Eternal InseCure (The Cure)

The Cure par Jérémy Wulc

Un article de BRUCE LIT

VF : Petit à Petit

Originellement prévu pour paraître sur ROCKSOUND, cet article au format brève trouvera sa place sur Bruce Lit. Et les autres, aussi. Bye à l’esprit rock qui n’était pas le mien.

Un visage pour une musique hors du commun

Synthés brumeux, basses profondes, d’ambiances mélancoliques en tubes pop, The Cure et son leader Robert Smith ont su traverser les époques, transcender les genres, survivre au spleen, aux blessures, aux succès et à ses désillusions… Les voilà croqués dans ce qui pourrait être le dernier docu BD des éditions Petit à Petit. Jérémy Wulc en a écrit le scénario et les pages documentaires entre chaque chapitre.

Le principe des docus BD Petit à Petit reste le même : chaque chapitre est illustré par un dessinateur différent : Margaux et  Lisa Chetteau, François Foyard, Anne-Perrine Couët, Gilles Pascal, Lionel Chouin, Mayeul Vigouroux, Loïc Godart Chandre, Samuel Figuière, Julien Hugonnard-Bert, Anne Royant.

La conception de Pornography, hantée par la mort et illustrée par Loïc Godard
©Petit à Petit

Comment résumer The Cure en cinq mots ? LE MEILLEUR GROUPE DU MONDE, conclue frontalement Jérémie Wulc, l’auteur de cette docu-bd qui, comme l’exige la charte des éditions Petit à Petit, confie chaque chapitre à des dessinateurs différents, entrainant comme toujours pour le meilleur une diversité de point de vue, pour le pire une mosaïque éclatée de talents allant contre l’uniformité souhaitée par des lecteurs frileux.

Si The Cure – Le Livre ne fait pas exception à la règle et reste loin  de l’iconographie gothique à laquelle on pouvait s’attendre au vu de La Geste Curiste (amateurs de SANDMAN, passez votre chemin !) . Il n’en demeure pas moins que l’amateur rock trouvera dans cet ouvrage, des signatures singulières  : les soeurs Chetteau qui ont illustré les trois tomes de Rainbowman, la biographie pharaonique de David Bowie par Jérôme Soligny. Lisa Chetteau sait donner dans le tragicomique avec l’épisode où Robert Smith sauve ses lyrics d’un incendie pendant l’enregistrement de Disintegration quand le style plus abstrait de Margaux illustre le virage de cuti au moment de la métamorphose pop au sortir du Pornography Tour.

Robert Lagaffe par Lisa Chetteau.
©Petit à Petit

Le lecteur reconnait également la patte nerveuse et angulaire de Lionel Chouin, dessinateur de l’inoubliable bio-bd sur Malcom McLaren L’art du désastreet qui illustre l’enregistrement de « Head on the Door ».  La superbe couverture et le fameux concert à Orange où Smith se coupe les cheveux en quatre en coulisses sont signés par le « French Inker », le trop rare Julien Hugonnard-Bert, quand Gilles Pascal et Anne Royant, déjà présents sur la superbe bio consacrée à Amy Winehouse, ont le privilège d’illustrer deux chapitres chacun, notamment le concert du 5 mai 1982 où Smith se badigeonne les yeux de rouge à lèvres pour donner l’illusion à son public de pleurer du sang.

Pour le reste, voici un ouvrage solide qui revient sur la polémique « Killing an Arab » (si j’avais su, je l’aurais intitulée « Standing on a Beach », ça nous aurait évité des ennuis » dixit Smith)  l’incroyable flair de Chris Parry qui à l’écoute des démos du groupe plaque Polydor pour fonder son propre label afin de le signer, la direction de main de fer d’un groupe à géométrie variable dont les incessants changements de line-up constituent en fait l’essentiel du storytelling d’un groupe, finalement assez sage au vu de la noirceur de sa discographie.

Si Lol Tholhrust se débat contre ses démons alcooliques et attaque son ami en justice (avant de se réconcilier avec lui) et que Robert Smith rame pour écrire ses paroles, on ne trouve ni psychodrame à la Pink Floyd ni les excès des Who ou encore le désespoir d’un Ian Curtis dont le décès affectera profondément le leader de Cure.

De la belle œuvre qui ravira les néophytes et contentera les érudits par le sérieux de sa documentation. Souhaitons aux éditions Petit à Petit, actuellement en redressement judiciaire, de survivre à la crise éditoriale que vivent les petits éditeurs indépendants. Terminer sa collection avec les auteurs de « Disintegration » serait le comble d’une ironie de mauvais aloi.

Un come-back en forme de renaissance.
©Petit à Petit

14 comments

  • Présence  

    Comment ça ?!? Ce n’est pas un article de Patrick 6 !?!

    Le meilleur groupe du monde, conclut frontalement Jérémie Wulc : C’est vrai que j’aime bien mes BD quand l’auteur affiche un vrai point de vue personnel… Là, il est possible du ce soit un peu trop quand même. 😀

    Standing on a beach : j’aurais raté la référence au roman.

    Les éditions Petit à petit : je suis allé consulter leur catalogue. Surprenant : entre les bandes dessinées biographiques rock, l’histoire de villes de France, et des trucs inattendus.

    Finalement, chez cet éditeur, je n’en ai pas lu beaucoup, juste un en fait : Safar l’histoire du Coran en Europe.

    • Bruce Lit  

      Oui, la prise de recul n’est pas des plus assumée.
      J’aime beaucoup The Cure mais pour ma part, non ce n’est pas le meilleur groupe au monde.
      D’ailleurs, est-ce vraiment un groupe?
      Gageons que Patrick 6 nous répondra prochainement.

      • Fred le Mallrat  

        c’est un groupe car les membres ont eu un impact musical.
        A part the Top qui hors batterie est quasiment un album solo de Robert Smith et Head on the door, Disintegration et lost world (j ai un doute sur bloodflowers) les autres albums ont été soit collaboration soit ont des morceaux qui étaient des demos des autres membres.

        par contre ce n est pas une démocratie.

        • Fred le Mallrat  

          et en live.. prenons l annee de the Top 1984.. les performances et le jeux doivent beaucoup à Andy Anderson.

        • Patrick 6  

          A noter qu’au niveau crédit tous les albums indiquent Paroles : Robert Smith, Musiques : Cure, sauf le dernier ou seul Robert est mentionné ! Le reste du groupe est désormais interprète.

  • fred Le mallrat  

    Meilleur groupe du monde: évidemment.
    Wulc (figure controversée dans la galaxie des fans de Cure) s’est permis quelques raccourcis ou modification qui peuvent faire bondir mais de manière générale j’ai trouvé le bouquin plutôt intéressant.
    Apres je pense que les psychodrames, les excés (durant l’enregistrement de Pornography, tu avais une montagne de canettes dans le studio sans compter les drogues ni les histoires en 1984 où il faut exfiltrer le batteur de Nice suite à des violences dans l’hotel) et le désespoir (la fin de la tournée Pornography baigne dedans mais finit en colère et violence entre membres du groupe et entre le groupe et les spectateurs sur certains concerts plutôt qu’en fait une personne seule face à ses problèmes) sont un peu atténué mais il y a à peine 2 pages par album…
    Bref si tu lis des bio, ca se passe autrement. Tu auras ton lot d’excés, de psychodrame et de désespoir: le groupe et Robert Smith y ont juste survécu.

    • Bruce Lit  

      En quoi Wulc est controversé?

      • fred Le mallrat  

        J’ai jamais trop compris. Il semble connaitre le groupe mais je sais qu’à un moment je lisais qu’il était un peu mytho et en rajoutais dans ces bouquins. Mais je te parle de choses que j ai lu il y a plus de 10 ans quand il écrivait ses premiers bouquins sur le groupe.
        Apres j ai jamais su complètement car je ne suis pas non plus 100% dans les groupes de fans et donc j ai suivi de trés loin. Mais disons qu il y a une partie qui trouve qu’il fantasme sa proximité et qu’il mythone parfois.. et une partie qui ne trouve pas et qui le voit comme justement quelqu’un de « proche » du groupe comme d’autre (Richard Bellia, le photographe).
        J’ai pas d avis personnel car je n’ai rien de concret mais j’avoue que je fais attention quand je vois son nom quand même (je suis de nature méfiante).

  • Patrick 6  

    The Cure est le meilleur groupe de Robert Smith du monde, assurément ^^
    Alors plusieurs choses, concernant cette BD tout d’abord : elle est plutôt intéressante. J’y ai même appris un truc ou deux (notamment le décès de la femme du bassiste, Simon Gallup). Mais la différence radicale de style graphique entre chaque chapitre est un brin déstabilisante. Le résultat est forcément inégal. Et puis je n’adhère pas totalement au concept de mélanger chapitres dessinés et les chapitres écrits.
    Bref le projet est bancal, même s’il reste intéressant.

    Concernant l’auteur, je sais qu’il a écrit plusieurs livres sur Cure, que je me suis bien gardé de lire ^^ (Je pense que j’ai lu mon lot de biographie sur le groupe, je fais désormais l’impasse). Je ne sais donc rien sur Wulc et je m’en porte très bien ^^

    Autrement, oui, l’histoire de Cure est moins rocambolesque que celle de Mötley Crüe, mais ce n’est pas plus mal me concernant ^^ Elle n’en reste pas moins chaotique, pleine de crises, de drogues, et d’alcool… Et puis bon je suis assez content que Robert et ses copains de jeu n’aient jamais fait les gros titres de la presse à scandale. Après tout, au moins sur leurs premières années, Cure était un groupe sans image (un peu votre voisin de palier) qui faisait une musique plus grande qu’eux. J’aime cette idée.

    • Bruce Lit  

      En cela, Cure reste très proche du Floyd.

  • JB  

    J’avoue mon ignorance crasse de l’œuvre musicale de The Cure, mais au moins cet ouvrage semble parfait pour un lecteur comme moi ! Intéressant de voir que les auteurs/artistes ne choisissent pas la facilité d’utiliser l’imagerie traditionnellement associée au groupe

  • Tornado  

    Je continue de ne rien connaitre de ce groupe à part les deux/trois tubes des 80’s qui passaient au TOP 50… La couv est superbe en tout cas. Et les couvs sont très inégales dans cette collection. Celle de Pink Floyd est à tomber. Celle de Led Zep est sympa aussi. Par contre celles d’Hendrix et celle des Doors sont atroces.

  • JP Nguyen  

    Voilà un groupe dont je n’ai cure.. Je note la petite info en tout début d’article : une possibilité de retours plus fréquents des vendredis rock ?

  • Bruno. ;)  

    … JP m’as piqué ma blague, ARF !
    Zut ! C’est tout ce que j’avais trouvé à dire sur le groupe 😁…

    C’ est une drôle d’idée, ce concept de « melting-pot » graphique, pour cet album. Une manière de fournir du travail à un maximum de monde, peut-être ?! Le côté un peu figuratif des derniers scans postés est franchement contre-productif, niveau appétence… Mé bon, honnêtement, je ne me sens pas assez concerné par le personnage pour m’y intéresser sous cette forme ludique ; d’autant plus que je ne me suis jamais senti « happé » par sa musique -même dans ses variantes les plus Pop (avec le gars des Thompson Twins, per esempio).
    J’aimais bien sans jamais m’enthousiasmer : je crois que je préférais déjà nettement plus les artistes qui savaient se maquiller proprement (mon côté midinette, sûrement.). Ah ! La subjectivité adolescente.

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