Le fruit au goût de poulet

Chew 2 – International flavor Par Layman et Guillory

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C’est du Gallsberry ! ©Image comics

AUTEUR : PRÉSENCE

Ce volume comprend les épisodes 6 à 10 de la série mensuelle, initialement parus en 2010 chez Image aux Etats Unis et Delcourt en France.

Tous les épisodes sont écrits par John Layman et dessinés  par Rob Guillory. Il fait suite à Taster’s Choice qu’il faut avoir lu avant.

Première scène, sur le site de construction d’un hôtel de luxe dans l’île de Yamapalu, les ouvriers ont découvert un nouveau fruit à la forme étrange : le Gallsberry.

Retour dans les bureaux de la Food and Drugs Administration (FDA) : Tony Chu retrouve une personne qui avait passé l’arme à gauche dans le tome précédent et qui a beaucoup de raisons de lui en vouloir. Pas de chance : Applebee (le chef de Chu) a décidé qu’il s’agit de son nouveau partenaire.

Oh non ! Pas lui !

Oh non ! Pas lui !©Image comics

À eux deux, ils enquêtent sur un casse commis dans la salle des coffres d’une banque. L’un des criminels a laissé un petit cadeau au milieu de la pièce : un gros étron. Aplebee jubile car il sait que pour résoudre l’affaire Chu devra utiliser son pouvoir sur cette matière fécale.

La résolution de ce vol amène Chew à goûter une soupe au poulet. L’effet est tellement fort que Chu décide de prendre des vacances pour aller enquêter à Yamapalu sur le fruit entrant dans la composition de ladite soupe. Il y retrouve son frère qui a acquis le statut de vedette, ainsi que Lin Sae Woo, une enquêtrice du Ministère de l’Agriculture, et le vampire entraperçu dans le tome précédent, sans oublier Poyo le poulet de combat.

Un subtil équilibre entre horreur et humour carricatural

Un subtil équilibre entre horreur et humour carricatural©Image comics

La première bouchée de Chew m’avait laissé un peu sur ma faim, car bien que, composée d’aliments de choix, la préparation de ce plat n’arrivait pas à équilibrer les différents ingrédients. Malgré tout, le capital sympathie acquis était tel que la lecture du deuxième tome coulait de source.

John Layman continue dans le même ton que pour le premier tome, à la fois pour les bons cotés, et les autres. Dans les éléments agréables, le lecteur retrouve le jeu avec la nourriture et le ton second degré du récit. À plusieurs reprises Applebee s’assure que Chu devra porter à sa bouche des aliments allant à l’encontre de tabous universels.

L'inimitable Lin Sae Woo

L’inimitable Lin Sae Woo©Image comics

À nouveau, Layman invente des personnages provoquant une forte sympathie du lecteur et disposant d’un physique mémorable (je pense en particulier à Lin Sae Woo et sa poitrine, mais aussi au dictateur d’opérette, au chef de la police locale, etc.). En fait, cette histoire doit également beaucoup à Rob Guillory, son dessinateur. Son trait me fait parfois penser aux aventures de Spoon & White.

 

Guillory sait concilier un bon niveau de détails avec des exagérations qui apportent une touche de dérision, sans jurer par rapport à la tonalité globale de l’histoire. C’est un style assez délicat à mettre en œuvre car il faut rester en deçà du dessin humoristique, tout en faisant bien comprendre au lecteur qu’il s’agit de libertés artistiques. Le cas de Lin Sae Woo est représentatif : elle a une poitrine démesurée (mais soumise à la loi de la gravité), elle est de petite taille et sa robe lui permet de réaliser les mouvements d’art martial.

L'inimitable Lin Sae Woo (bis, on ne s'en lasse pas.)

L’inimitable Lin Sae Woo (bis, on ne s’en lasse pas.)©Image comics

Guillory en fait à la fois un objet sexuel caricatural (gros seins, taille de guêpe, hanches voluptueuses) et à la fois un individu à part entière que le lecteur ne peut pas se contenter de regarder comme un objet (proportions éloignées de la taille mannequin, visage fermé, mouvements redoutables). Ce décalage entre la silhouette et les actions induit à la fois un élément comique de second degré (une critique des canons imposés de la beauté) et une personnification approfondie.

Il applique cette méthode à l’ensemble des personnages qui apparaissent dans l’histoire. La mise en page est très fluide qu’il s’agisse des scènes d’action ou des scènes de dialogue. La conception de chaque prise joue également sur la dualité entre efficacité et exagération, pour un résultat convaincant. Enfin Guillory assure lui-même sa mise en couleur. Il utilise la méthode qui consiste à donner une teinte dominante différente à chaque scène et le fait avec subtilité et sophistication.

Moi, je ne mange pas de ça !

Moi, je ne mange pas de ça !©Image comics

Dans les éléments moins goûtus, il reste l’absence de profondeur psychologique des personnages. Layman bâtit son scénario sur les enquêtes menées par Tony Chu et ses recherches d’indices (avec quelques scènes d’action), puis sur les éléments fantastiques qu’il introduit.

Il n’accorde que peu de place à la psychologie de ses personnages qui sont trop génériques à mon goût car uniquement définis par leurs actions. C’est ce dernier point qui me retient de décerner une cinquième étoile à cette bande dessinée.

7 comments

  • Nicolas  

    Décidemment Image Comics a le vent en poupe depuis ces dernières années, avec les Univers Marvel et DC deplus en plus stériles et asphyxiés dans des continuities sans cesse rebootés.

    Savez vous que chez Marvel les scénaristes n’ont plus le droit de creer de nouveaux persdonnages de peur que la Fox ne se retrouve a en posseder les droits ? Une revelation de Chris Claremont lui-même.

    Beaucoup de petites perles donc, a découvrir chez Image don’t Chiu, the Manhattan Projects, Prett Deadly entre autres merveilles.

    • Marti  

      Pour cette histoire concernant la Fox, c’est plutôt Marvel qui interdit au studio de cinéma de créer de nouveaux personnages il me semble, et ça ne concerne que les licences X-Men et FF. Pour les comics on a régulièrement de nouveaux personnages qui sont créés.

  • Jyrille  

    Pas mieux que Bruce.

  • Présence  

    Ces dernières années, Image Comics a réussi à faire ce que ni Marvel, ni DC n’ont réussi : diversifier l’offre en s’émancipant des superhéros, et en plus les séries sont de qualité : Fatale d’Ed Brubaker & Sean Philips, Deadly Class de Remender & Wesley Craig, Sex Criminals de Matt Fraction & Chip Zdarsky, Velvet d’Ed Brubaker et Steve Epting, Manifest Destiny de Chris Dingess & Matthew Roberts, Lazarus de Greg Rucka & Michael Lark, Stellite Sam de Matt Fraction & Howard Chaykin…

    • Nicolas  

      C’est vraiment vers Image qu’il faut aller, je crois.

  • Tornado  

    La seule série qui me fait de l’oeil que je n’ai pas encore achetée…

  • Bruce lit  

    Oh que c’est dur de ne pas rajouter une 5ème étoile quand je travaille sur les articles des autres. Tony Chu est – à mon sens- ce qui est arrivé de mieux aux comics de cetter dernière décennie avec Locke and Key et Scalped. Ils sont rares de nos jours les ouvrages authentiquement drôles dans cet océan de Grim ‘n ‘gritty. Tony Chu dispose d’une liberté de ton totale, d’un comique de répétition irrésistible et d’une histoire jamais lu nulle part ailleurs. Contrairement à Présence et pour les avoir relu depuis le début ( ce que je fais à chaque nouveau tome), je trouve que les caractères sont bien définis et que le ton de la série empêche un approfondissement de leur psychologie. C’est justement leur force comique d’être immédiatement reconnaissable un peu comme le vagabond de Charlot dont on sait rien qu’à son allure ce qu’il peut ou ne peut pas entreprendre.
    Ici, les personnages sont-volontairement-limités à un trait de caractère et ce sont les situations dans lesquelles Layman plonge ces personnages qui provoquent le rire : Tony Chu est un héros psycho rigide, John Colby un magouilleur attachant etc. Je trouve que les critiques de Présence rejoignent celle qu’il attribue à Bone : rechercher de la consistance chez des personnages qui sont construits en toute simplicité volontaire.
    Et puis Jord, Tony Chu détient deux personnages secondaires absolument fendards, uniques, irremplaçables : Michael Applebee dont je guette chaque apparition , un commissaire si mesquin qu’il souhaite la mort de ses hommes et surtout Poyo, le coq bionique !!

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