Ghost Rock ! (Phantom of the Paradise)

Phantom of the Paradise par Brian de Palma

AUTEUR : TORNADO

1ère publication le 21/02/16- MAJ le 07/02/19

 Entre gothique et disco !

Entre gothique et disco !

Phantom of the Paradise est un film réalisé en 1974 par Brian de Palma.
Il s’agit d’une comédie musicale horrifique, mais également d’une parodie et d’un hommage référentiel adressé à toute l’histoire du cinéma d’épouvante.

Mais surtout, comme nous allons essayer de le démontrer, Phantom of the Paradise, c’est avant tout un pur chef d’œuvre et un film d’une richesse incomparable qui, au-delà de la farce apparente, explore mille et unes facettes allant de la création artistique à l’envers du décor du glorieux show-business, en passant par… votre âme, pauvres mortels ! Héhéhé…

Attention : Spoilers à tout-va dissimulés dans tous les coins du Paradise et dans la filmographie du père De Palma. Ne surtout pas lire ces derniers passages au cas où vous n’avez pas vu les films en question…


Phantom of the Paradise : Un film pop… à mort !

Le pitch : Swan (Paul Williams), le propriétaire mégalomane des disques Death Records, est en quête d’une musique à nulle autre pareille, qui serait digne de marquer l’ouverture du Paradise, la grande salle de spectacle du studio, comme à Broadway, dans laquelle les traditionnelles comédies musicales seraient brûlées sur l’autel du rock ! Il auditionne ainsi toutes sortes d’artistes, espérant dénicher le talent rare. Il porte son dévolu sur Winslow Leach (William Finley), un jeune compositeur talentueux mais inconnu qui aspire à percer dans le métier. Par une odieuse série de manipulations et autres machiavéliques trahisons, Swan va tout simplement voler sa musique à Winslow, poussant ce dernier à commettre l’irréparable et à finir emprisonné sous une lourde peine.

Rendu fou par la perspective de voir son labeur profiter à une telle personne dans une version complètement dégénérée, Winslow va alors s’échapper de prison et tenter de récupérer sa musique. Hélas, un accident dans les presses du studio va le défigurer affreusement, le laissant pour mort. Amoureux de Phoénix (Jessica Harper), l’une des chanteuses du Paradise à qui il veut absolument associer sa musique, Winslow va alors hanter le studio sous les traits du Fantôme du Paradise, obligeant Swan à lui concéder ce qu’il demande. Mais le machiavélique producteur, toujours aussi perfide, n’a pas encore dit son dernier mot ni même dévoilé le véritable secret de son ascension vertigineuse…

Phantom of the Paradise est en vérité un film unique en son genre plutôt inclassable. Brian De Palma avait déjà œuvré sur quelques longs métrages, notamment en tandem avec d’autres professionnels, mais n’avait alors à son palmarès qu’un seul succès véritable réalisé un an auparavant : Sœurs de Sang. Un thriller horrifique comme une note d’intention pour un auteur qui allait devenir le nouveau maître du suspense pour toute la décennie à venir…

On le sait, Brian De Palma aime, vénère, cite et rend régulièrement de vibrants hommages à son maître absolu, à savoir le grand Alfred Hitchcock. C’est d’ailleurs à cette époque (nous sommes en 1974) que le réalisateur de Scarface commence vraiment à parsemer ses films de références hitchcockiennes assumées. Pour autant, celles de Phantom Of Paradise sont peut-être les seules, avec certaines scènes de Body Double, à verser pleinement dans la parodie ostentatoire !
La scène de la douche, issue de Psychose, est ainsi l’une des références les plus délurées parmi toutes celles qui ont pu être adressées au maître du suspense ! Voilà donc que la fragile jeune femme (Janet Leigh dans le film d’Hitchcock) est désormais remplacée par un chanteur glam hurlant et hystérique (« Beef » (Gerrit Graham), inénarrable !), et que le tueur psychopathe (autrefois incarné par Anthony Perkins) apparaît sous les traits du fameux Fantôme, préférant utiliser une ventouse pour déboucher les toilettes (plus communément nommée « débouche-chiottes ») plutôt qu’un couteau, entendu que ce dernier ustensile n’aurait sans doute pas suffit à clouer le bec de l’excentrique star du rock !
L’air de rien, cette scène est la clé de voûte de tout le film, puisqu’elle apparaît rétrospectivement comme le sommet d’un équilibre absolument inouï entre le délire absurde et l’exigence artistique de la mise en scène, au sens noble du terme. Exigence puisant ses sources, donc, dans le meilleur terreau de l’histoire du cinéma, en droite ligne des films du plus illustre des cinéastes britanniques…

Psychose !

Psychose !
Source Amazon
©Solaris Distribution

Pour l’anecdote, De Palma souhaitait que son hommage à Hitchcock soit ici parodique car la critique l’avait accusé, à propos de Sœurs de Sang (une relecture de Psychose pleinement assumée, avec la musique de Bernard Herrmann, compositeur attitré d’Hitchcock), de verser dans le plagiat !

Phantom of the Paradise est ainsi l’un des seuls films de genre à lier à ce point le Fond et la Forme dans une perspective de mariage idéal entre le divertissement populaire le plus extrême, pour ne pas dire le plus régressif, et le cinéma d’auteur. Un ovni capable de fédérer l’osmose entre le monde de l’élite intellectuelle et celui de ces crapules de geeks dissidents !

Car, « film de genre », assurément Phantom of the Paradise l’est. Fusion incroyable mais cohérente entre le mythe de Faust et le célèbre roman de Gaston Leroux (Le Fantôme de l’Opéra), le scénario saisit à bras-le-corps les liens qui unissent ces deux thèmes majeurs du genre épouvante. Effectivement, on se souvient que, si Le Fantôme de l’Opéra voyait un être défiguré et masqué hanter les coulisses de l’opéra Garnier afin de faire de son égérie une grande cantatrice, la pièce jouée dans le récit n’était rien de moins que le Faust de Gounod ! Brian De Palma va alors opérer une mise en abîme à partir de ce lien jusqu’à en proposer une relecture hallucinante. C’est ainsi que la cantate écrite et composée par Winslow Leach s’intitule « Faust » ! Avant que ce même Winslow ne signe un pacte avec Swan, lui-même ayant pactisé avec le diable afin d’échanger son âme contre la jeunesse et le succès éternels !

 Source : amazon https://www.amazon.fr/Phantom-Paradise-Blu-ray-Paul-Williams/dp/B01N5O2OS7/ref=sr_1_1?s=dvd&ie=UTF8&qid=1549562891&sr=1-1&keywords=phantom+of+the+paradise

La rencontre des mythes de Faust et du Fantôme de l’Opéra ! Source : amazon 
©Solaris Distribution

A ces deux références principales, De Palma va également ajouter celle du Portrait de Dorian Gray. Swan, qui possède une jeunesse quasiment éternelle, se verra ainsi rattrapé par le temps et la décrépitude au moment de sa mort. Et s’il ne possède pas de portrait, il enregistre à la place son image sur les archives de vidéosurveillance, notamment celle de son pacte avec le diable ! On prend alors conscience de cette évidence : Le roman d’Oscar Wilde était effectivement une véritable itération du mythe de Faust.

Pour terminer sur le terrain des références aux histoires et aux films de genre, on pourra également noter celle de Frankenstein, puisque le personnage de « Beef », lors d’un spectacle live, effectue un numéro délirant en apparaissant dans un cercueil nimbé d’électricité, après que son corps, dans une mise en scène aussi kitsch que théâtrale, ait été soi-disant assemblé de plusieurs membres distincts, telle une créature façonnée de toute pièce par Swan lui-même ! Et lorsque ce dernier s’en revient d’un voyage d’affaires en Transylvannie (patrie de Beef !), c’est dans le costume que portait Bela Lugosi dans le premier Dracula de 1931 que le public le voit sortir de son avion !

« Film d’auteur », Phantom of the Paradise l’est également à plus d’un titre, puisque ce scénario vertigineux offre l’occasion à Brian De Palma d’illustrer deux thèmes majeurs de sa filmographie : Celui du « double » et celui du « regard ».

La nature de l’être humain est double. Ce thème récurrent, présent dans la quasi-totalité de l’œuvre du créateur de Carrie ne fait pas défaut dans Phantom of the Paradise.
Dans Sœurs de Sang, De Palma l’abordait à bras le corps avec son histoire de sœurs siamoises dont l’une était le pendant maléfique de l’autre. L’opération chirurgicale visant à les séparer ayant échoué, la « mauvaise » sœur décédait mais subsistait dans l’esprit de sa jumelle, qui devenait donc schizophrène ! Une personne double, puisant en elle le bien et le mal à égalité.
Dans Obsession (1975), relecture obsessionnelle et morbide de Sueurs Froides, le personnage principal recherche le double de sa femme décédée et tombe amoureux de sa fille prétendue morte, qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau !
Dans Pulsions (1980), un psychanalyste transsexuel souffre d’un dédoublement de personnalité et laisse libre cours à ses pulsions aussi sexuelles que meurtrières en devenant un psychopathe !
Dans Phantom Of the Paradise, le cinéaste va décliner ce thème sous toutes ses formes : Swan se dédouble ainsi lorsqu’il se regarde dans le miroir le temps de réaliser un pacte avec le diable. Et bien entendu, il se dédouble également à chaque fois que son image est enregistrée dans les archives. Mais il voit dans Winslow Leach son double de l’autre côté de la barrière entre le bien et le mal. Ce même Winslow trouvant enfin son double artistique en la personne de Phoenix, la chanteuse dont il veut faire la voix de son œuvre, puisque Swan lui a volé ces éléments…
Quant à Phoenix, elle passera du côté obscur de la célébrité en ayant goûté à l’ivresse du succès le temps d’une seule représentation, effectuant ainsi un dédoublement inattendu de sa personnalité !
Bref, une mise en abîme développée à partir du même thème, dont la finalité explore bel et bien l’âme de tout un chacun, sans cesse tiraillée entre le bien, le mal, le désir, le renoncement, l’abnégation et la soif de pouvoir et de célébrité…

Beef, le Frankenstein du rock
Source : amazon  
©Solaris Distribution

Pour ce qui est du thème du « regard », et plus exactement du « voyeurisme », De Palma l’avait initialement pioché dans Fenêtre Sur Cour, probablement l’un des films d’Hitchcock l’ayant le plus marqué avec Psychose et Sueurs Froides, ainsi que dans Le Voyeur de Michael Powell. Il en délivrera d’ailleurs un hommage direct quelques années plus tard avec Body Double.
Dans Phantom of The Paradise, le spectateur est témoin du voyeurisme de Swan qui, depuis ses loges, observe tout le monde et filme tout sans exception, lui permettant de tout voir sans être vu et préservant soigneusement toutes les bandes enregistrées puisque, tel le Portrait de Dorian Gray, ces enregistrements vieillissent à sa place.

C’est ainsi que De Palma assimile ces enregistrements à la mémoire de Swan mais également à son âme, témoignant ainsi de son vécu.
Ce faisant, De Palma semble insinuer que les images voyeuristes, ici dédoublées dans tous les coins grâce à un savant jeu de miroirs, véhiculent toute l’ambivalence de notre âme humaine car, si elles sont pernicieuses dans le sens où l’acte voyeuriste est souvent pervers, elles sont aussi les témoins de notre âme collective puisqu’elles préservent la réalité de nos agissements. En effet, comment aurions-nous pu empêcher les négationnistes de contester la Shoah si nous n’avions pu leur opposer les images de la triste réalité ?

Dans sa tour divoire, Swann voit tout.   Source : allociné http://www.allocine.fr/film/fichefilm-59996/photos/detail/?cmediafile=21081319

Depuis sa tour d’ivoire, Swan voit tout.
Source : allociné 
©Solaris Distribution

On l’aura deviné, ces deux thèmes principaux sont avant tout utilisés par De Palma afin d’asséner une virulente charge contre le système du show-business et tous ses excès, où chacun est prêt à vendre son âme pour accéder au succès.
C’est ainsi que le script égratigne à tout-va le star-système en insinuant que la course à la célébrité est jalonnée de déviances et de compromissions toutes plus abjectes les unes que les autres, où tout est perverti par la compétition, l’escalade et la luxure. Le fait que le film soit tourné à Los Angeles (et par extension à Hollywood) ne trompe pas sur ces intentions et l’on songe, à maintes reprises, au cinéma de Blake Edwards qui, avec des films comme The Party (1969) ou S.O.B (1980), ne faisait rien d’autre que dénoncer la corruption et les absurdités du monde du show-business.

Et c’est ainsi que Brian De Palma va s’inspirer d’une tripoté de célébrités bien réelles afin de composer ses personnages. Swan est pour le coup un savoureux mélange qui évoque autant Howard Hughes, le producteur mégalomane et obsessionnel de l’âge d’or hollywoodien, peu à peu retranché dans son monde comme dans une véritable forteresse, que Phil Spector, dont Paul Williams, l’interprète de Swan, singe l’attitude (la petite taille aidant) ! La caricature de Spector est d’ailleurs particulièrement acide (un mégalo voulant diriger son monde de manière totalitaire !), mais le destin sordide du bonhomme donnera finalement raison à Brian De Palma et à Paul Williams !

De manière complémentaire, le film caricature également les stars et leurs fans ados hystériques, notamment à travers les Juicy Fruits (une version hilarante des Beach Boys), et bien entendu à travers Beef, qui s’impose comme une version hypertrophiée des vedettes glam et hard-rock qui commençaient à pulluler à l’époque (en vrac, David Bowie, Alice Cooper, Led Zeppelin, sachant qu’au départ, De Palma souhait que les Rolling Stones en personne interprètent le groupe du Paradise) ! A ce titre, le personnage de Beef parvient à condenser toutes ces stars hallucinantes qui génèrent tellement de pulsions primaires et baroques que l’on ne sait même plus quelle est leur orientation sexuelle ni même s’ils font partie du monde réel ! Encore une des composantes les plus absurdes du star-système (même si on adore ça !), où n’importe quel fou-furieux peut être adulé comme un demi-dieu dès lors qu’il accède à la célébrité, transformant son public en meute religieuse quasiment dégénérée !

Pour l’anecdote, et alors que l’on pense que le groupe des Undead (soit les Juicy fruits transformés à l’occasion de la « séquence Frankenstein ») est une caricature de Kiss, il préfigure en réalité ces derniers puisqu’ils n’existaient pas encore sous cette forme à l’époque de la sortie du film, ce qui ne les empêchera pas d’accuser De Palma de les avoir plagiés !

Cé ki k’a commencé ?

Cé ki k’a commencé ?
Source : Criticsatlarge 
©Solaris Distribution

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En corolaire à ce postulat, De Palma va jouer les devins en préfigurant les affres de la téléréalité lorsque, le temps de deux séquences survoltées, il nous montre le public galvanisé par la mort en direct des personnages principaux ! Une manière quasi-prophétique d’annoncer l’ère d’un star-système décadent où l’escalade permettrait peu à peu toutes les déviances ! Bien entendu, nous n’en sommes pas encore là mais, dans l’idée, nous n’en sommes pas si loin !
Il suffit de regarder du côté de la télévision contemporaine où, aujourd’hui, certaines chaines d’informations sont devenues une véritable source de divertissement pour certains spectateurs, qui semblent manifestement accrocs aux images de mort et de drame, comme s’ils se sentaient vivants et heureux par procuration…
Et, comme de bien entendu, voici une pierre à ajouter à l’édifice de l’œuvre de Brian De Palma sur le thème du voyeurisme…

Ce tour d’horizon à propos de la richesse thématique du film étant terminé, nous ne nous quitterons pas sans parler, tout de même, un peu de musique ! D’ailleurs, Phantom of the Paradise est-il vraiment une comédie musicale ? On pourrait être tenté de répondre par la négative puisqu’aucune chanson ne se déroule entant que dialogue véritable, toutes étant soi diégétiques (lorsque les artistes sont en représentation), soit en off (comme n’importe quelle bande originale de film). Pour autant, cette musique est tellement présente, elle constitue tellement l’âme (sic) de notre film qu’il convient en définitive de lui accorder cette étiquette.

Et quelle musique ! Je vais donc en profiter pour mettre en lumière un artiste que j’adore tout particulièrement, à savoir Paul Williams, l’interprète de Swan. Car l’acteur (excellent dans son rôle, soi-dit en passant) est véritablement l’âme (bis repetita) du film, puisqu’il a composé l’intégralité de la bande-son ! Il chante d’ailleurs les titres phares de la BO (Faust, Phantom Theme et The Hell Of It, même si on ne le voit jamais chanter), l’occasion d’insérer un savoureux private-joke puisque, lorsque Swan crée un système électronique afin de redonner une voix claire au Fantôme et qu’il s’écrie « Voilà, c’est Parfait ! », c’est la voix de Paul Williams que nous entendons !


Voilà, c’est parfait, Paul Williams au chant !

En plus d’être une mise en abîme sur le pouvoir exercé par le personnage sur son univers (qui contamine ainsi le concept même du film puisqu’il en est l’artiste en coulisse), la bande-son est une incroyable démonstration d’éclectisme virtuose, où sont digérés quasiment tous les styles de musique de l’époque consacrée dans leur version parodique. Ce faisant, Paul Williams se met au diapason du réalisateur puisque, à son instar, il parvient à trouver l’équilibre miraculeux entre l’humour débridé et la réussite artistique totale, trouvant la voie, comme nous l’évoquions plus haut, d’une alchimie inédite entre le divertissement populaire le plus extrême et l’œuvre d’auteur…

Pour terminer, je ne résiste pas à l’idée de rappeler à quel point Paul Williams est un artiste talentueux. Si aujourd’hui il est surtout célébré pour ses musiques de film (Bugsy Malone, et puis la plupart des films issus du Muppets Show !), il a composé tout au long des années 70 une série d’albums magnifiques, dont le plus réussi, Just An Old Fashioned Old Song, figure dans mon TOP 10 personnel en matière d’albums pop-rock.
Il est d’ailleurs fort dommage que l’on se souvienne de lui avant tout comme acteur (l’orang-outang Virgil dans La Bataille de la Planète des Singes, la voix du Pingouin dans Batman la série animée…), ou comme compositeur de variétés (avec des standards chez les Carpenters, Barbra Streisand et même David Bowie !), et non comme l’un des meilleurs auteurs-compositeurs-interprètes de sa génération, dont Phantom of the Paradise, assurément, constitue l’étendard…

Au final, voilà un des films-somme les plus aboutis de l’histoire du 7° art, qui aura permis à son réalisateur de digérer toutes ses influences et à son acteur et compositeur de marquer de son empreinte l’histoire du rock…


La mort en direct sous vos applaudissements !

30 comments

  • Bruce lit  

    « For those about to rock » 1/6
    Comment enchaîner la semaine Rock avec celle de Stephen King ? Trop facile ! Avec le « Phantom of the Paradise » de Brian De Palma !
    Tornado vous en raconte la genèse placée sous le signe du Double, d’Hitchcock mais aussi de Faust, du Fantôme de l’Opéra et bien sûr du rock !

    La BO du jour : une intro à la Black Sabbath, un refrain façon Elton John, et un final au piano préfigurant le thème des « Gremlins » ! Bienvenue dans l’univers délirant du Phantom du Paradis ! https://www.youtube.com/watch?v=Vuikvl7zt3E

    And you made it !
    L’accouchement a été difficile mais quel beau bébé ! Je me suis régalé à te lire et à le mettre en page celui là ! Parce que POTP figure dans mon TOP 10 et que tu en parles superbement.

    1/Les allusions au rock : bien sûr Alice Cooper, et les Beach Boys et Phil Spector. Par contre, j’ignorais totalement l’anecdote racontée sur Kiss ! Ce qui ne va pas m’aider à me les rendre plus sympathiques, loin de là….J’ajouterais juste quelques autres références : le personnage de Winslow avant son accident m’évoque un croisment de John Lennon / Elton John, Phoenix = une Janis Joplin bien sage. Le logo Death Records m’évoque le Swan Song de Led Zep.

    2/Je n’ai plus revu POTP depuis une dizaine d’années, mais une chose est certaine : je n’avais jamais perçu la thématique du double comme tu l’as fait ! Ni l’ironie de Paul Williams au moment où il entend sa propre voix ! Et peut -être même pas le clin d’oeil à Psycho.
    C’est un film que, malgré son côté grand guignol, j’ai toujours trouvé infiniment triste, terriblement agressif, voire comme tu le soulignes prémonitoire envers la société spectacle :
    Les rockers sont des rebelles de pacotille (Beef), les producteurs sont cupides et dictent nos goûts en nous manipulant (Swan), les spectacles rock n’ont aucune authenticité, les génies du métier sont broyés (Winslow), le travail en studio transforme une monstrueuse en produit (Winslow encore), les talents brut comme Phoenix doivent passer par la case « groupie » pour monter sur scène, les groupes merdiques triomphent (les Juicy Fruits que j’ai toujours perçus d’avantage comme un ersatz des Monkeys que pour les Beach Boys). C’est d’ailleurs à se demander si POTP tout en étant rock jusqu’au bout des ongles n’est ouvertement pas le film le plus anti-rock avec Spinal Tap !

    3/ Et puis cette BO quoi !Elle passe si rapidement ! Elle fonctionne encore en étant déconnectée du film ! Paul Williams est aussi l’invité du dernier Daft Punk non ? J’avais un album de lui, Yesretday’s child où je trouvais les arrangements trop sucrés à mon goût. Mais s’il a fait un album de la trempe de POTP, dis le moi, je le commande fissa !

    4/ J’ignorais aussi qu’il jouait dans la Planète des singes. Ce qui m’a fait penser que ce film aurait toute sa place chez Bruce Lit maintenant que la saga King Kong est terminée. Les deux Reboots de la PDS sont les seuls Blockbusters avec les Star Trek qu je trouve réussis. Et toi ? (car plus j’y pense, moins j’aime le Star Wars 7, mais ceci est une autre histoire).

    Cela fait longtemps que je planifiais cette semaine Rock ! J’en suis tout excité et elle commence formidablement : Bravo l’artiste !

  • JP Nguyen  

    Ben figurez vous que je ne l’ai jamais vu (qui a dit inculte au fond de la salle ?).
    La scène avec la ventouse m’intrigue beaucoup, je me demande comment De Palma a fait pour qu’elle fonctionne sans sombrer dans le kitsch ou le nanar…
    J’hésite à m’investir dans un visionnage de ce film, étant donné les propos unanimement laudatifs de Tornado et Bruce, je crains une déception.
    Sinon, le visage de Paul Williams me fait penser à celui de l’acteur qui joue Foggy Nelson, dans la série préférée de Bruce !

  • nathalie  

    Bravo pour cet article.
    Un film à voir et à revoir.

  • Tornado  

    @Bruce : J’ai revu une fois encore le film à l’occasion de cet article. Et j’ai regardé les bonus du DVD. C’est là que j’ai appris toutes ces anecdotes, notamment celle à propos de Kiss.
    Le croisement entre Janis Joplin et Phoenix est voulu. Par contre je n’avais pas pensé au croisement de John Lennon / Elton John et, maintenant que tu le dis, ça parait évident aussi !

    C’est amusant ce que tu dis à propos du « logo Death Records », car c’est le producteur de Led Zep qui leur a intenté un des quatre procès qu’a dû essuyer le film à sa sortie. Car le logo du film était bien, au départ, « Swan Song », comme celui de Led Zep !

    Le film n’est pas anti-rock, mais critique de manière virulente tous ses excès. Il y a un mépris évident pour le public ado hystérique, qui ne voit que la surface des choses et se complet dans une forme de décadence sous les atours d’une attitude rebelle. Pour le reste, ton analyse est très juste. Et cette histoire de talent volé a été maintes et maintes fois citée dans les arcanes du rock. Je connaissais un musicien qui m’assurait que Téléphone lui avait volé la chanson « Ça c’est vraiment toi », alors que lui et son groupe avaient, à l’époque, naïvement envoyé un enregistrement de leurs compositions à divers studios parisiens !

    Paul Williams est effectivement l’invité du dernier Daft Punk (pas le meilleur morceau). A ce propos, Daft Punk se serait inspiré du film pour le choix d’apparaître masqué.
    Aucun album de Paul Williams n’est de la trempe de Phantom of Paradise car aucun n’en possède l’éclectisme. Mais « Just An Old Fashioned Love Song », qui est son plus bel album studio, possède des chansons dans le style que Paul Williams chante dans le film (Faust, Phantom Theme et The Hell Of It), dont certaines sont magnifiques (That’s Enough For Me, My Love and I, Waking Up Alone, We’ve Only Just Begun. An Old Fashioned Love Song avait été mis en scène dans l’épisode du Muppet Show consacré à Paul Williams !). Par contre, les albums de Paul Williams sont effectivement assez « sucrés » et font la part belle au ballades plutôt qu’au rock’n roll.

    Le film dans lequel joue Paul Williams est « La Bataille de la Planète des Singes », le 6° et dernier de la série classique. Et sûrement pas le meilleur. Mais on reconnait bien l’acteur malgré son masque d’orang-outan !
    J’aime aussi beaucoup les nouveaux films et, effectivement, je commence à être fortement contrarié par un grand nombre d’éléments en provenance du dernier Star Wars. En particulier cette ridicule campagne de secret absolu sur le tournage, tout ça pour nous pondre exactement la même histoire que la première trilogie ! Mais bon… Attendons de voir l’épisode suivant…

    • Bruce lit  

      @Tornado :
      Hey ! trop fier, parce que je n’ai pas vu les bonus moi ! 🙂
      1/ Je n’ai jamais aimé Led Zep’, et pourtant Dieu sait que je me suis forcé…. A part quelques hits, notament « Since i’ve been loving you » ou « Babe, Im gonna leave you », la seule que j’arrive à jouer à la guitare. Et finalement, c’est plutôt cohérent puisque toutes ces histoires d’occultisme, de kabbale et tout le toutim ne me touchent pas. Les interviews de Page, immense musicien, restent souvent passionnantes mais la voix de Plant m’est insupportable, je n’y arrive pas. Je trouve ce groupe trop « viril », trop macho, trop burné. A l’image de la personnalité de Bonham ou de Peter Grant, deux brutes épaisses…..Je préfère à la limite les Who et la vulnérabilité toute féminine de la voix de Townshend pour contrebalancer la testostérone de Daltrey. Une des raisons sans doute pour laquelle le Heavy Metal façon Manowar (sorry Présence) ne m’a jamais attiré. Ton histoire de procès ne fait que donner de l’eau à mon moulin anti Led Zep’…..

      2/ Le volet anti rock: le final de Phantom m’évoque souvent la débauche du Rock’n’roll Circus des Stones. Pour le coup Jagger est à la voix viril et ambigu,viril et féminin. Ça me va ! Et Charlie Watts, reste la classe incarnée en plus d’un homme très humble. Rien à voir avec ce bourrin de Bonham !
      L’hystérie du public fait partie de la mythologie rock qui reste une idéologie romantique de l’amour à mort, de la possession vampirique finalement parfaitement raccord avec le film. Cependant, j’aurais adoré assisté à ce genre de concert, notamment ceux des doors, où se jouait autre chose que de l’entertainement. Que les concerts de rock sont devenus sages….chiants….Je me rappelle m’être endormi à un concert de Clapton….Voyons, celui de Nirvana, le dernier au Zénith, m’a vraiment marqué….

      3/ Téléphone : oh ! ceux là me sont toujours sortis par les yeux ! Cet horrible : ça se sent que c’est toi…..

      4/ SW : je ne suis pas sûr de continuer l’aventure. Aussi imparfaite soit elle, je préfère la mythologie de Lucas. Là, ce Sith qui se tape une crise de colère dans sa chambre, c’est pas moins ridicule que le plan d’Anakin au ralenti dans les champs avec Padmé ?

  • fanny  

    super article !!!!!!!!!!!!

  • Patrick 6  

    Excellent article, même si pour moi le film est extrêmement daté et remet une nouvelle fois sur le devant de la scène le débat sur le kitsch ! (Cf. Carrie) Le moins que l on puisse dire c est qu on ne peut apprécier ce film qu en le remetant dans le contexte des années 70… De nos jours les trouvailles visuelles de l époque flirtent dangereusement avec le ridicule…
    @ Bruce : Moi je veux bien faire un article sur La planète des singes pré—reboot 😉

    • Bruce lit  

      @Patrick 6 : là je peux parler, connaissant mieux ce film que ceux de Stephen King. L’esthétique de POTP est elle kitsch ? Oui et non ! Bien sûr, c’est un peu l’effet de voir des pattes d’eph’, c’est ringard et outdatté. Still…gageons qu’un remake ne trouverait pas la même grâce car le film de De Palma était déjà rétro à l’époque. Tout simplement, parce qu’il n’y a pas besoin de bcp de FX pour raconter cette histoire et que se passant dans un théâtre, la dimension accessoire et costume est plus acceptable pour le spectateur je trouve….
      Nous aurons ce débat en fin de semaine pour les articles sur Kiss et Alice Cooper : leurs effets scéniques de l’époque paraissent sûrement has been maintenant pourtant il s’y dégage tout l’artisanat de l’époque au final plus « pur » que des FX modernes….Lorsque Alice jouait pour MTV dans des stades avec réalisation super branchée, je n’y retrouve pas la magie de la réalisation cinéma de David Winters et le grotesque des araignées en Latex….parce que tout ça fait partie du show….Je préfère 1000 fois le requin en plastique du premier Jaws que ceux en 3D d’aujourd’hui, tout simplement parce que sans cela le film de Spielberg ne serait pas aussi puissant. Ou les Oiseaux de Hitchcock….

      Wow, j’en avais des choses à dire sur ce film….
      Juste encore un ou deux points. Rajouter que tous les acteurs interprètent toutes leurs chansons et que Jessica Harper, la Phoenix du film tient également le premier rôle de Suspiria. Tiens ! encore un film qui une fois l’argent entré dans les caisses fit naufrager la licence dans le mauvais.

      Ta scène préférée Tornado ? La mienne reste celle où Phoenix fait l’amour à Swan sous le regard horrifié de Winslow ou toute la dimension tragique du personnage ressort magnifiquement.

  • Tornado  

    Ah Bruce ! Tu m’as devancé car ma scène préférée est la même que toi ! Je voulais la choisir par rapport à la remarque de Patrick sur les images du film qui filrtent avec le ridicule. Je trouve que le dernier plan de la scène (que je n’ai pas pu m’empêcher de placer dans l’avant-dernier scan de l’article), où le fantôme git sous la pluie, avec ce magnifique zoom-arrière en rotation, est une image encore largement belle et puissante, comme dans tous les grands classiques du genre.

  • Présence  

    Comme JP Nguyen, il s’agit d’un film que je n’ai pas vu, et encore une fois Bruce Lit et Tornado participent à augmenter ma culture cinématographique. Pour avoir lu plusieurs critique de Télérama sur des films de Brian de Palma, elles développaient systématiquement le thème du double, sans que j’en comprenne le sens. Grâce à des paragraphes limpides et une iconographie aux petits oignons, j’ai enfin compris comment de Palma et en scène cette thématique, et ce qu’elle signifie dans son œuvre. Merci Tornado.

    A la lecture de l’article, je suis tout aussi sous le charme de la sophistication d’une telle œuvre, entremêlant autant de thèmes, et de références (j’ai lu le roman de Gaston Leroux), mais j’éprouve également l’impression que le réalisateur s’attache surtout à détruire, en tirant à boulet rouge sur toute les caractéristiques du monde du rock, une entreprise de démolition virtuose, sans valeur rédemptrice. Ce doit être un film assez amer ?

  • PierreN  

    En ce qui me concerne la scène que j’ai toujours bien aimé, c’est celle où Swan est positionné sur son bureau en forme de vinyle et qu’il se se tourne successivement vers plusieurs artistes qui incarnent diverses tendances.
    et si je me souviens bien d’après les bonus l’appareil sur le torse du Phantom aurait servi d’inspiration à Lucas pour Vador (et il aurait même parait-il envisagé Frank Zappa pour s’occuper de la BO).

  • Tornado  

    @Présence : Apparemment, le film a été un échec commercial à sa sortie car il ne trouvait pas son public. Effectivement, avec le recul, c’était un film pour adolescents qui tirait à boulet rouge, pour reprendre l’expression, sur ce même public. Un véritable paradoxe en somme !

    Pierre : La scène que tu décris est rigolote, et très « arty ». C’est d’ailleurs celle qui introduit le personnage de Beef. Elle est très réussie car elle permet d’en dire beaucoup en très peu de temps. Presque une ellipse en elle-même !
    Le Fantôme a effectivement inspiré Dark Vador à George Lucas (respiration caverneuse et boite électronique sur la poitrine !), qui était copain avec De Palma. Je me demandais si quelqu’un en parlerait dans les commentaires ! 🙂
    Pour Zappa, je ne suis pas au courant. Par contre, dans les bonus, ils parlent bien des Rolling Stones, qui n’étaient pas intéressés par le projet.

  • Jyrille  

    Cela fait bien longtemps que j’ai vu ce film, je n’en ai pas de nombreux souvenirs, mais il était effectivement drôle et halluciné. Il faudrait que je voie le Rocky Horror Picture Show qui date de la même époque à peu près. De même, je n’ai pas vu tous les De Palma que tu cites (Soeurs de sang et Obsession, les autres je les connais, et tu ne cites pas un de mes préférés, Blow Out) mais tu donnes furieusement envie !

    Par contre, je me souviens avoir détesté la musique… Je retenterai à l’occasion mais je crois que ce sera pas ma tasse de thé.

    En tout cas bravo pour l’article, encore une fois j’apprends plein de choses. J’avais totalement oublié cette scène de douche d’ailleurs !

    • Tornado  

      En général, lorsque les gens parlent de « Phantom of the Paradise », ils le comparent avec « The Rocky Horror Picture Show » (même époque, à peu-près le même genre). Je n’ai pas parlé de ce dernier film par omission. Car si je trouve que le premier est un chef d’oeuvre, je trouve le deuxième nul de chez nul !

  • Lone Sloane  

    Une belle chro pour un film militant sous ses oripeaux clinquants et fantastiques.
    Tu remontes toutes les influences littéraires et filmiques du Phantom, ainsi que l’obession De Palmienne pour le voyeurisme. Retrospectivement, c’est la manipulation de l’audience et le cynisme de l’industrie du rock et du cinéma, qui me paraissent les éléments les plus consistants du récit, cela et le talent pur de cinéaste de De Palma. Pour les curieux, on retrouve les mêmes thèmes contestataires et l’obession voyeuriste de De Palma dans Greetings et Hi,mom!
    deux films intéressants où l’on retrouve un jeune Bobby « milk » De Niro, qui composera un Al Capone d’anthologie pour Les incorruptibles (et une scène d’opéra mémorable) deux décennies plus tard.
    Viva De Palma!

  • Bruce lit  

    Présence Nocturne
    « For those about to rock » 1/6
    La grande escroquerie du rock’n’roll : tous pourris, égocentriques et minables. Le rock business vu par Brian de Palma, dans Phantom of the Paradise. Tornado expose le jeu de miroir, la prolifération des doubles, une mise en abîme vertigineuse.

    @Lone Sloane : mais je ne les connais pas du tout ces films !
    @Tornado : Jamais vu le Rocky Horror Picture Show
    @Jyrille : tu n’as pas aimé la musique ! Tiens, c’est étonnant de toi !
    @Pierre : Vador = Phantom of the Paradise !!!! ça alors ? Est il vrai que le masque de Doom a joué également une influence ?

    • Jyrille  

      Vous m’apprenez des trucs sur le film, encore, dans vos commentaires, c’est incroyable toutes ces références ! Dark Vador quoi ! Comme quoi toutes les oeuvres se rapportent toujours à quelque chose d’universel ou de très vieux… Il faut que je réécoute la BO mais pour moi, ce n’est pas un film sur le rock. Il en a les atours mais comme vous le dites si bien, il critique le monde du spectacle, plus que celui du rock. Ou alors, le rock devenu spectacle, celui qui n’en est plus à mes yeux. C’est pourquoi la musique (en tout cas ce dont je me souviens) ne me plaît pas : c’est de la variété. Celle au goût du jour de l’époque, entre glam et sirop carpenterien (pas John mais la famille de chanteurs un peu cathos j’ai l’impression).

      • Bruce lit  

        La fille des Carpenters a très mal fini…

      • Tornado  

        @Jyrille : Ce n’est pas la première fois que je trouve un point de désaccord avec toi, mais on s’en fout parce que ça reste nettement inférieur aux points d’accord ! 😉
        Enfin, en tout cas, sur cette question de « musicalement correct » issu du monde du rock’n roll je t’avoue que ça me saoule un peu. Tu attaques la BO de « Phantom » (c’est tout à fait ton droit d’ailleurs) sur le versant « variété, sirop carpenterien » et tout ça (bon, OK, je déteste les Carpenters). « C’est pas du rock » donc c’est pas bien ?
        Bien que je puisse me répéter : Qu’est-ce que ça veut dire en définitive ? Je connais une multitude de titres ROCK jusqu’au bout des ongles que je trouve nuls : C’est affreux, les mecs savent à peine jouer 3 accords… Et je connais une multitude de titres variétés que je trouve géniaux.
        De la même manière, certains artistes célébrés pour être musicalement corrects sont des musiciens vraiment très moyens (tiens, le 9/10° de la scène punk). Tandis que certains artistes variétés sont des artistes incroyables.

        Pour moi, le Paul Williams de « Phantom » transcende complètement tout ça : Il dépasse la sphère du rock et de la variété pour être simplement incroyable. Tout dans cette BO tient du miracle. C’est à la fois du rock, de la POP, de la variété. De la BO de film. Et bien plus encore !

        On est OK que ça reste une pure discussion et que je ne prétends pas prêcher la bonne parole, hein ? Entendu que je parle à un sacré connaisseur, en plus ! 😉

        • Jyrille  

          Ah mais loin de moi l’idée de dénigrer la qualité de la BO ! D’ailleurs il faut que je la réécoute. Non, je parle de ma vision du rock, el n’y a aucun mépris dans mon propos. Je te rejoins parfaitement sur la variété et tout le reste, c’est une simple question de goût et d’intérêt. D’ailleurs comme toi je déteste une grande partie des groupes rock qui sont portés aux nues.

          C’est simplement que cela ne rejoint pas ma vision ou mon sentiment sur ce qu’est le rock. En ce sens, je suis d’accord avec le propos du film. Tu peux dire que c’est une question de goût. Récemment, j’ai d’ailleurs participé à une chaîne FB où l’on postait nos titres de variétés honteux qu’on adorait (juste au moment des attentas de Paris). Je n’ai aucune honte à dire que j’adore Kylie Minogue et Michel Delpech.

          Promis, dès que je peux, je me refais cette BO !

          • Lone Sloane  

            Can’t get you out my head 🙂

        • Jyrille  

          Et puis je ne suis pas un sacré connaisseur, je connais quelques trucs, c’est tout 🙂

          • Jyrille  

            Oui Lone ! 🙂

  • Thierry Araud  

    Whaou ! Je me suis régalé. Superbe présentation de ce film que, moi non plus, je n’ai pas vu. Dommage que les vidéo clubs n’existent plus. Reste le streaming… Par contre, sans vouloir créer la polémique, KISS existait bel et bien en 1974, date à laquelle le film a été tourné. Ils avaient même déjà 3 albums à leur actif : Kiss (1973), Hotter than hell et Dressed to kill (1974). Ceci dit, ils n’avaient pas du tout le succès qu’ils ont aujourd’hui et restaient peu connus.
    Mais bon, cette précision n’enlève rien à la qualité de l’article.

    • Tornado  

      Il est fort probable que le film, tourné entre 1973 et 1974, ait été réalisé sans la connaissance de ce groupe qui n’était pas encore célèbre. Et ce chevauchement de dates est probablement à l’origine du quiproquos !

  • PierreN  

    À noter pour les fans de De Palma, Arte va diffuser le documentaire de 2015 consacré au réalisateur et à sa filmographie dès le 26 mars, après la diffusion de l’excellent exercice de style Hitchcockien qu’est Obsession (avec le futur Oncle Ben et l’actrice du Faux-Semblants de Cronenberg).

    http://www.arte.tv/guide/fr/072417-000-A/brian-de-palma

  • Bruno :)  

    De Palma, tout cultivé qu’il soit et virtuose de son art, m’a toujours semblé se noyer dans ses propres effets et, en toute honnêteté, il n’y a que dans ce film que son côté « j’expose », forcément encore plus flagrant que d’habitude, remplit vraiment son office, au service de cette histoire classique qui, sous le traitement hystérique du metteur en scène, devient un magnifique vidéo-clip avant l’heure, plein de rythme et d’émotions fortes. Pour Obsessions, par exemple, le côté appuyé des scènes ruine toute la subtilité des sentiments évoqués, par exemple. Il n’y a guère que le film Carrie qui, sujet oblige, arrive à faire passer la pilule de ses réflexes théâtraux. Mais puisqu’il est fan d’Hitchcock, c’est logique : le maitre lui-même abuse de ses procédés. C’était une autre époque.
    Le fait que Paul Williams (génial dans le rôle !) a effectivement travaillé comme « compositeur de variétés » (?!) ne devrait pas être pointé si négativement : il a lui même déclaré qu’il n’avait jamais compris le dédain officiel des puristes pour une musique axée « populaire » ; surtout qu’en citant pour l’exemple les Carpenters, je considère personnellement qu’on est dans le (très) haut du panier, tous genres musicaux confondus…
    À ce sujet, le jeu et l’interprétation -remarquable !- de Jessica Harper/Phoenix m’ont toujours paru très inspirés par Karen Carpenter elle-même : flagrante fragilité humaine et maitrise professionnelle absolue (sans compter le look, et le regard un peu égaré de la belle !)…
    J’aimerais bien savoir si je suis le seul à avoir eu ce ressenti ?!

    • Tornado  

      Je suis entièrement d’accord sur un point : Le déni des puristes pour une musique axée populaire. Pourquoi le rock ce serait meilleur que la pop par exemple ? Dans tous les genres il y a du bon et du pas bon. Et Paul Williams, c’est très bon. Un songwriter exceptionnel. J’ai tous ses albums.
      Par contre je ne suis pas très fan des Carpenters. J’aime le softrock. Karen est une musicienne et une chanteuse hors-pair (fallait la voir jouer de la batterie ! une tueuse !). Mais je préfère écouter d’autres trucs dans le genre. Michael Franks, Steely Dan, Gerry Rafferty ou Al Stewart, par exemple.

      • Tornado  

        … et Fletwood Mack, bien sûr !

        • Bruno :)  

          … OUF ! Bien vu, le message complémentaire : un peu plus et je n’avais aucun point de comparaison -et encore : je ne connais de Fleetwood Mac que quelques standards (mais particulièrement planants…).
          Avec le temps et l’expérience, on sait mieux ce dont on a le plus besoin et c’est ce qu’on choisit de préférence à l’inconnu -pas encore assimilé.

          À force d’être interpelé, depuis l’adolescence, par des styles musicaux qui, à priori, n’avaient rien à voir les uns avec les autres, il m’a bien fallu admettre que je n’avais rien d’un mélomane (je ne fais pas la différence entre un virtuose et un tâcheron, côté exécution instrumentale : pourvu que le morceau « me parle » !!). Par contre, je suis très réceptif à l’énergie transmise au travers des notes ; et force est de constater que c’est dans ce travail-là que se situe le plus clair de « l’esprit » du compositeur -au delà de genres bien spécifiques, comme le Jazz, le Rockabilly, le Funk, Etc… C’est pourquoi il est toujours compliqué de « décider » qu’on aime ou qu’on aime pas l’un ou l’autre style : il y a tellement d’influences en jeu (extérieures, mais aussi personnelles) au moment de la découverte d’un artiste ou de la première écoute d’un morceau, qu’il est préférable de se laisser une solide marge de manœuvre, même de doute, ne serait-ce que pour éviter de rater des trucs ; et au diable les poncifs nominatifs et de « valeur artistique » associés à la chose.
          Par contre, je comprends tout à fait qu’on aime pas un « son » spécifique, quelle qu’en soit la raison : en ce qui me concerne, je suis parfaitement incapable de différencier Rihanna de ses nombreuses consœurs, tant la production de ce « R&B » (moderne, hein…) est lisse et -à mon oreille en tous cas- semble ressasser sans cesse le même air. Et je suis obligé d’enlever le son si Adèle surgit sur les ondes -alors que je suis fan depuis tout minot de Streisand, qui déménage bien d’avantage (je compare les « voix » pour caricaturer, là : y’a pas de points communs niveau personnage.)… Autre exemple : j’adore le chant de Roland Orzabal (Tears For Fears) et j’ai, grâce à une de ses reprises, découvert Robert Wyatt, un artiste fabuleux aux compositions pleines d’originalités. Et bien, rien à faire : par Wyatt, ça m’émeut moins, son interprétation me dérange et je n’ai quasi jamais ré-écouté ses albums. Flemme mentale et force de l’habitude : je me contente de la version avec laquelle je fonctionne le mieux.
          Ce qu’exprime l’artiste compte énormément quand on ne fait pas « qu’entendre » la musique, mais qu’on est tout entier « en phase » avec le propos, qu’il soit verbalisé ou non. Pas de règles, sinon -probablement- un « durcissement » de la résistance des neurones vis-à-vis de la séduction de la nouveauté musicale, avec l’âge.

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