L’île noire

Magneto Rex par Joe Pruett et Brandon Petterson

Le premier qui prend ma chaise, je le fume !

Le premier qui prend ma chaise, je le fume !©Marvel

Ce commentaire portera sur la mini série éponyme en trois épisodes parue en 1999. Elle a été rééditée aux Etats Unis sous le titre Rogue Nation. Les scans étant rares et de mauvaise qualité, certains se référeront au run d’Alan Davis.

Lorsque Scott Lobdell quitte les Xmen à la fin des années 90, c’est la panique côté Marvel. On se dépêche de trouver des remplaçants à celui qui scénarisa les deux séries principales, Excalibur et Génération X .

Ce sera le  vénérable Alan Davis qui s’en sortira le mieux avec un run en demi teinte mais avec une idée géniale : faire de Magnéto un chef d’état !

A la fin de Magneto War, les Nations Unies terrifiées par une nouvelle menace terroriste du mutant  se résignent à négocier avec lui.

Et la pilule est amère pour les Xmen : le maître du magnétisme se voit proposer la gouvernance de Genosha, cette fameuse Appartheid Marvel.

Besoin d'un déménagement ? Appelez Alda !

Besoin d’un déménagement ? Appelez Alda ! ©Marvel

L’ambassadeur Alda Huxley ne propose pas le meilleur des mondes à Magnéto par pur désintérêt. Il s’agit là d’un calcul politique habile.

En effet Genosha, gangrenée par des années de guerres civiles, de génocides et achevé par le virus Legacy ( le Sida mutant ) est réputée ingouvernable. Les Nations Unis espèrent ainsi démontrer l’inaptitude du messie mutant auto-proclamé pour le destituer et lui faire perdre son audience.

Tout cela se passe dans cette mini série jouissive à lire presque 20 ans après sa parution. Et elle ne plaira pas à tout le monde. Car il faut bien connaître la continuité du personnage pour en apprécier la saveur.

Question géographie : ou est Génosha ?

Question géographie : où est Génosha ? ©Marvel

Se retrouvent donc sur cette île maudite :

1/ Quicksilver  qui  veut éliminer son père qu’il considère comme un fou dangereux. Pietro est très bien écrit et oscille entre l’arrogance et une vraie sensibilité.

Pris en otage par des fanatiques qui contestent l’autorité de Magnus, il va confronter notre vilain à un vrai dilemme : doit il sauver ce fils qu’il déteste ou faire preuve de force brutale pour asseoir son autorité dans un pays en proie au chaos ? Pruett donne une réponse cruelle à cette question et l’histoire se termine sur le machiavélisme effrayant de ce vilain à la fois romantique et pervers.

Un comté d'accueil chaleureux pour Pietro ! En même temps, les noeuds n'ont pas l'air trop serrés...

Un comté d’accueil chaleureux pour Pietro ! en même temps, les noeuds n’ont pas l’air trop serrés… ©Marvel

2/ Rogue : D’abord chez Chris Claremont où elle vit une idylle platonique avec Magnus puis durant la saga Age of Apocalypse et plus tard avec Mike Carey, le destin de la pestiférée des Xmen est intrinsèquement lié à Magnéto.

Là encore Pruett écrit une Rogue formidable. Elle qui aura passé les 90’s à pleurnicher s’avère être ici une femme forte doté d’une éthique morale solide et d’une force de caractère étroitement liée à ses pouvoirs. Et raccroche remarquablement cette histoire à la mort de Joseph, version épurée du vilain, dans l’arc précédent.

On s'embrasse, on oublie tout ! euh... 'taimes pas mon dentifrice ?

On s’embrasse, on oublie tout ! euh… t’aime pas mon dentifrice ? ©Marvel

3/ Amelia Vought : Cette ancienne maîtresse de Charles Xavier est une des rares à lui avoir tourné le dos. Consciente du danger de guerre civile que supposent les utopies de Xavier et Magnus, Vought est une femme qui rêve qu’on lui foute la paix. Elle choisi le camp de Magnéto par pragmatisme. Il semble être le seul à savoir défendre les minorités raciales à l’inverse du pacifisme de Xavier souvent interprété comme de la passivité.

4/ Magnéto bien sûr. Le vilain le plus charismatique de Marvel sous les crayons de Patterson endosse naturellement ce rôle de dirigeant. Petterson lui trouve un langage corporel plein de majesté, de puissance, d’arrogance et de colère. Magnéto est enfin là ou il sait qu’il doit être. Adversaires comme alliés reconnaissent son aura tout en étant terrifiés de son caractère imprévisible.

Ca y'est ! ils me l'ont fâché....

Ca y’est ! ils me l’ont fâché…. ©Marvel

La série montre un homme prisonnier de ses démons qui se sert de son histoire tragique pour basculer dans la repression fasciste. En trois épisodes seulement, Pruett décortique la pensée « magnétique » qui consiste à mater la violence par la force avec les meilleures intentions possibles.

Prenez tout ce petit monde, ajoutez y des magouilles politiques ( tout ça est très bavard et presque dénué d’action ) et des passions amour / haine qui déchirent les personnages et vous obtenez une situation intenable pour le plus grand sadisme du lecteur.

Oh qu'il est moche lui ! normal, c'est le vilain !

Oh qu’il est moche lui ! normal, c’est le vilain ! ©Marvel

Bien sûr, le vilain est juste là pour se faire dégommer, bien sûr les personnages secondaires ne servent à rien et bien sûr l’analyse politique reste très sommaire. Mais voir la communauté Marvel impuissante face à l’état de Droit de Magnus et un scénariste qui pour une fois s’intéresse aux conséquences sociales d’un tel événement, c’est tout de même jouissif. Et puis la série aborde intelligemment l’impossibilité à choisir un camp dans un conflit sanguinaire, une nuance que Marvel n’aura pas toujours.

Et bien entendu Marvel ne suivra pas. Lobdell reviendra préparer le terrain pour la diva Morrison et bâclera la conclusion de cet arc en envoyant un monumental « fuck off » à Marvel avec la destitution folklorique de Magnéto. Naturellement la bande des tacherons (je ne donnerais pas de noms)  qui ont saigné la licence ces dernières années ne se sont jamais rappelé de ces histoires où un Xman acceda brièvement au pouvoir. Voila qui aurait sûrement eu de la gueule sur le caillou d’Utopia. Et aurait sûrement mérité une série à part entière…

La diplomatie version Magnus

La diplomatie version Magnus©Marvel

20 comments

  • Présence  

    Il s’agit d’une période que je n’ai pas suivie. Je me souviens avoir trouvé l’idée de Genosha, une nation pour mutants sur une île, très ingénieuse.

    Ton commentaire permet de bien se rendre compte de l’ambition du scénariste qui réussit à montrer « l’impossibilité à choisir un camp dans un conflit sanguinaire », plutôt que de rester dans une dichotomie Gentils/Méchants.

    • Bruce lit  

      Oui, c’est tout à fait ça. Dommage que la suite n’ait pas suivi, notamment au moment de Nation X où les Xmen semblent oublier avoir un Chef d’Etat parmi eux. La fin du ruin assez médiocre de Lobdell, propose de voir Magnus instaurer une dictature sur l’île…

  • Nicolas  

    Bel article Bruce, bien écrit, merci beaucoup. Tu fais honneur à Chris Claremont qui humanisa Magneto complêtement. Il faut avoir une bonne culture de la Shoah et beaucoupd’imagination pour comprendre les souffrances endurées par Magneto dans les camps, afin de comprendre ses motivations.
    Ce que Claremont avait su très bien faire.

    Rogue Nation tu dis, très bien je vais le lire tu m’en as donné envie.
    A propos, j’ai lu ta critique de Avengers : Liens du Sang, j’ai donc acheté le TOP BD sr Priceminister (moins cher que la VO lol), tu as su me convaincre.

    Tu as appelé ta fille Luna ? Quand tu penses que Quicksilver avait rejeté sa fille sous pretexte qu’étant une sang-mêlé Inhumans/Mutante et dépourvue de super-pouvoirs elle n’était pas digne de lui.
    Plus tard il a beaucoup regretté son attitude.

  • Bruce lit  

    Nicolas is back ! La séquence d’ouverture avec Fabien Cortez enlaçant Luna au dessus d’une Genosha dévastée m’avait marqué et j’avais trouvé le nom de la fillette adapté à une fille d’Inhumans. Un jour, il faudra que Tornado nous fasse les Inhumans de Jenkins et Jae Lee qu’il porte au pinacle.
    Comme je le précise sur l’interview pour RFI, c’est Claremont qui m’ a ouvert aux atrocités de la Shoah. Plus tard, j’ai rencontré un survivant d’Auschwitz à l’école qui a changé ma vie à tout jamais. Il ne se passe pas un jour depuis sans que je n’ai une pensée pour les victimes de cette guerre. Je précise que je ne suis pas Juif et que le conflit avec la Palestine me dépasse totalement….
    Concernant Luna, elle fera une apparition demain sur le Facebook avec l’autorisation de sa maman.

    • Nicolas  

      Moi ce qui m’a profondément marqué par rapport à la Shoah et l’hisoire de la seconde guerre mondiale c’est le film De Nuremberg à Nuremberg de Frederic Rossif, avec la magistrale bande sonor de Vangelis.
      Ces images épouvantables des camps de la mort m’ont donné des cauchemards et le dégout de toute forme de nationalisme.

      En ce qui concerne Magneto et ses tramatismes je trouve que Claremont avait fait de la bonne psychologie, sans trop de prechi-precha.

      J’ao adoré Magneto dégommant du nazi dans X-Men First Class, une juste colère empeinte de dignité.
      Magnifique performance de l’acteur.

    • Nicolas  

      Inhumans de Jae Lee : une oeuvre magnifique qui décrit très bien la condition des Inhumans et ce que ça fait d’être un adolescent soumis à la roulette russe des brumes terrigènes.
      Un beau graphic novel.

      • Bruce lit  

        Euh Nicolas : No Drugs here !!

  • Jord Ar Meur  

    Nicolas, j’ai bien un « Marvel Graphics Novels » sur les « Inhumains » mais écrit par « Carlos Pachecho » et illustré par « José Ladronn » et « Jorge Lucas » (dans un style très Mœbius d’ailleurs) de 2000 paru chez Panini en 2004, j’ignorais que « Jae Lee » en avait fait un aussi avec le scénariste « Paul Jenkins ». Il n’a pas dû paraître en français…
    « Rogue Nation » non plus d’ailleurs…

    • Nicolas  

      Le graphic novel de Jose Ladronn, paru chez Panini. Très bonne histoire, bien écrite.
      Un classique des aventures de cette étrange peuple venu des étoiles.

  • Bruce Tringale  

    Jord , je te confirme que Rogue Nation est sorti à l’époque Semic en format Top Bd sous le nom Magneto Rex

    • Nicolas  

      Non Bruce, ce n’était pas magneto Rex dans ce TOP BD : simplement un épisode spécial des X-Men, X-Men Unlimited, dans lequel Magneto se retrouve confronté à un assassin.
      Rien à voir avec Magneto Rex.

    • Bruce lit  

      Ah oui, très bonnes histoires je confirme !

      • Nicolas  

        Je me souviens de comment Xavier confronte Cyclops au fait qu’il est incapable de l’appeler Charles, mais toujours Prodffesseur. Hilarant.

  • Jord Ar Meur  

    Merci Bruce, l’époque que j’ai manqué (Semic)… Ne l’ayant donc pas lu, reste peut-être à attendre un réédition un de ces jours.

  • Marti  

    La « diva Morrison » n’avait de toute façon pas besoin de Lobdell pour préparer le terrain vu qu’il a tout raser dès son arrivée.
    Christopher Priest utilise très bien l’idée d’un super-Etat dans son excellentissime run de Black Panther (le meilleur à ce jour sans aucune hésitation pour moi) où T’Challa se réuni avec les autres « super-souverains » que sont Magneto, Namor et même Doom, avec me semble-t-il une scène dédiée uniquement à une discussion entre le Maître du Magnétisme et le roi du Wakanda. Put*£$, qu’est-ce que c’était bon les comics Marvel à cette époque !

    • Bruce lit  

      Tiens, je peux le trouver en Médiathèque celui là…
      Lobdell a préparé le terrain à Morrison en affaiblissant Magnéto qui n’ a pas pu contre attaquer face aux sentinelles. En tuant Colossus ( la seule mort d’un Xman qui me semblait légitime à l’époque), il a également forcé Morrison à prendre Emma Frost en lui donnant le pouvoir de se transformer en Diamant vivant. Morrison souhaitait disposer de Colossus mais Quesada lui demanda à ce que les morts le restent.

      • Marti  

        Et d’ailleurs Austen aussi a ensuite voulu utiliser Colossus et s’est retrouvé avec le même mot de Quesada, ce qui l’a poussé à prendre le Fléau à la place, ce qui est plus ou moins la seule chose à sauver de son run !

  • Tornado  

    Je n’ai pas aimé cette mini. Je l’ai trouvée atrocement sclérosée dans la continuité, trop bavarde, trop soap.
    Je n’ai jamais avalé la pilule qui consiste à imaginer qu’un gouvernement ou un organisme de type ONU offre les rennes d’une nation à un criminel. Quelque soit cette nation.
    Maintenant je peux comprendre que le lecteur complétiste ayant tout lu de l’univers mutant à l’époque l’ait apprécié (l’article de Bruce en expliquant très bien les éléments intéressants). Et je pense que cette lecture est strictement réservée au complétiste en question.

    @Jord : Les Inhumans de Jenkins & Lee a été publié en VF dans le premier magazine « Marvel Knights ». Je te conseille l’acquisition de ce magazine en occaz (20 N°), car tout à l’intérieur était très bon et, comme dit Marti : « Put*£$, qu’est-ce que c’était bon les comics Marvel à cette époque ! »

    @Bruce : J’adorerais faire les Inhumans de Jenkins & Lee pour le blog. 🙂

  • sam  

    Je me souviens que j’avais assez déçu par cette mini au final, car j’avais l’impression que son principal apport était de confirmer cette vision monolithique de Magneto comme un vilain binaire avide de pouvoir. Il y avait ici ou là des tentatives du scénariste de mettre l’accent sur le fait que le personnage se trouve dans une zone grise en terme morale, mais tout cela ressortait assez mal à cette époque. Le principal facteur étant le fait que Marvel VOULAIT que Magneto redevienne un méchant binaire pour relancer la pompe à histoires le confrontant aux X-Men …en faire un personnage torturé et riche comme le faisait Claremont désirant avant tout qu’on lui foute la paix était donc hors de question…

  • Erik 5  

    Je n’ai pas lu cette mini série, mais d’après ce que je peux comprendre, c’est un retour du vilain Magnéto, sans nuances, alors très peu pour moi, d’autant que les dessins de Brandon Peterson ne donne vraiment pas envie…Je passe

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