Un nouveau Dieu omnipotent est né (Le gant de l’infini)

 Le gant de l’Infini par  Jim Starlin, George Perez et Ron Lim

L'omnipotence s'incarne

L’omnipotence s’incarne©Marvel Comics

Première publication le 05/04/15- Mise à jour le 26/03/18 puis le 22/04/19

AUTEUR : PRÉSENCE

VO : Marvel

VF : Panini

Cette histoire se compose des 6 épisodes de la minisérie parue en 1991.

Depuis sa parution, il s’agit d’une des histoires les plus plébiscitées par les lecteurs de comics de superhéros, arrivant souvent en tête des classements des référendum (sur CBR par exemple).

Dans Rebirth of Thanos (en anglais), Thanos a acquis les 6 gemmes de l’infini. Il dispose maintenant d’un pouvoir qui fait de lui l’égal d’un dieu. Pas un dieu à la sauce Marvel, un dieu qui a tout pouvoir sur les composantes de l’univers : le temps, l’espace, le pouvoir, l’esprit, la réalité et l’âme. Il a aussi bien le pouvoir d’anéantir l’univers entier que de créer tout et n’importe quoi (même la vie) à son bon vouloir.

L'égal d'un dieu, c'est marqué en toutes lettres

L’égal d’un dieu, c’est marqué en toutes lettres ©Marvel Comics

Il est Dieu dans l’acceptation pleine et entière du terme, il est omnipotent dans le sens littéral du terme. Et il est amoureux de la personnification de la Mort. Quelque part dans l’espace, il réfléchit à ses actions. Mephisto (le Satan de l’univers Marvel, celui qui collecte les âmes des pêcheurs) est aux cotés de Thanos.

Mais ses premiers jours en tant qu’être suprême commencent mal : la Mort le repousse pour différentes raisons. Il faut qu’il crée une action à la mesure de son amour.

D'un simple claquement de doigts

D’un simple claquement de doigts ©Marvel Comics

D’un simple claquement de doigt il met fin à la vie de la moitié des êtres vivants de l’univers. L’instant d’avant il y a avait 40 personnes devant vous sur le trottoir, l’instant d’après il n’y en a plus que 20 (si vous faîtes partie des survivants). Il en est de même partout dans l’univers, quelle que soit la planète considérée. Il s’occupe également de manière créative de Nebula, celle qui prétend être sa petite fille. Sur Terre les superhéros ne peuvent que constater bêtement la disparition de la moitié de la population humaine. Dans une chambre d’hôtel minable, 3 défunts se métamorphosent petit à petit en troll, en femme à la peau verte et en cocon.

Jim Starlin revient chez Marvel, il prend les mêmes et il recommence. C’est le premier constat du fan qui ne peut être que déçu de la solution de facilité choisie : ramener à la vie Thanos, Adam Warlock, Pip et Gamora. Mais bon, tous les lecteurs ne sont pas forcément bloqués comme moi sur les travaux précédents et Starlin déroule une drôle d’histoire. Avec un tel ennemi, il est évident que les superhéros de la Terre ne font pas le poids.

Il n'y aurait pas des superhéros plus costaud que ceux-là ?

Pas de superhéros plus costauds que ceux-là ? ©Marvel Comics

Thanos n’est pas le premier maître du monde venu. Il a déjà eu un avant-goût de cette omnipotence en mettant une première fois la main sur un cube cosmique, et une deuxième fois en parasitant la gemme de l’âme de Warlock. En plus, c’est un stratège exceptionnel comme il l’a prouvé en récupérant les 6 gemmes en dépit de la volonté de leurs propriétaires. Un seul espoir : le plan indéchiffrable de Warlock, personnage inconnu des superhéros terriens.

Du début jusqu’à la fin, Warlock manipule les interventions des superhéros dans l’ombre. Du début jusqu’à la fin les superhéros vont au casse-pipe sans presqu’aucun espoir. Assaut après assaut, Thor, Namor, Iron Man, Firelord, Wolverine, Scarlet Witch, Drax, Hulk, Cloak, Quasar et Captain America se font massacrer. Et pourtant, Starlin renouvelle chaque combat pour des enjeux toujours plus colossaux, avec des tactiques échevelées.

Toutes les personnifications de l'univers vont trinquer

Toutes les personnifications de l’univers vont trinquer©Marvel Comics

Malgré l’omnipotence de Thanos, Starlin arrive à faire croire au lecteur que les superhéros ont une infime chance de gagner. Il glisse un clin d’œil vers Les guerres secrètes avec le rôle de Doctor Doom. Il varie les stratégies et il varie la configuration des attaquants en convoquant les personnages les plus puissants de l’univers Marvel (oui il y a Galactus, mais pas seulement). On reconnaît là tout le savoir-faire de Starlin qui réussit une fois encore à montrer la cohérence entre toutes ces entités nées de créateurs différentes dans des séries différentes.

En termes de destruction, Starlin ne fait pas les choses à moitié car Thanos ne s’arrête pas à supprimer la moitié des êtres vivants, il a encore d’autres actions de destructions massives en réserve. Thanos est un nihiliste assez primaire : il aime la Mort donc il n’hésite pas à détruire la vie pour offrir à l’élue de son cœur un cadeau somptueux.

La source du pouvoir : les gemmes de l'infini

La source du pouvoir : les gemmes de l’infini©Marvel Comics

Coté illustrations, les dessinateurs suivent tant bien que mal. George Perez dessine trois épisodes et demi, puis quitte le navire.

Il déclarera plus tard qu’il n’avait pas réussi à s’investir dans un scénario qu’il trouvait trop mécanique. Cela ne l’empêche pas de réaliser un travail très professionnel avec une mise en page toujours aussi claire quel que soit le nombre de personnages.

Un sens intelligent de la mise en scène et de la spatialisation

Un sens intelligent de la mise en scène et de la spatialisation©Marvel Comics

Perez a une vision vraiment intelligente de la mise en scène des combats et du choix des angles de vue. Tout est lisible, l’impact des coups est ressenti par le lecteur, ainsi que le sentiment d’impuissance et de désespoir grandissant des superhéros. Thanos est massif et majestueux de bout en bout. Warlock est mystérieux et indéchiffrable. Mephisto est ambigu et retors. Les scènes de destruction massive sont très impressionnantes qu’elles soient en sous-entendu (Thor qui survole les flots là où il y avait avant le Japon), ou explicites (Black Widow à bout de forces, témoin du décès d’une femme dans l’effondrement d’un immeuble).

À partir de l’épisode 4, Ron Lim vient en renfort et il dessine tout seul les 2 derniers épisodes. Les illustrations perdent en détails et en réalisme (en particulier les visages manquent de finesse), mais elles gagnent en impact visuel brut.

Le marteau de Thor : un jouet !

Le marteau de Thor : un jouet !©Marvel Comics

L’équipe de créateurs proposent une fin du monde inéluctable au cours de laquelle les superhéros déploient des trésors de ressource et d’inventivité en pure perte. Tout leur courage ne sert à rien. Mais ce récit laisse un goût étrange dans l’esprit.

Arrivé au deuxième épisode, le lecteur chevronné sait pertinemment que le statu quo sera rétabli en fin d’histoire car les bouleversements sont trop importants. Malgré tout la mécanique implacable du scénario empêche de se désintéresser des péripéties. Mais quand même cette structure est vraiment déconcertante, toute l’intrigue repose sur la rouerie de Thanos et sur la variable inconnue que représente Warlock. Il tire les ficelles en coulisse du début jusqu’à la fin sans rien révéler. Il mène la danse, il programme les combats, il joue une partie d’échecs avec plusieurs coups d’avance, contre Thanos.

Le lecteur est simple spectateur et déchiffre la stratégie au fur et à mesure. Finalement Warlock écrit l’histoire que lit le lecteur, il est le scénariste. Et c’est là la plus déstabilisante des prises de position de Jim Starlin. Warlock est un deux ex machina du début à la fin, il est la matérialisation du scénariste au sein de l’histoire.

Adam Warlock : l'homme au-dessus de la mêlée

Adam Warlock : l’homme au-dessus de la mêlée©Marvel Comics

Finalement, le vrai nihiliste n’est pas Thanos aveuglé par ses sentiments pour la mort, mais bel et bien Starlin qui n’a aucune illusion sur ce qu’il peut changer dans cet univers partagé, aucune illusion sur l’impermanence de l’impact de son récit. Pour Starlin, ce combat est dénué de toute signification, de tout but, de toute vérité compréhensible ou encore de toutes valeurs ; il n’est vraiment qu’un simple divertissement du moment, une illusion du changement, un frisson gratuit, mais en même temps un hymne à la création.

Jim Starlin se joue du lecteur, aussi bien que Warlock se joue de Thanos. Le vrai malaise nait de cette manipulation effectuée au grand jour avec la complicité du lecteur, une prise de position vraiment nihiliste.

Au suivant !

Au suivant !©Marvel Comics

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LE classique qui mettra toutes les générations de lecteurs Marvel à la une de Bruce Lit : Le gant de l’infini enfilé par notre contributeur Présence ! ‘Nuff Said !

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67 comments

  • Jyrille  

    Je viens de le lire ! Cela m’a pris un peu de temps. C’est très étrange. Comme je ne suis pas un habitué de ce genre de lectures, j’ai bien ressenti tout le désespoir des super-héros, j’ai bien ressenti un grand nihilisme dans cette histoire, tout en me doutant que le mystérieux Warlock allait résoudre ça. Je savais que cela ne pouvait que bien se terminer, mais je me demandais tout du long où allait cette histoire. Je n’ai pas vu trop de différences entre les dessinateurs, je devrai faire plus attention. J’ai surtout été étonné par la dimension totale de cette histoire, si c’est le genre cosmique qu’affectionne Mattie, c’est très psychédélique ! Même si cela date de 1991, j’ai l’impression d’être dans les années 70 et d’écouter du rock progressif… D’ailleurs je trouve que le Dr Strange ressemble énormément à Frank Zappa là-dedans.

    J’ai bien aimé, mais les couleurs trop flashy et les costumes vraiment trop ridicules parfois, me font un peu sortir de l’histoire. Evidemment beaucoup de choses m’ont échappé quant à la continuité (pas le vrai Thor ? c’est quoi ces gens qui se réincarnent dans des morts d’un accident de la route ?) mais ce n’était pas si gênant.

    Deux choses m’ont frappé pendant la lecture : à un moment, j’ai vru relire l’histoire de THE AUTHORITY où toute l’équipe doit se battre contre un ancien Docteur omnipotent. Mais alors qu’il semble arriver au même dénouement, ici, Thanos reprend ses esprits et le combat continue… C’est un peu dommage. L’autre, c’est que cela très peu à voir finalement avec les films sortis récemment. Il y a bien des éléments communs (le gant, les pierres, le claquement de doigt, la moitié des êtres vivants…) mais c’est totalement différent. Ces deux approches seraient ainsi complémentaires, car tout ce psychédélisme serait lassant au cinéma, alors que sur planche, il peut être grandiose, marquant (le visage déformé de Thanos en pleine page, la disparition du Japon, les doubles planches avec les entités cosmiques), parfois abscons.

    Je vais voir si je trouve le run WARLOCK, ce personnage est finalement intéressant. En tout cas, ta conclusion est toujours très percutante, et seul un vieux routard de Marvel pouvait en voir la saveur.

    • Matt  

      Pip le troll et Gamora qui se réincarnent, il faut avoir suivi le run cosmique de Starlin. Son Warlock surtout. Dispo en 2 tomes Hachette.
      Le faux Thor, j’en sais rien, on s’en fout.
      Les costumes ridicules ? Mec, t’es dans du super héros !

      « Ces deux approches seraient ainsi complémentaires, car tout ce psychédélisme serait lassant au cinéma, alors que sur planche, il peut être grandiose, marquant »

      Oui après le comics est plus myhtologique. Donc on voit des entités divines partout, etc. Possible qu’au ciné ce soit le bordel.
      Mais là ou ça diffère, c’est que c’est surtout une histoire de Thanos qui cherche le pouvoir et s’aperçoit que ça ne lui donne pas ce qu’il veut. C’est plus une réflexion sur le pouvoir.

      Tu devrais lire la quête de Thanos. C’aurait été mieux de le lire avant mais bon…
      La façon dont il récupère les pierres, sans intervention d’aucun héros, raconte son histoire et ses réflexions. En plus cela reprend aussi les épisodes du silver surfer ou Thanos est ramené du monde des morts (il a été tué lors d’une de ses premières sagas contre Warlock et captain Marvel) par sa maitresse Dame mort pour accomplir cette mission.

    • Matt  

      Les 2 tomes Warlock (collection noire) de hachette propose les épisodes de Starlin et aussi un crossover Avengers avec la première mort de Thanos.
      Après si tu veux encore remonter plus loin en arrière avec Thanos, il faut prendre les 2 tomes Hachette (toujours collection noire) « la vie et la mort de captain Marvel »
      Mais ça commence à faire beaucoup. Et c’est un peu plus kitsch et vieillot pour quelqu’un de pas habitué.
      Et si tu veux savoir ce que devient Adam Warlock avec le gant (car finalement à la fin du gant, le problème est juste déplacé), tu prends le tome de la collection rouge hachette « Warlock » qui présente ses origines d’abord, mais surtout les 6 premiers épisodes de « Infinity Watch » dans lesquels Warlock distribue les gemmes de pouvoir à ses acolytes pour ne plus être omnipotent. Elles seront données à Dragon-Lune, Gamora, Pip, Drax, un autre mystérieux personnage, et lui-même

    • Matt  

      Donc tu prends la quête de Thanos + les 3 tomes Hachette estampillés « Warlock »

      Allez allez !
      ^^

      • Jyrille  

        Ok merci pour les conseils, je vais me renseigner et reviens vers vous (tous) pour les éditions… Mais sans doute pas dans l’immédiat : j’ai beau avoir trouvé ça plutôt malin, je ne suis quand même pas client de super-héros de ce style…

        • Matt  

          Ah c’est toi qui disait vouloir en savoir plus sur Warlock.
          Et franchement ça ne fait pas très « super héros » Warlock. Plus cosmique psychédélique oui. Il n’y a aucun héros de la terre sauf à l’occasion d’une rencontre avec THanos.

          Mais si au final ça te fait trop, je conseille quand même la quête de Thanos. C’est là qu’à son retour Thanos explique au surfeur d’argent pourquoi il compte réduire la population de l’univers de moitié, avec message écologiste et tout. Et sa façon de récupérer les pierres est intéressante, plaçant le personnage de Thanos à la frontière du bien et du mal, avec sa propre logique et aucun plaisir sadique à faire ce qu’il fait.

        • Matt  

          Pour ma part je trouve même la quête de Thanos meilleur que le gant de l’infini.
          Disons que dans « le gant », on est rapidement dans, avouons-le, une grosse bataille.
          C’est dans « la quête » que les enjeux se décident et qu’on apprend à mieux cerner les personnages.

          • Présence  

            Parce que vous l’avez demandé ( :) comment ça j’invente ?), Thor avait été banni par Odin à l’époque, et remplacé par Eric Masterson (pour faire simple).

          • PierreN  

            @Présence : Et il a fini par avoir son titre spin-off (Thunderstrike), une fois l’intérim terminé.

          • Jyrille  

            Et la ressemblance de Strange avec FZ, alors, Présence ? J’hallucine ?

          • Présence  

            @Jyrille – Il a fallu que je retrouve mon exemplaire pour voir les pages. La ressemblance entre Dr. Strange & Frank Zappa : à partir de l’épisode 4, c’est-à-dire quand Ron Lim dessine, je trouve qu’il n’y en a plus du tout. Avant (pour les épisodes 1 à 3) c’est vrai qu’il y a quelque chose dans la moustache, mais il manque le petit bouc sous la lèvre supérieure, ainsi que la chevelure plus longue. Maintenant que tu me l’as fait observer, il y a un petit air de ressemblance, mais je n’y retrouve pas les expressions de visage de Zappa.

          • Jyrille  

            Aah merci Présence ! Oui, à la fin ce n’est plus le cas, mais avant, il y a quelque chose dans la longueur du visage et la moustache.

          • Matt  

            T’es juste obsédé par les musiciens^^

          • Jyrille  

            Non, ça m’a juste sauté à la figure ^^

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