Que les plus forts survivent !

The Walking Dead tome 24 : Life and Death par Robert Kirkman et Charie Adlard

Neggan : un prisonnier modèle !

Neggan : un prisonnier modèle !©Image Comics

VO: Image

VF : Delcourt

Life and Death regroupe les épisodes 139 à 144 de la série, traduite dans nos contrées sous l’appellation : Opportunités. Saluons le sérieux de la parution française qui n’a que 5 épisodes de retard avec l’américaine !

Le volume précédent confirmait le renouveau que Robert Kirkman souhaitait donner à sa série en mettant Carl Grimes au centre de nos morts marchants…Pour le meilleur et pour le pire, cette dynamique initiée par Kirkman est ici suspendue. Les conservateurs seront aux anges, les autres qui se réjouissaient de ce nouveau souffle devront ronger leurs freins (hein Sonia Smith ?) , puisque ce volume voit le grand retour de Michonne, d’Ezekiel, de Neggan et bien entendu de Rick Grimes.

Cette histoire  met en scène un coup de théâtre concernant Neggan, Maggie Greene doit prendre une décision cruciale pour son leadership, Michonne explique les raisons de sa longue absence, et Kirkman après nous avoir fait visiter le campement des Whisperers, nous abandonne sur un des cliffhangers les plus impitoyables de la série !

Carl est pas content : il vient de se faire voler la vedette par son papa !

Carl est pas content : il vient de se faire voler la vedette par son papa !©Image Comics

Conservatrice, oui assurément cette histoire l’est : on y retrouve des pages très bavardes, parfois pénibles lorsque l’on a attendu 5 mois pour connaître la suite de l’intrigue principale, Neggan retrouve son apparence normale et des cut-scenes parfois brutales. Ceux qui ne seront jamais contents diront que Walking Dead, c’est toujours la même chose, que la série est basée sur l’alternance de moments calmes et de guerre totale avec un psychopathe de service que Rick finit toujours par défaire.

Pourtant, comme ils se trompent ! A l’inverse de la saga qui avait lieu dans la prison avec le gouverneur, Kirkman ne peut plus fait marche arrière. Rick a trop accompli en terme de reconstruction d’une société pour retourner faire du camping avec ses amis. Walking Dead est désormais une série sur la reconstruction d’un minima de civilisation,  sur le vivre et non le survivre. Kirkman disserte de nouveau sur la pertinence de la peine de mort ou de la clémence dans une société si fragile que la moindre erreur peut coûter la vie à une communauté.
Aucune décision n’est jamais prise à la légère, aucune conséquence occultée. L’avantage indéniable d’une série écrite depuis le début par son créateur reste tout de même la cohérence de son univers et de sa…continuité.

Alpha et Rick apprennent à faire connaissance....

Alpha et Rick apprennent à faire connaissance….©Image Comics

Ici, l’affrontement prévisible avec les Whisperers prend un tournant inédit. il ne s’agit plus de survivre face à un psychopathe (le Gouverneur), résister au racket d’une communauté (Neggan), mais de choisir sous quelle idéologie reconstruire notre monde. Kirkman pose encore les questions qui dérangent : le pacifisme de Rick Grimes est il sincère ou une façade dissimulant son égo ?

Ce qui est surtout passionnant sont les relations entretenues avec les Whisperers. Pour la première fois depuis le début de la série, voici une communauté qui n’est intéressée en rien par ce que nos amis possèdent, ce qu’ils ont bâti ou leur mode de vie. L’idéologie d’Alpha, rappelle au contraire celle d’Apocalypse chez les X-men, un Darwinisme occultant les sentiments pour prôner la survivance du plus fort dans un monde en miettes.

Mieux vaut ne pas titiller les Whisperers....

Mieux vaut ne pas titiller les Whisperers….©Image Comics

Le groupe d’Alpha ne cherche rien, ne veut rien. Leur mode de vie est aussi modeste qu’effrayant de par sa brutalité. Il s’agit au contraire du groupe de Rick, d’oublier tout fondement sociétal, pour apprendre à vivre en compagnie des morts. Les Whisperers campent, ne possèdent rien, et coexistent pacifiquement avec des hordes de zombies. Autant dire qu’à côté la bande de Rick en rétablissant le troc, les loisirs et l’école semblent être les nouveaux bourgeois de la post-apocalypse !

Kirkman maintient ainsi la pression de son lecteur : ce monde que Grimmes veut reconstruire n’est il pas un berceau d’illusions, un tissu de mensonges de faibles cherchant à oublier la nature réelle du monde. Ces deux communautés que tout sépare et qui ne demandaient qu’à s’éviter vont devoir s’affronter à cause de l’idylle naissante entre Carl et Lydia. Ou comment un simple flirt peut tourner à la catastrophe.
Pour autant, les propos de Kirkman ne sont jamais ridicules; il suffit de penser au morcellement de notre société et de la géopolitique pour que le script de Kirkman prenne tout son sens: imaginons par exemple le flirt d’une arabe et d’un juif, d’homosexuels dans une famille traditionaliste, ou plus largement de n’importe quelle communauté, de couleurs de peaux ou de milieu sociaux honnissant l’autre.

Michonne Rastacouette ...

Michonne Rastacouette …©Image Comics

En réécrivant Roméo et Juliette chez les Zombies, Kirkman est loin d’être ridicule et montre comme à son habitude qu’il a toujours une longueur d’avance sur ses lecteurs. Il suffira de repenser au nombre de personnages et de situations qu’il aura mis en scène durant toute ces années pour soupirer d’aisance. Oui, Walking Dead méritait d’exister.

Reste qu’on aimerait revoir Carl au centre du jeu et que les scènes de Michonne sont capillotractées (en fait, ce personnage fonctionne mieux en mode silencieux), les motifs de son absence plutôt embarrassants et son nouveau look de Pirate à couettes n’étant pas des plus charismatique. On aimerait enfin, que la psychologie des Whisperers soit d’avantage développée. Pour le reste, ce volume 24 reste un très bon épisode.

Oh là là, z'ont pas l'air contents....

Oh là là, z’ont pas l’air contents….©Image Comics

21 comments

  • Bruce lit  

    « Vivre ou survivre » 3/5
    Le nouveau Walking Dead est sorti ! Et Neggan aussi ! Ce n’est pas un spoil, il n’y a qu’à regarder la couverture. Tout ce qu’il faut penser de ce nouvel épisode qui voit le retour de Rick, Michonne et d’un certain statu quo à la une de Bruce Lit.

    La BO du jour: Negan, un cinglé qui veut s’échapper. I Wanna get outta here…https://www.youtube.com/watch?v=KoApny_rmnI

  • Jyrille  

    Bon, je suis super à la bourre, je l’ai pas lu ce nouveau TWD, donc non, je ne lirai pas cet article ! 🙂

  • Patrick 6  

    Ton article me donnerait presque envie de reprendre cette série que j’ai abandonné avec soulagement à la fin de l’arc avec Neggan (que j’avais trouvé extrêmement long, routinier… et ennuyeux !)
    Apparemment depuis lors les zombies ont appris à parler et le gamin a pris le contrôle… hum ça mérite une deuxième chance 😉

  • Présence  

    La série est basée sur l’alternance de moments calmes et de guerre totale. – C’est effectivement un des reproches les plus articulés que j’ai pu lire sur la série. Je lis toujours avec attention tes articles, et cette nouvelle phase du récit me donne l’impression d’être un bon point d’entrée pour un lecteur frileux comme moi. Me trompè-je ?

    • Bruce lit  

      Le teaser de Présence:
      « Vivre ou survivre » 3/5
      Carrément ! Bruce n’hésite pas à affirmer haut et fort que, dans cette nouvelle phase de Walking Dead (tome 24), Rick Grimes et sa communauté se sont embourgeoisés. Et il le prouve.
      @Yuan: attends l’article de notre nouveau contributeur Thierry Araud qui va te prouver que tu as tort ! Parution ? demain !!! Impatient de vous faire lire ça. Et même topo pour toi, Patrick Faivre.
      @Présence: idem. La formule évoque le quiet-loud de Nirvana et des Pixies. Un point d’entrée ? Pas vraiment, ce serait comme commencer Fables ou 100 Bullets au 51ème épisode. Walking Dead ne se savoure que dans sa continuité. En relisant hier soir d’anciennes histoires, j’étais estomaqué par le chemin parcouru par la série.

  • yuandazhukun  

    Je vais faire mon rabat-joie tiens ! J’aime beaucoup la nouvelle tournure de la série, mais sur ce tome j’ai été déçu…une grosse partie de ce tome n’est qu’une préparation au cliffhanger, pas forcément super amené, souvent ennuyeuse(réflexion de fin de tome)…bien sûr la pression monte au fil des pages Kirkman sait faire, on sent le truc qui va arriver, ça va être énorme…et…et…et non ça l’est sans l’être, je dois rester vague car pas question de spoiler, mais quelle déception…car du coup c’est une bonne partie du tome que je remets en question….mais bon après y a pas morts d’homme je suis sûr que le prochain sera meilleure ! Merci Bruce pour cet article d’une série qui te passionne ça fait plaisir !

  • Tornado  

    Une fois n’est pas coutume, la sensibilité que Bruce exprime dans son article n’est pas du tout la mienne.
    Certes, la « continuité » est importante. Sauf pour Marvel ou DC puisqu’elle est pourrie de chez pourrie depuis des lustres et je ne comprends pas qu’on s’y accroche encore ! 😀
    Mais dans une série comme WD, écrite et dessinée par les mêmes auteurs depuis le début, c’est évidemment important.
    Maintenant, la sensibilité que je ne partage pas concerne ce que dit ou fait tel ou tel personnage. Ce qu’il a fait dans tel épisode devrait donc conditionner tout le reste, etc. Et surtout qu’il ne soit pas « out of character » !
    Et bien pour moi tout ça n’est pas le PLUS important et, sur une série ongoing, il est forcé d’accepter changements et évolution. Ainsi, ma sensibilité va plutôt se tourner vers le rapport Fond/Forme : Qu’est-ce que ça raconte ? Quelle atmosphère ? Est-ce que c’est bien écrit ? Bien découpé ? Bien dialogué ? Je lis une BD, et je veux avant tout une narration au cordeau. Ce que dit ou fait le personnage en relation de ce qu’il a fait dans tel ou tel épisode devient ainsi un peu le cadet de mes soucis.

    Je ne veux pas faire le donneur de leçon, hein, mais juste discuter éventuellement sur un courant que je retrouve souvent chez les fans de comics, à savoir cette volonté exclusive de chercher à cerner le personnage et son évolution, son intégrité iconique, au dépend de ce qui fait les qualités intrinsèques d’une bande-dessinée. 😉

    • Bruce lit  

      Oui, oui, discutons. Je fais effectivement partie de ceux qui n’apprécient pas les personnages out of character. M’enfin, si Batman se mettait à sortir des vannes façon Peter Parker, tu n’apprécierais pas , si ?
      Ce qui est prégnant pour WD, c’est le cheminement parcouru par les persos comme autant de jalons psychologiques de leur apocalypse intérieure. Si demain, Rick Grimes se mettait à faire son Deadpool ce serait insupportable. Lorsque Thorgal s’envoie en l’air parce qu’il s’emmerde la nuit sous la tente avec la première nana venue, ça n’a pas de sens et dessert l’histoire.

      • Tornado  

        Effectivement, si Batman se mettait à sortir des blagues, je n’apprécierais pas. Mais ce serait surtout parce que ça contredirait l’atmosphère gothique d’une histoire de Batman.
        Si Thorgal décide de s’envoyer en l’air et que c’est bien écrit en revanche, je m’en fiche un peu.
        Quand je dis que je ne partage pas ta sensibilité par rapport à cet article, c’est parce que je ne cherche pas quant à moi, à tout ramener à l’évolution d’un personnage. Pour moi il s’agit d’un élément parmi tant d’autres (construction du récit, découpage des planches, dialogues, atmosphère, parti-pris plastique, etc.). Et pas le seul élément – ou presque- de lecture d’une bande dessinée.

        Ma réaction n’est pas une condamnation d’un courant de pensée. Juste une incompréhension que j’essaie d’assimiler. Pour moi, il n’y a pas que le caractère d’un personnage dans la lecture d’une bande dessinée. Il y a aussi tout le langage propre à ce medium. Et, du coup, mes jugements de valeurs ne peuvent se limiter à la seule caractérisation des personnages.

        • Jyrille  

          Je rejoins un peu Tornado. Comme je n’ai plus tous les tomes, je dois me souvenir de qui a fait quoi dans les épisodes précédents et souvent, je ne retrouve pas. Du coup je préfère me laisser porter par l’histoire.

          Cela dit Bruce a raison pour les personnages. J’aime beaucoup Michonne du coup je lui pardonne un peu son discours étrange, mais j’ai trouvé la page Pirate particulièrement réussie. En fait j’ai adoré ce tome, avec une fin prenante et pas mal d’intrigues secondaires toujours bien amenées. C’est bien meilleur que la plupart des tomes entre le 9 et le 20.

  • Sonia Smith  

    Bien alors, je n’ai pas lu ce tome, donc je n’argumenterai pas sur ce volume. Je reste fidèle à cette série malgré l’alternance de volumes très bavards et d’autres très denses en disparitions ou en bastons. J’aime cette idée de travailler sur la psychologie humaine en période apocalyptique et de montrer comment on gère puis on tente de reconstruire ou d’inventer de nouveaux modèles sociétaux. Je ne suis pas une fan du personnage de Rick mais il est sans doute indispensable à l’histoire, par contre j’aime beaucoup Michonne que j’aime assez mutique pour ma part, c’est un personnage sombre et introverti et c’est effectivement comme ça que je l’apprécie. Bon, il me reste à aller filer acheter ce volume :-). merci Bruce pour cette série d’articles sur les Zombies

  • Thierry Araud  

    Entièrement d’accord avec ton analyse. J’avoue que le côté « bourgeois » de la démarche de Rick par rapport au monde alentour et le « mode de vie » des chuchoteurs m’avait échappé (sans doute trop accaparé par ma vision proudhonienne…) Mais c’est fort justement vu et démontré.

  • Bruce lit  

    @Tornado:
    Voici donc, nos différences de grilles de lectures. Pour moi le scénario et la psychologie des personnages prévaut sur le decorum ou la mise en scène. J’ai tendance à penser que les personnages de BD que j’aime sont vivants. Même dans les événements que nous traversons actuellement, je me demande souvent que faire tel ou tel personnage dans un tel contexte ? Au moment, des attentats l’image de Matt Murdock pleurant l’explosion de sa maison déchiré entre la rage, la tristesse et la détermination s’est imposé. Tintin, Sherlock Holmes, Scott Summers, DD,Frank Castle ces gens sont réels dans ma tête. Ce qui explique aussi que le Decorum de Batman, qui est le personnage secondaire de la série ne me touche pas.
    @Thierry A: Avec la recul, j’aurais pu choisir la chanson de brel en BO 🙂

    • Thierry Araud  

      @ Bruce : D’abord, merci de m’accueillir à bord et de si belle façon. Ensuite, si je peux me permettre, par rapport aux sombres évènements que nous traversons, j’ai peur que les personnages de BD ne nous soient que d’un pauvre secours. J’habite loin de Paris. Tout ce qui s’est passé si loin et si proche de moi, je ne le connais pas, si ce n’est à travers des articles de journaux. Rien de vécu en tout cas. Mais si vraiment il faut réagir à ces actes barbares, et il le faut, ce n’est certes pas à travers de fictions. Mais d’actes citoyens. Il est vrai, et je te rejoins que notre amour de fiction témoigne du souhait d’un monde meilleur, idéal… Mais n’oublions jamais qu’il nous reviens de le construire, ce monde là. Et c’est peut-être là que la philosophie nous sera d’un réel secours car en prise sur le monde et que nous saurons que, par une simple BD, un auteur, quel qu’il soit, pourra nous amener à tenter d’être moins cons.
      Nous faire réfléchir.
      Et rien que là, déjà…
      Ps : pour la chanson de Brel : t’aurais vraiment osé ?

      • Bruce lit  

        Oui bien sûr ! Mais les valeurs véhiculées par les héros de mon enfance : la dérision de Gaston, la compassion de Tintin, le sens des responsabilités de Scott Summers, le courage de Matt Murdock,le pacifisme de Peter Parker et de Charles Xavier, tout ça c’est pas du flan et a contribué à l’existence de l’homme que je suis.

        • JP Nguyen  

          @Bruce : Gaston-Tintin-Murdock-Parker-Summers ? ouh punaise, en fait, t’es une sorte de super-adaptoïde inter-éditeur, toi !

          Désolé, j’voulais pas trop élever le débat…

        • Thierry Araud  

          Et c’est une force idéologique à ne pas sous-estimer ! Pas de Bible, de Coran … Comme le disait Nietzsche : dieu est mort. Mais que les super-héros ne deviennent pas des dieux de papier. Croire en eux, certes pas pas au point de les ériger en idoles. Plutôt des guides bienveillants, réminiscences notre enfance qui, tu as raison, nous ont fait les adultes que nous sommes. Je ne serai pas grand chose sans Strange (ni Tintin, ni Spirou, ou Pif…) et je parle des magasines !

          • Bruce lit  

            Oh, mon petit Thierry, en venant plus souvent, tu verras que je ne verse pas dans l’idolâtrie des idoles mais plutôt dans leur crépuscule….

  • Lone Sloane  

    Un échange nietzchéen en diable! Pour rester germanophile on pourrait aussi évoquer l’influence improbable de Goethe dans l’oeuvre de Kirkman avec ses souffrances du jeune Karl 🙂

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