Easy Cash (Ca$hero)

Ca$hero – Netflix

Un article de BRUCE LIT

Take my money

Totalement obnubilée par Stranger Things, la galaxie geek semble avoir laissé passer sous son radar une merveilleuse – au sens Marvel du terme – série coréenne qui revisite de manière jubilatoire les codes des super-héros. Et puisque le temps, c’est de l’argent, prenons-le pour causer de Ca$hero qui vous remplira d’émotions aussi sûrement qu’il videra les poches de son héros.

Discours de la méthode Marvel

La série, inspirée d’un webtoon, raconte l’histoire de Kang Sang Ung un jeune employé à la vie et aux ambitions banals : mettre de côté son salaire pour devenir propriétaire d’un appartement avec sa fiancée, la pétillante Min Suk.
Tout bascule quand notre héros hérite de son père d’un étrange super-pouvoir : avec de l’argent entre les mains, le voilà doté d’une force surhumaine comme Spider-Man et d’un pouvoir guérisseur équivalent à celui de Wolverine. Le seul hic ? Cet argent brûle quand Sang Ung utilise ses pouvoirs.

Lorsqu’un bus menace de tomber d’un pont, Sang Ung va devoir faire un choix crucial : poursuivre son chemin avec, dans ses poches, les économies que sa mère a fait toute sa vie ou brûler cet argent pour sauver une centaine de personne et sombrer dans la pauvreté !

Le ressort dramatique se construit bien entendu sur le second choix de Sang Ung : une belle âme intègre et attachante comme Peter Parker qui va se retrouver complétement fauchée et décider s’il faut mettre en danger sa vie et son couple à cause d’un pouvoir qu’il va vivre comme une malédiction : pourquoi aider les autres si cela vous appauvrit ?   

Dossier de surendettement

Dans quelques années, des analyses sociologiques plus poussées rattacheront des séries comme Ca$hero, Last Samurai Standing, Squid Games ou encore Alice in Borderland.
Leurs points communs ?  Des héros asiatiques sommés de participer à des épreuves mettant leurs vies en péril pour racheter des dettes financières.
Kang Sang Ung, comme tous ces nouveaux personnages populaires, est surendetté et chacun de ses choix doit se faire la mort dans l’âme : sacrifier sa sécurité financière à sa conscience.

C’est ici aussi ce qui différencie Ca$hero des shows précédents : alors que les héros de Squid Games ou Last Samurai Standing meurent pour gagner plus d’argent, Kang Sang Ung lui, choisit de vivre et de se ruiner pour sauver la vie des autres.

En d’autres termes, ce petit bonhomme coréen est sans doute la meilleure incarnation d’un Peter Parker moderne qui comprend que son confort, son individualité valent moins que des injustices réparées.

 A chaque billet qui se désintègre lorsqu’il utilise ses pouvoirs, le spectateur reconnait au fil du show un son vite reconnaissable : celui de la petite monnaie qui tombe miraculeusement de ses poches : comme si une entité abstraite lui donnait un pourboire dérisoire pour ses bonnes actions, conférant à la série ce parfum irrésistible d’ironie distanciée.

Un Peter Parker Nippon très attachant.

Pouvoirs et responsabilités

En cela, Kang Sang Ung renoue avec le cœur de la mythologie super-héroïque : le bénévolat !!
Car si nos super-héros – riches ou pauvres – agissent pour soigner leurs névroses voire leurs psychoses, la plupart d’entre eux le font toujours sans intérêts financiers : que ce soit les X-Men engoncés dans leur manoir luxueux, le multimilliardaire Batman, l’avocat Daredevil et bien entendu, Spider-Man, tous font dans le bénévolat, le service non rémunéré au nom de l’intérêt supérieur de leurs causes.  Même le Punisher refuse, dans le run de Garth Ennis, un emploi payé par le gouvernement américain pour traquer criminels et terroristes afin de rester indépendant tandis que cette source de revenu déclarée, devient le principal point d’achoppement de la Civil War de Marvel !

Ca$hero est clairement le héros de toutes et tous : le ressort dramatique jouissif de la série est de se demander où notre ami va pouvoir trouver plus d’argent pour affronter des menaces croissantes. Plus sa conscience sociale se développe, plus son héroïsme porte ses fruits ; il réfléchit moins et agit plus. Il acquiert un hyper instinct qui le rapproche du petit peuple qui se reconnait en lui.

Lorsque dans le combat final, les habitants d’un quartier menacé lui lance leur argent pour venir à bout du vilain de cette première saison, il puise dans leur générosité la force nécessaire pour le terrasser, une force universelle pas si différente de celle que Goku invoque pour terrasser Boo dans la dernière saison de Dragon Ball Z.

Des combats…élémentaires, bien chorégraphiés

Dark Reign

Si Kang Sang Ung incarne l’éthique populaire, il s’oppose bien entendu à deux conglomérats financiers qui veulent l’acheter, ses pouvoirs et lui. Il va affronter des humains génétiquement modifiés qui achètent ou tuent les super humains pour commercialiser leurs supers pouvoirs, une intrigue encore empruntée aux comics Marvel ! Les lecteurs des runs de Brian Michael Bendis et Grant Morrison sur Daredevil et les X-Men se rappelleront qu’en leur temps, ils luttaient contre le MGH, une hormone mutante vendue en aérosol pour acquérir temporairement des superpouvoirs.

L’imagination des showrunners y va quand même de ses propres idées loufoques : Sang Ung perd ses capacités s’il utilise de l’argent sale (!) et va être aidé par deux autres surhumains qui tirent leurs pouvoirs de l’alcool ou de…bonbons, ajoutant ici le dernier ingrédient indispensable à toute potion super-héroique : un humour des plus cocasses qui vient souvent torturer son héros pour notre plus grand plaisir.

Réalisée tambour battant avec des effets de caméra stupéfiants, des FX qui ne donnent pas la nausée, des personnages plein de charme et des vilains sexy et retors, Ca$hero permet de retrouver en ces temps Trumpistes, l’innocence, la simplicité et les valeurs humanistes d’une littérature super-héroïque que l’on pensait ensevelie sous les plans marketing, les blagues foireuses et l’oligarchie de ses personnages.

De quoi pardonner les combats à répétition faute d’un nombre suffisant de personnages secondaires et une intrigue globale qui finit par tourner en rond dans les trois derniers épisodes. Qu’importe ! Quand on aime, on ne compte pas, je vous en fiche mon billet !

La vilaine aussi jolie que sadique

10 comments

  • JB  

    Merci pour cette présentation. Accroc aux k-drama, je suis dans une période plus anglaise, mais risque de replonger avec cette série, qui dort dans ma liste de série à voir depuis quelques temps déjà !

    • Bruce Lit  

      Par sa fraîcheur et son audace, elle vaut vraiment le coup : fonce !

  • Bruno. ;)  

    Ouh ! Je m’en va essayer, que je fais que m’ennuyer (alors que je devrais faire tout les trucs à faire que j’ai pas envie de faire !!) ; et ça me donnera une excuse pour procrastiner encore pluss… Et si on me dit quelque chose, je dirais que c’est de la faute du Blog !

    • JB  

      Le blog encouragerait la procrastination ? Calomnies ! (Chef, promis, j’envoie mon article de mars dans les 3 semaines à venir.)

  • Ludovic  

    J’ai oublié de commenter l’article/interview de la semaine dernière sur le webtoon mais j’aurais dit la même chose qu’ici, d’autant que le lien entre les deux médiums est évident, c’est vraiment une terra incognita totale pour moi. Ma seule expérience en matière de K-DRAMA étant quelques épisodes de MARRY MY HUSBAND (lui -même transposé d’une Webtoon) et c’était disons… une expérience ! 🙂
    Bon là avec Ca$hero, on est dans un autre registre, l’article fait clairement le lien avec l’univers des super héros, donc pourquoi pas ?

    • Bruce Lit  

      Marrant vos réactions.
      Je ne m’oriente jamais en terme de K-Drama ou étiquette mais d’avantage du pitch.
      En outre ce n’est qu’en travaillant sur l’article que j’ai appris que CH était un Webtoon.

  • Maya  

    Mince, je n’aurais peut-être pas dû lire ton article, je me suis fait spoiler. Je dois être à deux épisodes de la fin, et en plus tu me dis qu’il y aura une nouvelle saison, comme ça c’est réglé.

    C’est vrai qu’on a la référence et l’influence des super-héros qu’on connaît. Mais là, tu deviens un super-héros qui doit toujours se retrouver fauché pour les vies qu’il a sauvées, je pense qu’on ne trouverait pas ça ailleurs.

    Les K-dramas, il y en a de très bons et d’autres moins bons, et parfois ça vaut vraiment le coup, comme celui-ci. On ne s’ennuie pas en le regardant, je le trouve drôle et bien fait, c’est une très bonne série coréenne.

  • Fletcher Arrowsmith  

    Hello.

    Une série qui est passé totalement passé sous mon radar. Bon il faut dire qu’au sein de la casa Arrowsmith ce n’est pas moi qui regarde les K-Drama. J’ai du en tenter 2 ou 3…

    J’aime bien le concept. Cela me rappelle certains comics indés quant ils détournent les codes des héros mainstream.

    Bien vu le côté Pater Parker, un de mes héros préférés. Pas contre dommage d’avoir créer d’autres personnages avec super pouvoir. J’aime bien la rareté.

    A l’occasion si j’y jetterais un coup d’oeil

  • Présence  

    La série, inspirée d’un webtoon : tiens, déjà le retour des webtoons sur Bruce Lit 😀

    Pourquoi aider les autres si cela vous appauvrit ? Intéressant comme formulation sur l’intérêt personnel… J’ai vu que tu développes cette question ensuite avec la réflexion sur l’altruisme.

    Mourir pour gagner plus d’argent // Vivre et se ruiner pour sauver la vie des autres : magnifique formulation synthétique, pragmatisme contre idéalisme… à la fin tu crèves quand même comme disait l’humoriste.

    • Bruce Lit  

      Je l’ai toujours claironné : à mes yeux, la littérature super-héroïque ne vaut que si elle nous incite à nous rendre meilleurs.

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