et vifs de Bendis.

    Il y a beaucoup de mise en évidence des conventions propres aux comics de superhéros que j’ai bien apprécié, à commencer par  » les échelles de pouvoir dans les comics, ça varie beaucoup selon le scénariste », le fait que dans ce type de comics tout se recycle (à commencer par la divulgation de l’identité de Daredevil, déjà faite par DG Chichester).

    Ça m’a également fait très plaisir de revoir des images d’Alex Maleev, qui transcrivent aussi bien cette atmosphère de polar urbain.

    Ton article met bien en évidence que c’est la forme de la narration qui fait que ces histoires sortent du lot de la production industrielle mensuelle.

    • JP Nguyen  

      Merci Présence !
      J’ai voulu écrire un article fun avec une approche un peu différente. Je me suis bien amusé dans cet exercice, c’est assez libérateur de pouvoir « écrire comme on parle  » sans trop se soucier des répétitions et tournures !
      En plus, j’ai pu placer plein de blagues à deux balles…

  • Bastien  

    Bonjour,
    et Bravo pour l’article qui est vraiment sympa.
    Moi j’ai adoré ce run, par contre, il faut avouer que je ne connais pas la continuité Marvel.
    C’est une de mes premières lectures Marvel, je les ai lu en retard (il y a 3ans), et c’est le run qui m’a fait aller voir ce qui se passait chez la maison des idées puisque avant cela je ne lisais qu’exclusivement du DC, de l’indé ou du Manga.
    Ce qui m’a surtout frappé dans ce run c’est l’accord parfait qu’il y a entre les scénarii qui sont très noir et l’ambiance instaurée par Maleev.
    Un indispensable pour moi mais une valeur affective s’est peut être glissée dans mon jugement.
    Bonne journée.

    • JP Nguyen  

      Merci Bastien ! Ne t’excuse pas, je pense qu’il y a toujours une valeur affective (plus ou moins importante) dans l’opinion qu’on peut se faire d’une oeuvre. Après, ça n’empêche pas de disserter sur ses qualités ou défauts. ..

  • Bruce lit  

    Probablement l’un des articles qu’il m’aura été le plus difficile à mettre en forme du fait que je me sois marré du début à la fin. Je suis assez friand de ces exercices de style qui évoquent effectivement les dialogues de Bendis de l’époque. A propos, depuis Siege, j’ai l’impression qu’il s’est calmé de ce côté là.
    Son DD est probablement le seul Bendis que je n’ai pas balancé eu égard aux souvenirs de l’époque qui marquaient mon retour aux comics, cette merveilleuse tromperie qui laissa croire que Marvel entrait dans l’âge adulte sans crossover et tout le saint cirque.
    QU’est ce que j’ai pû l’aimer cet arc Hardcore ! Je dois avouer que si, comme tu le mentionnes, Bendis n’a pas inventé l’eau chaude, il a développé comme personne l’impact de la révélation de l’identité de Murdock. Mais bon , je ne les ai pas relu depuis une dizaine d’années. Je suis sûr qu’aujourd’hui le speech d’ ouverture de Silke, je le lirais en diagonale.
    Concernant les tics de Bendis, je relève le décalogue annoncé en grandes pompes citant Kieslowski pour n’arriver à ….rien. Le fait que Bont soit présenté tour à tour comme le client puis l’adversaire de MAtt et le grand n’importe quoi de The Murdock Papers !
    Je reconnaîtrais un talent à Bendis, le même que pour Millar : il a souvent de très bonnes idées de départ et ses comics sont souvent très agréables à la première lecture. Et il sait s’entourer de dessinateurs souvent exceptionnels. Maleev a su élever DD plus haut que le scénar de Bendis. J’aimais beaucoup l’affrontement à 100 contre un façon Matrix dans l’arc suivant Hardcore.
    Curiosité : Que pensez vous de Milla Donovan ?

  • JP Nguyen  

    Milla : je pense que c’était un personnage intéressant au sein du run de Bendis mais pas suffisamment fort pour être repris et développé par d’autres auteurs. Brubaker a essayé mais n’est pas allé très loin avant de s’en débarrasser. En fait, à part le rôle de demoiselle en détresse, il y a peu à faire avec ce perso contrairement à d’autres femmes plus fortes rencontrées par DD …
    D’ailleurs, même Bendis ne se dépatouillait pas si bien avec elle, vu qu’il lui avait collée une « meilleure amie » dans Lowlife, très vite oubliée par la suite.

    • Bruce lit  

      Oui! N’y peut on pas voir justement poindrent les tics de Bendis :
      Scoop ! Murdock s’est marié ! Quelques épisodes, cette pauvre Milla fait de la figuration et demande le divorce…

  • Tornado  

    Bon, et bien moi qui voulais tant écrire cet article, me voilà rassuré puisque celui-ci est tellement différent et unique ! Y avait intérêt que ce soit bien ! :D
    Pendant un moment, j’ai cru que « LJ » c’était Bruce, tellement les arguments à charge et à décharge sont les mêmes que lorsque notre rédac’chef parle de ce run.
    Une fois n’est pas coutume, je me fais l’avocat du diable (hahaha !!!) en précisant que toutes ces incohérences de script, on s’en balance nom de dieu !!! C’est tellement secondaire comparé à la classe narrative de tous ces arcs ! Franchement, en vous focalisant sur les dates de « Golden Âge », vous vous privez d’une démonstration extraordinaire d’art séquentiel, classe comme c’est pas permis. Alors à partir de là, les dates et cette putain de merde de « continuité », on s’en tape !!!

    Concernant Milla, elle m’a gonflé d’entrée de jeu. Je préfère les héros solitaires de toute manière…

    • JP Nguyen  

      Tornado, je suis plutôt d’accord qu’il ne faut plus trop s’embarrasser de la continuité, d’ailleurs, je dis que c’est pas grave dans l’article. Ce qui m’embête le plus, ce sont les incohérences. Même bien racontée, quand une histoire comporte une grosse lacune ou un truc sorti du chapeau, je me sens arnaqué voire limite insulté en tant que lecteur, par un scénariste qui pourrait penser « c’est gros mais ça va passer, et puis de toutes façons, je fais ce que je veux… » Et parfois, c’est cette impression désagréable que j’ai eu dans le DD de Bendis, surtout vers la fin et en particulier avec Golden Age, Decalogue et The Murdock Papers.
      Franchement, depuis quand le Gladiateur est-il une menace physique crédible pour DD ?
      Dans Decalogue, c’est quoi cette adepte de la Main qui fait de la magie noire ? Il sort d’où, il sert à quoi ?
      Dans The Murdock Papers, Matt attaque Elektra qaund elle débarque chez lui. Quelle est la cohérence de cette réaction ? Dans le même arc, Bullseye est une menace terrible alors Daredevil éloigne Del Toro et Black Widow pour l’affronter avec l’aide d’Elektra… alors qu’il l’a totalement dominé tout seul dans Hardcore…
      Bien sûr, c’est le scénariste qui écrit l »histoire… mais quand les héros apparaissent manifestement comme des pions poussés sur l’échiquier de l’intrigue, quand on a plus l’illusion qu’ils font leurs propres choix, alors je trouve qu’une partie du charme est rompu.
      Bon, c’et juste mes 2 cents (et un peu plus), j’oblige personne à voir les choses comme moi (pour ça, j’attends que le Doctor Domm me livre un Psychotron pour Noël).

      • Bruce  

        C’est quoi un psychotron ? ( à part une chanson de mégadeth ? )

        • JP Nguyen  

          Un truc que Doom pourrait inventer pour contrôler les esprits… J’ai sorti ça comme ça mais bon… Si j’étais Bendis, je te dirais que ça existe et que ça marche, et que c’est l’idée la plus révolutionnaire jamais introduite dans un comic-book depuis les slips au-dessus des pantalons…

          • Bruce lit  

            Ah ? ‘ (déception)… Pour parfaire ta culture de rocker JP, clique ici

      • Tornado  

        C’est dingue. Bruce m’avait sorti exactement les mêmes arguments lorsqu’on avait discuté de ces derniers arcs à l’époque où je postais mes commentaires sur ce run sur Amazon (il me semble que j’avais mis 5 étoiles à chaque fois) !
        Ce qui est dingue aussi, c’est que je ne les remarque même pas ces incohérences ! Je me laisse porter par la narration, l’ambiance et la mise en forme picturale. Raison pour laquelle j’ai également adoré « Father ». Et pas vous ! ;)

  • Bruce  

    Mais c’est qu’il est hargneux le Tornado ! (rires) Si tu veux vraiment écrire ton point de vue, je ne m’y oppose pas, après tout on fait ce qu’on veut ici….Ou presque…
    Bon, sans oeuvrer autour des incohérences, quand même après The Widow, je trouve que le run tourne en rond quand même, non ? C’est comme voir un bon film qui s’essouffle vers la fin.
    Moi, je l’aimais bien Milla. C’était rafraîchissant de voir que les Super Héros n’étaient pas que des People se reproduisant entre eux, et que la femme de la rue avait ses chances… Globalement, c’est ce que j’aimias chez Bendis, c’était justement cet ancrage dans la normalité.
    Par contre, celui qui m’a gonflé à jamais , c’est Luke Cage et sa suffisance….

  • Bruce lit  

    Pour les lecteurs VO, vous vous rappelez ? c’était le temps où Marvel avait adopté cette curieuse police minuscule.

    • JP Nguyen  

      Je n’avais pas prêté attention à ce changement de police de caractères.
      En revanche, question lettrage, quand je jonglais encore entre VO et VF, je constatais souvent que la VF était lettrée avec de plus gros caractères, parfois au détriment de la complétude des textes traduits…

      • Présence  

        Oui je me rappelle de ce test de changement de casse de lettrage : passer de majuscules à des minuscules. Je me demandais pourquoi quelle raison les textes des BD et des comics sont en majuscules. C’est assez déroutant de lire des phylactères en minuscules : on a l’impression qu’il perd une part de sa spécificité et qu’il s’agit d’un texte de livre.

        Je me souviens également d’une remarque de Jim Shooter qui expliquait qu’à une époque certains scénaristes demandaient des lettreurs écrivant le plus petit possible pour pouvoir caser un volume de texte sans cesse croissant. Je me souviens également de Bob Lappan sur la Justice League International de Keith Giffen et JM DeMatteis qui écrivait avec des lettres très très fines. Parmi les lettreurs les plus novateurs, il faut citer Ken Bruzenak qui travaille depuis longtemps avec Howard Chaykin qui joue avec les police avec dextérité, et avec les effets sonores pour leur donner une dimension graphique les rapprochant du symbole, et du dessin. Dave Sim est exceptionnelle dans les graphies et les formes de phylactères.

        • Bruce lit  

          Relisant la version Panini d’Arhkam Asylum en ce moment même, je suis soufflé par la qualité du lettrage ! C’est qui ? Klein ?

          • Présence  

            Wikipedia me dit qu’il s’agit de Gaspar Saladino, un lettreur d’expérience né en 1926.

  • Jyrille  

    JP, je suis encore une fois soufflé. Comme Présence, bravo pour la forme déjà. J’aime bien les chroniques en forme de dialogue mais c’est souvent casse-gueule (regardez la dernière que j’ai faite, ça remonte hein : http://trhansat.blogspot.fr/2008/09/dsintgration.html pff…). Et là tu t’en sors plus que bien ! J’ai adoré tes touches d’humour (hiboux choux…), franchement, tout quoi.

    De plus ton article tombe bien. En fait, c’est cet arc qui m’a fait vraiment tomber dans les comics. Lorsque cela se terminait avec la sortie Panini du tome 13 de 100% DD. J’ai continué avec le run suivant puis arrêté au tome 19. Mais c’est là que je suis tombé dans le comics, il y a donc quelques années maintenant, peut-être six…

    Du coup, tout ce dont tu parles en terme de continuité ou de tout ce que vous reprochez à Bendis, je ne le vois pas. Je ne connais pas. Je ne savais pas. J’ai dû lire cet arc trois fois, toujours en prenant du plaisir (surtout à cause de Maleev et de l’ambiance mafia, tu le dis mieux que moi), mais en ne voyant rien de tous ces détails. Surtout que la première fois, je devais courir après les éditions, je l’ai donc lu dans le désordre d’abord.

    Tout ça pour dire que j’ai très envie de le relire en ayant une nouvelle approche. Ce blog m’apprend tellement de choses sur le comic mainstream que je vois les choses différemment maintenant. Et franchement, c’est pour ça que je continue à croire qu’on doit toujours rester humble et s’instruire.

  • Bruce  

    @Cyrille,
    pour être humble, c’est vrai que je suis humble disait le paysan de Gotlib…

  • JP Nguyen  

    @Jyrille : merci pour les compliments, il n’est jamais évident de faire mouche avec l’humour…
    J’ai encore un autre article dans les tuyaux dans un format inhabituel, je pense que Kingpin Bruce le passera en 2015, c’est sur 100 Bullets…

    • Jyrille  

      100 bullets je serai incapable d’en faire une analyse je pense, il y a trop de références et l’argot doit jouer, je me sens incapable de les lire en VO. Sur le sujet dédié du forum BDgest il y a un type qui en parle superbement, je vous invite à y jeter un oeil. Mais du coup ton teaser me rend impatient, quelle forme as-tu pu bien utiliser ?!

  • Eddy Vanleffe....  

    quand je pense que je ne relis jamais ce run et pourtant comme vous l’avez dit le début est vraie claque narrative…
    Concernant la continuité, c’est très intéressant de lire les comms de Tornado et Jyrille et il me vient l’idée en fait que pour bien profiter des comics depuis 2000, ben il vaut mieux ne pas en avoir lu avant…
    Le souci ne vient pas pour moi que Bendis écrive mieux qu’untel ou un tel , mais simplement de se souvenir d’avoir déjà lu ce truc ailleurs… On ne peux pas aire abstraction de sa mémoire, c’est ce qui nous sers à décoder toutes les séries TV, films etc…
    DC trouve une parade en sautant d’une réalité à l’autre, d’une continuité à l’autre, mais l’ingrédient secret de Marvel, c’est de faire croire qu’on lit bien la meme chose depuis toujours…
    Utiliser le Gladiator dans Golden Age n’a de sens que par rapport au run de Miller, rajouter sa fille de nulle part est une maladresse.
    Ceci dit ça reste mineur et c’est quand même une excellente lecture et comme vous le dites tous un super souvenir, cette époque, apogée du Marvel Knight… :)

  • JP Nguyen  

    « l’ingrédient secret de Marvel, c’est de faire croire qu’on lit bien la meme chose depuis toujours…
    Utiliser le Gladiator dans Golden Age n’a de sens que par rapport au run de Miller, rajouter sa fille de nulle part est une maladresse. »
    Tu fais donc à peu près le même constat que moi sur ce run mais tu es un poil plus indulgent pour cette histoire de fille sortie de nulle part… ;-)
    C’était aussi une époque où je suivais la série mensuellement et chaque détail contribuait à tisser la trame de l’intrigue. Du coup, ce genre de truc avait le don de m’agacer car ça venait comme un cheveu sur la soupe. Aujourd’hui, en relisant en TPB et avec le foutoir sans nom qu’est devenue la continuité Marvel, ça m’agacerait sans doute moins… mais quand même un peu. Je reste sur l’idée que, soit on se situe dans un univers parallèle, un one-shot ou autre et on fait ce qu’on veut, soit on est dans la « continuité » et on doit s’efforcer de respecter a minima ses contraintes…

    • Eddy Vanleffe  

      Comme je le disais…

      la continuité est un carcan, c’est vrai.
      mais elle est aussi LE truc typique qui nous lie à ces univers…
      vouloir la détruire c’est un peu comme vouloir manger un couscous sans épices parce qu’on supporte pas ça…C’est possible mais c’est plus vraiment du coucous…
      Invincible et Savage Dragon qui sont les fers de lance de l’alternative indé du super héros obéissent à ces règles aussi mais sur une seule série auto contenue (encore qu’elles tendent quand même à s’étendre…)
      Bendis a tendance à faire ce qu’il veut. ça marche quand l’histoire est vraiment originale et bien racontée comme Underboss/out mais sur Golden age ou le truc sur la veuve…
      Par contre la chute du run, je la trouve couillue…
      En plus je suis particulièrement fan du run de Brubaker alors…

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