Interview : Serge Lehman

Auteur sur divan: Serge LEHMAN

ParOMAC SPYDER

Serge Le Man

Serge Le Man

Serge Lehman, c’est l’auteur remarquable de La Brigade Chimérique, de Masqué, de l’Oeil de la Nuit, de L’homme truqué, de Metropolis. C’est aussi le co-scénariste du film Immortel ad Vitam avec Enki Bilal. Il est aussi l’auteur de romans et d’essais foisonnants sur la SF. Il suffit de voir la liste de ses oeuvres pour avoir une idée de ce qui peut donner le vertige.

Justement, le vertige, c’est une de ses définitions de la SF! Tout commence pour moi avec la rédaction d’un article sur Metropolis, sur ma lecture de Metropolis, devrais-je dire. Juste après avoir terminé le quatrième et ultime volume de cette série, j’ai ressenti le besoin impérieux d’écrire : ça ne pouvait pas s’arrêter juste ainsi. J’avais les images qui résonnaient et les articulations des idées qui s’emboîtaient dans ma tête : une sorte de vertige qui appelait un recours à l’écrit. J’ai alors jeté mes idées comme elles venaient en cherchant à trouver les lignes directrices de ce récit labyrinthique, entrevoyant des axes, des chemins pour toucher du doit ce qui se disait.

J’ai soumis le texte à notre vénéré Bruce, puis, sur une sorte de coup de tête, ai pris contact avec Serge Lehman pour lui soumettre en fin de compte l’article. Cela a été le point de départ d’un échange stimulant et authentique. Retournant vers notre grand manitou, enthousiasmé de ce complément inattendu à mon article, celui-ci me lance l’idée d’une interview. J’ai marqué un temps d’arrêt devant cette proposition, comme on attend devant une porte qui s’ouvre sur la promesse d’un voyage qui va nous demander force bagages. L’insistance diplomatique légendaire de notre guide rédactionnel et le souvenir récent d’échanges enthousiasmants et si profondément humains avec Serge Lehman m’ont fait sauter le pas. C’est ainsi que cette interview a commencé.

Tout d’abord, Monsieur Lehman, merci d’avoir accepté cette interview. Vous avez répondu à cette invitation avec une écoute attentive et une humilité qui paraissent d’ailleurs caractériser votre cheminement. Aussi vais-je vous proposer pour cette interview de suivre sensiblement le même chemin que des personnages de fiction avant vous : vous allonger sur le divan. Nous pourrons dès lors associer les idées en suivant les labyrinthes dans lesquels elles nous entraînent, un peu en aveugle…

Très bien, je suis prêt !

La vision et le regard porté sur les choses qui nous entourent paraissent former un élément important de votre réflexion, consciente ou inconsciente, et ce questionnement transparaît dans vos scénarios : l’Oeil de la Nuit où le héros possède une vision nyctalope, Thomas Lestrange qui possède des lunettes spéciales, l’homme truqué qui voit les courants électriques, et enfin Metropolis où le héros cherche à voir au-delà des apparences. Pouvez-vous nous en dire davantage?

On pourrait ajouter à votre liste La saison de la Coulœuvre, où il y a aussi un trafic de lunettes bizarres, et une nouvelle, Superscience, qui raconte une vision traumatisante. Ce thème est apparu chez moi en 2005, quand j’ai recommencé à écrire après l’échec du roman Metropolis ; ma vue baissait et, pour la première fois de ma vie, j’ai dû porter des lunettes (les causes les plus triviales sont parfois les plus profondes). Dans Metropolis-la-bande-dessinée, je crois que j’ai poussé le thème aussi loin que je le pouvais. L’Automate mental 45 est à la fois un système optique et un spectacle, un objet technique et une œuvre d’art. Quand Faune invoque ses visions d’enfance, ce sont les plaques de verre de l’Automate qu’il revoit. Et ce sont elles aussi qui lui permettent d’entrer dans le nouveau monde à la fin. Vision —> traversée —> nouveau monde : la structure paraît claire et complète.

Déclinaisons de la vision avec l'homme truqué, l'oeil de la nuit et l'inspecteur de Metropolis : le regard pour entrer « dans le nouveau monde »

Déclinaisons de la vision avec l’homme truqué, l’oeil de la nuit et l’inspecteur de Metropolis : le regard pour entrer « dans le nouveau monde »

Le langage paraît aussi être un élément de questionnement dans vos récits ; dans la Brigade Chimérique, lorsqu’un personnage d’origine juive est transformé en cafard, cela rappelle les propos de Kafka et plus tragiquement la rhétorique hitlérienne. Quel est pour vous le rapport que vous entretenez avec cette question? Quel aspect du langage cherchez-vous à faire passer à l’occasion de ce que traversent vos personnages ?

Le langage est le monde. Il l’est réellement, ce n’est pas une métaphore.

Je vois. De quel énoncé vous sentiriez-vous alors plus proche ? L’énoncé mystique : « Au commencement était le Verbe » ? Ou l’énoncé scientifique selon lequel toute matière et toute réalité perceptible est information ?

On pourrait soutenir que les deux disent la même chose. Il y a une tautologie fondamentale dans l’énoncé scientifique (tel que vous le formulez, en tout cas) : la réalité perceptible est information. Ce qui ne produit pas d’information ne peut être perçu, donc est exclu de la description scientifique du monde, donc n’est pas réel. Mais on aurait tort d’oublier que la perception elle-même est d’abord une mise en forme : l’information ne peut « atteindre » l’être humain qu’en se déployant dans l’espace, le temps et la causalité. Autrement dit dans le langage, le logos. Sous ce rapport, la théorie de l’information peut très bien être considérée comme la reformulation, deux mille ans plus tard, de la première phrase de Jean l’Evangéliste.

« Le langage est le monde »: De la métaphore chimérique au réel du langage

« Le langage est le monde »:
De la métaphore chimérique au réel du langage

Une formule m’est apparue en vous lisant : « sous le langage, les mythes » ; un peu comme une autre formule plus connue avec les pavés et la plage, mais qui contient aussi une question de révolution. Dans Masqué par exemple, sous le costume et le masque, et le langage qui va de pair, le héros aperçoit presque furtivement les mythes qui le précèdent. Dans Metropolis, l’enquête paraît être contrôlée par les officiels du langage, les représentants politiques de l’Interland, tandis que le héros a la sensation d’un monde au-delà, qui échappe à ces discours sans faille. Qu’en dîtes-vous ?

« Sur ce dont on ne peut pas parler, il faut garder le silence », écrit Wittgenstein. Phrase à mettre en regard d’une autre qui la précède de peu : « Il y a assurément de l’indicidible. Il se montre. C’est le mystique. » Autrement dit : on peut faire l’expérience du mystique (dont le mythe est au moins un reflet) à condition de s’écarter du langage. Au lieu de parler, on montre. Bon, c’est ce que je devrais faire si j’étais cohérent avec moi-même mais la plupart du temps, je n’y arrive pas, le plaisir du discours spéculatif est trop fort. C’est pour ça qu’il y a la théorie du Plasme pour « expliquer » ce qui arrive à Frank Braffort dans Masqué. Et c’est aussi pour ça que Faune et Athéna ont leur petite conversation métaphysique à la fin de Metropolis. L’idéal serait que ces scènes puissent se passer complètement de texte (ou n’avoir que des banalités en guise de dialogue, ce qui revient au même) ; qu’elles soient autosignifiantes. Mais à ce stade, c’est une chose que je ne sais pas faire, ou que je n’ose pas faire. L’expérience du mystique a bien lieu, hors du langage : c’est le sens de la rosace des héros qui apparaît dans Masqué et du changement de style graphique pour l’épilogue de Metropolis. Quelque chose se montre, mais je m’empresse de le recouvrir de dialogues abscons… Je n’ai pas encore lâché prise.

«L'expérience mystique a bien lieu, hors du langage: C'est le sens de la rosace des héros dans Masqué »

«L’expérience mystique a bien lieu, hors du langage:
C’est le sens de la rosace des héros dans Masqué »

Est-ce à dire que les mythes forment pour vous une sorte de réseau inconscient collectif qui relie les êtres humains? Comment cela s’articule avec votre approche de la science-fiction et votre oeuvre de restauration de héros européens?

La SF a été la vraie mythologie du XXème siècle, le Mahabarata de la civilisation scientifique : un instrument d’ouverture et d’éducation, et en même temps une source de rêveries et de joie — donc de sens. Frankenstein et ses avatars ont été pour nous ce que Faust a été pour l’Europe des Lumières et Prométhée pour les Grecs. Si on admet cette idée, même à gros grains, sans entrer dans les détails, on comprend pourquoi il est si important de réveiller le monde perdu de la science-fiction européenne. On ne peut pas vivre sans métarécit, sans héros, sans légendes. Si la culture dans laquelle on naît ne possède pas ces ressources (signe qu’elle est probablement morte), on emprunte celle des autres. C’est aussi naturel et vital que la respiration. La légende européenne a trois mille ans si on la fait remonter à Homère. Elle s’est transmise, avec toutes ses mutations et ses changements de plan, jusqu’à la fin du XIXème siècle. Et puis, d’un coup, elle s’est comme évanouie et on s’est tous retrouvés, au lendemain de la seconde guerre mondiale, avec des rêves de substitution américains. Il est temps de revisiter tout ça.

Justement, où situeriez-vous par rapport à ça la Ligue des Gentlemen Extraordinaires d’Alan Moore ?

Alan Moore est un génie. Ses grandes heures sont passées, il est dans la « phase obscure » qui suit les moments de grâce. Mais chez lui, la grâce a duré vingt ans ! Et ce qu’il a accompli pendant cette période est vraiment remarquable. Je ne suis pas sûr que La Ligue soit ce qu’il a fait de mieux ; je préfère de beaucoup les Watchmen ou Prométhéa. Et je doute qu’il ait jamais visé un quelconque réveil de l’euro-mythologie en l’écrivant, c’est plutôt un exercice de style et un pamphlet libertaire. Et puis, Alan ne traite pas du tout la question de l’oubli : dans La Ligue, il ne réemploie que des figures classiques, toujours célèbres aujourd’hui (ce qui prouve bien son flair). Je me retrouve, paradoxalement, plus proche de Mike Mignola. Les épisodes d’Hellboy qui puisent dans le légendaire européen sont, pour moi, exemplaires.

Dans Masqué et Metropolis de façon plus visible, la Ville paraît être un personnage à part entière, ou pour le moins une entité qui interpelle le personnage central qui y est sensible, réceptif. Vos personnages parlent ou évoquent un domaine qui s’appelle la psychogéographie, questionnant l’urbanisme et son impact sur l’état émotionnel de ses habitants. Cela paraît rejoindre une de vos réflexions sur l’évolution de la ville comme réseau modifiant la perception humaine :est-ce de la science-fiction ou une réalité qui échappe à notre regard immédiat?

La psychogéographie est plutôt un jeu et un art qu’une science. Quelque chose en elle tient du canular. Son message est simple : il nous faut des cartes dans lesquelles on puisse vivre.

Vos récits font la part belle à des intellectuels, des penseurs du Xxème siècle : Guy Debord justement ou Schopenhauer que l’on aperçoit dans Masqué, Marie Curie forcément que l’on suit dans la Brigade Chimérique, avec une page sur Jung, et que l’on retrouve dans l’homme truqué et l’Oeil de la Nuit, Freud et Fromm que l’on voit dans Metropolis avec Lacan évoqué, et Nietzsche que l’on devine en filigrane quant au concept de surhomme. Pourquoi les intégrer aussi directement dans vos récits? Est-ce une façon d’amener vos lecteurs vers cette piste de découverte ?

Il y a plusieurs réponses, dont une bassement pratique : les figures historiques sont des personnages clés en main. Elles facilitent le lancement de l’écriture car elles sont déjà vivantes et connues, avant même que tout commence ; elles possèdent une énergie latente. Mais bon, ce n’est qu’un truc. Je crois que la vraie raison, c’est que je perçois ces gens comme des héros. Il y a quelque chose de proprement surhumain dans les textes de Nietzsche sur l’éternel retour, ou dans l’émotion que Freud éprouve lorsqu’il comprend qu’avec l’analyse, il entre en territoire inconnu. Pour moi, leurs aventures intellectuelles ont la même intensité et la même puissance symbolique que celles de personnages purement fictionnels comme Frankenstein ou Faust.

Les 4 F! Friedrich Nietzsche, Freud, Frankenstein ou Faust : la même puissance symbolique

Les 4 F!
Friedrich Nietzsche, Freud, Frankenstein ou Faust : la même puissance symbolique

Puisque nous avons la pensée d’un côté, nous retrouvons la sensation de l’autre : vos personnages parlent beaucoup au fond de leurs sensations, et notamment de celles qui les traversent lorsqu’ils sont perplexes, confrontés à un accident, un doute. Le héros de l’homme truqué se sent perdu, celui de la Brigade Chimérique fait face à un monde qu’il peine à apprivoiser, celui de l’Oeil de la Nuit découvre sa vision qui a changé, le personnage central de Metropolis exprime son sentiment d’inquiétante étrangeté, de pesanteur, et ses sensations qu’il cherche à retrouver. Que signifie pour vous cette apparente bipartition? Est-ce une tentative de recoller les deux, pensée et sensation, ou d’indiquer que l’une prime sur l’autre ?

Je vais vous répondre par une petite histoire personnelle si vous voulez bien. J’aimais beaucoup ma grand-mère maternelle. C’était une ancienne institutrice, une femme de la campagne avec un fort accent du Rouergue, d’une tendresse inconditionnelle. Parmi les images de bonheur que j’attache à son souvenir, il y a les moments où, enfant, je faisais mes devoirs sur la table de la cuisine pendant qu’elle préparait le dîner (j’allais dormir chez elle une fois par semaine). Tout ça est loin. Ma grand-mère est morte il y a plus de dix ans et maintenant, c’est moi qui cuisine pour ma femme et ma fille. Mais de temps en temps, quand je fais un plat qu’elle préparait, je sens qu’elle est là. Il faut que je précise : je suis un esprit rationnel, je connais très bien toutes les connexions entre la SF, le fantastique et les pseudosciences ou les croyances bizarroïdes… Je suis vacciné. Mais, dans ces moments où je refais les plats de ma grand-mère, je ne peux rien dire de plus vrai que : « elle est là. » Je me sens envahi, non par son souvenir, mais par sa présence vivante. En général, je lui adresse quelques mots ou un baiser, et ça suffit. Le monde me paraît soudain réconcilié. Je sais très bien que je suis tout seul dans ma cuisine, que je parle dans le vide… Mais la sensation de présence est plus vraie que cette constatation objective. Ou plutôt : elle appartient à un autre ordre de vérité.

Quelle part de vous anime vos personnages qui paraissent à la fois avoir traversé une abîme mais aussi qui cherchent à reprendre pied dans un monde qu’ils ne reconnaissent plus. J’ai trouvé intéressant qu’à côté de Gabriel Faune dans Metropolis il y ait aussi un Lohman, qui à une lettre près colle à votre nom. Ce personnage présente une personnalité particulière, affranchie du discours ambiant sur un versant psychopathique. Etes-vous parfois dans les personnages où on ne vous attend pas ?

Je ne sais pas, je n’y pense pas comme ça. Chez moi, les transferts entre biographie et fiction sont plutôt d’ordre thématique. Depuis 2005, à peu près tout ce que j’écris traite plus ou moins directement de la psychose. C’est une expérience que je connais — disons que je l’ai frôlée. Mes personnages sont tous, à des degrés divers, paranoïaques, ou hallucinés, ou schizophrènes… Mais ils refusent qu’on les guérisse, ils rusent avec les médecins et les traitements, parce que ce qu’ils voient dans leur folie est plus précieux que la vie. En ce sens, ils sont tous « moi », car c’est une image assez fidèle de ma situation.

« Le surgissement du vertige signale que la voie d'accès au mystère central est ouverte »: La chute jusqu'au primordial

« Le surgissement du vertige signale que la voie d’accès au mystère central est ouverte »:
La chute jusqu’au primordial

Vos personnages sont atteints d’une façon ou d’une autre d’une forme de vertige, pourrait-on dire. Ils sont déconstruits puis reconstruits autrement, à l’instar de « L’homme démoli » d’Alfred Bester. Ils doivent quelque part recoller les morceaux d’une réalité en partant d’une sorte de point obscur. « Tout point qui demande réfléxion s’offre le plus favorablement à l’examen dans l’obscurité », énonce Lacan en reprenant les mots de Dupin. Pourriez-vous en dire davantage sur ce vertige comme préalable à une reconstruction ?

Le vertige est un peu mon totem théorique. Disons que c’est le terme sous lequel j’ai pris l’habitude de décrire « l’expérience SF. » Dans Voyage au centre de la Terre, il y a une scène géniale où le professeur Lidenbrock décide de préparer son neveu Axel aux grandes profondeurs qui les attendent. Ils montent au sommet d’une tour (à Amsterdam, je crois). Lidenbrock attrape Axel par le col de sa veste, l’oblige à se pencher par-dessus le parapet, et dit une phrase qui est restée l’une des plus belles de toute la science-fiction : « Regarde ! Il faut prendre des leçons d’abîme ! » Le vertige, dans ce roman, est utilisé comme une sorte de radiophare narratif : c’est en le suivant que l’expédition finit par atteindre le centre de la Terre. Mais ça va au-delà, c’est une intuition de portée plus générale, presque initiatique : le surgissement du vertige signale que la voie d’accès au mystère central est ouverte. C’est une expérience à la fois euphorique et terrorisante. On descend. On perd une à une toutes ses certitudes et une bonne part de ses facultés sociales. Le langage, en particulier. Mais on continue de descendre. Même quand on réalise qu’on est allé trop loin, qu’on ne pourra pas remonter, on ne trouve aucun point d’appui stable, le vertige recommence et vous réentraîne vers le bas, parce qu’il y a toujours un étage inférieur à explorer, toujours une vision ensorcelante au loin qui semble promettre une réponse… La chute ne s’arrête que quand vous êtes, psychiquement, « à nu. » Quand il ne reste plus que l’essentiel, le primordial. Ce n’est pas ce que vous cherchiez au départ, et pourtant, ça l’est. Alors, vous vous retournez, vous regardez vers le haut et vous vous voyez vous-même en train de vous observer. Vous comprenez exactement ce qui vous est arrivé. Et là-dessus, vous pouvez prendre appui. Là-dessus, vous pouvez reconstruire. C’est à dire remonter à la surface et chercher un moyen de raconter ce que vous avez vu.

Pourriez-vous développer en quoi votre propre expérience que vous reprenez en formulant que votre « moteur symbolique s’est arrêté », notamment lors du processus d’écriture de Metropolis, vous a fait vivre, à l’instar de vos personnages, une expérience de science-fiction?

Les moteurs symboliques en panne, c’est une métaphore pour décrire ce qui m’est arrivé après avoir coécrit avec Enki Bilal le scénario d’Immortel Ad Vitam. J’avais trente-six ans, je tenais une chronique hebdomadaire dans L’Humanité et j’écrivais pour les magazines. Je commençais à obtenir des avances confortables de mes éditeurs. Je travaillais avec Philippe Druillet… Tout ce que j’avais fantasmé à l’adolescence, quand le monde de la science-fiction me semblait une espèce d’Olympe inatteignable, m’était finalement arrivé et j’avais l’impression que c’était une erreur, une imposture, que je n’avais rien écrit d’assez décisif pour mériter ça. C’est là que je me suis lancé dans Metropolis avec l’ambition de faire un truc vraiment énorme, une réécriture complète de l’histoire européenne du XXème siècle, avec de la philosophie, de la science, de la théorie esthétique, une réflexion sur les mythes, etc. Mais c’était totalement au-delà de mes capacités et après trois ans de préparation et de débuts ratés, j’ai basculé dans autre chose. C’est venu graduellement, par petits décalages successifs, si bien que quand j’ai compris ce qui m’arrivait, il était trop tard pour faire machine arrière. Je croyais me documenter à fond alors qu’en fait, j’étais la proie d’une obsession, pour ne pas dire hantise… Je ne peux pas raconter ça en détail ici mais il y a un texte, La légende du processeur d’histoire, où je le fais. On le trouve en ligne ; j’y renvoie les lecteurs.

« Je croyais me documenter à fond alors qu'en fait, j'étais la proie d'une obsession, pour ne pas dire hantise... »

« Je croyais me documenter à fond alors qu’en fait, j’étais la proie d’une obsession, pour ne pas dire hantise… »

Dans votre très belle préface à Babel de votre complice Gess, vous abordez la question de la Chute et de la malédiction, ce qui paraît former là encore un propos sur le mythe et le rapport au monde. J’ai lu cette préface à la fois comme une suite et comme un pas de plus dans le cheminement possible de vos récits. Pensez-vous que cette « reconstruction post-Metropolis » est susceptible de teinter vos récits à venir?

Oui. En tout cas je l’espère. Je crois que j’en ai fini avec les récits-labyrinthes. Je peux imaginer faire encore plus long, compliqué et tortueux que Metropolis mais à quoi bon ? Pour exprimer quoi ? Je suis sorti de tout ça, j’ai envie d’autre chose. De simplicité. (Je reconnais que c’est banal.)

Votre fresque prend quelque peu les allures d’un mythe au fond : une architecture qui tourne autour de signes métaphysiques récurrents, notamment la double involution que l’on voit dans Masqué et que l’on aperçoit en filigrane dans Metropolis avec les escaliers, des éléments qui s’emboîtent mais qui laissent des zones non recouvertes, notamment dans la chronologie de votre oeuvre pour l’instant, un questionnement d’ordre social autour de la représentation du monde et du langage, des forces physiques pour certaines personnifiées qui s’affrontent comme dans la Brigade Chimérique. Comment appréhendez-vous ce qui se dessine et avez-vous une idée de ce que cela annonce comme suites?

Je commence à voir assez bien ce que je vais faire dans les deux ou trois ans qui viennent. Je ne renonce pas à développer l’Hypermonde, au contraire ; nous sommes, avec Gess, en train de préparer quelque chose qui fera plaisir à beaucoup de gens… Mais j’écris en sachant que c’est peut-être la dernière fois. Rien ne garantit que l’Atalante ou Delcourt voudront poursuivre le développement de cet univers, ni que Gess ou moi aurons envie d’y retourner. On verra. Pour le reste, je sens que le prochain grand sujet, c’est le monde des contes. Justement à cause de sa simplicité. Mais c’est encore assez flou… Première pierre l’année prochaine, quand paraîtra l’énorme roman graphique qu’on est en train de faire avec Frederik Peeters : L’homme gribouillé.

Les fantômes en soi: Un cheminement vers soi-même et des pro

Les fantômes en soi:
Un cheminement vers soi-même et des pro

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La BO du jour : Une conscience houellebecquienne de la science- fiction. La présence humaine et ses fictions, jusqu’à la fin…
« Alors s’établira
Le dialogue des machines
Et l’informationnel remplira
Triomphant
Le cadavre vidé
De la structure divine
Puis il fonctionnera
Jusqu’à la fin des temps »

31 comments

  • Bruce lit  

    Voilà,
    je tenais être le premier à remercier Monsieur Lehman d’avoir participé à la vie de ce blog et Omac pour cette interview anthologique.
    C’est juste de la haute voltige, du haut niveau qui dépasse le cadre de l’interview amateur.
    C’est une interview à lire et relire, mais comme ça tout de go, j’ai appris que Lehman a écrit pour l’Humanité, un journal que je me suis toujours refusé à acheter ! Mince !
    Mince X 2 : je ne trouve pas que l’âge d’or de Moore soit derrière lui. On peut dire ça d’un Frank Miller qui en plus est diminué par la maladie. Je ne suis pas fan de ses trucs de Lovecratf, mais il semblerait que celà soit de qualité. Ce que j’ai lu ici même de son Crossed m’invite à penser qu’il sait encore être original à défaut de génial.
    Mes personnages sont tous, à des degrés divers, paranoïaques, ou hallucinés, ou schizophrènes… Mais ils refusent qu’on les guérisse : et là je pense à Gainsbourg qui pensait qu’en allant chez le psy, il perdrait toute son inspiration, toute souffrance matière à création. J’avais d’ailleurs tenté de lire Serge Gainbsbourg la scène du fantasme écrit par un Lacanien qui précisait que le maître de la psy et de la chanson étaient voisins de palier.
    Mais ce genre de passage à propos de la chanson l’Anamour : « création de signifiants inédits ou de prosodies inouïes , style passant de lalangue ( terme de Lacan ndr) au presque socialement correct de la chanson par laquelle l’auteur tente de représenter sa subjectivité survivante » m’avait profondément découragé et convaincu que doué en psychologie sois-je, je ne pourrai jamais passer le niveau.

    C’est donc bien que quelq’un l’ait passé pour moi ce niveau que je lis avec envie ! Merci !

    Et c’est génial d’apprendre que Gess et Lehman vont de nouveau collaborer ensemble sur son propre blog !

    Ma gratitude éternelle !

    • Bruce lit  

      C’est moi ou le portrait de Lehman m’évoque le visage de cover de Metropolis ?

      • Matt & Maticien  

        Effectivement, Je navais pas fait le rapprochement. Le sourire est plus affirmé sur le portrait. Bien vu

        • OmacSpyder  

          @Bruce et M&M : Bien vu bis! Puisqu’on parlait de mise en abyme, elle recèle encore d’autres aspects, même plus anodins en apparence…

      • Tornado  

        Moi, je dirais en fait que sur cette photo, Lehman ressemble… à Bruce !

        • Bruce lit  

          Bruce Liman…..oui, ça le fait…

  • Matt & Maticien  

    Très belle interview qui marque les esprits et donne le vertige au vu de la virtuosité avec laquelle sont mobilisés les idées et concepts et cet aller retour permanent entre analyse échevelée et constat simple, gravité et jeux avec la psychogeographie.

    Je suis touché par le passage sur les marges et l’abîme… qui témoigne d’une bonne acuité visuelle (malgré les lunettes). Je decouvre en rebond le texte du processeur d’histoire et sa très belle expression « La magie du vide ».

    Je repense au vers de Baudelaire :
    « Ô le Pauvre amoureux des pays chimériques !
    Faut-il le mettre aux fers, le jeter à la mer,
    Ce matelot ivrogne, inventeur d’Amériques
    Dont le mirage rend le gouffre plus amer ? »

    Un grand merci à l’auteur (qui parle avec tendresse de sa grand mère quand même ) et l’interviewer qui pose des questions si inspirantes.

  • Matt  

    Bon ben je n’ai pas de citation intello pour sortir un commentaire du niveau de l’interview, mais tout ceci était très intéressant.
    Je suis allé lire un passage de « La légende du processeur d’histoire » dont parle l’auteur pour comprendre cette histoire d’obsession en rapport avec le langage. Je saisis je l’avoue assez mal comment on peut se mettre dans un tel état lors de recherches intellectuelles. Sans doute une passion un peu trop dévorante en effet. Mais bon chacun ses hantises après tout.

    C’est amusant au final de voir l’auteur souhaiter de la simplicité après tout ça. Comme si cette passion complexe devait sortir pour laisser place à la vie sous un jour plus simple.
    Je fais « hélas » partie des gens qui pensent que trop intellectualiser les choses c’est créer de la souffrance. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut rester à la surface des choses non plus, mais il y a des limite^^
    Je dis « hélas » parce que malgré les talents déployés dans cette interview, c’est finalement les éléments plus rationnels et jolis comme l’histoire de la grand-mère qui émergent de l’interview pour moi. Ou quand la réflexion est inutile pour apprécier le moment vécu.

  • OmacSpyder  

    @Bruce : Je note pour la gratitude éternelle! :)
    Et oui Lehman et Gess ont des projets en gestation, et ça c’est une sacrément bonne nouvelle!
    Décidément cette trilogie Metropolis/Babel/Lehman invite à la relecture. Au…replay, en somme!^^
    Je comprends le découragement devant le passage lacanien à la langue un peu technique. Cela signifie à peu de choses près que le langage permet d’exprimer sa part de souffrance et de subjectivité, quand on créée à partir de celui-ci. Même si la langue est commune à tous, un code social, son usage révèle parfois, c’est le cas de la poésie et ici de cette chanson, une part d’être. Nous sommes en plein dans le sujet!
    @Matt&Maticien : Merci! Oui, quand la langue philosophique rejoint la poésie, ça me plait beaucoup aussi! Les vers de Baudelaire que tu cites visent dans le mille! Je pensais bien que cette idée de vide et de marge te parlerait…
    @Matt : Merci pour ton retour. Pour ma part, intellectualiser revient à tenir des propos déconnectés du ressenti. Or comme tu le pointes, ici il n’en est rien : le propos s’élabore à partir du ressenti, permettant de le mettre en création et en mots. Ainsi, plonger en soi quand on entre dans un véritable processus de création n’est pas de tout repos. Ça confirme bien que ça n’est pas qu’une question d’intellect.
    Intellectualiser au sens véritable entretient en effet une part de souffrance, là je te rejoins. C’est un peu garder une part comme une petite pelote pour tricoter des raisonnements creux qui s’auto-alimentent. Ici, là conclusion montre un cheminement, une issue. C’est d’ailleurs ce que tu reprends dans ton commentaire. Il s’agit donc d’une élaboration, d’un réel cheminement. les concepts ne sont là que pour nommer son ressenti. C’est peut-être plus clair ainsi…

  • Tornado  

    Wow.

    Il m’a fallu un moment pour arriver au bout (impossible de rester accroché si un enfant vient pleurnicher dans ton dos…), mais le labeur en valait la peine. En plus, on termine l’escalade avec la promesse de retrouver les auteurs sur l’Hypermonde, alors… :)

    Il y a un an à peu-près, Bruce m’a proposé d’interviewer Serge Lehman. N’étant absolument pas friand de cet exercice, je lui ai suggéré d’aller se faire foutre de demander à quelqu’un d’autre de le faire, en pensant en premier à Présence. Et puis, de fil en aiguille, l’idée s’est évaporée. Et paf ! Voilà qu’au bout du compte le petit dernier de la team se fend de cette interview en haute voltige axée sur son terrain de jeu psychanalytique préféré. Et, quelque part, je suis bien content d’avoir refusé la proposition du boss car, en définitive, nous avons fini par avoir cet article assez exceptionnel…

  • Lone Sloane  

    Une entrevue qui enrichit le lecteur. A la qualité du squelette des questions répond la subtilité et la la personnalité des réponses qui donnent chair et âme à ce beau bébé. Vous vous êtes bien rencontrés et pour y aller à mon tour d’une citation « Dans la conversation comme dans la danse, chacun est le miroir de l’autre » Alain.
    Les nombreuses inspirations et la volonté de Serge Lehman de perpétuer un héritage européen à travers des récits fantastiques ou héroïques sont remarquables, et le passage sur les 4F est éclairant. A titre personnel, j’aime l’idée qu’une femme ait pu accoucher d’un monstre aussi troublant et que Mary Shelley soit la créatrice d’une nouvelle mythologie toujours vivante dans l’aspiration contemporaine au transhumanisme est admirable.
    Le récit personnel sur la présence bienveillante de la grand-mère maternelle après sa disparition fait écho chez moi. Et je pense sincèrement qu’on peut être rationnel et aimer la compagnie des fantômes des êtres chers.
    J’avais découvert il y a peu le projet commun avec Frederik Peeters et je pense que cette association va nous offrir quelque chose d’imprévu : https://frederikpeeters.tumblr.com
    Si tu n’as pas encore lu Frederik Peeters, Omac, je t’invite à découvrir ses BD qui devrait beaucoup te plaire. Merci à vous deux pour cette belle rencontre et bravo à toi pour le travail accompli.

  • OmacSpyder  

    @Tornado : Alors ainsi tu as refusé cette malhonnête proposition? Tu n’as pas pensé à négocier l’affaire! ;)
    Merci pour ton onomatopée! :) Un langage concis qui dit beaucoup.
    C’est vrai que l’interview demande certainement un peu de calme extérieur. Merci pour ta persévérance. Tout effort mérite récompense. Le mien, d’effort, a été de préparer cette interview en tentant d’apporter des éléments nouveaux qui soient à la hauteur des échanges de ce blog. Je savais aussi que cet exercice devait s’inscrire dans ce que je savais faire, rester dans mes cordes.
    Serge Lehman a été très avenant et a réellement aidé à créer les articulations, à rendre le plus fluide possible cette approche qui visait les profondeurs. En fait je voulais de l’inédit! Ouais, j’ai des idées comme ça des fois, mais je me disais que vous et tous les lecteurs anonymes passant ici méritiez bien ça! :)
    Donc merci d’avoir envoyé baladé le boss, j’ai du coup profité d’une exceptionnelle balade! :)

    @Lone Sloane : Merci pour ton enrichissant retour! J’aime bien ta citation et en effet nous avons tenté d’accorder nos pas… :)
    J’ai aussi trouvé que ces 4F avaient de l’allure! Ils pourraient faire équipe dans un récit!!
    Le récit sur la grand-mère qui continue d’accompagner après la mort peut en effet très bien être ressenti tout rationnel que l’on soit par ailleurs. L’humain a cette capacité et richesse -là.
    Merci pour ton lien sur F. Peeters. Je pense qu’on risque d’avoir en effet un projet assez exceptionnel… C’est bien les risques, parfois! ;)

  • Présence  

    Enfin ! Il nous est donné de découvrir et de lire cette interview. Malheur ! Comment espérer trouver le courage d’en conduire une autre après celle-ci, si personnelle et si pénétrante… Je suis également épaté par l’enchaînement naturel et construit des questions et des réponses. Mazette, quel échange !

    Comme dans les 2 articles précédents, beaucoup de thèmes et de réponses m’ont passionné. J’aime beaucoup le principe de la vision traumatisante comme déséquilibre, ou comme dynamique narrative contraignant le personnage à se confronter à ses certitudes qui ne sont finalement que des croyances pour aller au fond des choses. Neil Gaiman & Dave McKean ont réalisé 2 très beaux récits sur le travail de mémoire avec un individu devenu adulte qui décode (avec son recul d’adulte) une expérience qui l’a marqué enfant. Il s’agit de Violent Cases, et de Mr. Punch. Sur cette pulsion à comprendre ce qui nous entoure, j’avais également beaucoup apprécié le roman de William Gibson : Identification des schémas.

    Les limites du langage dans l’expérience mystique, ce qui est indicible… Dans le contexte de l’interview d’un scénariste, ce point de vue prend une toute autre dimension. Car le média qu’il a choisi repose sur un autre langage qui est le dessin séquentiel, et même sur l’interaction entre ces dessins et les phylactères. Du coup, peut-être que la bande dessinée est plus à même de montrer l’indicible.

    On ne peut pas vivre sans métarécit. – C’est également l’un des thèmes de Watchmen et de Promethea. Alan Moore y donne une réponse (dans Watchmen, pour Promethea il faudrait demander à Tornado) qui est celle de la postmodernité, au sens philosophique du terme, où chaque point de vue dispose d’une valeur à prendre en compte, où finalement la réalité est la somme des représentations que s’en font tous les individus composant l’humanité. Du coup, je ne suis pas sûr que Moore envisage la nécessité d’un métarécit qui s’imposerait à une population, ou de héros qui montreraient une seule marche à suivre, de sauveurs sans participation du reste de la population.

    Je n’ai été qu’à moitié surpris de découvrir que S. Lehman utilise le terme de pyschogéographie. Cette notion a également attiré l’attention d’Alan Moore qui s’est basé sur les travaux de son ami Iain Sinclair pour l’utiliser dans From Hell. C’est ce concept qui a abouti à la visite de Londres en calèche de nuit dans cette BD.

    Des malades mentaux qui refusent qu’on les guérisse – C’est une boutade que j’ai déjà rencontrée à plusieurs reprises sur la paranoïa qui fait peut-être imaginer des choses qui n’existent pas, mais qui rend aussi la vie beaucoup plus intéressante. Je me rends bien compte que dans la vie de tous les jours, il s’agit d’une maladie aux conséquences dramatiques. Je suis moi-même souvent attiré par des récits qui mettent en scène des protagonistes se débattant avec une réalité incohérente, qui sont à la recherche d’une vérité qui expliquerait. Je pense que c’est pour ça que j’ai beaucoup accroché aux récits de Philip K. Dick, et à une partie de ceux SF de Pierre Pelot.

    Le prochain projet de Lehman & Gess : je croise les doigts pour que Palmyre y figure. :)

    • Bruce lit  

      @Tous : l’envoi chiage du patron ne doit pas devenir un sport du patron ne doit pas devenir une discipline locale. Je suis un être sensible moi….
      @Présence, Tornado et les autres : vous trouvez vous aussi Alan Moore en bout de course ?
      @Présence : prochaine étape, l’interview de Pat Mills !!!!

      • Matt  

        Je n’ai lu que Neonomicon comme travail récent de Moore. Et j’en ai presque pensé la même chose que toi, même en aimant Lovecraft. Parce que ça n’a pas grand chose à voir en fait. Il n’y a même pas de cul chez Lovecraft et là le point culminant est un viol collectif avec un monstre de hentaï.
        Je comprends qu’on puisse apprécier la manière de revisiter le truc, mais alors je n’ai pas aimé du tout. Sauf peut être l’intro avec le mec qui devient fou en entrevoyant un monde au delà de sa perception dans ses rêves.

        • OmacSpyder  

          @Bruce : Moi j’ai accepté. Et je te remercie de cette impulsion! Et de cette trilogie d’articles un peu conséquente qu’il fallait quand même accepter^^
          @Bruce et Matt : J’ai commencé récemment Providence. C’est plutôt bien fichu même si j’attends le développement…

    • OmacSpyder  

      @Présence : J’ai essayé de mettre les petits plats dans les grands pour bien vous recevoir :)
      Ton commentaire est très riche! Je comprends ton attrait pour ce que des supposées psychose révéleraient du monde qui nous entoure. Il existe dans certaines personnalités une lucidité. Pour avoir travaillé avec des personnes psychotiques, elles ont des fulgurances impressionnantes sur le monde. Psychose ne signifie pas délire…
      J’aime bien ton complément sur le métarécit ; en effet, je ne pense pas que celui-ci soit nécessairement univoque. Mais le métarécit comme le mythe est polymorphe même si sa structure demeure invariante.
      Tu as bien accroché avec Palmyre visiblement! ;)
      Merci pour ton avis éclairé et éclairant!

  • Jyrille  

    Bon, ça ne va pas du tout. Franchement, après une interview comme ça, j’ai vraiment l’impression d’être un bouffon. Ce n’est même pas une interview, c’est un article scientifique d’un magazine de psychologie ou de sociologie ou de philosophie… Cela me rappelle celle de Jackie Berroyer dans les Inrocks à laquelle je n’avais pas compris grand chose. Et puis c’est quoi ces références ? Lacan, Alfred Bester, Dupin ?? Je crois que le blog a effectivement ses lettres et jamais son sous-titre n’a été plus approprié… Et que dire de l’érudition de Lehman, qui en plus est un beau gosse à la Corto Maltese ? Je vais aller lire le Suicide de Durkheim tiens, encore une référence bien trop pointue pour moi…

    Sérieusement, je ne pense pas avoir tout compris à vos échanges, mais c’est totalement passionnant. Ardu aussi. J’ai pensé encore une fois à Marc-Antoine Mathieu (j’ai ajouté un commentaire sur l’article Metropolis), mais également aux Cités Obscures (et donc Lehman va travailler avec Peeters, mais ce n’est pas le même dessinateur et comme Lone, je vous le conseille. Je n’ai d’ailleurs pas craqué pour sa dernière série Aama mais je devrai) et à Andreas et ses séries Rork et Capricorne. Tout cela est totalement vivifiant et intrigant.

    Encore bravo Omac pour ces articles incroyables ! Je repasserai plus tard ;)

    • Matt  

      Ah moi j’ai laissé tomber les comparaisons parce que si toi tu es un bouffon avec ton interview, moi je suis une sous-merde^^

  • OmacSpyder  

    @Tornado + Matt: J’ai tenté de suivre le sous-titre au mieux. Et comme je ne sais pas faire d’interview, j’ai fait avec mes cordes. Serge Lehman est quelqu’un qui inspire et qui permet de tirer un fil de la pelote et de dérouler au fur et à mesure… De fait, l’inspiration vient d’emblée! C’est quelqu’un qui donne l’occasion de faire de la voltige en s’amusant :)
    Encore une fois, je n’ai pas mis de censure et ai préféré frôler le vertige, longer le vide, afin de proposer un échange le plus authentique possible. Comme les vrais érudits, on se sent vite à l’aise pour se lancer!
    Je vous avoue que lorsque j’ai lu vos interviews, ça m’a mis un peu la pression. Je ne voulais pas décevoir les courageux lecteurs qui acceptaient de se coltiner mes âpres articles^^
    C’est un peu ma façon, plus ou moins consciente sur le moment, de vous remercier autrement de votre accueil :)
    Tornado, tu repasses quand tu veux! ;)

  • JP Nguyen  

    Bravo Omac, c’est une très chouette interview, qui se paye le luxe d’éclairer à la fois sur la personnalité de l’interviewé et… de l’interviewer !
    Il faut croire que les pouvoirs des psys existent : sans que tu lui demandes, Lehman t’a parlé de son enfance ! (cf l’anecdote sur sa grand-mère)
    Clap clap !

    • OmacSpyder  

      Merci JP! Ça y est, tu as découvert mon super- pouvoir! :)

      Tiens donc, tu as décelé des éléments de l’interviewer? Oui, c’était un véritable échange et ça impliquait de s’ouvrir à l’autre. Même à côté du divan, le psy s’investit pour la personne qu’il reçoit…

  • Artemus Dada  

    J’aime beaucoup Serge Lehman (depuis que j’ai découvert ses romans chez Fleuve Noir), alors merci beaucoup pour cet entretien.

    (Cela dit, lire qu’ « Alan Moore est un génie. Ses grandes heures sont passées,[..] » me laisse un peu dubitatif. Serge Lehman n’a pas lu « Providence », il n’a pas entendu parler de « Jerusalem », voire le petit bijou « Crossed + 100″ où le langage est joliment utilisé [-_ô])

    • Bruce lit  

      Voilà on est d’accord Artemus.
      Moore ne se résume pas à Watchmen et V !
      Jack.B.Quick, la ligue des gentlemen, même son Filles Perdues, c’est pas n’importe quoi….

    • OmacSpyder  

      Merci Artemus Dada! Je rejoins l’avis sur Providence qui me semble renouveler l’apport d’Alan Moore. Après, c’est un travail récent. Pour moi la ligue, c’est plutôt ancien maintenant si l’on date le début de cette création. Et même si ses créations plus récentes ne sont pas « n’importe quoi », est-ce à la hauteur de ce qui a permis à Moore de confiner au génie? A voir dans le temps maybe?

      J’irai voir les romans de plus près vu comme tu en parles! :)

      • Artemus Dada  

        Je réagissais aux propos de Serge Lehman qui attribue à Moore « 20 ans de génie », autrement dit 1982 (Marvelman) + 20 ans = 2002.

        Voilà pourquoi je cites (quelques uns) de se travaux les plus récents puisque de mon point de vue Moore continue de produire des choses « géniales » (Pour reprendre l’idée du génie que lui attribue Lehman).

        Même si Jerusalem par exemple, est un roman commencé il y a des années de cela.

        D’autre part je n’ai pas besoin d’attendre ; Watchmen ou encore V for Vendetta me sont apparues aussitôt comme des séries « géniales ». La durée les a inscrites dans le marbre de l’imaginaire collectif, mais leur « génie » était déjà présent dans les années 1980 ; la première fois que je les aie lues (et il y est encore).

        [-_ô]

        • OmacSpyder  

          Oui, et comme tu le précises c’est une question de point de vue. Si Watchmen et V for Vendetta sont apparus d’emblée comme des révélations géniales, son plus récent Necronomicon n’a visiblement pas eu le même impact chez ses lecteurs. Pour avoir débuté Providence, j’apprécie la profondeur et les références mais j’y vois un « soft genius » : la révélation est moins forte pour moi que lorsque j’ai lu Watchmen dans le gros pavé Delcourt de l’époque. Ça reste certes de haute volée et génial au sens plus commun. Crier au génie, j’attends de voir davantage. Je n’ai cependant qu’une vue partielle… ;)

          • Bruce lit  

            La notion « soft genius » me convient.

  • chéradénine  

    Merci pour votre entretien (on sent la grosse préparation) ! Ayant terminé Metropolis et connaissant Serge Lehman pour ses interventions érudites ici et là, j’allais justement me mettre en quête d’interviews !

    • OmacSpyder  

      Si votre quête vous a mené ici, chéradénine, c’est avec plaisir. Merci pour votre commentaire.
      L’entretien a été préparé en effet afin de pouvoir tenter d’aller au-delà de la surface des choses. Un peu à l’instar de l’inspecteur Faune dans Metropolis. C’était en tout cas le point de visée. Et le sujet, dans plusieurs sens du terme, s’y prêtait très bien!

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