IN JUSTICE (Dick Tracy)

Dick Tracy par Warren Beatty

Première publication le 13 mars 2014- Mise à jour le 10/06/19

Dick

Comics Attitude !                     

Un article de  TORNADO

A l’heure où les adaptations de comics pullulent sur les écrans de cinéma, qui se souvient encore de Dick Tracy, le film ? Réalisé, produit et interprété par un Warren Beatty vieillissant, il sortait en 1990 dans le sillon du Batman de Tim Burton. Si la musique de  Danny Elfman pouvait donner l’impression que Beatty pompait allègrement Burton, il ne fallait pas s’y fier.

Avec le recul, Dick Tracy est une œuvre sincère et personnelle parmi ce que l’on a fait de mieux en termes d’adaptation d’un comicbook…Dick Tracy n’est pas un film d’époque ou un polar comme les autres. Et il n’est pas non plus une simple adaptation. C’est une œuvre hors du temps, unique en son genre. Un film postmoderne avant l’heure. Une création conceptuelle et un pur exercice de style, doublé d’une déclaration d’amour à une certaine forme de cinéma, pure, innocente, merveilleuse. Tracy est l’image même du justicier parfait. C’est le père idéal. Le « Kid » ne s’y trompe pas, d’ailleurs, qui reconnait immédiatement en lui la figure paternelle de ses rêves, au point de lui prendre son nom.

Papa ?  Source Amazon https://www.amazon.fr/Dick-Tracy-Blu-ray-Warren-Beatty/dp/B00BBEGNR8/ref=sr_1_1?__mk_fr_FR=%C3%85M%C3%85%C5%BD%C3%95%C3%91&keywords=dick+tracy&qid=1559900634&s=dvd&sr=1-1 ©Touchstone home video

Papa ?
Source Amazon
©Touchstone home video

Les méchants sont des caricatures jusque dans leurs gueules hypertrophiées. Ne cherchons pas plus loin, le film est une épure manichéenne qui parvient à transcender cette composante à priori rédhibitoire jusqu’à en faire un véritable travail d’orfèvre.

Inexistants les personnages ? Bien sûr que non ! Ils sont simplement bâtis sur des archétypes parfaitement assumés. Mais au delà de leur rôle bien figé, l’émotion est bien réelle. Tracy existe, hésite. Non pas face aux gangsters puisqu’ils sont du mauvais côté de la loi, quoiqu’il arrive. Il hésite lorsqu’il faut abandonner le « Kid » à l’orphelinat par exemple, où lorsque « Frisson Mahoney » (Madonna, torride !) lui fait les yeux doux. Droit dans ses bottes, le héros se fragilise naturellement lorsque l’émotion se manifeste.

Toutes ces subtilités parfaitement naïves et calibrées attestent d’une réussite FOND/FORME qui ne s’embarrasse pas d’effets inutiles ou d’artifices gratuits. Dick Tracy est ce qu’il est, une épure qui puise sa source dans le fil conducteur d’une certaine histoire du cinéma et de ses sources : Des serial des années 30 aux Incorruptibles, des comics naïfs de l’âge d’or à la simplicité émotionnelle d’un Walt Disney (le studio produit d’ailleurs le film), de l’expressionnisme allemand aux cartoons, du jazz de la grande époque (contemporain de la série « Dick Tracy » sous sa forme de comics) à la beauté intemporelle des musiques de Danny Elfman, le film régurgite son inspiration sous la forme d’un patchwork parfaitement postmoderne qui épouse son concept.

Dans ce sens, « Dick Tracy » est une perfection formelle et une création unique en son genre. Jeff Loeb & Tim Sale, deux auteurs de comics, s’en souviendront probablement lorsqu’ils imagineront leurs superbes maxi-séries dédiées à Batman Un long Halloween et Amère victoire, construites sur le même type d’exercice de style postmoderne.

Il était une fois le Comic Strip !

Il était une fois le Comic Strip !

La toile de fond sur les voyous qui savent contourner la loi afin de poursuivre leurs activités malveillantes est également bienvenue. Et il n’y a jamais trop de simplicité lorsque les choses sont tout à fait à leur place. Que l’on compare cette adaptation à priori désuète avec un film de Frank Capra, et il est fort probable que l’on y trouve bien des similitudes. Les fables existent depuis toujours, et elles offrent bien des niveaux de lecture sous leur apparent vernis émotionnel.

Il serait évidemment dommage de vanter les qualités du film de Warren Beatty sans passer par son esthétique somptueuse et son casting hallucinant. Revoir le film aujourd’hui en dit long sur sa merveilleuse plastique, condamnée à ne jamais souffrir de la marque du temps, puisque elle échappe à toute mode. De sa palette chromatique (sept couleurs vives et pas une de plus) à ses décors théâtraux, qui nous offrent probablement la plus belle des villes américaines à buildings de toute l’histoire du cinéma, de ses maquillages de carnaval proprement jouissifs à ses éclairages incroyables, le film est beau. Il est BEAU ! Mieux encore, il sonne juste à tout instant. L’ensemble est si bien pensé, les écarts entre le réalisme et la caricature cartoonesque sont tellement bien équilibrés, que tous les effets coulent de source. Tracy allonge toute une ligne de gangsters d’un seul coup de poing ? Il fait pencher une maison de droite à gauche en secouant le méchant ? Aucun problème, on en redemande !

Quelque part entre le rêve, la réalité, les comics, les cartoons et le cinéma.

Et tous ces méchants ? Que ce soit Al Pacino, Dustin Hoffman, James Caan, Henry Silva ou Paul Sorvino, ils traversent leurs maquillages à priori impénétrables tant ils sont précis, jusqu’à révéler les traits de caractère les plus évidents de chaque personnage.

Avec le recul, aucune adaptation cinématographique basée sur un comicbook n’a fait preuve d’autant de sincérité, de personnalité et de richesse artistique. Car c’est bien de cela dont il s’agit : Derrière ses airs de bluette naïve et manichéenne, Dick Tracy est une véritable œuvre d’art, à des années lumière de tous ces blockbusters commerciaux et insipides qui pullulent aujourd’hui dans les salles obscures.

L’apparente simplicité de son scénario ne devrait ainsi pas être prise à la légère, tant elle dissimule de profondeur conceptuelle et tant le résultat est intelligent. Ainsi, que le film soit presque tombé dans l’oubli relève de la pire… injustice !

18 comments

  • Matt  

    L’article Tornado typique^^ On sent qu’il a quelques années déjà parce qu’on retrouve toutes les formules de Mr T.

    Pour ma part je n’ai jamais vu le film…
    Après je dois admettre être un chouilla sceptique sur l’idée qu’au final c’est génial…alors que tout est cartoony et manichéen, et le scénario soporifique (je ne fais que citer l’article là^^)

    On pourrait presque imaginer reprendre ces arguments pour dire que les comics old school sont des chef d’œuvre de littérature par exemple^^ Non ?
    Bon évidemment dans un film il n’y a pas de grosses bulles de description lourdingues…

    A voir.

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