L’HOMME DESCEND DU SINGE (Tarzan de Johnny Weissmuller) 2/2

Encyclopegeek : Tarzan et Johnny Weissmuller

Par : 6 PATRICK FAIVRE

Cet article portera sur les films consacrés à TARZAN tournés de 1932 à 1948 avec l’acteur Johnny Weissmuller dans le rôle-titre. La première partie est ici.

1ère publication le 21/09/18- MAJ le 23/07/19

 

6- TARZAN A NEW YORK (Tarzan’s New York adventure) de Richard Thorpe – 1942

Un avion manque de s’écraser contre la barrière du Mutia. Il parvient finalement à atterrir dans la jungle de Tarzan. A son bord se trouve un directeur de cirque Buck Rand et son second Manchester Mountford. Tarzan leur intime l’ordre de partir. Le directeur ne l’entend pas de cette oreille, surtout après avoir vu les aptitudes de Boy ! Un enfant qui parle aux animaux est une véritable aubaine pour un cirque.
Une attaque des sauvages Jaconis règle la question : Tarzan et Jane sont laissés pour mort, les forains s’enfuient à bord de leur avion en emportant Boy !

Le roi des singes et sa compagne n’étant pas morts (mais blessés seulement, bien sûr), ils se lancent à la poursuite de Boy. Pour ce faire ils se rendent au port le plus proche afin de prendre un hydravion à destination de New York !
Tarzan pourra t-il survivre dans cette jungle de béton ?

Moi Pierre Cardin, Toi Coco Chanel.  © MGM.  Source : Wikipedia https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Tarzan%27s_New_York_Adventure_trailer_2.jpg#mw-jump-to-license

Moi Pierre Cardin, Toi Coco Chanel.
© MGM.
Source : Wikipedia 

Voilà un film étonnant car si le premier quart respecte toutes les règles du genre : des occidentaux qui débarquent au royaume de Tarzan (dont la plupart d’entre eux sont totalement cupides), une attaque de sauvage belliqueux, l’intervention de Tarzan pour les sauver, des images d’archive vues et revues, etc, le reste du film en prend le contrepied total en se délocalisant à New York !

Le film creuse le sillon du film précédent en intégrant la civilisation dans le monde de Tarzan. Cette fois-ci c’est l’immersion totale dans notre monde moderne. Tarzan doit choisir des vêtements façon PRETTY WOMAN (en déchirant la plupart de ses chemises car trop petites), se conformer à la loi des hommes et même faire face à un tribunal !

Au final le film n’est pas comme on aurait pu le craindre un « saut au-dessus du requin ». L’expatriation du roi des singes est plutôt salutaire et amène la série hors du marécage conventionnel dans lequel il végétait depuis le film précédent.
L’opposition de l’innocence du sauvage contre la barbarie de la civilisation est très bien rendue. Le spectacle est aussi prenant qu’étonnant et l’on passe un très bon moment en regardant ce chapitre aussi urbain que non conventionnel !

Qu’on en profite car ce film sera le dernier réalisé par Richard Thorpe pour la MGM, le dernier également pour Jane, l’actrice Maureen O’Suillivan tirant ici sa révérence…

Ungawak !  © RKO.  Source : Wikipedia https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Tarzan_the_Ape_Man_(1932)_Trailer_-_Johnny_Weissmuller.jpg#mw-jump-to-license

Ungawa !
© RKO.
Source : Wikipedia 

 

7 – LE TRIOMPHE DE TARZAN (Tarzan triumphs) de Wilhelm Thiele – 1943

Jane est rentrée en Angleterre car sa mère est malade. Elle écrit cependant régulièrement à Tarzan et Boy les informant de la guerre qui fait rage en Europe…
Au cours d’une promenade le garçon manque de tomber d’une falaise mais est secouru par la Princesse Zandra. La guerre ne tarde pas à s’inviter dans la jungle puisque des Nazis investissent la ville cachée de Palendria (dont est originaire Zendra). Ils espèrent exploiter les richesses naturelles de la région.

Un groupe de parachutistes est largué, mais l’un d’eux s’égare et se retrouve blessé. Il est recueilli par Tarzan en personne qui ignore tout des projets de l’officier Allemand…

TARZAN A NEW YORK fut le dernier film produit par la MGM. Désormais la franchise tombe dans le giron de la firme RKO RADIO PICTURES. Si Johnny Weissmuller et John Sheffield (Boy) acceptent le nouveau contrat qu’on leur propose, l’actrice Maureen O’Sullivan en revanche, toujours sous contrat avec la MGM, ne pourra plus incarner Jane à l’écran ! (Y tenait-elle réellement ? Rien n’est moins sûr…).

Les nouveaux studios entendent faire prendre un tournant à la série par rapport à la période MGM. Ainsi, sans doute pour se rapprocher de l’esprit originel des romans, on y verra régulièrement des mondes perdus, des créatures étranges et, comme c’est le cas ici, une cité cachée dans la montagne ! Désormais Tarzan n’est plus le seul locataire de la jungle, il devra cohabiter avec toute sorte de peuplades étranges et exotiques…

Autre différence de taille, si jusqu’à présent les aventures de Tarzan se passaient en Afrique noire, les protagonistes de ce film seront tous blancs (fini les porteurs noirs qui tombent systématiquement en escaladant la montagne) !

En guise de remplaçante à Jane la princesse Zandra, aux formes avantageuses, est introduite (euh façon de parler hein car aucune ambiguïté sexuelle n’existe entre elle et le vertueux Tarzan).

Nazis et Piranhas ! La parfaite combinaison !

Pour remettre les choses dans le contexte historique les Etats Unis sont en effet en guerre avec l’Allemagne depuis deux ans lorsque sort ce film. A l’instar de CAPTAIN AMERICA beaucoup d’Américains rêvent de mettre leur poing dans la figure d’Hitler ! Ainsi donc il est également demandé à la firme RKO de participer à l’effort de guerre et de réaliser un film de propagande anti Allemand. Le roi des singes s’acquittera de cette tâche. Pourquoi pas après tout, introduire des Nazis dans la jungle n’est pas une mauvaise idée (en dehors de toute réalité historique) et change des éternels explorateurs avides essayant d’escalader la chaine du Mutia !

Le nouveau réalisateur, William Thiele est d’origine Autrichienne. Il a fui l’Allemagne Nazie, il est donc sensible au thème de cette histoire. Cependant si on peut lui reconnaître une certaine efficacité dans sa réalisation, il faut bien admettre que son travail n’a rien de génial. Sa façon de filmer est plate et explicative. En dépit d’une belle photographie, les scènes poétiques (aquatiques notamment) qui illuminaient les films précédents ont ici totalement disparues. Sa réalisation laborieuse plombe encore plus un scénario minimaliste qui fait que ce film s’adresse avant tout aux enfants.
Les choses commencent très mal pour RKO…

Seule vraie bonne nouvelle : en changeant de studio on nous épargne de revoir ad vitam les mêmes images d’archives ou les mêmes combats. Place nette est faite. Ce n’est vraiment pas un mal, surtout après avoir vu 2 ou 3 fois le même rhinocéros foncer vers l’écran et 4 ou 5 fois le même lion courir après Boy…

8 – LE MYSTERE DE TARZAN (Tarzan’s Desert Mystery) de Wilhelm Thiele – 1943

Boy et Tarzan reçoivent une lettre (parachutée) de Jane. Celle-ci les informe qu’elle travaille désormais dans un hôpital (exit la mère malade donc) où elle soigne les soldats alliés atteint de la malaria.

Elle demande à Tarzan de lui ramener un remède qu’il avait autrefois utilisé sur Boy. Or cette plante se trouve dans un coin reculé de la jungle. Ils vont devoir quitter leur foyer et s’aventurer dans le désert. En chemin ils croisent Connie Bryce une actrice/magicienne Américaine. Tous les trois vont se retrouver impliqués malgré eux dans un complot visant à détrôner le Cheikh d’une cité Arabe…

Tarzan privé de désert ! © RKO.  Source : Imdb https://www.imdb.com/title/tt0035795/

Tarzan privé de désert ! © RKO.
Source : Imdb

Tout d’abord force est de constater que son scénario est totalement bâclé et semble avoir été improvisé au fur et à mesure du tournage. Le réalisateur qui signe ici son 2ème film pour la franchise, ne donne vraiment pas le meilleur de lui-même et sa réalisation semble encore plus plate que précédemment !

Si sortir Tarzan de son univers habituel était une bonne idée dans TARZAN A NEW YORK, le faire traîner son pagne dans le désert et dans les souks n’a tout simplement aucun sens ! Un « saut au-dessus du requin » en bonne et due forme ! On ne comprend absolument pas ce que ce gars fait en slip en plein milieu du désert ! Il ne reste rien de l’œuvre de Burroughs dans cette maladroite histoire d’espionnage bas de gamme.

On ne compte plus les invraisemblances et les fautes de scripts. Pire que tout Tarzan est complètement éclipsé de son propre film où il ne semble faire que de la figuration ! Du reste l’acteur Johnny Weissmuller s’est considérablement empâté depuis le début de la série. Il évoque désormais d’avantage le Capitaine Kirk sortant de la cantine plutôt que le champion olympique qu’il a été. En roue libre il fait le minimum syndical, rien de plus. Seul Boy, toujours aussi convainquant et l’actrice Nancy Kelly (qui interprète Connie Bryce) se sortent honorablement de ce désastre.

On peut reconnaître cependant la volonté du réalisateur de rester dans la lignée du précédent film et d’introduire des éléments fantastiques dans cet épisode avec notamment la présence de lézards ou d’araignées géantes !

On pourrait dire que ce film s’adresse avant tout aux enfants, mais ce serait faux, même eux s’ennuieraient ferme en regardant cette piètre mouture.

 

9 -TARZAN ET LES AMAZONES (Tarzan and the Amazons) de Kurt Neumann – 1945

Jane a annoncé son retour ! Cependant alors que Tarzan et Boy se préparent aux retrouvailles ils croisent une jeune Amazone aux prises avec une panthère ! Elle ne doit sa survie qu’à l’intervention du roi des singes.
La jeune femme étant blessée Tarzan la ramène dans la ville de Palmyria, la cité perdue des Amazones (dont il est le seul homme à connaitre l’existence).

Cependant à son insu, Boy les a suivi et connait à présent la localisation du lieu. De plus Cheeta a volé un bracelet en or de la jeune fille comportant le symbole des Amazones. Il ne faudra pas longtemps avant que ce bijou tombe entre les mains d’occidentaux cupides qui se mettent en tête de retrouver la cité des Amazones et de la piller !

Et rien qu'entre elles et sans garçon, sur des rochers, des forêts elles habitaient, Toutes les journées dépensées en jeux fripons… »  © RKO.  Source : Vintagemovie http://vintagemoviepostersforum.com/discussion/1535/tarzan-movie-posters-1918-2014

Et rien qu’entre elles et sans garçon, sur des rochers, des forêts elles habitaient, Toutes les journées dépensées en jeux fripons… 
© RKO.
Source : Vintagemovie 

Ce nouvel opus marque le retour de Jane dans la jungle après une absence de deux films. Bien sûr la Tarzanne n’est plus interprétée par l’actrice Maureen O’Sullivan, mais par Brenda Joyce. Si cette dernière ne parvient pas à faire oublier la précédente incarnation de Jane (surtout à cause de ses cheveux blonds permanentés),  elle remplit cependant parfaitement son rôle d’épouse indocile.

Après l’échec des deux précédentes versions de Tarzan les studios RKO changent leur fusil d’épaule et confient la franchise à une nouvelle équipe créative. Pour ce faire ils feront appel au réalisateur Kurt Neumann. Celui-ci rentrera plus tard dans l’histoire notamment pour avoir tourné LA MOUCHE NOIRE en 1958. Il s’acquitte avec cœur de sa tâche et nous livre un film d’aventure à l’ancienne. S’il ne parvient pas à égaler ses glorieux ainés, son œuvre fait cependant oublier le désastre créatif du précédent.
Il restera du reste sur la franchise pour les deux films à venir.

Alors bien évidemment le kitsch a très largement place dans ce film et les fautes de scripts y sont nombreuses. Cependant le spectateur retrouve assez rapidement son âme d’enfant et se laisse prendre par ces décors en tocs et par le charme de cette cité perdue en carton-pâte.

Point noir principal de ce 9ème film : une fois encore Johnny Weissmuller parait usé par son rôle de roi de la jungle et peine à convaincre le spectateur de sa crédibilité. D’ailleurs c’est le tout premier film où Tarzan ne poussera pas son fameux cri ! Un scandale !

 

 

10 – TARZAN ET LA FEMME LEOPARD (Tarzan and the leopard woman) de Kurt Neumann – 1946

Une caravane de marchands est attaquée apparemment par des Léopards. Le commissaire demande à Tarzan d’enquêter sur la question et en effet celui-ci doute de la responsabilité des félins.

Son instinct ne le trompe pas car il s’agit en réalité des membres d’une secte grimés en léopard dont l’objectif est de rejeter la civilisation. Une secte d’autant plus dangereuse qu’elle envoie un garçon nommé Kimba pour espionner Tarzan dans son propre foyer…

Ki n’en veut du Graour ? © RKO.  Source : Wikipedia https://en.wikipedia.org/wiki/Tarzan_and_the_Leopard_Woman

Ki n’en veut du Graour ? © RKO.
Source : Wikipedia 

Dans le précédent opus, le réalisateur Kurt Neumann parvenait à transcender le kitsch du scénario en jouant avec des éléments fantastiques. Il se fourvoie ici en abandonnant le merveilleux et l’onirique au profit d’une enquête un peu terre à terre (et donc peu passionnante) contre une secte qui prône… l’autodétermination de son peuple ! (sorti du contexte colonial on n’est plus très sûr de savoir qui est le « méchant » dans l’affaire).

Une fois de plus Tarzan va sur un terrain qui n’est pas le sien (celui de la civilisation) et y perd son âme (depuis quand Tarzan intervient-il dans les conflits de la colonisation ?). Préalablement on voyait Tarzan se battre (certes doublé par un dompteur) au corps à corps avec des lions, alors qu’ici il laisse les soldats tuer les fauves pour lui, ne se contentant que de donner quelques coups de couteau sans conviction… De même voir Tarzan faire son shopping dans le souk de la ville en début de film contribue grandement à démystifier le personnage. Privé de sa dimension mystique, il devient juste un type balaise qui se balade en slip…

Quoi qu’il en soit le scénario ne fait pas dans la nuance et fait fit de toute vraisemblance au profit de scènes d’actions débridées. En dépit d’un script inepte les morceaux de bravoure se succèdent avec la maîtrise et le savoir-faire du réalisateur.

Les hommes léopards en eux même sont plutôt une réussite et évoquent l’esprit des serials des années 30. Ils ont même un faux coté BATMAN avec son masque en pointe et ses oreilles montantes !

Parmi les nombreuses invraisemblances du film signalons qu’on ne voit pas un seul noir dans le film alors qu’il est supposé se passer au Zambèze. L’architecture de la capitale et la tenue vestimentaire des autochtones évoquent plutôt un pays oriental. Les scénaristes ont-ils bien révisé leur géographie Africaine ? Pas sûr…

La nouvelle actrice incarnant Jane, bien qu’un peu raide et figée dans son brushing, est malgré tout assez convaincante. Je n’en dirais pas autant de son personnage en lui-même ! Après 9 films passés dans la jungle (euh ok disons 9 moins 2 films), on pourrait penser que Jane aurait fini par apprendre à se battre un minimum, mais non, elle continue à être prostrée dans un coin en attendant que les hommes finissent d’en découdre virilement entre eux ! Le pire étant que lorsque son fils va être poignardé sous ses yeux par son rival Kimba, c’est cheeta qui intervient pour sauver la vie de son fils ! Un comble.

Que dire du jeu d’acteur de Johnny Weissmuller qui ne cesse de se détériorer (l’acteur ET son jeu). Des rumeurs parlent de sa vie dissolue, de problèmes d’alcool… Je n’en sais pas plus (et je m’en moque du reste) ; je ne peux que constater les conséquences désastreuses sur le film.
Il se fait voler la vedette par Boy qui a désormais une quinzaine d’année (il est amusant de l’entendre commencer à muer). Il est toujours aussi convaincant et volontaire.
Euh et non Tarzan ne pousse toujours pas son cri…

 

11 – TARZAN ET LA CHASSERESSE (Tarzan and the huntress) de Kurt Neumann – 1947

Le roi Farrod organise une fête annuelle. Tarzan et sa famille sont invités.
Parmi les convives se trouvent également la cupide chasseresse Tanya Rawlins et son équipe. Ils cherchent à ramener en occident le plus d’animaux possible pour repeupler les zoos détruits par la seconde guerre mondiale. Le roi accepte leur demande à condition qu’ils ne ramènent qu’un seul couple de chaque espèce.

Cependant l’ambitieux neveu du roi le fait assassiner au cours de la chasse ! Aussitôt le roi décédé (et son fils laissé pour mort) le nouveau monarque négocie avec les chasseurs et leur laisse carte blanche pour ramener autant d’animaux qu’il leur plaira. Tanya ne tarde pas à organiser une chasse à grande échelle sur le territoire de Tarzan…

Des Amazones, des Femmes léopards, des Chasseresses… Oui vous ne rêvez pas, les femmes sont à l’honneur chez Tarzan !  © RKO.  Source : Imdb https://www.imdb.com/title/tt0039887/mediaindex?ref_=tt_mv_close

Des Amazones, des Femmes léopards, des Chasseresses… Oui vous ne rêvez pas, les femmes sont à l’honneur chez Tarzan !
© RKO.
Source : Imdb 

Pour le troisième film réalisé par Neumann, il tente de revenir aux sources du mythe de Tarzan avec une aventure se déroulant principalement dans la jungle, avec les animaux comme enjeux. Cependant il devra composer avec un budget sans cesse revu à la baisse (exactement comme la popularité des films du reste).

Les enjeux scénaristiques sont très modiques (il ne s’agira ici que de lutter contre des chasseurs désirant envoyer le plus d’animaux possible dans les zoos, quitte à dépeupler la jungle) rien de bien transcendant, juste une banale (mais sympathique) histoire d’aventure dans la jungle !

Le film n’en reste pas moins une fable écologique (naïve reconnaissons-le) qui tranche agréablement avec le discours pro-colonisation du précédent. On pourrait objecter qu’il est paradoxal pour une production Hollywoodienne de dénoncer la chasse à outrance à destination des zoos quand, elle-même, utilise des animaux nés en captivité… Cheeta en tête !

Comme précédemment le pays où se situe l’action est exclusivement habité par des occidentaux ou des orientaux, aucun noir à l’horizon. Cet avant dernier épisode des aventures de Tarzan se laisse regarder avec plaisir, mais sans déclencher l’enthousiasme non plus. La franchise s’enlisant de plus en plus dans le spectacle familiale sans aucune ambition (et flirtant dangereusement avec le niais).

Au rayon bonnes nouvelles Johnny Weissmuller semble avoir repris du poil de la bête et est plus « présent » que dans les films précédents. On le retrouve plus violent et plus déterminé, il n’hésite pas à tuer si nécessaire. Il est sans doute aidé dans cette tâche par un Boy étonnement en retrait (un paradoxe puisque c’est sa dernière apparition à l’écran ! Sa forte carrure et ses 16 ans athlétiques y sont-ils pour quelque chose ?). Jane quant à elle est reléguée à un rôle de (quasi) figuration !

Ah et dernière chose : Tarzan repousse à nouveau son fameux cri ! Même si, à l’instar du physique de l’acteur, il n’a plus sa splendeur d’autre fois.

12 – TARZAN ET LES SIRENES (Tarzan and the Mermaids) de Robert Florey – 1948

Varga, un trafiquant de bijoux se fait passer pour le dieu Balou auprès des crédules pécheurs de perles d’Aquatania. Ce faux dieu, aidé de son complice le grand prêtre, désire prendre une femme. La belle Mara est choisie. Cependant cette dernière ne souhaitant aucunement épouser ce dieu de pacotille. Elle s’enfuit donc en nageant à travers le fleuve. Elle finit par être « péchée » par Tarzan qui la confond avec une sirène ! Mara réussit à convaincre Jane et Tarzan de venir à son aide…

Des sirènes sans queue, une histoire sans tête… © RKO.  Source : Wikipedia https://en.wikipedia.org/wiki/Tarzan_and_the_Mermaids

Des sirènes sans queue, une histoire sans tête… © RKO.
Source : Wikipedia 

Ce film est le dernier long métrage interprété par Johnny Weissmuller. Il est alors âgé de 43 ans et la RKO estime qu’il est temps pour lui de raccrocher son pagne ! Pour finir en beauté ce cycle il sera fait appel au réalisateur Français Robert Florey. Celui-ci était bien connu dans les années 30, notamment pour son film DOUBLE ASSASSINAT DANS LA RUE MORGUE. Son exil à Hollywood lui aura hélas fait perdre de sa superbe. Il se retrouve ainsi à tourner le 12ème Tarzan !

Quoi qu’il en soit le réalisateur donnera le meilleur de lui-même, car force est de constater que les images sont somptueuses ! Le rendu des constates est splendide et le réalisateur fait la meilleure utilisation possible noir et blanc. Les cadrages sont quant à eux très créatifs et le plus souvent emprunts de poésie !
Avec une introduction pareille vous allez penser qu’il s’agit là du meilleur épisode de la série ! Ce n’est hélas pas le cas car la beauté stupéfiante des images ne compense en rien la vacuité du scénario !

Bon pour commencer les scénaristes font tout simplement abstraction des 11 premiers films ! Fini la barrière du Mutia, fini les tribus cannibales et homicidaires qui entourent la jungle de Tarzan. Désormais l’homme singe est devenu une sorte de Charles Ingalls en pagne. Il coule des jours paisibles avec Jane. Leur fils Boy, parti faire des études en Angleterre, ne vient même plus troubler leur quiétude par ses perpétuelles désobéissances. Pas plus que Cheeta d’ailleurs qu’on ne verra qu’au début et à la fin du film. Le couple vit maintenant dans une vallée au bord d’un fleuve et on peut aisément venir les voir depuis la ville la plus proche. C’est du reste ce que fait régulièrement le facteur local (un facteur dans la jungle on aura tout vu) qui vient leur « chanter » les lettres de leur fils…

Ensuite sans raison particulière la jungle semble s’être téléportée en Amérique Latine puisque la décoration des temples de l’ile Aquatania sont de directe inspiration Aztèque ! (et pour cause, le film a été tourné au Mexique ! Les acteurs locaux étant supposés être des Africains, on comprend déjà le degré de crédibilité du film).

Enfin l’intrigue du film est bien mince et on a bien du mal à se passionner pour cette histoire de faux dieu (portant simplement un masque) et ce « simple » trafic de perles… (La raison pour laquelle la police locale s’intéresse à cette affaire : le dieu ne paie pas de taxe ! Rock’n’roll attitude.)

Bon on se fait plaisir avec les superbes images du film (même si la présente musique n’a aucun rapport).

Le scénario est si « minimaliste » qu’il n’est tout simplement pas suffisant pour remplir le film pourtant déjà étonnement bref (1h10 au compteur). Ainsi des scènes vides de sens sont ajoutées en plein milieu, freinant encore plus le rythme du film. C’est la raison de l’introduction du personnage de Benji, le facteur chantant, que l’on voit pousser à longueur de temps des trémolos à la Tino Rossi sur sa mandoline. On le voit ensuite participer à une joute aquatique sans que cela n’apporte quoi que ce soit à l’histoire… à part d’éviter que le film ne soit un moyen métrage !

Une succession de belles images desservies par une histoire démunie du moindre ressort dramatique et de la plus petite trace de suspens. Le règne de Weissmuller se termine tristement, mais logiquement, sur le plus mauvais des 12 films !

S’il est écarté de la série par la suite pour cause de son âge avancé (Hum) l’acteur n’en a pas fini pour autant avec la jungle. Il participera ensuite à une série de 26 épisodes intitulée JUNGLE JIM où il interprétera cette fois un chasseur/guide (mais il se battra toujours au corps à corps avec des fauves ! On ne se refait pas).
Brenda Joyce quant à elle continuera d’incarner Jane dans le film suivant ave Lex Barker dans le rôle du nouveau Tarzan. Celui-ci incarnera 5 fois le roi des singes avant que la franchise ne se perde définitivement dans les brumes de la jungle…

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Suite et fin du dossier Tarzan du jeune sauvage Patrick 6 : Jane se barre, Tarzan arrive à New York avant d’aller affronter les nazis et draguer les amazones. Et pendant ce temps Johnny Weissmuller prend du bide. Uniquement chez Bruce Lit 

La BO du jour :
Pour toi Patrick, je sais que tu es fan !

17 comments

  • Nikolavitch  

    Tu résumes bien le lent naufrage de la série, où surnagent parfois quelques morceaux de bravoure épars. L’empâtement du héros fait peine à voir et les scénarios se débobinent à vive allure…

  • Ben Wawe  

    Triste déchéance que tu nous fais bien sentir. Merci.

  • Tornado  

    Bon et bien voilà : Comme annoncé le passage de la MGM à la RKO a flingué la série !

    Le glissement vers un imaginaire parsemé de mondes perdus et de peuples oubliés (et blancs) ne vient pas de Burroughs, mais de H. Ridder Haggard (« She », « Les Mines du roi Salomon », « Allan Quatermain », etc.). Ce « crossover » d’influences donne lieu à un univers bigarré qui restera l’apanage de la série jusqu’à la fin du règne de Lex Barker (et on le retrouvera (l’imaginaire de Haggard et non Lex Barker) dans le Tarzan de Roy Thomas & John Buscema chez Marvel à la fin des 70′s).
    Après Lex Barker, la série ne se perd pas définitivement dans les brumes de la jungle. Il y a toute la suite de films (6) avec Gordon Scott dont certains opus sont très ambitieux avec une réalisation de John Guillermin (le réal du King Kong de 1976). Ensuite il y a un dyptique avec Jock Mahoney puis un autre avec Mike Henry, dans le même esprit. Après, ça s’arrête bel et bien à la fin des années 60, et il faut se tourner vers le petit écran avec la série TV avec Ron Ely, futur Doc Savage !

  • Patrick 6  

    @ Nikolavitch : le pire étant en effet le dernier épisode, une beauté formelle stupéfiante au service de…. Rien !

    @ Ben : généralement je fais très bien ressentir la déchéance aux gens ^^

    @ Tornado : Hum si H.Rider Haggard compte bien dans les influences directes de Burroughs, ce dernier a cependant repris à son compte les aventures mystérieuses des mondes perdus et autres créatures étranges… J’en veux pour preuve le titre de ces romans :
    Tarzan dans la préhistoire
    Tarzan et les hommes fourmis
    Tarzan et l’empire oublié
    Etc…
    Autrement merci pour ton up date de la filmographie de Tarzan post Johnny Weissmuller tant je dois admettre qu’elle m’a un poil échappé (à tort à raison).

  • OmacSpyder  

    « Tarzan à New York » m’aura laissé ce souvenir, relevé dans l’article, du héros qui craque ses chemises, la civilisation formant un carcan trop étroit pour cette force de la nature.
    C’était une illustration pleine de sens du héros : celui pour qui les habits proposés ne suffisent pas à contenir la force et l’esprit.
    C’est cette image que je conserve de Tarzan. Irréductible sous l’étoffe. La déconfiture que l’article décrit chirurgicalement est une réalité moins heureuse. Alors je garde ce passage héroïque à travers un détail plus discret qu’un combat à mains nues contre un fauve, mais autrement inspirant…

  • Bruce lit  

    Tarzan contre des nazis….
    Voilà qui pourrait m’interesser.
    Il y a un côté Tarzan à New York dans la Forêt d’émeraude, non ? (lorsque le p’tit blond escalade un gratte ciel à la force des mains).
    Pour le reste, mis à part l’humour Faivresque, je ne suis pas sûr de vouloir me Tarzanner. L’embompoint de Johnyy Weissmuller : le mec s’en foutait à ce point ?

  • Tornado  

    J’aime quand même bien me regarder ça moi. Ça passe mieux que les comics old-school dans ma grille d’appréciation, alors que c’est tout aussi niais ! (Et pas forcément plus profond !). Mais bon, y a moins de défenseurs de la chose. Ça doit être mon esprit contradictoire ! ^^ (n’empêche que, comme disait Gainsbourg, 1h10 d’un film de merde, ça passe toujours mieux que 3h d’un film chiant (à propos de « Stan the Flasher »), et moi il me faut bien 3h pour achever un comics old-school !!! :D

    • Bruce lit  

      J’aime beaucoup Stan The Flasher. Et il faudrait un jour que j’écrive sur Je t’aime moi non plus-le film.

  • Tornado  

    Et ben figure-toi que je me prépare à les regarder tous les deux pour la 1° fois dans les prochains jours…

  • JP Nguyen  

    A part « Tarzan à New York », je ne suis pas sûr d’avoir vu les autres à la téloche… Même selon les standards de la télévision hertzienne de l’époque, ces films ne devaient pas atteindre des sommets…

    Concernant le personnage de Tarzan, c’est assez bizarre. Je réalise que, enfant, il m’émerveillait et que maintenant, à côté de mes autres héros imaginaires, il fait un peu pâle figure… Pourtant, Spider-Man avec sa toile pour faire office de liane, Wolverine avec son côté bon sauvage, Batman le roi de la nuit vs roi de la jungle etc… Nombreux sont les héros ayant un peu quelque chose de Tarzan mais… je ne sais pas… Depuis l’époque où je regardais ces films en noir et blanc, je n’ai jamais eu l’envie de me replonger dans son univers…

  • Présence  

    Je n’ai vu aucun de ces films, et ton article me convainc de m’en tenir à l’écart. Au fur et à mesure des déconvenues décrites, je me demandais pourquoi tu t’es infligé un tel calvaire… et puis je me souviens de la quantité de comics moyen (ou moins que moyens) que je lis et je ne me pose plus la question.

    J’ai bien aimé la réflexion sur la présence puis l’absence d’individus à la peau noire, un mauvais choix dans les 2 cas, et sur le paradoxe du pamphlet anti-chasse.

    • Nikolavitch  

      moi, c’est l’an passé que je me suis fait toute la série. et avec plaisir, même devant les plus mauvais. ça avait un côté régressif…

  • matt & Maticien  

    bel effort !

    la bande annonce survoltée (par le son) de Tarzan en danger est effectivement saisissante et donne envie de le voir.

  • Jyrille  

    Merci encore Patou pour cette visite guidée de films que je n’ai aucune envie de voir ! Tu ne donnes pas envie il faut dire. Je n’avais aucune idée de la longévité de cette franchise, comme quoi le cinéma hollywoodien a toujours eu du mal à se renouveler : ce n’est pas nouveau.

    La BO : les trucs de Morrison que je n’écoute pas mais c’est bien trippant quand même.

    • Bruce lit  

      Ce titre est tiré du Soft Parade, considéré comme une catastrophe de production avec des cuivres épouvantables. Il faut s’y faire. Le groupe opte pour un son plus rock immédiatement après avec Morrison Hotel.

  • Kaori  

    Autant j’ai regardé les trailers du premier article avec une certaine tendresse, autant là, quel ennui sur le dernier film !

    Le scénario de TARZAN A NEW YORK me rappelle ce que j’ai aimé le plus dans le film GREYSTOKE : ce choc des cultures qui nous fait réaliser que le plus sauvage n’est pas celui qu’on croit.

    Merci pour tous ces résumés et ces analyses. C’est dommage qu’ils n’aient pas suivi la voie naturelle apportée par la croissance de « Boy » : une relève. Le jeune garçon avait l’air d’avoir l’allure idéale.

  • Tornado  

    Je n’ai pas encore eu le temps de me refaire cette filmographie Weissmuller. Pourtant, j’ai vachement bouffé de Tarzan ces derniers temps : Celui de Joe Kubert (top), celui de Buscema (on en reparle à la rentrée (peut-être)), la série animée Filmation des 70′s qui passait à Récré A2 (éditée en DVD récemment), la filmographie de Lex Barker (5 films, immédiatement après Weissmuller)…
    Bref. A quand Weissmuller ! :)

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