Sláine, le dieu cornu par Pat Mills et Simon Bisley
1ère publication le 15/09/15- Mise à jour le 29/03/26
Un article de : PRESENCE
VO: Rebellion / 2000 AD
VF: Nickel éditions, Delirium
Sláine MacRoth est un personnage créé par Pat Mills et Angela Kincaid, apparu pour la première fois en 1983, dans le numéro 330 de l’hebdomadaire anglais 2000 AD. C’est un barbare hirsute, avec un pagne ceint autour des hanches, une arme tranchante (ici une hache) dans une époque mythique (l’âge d’or de la légende des celtes, en lieu et place de l’âge Hyborien) se battant contre des créatures surnaturelles, des sorciers et autres monstres. Pat Mills a indiqué qu’il s’est inspiré de Conan de Robert Erwin Howard, mais aussi de de Cúchulainn (héros de la mythologie celtique irlandaise).
Dans le premier tome (Warrior’s dawn), le lecteur faisait sa connaissance contre un gros monstre pendant que le nain Ukko vidait subrepticement les bourses des 4 individus qui avaient parié sur l’issue du combat. Ces premières histoires montrent un Ukko, individu plutôt pleutre, prompt à se cacher pendant que Sláine se bat, voleur, menteur et arnaqueur dans Tír na nÓg (la Terre de l’éternelle jeunesse), une Terre légendaire de la mythologie celtique, correspondant ici à une Angleterre datant d’avant sa séparation d’avec le continent européen.
Sláine est un valeureux guerrier issu de la tribu de Cesaire qui a dû la quitter après avoir courtisé Niamh, la fille du Roi. Il fait partie des guerriers Red Branch, ceux capables de maîtriser les énergies de la déesse mère lors de monstrueux spasmes de déformation (warp spasm).
Au cours de ces premières aventures, Sláine et Ukko vont acheter une prison abritant un monstre à écailles, libérer Medb (une jeune femme) promise en sacrifice à Crom Cruach, échapper à un nain maréchal ferrant, trempant ses lames dans le sang, exterminer un monstre Shoggey, servir de gardes du corps à Slough Throt, un seigneur Drune. Le tome 2 commence sur la base d’un voyage ramenant Sláine vers son village natal (toujours avec Ukko en remorque) pour combattre un dragon. Mais dans la deuxième partie, Sláine se retrouve à se battre dans une autre dimension contre des créatures extradimensionnelles (les Cythrons) et contre leur guerrier Elfric (étrange hommage déplacé à Elric de Michael Moorcock), aux côtés des Atlantes (avec un certain Myrddin, une déclinaison de Merlin).
Le début du troisième tome continue dans cette veine SF mâtinée de monstres lovecraftiens. La deuxième moitié revient en terre de Tír na nÓg où Sláine retrouve Niamh avec qui il avait fauté. Il suit un parcours initiatique destiné à prouver sa légitimité à devenir haut roi des celtes.
Ce tome fait suite à Slaine the king. Il contient une histoire complète, initialement parue en épisodes dans le magazine « 2000 AD » (progs 626 à 635, 650 à 656, 662 à 664 et 688 à 698) en 1989/1990. Le scénario est de Pat Mills, et les dessins de Simon Bisley. C’est le premier tome en couleurs des aventures de Sláine.
À la fin du tome précédent, Sláine était couronné roi de sa tribu. Mais il lui restait encore à unifier les 4 tribus d’Irlande derrière un même chef pour lutter contre un envahisseur monstrueux, et ainsi libérer le pays de Tír na nÓg.
La première séquence montre le nain Ukko, des années plus tard, en train d’écrire l’histoire de Sláine. Il évoque en une dizaine de pages ses aventures jusqu’alors, ainsi que les forces en place, de l’histoire personnelle de Sláine (sa relation avec Niamh, ses spasmes de déformation) aux déités (Danu la déesse mère et Lug le dieu solaire), en passant par les ennemis (Medb, Lord Weird Slough Feg, les seigneurs Drune, les fomorians) et leurs déités (Crom-Cruach, les dieux de Cythrawl), sans oublier la ferme des dragons.
Contre l’avis de Cathbad (le prêtre de sa tribu), Sláine décide de rassembler les trésors des autres tribus. Il dispose déjà du Chaudron de Sang, il manque l’Épée d’argent lunaire de Gorias, la Lance incandescente du soleil de Finias et la Pierre sacrée du destin de Falias. Mais avant, il doit se présenter devant la déesse mère. Il entreprend une descente dans le Chaudron de Sang pour obtenir audience.
Dans la postface, Pat Mills ironise sur le fait que Simon Bisley était un fan de Conan et qu’il était venu pour dessiner les aventures d’un barbare belliqueux et bagarreur. Il explique que la confrontation du point de vue de Bisley avec le sien a abouti à une histoire hors norme de Sláine. Effectivement lorsque Sláine s’empare de la Lance et que la Pierre se met à gémir, il est possible de repérer un sosie de Conan faisant une drôle de tête.
Dès la scène d’introduction, le lecteur prend conscience que les auteurs sont passés au niveau supérieur. Pat Mills prend soin de créer un dispositif narratif qui présente ces aventures de Sláine dans un cadre mythologique, le vieux compagnon du héros écrivant ses mémoires, relatant des faits inscrits dans l’Histoire. Dès cette scène, les images de Bisley transportent le lecteur dans un ailleurs d’une rare densité, d’une rare intensité. Il a réalisé ces pages à la peinture, mêlant plusieurs techniques, laissant les couleurs transcrire les émotions des personnages. C’est ainsi qu’apparaît un vieux nain, au visage ridé, à l’expression lasse, à la silhouette voutée, dans des teintes sombres d’un rouge incandescent.
Le lecteur ressent avec force cette atmosphère alourdie par la mort qui se rapproche, et la nostalgie du temps passé. Dès la deuxième page, les couleurs sont plus vives pour évoquer les aventures de Sláine. Dès la deuxième page, le lecteur constate la démesure des images conçues par Bisley. Les guerriers ont des corps de culturiste, la chair est prise de soubresauts violents sous l’effet du spasme de déformation, les armures sont ouvragées à la déraison. Bisley rend hommage à Frank Frazetta et à Richard Corben, tout en conservant une exagération qui lui est propre. Très rapidement le lecteur comprend que les dessins de Bisley ne doivent pas être pris dans un premier degré purement figuratif, mais dans un second degré teinté d’expressionisme.
Cette approche graphique est en parfaite harmonie avec le récit de Pat Mills. Pour ce quatrième tome des aventures de Sláine, il a décidé d’embrasser pleinement la mythologie celte, délaissant les aventures spatio-temporelles précédentes. Il va piocher dans le Lebor Gabála Érenn (entre autres) en le débarrassant de sa réécriture catholique, pour développer une vision de la cosmogonie et de la société celtiques assez personnelle. C’est ainsi que dans la première partie, Sláine a une discussion de 8 pages avec Danu, exposant la suprématie de cette déesse, et donc la prééminence de la composante féminine dans la société celte, recréant à sa sauce le stéréotype du héros viril et triomphateur. Mills relativise la toute-puissance de la virilité masculine, en ne lui accordant que la seconde place derrière la fécondité féminine, symbole de la terre nourricière. Cela ne diminue en rien les hauts faits guerriers de Sláine, la violence des combats, la force des coups, mais cela les place dans une autre perspective.
D’un côté, le lecteur découvre une trame très classique de récit d’heroic-fantasy, avec tribus se battant contre un envahisseur monstrueux, aidé par des sorciers souhaitant la destruction de la race humaine. De l’autre côté, il plonge dans des coutumes et des rites d’une culture particulière (les celtes d’Irlande), et il voit d’un œil neuf ces récits gorgés de testostérone, assujettis à une déesse participant à l’ordre de l’univers.
Simon Bisley fait feu de tout bois tout au long du récit, hypnotisant le lecteur avec des visions dépassant les stéréotypes propres aux récits de barbares, refusant de reproduire les clichés visuels des histoires de Conan et consort, s’émancipant d’une représentation purement figurative, pour donner son interprétation de l’histoire. Sláine se coiffait à la mode celte, en sculptant ses cheveux en pointe ; Bisley lui fait des pointes évoquant le hérisson, certainement impossible à réaliser dans la réalité, mais parfaitement représentatives du piquant du personnage. Sláine porte une ceinture destinée à l’aider à supporter les spasmes de déformation ; Bisley en fait une énorme ceinture qui l’empêcherait de se pencher dans la vie de tous les jours, mais qui figure avec force l’énergie qu’elle doit contenir.
Sláine rencontre la déesse Danu, Bisley n’en fait pas une frêle jeune fille taille mannequin, mais une femme épanouie. Un dragon prend part au combat ; Bisley n’essaye même pas de le naturaliser, c’est un monstre gigantesque aux dents innombrables et acérées, avec des griffes d’une taille démesurée. Loin d’assaillir le lecteur par une exagération constante, ces images le transportent dans un monde fantasmé, avec une grande cohérence interne, aux saveurs relevées.
De son côté, Pat Mills semble avoir fait des efforts pour éviter les ellipses brutales dont il est coutumier, ainsi que les ruptures de ton sans concession du fait de transitions inexistantes. Le dispositif d’Ukko narrant l’histoire des décennies plus tard apporte les transitions nécessaires d’une partie du récit à l’autre, et fournit des respirations humoristiques bienvenues, sans casser l’ambiance du récit. Son travail de recherche sur les mythes et légendes celtiques transparaît dans chaque scène, sans parasiter le récit, sans le transformer en un cours didactique. Ses personnages disposent tous d’une personnalité affirmée et de motivations réelles, sans recours à un altruisme peu vraisemblable.
Si vraiment il fallait trouver des défauts dans ce récit, il serait possible de regretter les motivations trop basiques des ennemis et les rappels un peu trop lapidaires sur des éléments apparus dans les tomes précédents (pas d’explication sur l’importance ou la fonction du harnais de déformation, l’importance donnée aux dragons apparus dans le tome précédent, à commencer par Knucker). Mais ces éléments passent à l’arrière-plan, balayés par le comportement truculent d’Ukko, la joie de vivre communicative de Sláine, sa vitalité, et la force du récit.
Dans sa préface, Pat Mills ne prend pas de gant et énonce son point de vue sans ambages. Pour lui, « Horned god » est un récit d’exception grâce à la force de la vision de Bisley, et l’ambition thématique du récit. Il estime que la série ne retrouvera cette grandeur qu’avec l’arrivée de Clint Langley dans Books of Invasions. Effectivement, cette histoire bénéficie de la complémentarité et de l’osmose entre scénariste et dessinateur, tous les deux au summum de leur art. À eux deux, ils rejettent toutes les conventions propres à ce type de récit, pour transfigurer ce récit de genre (généralement à destination exclusive d’adolescents mâles) pour en faire une œuvre littéraire abordant la nécessité de donner la première place aux femmes dans la société, une provocation d’une ampleur inouïe dans un récit de barbares tranchant des têtes à qui mieux-mieux.
Malgré le départ de Simon Bisley, Pat Mills a continué d’écrire les aventures de Sláine dans Demon killer, illustré par Glenn Fabry, Greg Staples et Dermot Power.










Oh la la… Je passe….Je vois souvent des Slaine en occaz’ à Appoum Bapoum sans avoir jamais eu envie plus que celà de sauter le pas ! En tout cas, la polyvalence de Mills est impressionnante : du récit de guerre de Charlie en passant par Marshal Law ou Judge Dredd ou bien Savage. Tiens, quelles sont les récurrences de son oeuvre ?
Excellente question, je dirais un personnage principal issu du prolétariat, du peuple, ou d’une caste de réprouvés, qui prend conscience de la manière dont la société ou l’ordre établi l’utilise et qui remet en cause les classes dirigeantes. Il peut s’agir aussi bien de Charley qui subit le système pour que l’auteur puisse en mettre à nu les mécanismes, de Marshal Law qui lutte contre l’imposture de ceux qui se font appeler superhéros, de Bill Savage qui refuse la collaboration, ou encore de Sláine ingérable mais devenant le roi des Celtes, de Nemesis l’extraterrestre qui lutte contre l’Inquisition des humains, des ABC Warriors (des soldats robots qui font le sale boulot), de John Blake (Greysuit) qui remet en cause son conditionnement de soldat d’exception, ou de Titus Defoe et du mouvement politique des Niveleurs en Angleterre (Levellers, guerre civile anglaise 1642-1648) .
Les tomes de Slaine dorment sur mes étagères alors que je n’en ai lu aucun.
Ce qui me fait peur, il faut dire, ce sont « les ellipses brutales dont Mills est coutumier, ainsi que les ruptures de ton sans concession du fait de transitions inexistantes »…
J’ai plusieurs fois feuilleté divers tomes de la série « Requiem Chevalier Vampire » (une série franco-belge écrite par Mills et dessinée par Ledroit), et à chaque fois, je trouve le découpage tellement indigeste (pour rester poli) que je repose le bouquin illico.
« Requiem chevalier vampire » m’a aussi fait reculer, en partie du fait de l’esthétique très appuyée d’Olivier Ledroit.
Et depuis la parution initiale de cet article, j’ai lu les 12 tomes de la série Requiem, chevalier vampire : quel pied ! Quelle démesure ! Quel anti-héros dramatique et quelles horreurs ! Quels visuels véritablement dantesques !
Plus qu’un tome à paraître…
Merci pour cet article qui éclaire cette BD sous un jour nouveau pour moi.
Je n’aurais jamais pensé qu’elle pouvait véhiculer un message féministe.
Contre toute attente, Pat Mills a soigné la représentation des femmes dans cette série avec un gros barbare plein de muscles. C’est une composante qui se retrouve dans les autres tomes de la série.
Ah ! Surprenant ça ! Un truc qui m’intéresserait si j’avais ça en médiathèque….
Par curiosité présence, à part les zombies, y’a til un genre de BD qui te rebute ?
Je sens comme un sous-entendu pour les zombies d’un auteur en particulier, mais j’ai lu beaucoup de Crossed, les Marvel Zombies de Kirkman et les suivants de Fred van Lente, et Titus Defoe (une série de Pat Mills, 2 tomes parus) se bat contre des zombies. Il y a des genres en BD pour lesquels j’ai un fort a priori négatif (sans avoir d’auteur en tête, et en sachant qu’il existe des exceptions) : les mangas à la française, les comics à la française. En ce qui concerne les genres (en revenant à mes choix de comics), je fais l’effort de diversifier mes lectures, de m’aventurer dans des genres qui m’attirent moins. En y réfléchissant, je ne suis pas trop attiré par les BD relevant du genre sitcom ou romance (avec bien sûr, là encore des exceptions).
Et depuis la parution de cet article, j’ai lu la totalité de The walking dead, série gracieusement prêtée par un gentil rédac-chef : encore merci.
Ce sont les seuls Slaine que j’ai lus, en VF, chez Comics USA ou Zenda à l’époque ? Je ne sais plus… C’est en quatre tomes. Faudrait que je me trouve l’intégrale, parce que comme Présence, j’adore cet arc. Les dessins de Bisley sont terribles et le discours de Mills sur la féminité est totalement décalée dans ce genre d’histoires. Bref, je trouve que c’est du grand art, et je suis très fan de l’humour qu’on y recèle.
Bravo Présence d’avoir su présenter tous ces éléments et de disséquer parfaitement le dessin de Bisley ! Je ne connais pas d’autres oeuvres de Pat Mills par contre.
à propos des spasmes de déformation des guerriers irlandais, j’avais pondu un article y a quelques années de ça :
http://www.comics-sanctuary.com/news/21896/nikolavitch-cause-dans-le-poste-le-super-saiyan-irlandais.html
Merci pour le lien et les informations dans ton article parce que je suis totalement inculte en la matière.
… Je trouve Bisley complètement très fortiche !!
Je n’aime que rarement le sujet de ce qu’il illustre (je ne le connais pour le moment qu’au travers de (très !) nombreuses couvertures de Comics ou simples « splash-pages » collectionnées sur le toile…) ; mais j’adore néanmoins la manière dont il s’y prend ! Il y a une telle liberté dans son interprétation picturale : son identité s’y exprime prodigieusement fort et, de ce prisme d’exagération délibéré aux couleurs qu’il emploie, j’ai été séduit quasi tout d’suite, la première fois que je l’ai croisé -une couverture de La Créature Des Marais, si je ne m’abuse la buse…
Bon, je ne me frotterai qu’à l’occasion à ce genre de récit : même intelligemment progressiste -et, d’après ce qu’évoque l’article, ça semble particulièrement être bien amené ici- les culturistes à grosses épées tranchantes enchevêtrés en Gang-Bang meurtrier ne m’attirent guère.
La symbolique castratrice de tous ces objets coupants contre-balance de manière définitivement trop tranchante (!) l’argument « muscles/poils apparents et mini-string » sous-entendu par le genre pour que j’aille y mettre ne serait-ce que le doigt…
Mais l’éclairage que tu y apporte pourrait me faire franchir le pas, si je croise l’objet en bac à soldes, un de ces quatre : alors merci !
Bonjour Bruno,
Simon Bisley n’a pas réalisé énormément de comics, beaucoup plus de couvertures comme tu le fais observer : des histoires ABC Warriors pour 2000 AD avec Pat Mills, des histoires de Lobo avec Keith Giffen & Alan Grant, quelques épisodes de Hellblazer avec Peter Milligan, quelques histoires de Judge Dredd avec Alan Grant & John Wagner, dont un duo inoubliable avec Batman, et quelques histoires éparses avec Kevin Eastman, la série The Tower chronicles avec Matt Wagner.
Les culturistes à grosses épées tranchantes enchevêtrés en Gang-Bang meurtrier : belle formulation joliment fleurie 😀
J’ai découvert Simon Bisley avec cette histoire de Sláine, et j’y ai trouvé le fils spirituel de Bill Sienkiewicz époque Elektra Assassin. Je trouve que ses récits de Lobo sont également irrésistibles.
Sláine : une série qui m’a enthousiasmé prenant de l’ampleur tome après tome.
Par exemple :
brucetringale.com/suce-ma-hache-slaine-the-brutania-chronicles-1/
y a eu aussi Bad Boy avec Frank Miller.
…!! « Suce ma hache… » !!
Ben dis donc, tu te défends pas mal aussi, sur le plan de la formule OUARFF !!
Présence, i am SO choquèd !! Et moi qui te prenais pour un pur esprit analytique, planant tellement au dessus des turpitudes vicissifiées 😛 de ce monde…
Ah ! On m’y reprendra, à échanger sans méfiance sur Intrenette, avec de « simples » amateurs d’art populaire. Et quand je pense que ma mère m’avait prévenu !! Hou ! Je suis complètement peuzellèd -et je pèse mes mots !
Sinon, pour le parallèle avec Sienkiewicz, c’est encore une fois très loin de mon ressenti -peut-être le parti-pris de caricature Cartoon du « zèbre » (?!) (11ème planche postée, 4ème case.) ; et encore : il y a une application manifeste dans l’exécution qui s’éloigne franchement du dessin souvent hybride du grand Bill, quand on est ici en pleine illustration. À la limite, pour le côté « épais » du travail des couleurs (la chair, entre autres…), j’aurais d’abord pensé à Richard Corben.
Je m’en vais lire ton autre article, histoire d’un peu plus me « culturer » sur le Héros, ce barbare de papier qui nous inspire ces « sorties », autant scabreuses que décidément biaisées…
Suce ma hache !!! Une traduction orienté de Kiss my axe! Je n’ai pas trouvé comment reproduire le double sens de l’original.
Un peu de Corben : je le vois, toutefois l’exagération maniaque le supplante à mes yeux, une question de sensibilité.
Profitez de la réédition chez Delirium, les planches ont été restaurées et c’est de toute beauté !
(ils ont aussi sorti le tome 1 y a deux ans de ça, avec du Mike McMahon et c’est très bien aussi)
Et bien voilà, n’ayant quasiment aucun souvenir de ces Slaine, j’ai pris le tome de chez Delirium. Comme il s’agit du Dieu Cornu et que c’est en trois parties, je ne sais pas quelles sont les correspondances avec les anciennes éditions VF de Zenda, qui a priori n’ont jamais été rééditées jusque là. Et il y a 10 tomes, les quatre premiers étant dessinés par Bisley et ensuite on a Glenn Fabry et d’autres : bedetheque.com/serie-2213-BD-Slaine.html
Ah je me suis planté, c’est 12 tomes et ça a été réédité en intégrale chez Nickel Productions (?).
Les éditions VF de Sláine , la soluce 🙂 :
fr.wikipedia.org/wiki/Sl%C3%A1ine#Version_fran%C3%A7aise
Je viens de terminer la lecture de cet arc de SLAINE et je l’ai encore plus appréciée que lors de ma première lecture : déjà parce que le travail éditorial donne beaucoup d’explications sur les origines de tous ces personnages, peuples et endroits, et sur les mythes et la réalité de l’Irlande. Et ensuite parce que découpé en trois parties comme originellement, il est plus simple de se repérer dans l’histoire très dense au final.
J’ai été totalement soufflé par les dessins. A partir de la moitié du second livre, cela devient du très grand art, Bisley se débarrasse des quelques traits un peu tape à l’oeil qui trahisse encore un attachement amateur au dessin pour se transcender entre hommages à Klimt et peinture à l’huile. Autant dans le dessin que dans le ton de la bd (souvent très drôle et encore plus souvent philosophique et poussant à la réflexion), j’ai pensé au MERCENAIRE, une autre grande bd où le héros n’est pas un misogyne imbattable et où les femmes ont un rôle de premier plan.
Bonjour Jyrille,
Merci pour ce retour.
Le travail éditorial donne beaucoup d’explications sur les origines de tous ces personnages : à l’occasion j’irai lire cette partie dans une librairie, ta remarque a éveillé ma curiosité.
Histoire très dense : j’en avais pris conscience après plusieurs relectures étalées dans le temps, en lisant le livre de Pat Mills sur l’histoire de 2000AD, et en allant consulter les pages wikipedia ayant trait à la mythologie celte.
brucetringale.com/pat-mills-interview/
Entièrement d’accord avec toi sur les planches de Simon Bisley : c’est très gratifiant de le voir évoluer au fil des trois parties… et de bénéficier d’un scénario solide avec une histoire ambitieuse. C’est également très gratifiant qu’un tel artiste parvienne par son talent à insuffler du rythme au scénario de Pat Mills dont la narration a parfois la légèreté d’une enclume.
Je suis passé à a FNAC et j’en ai profité pour feuilleter cette réédition : les explications de Pat Mills concernant les personnages se trouvent également dans certains tomes de la VO.
Cet article est encore une fois nickel, Présence, je suis totalement d’accord pour Frazetta et Corben et tout ce que tu relates par la suite.
« Le lecteur ressent avec force cette atmosphère alourdie par la mort qui se rapproche, et la nostalgie du temps passé. »: comme c’est bien dit.
Ce genre d’œuvre recèle une richesse qui rend la rédaction et la composition d’un article aussi gratifiant, exercice donnant l’opportunité d’approfondir sa réflexion personnelle.
J’ai commencé récemment une relecture complète de l’intégrale Slaine et ce qui frappe quand on arrive à The horned god avec Simon Bisley, c’est l’incroyable différence de qualité avec ce qui a précédé. Pas que ce qu’avait fait Mills avant sur le personnage ait été complètement nul, non, on y trouvait du médiocre cotoyant du très sympathique (notamment les épisodes dessinés par McMahon), mais rien ne préparait ni ne laissait présager un tel chef d’oeuvre. Parce que oui, nous avons là affaire à un chef d’oeuvre d’une très grande richesse et profondeur thématiques. C’est palpitant, c’est drôle, c’est intelligent, c’est surprenant, c’est iconoclaste et subversif et c’est dessiné par un Bisley au sommet de son art. Je me souviens que j »avais été ébloui lors de ma première lecture lors de la parution des volumes chez Zenda en 1990. L’éblouissement est aujourd’hui resté intact.
Au rayon fantasy, à la même époque, c’est tellement supérieur au Chninkel récemment chroniqué sur le blog.
Je ne trouve pas que ce Slaine soit supérieur au Chninkel. Alors oui on peut parler de chef d’oeuvre, mais en termes de divertissement, je ne suis pas certain qu’on soit au même niveau. Le Chninkel est bien plus fun à lire, demande moins de concentration et de réflexion. Ce sont deux approches très différentes, et je ne crois pas avoir vu d’autres créations se rapprochant de ce Slaine (à part peut-être LE MERCENAIRE donc, mais ses histoires non plus ne poussent pas autant la réflexion). Je me sens personnellement incapable de quantifier ainsi, de ranger et évaluer deux oeuvres qui ont certes des points communs mais également de nombreuses différences.
Disons que quand je lis le Slaine, mes neurones pogotent dans tous les sens et ça me donne un kif incroyable alors que le Chninkel, c’est peut-être plaisant mais je reste gentiment sur un terrain balisé et ça reste au niveau du divertissement un peu pré-mâché. Pour moi, c’est pas la même limonade en terme de plaisir de lecture.
Bien plus « fun » à lire, je dois dire que je n’évalue pas ce que je lis en fonction de son niveau de « funitude ». Et d’abord, c’est quoi, fun ?
Je n’ai toujours pas relu le Chninkel (il faut dire que je le connais bien) mais je suis certain que je le trouverais désormais moins prenant qu’à l’époque. Et pourtant, je prendrai mon pied à relire ses aventures tant les dialogues sont marrants, l’histoire coule sans heurts ni moments pénibles, ni moments inutiles, une aventure certes écrite comme beaucoup d’oeuvres d’aventure, mais efficace et rondement menée. C’est amusant, c’est fun. Sans parler du magnifique noir et blanc de Rosinzski. C’est presque comme relire un Astérix, un Incal ou un Tintin.
Slaine, en tout cas ce dieu cornu, c’est tout à fait autre chose. Le commentaire de Tornado m’a bien fait rire car il y a un peu de ça dans l’écriture de Pat Mills, il faut se concentrer pour ne pas se perdre dans les différentes strates, alors que l’histoire est assez simple. Quant au dessin, c’est une explosion de couleurs et de peinture, c’est prenant et hypnotique, mais il faut également le déchiffrer. Il y a donc deux concentrations nécessaires, celle graphique et celle littéraire. Au final ça donne une oeuvre incroyable, mais qui n’est pas toujours amusante à suivre tant le lecteur doit se poser et réfléchir à ce qu’il lit, à ce que cela implique pour les personnages, l’histoire, les valeurs étalées et le sens de l’oeuvre.
Le Chninkel n’a absolument pas cette ambition, il s’amuse avec des références connues, les tord gentiment et propose une nouvelle lecture d’une croyance largement étalée depuis des milliers d’années.
Donc pour moi, ce sont deux plaisirs de lecture totalement différents mais absolument pas antinomiques, je peux apprécier les deux, et jamais je n’aurai pensé à en évaluer un par rapport à l’autre.
Team Cyrille à 100 000 % = J’ai tout revendu SLAINE = BD expérimentale qui me les casse = Aussi cacophonique pour moi que du free-jazz ou du punk = Très moche / très indigeste = Veux plus lire ça aujourd’hui / CHNINKEL nettement plus profond juste comme il faut et / tout à fait magnifique.
CHNINKEL = plaisir de lecture optimal, simple et magnifique / SLAINE = chiant, moche et pénible à lire / qualités que vous y trouvez totalement subjectives et sujettes à fumer la moquette.
Ai du mal avec idée que CHNINKEL = BOF et que SLAINE = TOP + Désagréable impression de devoir argumenter ce qui ne le devrait pas = Deux visions différentes, deux goûts manifestement opposés.
SLAINE ne me dérange pas = Mais quand SLAINE vient me disputer CHNINKEL = SLAINE ça dégage poubelle (ce qui est finalement arrivé au niveau de ma bd-thèque).
Mon commentaire précédent est évidemment calqué sur la narration et le découpage d’une BD SLAINE ! 😅
Une répartie qui m’a bien fait rire, excellent ! 😀
Il n’y manque que le monolithe et le chaudron.
Bonjour Zen Arcade,
Dans son livre Be pure! Be vigilant! Behave!, Pat Mills explique l’évolution progressive du magazine 2000 AD et comment il a négocié au fur et à mesure pour faire évoluer la série Sláine. Pour The horned god, il y a eu une conjonction d’opportunités : éditoriales et artistiques, et un la volonté du scénariste de revenir à la mythologie celte.
Le succès de The horned god lui a permis de continuer dans cette voix avec l’arrivée de Clint Langley, puis de Simon Davis.