Révolution

Spiderman par J. M. Straczynski et Collectif

On lave le mythe et on repart avec un modèle tout propre, tout neuf…

On lave le mythe et on repart avec un modèle tout propre, tout neuf… ©Marvel Comics

AUTEUR : TORNADO 

Éditeur VO : Marvel

Éditeur VF : Panini

Cet article revient sur l’ensemble des épisodes écrits par le scénariste J. M. Straczynski sur la série Amazing Spider-man (N°30 à 58, puis 500 à 542, soit 75 épisodes en tout), qu’il est coutume d’appeler aujourd’hui le « run de JMS »…

JMS est l’un des auteurs ayant officié le plus longtemps sur la série (de 2001 à 2008 !), mais c’est surtout celui qui a, tout seul, plus que tous les autres, dynamité l’univers de l’Homme-araignée de l’intérieur. Les dessins sont l’œuvre de John Romita Jr (grand spécialiste de l’univers du « tisseur » !) sur la toute la première moitié du run, puis de Mike Deodato Jr et enfin de Ron Garney…

Nous allons revisiter cette grande période éditoriale dédiée à Spider-man, en nous attachant aux diverses grandes étapes…

Introduction

Premier changement : Peter Parker devient enseignant. Et ce n’est que le début d’une longue série de transformations majeures dans la vie de notre héros. Second changement : Un super-vilain tout neuf fait son apparition : Morlun, particulièrement puissant, dangereux et charismatique. Et ce n’est que le début d’une longue liste de nouveaux méchants prêts à en découdre avec notre Monte-en-l’air. Troisième changement, et pas des moindres : Un étrange personnage, qui possède les mêmes pouvoirs que lui, apprend à notre héros le véritable secret de ses origines…

Avec le recul, le run de JMS divise largement les fans. Certains continuent de le vénérer, alors que d’autres sont bien content qu’il ait été purement et simplement « effacé ». Car en février 2008, Marvel fera table rase de l’ensemble de ces histoires avec la saga One More Day, dans laquelle le monde entier oublie tout ce qui s’est passé dans l’univers de Spidey depuis qu’il est marié avec Mary Jane ! L’occasion pour la Maison des idées d’offrir à son public le plus frileux et le plus réactionnaire, un Spider-man « comme avant », tel qu’on pouvait le voir du temps de Stan Lee…

Le bilan est facile à dresser : Il s’agit tout bonnement d’une séparation entre un public puriste et passablement réactionnaire et un autre avide de changement. Pour ce second public, le run de JMS fut si novateur et tellement salutaire qu’une majeure partie de ces lecteurs quittèrent le navire lors de son effacement en février 2008 !

C’est une évidence, le gros du public mainstream déteste le changement : Le costume noir (pourtant magnifique) n’a jamais été accepté. Qu’un personnage important meure ? Il y a des milliers de pétitions afin qu’il ressuscite, et tant pis si la solution choisie est pathétique ! Que le personnage évolue et gagne en maturité, et les puristes sont perdus…

Enter… Morlun !

Enter… Morlun ! ©Marvel Comics

Alors effectivement, pendant sept ans, notre scénariste (également connu pour avoir créé la série TV Babylon 5) fait du mal aux puristes : Peter Parker/Spider-man devient enseignant, il fait tout son possible pour préserver son mariage et sa vie de couple, il dévoile son identité à une des personnes qui lui est le plus proche dans un premier temps, au monde entier dans un second temps ; il affronte des nouveaux super-vilains et délaisse ses ennemis classiques (les puristes ne se lassant pas de retrouver les mêmes méchants à chaque fois, ça passe évidemment moyen…), il rencontre son mentor ayant les mêmes pouvoirs que lui et finit par apprendre que l’araignée qui l’a piqué ne l’a pas choisi par hasard, car il est le dernier descendant d’une lignée d’hommes, choisis d’une manière bien ésotérique, pour être les champions d’une sorte de religion « totémique » !

On l’aura compris, le run de JMS développe, à coup de thématiques inédites, une longue série d’épisodes (75 en tout, on ne le rappellera jamais assez !) qui s’écarte trop des rangs bien sages des séries de comics mainstream. Et pourtant. La série n’a jamais été aussi bien écrite, aussi magnifiquement dialoguée, aussi adulte, aussi moderne et aussi profonde qu’avec ces épisodes….

L’un des moments mémorables du run de JMS : La révolution a commencé !

L’un des moments mémorables du run de JMS : La révolution a commencé ! ©Marvel Comics

Chapitre 1 : Le Totem

Dans le premier arc narratif (épisodes #30 à 35), le pseudo-vampire Morlun fait son apparition. Il s’agit ni plus ni moins, en ce qui me concerne, du meilleur passage du run de JMS. Un chef d’œuvre de tension, de terreur et de suspense, dans lequel toutes les thématiques à venir se mettent en place ! Car le scénariste a su insuffler, d’entrée de jeu, une réelle toile (!) de fond à la série, tout à fait complémentaire de celle instaurée par Stan Lee dès 1962, mais qui renouvelle le mythe en profondeur.

C’est donc également le moment pour Ezekiel d’entrer en lice. Un personnage inédit qui possède les mêmes aptitudes que Peter Parker, et qui adopte immédiatement une attitude de mentor. De la rétro-continuité totale, d’autant que le bonhomme va révéler à notre héros que les origines de ses pouvoirs ne sont pas du tout celles qu’il croit… Pour un lecteur aguerri, il pourrait s’agir à priori d’un procédé éditorial factice destiné à créer de l’événementiel. Mais il n’en est rien, car JMS utilise réellement les fondamentaux de la mythologie liée au héros pour la faire évoluer. Bref, tout ce qu’un lecteur « ouvert d’esprit » recherche est ici à l’œuvre : Une évolution du matériel littéraire.

Who are you Sir ? Ezekiel ? What the fuck ?

Who are you Sir ? Ezekiel ? What the fuck ? ©Marvel Comics

Puis c’est le moment pour la vieille tante May de découvrir l’identité secrète de son neveu. L’épisode, sans parole, est superbement raconté et se hisse au niveau des grands moments de l’histoire éditoriale de la série.

Nous avons droit ensuite à un épisode sans titre, hommage au 11 septembre. Celui-ci est un peu pompeux à coup de patriotisme éléphantesque. Il faut tout de même rappeler que cet épisode a été écrit et publié dans les jours qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001. Le scénariste a sans doute été plus ou moins « forcé » de participer à l’événement et l’entreprise est pour le coup assez factice et maladroite…

Spidey s'absente deux minutes pour faire pipi et voilà ce qui arrive...

Spidey s’absente deux minutes pour faire pipi et voilà ce qui arrive… ©Marvel Comics

L’arc suivant voit l’apparition d’un nouveau vilain particulièrement puissant et inquiétant, Shade, ainsi que l’alliance de notre héros avec le Dr Strange (qui reviendra souvent dans le run de JMS). Il développe une ambiance ésotérique totale, assez envoûtante, dans laquelle Spider-man est précipité dans une dimension psychédélique qui permet à JMS de rendre un hommage en bonne et due forme aux épisodes de Steve Ditko…

Ensuite, le scénariste fait une effraction à son règlement en faisant intervenir un des grands ennemis classiques de Spiderman, j’ai nommé le Dr Octopus, dans un combat d’anthologie se déroulant à Hollywood (et renouvelant par la même occasion son hommage à Ditko…) ! A ce stade du run de JMS, le dessinateur, John Romita jr, divise alors toujours autant le lectorat. Ceux qui le désapprouvent pour cause d’anatomies malmenées côtoyant ceux qui l’admirent pour la fluidité des ses planches et son art du découpage. Mais il faut savoir que dans ce dernier domaine, il est ici à son apogée ! Ces seize premiers épisodes, exceptionnels, ont été regroupés dans le Spider-Man par JM. Straczynski tome 1

Le tome suivant  réunit les épisodes de la série Amazing Spider-Man (2°) du N°46 au N°58, puis du 500 au 502 lorsque la série redevient simplement Amazing Spiderman en reprenant sa numérotation originelle (insupportables manigances commerciales…). C’est alors l’occasion pour JMS de nous livrer trois épisodes afin de célébrer comme il se doit l’anniversaire du N°500 de la légendaire série. Avant cela, le scénariste poursuit sa révolution de l’intérieur et continue de confronter Spidey à des ennemis inédits. Les épisodes possèdent encore la thématique très ésotérique du « Totem » dans laquelle il avait encré la série dès le départ.

La multiplication des araignées…

La multiplication des araignées… ©Marvel Comics

Tout commence avec un arc très « JMS », dans lequel une vilaine « totémique » nommée Shatrah, apparentée au pompile (sorte de guêpe, le pire des prédateurs pour les arachnides dans la nature, qui pond ses œufs dans le corps de l’araignée, cette dernière se voyant ainsi dévorée de l’intérieur par des larves !) poursuit le pauvre Spidey jusqu’en Afrique. On retrouve cette narration haletante qui nous clouait sur notre fauteuil lors des premiers épisodes du run avec la venue de Morlun. Et Shatrah fait vraiment peur !

S’ensuit un arc narratif un peu faiblard, dans lequel Peter Parker part à la recherche de Mary-Jane afin de sauver son mariage. Il croise la route de Fatalis et Captain America dans une suite de péripéties assez tirées par les cheveux. L’arc suivant oppose encore le tisseur de toile à un nouvel ennemi. Celui-ci, nommé Digger, est une sorte de Hulk dont la personnalité se compose d’une douzaine de mafieux assassinés lors d’un règlement de comptes, revenus d’entre les morts et ivres de vengeance ! Sympathique mais pas inoubliable.

Shatra si j’t’attrape !!!

Shatra si j’t’attrape !!! ©Marvel Comics

Le recueil culmine avec les trois épisodes anniversaires formant l’arc logiquement intitulé Happy Birthday, qui conduit la série à son N°500 lors de laquelle elle retrouve sa numérotation originelle. Et ça promet beaucoup : Apparition des Avengers, combat géant à New-York contre les forces de Dormammu, voyage dans le temps en compagnie du Dr Strange et rencontre de Spider-man avec son propre passé. Notre héros se retrouve alors face à un cruel dilemme : Sauver le monde ou inverser le cours du temps…

Je ne suis pas sorti convaincu de cette débauche événementielle. Personnellement, j’y ai vu le début de la fin pour le run de JMS, c’est-à-dire le début de sa soumission à la politique éditoriale de la Marvel (ici, dans le sens où le scénariste sacrifie son run à l’événement éditorial qui consiste à fêter un numéro symbolique de la série !). Cette soumission, sans doute forcée, prendra de plus en plus de place dans l’avenir et culminera avec le statu quo de One More Day

Un N°500, ça se fête !!!

Un N°500, ça se fête !!! ©Marvel Comics

Cette compilation déroule encore quelques épisodes intimistes touchants, toujours aussi bien dialogués, et ponctue chaque arc narratif par des séquences relationnelles très fines entre Peter & Mary-Jane, ou d’autres qui s’aventurent sur le terrain du social entre le jeune professeur qu’est Mr Parker dans le civil et certains de ses élèves. Il s’agit de scènes naturalistes qui apportent de l’épaisseur et de la toile de fond à chaque épisode, et qui se lisent avec autant de plaisir et de délectation que les scènes d’action.

Ce deuxième tome s’achève avec l’épisode « You Want Pants With That ? », un récit particulièrement rafraîchissant qui voit notre héros découvrir le « couturier » des super-héros et des super-vilains de New York, qui nous laisse entendre que parmi ses habitués, un certain Thor aime les textiles délicats…

Le concept de la série selon JMS : Super-héros et moments intimes…

Le concept de la série selon JMS : Super-héros et moments intimes… ©Marvel Comics

La série se poursuit avec l’arc narratif intitulé Le Livre d’Ezekiel (The Book Of Ezekiel : épisodes # 509 à 514). Cette saga poursuit et parachève l’orientation ésotérique que le scénariste a donnée à la série dès le début de son run. Après un prologue de deux épisodes dans lequel notre héros rencontre le dieu asgardien Loki sur les toits de new-York, il faut encore attendre et accompagner Mary-Jane dans un troisième épisode intimiste qui s’achève sur un vol de bicyclette ! Après ces trois épisodes, il est enfin temps pour Ezekiel d’embrasser son destin avec la résolution des diverses sous-intrigues laissées en suspens depuis un moment. Car, maintenant que tout a été révélé sur les véritables origines de Spider-man, un danger encore plus grand que tous ceux qu’il a dû affronter est sur le point de tomber…

Arrivé à ce stade de son run, JMS est à son apogée et insuffle une épaisseur inédite à la dimension héroïque du personnage de Spider-man, qui justifie à la fois ses origines historiques, publiées dès 1962 sous la houlette de Stan Lee & Steve Ditko, et celles, mystiques et ésotériques, qui viennent d’y être ajoutées… Une très belle série d’épisodes, originaux, adultes et brillamment racontés. John Romita jr, aux dessins sur la série depuis le début du run de JMS, lui fait alors ses adieux (ou ses au revoir…).

Chapitre 2 : Retour vers le passé…

Cette deuxième partie du run de JMS s’ouvre sur un gros morceau avec la saga Passé Recomposé (Sins Past) : Que s’est-il passé à l’époque lorsque Gwen Stacy, juste avant sa mort, est partie à Paris ? Pourquoi ce départ et qu’y a-t-elle fait ? La réponse, va se révéler inattendue et particulièrement bouleversante pour notre héros… Disons le tout net : Cet arc narratif a été détesté par plus d’un lecteur, qui ont estimé qu’on avait touché à l’intouchable, et que les révélations apportées sur ce douloureux passé, relativement choquantes, relevaient de l’aberration scénaristique.

Il faut avouer que le scénariste ose l’impensable et va au bout de sa logique, en exhumant un passé inconnu des lecteurs de longue date et tellement dérangeant qu’il vient salir l’image si pure qui fut celle de Gwen Stacy dans l’inconscient collectif des lecteurs en question ! Mais il le fait avec talent et parvient à trouver à la fois la bonne tonalité et les bons arguments. Personnellement, je ne regrette pas un instant la lecture de ces épisodes. Il est vrai que JMS est allé vraiment très loin, comme on dit, mais encore une fois il a su faire preuve d’originalité et de courage en amenant son héros là où personne n’était allé. Qui plus-est, il réussit à offrir au personnage de Gwen Stacy, trente ans plus tard, une personnalité plus moderne, nuancée et consistante. De plus, il se dégage de cette histoire, à travers les souvenirs ranimés de ses personnages principaux, un très agréable parfum de nostalgie…

Very schocking ! My Dear !

Very schocking ! My Dear ! ©Marvel Comics

Malgré sa mauvaise réception, une suite a cette saga été écrite dans les pages de la série jumelle Spectacular Spider-man par la scénariste Samm Barnes (épisodes publiés initialement dans Spectacular Spider-man Sins Remembered). Cet arc narratif, qui s’insère à l’époque au beau milieu du run de Paul Jenkins, est la suite directe et complémentaire de l’arc Passé Recomposé paru quelques mois plus tôt dans les pages de la série mère Amazing Spider-man (ben oui, faut suivre !).

Pour le coup, ce Sins Remembered : The Sarah’s Story (titre original) est strictement pensé comme un complément du run de JMS. Une sorte de long épilogue, conçu pour approfondir le dénouement des épisodes parus dans Passé Recomposé et boucler une boucle. La scénariste Samm Barnes est d’ailleurs l’amie et la disciple de JMS. Sins Remembered : The Sarah’s Story n’est ni mauvais, ni transcendant. Le complétiste sera preneur, s’il ne fait pas partie des nombreux lecteurs, souvent réfractaires à toute idée de rétro-continuité, qui estimèrent à sa sortie que Passé Recomposé relevait de l’hérésie scénaristique ! Ne faisant partie ni de l’une, ni de l’autre catégorie, j’ai apprécié. Je l’ai apprécié encore une fois pour ses vertus novatrices qui m’ont emmené là où aucun autre auteur ne m’avait emmené…

La suite de passé Recomposé, mais pas dans la même série...

La suite de passé Recomposé, mais pas dans la même série... ©Marvel Comics

La saga suivante, A Fleur de Peau (Skin Deep) est beaucoup plus anecdotique, mais participe tout autant de cette nostalgie liée au passé de Peter Parker : Ce dernier y affronte un ancien camarade de lycée, devenu fou à la suite d’une expérience qui a mal tourné, et qui a fait de lui un super-vilain. La fin de l’histoire est tout de même assez importante pour l’orientation de la série car le vilain en question détruit tout ce qui appartient à Peter et à ses proches, les obligeant à aller loger chez les Avengers, dont Spider-man fait désormais partie…

Depuis Passé Recomposé, tous les épisodes sont mis en image par un virtuose : Mike Deodato jr. Ils marquent son retour aux comics après une assez longue période d’absence. Et quel retour ! Son style photo-réaliste, tout en clair/obscur, son découpage très « roman-photo » et ses immenses cases montrant Spiderman en pleine action vous en mettront plein les rétines !

Pour être sincère, je dois avouer qu’à partir de là, le run de JMS n’est plus à la hauteur des fantastiques épisodes que le scénariste écrivait au début. Il faut avouer à sa décharge que la présence de Peter Parker au sein des Avengers n’était certainement pas l’idée du siècle tant le personnage, héros urbain et solitaire par excellence, ne se prête pas beaucoup à la vie en équipe. L’ensemble demeure toutefois brillant et inventif, adulte, plein d’esprit et superbement dialogué. Et je continue malgré tout de le considérer personnellement comme le meilleur que j’ai lu à ce jour…

Chapitre 3 : Spider-man the Avenger !

A partir de maintenant, les choses vont se gâter car, comme je l’ai dit plus haut, Spider-man fait désormais partie des Avengers. Il a en effet rejoint le groupe avec Wolverine, histoire de doper les ventes de la série sous la houlette du scénariste vedette Brian M. Bendis. C’est à partir de là que JMS va devoir coller à l’actualité de ces « Nouveaux Vengeurs » et perdre beaucoup de liberté sur le personnage. Mais il nous réserve tout de même encore pas mal de surprises !

Spider-man chez les avengers ? Pour le meilleur ou pour le pire ?

Spider-man chez les avengers ? Pour le meilleur ou pour le pire ?

Brian M. Bendis a donc intégré notre héros dans ses New Avengers lors de la grande saga Breakout . Et Tony Stark accueille désormais la « Spider-family » dans sa tour, sachant que Peter a révélé son identité secrète à ses nouveaux confrères, histoire de leur prouver son allégeance. C’est le moment qu’a choisi l’Hydra pour réapparaître et attaquer New-York en se faisant passer pour les Avengers ! Cet arc narratif naïf, factice et infantile n’a pas d’autre but que de justifier le nouveau statut du héros, à la fois Spider-man comme d’habitude, et à la fois membre des nouveaux Avengers…

L’installation de la famille Parker chez les Avengers aligne ainsi les scènes d’exposition et les réunions familiales, quand le grand combat contre l’Hydra paraît de son côté anecdotique et capilo-tracté. Le tout n’étant absolument pas au niveau des autres arcs narratifs du run de JMS…

La saga suivante est un crossover à cheval sur les trois séries du moment dédiées à Spider-man et regroupe les épisodes Amazing Spiderman #525 à 528, Friendly Neighborhood Spider-Man #1 à 4 et Marvel Knights Spider-Man #19 à 22. Soit le crossover intitulé L’Autre (The Other), publié sur les trois séries en alternance durant l’année 2006. Il s’inscrit à la fois dans la période New-Avengers et dans celle du « Totem », dont il constitue une sorte de coda.

La grande saga en question est, soyons sincère, très fluctuante. La faute à cette insupportable tare commerciale qu’est le « crossover », ici conduit par six personnes : trois scénaristes, trois dessinateurs. Le dit-crossover s’étend sur douze épisodes : Les trois premiers sont écris par Peter David, les trois suivants par Reginald Hudlin, les trois autres par JMS. Les trois derniers successivement par chaque scénariste. Chaque épisode est respectivement dessiné par Mike Wierengo (sur la série Friendly Neighborhood), Pat Lee (sur Marvel Knights) et Mike Deodato sur Amazing. Au niveau du scénario, Peter David s’en sort honorablement avec des épisodes efficaces et bondissants. Hudlin nous livre des numéros pathétiques et plombe l’ambiance avec des idées ridicules (Tante May dans la vieille armure d’Iron-Man. Ah non ! Ah là vraiment, non !!!) qui ne servent en rien le récit principal.

Marvel chez les débiles !

Marvel chez les débiles ! ©Marvel Comics

JMS sort du lot et livre les épisodes les mieux écrits et les plus profonds. Il apparaît évident que c’est lui qui mène la barque tant la saga est intrinsèquement liée à son run : Peter est atteint d’une maladie inconnue et incurable. Le vampire Morlun fait son retour. L’araignée qui vit (symboliquement) au cœur de notre héros le ronge de l’intérieur et le mène à sa perte. A moins qu’il ne finisse par accepter « l’Autre »…

Au niveau du dessin, Mike Deodato écrase la concurrence avec son style photoréaliste tout en clair/obscur. Son découpage très « roman-photo » et ses immenses cases montrant Spider-man en pleine action font des merveilles !

Yeaaah ! Mike Deodato Jr !!! (bis)

Yeaaah ! Mike Deodato Jr !!! ©Marvel Comics

Avec le recul, la saga The Other, au départ pensée comme un événement majeur de la vie du héros, est devenue bien anecdotique. Personnellement, j’ai bien apprécié cet arc (exception faite des épisodes d’Hudlin !) et je trouve qu’il ne mérite pas sa très mauvaise réputation. Il est dans la lignée du run de JMS. Le dénouement vous réserve par ailleurs les épisodes les plus violents (et nullement gratuits) de toute l’histoire du Tisseur de toile !

Quasiment tous les défauts de cette saga sont imputables à la politique éditoriale de Marvel et à son chef Joe Quesada. Nul doute que sans les contraintes imposées par sa hiérarchie, JMS ne se serait jamais embourbé dans ce que son run a de plus embarrassant : L’installation des Parker chez les Avengers, le crossover impliquant les autres séries (histoire de lancer les nouvelles franchises…), etc. En revanche, à charge de JMS de nous expliquer pourquoi et comment Morlun a ressuscité (zéro explication, carrément !), et que fabrique Tante May avec Jarvis, le majordome des Avengers (au bout d’un moment, il faut arrêter avec les hormones de tout le monde. ça devient lourd…) ? Un ensemble inégal, donc. Et un autre événement censé « changer la vie du Tisseur à tout jamais » réduit à l’obsolescence pure et simple dans les mois suivants…

L’autre : Une couverture qui est restée dans les esprits, contrairement à la saga !

L’autre : Une couverture qui est restée dans les esprits, contrairement à la saga ! ©Marvel Comics

L’arc narratif suivant sert de prologue au gigantissime crossover Civil War et montre Peter Parker et Tony Stark en voyage à Washington. On voit les personnages « affronter » les membres du parlement et tenter de négocier la future loi sur le recensement des surhumains, loi qui aboutira au déclenchement de la « Guerre Civile des super-héros ».

C’est également dans ces épisodes que Tony Stark offre à Peter Parker son costume high-tech copié sur celui d’Iron Man. Ces épisodes n’ont rien d’exceptionnels mais, entant que réel prologue au crossover à venir, ils sont indispensables pour le complétiste souhaitant contempler les événements liés à Civil War dans leur ensemble.

Nous arrivons maintenant dans les épisodes de la série qui racontent la vie de Peter Parker et de sa famille durant la Guerre civile. C’est à ce moment que, sous l’influence de Tony Stark, il dévoile son identité secrète au monde entier avant de quitter le camp des « pro-recensement » pour rejoindre la résistance. Si JMS était depuis quelques temps obligé de coller aux événements d’autres séries de l’univers Marvel, nous n’avions encore rien vu ! Il doit ici jongler entre la mini-série Civil War, la série des New Avengers, dont le personnage fait désormais partie, ainsi que les deux autres séries dédiées à Spider-man !

Il s’en sort néanmoins avec un récit d’excellente facture. Le travail du scénariste est impeccable, son talent de dialoguiste et son sens du réalisme assurant le spectacle (à ne pas manquer : la réaction de J.J. Jameson face au dévoilement d’identité de son souffre douleur !), et les dessins de Ron Garney sont très bons. Par contre, c’est sûr, on est très loin de l’orientation ésotérique et émancipée des débuts de son run…

La révolution… Encore !

La révolution… Encore ! ©Marvel Comics

Le dernier arc du run de JMS à proprement parler est le fameux Back In Black. Au lendemain de la « Guerre civile », Spider-man, après avoir révélé son identité au monde entier, voit sa chère tante May blessée à mort par un tireur d’élite mandaté par le Caïd (Civil War, Tome 2 : Vendetta, dont la présente histoire est la suite directe). Celle-ci tombe dans le coma et notre héros réendosse son costume noir afin de montrer à ses ennemis sa détermination.

A l’époque, toutes les séries dédiées au personnage sont estampillées Back In Black (voir le recueil Spider-Man : Retour au noir), mais le véritable Back In Black se trouve ici, dans ces cinq épisodes de haute volée. JMS offre au lecteur un Spider-man inédit : Si vous voulez le voir dans une posture brutale, sans humour, violent et jusqu’auboutiste, si vous avez toujours rêvé d’un Spider-man utilisant sa force à l’extrême, renonçant aux limites dictées par l’éthique, ce récit est pour vous. A côté, les histoires relatées dans les séries connexes, portant également l’étendard Back In Black, apparaissent bien édulcorées ! A ce titre, ne pas manquer le combat ultime et inoubliable -façon Gladiateur- avec le Caïd !

Cette fois ça va chier !

Cette fois ça va chier ! ©Marvel Comics

Ron Garney met le tout en image de façon efficace mais sans classe. Son style évoque parfois celui de John Romita jr., mais n’en possède ni l’effet d’urgence, ni la science du découpage. Le meilleur de ces épisodes demeure le scénario de JMS, qui est à présent aux commandes de la série depuis sept ans (le record après Stan Lee !) et qui s’apprête à lui faire ses adieux. Le fond, la forme, les dialogues, tout est parfait !

Le scénariste sort enfin d’une période sclérosée pour son personnage, puisqu’il n’est plus obligé de coller au crossover Civil War et à la série New Avengers et retrouve enfin une relative liberté. Superbe.

Chapitre 4 : Un jour de trop…

Et il est temps, à présent, de terminer cet article par le très controversé One More Day.

Bon. A l’époque de sa sortie, une grande partie du lectorat a conchié cette saga (voir les avis assassins postés sur le site d’Amazon !). Il faut avouer que la politique éditoriale de Marvel est alors infiniment putassière : Pour récupérer les jeunes lecteurs ayant fuit une série devenant un peu trop adulte, pour préserver une franchise lucrative à base de héros en costume d’araignée combattant des méchants en costumes d’animaux, Spider-man doit redevenir comme avant, célibataire, étudiant, avec ses copains, sa vieille tante et son identité secrète. Alors nous devons effacer les vingt dernières années de la mémoire collective.

Par une pirouette scénaristique et une infernale série d’événements funestes le menant à un choix ultime, il redevient tel qu’il était à l’époque de Stan Lee : Il n’a jamais aimé Mary Jane, n’a jamais dévoilé son identité, ni au monde, ni à sa tante… Et elle n’est pas morte ! Pour le coup, on peut se demander pourquoi la « Maison des idées » tient à ce point à cette vieille dame ! Après tout, si Gwen Stacy est morte et enterrée depuis 1973, pourquoi diantre une vieille femme fragile et toujours malade survivrait à tout depuis des lustres ? What’s the problem ?!!!

La saga la plus controversée de tous les temps !

La saga la plus controversée de tous les temps ! ©Marvel Comics

En 2008, j’ai assisté au gigantesque concert de hurlements des fans qui reprochaient, avec raison, un si brutal statuquo. Et sans avoir lu le récit en question (sic !), j’ai hurlé avec eux. Notamment parce qu’il rendait obsolète le run de JMS. Rendez-vous compte : un run brillant, innovant, mature et subversif, peut-être le meilleur de toute la carrière de Spider-man ! Un sacré gâchis, quoi ! J’ai ainsi conspué, sans l’avoir lu, une des plus belles histoires jamais contées sur le héros fétiche de l’écurie Marvel… Et oui, je suis forcé de l’avouer… Aujourd’hui que j’ai pris du recul et que j’ai enfin lu cette histoire, je la trouve magnifique.

Principalement pour ses qualités : Le scénario est dense, fin et bouleversant. Il ne tombe jamais dans le ridicule (si l’on excepte un pacte avec le Diable dont le but -obtenir l’amour des protagonistes plutôt que leur âme- est un peu tiré par les cheveux !) et réussit à faire passer la pilule d’une manière si élégante que je finis par m’incliner ! Jouant sur l’émotion, tout en retenue, sur les sentiments et la fragilité à fleur de peau de ses personnages, tourmentés et lessivés, il frappe au cœur avec subtilité et profondeur. Jamais on ne les a vus si humains et crédibles. Revenant sur la continuité, il offre un condensé du parcours de Peter Parker inédit et incroyablement définitif.

One More Day : Honteux, ou beau à pleurer ?

One More Day : Honteux ou beau à pleurer ? ©Marvel Comics

Les dessins de Joe Quesada sont splendides, son découpage est d’une richesse et d’une inventivité inouïe. Une mise en forme conceptuelle absolument somptueuse (qui annonce les événements à venir par de petits détails placés ici et là), qui finit par s’affranchir de toute narration autre que celle des images (où la preuve de l’effacement progressif de JMS, qui, évidemment, ne supportera pas un statu quo rendant obsolète sept ans de travail acharné).

Si Quesada est lui-même l’architecte de ce retournement de situation, puisqu’il est alors le rédacteur en chef de la Marvel, il s’applique à rendre le résultat le plus abouti possible. Mettons-nous d’accord : Je n’approuve pas le principe du statu quo. Loin s’en faut ! J’ai horreur de ces débilités éditoriales ! Je ne supporte pas les résurrections diverses et variées qui boursouflent l’univers des comics mainstream depuis des lustres. Mais dans ce cas précis, le statuquo était inévitable. Je veux dire qu’il était inévitable que la situation du personnage ne pourrait pas durer. Pour le coup, j’ai du mal à comprendre que les lecteurs n’aient pu supporter cette situation alors qu’ils voient sas cesse ressusciter tous les super-héros (parfois sans explication particulière) sans sourciller ! En définitive, je trouve qu’ici, une fois n’est pas coutume, les auteurs ont amené le statuquo d’une manière infiniment plus subtile qu’à l’accoutumée.

Nous faisons ainsi nos adieux à J.M. Straczynski sur la série Amazing Spider-man. Finalement, je garde le run de JMS pour ce qu’il est : une des meilleures périodes qu’ai jamais connu le personnage. La plus adulte, la plus originale et la plus profonde de mémoire de « Spiderophile ». Et One More Day est la meilleure fin qu’on pouvait lui proposer. Une fin véritable, tout simplement.

52 comments

  • Bruce lit  

    SIP: Spider in Progress
    Je me régale ! J’ai bcp aimé la conclusion de l’intrigue Shade : vilain pourri, incursion sur le plan astra bof mais très belle scène entre un Spidey fantôme et impuissant face à Mary Jane résignée. Un avant goût de One More Day avec le recul !
    J’ai également lu la mini série avec Kat Farrell la journaliste Deadline: chiant, héroïne horripilante mais plutôt bien écrit et dessinné.

    Dans les One Shot de Jenkins
    Le + un affrontement irrésistible entre Peter et le Vautour
    Le – une histoire + que chiante à base de prothèse, de Shield et Octopus.

    Sinon, j’ai aussi découvert le travail de Ron Zimmermann et Darirck Robertson ( Spider-man Sweet Charity : VF 38-39) où Jameson et Parker sous le masque de SM sont obligés pour une oeuvre de charité d’aller camper ensemble dans les bois avec un scorpion plus bête que jamais qui survit dans les bois en ouvrant des conserves avec sa queue (son dard….euh…son accessoire de super vilain, là !). Génial ! Je me tâte pour savoir si j’ai envie d’écrire là dessus. On y trouve aussi les Simpsons en picnic et un Darrick Robertson déchaîné qui rappelle son histoire avec Ennis du Punisher, de Wolverine et des nains !!!

  • Bruce lit  

    SM in Progress
    bon, je me suis mal demmerdé, j’ai des trous dans les épisodes de Shatra et Dormmamu. On y trouve ce qui va peu à peu couler Marvel sous l’impulsion de Millar et Bendis, à savoir peopoliser les héros Marvel : Doom qui se ballade à NY et qui s’en va (pour rien), l’histoire du fabriquant de vêtements etc. C’est aussi le cas de ‘lépisode du camping avec Jameson que j’ai trouvé formidable. Mais je trouve que Straz’ est l’un des rares scénaristes qui parviennent à écrire un Parker névrosé sans qu’il paraisse comme trop souvent un parfait abruti. La dimension héroïque du perso est très bien rendue. Et la thématiques des efforts pour grandir, le social et les valeurs morales sont là. Aujourdhui, Spidey laisserait crever Doom dans l’attentat à son encontre sans lever le petit doigt.

    Les Jenkins sont chouettes même si je trouve Buckingam super académique et très old school jusqu’à ce que le dessin vomiteux de Ramos vienne tout saloper. Mais quel immonde bouillie et je ne parle même pas de ses suiveurs avec le scénario de Zeb Wells. C’est illisible, insupportable, répugnant. Dommage, car la psychologie de Jenkins vaut le coup.

    Je continue d’être estomaqué par l’arrogance de Mannesse qui répond aux Panini fans comme à de la merde (même si certains, visiblement très jeunes, ont un vocabulaire plus que limité).

    • JP Nguyen  

      « SM in progress » : cette formulation m’amuse… Je t’imagine en train d’aller acheter un collier à pointes… Mais je me trompe d’article, on est pas sur Sunstone mais sur Spider-Man, ici ;-)

  • Tornado  

    L’épisode avec Doom, je l’ai trouvé très mauvais et effectivement, j’ai ressenti un besoin de créer de l’événementiel.
    L’histoire du fabriquant de vêtements par contre était rigolote (Thor aime les textiles délicats ! :D ), comme un interlude sympa.

    Ramos est effectivement assez « vomitif » à cette période. Le pire est à venir avec la série « Venom », qui est vraiment sympa, mais complètement massacrée par des dessins de ce genre du début à la fin. A noter que je ressens la même chose avec les dessins de Skottie Young…

    Cela me rassure que tu relèves l’arrogance, la condescendance et le mépris de Jérémy Manesse. A l’époque, il était aussi le modérateur de la page Facebook de Panini et il était très populaire, alors que je trouvais déjà ses réponses sur le courrier des lecteurs extrêmement désagréables. Son remplaçant, Aurélien Vivès, est beaucoup plus consensuel, mais par contre d’une mauvaise foi à tout épreuve ! Il ne répond jamais aux réponses embarrassantes et essaie systématiquement de faire passer les vessies pour des lanternes lorsqu’il s’agit de promouvoir une série de merde.

    • Bruce lit  

      Ah ? Il me semble que c’est Olivier Jalabert qui remplace Manesse. Jalabert est désormais le responsable de Glénat Comics, et il se pourrait qu’on le revoit prochainement par ici….

  • Matt  

    Je sui conscient que c’est un peu hors sujet, mais quelqu’un a lu Midnight nation du même JMS ?

  • Matt  

    Béh…du coup je repose ma vilaine question hors sujet puisque mon commentaire a été enfoui sous les nouveaux.

    • Matt  

      Merci bien.
      Sympa mais un peu daté, donc. C’est noté.

  • Matt  

    Je vois que Panini a publié les épisodes de Spidey chez les vengeurs dans ce volume :

    http://www.bulledair.com/index.php?rubrique=album&album=spiderman_newav

    Mais comme le crossover « the other » a eu droit à son propre deluxe, il y a aussi des épisodes de Tony Bedart. Quelqu’un connait ? ça vaut le coup ou mieux vaut faire l’impasse ?

    • Matt  

      Tiens tu vas sur la VO chroniquer ? Je n’ai pas pensé à aller voir là bas. Merci en tous cas. Je ne m’attendais pas à ce que ce soit positif. Je ne connais pas du tout le scénariste.
      Ton commentaire sur « the other » m’avait quand même refroidi mais je vais peut être faire l’acquisition de ce volume alors.

      • Tornado  

        Très honnêtement je préfère largement « The Other » à ces épisodes lamentables où Spiderman intègre les Avengers pour faire le buzz aux côtés de Wolverine. En revanche j’avais trouvé la mini-série « Breakout » très sympa à l’époque. Même si ce n’est pas du JMS.

  • Eddy Vanleffe  

    C’est marrant, ce run a été dans un premier temps unanimement plébiscité autour de moi.
    De manière générale je ne suis pas un admirateur inconditionnel de JMS admirant surtout Midnight Nation par rapport au reste. En revanche la partie avec John Romita Jr, et bien je l’ai trouvée dans le ton des histoires de Spider-Manque j’aimais bien. le couple avec MJ, la rigolade et le côté drame social (violences à l’école, la gamine dans les rues…) le truc qui était censé choquer avec « la nouvelle vision totémique » et ben pour moi, c’est juste l’excuse pour permettre aux histoires de se raconter et je n’y pas accordé autant d’attention qu’à la réaction de Tante May, les relations humaines.
    PAST SINS, je suis d’accord avec Tornado ( c’est bizarre à dire :) ). C’est extrêmement choquant mais c’est très bien écrit. deux détail me gênent et je pense que ça casse pas mal l’ambition de l’histoire. d’abord y’a ces jumeaux déjà adultes surpuissants, ça fait tarte dans une histoire psychologiquement aussi intense, et puis il y a le fait que Gwen n ‘est pas que un personnage. Dans les comics certains persos sont surtout là pour exercer une fonction. Gwen est LA victime innocente par excellence. elle ne sait pas dans quoi elle est embarquée, elle meure connement sans même savoir pourquoi le bouffon vert l’enlevait. elle est la représentation de l’hypocrisie de Peter qui lui saute à la figure. c’est ça qui a marché dans cette mort. revenir dessus, c’est ternir ou renoncer à une des cordes très particulières de Spider-Man. c’est bizarre venant d’un scénariste qui beaucoup respecté la mythologie du tisseur (son idée de totem lui est venu après une analyse de la période Lee-Ditko-Romita, pas un simple rejet des trucs vieux pour le plaisir du révisionnisme) d’ailleurs le plan de départ était de faire de ces jumeaux les enfants de Peter ce qui aurait totalement changé le truc.
    A partir de Skin Deep, j’ai trouvé ça de plus en plus con, Spidey Vengeur inintéressant, Civil War une négation du personnage (et pas une évolution) et le pacte faustien, pitié. si JMS a assez de talent pour rendre ça émouvant voire même bien écrit, je n’en doute absolument pas mais un pacte avec le diable pour éviter un divorce parce qu’en Amérique, divorcer, ça ne se fait pas. C’est juste n’importe quoi.
    la ret-con depuis est encore plus n’importe quoi, ce qui fait que cet univers a pris un sérieux coup dans l’aile alors que le run partait tellement bien.

  • Tornado  

    Je suis entièrement d’accord avec toi, comme quoi tout peut arriver ! (je plaisante :) )
    C’est vrai que les jumeaux adultes c’était couillon. Et je trouve aussi que le run de JMS part en vrille à partir des New Avengers, mais c’est écrit dans l’article. En revanche il y a un sursaut de temps en temps, notamment avec l’arc « Back in Black » que j’avais trouvé excellent.
    Le « démariage faustien » est dans le fond une vaste couillonnade, on est d’accord. Mais je continue de trouver que JMS & Quesada sont parvenus, par l’élégance de l’épisode et par de superbes passages de très bonne bande-dessinée, simplement, à rendre ça superbe dans la forme.

    • Matt  

      ça m’étonne que tu dises ça de « back in black » parce que pour le coup c’est complètement ancré dans la continuité au point que même moi j’avais pas toutes les cartes pour piger. Il est fait référence au double de Ben Parker (hein ? Il a eu un double ?) et au Spider-man de 2211 (c’est qui lui ?), ça se passe après civil war qu’il faut avoir lu pour suivre, etc. Pfiou…

      • Bruce lit  

        @Matt : je n’ai pas bien compris si tu parlais du double de l’oncle Ben ou de Scarlett Spider.
        Le double de Ben Reilly c’est Kaine, le premier clone raté de Spider-Man

        • Matt  

          Non ça oui je connais, mais je crois qu’il est question du double de l’oncle Ben.

          @Eddy : Sins Past m’a fait chier pour le caractère inutile de la « shock value » et l’idée stupide de faire grandir vite les jumeaux (pour que ça fonctionne au niveau de la continuité car on n’a jamais vu Gwen enceinte). Tout est tiré par les cheveux et ça ne sert à rien. Mais je vous rejoins sur le fait que c’est bien écrit.
          Le truc par contre c’est que j’avais lu que JMS voulait que ce soit les gosses de Peter mais Marvel ne voulait pas faire de Peter un père, alors il a fallu dire que c’était Osborn…ce qui a rendu une idée sympa en truc inutilement choquant.

      • PierreN  

        @Matt: Le double de l’oncle Ben, il n’est pas dans l’arc de JMS et Garney, mais plutôt dans les épisodes de David et Wieringo sur la série Friendly Neighborhood Spider-Man. Le macaron « back in black » accolé à toutes les séries Spidey (la période durant laquelle la série doit s’aligner sur Spider-Man 3 en remettant au goût du jour le costume noir, et non pas la version symbiotique) peut prêter à confusion, mais j’ai l’impression que Tornado fait uniquement référence à l’arc de JMS.

  • Eddy Vanleffe  

    Ah ouais Olivier veut qu’on si’ncrive sur le forum.
    comme je peux aller librement sur le site, j’ai pas fait gaffe.
    je vais le mettre en copié/collé

    « Pourquoi cette histoire a-t-elle laissé une marque aussi négative dans les esprits ? La retcon de trop ? Pourquoi Gwen Stacy elle-elle malgré son statut de personnage secondaire, à ce point intouchable ? La mémoire (d’une personne fictive) qu’il ne faut pas salir.

    Pourtant cet arc est loin d’être torché à la va vite. Non John Michael Straczynski a potassé son sujet. Il a relu le run de Gerry Conway, cale son intrigue parfaitement dans les blancs et redonne un éclairage différents aux situations en allant jusqu’à reprendre les dialogues exacts d’origines. C’est bien fait, redoutable et diabolique. C’est même l’un des trucs fait après coups les plus étudiés que j’ai lu. Le problème, c’est le sujet et sa façon d’être mis en lumière.

    Peter vient de renouer avec son épouse Mary-Jane, n’a plus de secret pour sa tante et coule enfin des jours heureux. Jusqu’à ce qu’une lettre vienne faire voler en éclat ce bonheur finalement fragile. Cette lettre, c’est celle que Gwen avant sa mort à renoncer à envoyer. Elle lui avoue avoir un terrible secret qui changera leur relation à jamais…Une ennemi mystérieux donc, veut remuer le passé non pas de Spider-Man mais bien Peter Parker. Une personne qui lui en veut pour la mort de Gwen. Le scénariste distille les indices de manière d’abord banale mais entretient d’une manière quasi sadique la tension malsaine qu’on sent poindre en vue de la révélation finale. La souffrance de Peter est palpable et les cicatrices explosent comme des sutures de la veille. Tout lui pète à la gueule. La trahison d’aborde de son amour virginal de jeunesse, puis celle de son épouse et enfin sa propre attitude. Comment en vouloir à quelqu’un de savoir garder des secrets quand on est le plus grand cachottier du monde (enfin après Matt Murdock^^). Oui parce que comble de tout, c’est Mary Jane qui porte l’estocade. Tous les flashbacks prennent une autre tournure et Peter comprend enfin pourquoi cette jeune fille si pure est morte ce soir-là, de cette main-là.

    Straczynski joue de manière perverse avec la continuité pour salir de manière à la fois perverse mais vraisemblable (on est un comics hein !) l’image que le fan avait de son idole. C’est bien une des seule fois où le lecteur est secoué dans sa routine de lecteur. L’auteur vient même le violer. Et du coup ce n’est plus seulement Peter qui a envie de tout casser, c’est nous, avec lui. L’empathie fonctionne à donf’.

    Gwen a donc eu des enfants pendant son voyage en Europe et ces derniers reviennent assoiffés de vengeance mais aussi en quête de réponses.

    A partir de là, le scénario reprend une tournure plus traditionnelle, Peter parvient à dépasser ses démons et redevient cet homme responsable, ce héros qui se dépasse sans cesse. Il porte secours à ces être symboles de tous ses échecs. Il n’y parviendra qu’à moitié. Il parviendra à vaincre d’une manière complètement capillotractée , l’héritage Osborne pour la fille mais le garçon s’entête et s’évanouit dans la nature amnésique, clin d’œil final à la grande Saga des Bouffons entamée par Stan Lee qui aimait laisser la sécurité de son héros à la merci de la mémoire de son ennemi.  »

    Cette histoire est un crève-cœur, affreux et ignoble, mais elle n’en a pas pour autant mauvaise. Elle démontre de plus que si le fan en tant que despote jaloux de ses droits, ne peut supporter la moindre contrariété quant à certains personnages figés dans l’ambre pour l’éternité.

    Ais-je aimé ce changement ? Bien sûr que non, mais la tension et la montée en puissance du malaise partagé entre les protagonistes et le lecteur aussi désemparés les uns que les autres, sur les quatre premiers épisodes de cet arc en 6 parties est un véritable tour de force en même temps que d’être l’œuvre d’un auteur attentif et respectueux des détails.

    Beaucoup de retcons sont bien plus moisies que celle-ci mêmes si plus inoffensives,

    • Matt  

      Je suis assez d’accord même si, comme je l’ai dit, je crois que JMS avait prévu de faire des gosses ceux de Peter à la base. Donc il s’est adapté et a bien écrit cette histoire, mais je soupçonne que l’idée capilotractée des jumeaux adultes vienne de Marvel.
      Pour ma part je dois avouer que j’ai détesté cette histoire avant de la lire. J’avais un sacré a priori en fait, notamment à cause de tout ce qu’on pouvait lire dessus sur les forums US, comme quoi Gwen devenait une grosse p***. Mais en fait c’est plutôt le puritanisme américain qui est à l’origine d’un tel mouvement de rejet de cette histoire. Bon ça choque hein, et ça fait un peu chier aussi, surtout que je n’aime pas la rétro-continuité, mais après avoir lu l’histoire j’y ai vu des qualités aussi et je suis en paix avec cette histoire maintenant.
      One More Day par contre…NON ! JAMAIS !

  • Matt  

    Bon j’ai lu la partie chez les Avengers et même le crossover « the other » et…ouais, bof.
    La partie chez les avengers n’est pas mauvaise mais assez oubliable quand même.
    Quant à the other…houlà…c’est assez naze.
    Les épisodes de Reginald Hudlin sont en effet nullissimes. Mention spéciale au voyage en Latvérie avec la tante May et MJ…juste pour revivre une petite scène du passé grâce à sa machine temporelle. C’est comme si j’essayais de pénétrer dans la maison blanche pour le plaisir de m’asseoir dans le fauteuil présidentiel.
    Il y a un fossé qui sépare les épisodes des divers auteurs. D’ailleurs personne n’a remarqué que d’un épisode à l’autre, le bras que MJ se fait casser par Morlun n’est même plus cassé juste après ? Magnifique synchronicité des auteurs bossant sur l’histoire.

    Et puis les épisodes de JMS sont certes mieux…mais ça raconte quoi au juste ? Une mort et une résurrection ? Le gimmick insupportable toujours utilisé par Marvel comme point central d’une histoire ? Bon…ok c’est pas la mort la plus mal fichue puisqu’il y a de l’émotion mais ça ne raconte pas grand chose en 12 épisodes. ça aurait pu durer 2 fois moins longtemps.
    Et Morlun meurt comme une merde (alors qu’il était déjà mort d’ailleurs…allez comprendre)
    Enfin je sais pas…j’ai trouvé ça assez inutile.

    • Tornado  

      Je suis bien d’accord. C’est écrit à peu-près la même chose dans l’article, justement.

  • Bruce lit  

    Avec presque 20 ans de retard j’ai enfin lu The Other, et je plussoie à ton article : les dessinateurs qui passent après Deodato piquent les yeux….C’est souvent assez médiocre et il est tout à fait possible de comprendre la saga en se focalisant sur les épisodes de Stracz’.
    Son écriture est impeccable ; c’est un vrai bonheur de lire ce Peter aussi mature qu’amoureux et finalement cette histoire de réincarnation est presque anecdotique. Ce qui compte et c’est le cas pour tout ce run, ce n’est pas ce qui arrive à ses personnages qui compte mais comment ils le vivent. Là c’est brillant.

    • Matt  

      Personne à part moi n’a remarqué le bras de MJ cassé en 3 qui guérit par miracle entre deux épisodes ?^^
      J’ai trouvé the other assez naze. Revendu. ça ne sert à rien. A la limite pour le côté Parker mature amoureux, la partie chez les avengers avant « the other » est plus sympa. Moyenne aussi, mais plus intéressante que ce bazar de crossover.

  • Bruce lit  

    Disons que le run est une intrigue au long cours sur l’amour de Peter pour sa femme et ce qu’il va perdre. Ce sont les moments d’intimité qui sont les plus beaux.

  • Tornado  

    J’ai tout gardé du run de Stracz. C’est même à cause de ça que j’ai gardé les deluxes Civil War.
    Du coup, j’ai tout en librairie (3 tomes de la collection Icons + New Avenger et The Other en deluxe + Civil War 0 et 2 en deluxe + One More Day en deluxe). La Totale. Et du coup j’ai revendu l’intégralité des revues.

    Le passage que j’aime le moins du run, c’est « New Avenger » avec l’Hydra et toutes ces conneries mainstream, l’amourette entre Jarvis et Tante May et tout. Je préfère encore The Other. Et contrairement à tout le monde, j’adore « One More Day » malgré la connerie du démariage…

    Des revues, je ne regrette que certains arcs de Paul Jenkins et les très beaux épisodes de l’anthologie « Spiderman Unlimited ». La saga Venom de Daniel Way était sympa, mais sans plus. Et je n’ai jamais tenu 3 pages sur Spider-girl…
    Et puis j’ai aussi retrouvé le run de Millar et les Thunderbolts d’Ellis en deluxe, évidemment. C’était vraiment une très bonne période pour le tisseur ! La meilleure de son histoire éditoriale, pour moi en tout cas.

    • Bruce lit  

      Oui, l’histoire d’Hydra est bien faiblarde. Mais compensée avec les tranches de vie à la tour des Avengers. Stracz’ a vraiment bien su gérer ses contraintes éditoriales. C’est très fluide dans la narration.

  • James  

    Le run de JMS sur spider-man commençait bien avec le super travail de Romita Junior! Mais contrairement à ce que l’ article dit!!Je trouve que JMS n’ a pas été jusqu’ au bout de ses idées exemples:ce n’était pas Norman le père des enfants de Gwen Stacy mais Peter et cela a été changé !!Sans oublier ,une évolution plus ‘adulte » aurait voulu que Peter et MJ divorcent ce qui est très banal à notre époque!!!En somme un bilan assez inégale surtout après le départ de Romita Junior!!Petite remarque;pour ma part la saga black in black est très surestimé car spiderman fout sa raclé au Caïd !Je ne voyais rien d’ exceptionnel surtout que les canons actuels ont donnés une plus grande force à Peter qu’ à l’époque de Stan Lee comme dans le run de JM DeMatteis et Sal buscema dans lequel un spiderman en colère bat sans difficulté le rhino(là c’ était badass et pas anecdotique !!)

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