Barry par Bill Hader et Alec Berg
Une seizième série télé-streamed par CYRILLE M
HBO
Source Ecran large
BARRY est une série télévisée créée par Bill Hader et Alec Berg pour le réseau américain HBO. Elle comporte quatre saisons de huit épisodes d’une trentaine de minutes chacun. Les rôles principaux sont tenus par Bill Hader (Barry), Sarah Goldberg (Sally Reed), Henry Winkler (Gene Cousineau), Stephen Root (Monroe Fuches) et Anthony Carrigan (NoHo Hank). Le premier épisode fut diffusé le 25 mars 2018 et le final le 28 mai 2023. En France, elle est actuellement visible sur la plateforme HBO MAX. Cet article ne serait pas le même sans Wikipedia et Tunefind.
Intro
Dans une chambre d’hôtel de bonne facture, Barry, en veste et gants, sort de la salle de bain. Il se dirige vers la table de nuit et récupère son pistolet avec silencieux. Dans le lit, un cadavre bordé arbore un beau trou dans la tête. Barry retourne dans son appartement de mauvaise facture (comme en atteste un poster de Metallica tout droit sorti d’une chambre d’ado), lit son courrier, joue à un jeu vidéo de courses de voitures (à mon avis, Need For Speed). Un cadre photo nous apprend qu’il est un vétéran de la guerre en Irak tandis que dehors, il neige beaucoup. Barry est réveillé par Fuches, un homme plus âgé que lui, qui nous confirme que Barry est tueur à gages et qu’il n’en est pas à son premier contrat. Il sous-entend que Barry semble déprimé depuis quelques temps et lui propose donc un nouveau boulot au soleil, à Los Angeles, mais en passant par Ontario, pour couvrir ses traces. Barry pense plutôt que ce détour n’est dû qu’à son coût moins onéreux.
Le commanditaire est la mafia tchétchène, représentée par NoHo Hank, un chauve tatoué habillé comme un gendre idéal qui l’accueille chaleureusement et lui explique le problème qu’il doit régler : se débarrasser de Ryan Madison, coach sportif, qui couche avec la femme de son patron. Comme il s’agit d’un souci d’ordre personnel, ils ne veulent pas impliquer leurs propres hommes de main – les affaires marchent trop bien pour se faire remarquer bêtement.
Barry suit Ryan avec la voiture de couverture que Fuches lui a préparée, un break bleu avec siège enfant et des figurines à ventouses collées sur le tableau de bord. Ryan se rend dans un grand bâtiment qui ressemble à un hangar. Barry attend qu’il en sorte, mais perd patience et entre dans l’édifice. Il y rencontre Sally qui répète une scène, la suit et se retrouve en plein cours de comédie. Les apprentis acteurs boivent les paroles de leur professeur, Gene Cousineau, et sans calcul aucun, Barry se retrouve malgré lui à jouer une scène – enfin, lire un texte – avec Ryan, devant toute la classe.
C’est une révélation : Barry se sent soudainement vivant et tout le monde l’adopte immédiatement. Au lieu de terminer son contrat en deux jours comme il voulait le faire, il a très envie de continuer à prendre des cours pour devenir comédien. Ce qui ne s’accorde pas beaucoup avec son métier principal, à commencer avec l’impérieux besoin de rester discret et anonyme.
La bande-annonce en VO de la première saison
Alors ?
BARRY est clairement une comédie noire, où le principal ressort comique tient dans l’incongruité de la situation et le personnage même de Barry : un tueur à gages déprimé (et non un chasseur de primes). Ajoutez une panoplie de policiers incompétents et terriblement humains, des acteurs et actrices amateurs aussi crédules que crétins, des mafieux tchétchènes étrangement compatissants en totale opposition avec leur réputation, un acteur raté devenu professeur de théâtre imbu de lui-même et un père de substitution profiteur et lâche, et vous obtiendrez une excellente sitcom moderne un peu décalée tout en restant classique dans sa forme et ses inévitables rebondissements.
Les principaux personnages glissent tous sur le quotidien sans aucune attache, sans enfants, sans famille ni compagne ou compagnon, semblent être eux-mêmes conscients de n’être que des pions dans une comédie, uniquement guidés par leurs envies. Rien n’est grave, tout est normal, même les morts brutales. Incapable de nouer des relations sociales, Barry apprend à jouer la comédie et à se comporter comme quelqu’un d’intégré, de respectable, sans se rendre compte que ses camarades de classe se confrontent au même problème. Ils fuient dans des mondes imaginaires, jouent au gangster ou au curé comme des enfants jouent au gendarme et au voleur, mais ne ressentent aucune empathie et sont tous rongés par l’ambition. Cousineau leur apprend que le théâtre représente la vérité en leur assenant que tout un chacun joue un rôle dans la vie de tous les jours, qu’il soit joueur de basket ou femme mariée. Il s’agit du premier thème de la série, la confrontation de la vie réelle à celle de la vie imaginée, le manque de vision de soi-même et par conséquent, l’incapacité à comprendre les autres. Ce sont tous des pervers narcissiques, mais comme ils ne sont pas vraiment adultes, il est impossible de les trouver détestables.
Ils s’améliorent cependant dans leur jeu d’acteur lorsqu’ils suivent le conseil de leur professeur, à savoir d’utiliser ce qu’ils ressentent pour interpréter leurs scènes, même si ils ne comprennent pas vraiment pourquoi ils ont ces réactions. Ce qui mène au second thème : l’industrie du cinéma. Lors des cours de Cousineau, les scènes de travail choisies par les élèves sont des scènes de film, forcément rattachées à leurs interprètes, leur date de sortie et toutes les légendes inhérentes. La compétition et l’hypocrisie de ce milieu fournissent ainsi d’autres situations comiques en parallèle de l’intrigue principale. Tout le monde est acteur à Los Angeles, à commencer par les serveuses et serveurs des dinners, alors pourquoi pas un tueur à gages ?
Révélations
Attention, vous entrez ici en zone de SPOILERSD’ailleurs pourquoi Barry, n’attendant que de fonder une famille et être accepté comme tout un chacun, est-il devenu un assassin ? Il s’agit d’un troisième thème, le syndrome post-traumatique. En tant que Marine, Barry s’est développé au milieu d’un environnement masculiniste toxique, où la vie d’un ennemi vaut autant que celui d’un personnage non-joueur de Call of Duty et où les erreurs ne sont pas punies. Il se retrouve sans aucune boussole morale ni personne pour le guider à part Fuches, qui ne fait que profiter de ses compétences de tueur. Ce manque de repère paternel est partagé par de nombreux personnages, et ce thème sera lui aussi exploré par la suite.
Tout cela dure pendant la première saison environ, jusqu’à ce que les complications deviennent trop importantes et que la réalité ne rattrape nos personnages. Le ton se durcit mais nos inadaptés de la vie continuent à n’en faire qu’à leur tête, à commencer par explorer l’industrie des séries télé et ses pilotes sans suite. Et puis, au milieu de la seconde saison, un premier changement s’opère. L’absurde entre de plain-pied dans le show avec un épisode rappelant énormément le cinéma des frères Coen : comportant peu de dialogues, il met en scène un combat de longue haleine contre une gamine de douze ans adepte des arts martiaux qui grimpe aux arbres et sur les toits des maisons de banlieue comme votre ami du quartier appelé Spider-Man. A partir de ce moment, tout devient possible : vous pourrez appeler un service client si vous avez des problèmes avec votre bombe à retardement commandée sur internet ou tirer au fusil mitrailleur sur l’autoroute comme dans Grand Theft Auto.
Je ne m’en lasse pas.
C’est également à ce moment que la réalisation cesse d’être fonctionnelle pour tenter d’autres approches. Nous avons un très beau plan séquence où Sally traverse un studio de cinéma, des scènes qui se passent en arrière-plan tandis que le premier présente des objets incongrus, inattendus ou perturbants, des plans fixes où les acteurs et actrices exécutent d’impressionnantes performances. Il y a notamment un monologue de Sally à la fois amusant et fascinant. Plus la série avance, plus elle se transforme et change d’identité, s’éloigne de son concept de départ. La fin n’a plus rien à voir avec le début même si le thème du cinéma reste toujours central. BARRY semble donc être une aire de jeux pour les comédiens, réalisateurs et scénaristes, où les personnages évoluent étrangement et sont mis face à des situations improbables. En remontant le fil des épisodes, je me suis demandé si la série n’était pas une sorte de Trois petits chats, comme si il y avait une logique première tout à fait acceptable par le spectateur, mais qui l’emmenait ensuite dans des territoires inédits, un développement qui n’aurait jamais dû exister. Il s’agit donc d’un OVNI, avec un humour très anglais et une direction moderne, où le drame côtoie la comédie, où les personnages meurent, où la répétition et le surplace n’existent pas.
Fin de la zone de SPOILERSMusique
Le score, la musique d’ambiance, est de David Wingo. Elle s’adapte aux changements de tons et reste très discrète, n’apparaît que sporadiquement, ressemble souvent à du sound design, alors que les personnages ne parlent jamais de musique et n’en écoutent que très peu. Les chansons entendues apparaissent surtout lors des fins d’épisode ou des scènes de fête. Le générique de début ne montre que le nom Barry en grosses lettres rouges sur fond noir avec une musique funky, un peu comme s’il s’agissait d’une comédie musicale de Broadway. Lors de la dernière saison, dont tous les épisodes ont été réalisés par Bill Hader, la musique du générique disparaît, remplacée par du silence.
La musique d’introduction de la série, très court, tiré du titre suivant
Outro
En revoyant quelques épisodes, je me suis rendu compte que j’avais oublié une tonne de blagues, toutes pince-sans-rire, et que très peu de scènes m’ennuyaient un peu. Il n’est donc pas impossible que je ne la revoie entièrement : on manque d’occasions de rire, ces derniers temps.
En BO du jour, un classique du glam rock qui apparaît dans la saison 2

Merci pour cette présentation. C’est drôle, je pensais justement aux films des frères Coen avant que ceux-ci ne soient cités en zone spoiler (la présence de Stephen Root, un de leurs habitués, aide aussi !). Le principe me rappelle un peu le film Mad Dog & Glory avec son maffioso qui tente sa chance en tant qu’humoriste de stand up. A voir si je tombe dessus !
Merci pour le retour JB ! Je te conseille fortement de regarder la vidéo que j’ai légendée « Je ne m’en lasse pas », avant qu’elle ne disparaisse par exemple… Cela te donnera une idée de l’humour dispensé par la série.
Je ne me souvenais pas que Stephen Root jouait dans des films des frères Coen, en voyant la série, je ne me souvenais que de sa prestation dans OFFICE SPACE (dont le titre français est trop mauvais : 35h c’est déjà trop), petit film que je vous conseille tant sa vision du travail est proche de la réalité.
imdb.com/fr/title/tt0151804/
Je n’ai jamais vu Mad Dog & Glory !
Après visionnage : Ah oui, très GTA, le joueur a dû trop taquiner les Lost !
Stephen Root incarne l’aveugle qui enregistre le tube des « Culs trempés » dans O’Brother avant d’être casté dans leur version de Tueurs de dames, dans No Country for Old Men et dans La Ballade de Buster Scruggs.
Hello.
Je n’avais jamais entendu parler de cette série.
Bon malgré la qualité de l’article et les mises en abyme évidentes, j’avoue ne pas avoir été convaincu. Peut être, surement, le côté mafia, tueur. Plus forcément des thèmes qui m’intéressent traité de cette façon et sous ce format.
Les vidéos me confortent dans le manque d’empathie avec les personnages. Aucun feeling alors qu’il y a priori de quoi passer de bons moments.
Bon point : le format (30min idéal pour moi)
Merci Fletcher pour le retour ! Oui, je comprends : on en a un peu beaucoup trop, des séries et des films sur les flics et les mafias, hein ? Mais la comédie emporte tout et en effet, on sent le manque d’empathie joué par les comédiens (tous excellents).
Je viens de regarder une autre série au format de 30 minutes : ROOSTER. Même équipe que celle de SHRINKING (30 minutes aussi) et TED LASSO. Et c’est effectivement un bon compromis. De la même façon, une des meilleures série de l’année pour le moment avec 6 épisodes de 30 minutes, c’est A KNIGHT OF THE SEVEN KINGDOMS, un spin off de Game of Thrones qui n’a pas grand chose à voir dans son traitement avec sa grande soeur ni avec l’autre spin off HOUSE OF THE DRAGON (dans lequel je n’avance pas tellement je m’ennuie).
Je suis également ROOSTER. Pas mal mais cela tourne quand même rapidement en rond. Je n’arrive pas trop à comprendre où les scénaristes veulent nous emmener. C’est drôle mais les persos sont quand même parfois un peu trop crétin à mon goût. Cela manque un peu de subtilité. Mais c’est en format court et que 10 épisodes. Très bon point.
Sinon j’ai attaqué LES TESTAMENTS et c’est aussi mauvais que le roman pour l’instant (vu qu’un seul épisode), malgré Chase Infiniti.
GAME OF THRONE : on avait arrêté à la maison au milieu de la saison 3 quand on s’est rendu compte que l’on n’avait même pas remarqué que l’on avait raté des épisodes. On s’est dit : en fait on n’est même pas intéressé par ce que l’on regarde. On a pris la télécommande, mis la télé en off et on n’y est jamais revenu. Le seul acteur que j’ai suivi fut Kit Harrington, notamment dans INDUSTRY (avec Myha’la Herrold qui est dans l’excellent dernier film de Gus Van Sant)
Ah oui, INDUSTRY ça a l’air bien, je ne m’y suis pas encore mis. Mais je te promets que si tu testes A KNIGHT OF… tu ne le regretteras pas. C’est l’opposé total de GOT, il y a unité de temps et de lieu et le point de vue est celui du peuple, loin de toute considération politique.
ROOSTER, c’est clairement une sorte de bulle où on se sent bien, les personnages ne quittent pas le campus et je le vois un peu comme les autres séries de l’équipe : un ensemble de personnages qui évoluent doucement avec des traumas traités avec légèreté.
Hello. Chouette article mais au vu de ce que tu écris et des extraits que tu as choisis, ce truc n’est pas du tout ma came. La scène de la poursuite à moto suivie de la fusillade, bon ok, c’est hors contexte mais je trouve ça pas terrible.
Par contre, Virginia plain, ça tabasse. 🙂
J’ai un très bon souvenir de Mad dog & Glory mais pas revu depuis sa sortie.
Merci beaucoup Zen Arcade ! Oui, je ne suis pas certain que ce soit ton genre, c’est assez absurde et si la scène en moto ne t’a pas un peu étonné, je ne pense pas que ce soit pour toi (surtout que les débuts sont assez classiques).
Ouais, je suis fan de ce titre de Roxy Music. Je l’ai découverte dans la BO de VELVET GOLDMINE. Et pourtant je trouve que leurs albums ne sont jamais totalement bons, il y a toujours des moments que je n’aime pas.
Cool. J’avais repéré cette série en faisant des recherches sur l’acteur Bill Hader, après sa prestation dans le « ÇA – CHAPITRE 2 » d’Andres Muschietti, où il écrasait de très loin le reste du casting. Du coup j’avais bien tilté sur le pitch et je me l’était mise de côté (je pense que je ne vais pas tarder à la regarder). Et du coup… je me suis arrêté à la partie « spoiler » de ton article 😀
J’y reviendrai après avoir visionné la chose.
La 1° BO (le générique) : C’est Charles Bradley. Même genre que Lee Fields (des héritiers de James Brown). Je trouve ça vachement bien, même si je préfère Lee Fields.
La 2° BO : Je trouve ça atroce. Mais je n’aime pas l’univers de Roxy Music, qui donnera naissance au final, avec Brian Eno, à tout ce pan de musique froidasse et bruitiste que je déteste.