American Flagg : c’est l’Amérique !

American Flagg par Howard Chaykin

1ère publication le 24/04/14- MAJ le 05/12/21 

Un article de  : PRÉSENCE

VO : Dynamite – Image comics

VF :  Urban Comics 

Enfin une réédition VF !(c) Urban Comics

Cet article porte sur  les épisodes 1 à 6 d’une série indépendante, parus en 1983/1984. Les scénarios, dessins et encrages sont réalisés par Howard Chaykin, le lettrage par Ken Bruzenak, et la mise en couleurs par Lynn Varley (épisodes 1 & 2) Leslie Zahler (Prologue, et épisodes 3 à 6).

Toute la série vient d’être rééditée dans une formidable intégrale de Urban Comics avec une postface de Jim Lee et Warren Ellis. 

En 1996 (l’année du Domino), une crise économique sans précédent s’étend sur le monde. Le gouvernement des États-Unis choisit de se délocaliser provisoirement sur Mars et de gouverner depuis cette planète. L’histoire commence en 2031 alors que Reuben, Flagg (ex premier rôle de la série télé « Mark Thrust, Sexus Ranger ») débarque à Chicago dans l’Illinois.
Il s’est engagé dans les Plexus Rangers, la police mise en place par le gouvernement martien, gérée par le Plex, une entreprise tentaculaire.

Sur place, il est accueilli par Hilton Krieger (le chef de la police), Amanda Krieger (la fille d’Hilton, contrôleuse aérienne pour 2 vols par semaine), Gretchen Holstrum (responsable locale de la chaîne Love Canal, et péripatéticienne), et Raul un chat qui parle.

Dès son arrivée, il doit participer à la défense du centre commercial Plexmall, qui est attaqué comme tous les samedis soirs par un gang de bikers anarchistes (appelé Gogang, ce soir là les Genetic Warlords, mais ça aurait pu être les Ethical Mutants), juste après la diffusion du dessin animé « Bob Violence ».

Bob Violence : le dessin animé d'une société

Bob Violence : le dessin animé d’une société ©Dynamite

Sexe, violence, satire, critique au vitriol, et bien plus encore. Avec cette série, Howard Chaykin s’émancipe de ses influences et crée son propre style. Dès les premières pages, le lecteur découvre un mode de narration à la fois immédiat et exigeant, sardonique, moqueur et dévastateur. La première scène se déroule à bord de la navette spatiale qui amène Flagg.

L’un des 2 pilotes est en train de s’envoyer en l’air avec une des hôtesses, pendant que l’autre prouve son incompétence professionnelle en détruisant au passage quelques satellites, par inattention. Lorsque le premier revient en cabine de pilotage, il extorque quelques crédits à son collègue pour ne pas dénoncer son insuffisance professionnelle aux autorités, pendant ce temps la vidéo débite des pubs pour des armes à feu, entre 2 matchs illégaux de basketball.
Dès cette scène, l’attention du lecteur est mise à rude épreuve. En y regardant de plus près, les dialogues et textes racontent une histoire complémentaire de celle montrée dans les dessins.

Chaykin produit un récit d’une densité narrative impressionnante. Pratiquement chaque case apporte une information nouvelle, ou en contredit une précédente, ou apporte un nouvel éclairage. Il faut faire attention à tout pour suivre l’histoire. Les spots télé vont apporter des informations directes (une nouvelle émeute en cours), mais aussi des informations indirectes (la nature des publicités renseignent sur les valeurs de cette société déformées par le prisme de ce média).

L'insertion d'écrans télé : Frank Miller s'en souviendra.

L’insertion d’écrans télé : Frank Miller s’en souviendra. ©Dynamite

Au fil des épisodes, Chaykin bâtit cet environnement de science-fiction sur le plan culturel, politique, géopolitique, architectural, technologique (les armes et les moyens de déplacements), etc. à chaque page, le lecteur doit absorber une grande quantité d’informations, ce qui conduit à un environnement très développé, et une plus grande immersion.

À un premier niveau, le lecteur reçoit une gratification immédiate et intense, en se contentant de découvrir les aventures de Reuben Flagg. Voilà un monsieur avec des valeurs morales affirmées, un regard lucide sur la vie, un sex-appeal irrésistible. Il est policier dans ce futur dégénéré, il doit résoudre des cas tordus, il se bat régulièrement, il est au milieu de l’action et elles sont toutes à ses pieds (son ancienne carrière d’acteur n’y étant pas pour rien). Sexe & violence, une recette aussi basique qu’imparable.

D’un point de vue graphique, les scènes d’action sont inventives et brutales, sans tomber dans le sadisme ou le gore. Les coups portés font mal, mais Chaykin ne se vautre pas dans les dents qui volent, les chairs qui se déchirent, ou le sang qui gicle.

Il s’agit d’une violence plausible, sans être vicieuse ou complaisante. Il en va de même pour les relations sexuelles : les scènes sont sans ambigüités sur ce qui est en train de se passer, mais il n’y a pas de nudité frontale, pas de représentation des organes sexuels. Chaykin préfère dessiner ces dames en tenues affriolantes, avec dentelle ou latex.

Une fente et un joystick bien placés

Une fente et un joystick bien placés ©Dynamite

À un deuxième niveau, le lecteur doit investir du temps de cerveau disponible, car Chaykin livre les pièces du puzzle qu’il faut assembler au fur et à mesure. Par exemple, Flagg et Krieger servent de comité d’accueil officiel lors de l’arrivée d’Ester de la Cristo, une diplomate à l’aéroport, avec l’aide d’Ernesto Klein-Hernandez, le représentant de l’union brésilienne des Amériques.

Le lecteur doit déjà absorber ces titres ronflant, en supputant sur la nature de l’organisation politique qu’ils sous-entendent. Suite à un concours de circonstances hautes en couleur, Flagg perd connaissance. Ester et Ernesto poursuivent leur progression en marchant et en enjambant son corps inconscient, tout en devisant, avec la progression en arrière plan de C.G. Marakova.

L’attention du lecteur est donc partagée entre le suivi de la perte de conscience de Flagg, la progression d’Ester, d’Ernesto et de Marakova, mais aussi le dialogue tout en sous-entendus entre Ester et Ernesto. Or ce dialogue évoque l’évolution d’une situation géopolitique complexe connue uniquement de manière très partielle.

Il faut donc retenir ces informations (sans en saisir toutes les significations) pour pouvoir les interpréter quand les compléments d’information arriveront. Le dialogue en question fournit des informations à 2 niveaux : sur le plan de la situation actuelle, et sur le plan des magouilles ourdies par Ester et Ernesto.

AF Raul

Comment chat va pour toi ? Ça Raul ! ©Dynamite

La compréhension de ces éléments s’avère indispensable pour comprendre les enjeux des interventions de Flagg, leurs répercussions sur les autres protagonistes, et leur impact sur les relations politiques et économiques des nations en place.

Quand on prend en compte que la majorité des individus jouent double, voire triple jeu, on comprend que cette bande dessinée mérite une deuxième lecture. En cela, Chaykin est le digne héritier des auteurs de polar comme Raymond Chandler (Le grand sommeil), avec intrigue complexe.

Il l’est d’autant plus qu’il se sert de sa bande dessinée pour dresser le portrait d’une Amérique malade de ses excès, à commencer par l’obsession de l’apparence, la corruption généralisée, la recherche du plaisir comme seul but dans la vie, un gouvernement au dessus des lois et déconnecté du peuple, une addiction pour la violence. Ces thèmes sont toujours autant d’actualité qu’en 1983/1984, et Chaykin fait preuve d’un discernement époustouflant, pour toujours être pertinent 30 ans après.

Son récit est d’autant plus prenant qu’il le raconte avec un style virtuose mêlant panache, vantardise, second degré et élégance. En prêtant attention aux arrières plans, il est possible de repérer Errol Flynn (peut-être dans Capitaine Blood). Chaykin a l’art et la manière de dessiner des hommes qui ont la classe, qui savent s’habiller avec chic, qu’il s’agisse de l’uniforme très seyant des Plexus Rangers, d’un habit de soirée, des tenues de sport des joueurs de basket, ou même d’un déguisement de maquereau évoquant les années 1920.

Un autre aspect saisissant de cette bande dessinée est que tous les personnages se comportent en adulte. S’il subsiste quelques bulles de pensée (peu nombreuses) et quelques bastons primaires héritées des comics de superhéros, le reste constitue un divertissement à destination d’adultes.

L'intégration des bruitages comme élément graphique

L’intégration des bruitages comme élément graphique ©Dynamite

Les protagonistes ont des motivations plausibles, les confrontations ne sont pas manichéennes. Chaykin utilise un humour sarcastique, maniant la dérision et le cynisme avec légèreté, sans tomber dans la noirceur. Il ne recule pas devant la provocation qu’il s’agisse de Flagg viré de Mars parce que trop bohème (comprendre juif), ou de nom de famille aux alliances douteuses (Desiree Deutsch-Marx Overholt).

Sous des dehors de comique frivole, il est souvent question de tolérance et de fanatisme qu’il s’agisse de pureté de la race, ou de convictions politiques d’une rare intolérance, doublées d’une rare idiotie. D’ailleurs ces groupuscules se font invariablement berner par les crapules de la pire espèce, ceux qui ne cherchent qu’à maximiser leurs profits.

Il ne s’agit là que de quelques aspects de ces 6 épisodes. Il serait encore possible de parler de plusieurs références culturelles émergeant discrètement de ci de là, telle l’évocation de Crystal Gayle, ou encore de l’usage si particulier du lettrage. Chaykin a trouvé une perle rare en Ken Bruzenak qui intègre les effets sonores aux dessins comme jamais auparavant, à tel point que le lettrage devient une partie graphique, et réussit à reproduire les ambiances sonores.

 

Quel beau gosse !

19 comments

  • Matt & Maticien  

    Très beau commentaire d’une précision implacable qui révèle, comme dans une enquête policière, la mécanique complexe de cet ouvrage. Les intentions les plus intimes des scénaristes et des dessinateurs sont révélés au lecteur. Voilà qui donne envie de lire. Merci.

  • Marti  

    Voilà une oeuvre que je voudrais absolument pouvoir lire dans une belle édition VF. Y a pas eu une annonce à propos de ça récemment chez Urban ou Delcourt justement ?

  • Présence  

    Je n’ai aucune idée s’il y a eu une annonce ou pas. Cela me semble un peu étonnant qu’un éditeur français songe à sortir une série aussi âgée, sans fin réelle.

  • Eddy Vanleffe  

    J’aimerais y jeter un œil…

  • Fletcher Arrowsmith  

    J’y ai lu et vu tous ce Présence décrit si bien et pourtant je suis resté complètement hermétique à la lecture du recueil d’Urban qui vient de paraitre. Pire j’ai du me faire violence pour terminer.

    L’exemple même du comics qui une fois refermé tu te dis : OK un truc de qualité mais je ne suis pas du tout réceptif. Un comics pas pour moi.

    Je sauve 2 choses : les onomatopées en effet, bluffants et grandioses ainsi que les dessins de Chaykin associés à une re-colorisation du plus belle effet.

    • Présence  

      Le lettreur Ken Bruzenak est un orfèvre en la matière.

  • Bruce lit  

    Pareil. J’ai lu les 5 premiers épisodes. péniblement mais c’est sans doute parce que j’ai 30 ans de retard..
    Effectivement Présence, tu as raison : le cerveau du lecteur est mis à rude contribution. Il y a plein d’informations partout, de l’audace en tout et de l’humour très corrosif. On retrouve effectivement les écrans publicitaires de DKR, du sexe (les scènes que j’ai lues sans efforts) un certain humour à la Tex Avery et même plein de points commun avec le premier ROBOCOP avec cette violence désormais sponsorisée. Chaykin met ses couilles sur la table en attaquant clairement le statu quo promu par DC et Marvel et c’est pour moi l’acte de naissance de THE BOYS. Ennis doit vénérer cette histoire sorte de réponse américain à 2000 AD.
    Cependant je suis resté en dehors de l’histoire parce que les personnages sont tellement volontairement caricaturaux qu’il n’y a pas eu grand chose auquel me raccrocher. C’est du comics intelligemment conceptuel nécessitant un niveau d’implication autre qu’émotionnel, ce qui est ma grille de lecture principale.
    Je suis content de l’avoir lu néanmoins comme on lit un classique important pour sa culture générale.
    Je suis sûr que THE FILTH de Morrison doit aussi beaucoup à cette histoire.

    • Tornado  

      Etrange j’avais zappé cet article.
      J’ai beau être client de ce genre de concept (en étant même carrément team THE BOYS), je ne l’ai pas acheté. Je n’ai pas aimé jusqu’à aujourd’hui ce que j’ai lu de Chaykin. Jusqu’ici cet auteur ne me plait pas et je trouve son style affreux en plus. Qui plus-est ces temps-ci je suis arrivé à saturation et j’ai horreur des BDs complexes à lire. J’ai besoin de lectures plus simples. Plus fluides.
      Je verrais ça d’abord en médiathèque.

  • Présence  

    Je suis déjà passé aux aveux : je suis un fan inconditionnel d’Howard Chaykin, pour sa narration, pour ses idées, pour son cynisme, pour son humour, pour la violence à la fois divertissante parce qu’inventive, à la fois atroce, parce que très plausible.

    J’ai du lire ces épisodes avec 4 ou 5 ans de décalage par rapport à leur parution. Je les ai relus depuis. Le décalage avec la production superhéros de l’époque était incroyable, même pour le Daredevil de Miller, et c’était juste avant Watchmen et juste avant Dark Knight Returns.

    En repensant à ces épisodes, en plus des qualités que j’ai citées, j’aime beaucoup la manière dont il démonte l’hypocrisie des institutions et des individus, par le biais du cynisme, sans pour autant être dans une fatalité dépressive.

    • Tornado  

      Je regarderai à la médiathèque et je tâcherai de le prendre s’il est disponible. Je me dois quand même de donner une chance à un tel concept. 🙂

  • Présence  

    Le commentaire de Nolino Nolino sur Facebook :

    pas une ré-édition 😉 jamais sorti en France…
    Je vois vos critiques à tous… Bruce , Cédric…
    J’en avais lu une partie à l’époque (86-88) mais j’étais trop jeune pour me mettre dedans, j’avais relu de ci delà quand je trouvais des épisodes pour combler les trous.

    J’ai repris au début quand IDW a sorti ses reliés / intégrale (celle qu’utilise Urban). Howie attaque de front tout le mythe américain à la sauce Reagan, donc oui ca peut être opaque pour de nombreux lecteurs, car il faut connaitre l’époque, la politique, et ce à quoi Howard se réfère, (pas toujours évident) mais ça reste bien plus lisible que d’autres choses plus tardive (et plus critique de la société… ; oui je parle bien de Divided States of Hysteria… et dans une moindre mesure -car il y a un jeu intellectuel- test de connaissance – Hey Kids Comics ). Mais ne boudons pas notre plaisir graphiquement Howard est au sommet de son art ^^

    Maintenant que American Flagg est sorti en Français… qui va tenter les quelques gemmes toujours inédites pour les non Anglophiles ? (je ne partirai pas dans les titres trop indépendants de Innovation, Now, Caliber…) mais the Maze Agency , Jon Sable (la 1ere série) ou Grimjack , plus facile d’abord… et plus légers (quoi que…).

  • Présence  

    A lire vos réactions, je me dis que je ne me suis peut-être pas rendu compte de l’importance du contexte politique et culturel lors de la parution. C’est peut-être pour ça aussi que ça me parle plus. D’un autre côté, sa critique de la société me parle encore aujourd’hui.

    Howard Chaykin est né en 1950. Il a donc déjà la trentaine quand il réalise cette série.

    • Fletcher Arrowsmith  

      OK pour le contexte politique, que personnellement je vois, je comprends. Par contre je butte sur la narration de Chaykin. Là aussi il faut se remettre dans l’époque et clairement que ce type de récit a du être une véritable bombe dans le monde bien feutré des comics. Mais je ne trouve pas que la Chaykin soit un si bon scénariste que cela. Des idées il en a, souvent des bonnes, au bon moment mais il complique inutilement son récit avec parfois des moments complètement WTF : trop de sexe (certains diront on en a jamais assez) ou par exemple le basket que j’ai trouvé réellement tout much. Le type d’idée qui me sort de ma lecture. Je trouve que Miller avec DKR quelques années plus tard, sur une ambiance/thèmes assez similaires s’en sort beaucoup mieux.

      Après il n’est jamais facile de passer en premier et je reconnais à Chaykin l’art d’assumer et d’aller au bout de ses propos et délires.

      • Présence  

        Pour le plaisir de la discussion, le sport-spectacle clandestin : ça m’a bien parlé à l’époque. Quand je vois comment les combats de MMA se sont développés et la violence dans l’octogone, je me dis que la tentation du sport combat reste d’actualité.

        • Fletcher Arrowsmith  

          Mais le basket ball ???? Après je ne mesure pas la popularité de ce sport aux Etats Unis au début des années 80. Ceci explique peut être cela. On peut citer Rollerball également, mais cela me semble plus étudié (quoi que des patins à roulettes). En fait je trouve l’idée bonne, le sous entendu excellent mais Chaykin n’arrive pas à rendre intéressant cette image du basket clandestin.

          • Présence  

            Ça remonte un peu loin pour moi, mais je crois me souvenir qu’à l’époque le basketball était surtout un sport dominé par les afro-américains, d’où une forme de provocation contre l’establishment encore très blanc.

  • Bruce lit  

    Ce qui ne marche pas avec moi : Moore et Miller mettent en scène des concepts contestataires avec comme appât des personnages séduisants (comme Ruben) mais profonds, tourmentés auxquels il est possible de s’identifier quelle que soit l’époque.
    Ils proposent également des pages de respiration que AMERICAN FLAGG n’a pas. C’est encore plus cocaïne que du Miller. Il m’arrive parfois lorsqu’un passage d’une BD très ambitieuse d’en zapper quelques passages comme on saute une chanson dans un album trop rempli. AF ne permet pas ça, c’est un tout auquel tu accroches ou pas.
    Dans WATCHMEN tu peux ne pas lire les archives et le récit en BD sans trop perdre du récit principal.
    Je ne trouve pas que Chaykin soit un bon passeur. Il ne sait pas se faire pédagogue.

    • Jyrille  

      Je n’ai pas encore lu ce AF mais je tiens à vous rappeler que par moments, dans DKR, Miller utilise des raccourcis narratifs qui rendent la lecture assez opaque. Il faut s’accrocher pour ne pas être perdu.

      • Bruce lit  

        Je ne trouve pas DKR opaque. Nettement moins que ELEKTRA ASSASSIN en tout cas. A quoi te réfères-tu ?
        Je voulais aussi dire que j’avais bcp aimé nos débats depuis 2 jours ici et chez Johnny.

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