Interview Double Françoise

Interview Double Françoise

Un doublé réalisé par BRUCE LIT

C’est un disque fabuleux, celui de Elisabeth Jutel et Maxence Jutel le duo de DOUBLE FRANÇOISE, un album publié chez Freaksville qui trouvera toute sa place entre ceux d’April March, des Kinks du Village Green et du Gainsbourg post Bardot. Il tourne en boucle le jour, il obsède la nuit ; Il est donc normal que l’on en parle très vite chez Bruce Lit.

LES BIJOUX, uniquement disponible à l’achat sur BANDCAMP

Double Fantasy
©Brest Brest /©Freaksville

Bonjour les Double Françoise ; pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et expliquer l’origine du nom de votre duo ?

Maxence et Lisa, duo pop francophone mixte. La partie musique, c’est principalement Maxence, et la partie paroles c’est principalement Lisa, mais parfois ça se mélange un peu.

Avec ce nom, on souhaitait d’abord signifier notre identité française. DOUBLE FRANÇOISE, c’est le titre d’un morceau sur un disque un peu obscur de jazz/pop vocal des années 60, par les Jumping Jacques. Sur ce disque, la chanteuse, qui s’appelait Françoise (comme beaucoup de françaises à l’époque), double sa propre voix en rerecording. Et puis on a pensé que ça évoquait aussi d’autres Françoise importantes pour nous : Hardy, Sagan, Dorléac... 

Comment qualifieriez-vous votre musique ?  Du easy-listening ? De la retro-pop ?

On est assez mauvais au jeu des étiquettes, et on ne pense pas que ce soit notre rôle de nous en attribuer. On fait des chansons avant tout. Pas de la chanson française « à texte », même si nos textes comptent énormément dans ce qu’on fait. On varie les formes musicales. Fait-on de la variété ? De la pop ? Est-ce la même chose ?

On n’a aucune volonté de faire « rétro », c’est simplement qu’on aime une certaine esthétique, liée à un certain type de songwriting (importance de la mélodie), et à l’emploi d’instruments joués à la main, captés acoustiquement par des microphones. On aime que ça soit vivant, qu’il y ait de la dynamique et de la présence humaine dans les voix. Ce qui fait que ça correspond à une esthétique du passé, mais ce n’est pas le passé en soi qui nous intéresse, c’est cette qualité de son. On n’essaie pas de recréer le passé. On s’aide aussi beaucoup des possibilités numériques modernes, comme le montage hyper flexible, en essayant de ne pas nous faire dicter notre musique par cette technologie.

Ce qui saute aux oreilles dès la première écoute c’est que tout y est spontané, aimable, à contre-courant de la morosité ambiante. On entend un vrai plaisir de jouer et chanter. Vous vivez dans une bulle ?

On a beaucoup de plaisir à faire ce qu’on fait, oui. Ça n’aurait d’ailleurs aucun sens de le faire, sans ça. Est-ce que pour autant on peut dire qu’on vit « dans une bulle », qu’on serait hors sol, coupés du monde ? Notre esthétique musicale pourrait le laisser penser, mais nos paroles disent le contraire, souvent d’un façon un peu voilée, non frontale. On a au contraire une conscience aiguë de l’état plus que préoccupant du monde, aux plans climatique, social, géopolitique, j’en passe. Comme pas mal de gens dans la pop, la musique on la fait d’abord pour nous-mêmes, comme anti-dépresseur. La légèreté, la joie, peut-être même l’innocence, qu’on y entend, c’est ce qu’avec nos morceaux nous invoquons, non pas ce que nous vivons. On se dit qu’il est peut-être plus élégant de proposer ça plutôt que de ressasser, y compris dans une expression artistique, les problèmes matériels et politiques dans lesquels nous baignons tous au quotidien. Ce n’est pas du déni de réalité de notre part, et nous ne pensons pas que nos morceaux soient non plus du vil divertissement, mais simplement une pause, un pas de côté. Un partage de vibrations de joie, car cette dernière est encore possible. Pas le bonheur, hein. Mais la joie, oui.

Elisabeth, ta voix est si souriante.  Quelles sont tes influences ? J’entends une Françoise Hardy enfin heureuse, un peu de Lio aussi

Merci. Le jeu des comparaisons est toujours un peu embarrassant pour celui que l’on compare à d’autres, mais ma foi, je comprends.

Mon timbre plutôt doux, je ne l’ai évidemment pas choisi. En revanche, le fait de chanter avec ma voix naturelle, ça c’est un choix esthétique délibéré. Je n’aime pas du tout la mode actuelle (qui sévit depuis un moment, en fait) qui consiste à ce que j’appelle « prendre une voix », les placements de voix et les effets pas naturels, les techniques travaillées, les maniérismes. Que ce soit en lyrique, en jazz, en RnB, et même en pop, tout ce qui est très virtuose, très travaillé, très artificiel, ne me touche pas du tout. Je ne suis touchée que par le chant avec voix naturelle. J’ai commencé à enregistrer en reprenant le répertoire original de la bossa-nova, style qui s’est construit, en plus d’une rythmique et d’harmonies particulières, avec des voix naturelles, chantées près du micro, une voix intime, comme quand on chante pour soi ou pour son enfant. On ne se met pas à faire des manières quand on chante pour son enfant, right ? Joao Gilberto et Astrud Gilberto : c’est en écoutant leurs enregistrements que j’ai appris ce répertoire. Je ne chante pas des suites de sons, mais des émotions, des sentiments, ça part donc de mon cœur, et non pas d’une technique vocale, ce qui n’empêche pas de soigner la justesse. Tout ça pour dire que oui, effectivement, je suis sans doute plus comparable à des actrices qui chantent qu’à des chanteuses ayant appris leur métier au sens de savoir-faire technique.

J’écoute très souvent Françoise Hardy, d’abord parce que j’aime ses chansons. Et son personnage me touche. Mais je n’ai pas envie d’entrer en identification totale avec quelqu’un qui a été si malheureuse toute sa vie, ce n’est pas un modèle si désirable que cela, alors avoir d’autres sources d’inspiration plus légères et joyeuses, c’est indispensable. Effectivement, Lio, oui. Elle est irrésistible, et son répertoire des années 80 l’est aussi, ô combien. Les textes de Jacques Duvall, c’est du caviar. France Gall, aussi, qui a souvent fait passer du sourire dans ses intonations.

Je n’ai pas envie d’ajouter de la tristesse ou de la lourdeur au monde, qui en déborde déjà. Proposer des choses aussi légères que possible, qui tentent d’apporter un peu plus de beau que de laid, c’est mon projet. Je ne sais si ce projet est très présomptueux ou au contraire très humble, mais en tout cas c’est mon projet. Et si on m’entend sourire, c’est probablement que je souris. Mais il y a mille sortes de sourires.

Body Double
©Stéphane Drouot

Vivre en couple, c’est un plus pour l’élaboration des compositions ?

C’est un plus indéniable d’un point de vue logistique. Pas de problème d’agendas, de déplacements, et autres soucis qu’ont les groupes pour se retrouver pour répéter, enregistrer, etc. Mais c’est aussi un plus sur le fond car on se connaît parfaitement (depuis…. fiouuu), la communication est on ne peut plus fluide et fructueuse. Jamais de malentendus. On n’est pas forcément toujours d’accord sur tout, mais on trouve facilement des compromis, on tranche facilement les choix. On sait d’avance ce que l’autre aime ou pas, ce qu’il est capable de faire ou pas. En gros. C’est donc quasiment parfait. Le seul petit inconvénient éventuel est le manque de surprise, surprise qui peut stimuler les idées, et pour cela on a des collaborations ponctuelles avec d’autres musiciens, qui apportent des timbres et des idées différentes de temps en temps.

TU N’ES PAS TOI est un vibrant hommage à Serge Gainsbourg. Faites-vous partie de ces obsédés de ses années pop ?  La grosse basse de Dave Richmond et les arpèges délicats d’Alan Parker…

Sans oublier le groove imparable de Dougie Wright. Curieusement, l’importance de la batterie est souvent négligée quand on disserte sur cette période de Gainsbourg. Mais ce batteur est une sorte de génie, ses parties sont tellement vivantes avec des fills très spéciaux et un swing incroyable. Il jouait déjà sur INITIALS B.B. ainsi que sur JE T’AIME, MOI NON PLUS, et il s’agit très probablement du mystérieux batteur de MELODY NELSON. Donc, obsession : oui.

Une bossa est dédiée à Freya, la déesse du froid.  Pourquoi ?

Point d’hommage à la déesse nordique ici, il s’agit simplement du prénom porté, ou utilisé, par le personnage dépeint dans la chanson. Pourquoi ? Euh… Cette question présuppose qu’il s’agirait nécessairement d’un choix de parolier et donc d’un personnage entièrement fictif, non ? Justement, la chanson exprime une fascination pour les limites entre fiction et réalité, mensonge et vérité. Encore une fois, on pourrait se laisser avoir par les jolis accords et rester à la surface du texte, mais ça n’est pas tout à fait une chanson d’amour.

Rythmiquement ça n’est pas bossa, mais on comprend que ce type de progression harmonique puisse évoquer la bossa. Et puis, la touche latine des bongos peut-être.

Voilà tout à fait un titre que Bertrand Burgalat aurait pu composer. Tricatel vous a marqués ? Vous n’avez pas eu envie de lui envoyer le titre à Katerine et lui ? 

On voit tout à fait le rapprochement avec l’esthétique de Burgalat et du Katerine d’une certaine période. On connaît et on a apprécie, mais cette ressemblance est surtout due à nos influences similaires. Ils font partie des rares musiciens de pop française ayant aussi été influencés par la musique brésilienne. Grosse influence des Beach Boys aussi.

Double Muscles…

Maxence, tu y abordes les animés japonais. Tu veux te lâcher sur le sujet ? Profites-en, tu es sur un site de geeks !

Cette image est utilisée pour dévoiler le côté femme-fiction, fantasme fabriqué que dégage le personnage de la chanson.

Je ne suis pas un véritable passionné de culture pop japonaise, mais en tant qu’enfant français dans les années 80, c’est quelque chose qui m’a évidemment marqué à travers tous ces dessins animés et séries.

À l’époque c’était très nouveau ici. Sans qu’on en ait vraiment conscience, le Japon nous fascinait par son exotisme, et son image futuriste aussi. Les robots y étaient très présents, toujours très esthétisés, et souvent matérialisés sous forme de jouets sophistiqués. La prédominance de l’esthétique sur le réalisme allait à l’encontre de notre culture, un peu trop rationnelle, mais en tant qu’enfants nous y étions très réceptifs. Je me souviens tout de même avoir été un peu perturbé par le côté non réaliste des personnages, avec leurs yeux immenses, et surtout leurs cheveux aux couleurs parfois improbables. Il en est question ici dans la chanson.

LES BIJOUX et sa reprise en fin de face A DER SCHMUCK évoquent les Kinks de VILLAGE GREEN PRESERVATION SOCIETY. Que représente ce groupe pour Double Françoise ?

Ce groupe et cet album en particulier ont une influence majeure sur nous. Intelligence et poésie dans les paroles, en parfait accord avec la musique. Des mélodies imparables, une variété dans les formes, des enregistrements vivants évoquant des images et tout un petit monde, une sorte de rêve pastoral, mais aussi avec l’énergie du rock. Un album indispensable.

Double File

MON AMOUR, TU ES BELLE est un titre adorable

Notre chanson se veut érotique au premier degré. On est globalement peu, voire jamais, dans l’ironie ou le second degré. Ici, un homme dit à une femme tout le désir qu’elle lui inspire, et elle, elle apprécie, et elle ne répond pas avec des mots mais avec des rires et des soupirs. De plaisir.

On y entend entre deux fuzzs quelques notes à la Morricone. Des réactions à la mort du maître ?

Il avait atteint un age respectable. Ça paraît presque dingue qu’un musicien ayant contribué à cette période si riche de la musique pour l’image ait vécu jusqu’à notre époque. Cela semble si loin.

Mais Morricone avec son immense corpus tendait un peu à éclipser les autres. Les compositeurs italiens étaient très forts, avec des Bruno Nicolai, ou Piero Umiliani. En France, François de Roubaix était parfois comparé à Morricone, mais un peu à tort. On peut entendre chez lui des timbres semblables, un jeu avec de petits instruments folkloriques, mais aussi modernes comme la guitare fuzz ou le synthé, mais chez lui il y avait un côté plus instinctif, plus poétique, et un peu moins dans l’efficacité et la technique que chez Morricone.

D’où vous vient cette passion pour la Bossa ? Nino Ferrer ? On pense à lui dans LOIN DE TOI.

De deux vinyles sortis du grenier des grands-parents de Max, le 1er janvier 2000 exactement. Il avait déjà vaguement entendu 2 ou 3 chansons, mais là ce fut le déclic. Découverte de la bossa directement à ses sources : Rio, 1958, Joao Gilberto, Antonio Carlos Jobim, Vinicius de Moraes… Ce fut son bug de l’an 2000. Pour un fan de pop anglo-saxonne, c’était la découverte d’un autre monde, d’une autre pop. Ce balancement d’essence africaine et ces harmonies sophistiquées ne cessent de le fasciner. C’est seulement après, petit à petit, qu’il a découvert que des français avaient aimé et joué ce style, notamment Nino Ferrer avec la fabuleuse RUA MADUREIRA.

En tant que duo musical, on s’est formé en étudiant cette musique, en la travaillant en studio, avec des reprises et des compos. Ça reste donc une des bases de notre style avec Double Françoise. LOIN DE TOI est la seule reprise de l’album, c’est une chanson brésilienne d’abord chantée par Sacha Distel en 1962, sur des paroles en français adaptées par Pierre Barouh, auteur/chanteur malheureusement décédé pour qui on avait énormément de tendresse.

Double Overdubs

COSMA ET TOI rend hommage à Vladimir Cosma. C’est encore un titre formidable et vivifiant. Quelles sont ses musiques qui vous ont le plus touchés ?

Peut-être sa première BO, celle d’ALEXANDRE LE BIENHEUREUX. Également celles du JOUET, du DISTRAIT et d’UN ÉLÉPHANT CA TROMPE ÉNORMÉMENT. Et ces films sont tout aussi touchants que leur BO.

La chanson est aussi un hommage à Cosma, mais c’est d’abord un hommage à l’enfant en nous, et au fantasme de vie montré dans ces films où tout est beau, et libre. Comme dans cette scène du DISTRAIT où Pierre Richard se met à faire une chorégraphie dans un champ en été sur des envolées de violons.

L’album se termine sur deux chansons que j’adore TWIST AGAIN AVANT LA FIN. C’est fou, tout ce que vous injectez dans ces 4 minutes : le Gainsbourg de ROCK AROUND THE BUNKER, du Elli et Jacno et ce subtil hommage au HEROES de Bowie sur le dernier couplet !  Incroyable morceau qui rend heureux !

Eh bien, tant mieux ! Ce morceau est une tentative de retour aux sources de la pop, une manière d’invoquer cette énergie positive et naïve (du point de vue de maintenant). Mais, à nouveau : il y a un « twist » dans le texte, qui est peut-être plus lucide et d’actualité qu’il n’y paraît : de quelle fin parle-t-on ici ? Chacun est libre d’imaginer, bien sûr. Qu’il s’agisse de la fin de l’été, de la fin d’une histoire d’amour, ou de la fin du monde, le fait est qu’il vaut mieux danser jusqu’au bout. C’est moins triste.

Musicalement, il évoque plein de choses en effet, puisque un certain nombre de musiciens à partir du milieu des 70s ont tenté de ressusciter cette énergie naïve des débuts, juste avant l’arrivée des Beatles. Gainsbourg avait tout de même détourné le truc pour exorciser un peu son passé traumatique.

Son tempo plus lent qu’un twist authentique et ses sons fragiles d’orgue électronique donne à ce morceau un aspect un peu mécanique, un peu à la Kraftwerk, d’où ta référence à Jacno.

HEROES : bien vu. La chanson était déjà écrite depuis un moment, mais Max voulait ajouter un couplet qui dramatise et envoie d’avantage vocalement avant le refrain final. Il l’a donc ajouté juste avant de l’enregistrer, en pensant à la chanson de Bowie. Évidemment, il fallait l’enregistrer en laissant de côté ses complexes vocaux et sans se comparer au maître.

Les musiciens fatigués et la rythmique un peu rouillée : n’allez pas me faire croire que vous ne citez pas LES PARADIS PERDUS du Seigneur Christophe ?

Et pourtant… Nous ne sommes pas des spécialistes de son œuvre, pas assez pour y faire référence. Pur hasard, ou réminiscence inconsciente. Mais en effet, la chanson évoque un phénomène de déclin. On imagine simplement une fin de soirée bal disco, ou alors des musiciens vieillissants qui auraient joué ce style musical depuis son origine et qui continueraient religieusement jusqu’à leur propre disparition. La pop ce sont de beaux vêtements usés qu’on adore : c’est un peu pathétique mais on continue à vouloir les porter en les recombinant à l’infini.

Et vous finissez en beauté avec TOURNER LA TÊTE totalement obsédant, une fusion inédite entre Lio et les Beach Boys !

Oui, c’est ça. Ce morceau est né de notre amitié avec Gilles François, et le côté 80s  de la production vient de lui. La mélodie du refrain, qui peut faire penser à des chansons de Lio, c’est Lisa qui l’a trouvée. Gilles a composé et arrangé couplets et pont. Puis Maxence a réalisé le reste et finalisé l’ensemble. C’est un morceau plein d’énergie, qui semble gai, mais là aussi c’est en fait de la gaîté comme autodisipline, antidote à la déprime, la vie est si triste, dis moi que tu m’aimes, etc.

Le visuel de votre disque fait montre d’une grande élégance. Avec de tels morceaux, on aimerait des clips qui traduisent mieux en images votre univers musical…

Oui, la pochette est très belle, on en est heureux. Elle a été réalisée à la demande de notre label par Rémy Poncet, de l’agence Brest, Brest, Brest !

Concernant les vidéos : Imposer des images lors de l’écoute d’un morceau tue dans l’œuf la possibilité même de stimuler l’imaginaire de l’auditeur, qu’il fabrique ses propres images dans sa tête. Quand on écoute un morceau, une chanson, on ferme les yeux et on peut visualiser les choses librement, soi-même, comme on les veut, on peut imaginer des lieux, des personnages, même des histoires, et c’est ça qu’on aime, nous. On n’est pas fans du concept même de vidéo-clip, en fait. Video killed the radio star. Ça oriente et réduit le sens, la portée potentielle, du morceau. Notre métier, notre passion, ce qu’on sait et aime faire, c’est la composition et l’enregistrement de chansons. La vidéo c’est un autre métier, d’autres compétences, à la fois techniques et artistiques, que nous n’avons pas tellement. On s’y plie car il semble que ce soit indispensable, pour qu’un disque existe un tant soit peu, qu’il soit accompagné de vidéos, et le label nous le demande. Sans budget pour les commander à un pro, on a écrit et réalisé nous-mêmes deux vidéos pour cet album. On ne les trouve pas ridicules. Peut-être qu’un clipeur professionnel aurait fait quelque chose qui t’aurait semblé mieux, mais c’est ainsi. Dans les deux vidéos on a eu la volonté d’éviter autant que possible de détourner l’attention du son. Donc on a évité de raconter des histoires en images (le story-telling, ça capte toujours l’attention de façon forte), ou d’avoir trop de plans différents.  Le côté simple et répétitif est délibéré, pour que l’attention reste sur le son.

LES BIJOUX sortent en plein COVID ? Des projets de scène annulés ?

L’album devait sortir en mai, et on prévoyait d’aller le jouer à Paris en juin. La sortie a été maintenue (merci !) mais repoussée d’un mois, et cette date parisienne annulée. Nous allons jouer dans un festival près de chez nous cet automne. S’il n’est pas annulé d’ici là !

Si demain Daho ou les Brigitte vous proposent une première partie, vous choisissez laquelle en priorité ?

No offense, mais Daho évidemment.

Avec Alister, Double Détente
 ©Léa Goujon

Elisabeth, je t’ai rencontrée sur la page d’Alister. Il a écouté l’album ?

Je sais qu’il a écouté le premier single, LES BIJOUX, et qu’il a trouvé que ça sonnait bien. Je ne sais pas s’il a écouté l’album en entier. Il faut le lui demander ! Il avait apprécié un ou deux morceaux de notre premier EP, et avait passé L’AUTOMOBILE dans un numéro de l’émission qu’il coanimait sur Ouï FM il y a quelques saisons, cette émission qui s’appelait BLEU, BLANC, SCHNOCK, qui était dérivée de sa revue SCHNOCK. Je suis archi fan de SCHNOCK, et de all things Schnock, depuis… depuis le début.

L’esprit et le ton Ernault, j’adore. Je lis tout ce qu’il publie, livres ou disques. On parlait tout à l’heure de légèreté, de douceur, de ne pas trop parler frontalement de choses qui fâchent, d’être un peu hors du temps, dans mon écriture, dans notre style. Eh bien lui, c’est tout le contraire. Et j’adore. Je ne sais pas écrire comme il le fait, ancré dans le réel, et avec causticité, vachardise, désespoir frimeur, humanisme contrarié, ce genre de chose, cette grande inquiétude et cette ironie, ces observations de ses contemporains en tant que société. Je suis fan de ça, mais je ne sais pas le faire, alors je fais autre chose, avec mes moyens.  Je recommande son recueil de nouvelles intitulé PLAYLIST (Antidata, 2005), c’est du pur Ernault concentré, 14 liqueurs de jus de cerveau bien tordues comme il faut. Savoir manier l’humour désespéré de cette façon, c’est un talent que j’admire.

Des pistes pour le prochain album ?

On termine ces jours-ci des mixes instrumentaux de l’album pour une agence de synchro, ensuite on terminera le mixage d’un projet initié il y a déjà un moment (un album en collaboration avec un chanteur américain). Et puis on répète l’album actuel en vue de concerts à l’automne. Un deuxième album, oui, on le souhaite. Il n’y a pas d’échéances de fixées. On a des chansons d’avance, car on ne pouvait pas tout rentrer au chausse-pied sur ce premier album, notamment pour préserver une bonne qualité sonore sur le vinyle. Faut-il continuer à faire des albums, ou bien publier des EP, voire des singles ? On ne sait pas trop. Et ça ne dépend pas que de nous, cette question, mais aussi de notre éditeur, de sa stratégie artistique, et des réalités économiques.

Un dernier Double Mot pour nos lecteurs ?            

Écoutez LES BIJOUX, il paraît que c’est super. Et même, soyez fous : achetez le !

Les bijoux ? Collectionne-les tous !
©Stéphane Drouot

18 comments

  • Jyrille  

    Ah tiens je me suis écouté une énorme compile de Dutronc cette semaine. C’est tellement bien. J’écouterai pas tous les jours évidemment, mais il y a des classiques de son répertoire qui font partie de moi. J’en avais oublié certaines (A la vie à l’amour, superbe), ça fait vraiment plaisir.

    A part les titres que tu avais déjà partagé et que je n’ai toujours pas écouté, je ne connaissais pas du tout Double Françoise. J’aime beaucoup la pochette de leur disque, ça rappelle les années 70, Bonnie and Clyde, French Connection, The Driver, voire même l’hommage à ces mêmes thèmes dans IL FAUT FLINGUER RAMIREZ. C’est un peu logique car Les Bijoux sonne très années 60 pop psychédélique.

    Sur Mon amour tu es belle, la filiation à Gainsbourg est évidente. J’adore ce son de basse, comment vous faites ? C’est quel modèle de basse ? Est-ce que Lisa et Maxence écoutent Mike Patton et Danger Mouse ?

    « France Gall, aussi, qui a souvent fait passer du sourire dans ses intonations. » Oh oui c’est vrai ça ! Bien vu.

    Ca fait un bout de temps que je me dis que je dois revoir les Pierre Richard de mon enfance. Il y a quelques années, j’ai revu LE JOUET avec mes enfants. Et excepté quelques passages, j’ai trouvé le film très triste, pas du tout l’image que j’en avais petit. Ca m’a perturbé.

    « La pop ce sont de beaux vêtements usés qu’on adore : c’est un peu pathétique mais on continue à vouloir les porter en les recombinant à l’infini. » Magnifique définition.

    Très intéressante la question sur le format de publication. De plus en plus, le format CD est abandonné pour le vinyle et le numérique (comme le dernier Noir Désir, un live acoustique). Et souvent je pense que le format EP est une bonne idée pour les jeunes groupes, j’ai l’impression que ça revient plus qu’à un moment.

    Je note le livre de Alister. Ca m’intrigue.

    En tout cas tout ce que j’ai entendu m’a plu, même si en ce moment je n’ai pas de ligne directrice forte dans ce que j’écoute (je passe de Dennis Wilson à Dr Dre à Scott Walker à Girl Band). Je vais aller voir leur bandcamp. Merci Bruce pour l’interview et merci Lisa et Maxence !

  • Surfer  

    Alors là oui…
    La plupart des références musicales du duo font partie de mon univers musical.
    Les Kinks, les Beach boys…Et surtout la musique brésilienne !
    Le petit clin d’œil à la RUA MADUREIRA m’a fait plaisir.
    J’invite d’ailleurs ce qui ne connaissent que les chansons légères de Nino Ferrer, à une découverte plus approfondie de sa discographie .

    Concernant la musique de Double Françoise… Comment dire… Il faut que j’écoute de nouveau pour me faire une réelle opinion.
    Je pars en déplacement. Je vais essayer d’écouter dans ma voiture, via mon téléphone et Bluetooth, ce que l’on peut trouver du duo sur YouTube.

    • Surfer  

      Ceux qui ne connaissent et pas CE… lol

  • Eddy Vanleffe  

    assez fascinant….
    On pourrait penser qu’il ne se passe rien dans ce pays..la télévision de promotionnant qu’une infime partie des artistes mais qui pourrait faire croire qu’ils occupent 90% du rayon.
    pourtant
    En chanson Française Pomme ou Leila Huissoud sont de vraies petites perles bien plus authentiques qu’Adèle et on pourrait rajouter Giedré mais qui commence quand même à être connue.
    même en Rock Laura cox ou Julilette Valduriez prouvent que la six cordes a encore de beaux jours devant elle
    Alex Sydrome,
    et voici ce duo dégoté par l’ami Bruce. bravo, ça donne pas mal envie… Comment focntionne badncamp?

    • Jyrille  

      https://doublefrancoise.bandcamp.com/

      Tu cliques sur le disque que tu veux écouter et/ou acheter, et tu streames. Et si tu veux acheter, tu prends le format qui t’intéresse (vinyle, CD, numérique).

  • Bruce lit  

    @Cyrille : c’est toujours sympa ces retours détaillés, merci. En off j’ai parlé de Danger Mouse avec les Double Françoise. Ils ne connaissaient pas. J’ai vu que tu avais achét un Dennis Wilson cette semaine, c’est bien ?
    Pour avoir vu et écrit sur LE JOUET il n’y a pas longtemps, je n’ai pas trouvé que c’était un film triste.

    @Surfer : il existe un article sur Nino juste ICI

    @Eddy : dans son domaine, Adèle est ce qu’il y a de moins pire. Sans tous ces effets pour sonner R’n’B je pourrai même aimer.

    • Jyrille  

      De rien, j’essaie d’appliquer la philosophie de Présence : ce qui a demandé un gros boulot demande un minimum de retour…

      Je suis assez d’accord sur Adèle. Je ne connais vraiment bien que son SKYFALL mais j’aime beaucoup. Tout le reste que j’ai entendu d’elle n’est pas désagréable. Et quelle voix !

      Le Dennis Wilson, ça faisait quelques années que je l’avais écouté en streaming et je ne le trouvais pas. J’ai enfin pu réparer cette erreur avec Discogs (acheté d’occase au Canada). Il y a un seul album, mais dans cette édition de 2008 (ou plus tard ? je sais plus), il y a des bonus et surtout, les sessions de son second album jamais sorti, BAMBU. Bref, l’intégrale en deux CDs, puisque le monsieur s’est noyé en 1983. C’est vraiment très bien, par moments ça sonne un peu Brian Wilson forcément, c’est assez cool comme disque pour se sentir détendu et joyeux. Ca me parle plus que les Beach Boys (hors Pet Sounds) que j’ai écoutés (Holland, Sunflower, Surf’s Up, Carl and the Passions, Smiley Smile). Je le préfère à SMILE.

      https://www.youtube.com/watch?v=VSxPcYS1UDo

      • Eddy Vanleffe  

        Houlà les gars, je me sis gouré! je voulais taper Angèle!
        Adèle c’est très bien effectivement.

        non je parlais de la belge monocorde au programming répété sur toutes les chansons, c’est insupportable

        • Jyrille  

          Moi j’aime bien (à petites doses). On l’a même vue en concert en famille.

    • Jyrille  

      Ah et de Danger Mouse (enfin pour ceux que je connais) tu peux leur conseiller ROME avec Daniele Luppi (mais aussi Jack White et Norah Jones), DARK SIDE OF THE SOUL avec Sparklehorse et David Lynch et BROKEN BELLS avec James Mercer de The Shins. Mais aussi Gnarls Barkley…

  • Tornado  

    Merci pour cette découverte. Je ne connaissais pas du tout.
    La première écoute rapide m’évoque les premiers albums de Katerine, avec Bruno (sa soeur)…

    J’ai commencé à mettre mes sens en éveil à l’évocation de Dougie Wright. Vous n’imaginez même pas comme je suis fan ! Le souvenir de le voir enregistrer INITIALS BB dans une vieille émission (un making-off de la chanson, en noir et blanc), est énorme pour moi. Quel groove ! Quel sens de la percussion ! Je retrouve effectivement son style de jeu dans la chanson MON AMOUR TU ES BELLE.
    Mes sens on redoublé d’attention avec toutes les références à la bossa-nova. Je n’en parle jamais ici, d’habitude, parce que j’imagine que tout le monde s’en fout, mais j’ai une passion sans bornes pour le genre. Tiens, pourquoi pas un TOP 10 un de ces quatre…

    Mon titre préféré de la sélection est bel et bien MON AMOUR TU ES BELLE. C’est vraiment un chouette chanson. La prod est terrible !

    Ah, et Danger Mouse c’est génial ! J’ajouterais LUX PRIMA à la sélection d’albums de Cyrille.

    • Jyrille  

      Ah je ne connais pas ce Danger Mouse !

  • Présence  

    Mais comment fait-il ? Non, parce que la pop française, c’est pas mon truc. Et pourtant…

    Pourtant j’étais sûr avant même de commencer ma lecture que l’interview m’intéresserait. Effectivement, j’aurais même pu ne lire que les questions et cet article était déjà passionnant. Chapeau Bruce.

    Évidemment ma curiosité m’a aussi incité à lire les réponses : toutes intéressantes, et certaines passionnantes. En vrac : le choix du nom, l’objectif d’écriture qui ne peut pas être limité à une étiquette, l’explication technique limpide sur « prendre une voix », les placements de voix et les effets pas naturels, les techniques travaillées, les maniérismes (passionnant et compréhensible pour moi, merci beaucoup), proposer des choses aussi légères que possible, qui tentent d’apporter un peu plus de beau que de laid (admirable principe qui m’a décidé à écouter les chansons proposées dans l’article alors qu’au début je n’en avais nullement l’intention), l’amour pour la bossa nova.

    Bon, ben contrairement à mon a priori, j’ai effectivement écouté toutes les chansons, malgré des références musicales dans l’article qui ne me parlent pas ou qui me feraient me tenir à l’écart (pas de nom 🙂 ). Il n’y a que la première chanson Les bijoux qui me parle vraiment. Merci pour la découverte, et pour une discussion extraordinaire où je suis très heureux d’avoir pu l’écouter par l’entremise de cet article.

    • Bruce lit  

      @Tornado : en fait je crois que je suis totalement incapable de définir ce qui groove de ce qui ne groove pas. Content d’avoir titillé ton intérêt après, dans un style très différent, Alice In chains.

      • Tornado  

        Ah ? Ceci expliquerait alors ton erméthisme pour la musique noire. J’ai commencé un article sur la soul. Mais je l’ai mis en pause parce que d’autres m’ont accaparé entretemps. J’y reviendrais en temps voulu. Bien sûr, je n’ai pas la science infuse. Mais c’est un domaine que je connais mieux que toi. Ça changera un peu 😉 (des domaines où tu t’y connais mieux que moi)

        • Bruce lit  

          Mais oui, tu peux le dire : je n’y connais rien en musique noire. C’est donc avec intérêt que je lirai cet article.

        • Surfer  

          J’attends ton article sur la soul avec impatience 🙂
          Ton idée de top 10 sur la bossa nova est aussi une excellente idée.
          A te lire depuis pas mal de temps, je m’aperçois que notre sensibilité musicale est très proche 😉

    • Bruce lit  

      Je ne me faisais pas d’illusion Présence mais l’important c’est de participer 😉

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