Les plus grands monstres de l’univers – 3° partie

Encyclopegeek : Les films de monstres du studio Universal dans l’âge d’or du cinéma hollywoodien

1ère publication le 03/11/16-MAJ le 29/09/18

Par : TORNADO

Alex Ross !

Alex Ross !  © Alex Ross / Source : Picbear 

Voici la fin de notre article sur les films de monstres produits par le studio Universal dans les années 30 et 40. Plus communément nommés les Universal Monsters.

Après vous avoir chroniqué pas moins de douze films emblématiques de la série, je vous propose encore huit films.
La particularité étant que nous arrivons désormais sur les grands crossovers de l’époque, à travers lesquels se dessine peu à peu un véritable univers partagé, ce qui constitue une première dans l’histoire du multi-média. Un phénomène que l’on retrouvera bientôt dans les comics de super-héros !

La liste est subjective, mais ne fera pas l’impasse sur les films majeurs de l’époque.

1) Le Spectre de Frankenstein, par Erle C. Kenton (1941) :
Lon Chaney Jr is… the monster !

Lon Chaney Jr is… the monster ! ©Universal Pictures

Le Spectre De Frankenstein est la suite directe du Fils de Frankenstein. Il est réalisé deux ans après ce dernier et l’intrigue reprend quasiment là où elle s’était arrêtée.
Ygor, l’estropié qui aidait jadis le baron Frankenstein à déterrer les cadavres, n’est pas mort ! Il avait pourtant succombé à plusieurs balles dans le film précédent…
La créature, la même qui fut jadis créée par le baron Frankenstein, n’est pas morte ! Elle avait pourtant été plongée dans un puits de soufre en fusion dans le film précédent…
Ygor part à la recherche de Ludwig Frankenstein, le second fils du Baron, afin qu’il redonne au Monstre sa force d’antan…
A bien des égards, les films de la collection Universal Monsters précèdent les comics de super-héros sur deux points : Le principe du crossover (on fait se croiser les personnages dans des films-chorales) et celui de la Résurrection, deux éléments essentiels du monde de l’édition super-héroïque, sont déjà utilisés à plein régime par le studio spécialisé dans les films d’horreur !

A ce stade de la série des Frankenstein, force est de constater que les scénaristes ne se fatiguent plus à chercher des situations particulières afin de ramener ces monstres à la vie :
- »M’enfin, comment Ygor a bien pu survivre à toutes ces balles et se porter comme un chef ? Comment a-t-il pu guérir tout seul dans le château abandonné des Frankenstein ?
– Il est vivant !
– Oui, d’accord, mais comment a-t-il fait pour survivre dans ces conditions ?
– Il est vivant mon petit Monsieur, c’est tout !
– Ah bon… Et, heu… le monstre, comment…
– Il est vivant !
– Oui mais…
– Il est vivant ! C’est tout ce qu’il y a à savoir mon petit Monsieur.
– Bon d’accord… »

It’s alive ! On vous l’a dit !!!

It’s alive ! On vous l’a dit !!!  Source : Picclick  ©Universal Pictures

Ce quatrième film de la série des Frankenstein, alors qu’il n’est pas mauvais du tout, amorce le déclin des films d’horreurs de la Universal et l’arrivée de ce que l’on nommera bientôt les films de série B.
Le casting est prestigieux : Sir Cedric Hardwicke (Ludwig Frankenstein), Lionel Atwill (le Dr. Bohmer), Béla Lugosi (Ygor) et Lon Chaney Jr (le Monstre de Frankenstein !) se bousculent sous la caméra. Les décors et éclairages sont toujours aussi beaux, qui recyclent cette esthétique gothique somptueuse héritée de l’expressionnisme allemand.
Seulement voilà, le réalisateur Erle C. Kenton n’arrive pas à la cheville de James Whale (le réalisateur des deux premiers -et meilleurs- films de la série), et le scénario, comme relevé plus haut, se contente de ramener sans cesse les monstres à la vie sans soucis d’élever le débat.
Attention : les crossover débarquent à partir du film suivant…

2) Frankenstein Rencontre le Loup-Garou, par Roy William Neil (1942) :
Le premier crossover de la planète geek !

Le premier crossover de la planète geek ! ©Universal Pictures

Frankenstein Rencontre le Loup-Garou est la suite directe de deux films à la fois : Le Loup Garou et Le Spectre De Frankenstein, tous deux réalisés l’année précédente.
Larry Talbot, le loup-garou, est toujours vivant ! Dans sa quête pour lever la malédiction qui pèse sur lui, il va rechercher l’aide du Dr Frankenstein, ce dernier possédant le « Secret de la vie et de la mort ». Malheureusement, le brillant docteur a trouvé la mort dans le film précédent, ce qui ne semble pas être le cas de sa monstrueuse créature…

Le film est réalisé par Roy William Neil, le réalisateur quasi-attitré de la série des Sherlock Holmes  avec Basil Rathbone. C’est à la fois le second film de la série des Loup-garou et le cinquième de la série des Frankenstein. Il s’agit du premier long-métrage conçu pour que deux des grands monstres de la Universal se rencontrent (d’où le titre !), et donc du tout premier crossover !
Il y aura trois suites, dont une parodie, dans lesquelles viendra se joindre, en plus des deux monstres ici présent, le Comte Dracula !

Depuis quelques années, la qualité des films de la série des Universal Monsters est en baisse. Les grands réalisateurs qui avaient mis en scène les premiers films (James Whale, Todd Browning) sont partis. Nous sommes passés, à présent, dans l’ère des séries B, des suites et des crossovers. Le public commence à se lasser et le studio mise sur la surenchère en convoquant plusieurs figures à la fois parmi son bestiaire horrifique.
Pour autant, Frankenstein Rencontre le Loup-Garou est une jolie réussite, qui bénéficie encore d’une réunion de fortes personnalités. Le réalisateur Roy William Neil est ainsi accompagné du producteur George Wagner et du brillant scénariste Curt Siodmack (respectivement le réalisateur et le scénariste du premier Loup-Garou), ainsi que d’un trio d’acteurs confirmés : Lon Chaney Jr réendosse le maquillage du Loup-garou pour la seconde fois (avant les trois films suivants !), Béla Lugosi incarne le Monstre de Frankenstein pour la première fois, tandis que Lionel Atwill joue encore un rôle différent alors qu’il était présent dans les deux Frankenstein précédents (l’inspecteur Krogh dans Le Fils de Frankenstein et le Dr Bohmer dans Le Spectre de Frankenstein) !
La plastique du film est absolument splendide. Toutes les scènes sont réalisées en studio, sous de superbes éclairages en clairs-obscurs et des décors gothiques, en carton-pâte certes, mais d’une beauté incontestable.
Le résultat est aujourd’hui très kitsch. Mais dans le contexte de ces films d’horreur des années 30 et 40 (et bien qu’ils ne fassent aujourd’hui plus peur à personne, entendu que la peur au cinéma est une notion qui ne résiste pas au temps qui passe), Frankenstein Rencontre le Loup-Garou est un des incontournables de la série des Universal Monsters.

Une histoire de monstres.
©Universal Pictures

La présence de Béla Lugosi sous les traits du Monstre est à la fois incongrue et très cohérente. Incongrue car il ne possédait pas la stature initiée par Boris Karloff. Ce détail est très particulier car, comme nous l’avions dit dans la première partie de notre article, c’est Lugosi qui était pressenti pour interpréter le dit-monstre dans le premier film de la série des Frankenstein. Mais son incarnation tardive de la créature est ici tout à fait cohérente puisque, dans Le Spectre de Frankenstein (le film précédent), le cerveau d’Ygor, interprété par Lugosi, avait été transplanté dans le crâne du Monstre. Il est donc tout à fait acceptable qu’il lui ressemble désormais davantage ! La prestation de l’acteur est d’ailleurs très impressionnante : Ce dernier compose un monstre désarticulé qui dégage une méchanceté hallucinante ! Et finalement, Lugosi se rattrape en proposant la meilleure incarnation du Monstre depuis le départ de Boris Karloff !

La fin du film voit nos deux monstrueuses créatures périr sous les eaux d’un barrage que l’on vient de faire exploser. Mais le public n’est pas dupe : Crossover et résurrection sont désormais deux notions qui, bien des années avant qu’elles ne deviennent l’apanage des comics de super-héros, réservent encore de beaux jours à nos monstres préférés…

3) Le Fantôme de l’Opéra, par Arthur Lubin (1943) :
Fantôme d’opérette…

Fantôme d’opérette… ©Universal Pictures

Cette adaptation de 1943 est la seconde effectuée d’après le roman homonyme de Gaston Leroux, après le mythique Fantôme de l’Opéra de 1925, et la première réalisée en technicolor.
Le film s’impose d’ailleurs comme l’un des seuls tournés en couleur dans la série des Universal Monsters.

Cette luxueuse version est loin d’être la meilleure, aussi bien en ce qui concerne son sujet que par rapport aux autres films de la série. Bien contents de profiter des somptueux décors de la précédente adaptation (avec Lon Chaney Sr, réalisés d’après les croquis d’un graphiste français qui connaissait parfaitement les lieux !), les géniteurs de ce remake ont eu l’idée de tout miser sur cette reconstitution grandeur nature de l’Opéra Garnier, qui fut réemployée à l’envie dans tous les films hollywoodiens qui s’y prêtaient…
Ainsi, l’essentiel de l’intrigue expose les représentations lyriques en long, en large et en travers, reléguant celles dévolues au fantôme à de très succinctes apparitions. L’idée aurait pu se tenir si les séquences en question étaient réussies. Mais pour des problèmes de droit liés aux difficultés inhérentes au conflit mondial, le studio ne réussit pas à adapter de vrais airs d’opéra, et confia au compositeur Edward Ward (alcoolique notoire) le soin d’en écrire de sa main, tout en récupérant quelques extraits de concertos et autres symphonies libres de droit… Le résultat est assez calamiteux et, notamment lors de la scène d’introduction, c’est davantage à une opérette qu’à un grand opéra que le spectateur a l’impression d’être convié !

Le second écueil vient du fait que, allez savoir pourquoi, les producteurs ont eu l’idée d’employer les services de l’un des réalisateurs attitrés des deux nigauds Abbott & Costello : Arthur Lubin, qui de son côté, a cru bon d’imprégner son film d’une sérieuse dose d’humour lourdingue ! Evidemment, cet humour plombe rapidement le film et l’on se demande quand l’interprète du rôle du fantôme, le grand Claude Rains, va enfin venir nous épouvanter…

Bon, les deux comiques, là, vous pouvez laisser la place au fantôme maintenant ?

Bon, les deux comiques, là, vous pouvez laisser la place au fantôme maintenant ? Source : pariscinemaregion.fr  ©Universal Pictures

A l’arrivée, Le Fantôme De L’Opéra version 1943 est une adaptation bling-bling qui ne recèle que de très rares moments de grâce (en gros, lorsque Claude Rains n’apparaît pas, le film ressemblerait presque à une comédie de Luis Mariano…). Paradoxalement il fut, lors de sa sortie, l’un des plus grands succès remportés par le studio (les spectateurs, paraît-il, étaient morts de rire !) et réussit à décrocher deux oscars (photographie et décors), en grande partie motivés par l’emploi du technicolor…
La reconstitution des lieux demeure tout de même rigoureuse, notamment lors de la grande scène dans de laquelle le fantôme fait tomber le grand lustre central sur le public, qui voyait alors les spectacles en pleine lumière, car davantage intéressé par les spectateurs mondains que par la pièce elle-même (de nos jours, faites une visite guidée de l’Opéra Garnier, on vous expliquera tout) !

En 1962, le roman de Gaston Leroux connaîtra une nouvelle adaptation par le studio Hammer . Puis une autre par Dario Argento en 1999. Mais sa plus belle adaptation demeure probablement la sublime comédie musicale écrite par Andrew Lloyd Webber, jouée à Londres et à Broadway (certainement le plus beau spectacle qu’il m’ait été donné de voir). Un film en fut d’ailleurs tiré en 2004 par Joël Schumacher. On peut encore ajouter à cette liste la plus belle adaptation officieuse du mythe : Le Phantom of the Paradise de Brian De Palma !

Le retour de Claude Rains !
©Universal Pictures

4) Le Fils de Dracula, par Robert Siodmack (1943) :

Le pitch : Un descendant du Comte Dracula, qui se fait appeler le comte Alucard, arrive en Louisiane afin d’épouser Katherine Caldwell, une riche héritière. Sitôt après son arrivée, les morts se multiplient au cœur de la plantation des Caldwell, ainsi que les chauves-souris…

Son of Dracula est le troisième film de la série des Dracula. Le rôle du « fils » est ici interprété par Lon Chaney Jr, le seul acteur ayant joué l’essentiel du bestiaire des Universal Monsters (loup garou, Dracula,  monstre de Frankenstein et momie).

Nous sommes en 1943. A cette époque, le studio Universal n’a pas encore commencé à ressusciter ses monstres, hormis celui de Frankenstein, ce qui n’était pas trop incohérent étant donné sa nature de créature créée de toutes pièces. C’est pour cette raison que le Comte Dracula, interprété par Béla Lugosi, était resté mort depuis 1931, et que c’est vers ses descendants que les scénaristes se sont tournés pour exploiter le filon horrifique.
Cependant, dès l’année suivante, la tentation de la résurrection l’emportera et le véritable Dracula, cette fois incarné par John Carradine, fera son retour d’outre-tombe…

 Lon Chaney est sur tous les coups !

Lon Chaney est sur tous les coups ! ©Universal Pictures

Le Fils de Dracula possède un certain nombre de défauts. Le film est assez bavard, comme c’était souvent le cas à l’époque, avec les films de la série. Il est parfois même assez ampoulé. Les effets spéciaux sont très réussis hormis les plans de la chauve-souris, proprement ridicules. Mais surtout, c’est le choix de confier le rôle titre à Lon Chaney Jr qui semble le plus incongru, tant l’acteur n’incarne en rien le côté slave et morbide de la figure iconique du comte des Carpates, telle que l’avait inauguré Béla Lugosi. Chaney Jr lança pourtant la mode du « vampire à moustaches », puisque l’acteur suivant, John Carradine, arborera une très belle moustache de cowboy !

Les défauts sont néanmoins contrebalancés par un grand nombre de qualités : Comme dit ci-dessus, hormis les chauves-souris factices, les effets spéciaux sont formidables, notamment lorsque le comte Alucard se transforme en brume vaporeuse ! Les décors sont soignés et l’atmosphère du Bayou de Louisiane, filmé dans un noir et blanc expressionniste dans la plus pure tradition du studio, offre contre toute attente un cadre gothique à souhait. La réalisation de Robert Siodmack est elle-même très soignée, et le script de son frère Curt est assez habile, qui ouvre sur une fin superbe et poignante. Les thèmes propres à la mythologie du vampire, comme la vie éternelle, l’amour et la mort, ne sont pas oubliés mais au contraire développés de manière remarquable, « pour l’époque », évidemment…
A l’arrivée, le film s’impose comme une référence dans la série des Universal monsters.

Brumes, cercueil, moustaches et chauves-souris

5) La Maison de Frankenstein, par Erle C. Kenton (1944) :

Suite directe de Frankenstein Rencontre le Loup-Garou, House of Frankenstein est le second crossover des Universal monsters. C’est à la fois le sixième film de la série des Frankenstein et le troisième de la série des Loup-garou. Il marque également le retour du personnage de Dracula, absent depuis 1931.

C’est désormais la formule adaptée : Plus il y a de monstres qui se bousculent au générique, plus il y a de monde dans les salles de cinéma ! Le studio Universal joue la surenchère et envoie ses trois monstres principaux hurler dans le même film. Ajoutez-leur la figure du savant fou et celle de son assistant estropié, et vous n’avez pas moins de cinq figures majeures du bestiaire horrifique réunies dans un seul film !

Moult monstres !

Moult monstres ! ©Universal Pictures

D’un côté, le film est très agréable à regarder. Sa courte durée (67 mn seulement) lui confère un rythme impeccable, les décors gothiques et expressionnistes, fidèles à la grande tradition du studio, sont toujours aussi somptueux. Les acteurs sont extras. Boris Karloff rejoint la série des Frankenstein pour la quatrième fois, mais n’incarne plus le monstre. Il est désormais le savant fou ! Lon Chaney Jr interprète le loup-garou Larry Talbot pour la troisième fois (sur cinq !). John Carradine fait son entrée dans le rôle de Dracula, qu’il reprendra dans le film suivant. Glenn Strange inaugure également sa prestation sous les traits du Monstre de Frankenstein, qu’il reprendra dans les deux films suivants. Et Lionel Atwill joue dans la série un nouveau personnage pour la quatrième fois consécutive (après avoir été l’inspecteur Krogh, le Dr Bohmer et le maire du village) !

Mais d’un autre point de vue, la déception s’impose. Les monstres font un peu de la figuration (surtout Dracula !). Et puis surtout, le scénario est abracadabrantesque ! Après toute cette multitude de films sur le thème du monstre, du vampire et du loup-garou, on commence à se lasser très sérieusement de cette même histoire qui revient en boucle, dans laquelle un savant complètement fou n’en finit plus d’être obsédé par le cerveau du Monstre de Frankenstein, où le loup-garou se transforme toutes les cinq minutes parce que c’est toujours la pleine-lune, où un forain ambulant se promène tout le temps avec le cercueil du Comte Dracula, à qui il suffit de retirer le pieu du squelette pour qu’il se recompose en neuf seconde… Au bout d’un moment, le manque d’inspiration des scénaristes et l’absence de renouvellement des thèmes horrifiques commence à devenir vraiment lassant.

Tous à la chorale !
©Universal Pictures

6) La maison de Dracula, par Erle C. Kenton (1945) :

Suite directe de La Maison de Frankenstein, voici le troisième crossover des Universal monsters, le septième film de la série des Frankenstein, le quatrième de la série des Loup-garou et le troisième de la série des Dracula (si l’on excepte la fille et le fils, bien sûr) !

Le pitch : Le Comte Dracula, qui était mort brulé par le soleil et transformé en squelette dans le film précédent, se porte de nouveau comme un chef (sans explication aucune !). Le loup-garou, qui avait succombé sous une rafale de balles d’argent dans le même film précédent, est également en pleine forme (sans plus d’explications…). Quant au Monstre de Frankenstein, englouti sous une maison en flammes (dans le même film précédent), il est toujours aussi alité…

Un crossover ? Un event ? C’est la maison des idées !!!

Un crossover ? Un event ? C’est la maison des idées !!! ©Universal Pictures

Dracula et Laurence Talbot (le Loup-garou), par un heureux concours de circonstances, se retrouvent chez le Dr Edelmann, un savant bien de sa personne. Tous-deux le supplient de les délivrer de leurs malédictions respectives grâce à sa science infuse. Pour y parvenir, ils doivent retrouver le journal du Baron Frankenstein, perdu sous les ruines de la maison qui a brulé dans le film précédent… Et qui trouvent-ils sous les décombres ? Le Monstre de Frankenstein bien sûr !
A partir de là, Dracula va échanger son sang avec le Dr Edelmann, qui deviendra fou et n’aura plus qu’une idée fixe : Redonner au Monstre de Frankenstein sa force d’antan, délaissant ainsi le Loup-garou qui va se transformer puisque, bien évidemment, c’est la pleine lune ! Mais les villageois du coin ne l’entendent pas de cette oreille et leur vindicte viendra à bout de tous ces monstres, jusqu’au film suivant !

Le casting de House of Dracula réunit Lon Chaney Jr dans le rôle du loup-garou (pour la quatrième fois sur cinq !), Glenn Strange dans le rôle du Monstre de Frankenstein (pour la seconde fois sur trois !), et John Carradine dans le rôle de Dracula (pour la seconde et dernière fois). Ce dernier, avec sa moustache et son accent américain, ressemble davantage à un guitariste de country-music qu’à un comte des Carpates, et je m’interroge sur le fait qu’il demeure l’un des acteurs ayant interprété Dracula parmi les préférés d’un grand nombre de fans !
A noter, encore, la présence de Lionel Atwill, qui interprète le rôle d’un personnage différent sur chaque film de la série depuis Le Fils de Frankenstein

Des acteurs qui se croient chez eux (surtout Dracula d’ailleurs…) !
©Universal Pictures

Le déclin des films estampillés Universal Monsters, amorcé depuis quelques années, arrive à son terme. La Maison de Dracula est le moins réussi de la série. Tout d’abord à cause de son scénario abracadabrantesque, qui recycle le contenu des autres films sans vergogne et sans la moindre cohérence réaliste, laissant le spectateur rêveur devant cette accumulation de situations grotesques. Ensuite parce que, plastiquement, il est également moins soigné que les autres, alors que l’esthétique des films d’horreur de la Universal demeurait jusqu’ici sa principale qualité. Même s’il y a encore de beaux restes, on est loin de la splendeur des grands classiques des années passées. Et enfin, le réalisateur Erle C. Kenton se montre également peu inspiré, qui emballe une série de scènes bavardes en restant avare dès qu’il s’agit de nous montrer les monstres du générique, ce qui est quand même paradoxal étant donné le sujet et la promesse d’en voir un maximum si l’on se base sur le principe du crossover !
La fin des Universal Monsters approche, mais ils nous réservent leur baroud d’honneur pour la confrontation finale dans le rigolo Deux nigauds contre Frankenstein

7) Deux Nigauds Contre Frankenstein, par Charles Barton (1948) :
Qu’est ce qu’on se marre ici !!!

Qu’est ce qu’on se marre ici !!! ©Universal Pictures

Le pitch : Chick et Wilbur travaillent en Floride pour une compagnie de chemin de fer. Ils transportent bagages et autres objets volumineux. Un beau jour, ils doivent amener dans le Musée des Horreurs deux caisses contenant les véritables dépouilles du Comte Dracula et du Monstre de Frankenstein, que les gaffes de Wilbur ne tardent pas à réveiller…
De toute manière, c’était un coup monté ! Dracula à une idée fixe : Il veut offrir au Monstre de Frankenstein un nouveau cerveau. Mais il ne nous explique pas pourquoi, ce qui est franchement dommage tant il est évident que c’était l’idée du siècle ! Tel un savant complètement fou, il pense que le cerveau de Wilbur ferait parfaitement l’affaire, bien aidé par son assistante qui l’attendait dans son château sur son île lugubre. A noter que la dite assistante est une savante folle, et qu’elle a hérité du journal du Baron Frankenstein, ce qui, pour le coup, est rudement pratique pour cette histoire de transplantation de cerveau !
Mais Dracula et sa clique n’avaient pas prévu une chose : Larry Talbot, le loup-garou, lui aussi de retour, ne l’entend pas de cette oreille (de loup), et entend bien (de l’autre) mettre fin à tous ces sombres projets. Là encore, nous aurions bien aimé qu’il nous explique pourquoi il fait lui aussi une fixation sur le cerveau de Frankenstein, au lieu de s’occuper de sa propre malédiction…
Pendant ce temps là, Wilbur tente de prévenir Chick de cette catastrophe, mais ce dernier ne remarque rien ! Ainsi, poussés par leur compagnie d’assurance qui les somme de retrouver les corps perdus des deux monstres destinés au musée des horreurs, les deux nigauds n’ont d’autre choix que de se rendre dans le lugubre château, en compagnie du Loup-garou qui se transforme toutes les cinq minutes car, depuis le début du film, c’est tout le temps la pleine lune…
Etes-vous prêt pour le combat final réunissant tout ce beau monde ?

Abbott & Costello Meet Frankenstein sonne le glas de l’âge d’or des films d’horreur de la Universal, mettant un terme à la série des Universal Monsters. Le principe du crossover, qui consistait à mêler le bestiaire du studio, était évidemment motivé par un succès décroissant que l’on cherchait à retrouver grâce à l’affiche la plus généreuse possible en monstres mythiques. Mais les films devenaient de moins en moins bons, car confiés à de médiocres réalisateurs et scénaristes.
De son côté, le duo Abbott & Costello (une sorte de Laurel & Hardy au rabais) commençait à s’essouffler après une belle série de succès. Abbott & Costello Meet Frankenstein sera donc un moyen de relancer les deux nigauds en beauté, tout en achevant le parcours des monstres maison, qui disparaîtront ainsi définitivement.

L’idée pouvait paraître saugrenue : Mélanger les grandes figures de l’horreur avec les comiques troupiers de la Universal. Mais il faut avouer que la sauce fonctionne immédiatement. L’ensemble est plutôt bien troussé, les pitreries lourdingues des comiques se mêlant aux superbes décors gothiques dont le studio avait fait sa spécialité.
Le cynisme du projet est ainsi largement contrebalancé par deux éléments : Le premier est que l’on ne se moque pas des moyens mis en place. Le scénario a beau, dans le fond, relever du n’importe quoi, il n’en est pas moins juteux dans la forme. Les monstres sont bien là, et errent dans tous les coins pour notre plus grand plaisir régressif.

 Niveau esthétique, par contre, on ne se fout pas de notre gueule !

Niveau esthétique, par contre, on ne se fout pas de notre gueule !Source : drafthouse.com  ©Universal Pictures

Le casting est scrupuleux : Lon Chaney Jr interprète le loup-garou Larry Talbot pour la cinquième (et dernière) fois, Glenn Strange réendosse le maquillage du Monstre de Frankenstein pour la troisième fois consécutive et, surtout, Bela Lugosi nous revient en Dracula, pour la seconde fois après plus de dix-sept ans, et également pour la dernière (alors que tout le monde est persuadé qu’il a interprété le rôle un nombre incalculable de fois !). Les effets spéciaux sont superbes, tout en s’accommodant du ton amusé de l’ensemble du métrage. Les transformations du Comte Dracula en chauve-souris sont effectuées sous la forme de dessins animés (réalisés par Walter Lang, le créateur de Woody Woodpecker !!!), et c’est un régal ! La structure de l’ensemble est donc d’une solidité remarquable.

Le second élément qui vient jouer en faveur de la chose est sa manière d’en rire. Le générique nous met tout de suite dans l’ambiance, avec un dessin-animé ouvertement parodique. Le fait d’être dans une comédie est parfaitement assumé. Et l’humour a beau être aussi léger qu’un char d’assaut, on s’amuse énormément tant c’est bien rythmé et bien emballé.

Une parodie pour dire adieu aux Universal Monsters…
©Universal Pictures

C’est ainsi que naissait les parodies de films d’horreur et que le public prenait goût à l’humour noir. Et comme l’avaient fait les grands classiques de la décennie précédente, Abbott & Costello Meet Frankenstein allait s’imposer comme une œuvre fédératrice incontournable. Dans son giron, une multitude de franchises verront le jour, que ce soit dans le domaine des comics (Tales from the Crypt, Warren Publishing) ou des séries animées (Scoubidou, le Croques Monstres Show), jusqu’à certaines œuvres récentes, comme le Monstres & Cie des studios Pixar.

Notre visite des Universal Monsters est presque terminée. Après avoir vécu dans un véritable univers partagé, ces grandes figures de la littérature fantastique terminèrent ainsi leur règne sur l’âge d’or hollywoodien dans une parodie. On les retrouvera à la fin des années 50 en Angleterre, sous les projecteurs du studio Hammer Films, dans des versions modernes en couleur, tout aussi somptueuses, dominés par des acteurs non moins emblématiques.
Après Deux Nigauds Contre Frankenstein, Abbott & Costello repartiront auréolés d’un nouveau succès, et étireront la sauce pendant encore dix ans, rencontrant successivement la Momie, l’Homme invisible et même Le Dr Jekyll & Mr Hyde (avec Boris Karloff dans le rôle-titre !), les enterrant tous au passage.
Pourtant, à ce moment là, un dernier monstre n’est toujours pas encore apparu du fond de son lac noir…

8) L’Etrange Créature du Lac Noir, par Jack Arnold (1954) :
Une parodie pour dire adieu aux Universal Monsters…

King Kong préférait les blondes. Chacun ses goûts/ Source : over-blog.com  ©Universal Pictures

Creature From The Black Lagoon est le dernier grand classique des Universal Monsters, bien qu’il s’écarte énormément des archétypes gothiques du genre, relatifs à une forme de vieille Europe, gangrénée par l’horreur depuis la Transylvanie… Il est d’ailleurs l’un des seuls films du répertoire qui ne s’inspire pas de la littérature. C’est à la fois un film d’épouvante et un film d’aventure. C’est un petit film, réalisé par un petit maître, Jack Arnold, qui aura fait le bonheur des fans de cinéma fantastique en leur offrant quatre références des années 50 : Le Météore De La Nuit, Tarantula ! , L’Etrange Créature du Lac Noir et L’Homme Qui Rétrécit, son chef d’œuvre.

L’histoire est celle d’un groupe de scientifiques qui sillonnent l’Amazonie dans le but de découvrir les origines d’une espèce préhistorique inconnue, humanoïde, entre l’homme et le poisson. Ils feront la rencontre d’un survivant de cette espèce au fin-fond de la jungle, au cœur de ce que les indigènes nomment le « Lagon noir »…

Bien que leur facture soit extrêmement classique, parfois ampoulée, il y a toujours une passionnante toile de fond dans les films de Jack Arnold. L’Etrange Créature Du Lac Noir est ainsi imprégné, tel un ersatz de King Kong, des thèmes de la Belle et la bête, de l’anthropomorphisme, du bon sauvage et du droit à la différence. Lorsque les protagonistes du film se déchirent, c’est toujours à cause des divergences d’opinions quant à ces thèmes humanistes. Ici, il n’y a pas de méchant, mais le docteur Mark Williams refuse d’accepter cette « horrible » ramification de l’homme que représente la créature, tandis que le docteur David Reed éprouve immédiatement de l’empathie pour elle. Au milieu de ces conflits, le monstre s’éprend de la belle assistante tout en succombant, à chaque fois, à ses instincts sauvages en tuant ceux qui se dressent contre lui. Cette animosité laissant en définitive le spectateur choisir son camp, au milieu d’une série de questionnements finalement moins naïfs qu’on voudrait nous le faire croire…

Quelque part entre King Kong, Alien et les Dents de la Mer !

Quelque part entre King Kong, Alien et les Dents de la Mer !

Le film est resté dans les esprits pour le superbe design de la créature, qui allait générer toute une multitude de monstruosités organiques dans l’histoire du cinéma, jusqu’aux célèbres Aliens belliqueux initiés par Ridley Scott et James Cameron !
Le costume fait encore aujourd’hui son effet. Oh ! Il ne fait plus peur du tout (plutôt sourire, d’ailleurs). Mais il est vraiment impressionnant car ses créateurs ont réussi à trouver l’alchimie entre l’homme et le poisson préhistorique, type cœlacanthe ! Ses yeux sont vraiment ceux d’un poisson, sa respiration aussi, tandis qu’il marche comme nous !
Ceux qui étaient enfants en 1982 ne sont pas prêts d’oublier ce mardi soir à la Dernière séance d’Eddy Mitchell, où le film fut diffusé en 3D. Durant les jours précédents, les maisons de presse et les bureaux de tabacs avaient été envahis par une armée de jeunes cinéphiles venus acheter leurs lunettes 3D en carton, avec une visière rouge et une autre bleue ! Car L’Etrange Créature Du Lac Noir est l’un des premiers films en relief (c’est comme ça qu’on disait en 1982 !) de l’histoire (le premier étant L’Homme au Masque de Cire, sorti en 1953).

Si le film sonne aujourd’hui très kitsch, il ne faut quand même pas sous-estimer son côté fédérateur. Premier long métrage filmé à moitié sous les eaux, premier film aquatique en 3D, premier monstre organique qui échappe aux classiques de la littérature, richesse thématique à multiples facettes, qui culmine avec celle de la Belle et la bête, il y a tout de même de quoi largement nourrir son aura de grand classique, auquel je reprocherais personnellement sa bande-son tonitruante aux effets surappuyés, pourtant réalisée par un incroyable trio composé d’Henry Mancini, Hans J. Salter et Herman Stein !
Le film accouchera de deux suites : La Revanche de la Créature (1955), toujours réalisée par Jack Arnold, et La Créature Est Parmi Nous (1956).
Dans le domaine des comics, notre monstre connaitra deux déclinaisons : Swamp Thing chez DC Comics, et son homologue Man-Thing chez Marvel, soit deux créatures des marais !

 Quel souvenir de geek !

Quel souvenir de geek ! Source Golem13.fr 

Bonus Lit

Pour toi cher lecteur, voici la liste complète de la série des Universal Monsters :

- Dracula (1931) with Béla Lugosi
– Dracula (Spanish version) (1931)
– Frankenstein (1931) with Boris Karloff
– The Mummy (1932) with Boris Karloff
– Murders in the Rue Morgue (1932) with Béla Lugosi
– The Old Dark House (1932) with Boris Karloff
– The Invisible Man (1933) with Claude Rains
– The Black Cat (1934) with Boris Karloff and Béla Lugosi
– The Raven (1935) with Boris Karloff and Béla Lugosi
– Werewolf of London (1935) with Henry Hull
– Bride of Frankenstein (1935) with Boris Karloff
– Dracula’s Daughter (1936) with Gloria Holden
– The Invisible Ray (1936) with Boris Karloff and Béla Lugosi
– Night Key (1937) with Boris Karloff
– The Phantom Creeps (1939) with Béla Lugosi
– Son of Frankenstein (1939) with Boris Karloff, Basil Rathbone and Béla Lugosi
– Tower of London (1939) with Boris Karloff, Basil Rathbone and Vincent Price
– Black Friday (1940) with Boris Karloff and Béla Lugosi
– The Invisible Man Returns (1940) with Vincent Price
– The Invisible Woman (1940) with John Barrymore
– The Mummy’s Hand (1940) with Tom Tyler
– Man Made Monster (1941) with Lon Chaney Jr.
– The Wolf Man (1941) with Lon Chaney Jr. and Béla Lugosi
– The Black Cat (1941) with Basil Rathbone and Béla Lugosi
– Horror Island (1941) with Dick Foran and Peggy Moran
– The Ghost of Frankenstein (1942) with Lon Chaney Jr. and Béla Lugosi
– Night Monster (1942) with Béla Lugosi
– Invisible Agent (1942) with Peter Lorre
– The Mummy’s Tomb (1942) with Lon Chaney Jr.
– Frankenstein Meets the Wolf Man (1943) with Lon Chaney Jr. and Béla Lugosi
– Phantom of the Opera (1943) with Claude Rains
– Son of Dracula (1943) with Lon Chaney Jr. and Evelyn Ankers
– Captive Wild Woman (1943) with Evelyn Ankers
– The Mad Ghoul (1943) with Evelyn Ankers
– Calling Dr. Death (1943) with Lon Chaney Jr.
– Weird Woman (1944) with Lon Chaney Jr. and Evelyn Ankers
– Dead Man’s Eyes (1944) with Lon Chaney Jr.
– The Climax (1944) with Boris Karloff
– House of Frankenstein (1944) with Boris Karloff and Lon Chaney Jr.
– The Invisible Man’s Revenge (1944) with Evelyn Ankers
– Jungle Woman (1944) with Evelyn Ankers
– The Mummy’s Ghost (1944) with Lon Chaney Jr.
– The Mummy’s Curse (1944) with Lon Chaney Jr.
– The Jungle Captive (1945) with Rondo Hatton
– House of Dracula (1945) with Lon Chaney Jr.
– The Frozen Ghost (1945) with Lon Chaney Jr. and Evelyn Ankers
– Strange Confession (1945) with Lon Chaney Jr.
– Pillow of Death (1945) with Lon Chaney Jr.
– House of Horrors (1946) with Rondo Hatton
– The Brute Man (1946) with Rondo Hatton
– She-Wolf of London (1946) with June Lockhart
– Abbott and Costello Meet Frankenstein (1948) with Lon Chaney Jr. and Béla Lugosi
– Abbott and Costello Meet the Invisible Man (1951)
– The Strange Door (1951) with Charles Laughton and Boris Karloff
– The Black Castle (1952) with Boris Karloff
– Abbott and Costello Meet Dr. Jekyll and Mr. Hyde (1953) with Boris Karloff
– It Came From Outer Space (1953)
– Creature from the Black Lagoon (1954)
– Revenge of the Creature (1955)
– Cult of the Cobra (1955) with Faith Domergue
– This Island Earth (1955) with Faith Domergue
– Tarantula (1955)
– Abbott and Costello Meet the Mummy (1955)
– The Creature Walks Among Us (1956)
– The Mole People (1956)
– The Deadly Mantis (1957)
– The Monolith Monsters (1957)
– Monster on the Campus (1958)
– The Thing That Couldn’t Die (1958)

Le club des monstres !

Le club des monstres !

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Mais c’est (vraiment) horrible ! » 4/7
Suite et fin du dingodossier de Tornado sur les monstres Universal. Au menu : exploitation jusqu’à la lie de la recette des succès populaires, des scénarii qui ne font même plus semblant de s’en foutre et des crossovers à la noix ! Du Marvel avant l’heure ?

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