Drôle, pétillante, libérée et réflexive (She Huk par Dan Slott)

She-Hulk 1 – Single green female par Dan Slott, Juan Bobillo et Paul Pelletier

Une couverture sexy pour une histoire plus sage

Une couverture sexy pour une histoire plus sage©Marvel Comics

Première publication le 30/08/14- Mise à jour le 21/ 01/17

AUTEUR : PRÉSENCE

VO : Marvel

VF : Panini

Ce commentaire porte sur le premier tome de la série débutée en 2004, qui regroupe les épisodes 1 à 6. Ils ont été réédités dans She-Hulk by Dan Slott Complete collection volume 1 (épisodes 1 à 12 de la série de 2004, + épisodes 1 à 6 de la série de 2005). Ils ont également fait l’objet d’une édition en français dans un recueil Marvel Monster intitulé Miss Hulk, Tome 1 : A armes inégales (épisodes 1 à 12).

Tous les scénarios sont de Dan Slott. Juan Bobillo a dessiné les épisodes 1 à 4, encrés par Marcelo Sosa. Les épisodes 5 et 6 sont dessinés par Paul Pelletier, et encrés par Tom Simmons, aidé par Don Hillsman pour l’épisode 5. Dans ces épisodes, Jennifer Walters dispose de la capacité de passer d’une forme à l’autre à volonté.

Le jeune Jennifer Walters, étudiante en droit

Le jeune Jennifer Walters, étudiante en droit©Marvel Comics

She-Hulk fait partie des Avengers et réside dans leur manoir à New York. Elle vient de passer une nuit torride avec Mika (un mannequin) et ils prennent leur petit déjeuner servi par Edwin Jarvis. Elle se dépêche de se rendre au palais de justice où elle doit plaider en tant qu’avocate. Elle doit demander une interruption d’audience pour aller combattre Blizzard (Donnie Gill, un ennemi récurrent d’Iron Man) et MODOK, dans l’espace.

De retour sur Terre, elle fête la victoire au cours d’une soirée dansante et bien arrosée. Le lendemain, Captain America lui fait comprendre que son style de vie est incompatible avec le niveau de sécurité nécessaire dans le QG des Avengers. Son patron lui explique que sauver la Terre a rendu tous les terriens redevables de sa personne et qu’elle ne peut donc plus plaider. Enfin un sabot a été apposé sur sa voiture mal garée. Holden Holliway lui propose un poste dans son cabinet d’avocat (un des plus prestigieux de New York) à condition qu’elle travaille sous sa forme de Jennifer Walters.

Une femme forte et libérée

Une femme forte et libérée©Marvel Comics

Ça ne fait pas sérieux, ces premières pages, avec Jennifer se réveillant dans les bras d’un beau gosse. Juan Bobillo dessine dans un style très propre sur lui, des traits fins, aucune aspérité, des visages mignons, voire enfantin pour Jennifer Walters. Il insère un bon niveau de détail dans les dessins et une discrète touche comique avec un langage corporel parfois exagéré et des moues expressives sur les visages.

Les dessins sont gentils, sans être mièvres, conçus pour un jeune lectorat, mais sans les prendre pour des débiles. Par comparaison les 2 épisodes dessinés par Paul Pelletier reviennent à une esthétique plus superhéros, avec un bon niveau de détails, mais manquant de grâce par rapport à ceux de Bobillo.

Les dessins sympathiques de Bobillo produisent un effet de dédramatisation de la gravité des situations, les rendant drôles et sans complexes. Ainsi quand Jennifer se réveille aux côtés de Mika, il n’y a pas de sous-entendus graveleux, juste le comique de la situation où il faut qu’elle se retransforme rapidement en She-Hulk pour qu’il ne se réveille pas aux côtés d’une gringalette.

 Pas de voyeurisme vis-à-vis de Jennifer Walters


Pas de voyeurisme vis-à-vis de Jennifer Walters©Marvel Comics

Quand She-Hulk se transforme en Jennifer et que ses vêtements sont trop grands pour elle, il n’y a pas de voyeurisme, juste le constat d’un fait asexué. En ça la version de Slott et Bobillo est à l’opposée de celle de John Byrne qui insistait fortement sur le physique de She-Hulk en sous-entendant régulièrement sa nudité ( Sensational She-Hulk )

Pourtant Slott n’affadit pas la personnalité de Jennifer Walters. Il la décrit comme une femme libérée, maîtresse de sa sexualité, bien dans son corps vert, ayant une bonne descente, aimant s’amuser, décomplexée, sans être ni aguicheuse, ni vulgaire (ce que transcrivent parfaitement les dessins de Bobillo).

Un accident mortel dont la victime revient en fantôme

Un accident mortel dont la victime revient en fantôme©Marvel Comics

Slott a conçu un principe de série original : Jennifer Walters défend des accusés dans des affaires impliquant des superpouvoirs.

C’est ainsi qu’elle doit obtenir des dommages et intérêts pour un individu ayant acquis des superpouvoirs l’ayant rendu fort, musclé et beau (le comble de la malchance), ou qu’elle doit convaincre un juge que le témoignage d’un fantôme est recevable. Le lecteur a donc le plaisir de voir Doctor Strange en consultant (dans le domaine de la sorcellerie et des sciences occultes).

Un consultant spécialisé dans l'occultisme

Un consultant spécialisé dans l’occultisme©Marvel Comics

Dan Slott prouve avec élégance qu’il maîtrise la mythologie Marvel sur le bout des doigts. Il y a donc des personnages très secondaires utilisés avec pertinence, comme l’androïde créé par le Mad Thinker (l’un des premiers ennemis des Fantastic Four), ou des supercriminels loufoques comme 8-Ball (Jeff Hagees, extrait de la série oubliée par tout le monde « Sleepwalker »).

Il y a également des événements piochés dans la copieuse continuité de l’univers partagé Marvel, tel que le sauvetage de John Jameson (le fils de JJ Jameson) par Spider-Man dans « Amazing Spider-Man » 1, mars 1963).

Slott ne se contente pas de recycler ad nauseam des personnages et des situations du passé, il incorpore également des nouveautés, que ce soit le Spider-signal (comme le Batsignal, mais avec une araignée, pour un effet comique), ou la prison d’un genre particulier fonctionnant à base de particules Pym.

Un spider-signal très artisanal

Un spider-signal très artisanal©Marvel Comics

Comme tout comics mensuel qui se respecte, « She-Hulk » comprend également une bonne dose de comédie de type sitcom. C’est à nouveau tout à l’honneur de Dan Slott que de réussir à faire exister d’autres personnages que She-Hulk, assez touchants.

Il y a par exemple Mallory Brook (une avocate rivale de Jennifer Walters au sein du cabinet d’avocats), ou Augustus Pugliese (surnommé Pug) assistant enamouré de Jennifer qui se retrouve à plaider comme un grand. À nouveau l’approche dédramatisée de la narration évite le ridicule et renforce le potentiel sympathie de tous les personnages.

Un invité surprise : un homme sans nom (Clint Eastwood)

Un invité surprise : l’homme sans nom (Clint Eastwood)©Marvel Comics

Slott et Bobillo créent plusieurs situations comiques irrésistibles, comme par exemple JJ Jameson et Peter Parker habillés en poulet (si, il y a une justification rationnelle convaincante). Le savoir faire de Slott ne se limite pas à écrire un comics rigolo et référentiel. Il fait preuve de plus d’ambition, sans que cela ne nuise à l’atmosphère décontractée de la narration. Dans le quatrième épisode, Walters et Pugliese soutiennent Spider-Man qui a déposé une plainte pour harcèlement à l’encontre de J. Jonah Jameson.

Lorsque vient son tour de déposer, Spider-Man révèle la véritable raison pour laquelle Jameson le hait à ce point : c’est parce qu’il est noir. Le silence de la salle et les borborygmes de Jameson en disent long sur le malaise généré par cette accusation de discrimination raciale.

… parce que je suis noir.

… parce que je suis noir.©Marvel Comics

Dan Slott introduit encore une autre dimension dans son récit, cette fois-ci de type métacommentaire. Alors que Jennifer Walters recherche des précédents pour son cas de superhéros contre son gré, elle est envoyée aux archives du cabinet Goodman, Lieber, Kurtzberg & Holliway.

Jennifer Walters consulte un comics de "She-Hulk". shds_13

Jennifer Walters consulte un comics de « She-Hulk »©Marvel Comics

Stu Cicero (le documentaliste) lui propose de consulter une collection de comics allant jusqu’en 2002, date de disparition du CCA (Comics Code Authority, l’organe de censure des comics). Il explique que le sigle CCA correspond au « Comics Code of America », faisant de tous ces comics des documents officiels sur la vie des superhéros.

D’ailleurs, le nom même des associés du cabinet constitue lui-même un clin d’œil (merci le site hoodedutilitarian) puisqu’il correspond dans l’ordre à Martin Goodman (éditeur de Marvel Comics de 1961 à 1972), Stanley Lieber (plus connu sous le nom de Stan Lee), et Jacob Kurtzberg (plus connu sous le nom de Jack Kirby).

Alors qu’un premier coup d’œil laisse à penser que cette série est à destination d’un lectorat jeune pour des aventures enfantines (surtout du fait des dessins de Juan Bobillo), la lecture fait apparaître que Dan Slott narre des aventures drôles, sympathiques et plus intelligentes qu’il n’y paraît.

Pour une analyse plus en profondeur de la composante métacommentaire de cette série, il est possible de lire l’article en ligne sur le site Hooded Utilitarian.

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La BO du jour : Miss Hulk aime boire, baiser et s’amuser : on va bien s’entendre chérie !

38 comments

  • JP Nguyen  

    J’avais lu les 2 TPB de la She Hulk de Dan Slott. J’avais bien aimé. Même le dessin de Paul Pelletier, différent de celui de Bobillo, me paraissait sympa. Le scan avec les New Warriors me rend nostalgique du Marvel d’avant Civil War…

    • Matt  

      Paul Pelletier, ça fait plus « classique » comme style mais c’est du chouette classique. J’aime bien aussi.

      • PierreN  

        Et à la même époque que le run de Byrne, il y a aussi la She-Hulk de Steve Gerber, et les épisodes illustrés par Bryan Hitch durant la période où il n’était encore qu’un clone d’Alan Davis.

        • Matt  

          C’est une série sérieuse non ? Un peu comme savage She hulk ?
          Le perso m’a toujours moins intéressé dans les histoires sérieuses.

        • Présence  

          Les épisodes de Steve Gerber (que je n’ai pas lus) s’intercalent sur la série Sensational She-Hulk, entre les 2 passages de John Byrne.

          • Bruce lit  

            LA vache Présence ! Ton article est un HIT ! Vive les rediff’s ! Tu nous refais du She Hulk quand tu veux !

  • Nikolavitch  

    je suis très fan de ce run, et globalement très fan de Dan Slott (depuis son Spider-man / the Torch qui est épatant). Son She-Hulk joue à fond la carte de la série à la Ally McBeal, moitié procedural, moitié comédie, et le résultat dépote : entre l’épisode du procès de JJ Jameson ou celui avec Starfox accusé de se servir de ses pouvoirs de séduction comme un super GHB, y a de quoi faire.

    et en effet, Slott ne bascule jamais dans le graveleux, alors qu’il flirte avec (alors que Byrne, quand on regarde l’ensemble de sa carrière, il est souvent de l’autre côté de la ligne, quand même)

    • Présence  

      Très fan de Dan Slott – C’est un auteur que j’ai mis du temps à découvrir, à cause de sa bibliographie trop sage de superhéros. Mais j’ai fini par m’y mettre avec ses épisodes de She-Hulk, puis avec Superior Spider-Man et la suite, puis avec Silver Surfer.

      Je le trouve assez inégal sur Amazing Spider-Man, avec des hauts et des bas, et un incapacité à maintenir une tension dramatique dans le dernier mouvement des événements comme Spiderverse. Je le trouve par contre très bon sur Silver Surfer, avec une voix d’auteur bien complétée par les dessins de Michael Allred.

  • Matt  

    Quelqu’un a déjà lu la première série savage she hulk ? Je sais que ce n’était pas encore orienté humour, je ne sais pas ce que ça vaut, mais apparemment c’était publié par Artima dans les années 80. Quelqu’un a connu ?

    • Présence  

      Je les avais lus à l’époque de leur sortie en VF publié par Artima. Je n’en ai pas gardé un grand souvenir, si ce n’est que Stan Lee et John Buscema n’ont réalisé que le premier épisode, et que la série a ensuite été écrite par David Anthony Kraft dont je me souviens du nom mais pas de ce qu’il a écrit. Il y a eu aussi quelques couvertures sympathiques de Michael Golden.

      • Matt  

        J’ai lu aussi le premier épisode puisqu’il a été inclus par Hachette dans un volume qui reprend aussi les 8 premiers de la série Sensational She Hulk de Byrne. La collection rouge de Hachette propose en fait l’épisode de la première apparition d’un personnage puis une mini série le concernant.
        Je verrais alors si je tombe sur des vieilles revues Artima pour tenter la lecture.

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