Êtes-vous prêts à franchir la ligne jaune ? (Le Giallo)

Encyclopegeek : Le Giallo

Article de MATTIE-BOY

1ère publication le 1/11/19 MAJ le 07//11/20

Le tueur ganté et les victims féminines, le cahier des charges du giallo Illustration de Mattie-Boy

Le tueur ganté et les victims féminines, le cahier des charges du giallo
Illustration de Mattie-Boy

Il est temps de retourner faire un tour dans le cinéma italien. Rappelez-vous, je vous avais parlé des gothiques italiens par l’intermédiaire d’une de ses égéries des années 60 : Barbara Steele . Mais cette époque étant l’âge d’or du cinéma italien, il y a d’autres genres à se mettre sous la dent jusqu’aux années 80 (vous connaissez déjà les westerns italiens je pense.)

Avant que le cinéma italien ne s’écroule (en enterrant globalement le cinéma de genre et d’auteur) à cause de la télévision et de l’apparition des VHS (et aussi des blockbusters américains qui concurrencent beaucoup trop leurs films dans les salles), il y a un genre typique de chez eux qui a existé et dont il faut parler : le giallo.

Alors c’est quoi un giallo ? D’abord ça veut dire « jaune » en italien, et c’est une référence à une collection de romans policiers à la couverture jaune. Et c’est rapidement devenu un genre cinématographique qui emprunte non seulement au policier, mais au cinéma de type thriller horrifique teinté d’érotisme. Communément considéré comme du cinéma d’exploitation à cause de cela (la violence et l’érotisme étant des éléments qui font vendre), leur utilisation ne semble pourtant jamais gratuite dans le giallo tant les crimes passionnels et sexuels sont au final monnaie courante dans les affaires criminelles. C’était simplement plus rare dans le cinéma de l’époque. Le giallo est aussi l’ancêtre des slashers américains, le tueur étant souvent masqué et muni d’une arme blanche.

Le genre nait dans les années 60. Rappelons qu’à l’époque le cinéma américain est un peu timoré et Alfred Hitchcock aura beaucoup de mal à faire son film PSYCHOSE puisque la censure exigera qu’on ne voie jamais de nudité ni de plaies ouvertes sur le corps des victimes (et il aura même du mal à filmer des toilettes !) Rappelons que la même année sortait en France LES YEUX SANS VISAGE de Georges Franju qui montre une opération visant à retirer la peau d’un visage. De même au Royaume Uni, la Hammer commence à faire couler l’hémoglobine et insérer de l’érotisme, et le cinéma italien va prendre le même chemin.

Le père du giallo est communément reconnu comme étant Mario Bava, un réalisateur dont j’ai déjà parlé, notamment à l’origine du film : LE MASQUE DU DEMON . Il commence en effet par réaliser LA FILLE QUI EN SAVAIT TROP, un giallo en noir et blanc en 1963. Mais à mon sens c’est avec la couleur que le giallo nait vraiment. Une des marques de fabrique de ce genre est l’utilisation de mises en scènes baroques où les couleurs sont souvent vives, et où le sang rouge coule sur des draps blancs, pour accentuer l’effet. C’était le début de la couleur en Italie et certains réalisateurs ont voulu en tirer le maximum.

Des films cultes, précurseurs du slasher ou des films de tueurs en série

Des films cultes, précurseurs du slasher ou des films de tueurs en série

Ce n’est qu’une opinion de ma part mais je trouve intéressant de voir les films de Riccardo Freda dont je vous ai déjà parlé : L’EFFROYABLE SECRET DU DOCTEUR HICHCOCK et surtout LE SPECTRE DU PROFESSEUR HICHCOCK qui expérimentaient déjà des codes qui allaient devenir ceux du giallo avant même les films de Mario Bava. Mais bien évidemment ensuite ce dernier exploitera davantage l’idée et mettra en scène l’iconique tueur aux gants et chapeau noirs souvent présent dans les gialli avec SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN (1964)

Dario Argento est également un grand représentant du giallo. Mais il ne faudrait pas oublier le mésestimé Lucio Fulci, surtout connu pour sa trilogie de films de zombies qu’il a réalisé en fin de carrière (début des années 1980) avant de sombrer davantage dans le film fauché et les nanars. On retient hélas surtout cela de ce réalisateur en se moquant de ses films des années 1980 les plus ratés, à une époque où le cinéma italien tout entier se cassait la gueule et où il fallait travailler avec des budgets encore plus ridicules qu’avant.

Mais antérieurement à ses films de zombies, il a réalisé pas moins d’une trentaine de films entre 1950 et 1980. Ce qui joue en sa défaveur de nos jours, c’est justement sa filmographie énorme. Il réalisait et produisait beaucoup (et pas toujours de la qualité), tel certains réalisateurs hongkongais qui font de nombreux films de commandes (souvent des comédies) qui ne sortent jamais du pays afin de dégager des bénéfices pour de temps en temps faire des films plus personnels et soignés. Ce serait donc une erreur de rejeter la totalité de la filmographie de Lucio Fulci.

Mais évidemment Argento a réalisé un certain nombre de gialli avec L’OISEAU AU PLUMAGE DE CRISTAL (1971), LE CHAT A NEUF QUEUES (1971), 4 MOUCHES DE VELOURS GRIS (1971), LES FRISSONS DE L’ANGOISSE (1975), ou encore TENEBRES (1983)
Mais au milieu de tout cela, il y a aussi du Fulci avec PERVERSION STORY (1969), LE VENIN DE LA PEUR (1971), LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME (1972), L’EMMUREE VIVANTE (1977) ou son dernier bon film L’EVENTREUR DE NEW YORK (1982). Ainsi que des gialli moins connus mais intéressants de réalisateurs moins célèbres : LA QUEUE DU SCORPION (1971) de Sergio Martino (qui a lui aussi sombré dans le nanar par la suite), ou LE TUEUR A L’ORCHIDEE (1971) d’Umberto Lenzi.
Ma liste n’est évidemment pas exhaustive mais je suis bien forcé de faire des choix pour que l’article ne soit pas trop long. Je vais donc vous proposer une présentation de cinq films que j’affectionne, certains parmi les plus connus, et d’autres moins connus.

L’OISEAU AU PLUMAGE DE CRISTAL


Un premier film réussi

Le premier film de Dario Argento. Bien avant ses films plus mystiques auxquels je n’adhère pas (je ne suis pas fan de SUSPIRIA .)
Un jeune américain est témoin une nuit d’une agression dans une galerie d’art à travers la vitrine. Une femme se fait poignarder et l’agresseur s’enfuit. Le témoin se retrouve coincé entre deux vitrines alors qu’il voulait entrer et se retrouve à attendre. La police le découvre et il leur raconte ce qu’il a vu. La femme s’en sort après un séjour à l’hôpital mais n’aura curieusement pas grand-chose à dire sur son agresseur, comme si elle avait peur. Plusieurs autres femmes seront ensuite assassinées et le jeune américain va développer une sorte d’obsession à découvrir le coupable. Il faut dire que la police lui a confisqué son passeport et qu’il est donc forcé de retarder son départ. Mais au-delà de ça, il y a quelque chose qui le tracasse dans ce qu’il a vu. Un détail que son cerveau a enregistré mais dont il ne parvient pas à se souvenir précisément.
Comme souvent dans les gialli, malgré un aspect policier, le personnage principal n’est pas un policier, mais un monsieur tout le monde qui se retrouve embarqué dans une enquête dangereuse. Sans doute pour renforcer l’aspect film d’horreur. Le film utilise également, comme le fera plus tard le film MANIAC (1981), des plans filmés du point de vue du tueur lorsqu’il photographie ses prochaines victimes, avec parfois une légère respiration qui se fait entendre.

Ici le réalisateur s’adjoint les services d’Ennio Morricone pour la musique. Il n’est pas encore dans sa période expérimentale plus étrange durant laquelle il utilisera la musique des Goblins ou de Iron Maiden (pour le meilleur ou le pire.)
Le film est globalement plus classique par rapport au reste de la filmographie de Argento. Mais ça ne l’empêche pas d’être très efficace, et de tenir en haleine.

LE VENIN DE LA PEUR

 Fantasme et frustration

Fantasme et frustration

Un des premiers gialli de Lucio Fulci avec PERVERSION STORY, ce VENIN DE LA PEUR flirte pourtant avec d’autres genres, comme le thriller psychologique. Et il fait aussi partie de ces films au titre traduit n’importe comment en France. Le titre original Una lucertola con la pelle di donna signifie « un lézard à la peau de femme. »
Carol, une riche bourgeoise qu’on devine frustrée par son mode de vie froid et superficiel, fait souvent un rêve dans lequel elle se fait emporter par une foule de gens nus qui l’emmène vers le lit d’une belle femme qui va la déshabiller sensuellement. Il s’avère que la femme de son rêve est sa voisine, Julia Durer, une actrice à la vie débridée. Carol va alors consulter un psychiatre qui lui expliquera que ses rêves traduisent une répulsion en même temps qu’une fascination pour le mode de vie plus libre de sa voisine, et un fantasme de sa part de la rejoindre dans ses orgies.

Seulement un jour, elle rêve que sa voisine se fait assassiner. Et le lendemain, il s’avère que son rêve a été prémonitoire. En enquêtant elle-même, Carol va se retrouver la proie d’un mystérieux agresseur.
Difficile de parler de ce film sans révéler des moments clés de l’intrigue. Le film s’amuse avec les fausses pistes, l’alternance entre les rêveries de Carol et la réalité, le rapprochement de deux mondes si différents mais aussi malsains l’un que l’autre : celui de la bourgeoisie figée dans ses conventions et masquant sa vraie nature, et celui des hippies délurés libres mais parfois inquiétants.


Le rêve de Carol

Carol navigue de l’un à l’autre pour chercher qui a tué Julia, se fiant à son rêve dans lequel elle a vu deux personnes qui semblaient regarder directement en direction du meurtrier. Ses rêves sont-ils fiables ? Que cherche-t-elle vraiment ? On suit cette femme coincée dans son cadre bourgeois dépourvu de joie de vivre et détachée de son entourage dont le mari la trompe, sans jamais être sûr avant la fin de ce qui la motive et de quoi elle a peur.
La photographie du film est magnifique avec de beaux jeux de couleurs pour les séquences oniriques. La musique est toujours l’œuvre d’Ennio Morricone. Le film a un petit ventre mou au milieu, avec quelques effets cheap un peu inutiles (dont une magnifique chauve-souris en caoutchouc), mais le film tient en haleine, reste prenant et mystérieux, dresse un portrait inquiétant de deux mondes, et propose une fin satisfaisante. Même s’il faut bien avouer que la résolution de l’enquête intéresse moins Fulci que la psyché de son héroïne.

LA QUEUE DU SCORPION


Un film où l’enquête policière prime

Lisa Baumer, jeune veuve qui vient d’hériter d’un million de dollars (via la police d’assurance de son mari décédé dans un accident d’avion) est évidemment soupçonnée d’avoir provoqué cet accident. Son amant semble être son complice. Et il semble que la maitresse de son mari soit aussi intéressée par cet argent. Alors qu’elle se rend à Athènes (lieu de travail de son époux) pour toucher son argent, Lisa se fait assassiner par un tueur vêtu de noir. Peter Lynch, un agent de la compagnie d’assurance chargé de suivre Lisa Baumer pour déterminer son rôle dans la mort de son mari, se retrouve à devoir enquêter avec la police d’Athènes sur ce nouveau meurtre.
Sergio Martino se la joue un peu Hitchcock ici en décidant de tuer le personnage qui nous semble être le protagoniste au bout de 30 minutes de film (comme dans PSYCHOSE.) Malgré la culpabilité apparente de Lisa Baumer, le spectateur s’attend à ce qu’elle reste le personnage central. Mais non. Ce rôle échoue à Peter Lynch, l’agent d’assurance.

Le film puise sa force dans son intrigue et cet imbroglio composé de plusieurs tueurs concurrents et de nombreux suspects : la maitresse du mari et son acolyte, l’amant de Lisa, voire même Peter Lynch ou le mari prétendument mort de Lisa (l’a-t-on vraiment vu monter dans l’avion au final ?) Les suspects vont progressivement se faire égorger et la machination nous sera révélée au terme d’une enquête bien ficelée.
Plastiquement, le film est très soigné avec de beaux jeux de couleurs à la Mario Bava. Ce n’est pas le giallo le plus stylisé, la mise en scène reste tout de même plus sobre que celle d’un Dario Argento, mais il reste très bien filmé et le suspense nous maintient intéressé. La musique signée Bruno Nicolai ne rivalise pas avec celle de Ennio Morricone mais elle l’imite quelque peu et fonctionne très bien.

LES FRISSONS DE L’ANGOISSE
Le plus célèbre giallo

Le plus célèbre giallo

Un soir, Marc Daly, pianiste américain installé à Turin, surprend à travers une fenêtre le meurtre d’une parapsychologue alors qu’il est dans la rue. Le temps de monter à l’étage pour lui porter secours, il arrive trop tard. Mais comme il est déclaré témoin oculaire, il devra coopérer avec la police et mènera propre enquête.
Un point de départ guère différent de L’OISEAU AU PLUMAGE DE CRISTAL, mais la suite diffère.

Ce film est un des plus connus de Dario Argento. Et alors qu’on vient de passer un film au titre correctement traduit, celui-ci n’a encore aucun sens. Le titre original Profondo rosso signifie « rouge profond ». Bon, je ne vais pas forcément me faire des copains, mais les films d’Argento ne sont pas mes préférés. Je les aime bien, mais là où il se distingue des autres par sa mise en scène, souvent le scénario n’est pas très élaboré. Non pas que ce soit le plus important, mais ladite mise en scène n’est pas toujours de mon goût non plus. C’est pourquoi je n’ai pas accroché à son TENEBRES et ses étrangetés de mises en scène (les victimes qui entendent chuchoter le tueur alors qu’il n’est pas dans la pièce par exemple.) Cela dit, j’ai bien aimé LES FRISSONS DE L’ANGOISSE.

La force du film réside à la fois dans la mise en scène, mais aussi dans ses personnages. Marc Daly va en effet collaborer avec une journaliste (jouée par Daria Nicolodi, future femme de Argento et mère de Asia Argento) pour découvrir l’identité du tueur (la police est un ramassis d’incompétents dans ce film, comme assez souvent il faut l’avouer.) Et le film a un petit aspect comédie avec ce « couple » d’enquêteurs attachants coincés dans une minuscule 4L, et sans que cela dénote trop avec le sérieux du film. Cela renforce surtout le côté « monsieur tout le monde » des protagonistes.


Le style Argento à son apogée

Une spécificité de ce film est qu’il nous montre dès le début le visage de l’assassin lorsque Marc se précipite vers l’appartement de la victime. Mais dans un couloir tapissé de portraits qui servent de distractions, et alors que la caméra se déplace. Ce qui fait que vous ne remarquerez rien (si vous jouez le jeu évidemment. Si vous avancez image par image…vous allez le voir.) Cela justifie ensuite l’impression que ressent Marc d’avoir vu quelque chose sans qu’il s’en souvienne consciemment.

D’une certaine façon, Martino faisait ça aussi dans LA QUEUE DU SCORPION en montrant brièvement le visage de l’assassin sous la pluie, mais alors que ce dernier a un bas sur le visage (et le nez aplati), que la lumière est bleutée, et qu’il fait la grimace. Ce qui fait qu’à moins de faire pause et analyser 2 minutes l’image, vous ne le reconnaitrez pas.
Au-delà de ça, je ne peux trop en révéler sur l’intrigue qui réserve ses surprises, mais je peux vous dire qu’on est plutôt dans le domaine de la maladie mentale et à la frontière du fantastique (notamment avec cette parapsychologue assassinée pour en avoir trop découvert.) La mise en scène est soignée avec des plans ingénieux et les meurtres particulièrement marquants et impitoyables (victime ébouillantée, lacérée, etc.) La musique est l’œuvre des Goblins, et c’est le début d’une collaboration avec Argento. Ce dernier aime bien les musiques insolites qui ne collent pas toujours avec l’image pour créer une atmosphère étrange. Selon moi, ça ne fonctionne pas toujours (je déteste son utilisation de Iron Maiden dans PHENOMENA), mais le thème principal de ce film est en tous cas très bon et mémorable, et participe, avec la mise en scène, à l’ambiance un peu irréelle du métrage.

L’EMMUREE VIVANTE
Un Lucio Fulci à découvrir d’urgence

Un Lucio Fulci à découvrir d’urgence

Virginia est sujette à des visions. Lorsqu’elle était enfant, elle a vu sa mère se suicider alors qu’elle n’était pas sur les lieux du drame. 18 ans plus tard, alors qu’elle s’engage en voiture dans des tunnels à l’obscurité oppressante, elle est sujette à de nouvelles hallucinations lui montrant une vieille femme se faire agresser et emmurer vivante. Est-ce déjà arrivé, ou prémonitoire ? Toujours est-il qu’elle finit par reconnaître le lieu du crime dans la maison de campagne de son mari. Elle casse alors le mur qu’elle a vu en rêve et découvre un squelette. Une enquête vieille de plusieurs années va alors être rouverte lorsque le squelette est identifié comme celui d’une femme de 25 ans portée disparue. Hélas, ce n’est pas la femme que Virginia a vue. Son mari, qui était à l’étranger à la date estimée du crime, est tout de même mis en prison lorsqu’on découvre qu’il avait une liaison avec cette jeune femme. Mais qui est le véritable tueur ? Et pourquoi la vieille femme que Virginia a vu mourir semble encore vivante ? Il semblerait que sa vision ne se soit en réalité pas encore produite. Et qu’en ayant elle-même cassé ce mur, elle a mis en marche une succession d’évènements qui pourrait bien la mettre en danger, telle Cassandre condamnée à voir un avenir dans lequel elle a elle-même un rôle à jouer.

Excellente surprise ce film ! On le sait, Lucio Fulci est doué pour les ambiances. Il est même plus doué pour les ambiances que pour le scénario. Mais ce film est tout bonnement excellent, tant au niveau de son ambiance que de son histoire. Réduire Fulci à ses films de zombies est une terrible erreur tant ses thrillers sont intéressants.
L’enquête de L’EMMUREE VIVANTE peut sembler confuse au départ, Virginia se reposant sur des éléments de sa vision en essayant d’innocenter son mari auprès de la police sans avoir de preuves. Les indices qu’elle va trouver vont toutefois contribuer à tisser lentement la toile que compose sa vision, donnant l’impression au spectateur qu’elle va elle-même causer la perte de la femme de son rêve, et renforçant l’idée inquiétante d’un destin inévitable. Le film a quelques similitudes avec LE VENIN DE LA PEUR avec son héroïne sujette à des visions, mais ici le film devient beaucoup plus policier. Fulci joue sur la perception et les souvenirs, les tours que peuvent jouer la mémoire, comme l’ont fait un peu d’autres réalisateurs avant lui mais cette fois l’idée est poussée à l’extrême.


La vision de Virginia

Le film est oppressant. Le lieu du crime qui n’existe que dans la tête de Virginia va pourtant prendre forme et donner l’impression au spectateur que plus elle approche de la vérité, plus le danger est grand. Le tueur de l’époque est alerté par la réouverture de l’enquête et se rapproche.
La mise en scène est soignée, avec ces plans filmés au travers d’une fissure du mur de briques, les zooms sur les yeux de Virginia ou sur les objets de sa vision qu’elle reconnait, ces moments de pause calmes avant une soudaine réalisation effrayante, etc. On pourrait craindre que ce soit des effets de style gratuits et que la fin soit décevante, mais le final est au contraire astucieux et conclue très bien ce film qui nous fait partager l’angoisse de son héroïne.
C’est un film très réussi encore rehaussé par l’inquiétante musique de Fabio Frizi.

CONCLUSION

J’aurais pu vous parler des films de Mario Bava, notamment LA BAIE SANGLANTE, mais pour être honnête, je ne suis pas bien fan du film. J’aime l’esthétisme de Bava en général mais pour ce film il choisit une approche plus naturaliste pour filmer des victimes se faisant assassiner dans les bois, et au final aujourd’hui, le film fait penser à un VENDREDI 13 et je trouve qu’il a perdu de son originalité. Même si évidemment c’était le premier et un des ancêtres des slashers. Mais je n’ai pas réussi à vraiment apprécier le film. Mais ai-je précisé que je ne suis pas fan de slashers ? En effet je trouve la mode du slasher américain bien moins intéressante ou imaginative. On enlève toute dimension policière, tout personnage intéressant et on fait juste gesticuler des ados stupides dans les bois qui se feront tuer par le fou local. Moui…bof. Le problème (ou l’intérêt, ça dépend) des slashers, c’est qu’ils rendent le tueur si charismatique et les victimes tellement stupides qu’on en arrive finalement à juste trouver les tueries divertissantes. Il y a bien entendu des exceptions mais alors que le slasher a beaucoup fait parler de lui et que le genre a même connu un renouveau nostalgique de la part de réalisateurs fans du genre, je trouve que le cinéma italien qui a précédé cette mode est injustement mis de côté et mérite d’être redécouvert.

J’espère que ce tour d’horizon vous aura donné envie de tester vous-mêmes certains de ces films. Et pour ceux qui auraient peur de la qualité d’image de ces vieux films en voyant les trailers, sachez qu’ils ont tous bénéficié d’éditions DVD de qualité à l’image restaurée, que ce soit chez l’éditeur NeoPublishing ou Le chat qui fume.

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BO du jour : le thème principal de L’EMMUREE VIVANTE, une musique que je connais curieusement depuis longtemps, et que j’ai probablement entendu sur une cassette audio de musiques de films durant mon enfance :

58 comments

  • Tornado  

    Je viens de voir consécutivement L’OISEAU AU PLUMAGE DE CRISTAL et LES FRISSONS DE L’ANGOISSE. C’est marrant car c’est le hasard mais les deux films sont très proches, surtout le début !
    J’ai beaucoup aimé. C’est kitsch mais c’est la loi des années tout comme pour les vieux films gothiques de la Universal, de la Hammer, etc.
    C’est surtout l’ambiance qui est chouette. C’est hyper-stylisé et c’est bien ce qui en fait le charme.
    J’ai un faible pour toutes les scènes des FRISSONS DE L’ANGOISSE qui se passent dans la maison abandonnée. J’ai toujours rêvé d’avoir une maison art nouveau comme ça avec le magnifique jardin arboré et ses plantes exotiques. C’est ce que j’essaie de faire chez moi d’ailleurs (seulement le jardin, je n’ai hélas pas les moyens d’acheter une maison art-nouveau !). Il y avait plein de vieilles baraques abandonnées comme ça dans mon entourage quand j’étais gamin et on s’y faufilait avec les copains pour se faire flipper. Ça m’a fait un très gros effet de revivre ces souvenirs à travers ces scènes superbement filmées.
    Le bémol en ce qui me concerne c’est la musique des gobelins que je supporte pas. Et encore, là c’est cacophonique et tonitruant, mais assez mélodieux en comparaison d’un SUSPIRIA (on reconnait d’ailleurs un pastiche de la musique de Mike Olfield pour l’exorciste) ! C’est une question de goût bien sûr. Je déteste le bruit et ici la musique est très agressive, je préfère largement quand c’est Morricone…

    Allez, je sens que je suis parti pour en regarder d’autres…

    • Ludovic  

      Argento a souvent dit que les lieux et notamment les maisons inspiraient les films et certaines de ses scènes. C’est à se demander si PROFONDO ROSSO n’a pas été conçu juste pour filmer certains décors: la fameuse maison qui existe réellement si je ne m’abuse ou le décor de la rue au début avec la fontaine et la façade du bar qui semble sortie de la toile d’Edward Hopper NIGHTHAWKS.

      Quand à la musique, son côté agressif… dans les films suivants, c’est puissance dix mille ! mais c’est une personnage à part entiére du film aussi (dans le générique de SUSPRIA, la musique vient couper la parole au narrateur de l’histoire ca veut tout dire !). Si on se laisse emporter, c’est aussi par la musique qui vient aussi casser la linéarité du récit et vient envahir le film comme les forces du Mal envahissent l’image. Et dans SUSPIRIA, c’est totalement ca, c’est un opéra et je parle même pas de INFERNO où là ou tout explose, l’intrigue, la narration classique… mais c’est Argento à son sommet pour moi.

    • Matt  

      Cool que tu aies apprécié.
      Après si tu aimes le côté stylisé, Argento devrait te plaire même si c’est aussi ce qui lui est reproché parfois : de trop styliser.
      Peut être que tu aimeras moins les gialli à la mise en scène plus classique.
      Mais tu peux tenter aussi QUATRE MOUCHES DE VELOURS GRIS de Argento. Je l’ai pas chroniqué mais il est bien.

      Pour la musique des Goblins, bah moi ça me va en fait. Même SUSPIRIA je l’ai revu et finalement j’ai bien aimé. Alors que pareil le premier visionnage c’était dur.

      Après Argento a des choix de musique qui me déplaisent aussi souvent. Il suffit de voir PHENOMENA avec une toute jeune Jennifer Connely où Argento met du…IRON MAIDEN bien hard rock sur des scènes de suspense. Moi je trouve que ça va pas du tout. C’est bien WTF.
      Après le film reste sympathique surtout pour son originalité (c’est un film fantastique, pas un giallo, il y a plein de délires en rapport avec des pouvoirs notamment l’heroine qui commande aux insectes)
      Mais la musique…ouf !

      • Matt  

        Pardon aux puristes, IRON MAIDEN c’est du metal non ? J’y connais rien^^ Mais bon ça colle pas je trouve. Même si je sais que Argento essayait justement de créer une dissonance entre la scène et la musique, sauf que ça passe avec les Goblins pour moi (mais c’est pas non plus l’avis de tout le monde) mais ça passe pas avec IRON MAIDEN.

        • Eddy Vanleffe  

          Tu as totalement raison la BO de P¨HENOMENA est complétement à coté de la plaque…J’ai beau adorer le titre FLASH PF THE BLADE, on a quand même l’impression qu’une bagnole passe avec l’autoradio à fond à ce moment là^^

          • Matt  

            C’est super dommage parce que le film est assere sympa en soi, mais les errements somnambules de Jennifer sur fond de IRON MAIDEN ça me sort du film.

    • Matt  

      Pour moi le plus faible giallo de Argento (si on oublie carrément les mauvais films qu’il a fait dans les années 80/90) c’est LE CHAT A NEUF QUEUES. Il reste sympa mais pas extra.
      J’ai aussi un peu de mal avec TENEBRES, pourtant bien noté souvent. Mais là j’ai trouvé la mise en scène trop stylisée et invraisemblable, avec des murmures du tueur que personne n’entend alors qu’il semble bien parler, des trucs bizarres du genre. Et pas super niveau musique.

      Curieusement j’ai apprécié un film de lui relativement décrié, LE SANG DES INNOCENTS. En fait il est surement décrié parce que primo c’est du Argento donc les gens s’attendaient surement à mieux (même si le bonhomme n’a fait quasiment que de la merde dans les années 90), et deuxio parce qu’il est sorti en 2001 et qu’il ressemble un peu à un giallo des années 70.
      Sauf que c’était voulu je pense. C’était un retour aux sources, faire un film similaire à ses premiers. Sauf que la mode était passé et le kitsch ne passait surement plus en 2001. Mais pris comme une sorte d’hommage il passe plutôt bien le film.

      Passées les années 80 pour moi il n’a fait que 2 films vraiment intéressants : ce SANG DES INNOCENTS et STENDHAL SYNDROME (pas mal de défauts mais intéressant dans son concept, même si pas mal sordide) Les 2 semblent un peu sortir du passé mais il faut l’accepter.

      • Tornado  

        J’ai vu la trilogie des sorcières une fois et j’ai tout détesté, particulièrement INFERNO, je crois. Je perçois parfaitement que le style de musique des Gobelins soit expérimenté à des fins formelles mais, vu mon allergie aux musiques agressives, ça ne peut pas passer. C’est comme si on essayait de me faire avaler du choux-fleur bouilli. Ça ne passe pas du tout, ça ne passera jamais…

        • Matt  

          Tu pourrais réessayer. Si t’es motivé hein, je te force pas^^
          En voyant INFERNO j’ai même trouvé qu’il était moins désagréable que SUSPIRIA. Enfin après je dis ça mais aujourd’hui SUSPIRIA me plait bien. Je m’écoute même le thème sans le film^^ Comme quoi on change d’avis des fois.
          INFERNO est plus « kitsch » que SUSPIRIA, je trouve que parfois il fait penser à un film d’horreur anglais à la Hammer ou Amicus…dans la limite du raisonnable. ça reste quand même du Argento mais une raison pour laquelle les fans de SUSPIRIA ne l’aime pas c’est justement qu’il fait plus « classique » (dans le sens kitsch.)
          ça me surprend que ça t’ait déplu à ce point là.

          MOTHER OF TEARS c’est de la merde par contre.

        • Matt  

          Tiens t’as essayé le remake de SUSPIRIA par Luca Guadagnino ?
          C’est assez différent. Ambiance très éloignée du Argento, body horror assez poussé, c’est bien hardcore.
          Pour le coup moi qui n’aime pas trop les remakes par principe, j’apprécie tout de même quand c’est suffisamment éloigné de manière formelle de l’original. Les remakes plan par plan à l’américaine de films chinois c’est poubelle mais un truc comme le nouveau SUSPIRIA, je dis pourquoi pas.

    • Jyrille  

      J’ai vu L’OISEAU AU PLUMAGE DE CRISTAL y a pas très longtemps mais j’en parle sur la page précédente des commentaires.

      Et j’adore la BO de Suspiria. Je sais plus si j’ai écouté son remake par Thom Yorke.

  • Tornado  

    Je vais déjà tâcher de regarder les films que je n’ai jamais vus. Et je reviendra faire mon compte-rendu !
    Une fois, il y a longtemps, il passait un Argento à la TV et je dessinais en même temps. J’ai regardé le film à moitié, très distraitement, et je n’en garde que deux ou trois vagues images. Je pensais que c’était LES FRISSONS DE L’ANGOISSE mais non. Ça devait être TÉNÈBRES alors. Je vais me faire LE CHAT À NEUF QUEUS, QUATRE MOUCHES DE VELOURS GRIS et TÉNÈBRES en priorité, je pense.

    • Matt  

      Attention à l’overdose quand même. Le risque en se faisant une filmo complète c’est d’en avoir marre des marottes du réal^^

      • Tornado  

        Ah ? Je fais souvent ça au contraire. Ça me permet de m’immerger bien comme il faut dans une filmographie. En général ça ne crée pas de saturation.

        L’an dernier, pour mémoire, je me suis fait les filmographies de Blake Edwards, de Sergio Léone et de Mario Bava.

        • Matt  

          Ah moi je me lasse si je me gave d’un même réal ou d’un même genre. J’ai pas regardé mon top 20 gialli en 2 semaines. ça m’a pris des années avec des pauses.
          Au bout d’un moment si un truc me gêne, je ne vois plus que ça (Argento et ses choix de musique par exemple.)
          Tu me diras ce que tu penses de TENEBRES parce que moi j’ai pas accroché et je me demande si c’était à cause d’un ras le bol ou pas.

        • Matt  

          Au fait, p’tite question, tu aimes ce genre de musique d’ambiance ?

          ://www.youtube.com/watch?v=dC01gS5dkmk&ab_channel=KillingMoon

          C’est du Fabio Frizzi (comme la BO de cet article), il a fait pas mal de themes sympas. J’aime beaucoup celui-ci mais je sais qu’il a une espèce de rendu « musique de vieux jeu vidéo » 16bits avec ce côté très synthé

          Un vieux jeu d’horreur qui je pense s’est inspiré de ce genre de thème en jouant sur les limitations sonores de la console pour lorgner vers un rendu synthé de BO italienne.

          ://www.youtube.com/watch?v=JrgG-gn288E&ab_channel=BlueFireZ881

          Bon je parle de ça comme ça. Je sais que tu t’en fous surement des jeux mais certaines BO surréalistes de films italiens me font penser à ça. Et je trouve que même quand on n’accroche pas trop au style de la musique, ça reste gravé en mémoire et ça forge l’identité de ces films. Comme j’essaie de le dire dans mon intro du dernier article, on ne fait plus de films comme ça. Ces éléments à la fois kitsch, à la fois réellement effrayants avec des histoires tordues, et ces BO surréalistes, ça en fait vraiment un genre particulier.

          Au passage HOUSE BY THE CEMETERY de Lucio Fulci est un film qui n’a pas beaucoup de sens, trop bizarre, mais avec une ambiance de fou. ça s’inscrit dans ses films d’horreur un peu nonsensiques proches de cauchemars tels que FRAYEURS ou L’AU DELA.

          • JB  

            La petite hallucination du mannequin dans « La maison près du cimetière » (une tête tombe et devient une tête tranchée sous des yeux d’enfant, il me semble) fait son petit effet, dans mon souvenir

          • Matt  

            Je ne me souviens pas des détails mais le plus chelou dans le film c’est les personnages adultes qui semblent évoluer dans un cauchemar sans en avoir conscience, avec la bonne qui nettoie du sang sans se poser de questions ni rien.
            Il y a une histoire d’enfant mort aussi je crois. Le gamin voit une gamine morte et ils finissent par s’en aller ensemble à la fin, ce qui sous-entend si j’ai bien compris que le gosse est mort aussi. Tué par ce zombie/monstre (Dr Faustein je crois…un mix de Faust et Frankenstein ?^^)
            C’est assez chelou quand même, mais j’aime bien le film, il a plein de scènes à la fois « d’horreur gothique » dans une cave pleine de toiles d’araignées, et en même temps plus modernes avec le gore.

            Mais bon Fulci pour moi ça reste un bon réal de thriller/giallo aussi. On le cantonne trop à sa « trilogie de la mort ». Mais PERVERSION STORY, L’EMMUREE VIVANTE, LE VENIN DE LA PEUR, LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME c’est très chouette aussi.

          • zen arcade  

            Pour moi, La longue nuit de l’exorcisme, c’est le sommet de Fulci.

          • Tornado  

            C’est marrant, au départ Fulci était le spécialiste des… comédies de Toto !!!
            N’empêche qu’il a fait aussi des westerns (que je n’ai pas vus) et des films d’aventure. Son CROC BLANC m’avait énormément plu quand j’étais gamin. J’étais loin d’imaginer que c’était le même mec qui avait réalisé L’AU-DELA dont la bande-annonce, dans Temps X, m’avait complètement traumatisé !

          • Matt  

            Fulci a touché à pas mal de trucs. La comédie, le polar violent, le giallo, le thriller fantastique, l’horreur gore.

            Tout n’est pas bon dans sa filmo, surtout à la fin comme tous les autres réal italiens qui ont fini à la TV avec des budgets rikiki, mais c’est parce qu’il faisait beaucoup de trucs. Et c’est dommage de ne retenir que ses films gores qui sont un peu nonsensiques et peuvent facilement déplaire.

            Et ne parlons pas de trucs comme Zombi 3, monumental nanar même pas drôle, mais dont il n’est même pas responsable puisqu’il aurait été parachuté sur les projet des tacherons que sont Bruno Mattei et Claudio Fragasso (le mec qui a fait Troll 2 quand même…qualifié de « best worst movie ») et aurait fini par abandonner en cours de route le projet pour cause de maladie et de divergences d’opinion avec les 2 bouffons susmentionnés.

  • Eddy Vanleffe  

    Profitant d’une courte période de gratuité du catalogue SHADOWZ, une plateforme spécialisée dans l’horreur j’ai vu par hasard LE VENIN DE LA PEUR…
    sympathique et gentiment érotique mais je ne le mettrais personnellement pas dans mes préférés.
    Comme tu le dis, l’onirisme et l’état de l’héroïne est plus développé que l’intrigue qui passe un peu à la trappe. c’est pas équilibré à mon sens…

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