Et la lumière fut (NIGHTWING : INFINITE FRONTIER)

NIGHTWING par Tom Taylor et Bruno Redondo

Une illumination de Kaori

1ère publication le 08/09/21 – MAJ le 05/03/22


VO : DC Comics

VF : Urban Comics

Un retour très attendu
@DC Comics

Cet article sera un peu particulier. Il présentera, de manière quelque peu personnelle, l’arrivée de Tom Taylor, Bruno Redondo et Adriano Luca sur le titre NIGHTWING (série de 2016), à compter du numéro 78.

Stephanie Brown ne fera pas d’apparition dans cet article, mais les scans cachent peuvent cacher quelques petits spoilers.

Deux ans et demi. Deux ans et demi à attendre, au début tous les 15 jours, puis tous les mois, LE retour. Deux ans et demi durant lesquelles Dick Grayson a été remplacé par « Ric », le diminutif de Richard. Et où Nightwing est devenu Nightwings. Une bande de membres des forces de l’ordre (et du feu) désireux de reprendre le flambeau pour tenter de sauver Blüdhaven durant l’absence du grand Héros.

Des histoires d’amnésie, on en a déjà vu des tas. Cela peut donner des choses bien écrites, cela peut améliorer le titre alors qu’il était sur la pente descendante. Ou cela peut donner un fiasco total.

Ton amnésie, Dick, (permettez que je m’adresse à lui), était causée par une balle que tu t’es pris en pleine tête dans la série BATMAN. Même pas dans ton propre titre. Et nous avons dû subir les méandres de ta nouvelle personnalité, nous avons vu Benjamin Percy (qui a très rapidement claqué la porte, voyant son arc et ses projets réduits à néant) puis Dan Jurgens tenter d’apporter un peu d’attrait à cette histoire « foupoudav » (« foutue pourrie d’avance », pour ceux qui n’auraient pas vu IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN…). 

Chaque mois, j’espérais, je guettais les sollicitations des mois à venir, me demandant combien de temps encore cette mort cérébrale et éditoriale allait durer. Ce fut long, frustrant, décevant. Toi qui étais un héros connecté à tout l’univers DC, tu avais disparu totalement. Pas d’allusion éventuelle, pas de funérailles, à peine quelques flashbacks, le numéro 1000 de DETECTIVE COMICS et bien sûr le numéro spécial pour les 80 ans de ta création pour nous rappeler encore un peu ton existence.

Ton retour, à la manière de ton départ, fut comme un ricochet raté. On y croit, on y croit et plouf. Revenu au cœur de la JOKER WAR, à peine mis à l’honneur dans ton propre titre, la reprise fut difficile. Rien n’allait, rien ne marchait. À peine quelques scènes bancales avec Batman, un beau moment tout de même pour dire adieu un personnage disparu pendant ton absence, mais c’était tout. La flamme ne revenait pas, les cendres étaient trop froides…

Redondo ou comment faire en un saut un résumé simple et ingénieux à la fois…
@DC Comics

Et puis, voilà qu’on annonce la reprise du titre par Tom Taylor (au scénario) et Bruno Redondo (aux dessins). Tom Taylor d’INJUSTICE : GODS AMONG US. Celui qui t’a tué du coup du lapin sur une grosse pierre. Mais qui a su rendre ta mort particulièrement émouvante. Et Redondo qui a aussi illustré une magnifique scène d’adieu entre Batman et toi dans le corps de Billy Watson durant INJUSTICE : GODS AMONG US : YEAR THREE … Je ne savais pas trop à quoi m’attendre… Mais, ça ne pouvait pas être pire que ce que nous avions connu, et puis le duo faisait parler de lui en bien sur SUICIDE SQUAD… L’espoir était permis…

Et les attentes furent comblées. La renaissance avait lieu. Une VRAIE renaissance. Pas celle instiguée par Kyle Higgins lors du New52, et passablement ratée. Ni celle de Tim Seeley dans REBIRTH, qui pourtant continua son travail honorable de GRAYSON sous le costume bleu de Nightwing. Non, cette fois, nous voilà de retour à l’Age d’Or, sous Chuck Dixon, et mieux encore. Ce renouveau, c’est une véritable déclaration d’amour à ton second créateur, celui qui reprit ton histoire loin des Titans, mais surtout à tout ce qui fait que tu es le personnage le plus lumineux de tout l’univers DC.

Et tu sais quoi ? Depuis, je ne vais plus lire les sollicitations. Je sais que ce sera bon, je sais que chaque mois, j’aurais droit à ma petite dose de bonheur à l’état pur, à un hommage vibrant à toutes tes plus belles années, au plus grand respect de tes aventures, qu’elles soient télévisuelles sous les traits de Burt Ward, ou de papier.

Dès les premières pages, le choc est là. Les dessins et la mise en scène de Bruno Redondo, les couleurs de Adriano Luca, les flashbacks et les interactions inventées par Tom Taylor, tout « matche », tout colle, rien ne déçoit. Comme si tu avais enfin trouvé chaussure à ton pied.
La magie opère enfin. Permets-moi d’essayer d’en parler à nos lecteurs.

Une belle rétrospective du personnage, en quelques cases
@DC Comics

Le secret de cette magie pourrait sembler difficile à expliquer… Et pourtant, non… Tom Taylor reprend l’essence même du personnage en le mettant de nouveau au centre du titre, tout en ramenant tout ce qui fait sa force : son humanité, ses liens avec sa famille (Alfred, Barbara, Tim…). Nous revoyons l’adolescence de Dick, à travers quelques scènes du passé, où Dick défend un jeune garçon aux prises avec des brutes privilégiées, où il insiste pour aider Alfred à faire les corvées ménagères. Et même de retour dans le présent, les premières actions de Nightwing sont de défendre puis d’adopter un chiot à 3 pattes. Le ton est donné : il est temps de rappeler ce qui fait la force du personnage : son grand cœur.

L’intrigue n’est pas oubliée : on ramène le passé de Dick à travers la famille Zucco, mais aussi Blockbuster, la Némésis de Nightwing dans les années 2000. On tease un vilain qui s’attaque à tout ce que défend Nightwing. La ville a grandement besoin d’aide, et Nightwing sera là pour ça, avec son talent mais aussi des aides précieuses : Barbara, bien sûr, forte de son intelligence et de son agilité : Taylor prend plaisir à rappeler quelle femme forte elle est, mais aussi une aide plus financière, inattendue, révélée par l’intermédiaire d’une lettre (et d’une scène) particulièrement touchante.

Touchés en plein cœur
@DC Comics

Taylor n’est pas non plus avare en légèreté, avec quelques bribes d’humour (la scène où deux policiers demandent à Barbara Gordon de quelle nature est sa relation avec Dick Grayson, et la réaction de ce dernier, est parfaitement représentative du ton de la série !).

Il faut dire que Taylor a eu la possibilité de faire table rase de tout ce qui avait pu être fait avant : Jurgens a pris soin de mettre au placard tout ce qu’il avait mis en place sous son run. Et il faut dire que ce n’était pas bien épais. Fini donc la relation avec Bea, le métier de taxi, l’habitude de trainer dans le Prodigal Bar… Il ne reste plus aucune trace de ce passé que tout le monde a envie d’oublier.

Et puis il remet au centre du titre un personnage que beaucoup de fans de Nightwing apprécient : Barbara Gordon aka Batgirl aka Oracle. Le duo fonctionne à merveille, reprenant la dynamique qui fait leur succès et qui rend le couple si attachant.

Des détails qui donnent une vie aux personnages
@DC Comics

Bien sûr, il faut rendre à César ce qui appartient à César : tout cela ne serait pas aussi réussi sans le talent de Bruno Redondo, qui rend à Blüdhaven ses lettres de noblesse : cette ville urbaine, illuminée par les néons publicitaires et les lumières des gratte-ciels, avec ses escaliers de secours, ses parcs, ses commerces… Mais là où le dessinateur excelle vraiment, c’est dans la mise en page, dans l’ingéniosité du rendu des situations. La disposition de l’appartement détaillé étage par étage, et repris rigoureusement les pages suivantes, malgré les angles de prise de vues différents, les acrobaties (mention spéciale à celle qui montre l’évolution de Robin en Nightwing).

Les numéros sont bourrés de clins d’œil, entre la pizzeria qui s’appelle Marv&George, du nom des créateurs de Nightwing, les mugs à l’effigie du Batman des années 60, sans parler des t-shirts portés par Dick. Tout est étudié, réfléchi, anticipé. Et puis les scènes plus dramatiques sont pleines de douceur et de pureté. Le tout agrémenté par les couleurs d’Adriano Luca, à base de bleu et de rouge, d’ombres en pointillés, et on a le combo parfait.

Numéro en rupture de stock ? Pas de problème, Redondo va pouvoir une nouvelle fois rendre hommage au parcours de Dick Grayson et à la série TV des années 60…
@DC Comics

Et vous savez quoi ? Je crois que je l’ai, la recette de leur succès. Je crois qu’on la connait tous. Elle transpire à travers chaque page, chaque mot de ces premiers numéros. Les auteur/illustrateur/coloriste s’amusent et prennent un plaisir fou à s’occuper de ce personnage que, clairement, eux aussi adorent.

Aucun doute : le trio a de l’or au bout des doigts. À tel point que les numéros doivent être réédités, et que le dessinateur en profite pour faire des variant covers, encore plus belles. Nous débarquons dans un nouvel âge, j’en suis persuadée. Ce n’est pas un hasard si le premier arc s’intitule « Leaping into the light ». Bravo Messieurs : mission accomplie. Et s’il vous plait, faites-le rester le plus longtemps possible dans cette lumière, notre Nightwing. Il le mérite amplement…

Une entrée dans la lumière remarquable…
@DC Comics

BO du jour : quand tout ce que tu touches se transforme en or…

52 comments

  • Fletcher Arrowsmith  

    Bonjour Kaori,

    j’espère que Tom Taylor n’a pas déjà grillé ses cartouches après un départ canon. Et puis attention à ce que ce titre, agréable, ne vivent pas uniquement sur une réputation fondée quand même en opposition à une production assez médiocre (big two).

    Il y la hype mais aussi son retour ….

    J’ai pris le premier tome VF hier. Lecture à venir.

    • Kaori  

      Tu me diras si la hype est volée ou non selon toi 🙂 .

      Tom Taylor a l’intention de rester sur le long terme. J’ai donc l’impression qu’il fait trainer en longueur ses intrigues et fait un peu du bouchage de trous, ce qui risque d’agacer sur le long terme… Espérons que ce ne devienne pas une habitude.
      J’ai lu que les 3 numéros « FEAR STATE » feraient parti d’un tome regroupant plusieurs séries et ne figureraient donc pas dans le tome 2. J’espère que c’est vrai. A voir donc pour ce numéro 87 et comment il sera proposé. Pour le reste, il a posé de bonnes bases selon moi, et il a un sacré atout avec Redondo comme « compagnon ». Ca devrait bien se passer 🙂 .

  • Jyrille  

    Finalement, j’ai craqué, je me la suis prise. Je reviendrai ici une fois lue…

    • Kaori  

      Ah je n’avais pas vu ton commentaire ! Je viens voir de temps en temps s’il y a des retours, je surveillerai encore plus 😉

  • zen arcade  

    Très bel article qui est à l’image de la série qu’il détaille : dynamique, coloré et lumineux.
    J’ai bien aimé aussi la lecture de ce Nightwing qui, si elle ne révolutionne rien, fait beaucoup de bien en mettant en scène des personnages très attachants.
    Pile-poil du super-héros comme j’ai envie d’en lire pour le moment.

    • Kaori  

      Merci beaucoup Zen 🙂 🙂 . Très jolis compliments qui me touchent !
      Ravie que la série te plaise jusqu’à maintenant. Pour l’instant, j’ai vu très peu de retours négatifs.
      Espérons que la suite reste à la hauteur 🙂

  • Jyrille  

    J’apprends ici [https://www.bubblebd.com/9emeart/comics/critiques/le-vent-du-changement-souffle-sur-la-serie-nightwing-infinite?utm_source=user-account&utm_medium=email&utm_campaign=2022-09-29-nightwing] qu’il faut lire le run de Tom King sur Batman avant ce premier tome sur Nightwing… du coup ça va prendre encore plus de temps que je ne le pensais 😂

    A part ça as-tu lu le nouveau tome qui vient de sortir en VF Kaori ?

    • Kaori  

      @Jyrille : arf, j’avais oublié un détail en effet par rapport à la chronologie… C’est sûr que si tu as prévu de lire le run de Tom King, il vaut mieux commencer par celui de King que celui de Taylor…

      Le tome 2, je l’ai lu en VO en ligne. J’attends Noël pour me le faire offrir en VF 😀
      Je suis un peu déçue parce qu’Urban n’a pas l’air d’avoir suivi mon idée de dépliant pour le numéro 87 :'( (celui qui est dessiné sur 20 pages à lire l’une à côté de l’autre… en Espagne, pays d’origine du dessinateur, il est sorti en version dépliable ou accordéon, je ne sais pas comment on dit…)
      Il y a du très bon encore dedans, j’en ferai la chronique dès que je l’aurai en mains propres !!

  • Fletcher Arrowsmith  

    Tiens j’ai pris le second tome hier. Le premier retait en effet sympathique à lire, même si Taylor ne va bien loin non plus. Feel good comics en tout cas.

  • Jyrille  

    Comme j’ai fini la lecture du run de Tom King sur Batou, je me suis attelé à la lecture de ce premier tome de Nightwing. J’ai bien aimé. C’est sympa, les dessins sont cools (encore un adepte de Jim Lee je pense), il y a de bonnes compositions de planches et les persos sont clairement attachants, tant ils respirent la bonté. Mais étant donné que je ne connais pas la plupart des histoires précédentes, que j’ai été un peu horrifié par le résumé qui explique ce qu’il se passe entre le run de King et ce Nightwing (déjà teasé à la fin du tome 12 de mon édition, avec le Joker qui a pour idée de dévoiler l’identité secrète de Batman – et cela ne m’a pas donné envie de tenter la suite), je ne pense pas aller plus loin. Même si j’ai apprécié la lecture, j’ai eu du mal à être passionné par l’ensemble.

    Je vais le garder car j’aime les dessins, mais il faut que je lise – enfin – le Robin Année Un maintenant. Mais d’abord je relis ton article, Kaori 🙂

  • Jyrille  

    J’avais oublié à quel point cet article est super, beau et enthousiasmant. Je ne sais pas du tout si Urban a édité le #87 en dépliant dans le tome 2. Que donne les suivants, d’ailleurs, Kao ? On en est au 5, chez Urban, maintenant…

    • Kaori  

      Pour le numéro 87, Urban a opté pour une version numérique, accessible via un QR code.

      Je me suis arrêtée au tome 2, je suis en ligne en VO. Je trouve que ça a pas mal traîné en longueur mais la VO redevient intéressante en ce moment (très chouette #110 qui est aussi le #300 avec un hommage de son créateur et à ses créateurs) donc je pense reprendre en VF à ce moment-là.

      • Jyrille  

        Merci Kao, tu me confortes dans l’idée de ne pas continuer ! L’idée du QR Code n’est pas mauvaise, ça permet de s’assurer de ne pas perdre d’argent (pour l’éditeur), mais en lisant vos commentaires, on peut s’en passer. Comme Fletcher, si je le trouvais en single en VO je le prendrai, pour le fun.

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