Casino fablesque (Fables : Cendrillon)

Cendrillon Fables par Chris Robertson et Shawn Mc Manus

1ère publication le 02/03/15-MAJ le 10/08/18

Mais qu’est-ce donc que cette bande vierge ? Il faut voir la version anglaise…

Mais qu’est-ce donc que cette bande vierge ? ©Vertigo

VO : Vertigo

 VF : Urban

AUTEUR : CYRILLE M

Cendrillon Fables est un spin-off (une série dérivée) de la série Fables par Bill Willingham et Mark Buckingham.

Ces aventures sont écrites par Chris Roberson sous la supervision de Bill Willingham, dessinée par Shawn McManus et coloriées par Lee Loughride. Les illustrations de couverture sont le fait de Chrissie Zullo.

Depuis longtemps déjà, Cendrillon a mené des aventures d’espionne dans la série régulière Fables. Une des premières était d’ailleurs plutôt une mission diplomatique, mais par la suite, elles deviennent bien plus dangereuses.

C’est l’éclate, hein, Aladdin ?

C’est l’éclate, hein, Aladdin ?©Vertigo

Petit rappel : dans le monde de Fables, les personnages de contes et récits fantastiques ont été repoussés dans le monde commun (le monde réel) par un envahisseur appelé l’Adversaire. Depuis des siècles, ils habitent à Fableville (Fabletown en VO), en plein cœur de New-York, ou à la Ferme, un endroit isolé, pour ceux qui ne sont pas assez humains pour passer inaperçus.

Ici, les références à l’espionnage version James Bond abondent : le ton est à l’amusement et à l’aventure, il y a de la romance et du sexe, beaucoup de voyages dans des décors exotiques, et les titres font références à des classiques du cinéma de 007.

Cet album édité en France par Urban comics contient deux arcs, deux histoires complètes : Bons baisers de Fableville (From Fabletown with love) et Les Fables sont éternels (Fables are forever). Il semblerait que le succès n’ait pas été au rendez-vous aux Etats-Unis, la série semble donc arrêtée pour un bon bout de temps, voire terminée.

En maillot de bain en hiver en Russie… pas de doute, c’est n’importe quoi

En maillot de bain en hiver en Russie… pas de doute, c’est n’importe quoi©Vertigo

Chaque histoire se divise en six épisodes, chacun se terminant par un cliffhanger plus ou moins habile jusqu’à la conclusion. Il s’agit de donner envie au lecteur de se précipiter sur la suite, mais le suspense n’est pas souvent à son comble, car on ne croit jamais que Cendrillon puisse faillir, tout comme son modèle de pellicule. De la même façon, chaque histoire débute avec une scène d’action dans un lieu exotique ou graphique, puis une mission est assignée. Cendrillon passe même chez Frau Totenkinder, une sorcière très puissante qui joue ici le rôle de Q et fournit donc des gadgets magiques à notre princesse de choc.

Afin de coller à ces précédentes aventures, Roberson utilise le même procédé que Willingham dans Fables : chaque action est commentée, dans des récitatifs, par Cendrillon elle-même. Ces pensées nous apprennent énormément d’informations quant à l’action qui se déroule et aux choix que fait la meilleure espionne du monde. Car Cendrillon a plusieurs siècles d’expérience, et est un Fable de grande renommée dans le monde commun. Ce dernier avantage lui permet d’avoir une résistance hors-norme, car plus un Fable est populaire, plus de gens croient en lui, plus il est résistant. De plus, Cendrillon est une belle blonde, elle peut donc facilement jouer la fille riche, oisive et sans cervelle qui part en vacances. Elle a même une couverture à Fableville : elle possède un magasin de chaussures, La pantoufle de vair.

Merci d’écouter le thème de Mission Impossible

Merci d’écouter le thème de Mission Impossible ©Vertigo

Le capital sympathie est donc au plus haut lorsque l’on commence ces histoires. Sans réellement dépoussiérer le mythe de l’agent secret, Cendrillon (enfin, appelez-la Cindy si vous êtes ami(e) avec elle) est donc une femme forte, autant que Blanche-Neige sans doute. Forte, mais dans un sens masculin : c’est elle qui mène la danse, se bat le mieux, gagne contre des brutes épaisses autant que les génies du mal, séduit les beaux gosses un peu dépassés puis les oublie. Cindy a ses Cindy’s boys, mutiques et pas très malins.

Car même si elle dit ne plus croire à l’amour éternel, elle se comporte comme un vrai macho. Dans la série régulière, Cendrillon était présentée comme dangereuse, voire psychotique, tuant calmement des trafiquants, sans état d’âme. Ici, c’est son pendant fantasmé qui est présenté et même si il est toujours agréable de voir une fille jouer un premier rôle, il est toujours dommage de reproduire certains clichés vieillots. Dans Les Fables sont éternels, elle se présente même comme une patriote… Fableville serait donc un pays à part entière, comme les Etats-Unis ou la Syrie.

Tu as encore perdu ta chaussure…

Tu as encore perdu ta chaussure…©Vertigo

C’est là que l’erreur se produit : lorsque la parodie, au départ légère, bascule dans le conformisme et abuse des clichés conservateurs. Cendrillon n’est pas une femme libérée, elle reste le pion de Blanche-Neige, de la Bête (qui remplace Bigby, son premier mentor) et de Frau Totenkinder pour un certain statu-quo. C’est une chienne de garde, alors que j’aurai adoré la voir féministe. Pour autant, l’écriture est fluide et agréable, et les récitatifs de Cendrillon font souvent mouche lorsqu’elle explique ses extraordinaires capacités et tout ce dont elle doit user comme ruses et moyens pour exercer son métier. Le dessin est semi-réaliste et ne fournit pas de nombreux détails. Il oscille entre le bon et le mauvais, sent parfois l’amateurisme. Certaines erreurs anatomiques agressent l’oeil, mais le découpage et les couleurs qui ne sont jamais agressives compensent des traits parfois trop sommaires.

Alors que la première histoire reste originale malgré toutes les recettes utilisées dans les films de James Bond, la seconde est répétitive et sans réel enjeu, la fin n’arrive clairement pas assez vite. Cela a dû précipiter les chutes de vente, malgré les sauts acrobatiques de Cindy dans le désert ou les tours de Londres.

Au final, c’est un bon divertissement, léger et balisé, maniant habilement les flashbacks. Mais en s’éloignant d’une Cendrillon un peu plus originale, avec des histoires somme toute classique pour ses personnages, la série n’a pas su développer le ton que Fables entretient depuis presque deux cent épisodes, où le pire peut arriver, où les intrigues s’entrelacent et où chaque Fable a un rôle à jouer.

Iconiques, les couvertures de Chrissie Zullo

Iconiques, les couvertures de Chrissie Zullo ©Vertigo

 

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