Girl Power ! (Le kung-fu féminin au cinéma)

Encyclopegeek : Le kung-fu féminin au cinéma

Article de MATTIE-BOY

Le Girls with guns source : back-row

Le Girls with guns
source : back-row

Cet article se veut complémentaire de celui sur les films de Jackie Chan. Il est temps que je vous parle d’autres films de baston hong-kongais de cette époque, mais sans Jackie cette fois.
Je vous propose une rétrospective chronologique de films illustrant l’émergence d’un sous-genre du film de kung-fu qui a fait fureur à Hong Kong à l’époque : le Girls with guns (croyez-moi, la baston à mains nues est bien présente.)

Alors ça a commencé comment cette histoire de Girls with guns ? Eh bien sans parler des premières héroïnes des wuxia pian (films de sabre chinois) de la Shaw Brothers (Cheng Pei-Pei dans L’HIRONDELLE D’OR par exemple), les femmes commencèrent à débarquer dans des films martiaux contemporains de type polar/action sous l’impulsion encore une fois de Sammo Hung dont je parlais dans mon article sur son comparse Jackie Chan.

Vous avez tous surement déjà vu Sammo, cet artiste martial bedonnant (mais qui bouge bien pour sa corpulence !) C’était un réalisateur qui a renouvelé les genres du cinéma d’action hong-kongais dans les années 80 (westerns chinois, kung-fu comédies, polars d’action.) Avant de produire des Girls with guns, il était d’ailleurs le chorégraphe d’une des premières figures de ces films : Angela Mao (mal connue chez nous, elle joue la sœur de Bruce Lee dans OPERATION DRAGON .)

Des vedettes féminines : Cynthia Khan, Michiko Nishiwaki, Moon Lee et Yukari Oshima

Des vedettes féminines : Cynthia Khan, Michiko Nishiwaki, Moon Lee et Yukari Oshima

YES, MADAM de Corey Yuen (1985)

Justement, en 1985, Sammo produisit un film réalisé par Corey Yuen : YES, MADAM ( LE SENS DU DEVOIR 2 .) Ne réfléchissez pas trop à la numérotation, le 2 a été réalisé avant le 1, c’est le bazar, c’est…c’est comme STAR WARS, voilà !
Ce film nous raconte l’histoire de deux policières aux méthodes musclées, l’une hong-kongaise (Michelle Yeoh), l’autre anglaise (Cynthia Rothrock) contraintes de coopérer pour récupérer une preuve qui permettrait d’arrêter Mr. Tin, un caïd intouchable. Mais cette preuve est involontairement dérobée par 3 escrocs minables qui volent des passeports pour les refourguer.

Ce film marque l’arrivée d’une personnalité assez singulière dans ce type de films : Cynthia Rothrock, une américaine au palmarès impressionnant. Détentrice de six ceintures noires en Tang Soo do, Taekwondo, Eagle Claw, Wushu, Northern Shaolin et Pai Lum Tao (des arts martiaux coréens et chinois, anciens et contemporains), elle a également été double championne du monde en Taekwondo (à mains nues et armée) de 1981 à 1985. Son record est resté inégalé depuis, et suite à son succès, elle décrocha un rôle (qui devait être masculin…mais sans doute a-t-elle impressionné les producteurs) dans un film hong-kongais.

C’est ainsi qu’elle s’est retrouvée à partager l’affiche avec une jeune Michelle Yeoh, qui débutait dans les arts martiaux mais s’impliquait beaucoup (une formation de danseuse l’aida dans son apprentissage.) Michelle est également complètement déchainée dans ce film et se la joue Jackie Chan en faisant toutes ses cascades elle-même sans doublure. En bref dans ce film qui est un des premiers piliers du Girls with guns, deux combattantes impressionnantes vont défoncer correctement du vilain.
Honnêtement, si l’histoire du film est sympa et le final carrément génial avec des combats ébouriffants, le film souffre tout de même d’une partie comédie trop envahissante et lourdingue (les 3 escrocs sont les comiques du film, mais ils en font trop.) C’est un peu dommage mais ce film propulsa en tous cas les deux actrices au rang de stars.

Parmi les premières : Michelle Yeoh et Cynthia Rothrock ©Fortune Star ©HK video source : screenslate

Parmi les premières : Michelle Yeoh et Cynthia Rothrock
©Fortune Star ©HK video
source : screenslate

MY LUCKY STARS de Sammo Hung (1985)

Parallèlement à ce film, la même année 1985, Sammo Hung réalise MY LUCKY STARS (LE FLIC DE HONG KONG), vendu en France comme un film de Jackie Chan alors qu’il apparait assez peu, et aux côtés de ses comparses de l’époque Sammo et Yuen Biao. Dans ce film Sammo met en scène quelques petites scènes d’action entre filles comme lorsque Sibelle Hu (qui n’est pas une combattante, mais le montage en donne l’illusion) affronte la japonaise bodybuildée Michiko Nishiwaki (cascadeuse et artiste martiale à la carrure mémorable.) Je passe rapidement sur le film puisque ce n’est pas un Girls with guns mais il fait partie de l’évolution de ce type de cinéma puisqu’on retrouvera Sibelle et Michiko dans d’autres films plus tard. Le film est bon mais c’est une comédie bien débile, il faut aimer le genre.

ROYAL WARRIORS de David Chung (1986)

En 1986, Michelle Yeoh reprend son rôle de flic dans ROYAL WARRIORS (qui sera ensuite déclaré premier opus de la saga LE SENS DU DEVOIR .)
En stoppant l’évasion d’un prisonnier extradé en avion, l’officier de police Michelle Yip (Michelle Yeoh) et deux hommes qu’elle rencontre dans l’avion (un ex-policier japonais et un agent de sécurité chinois) vont s’attirer la colère des frères d’armes de ces criminels. L’assassinat de la famille du japonais va déclencher une vendetta terrible.
Le film est bien plus sérieux que YES, MADAM et les innocents tombent sous les balles sans pitié.

En termes d’action, c’est la formule typique de ce qu’on trouve dans les polars urbains hong-kongais de l’époque : des cascades 100% réelles et dangereuses à bord de véhicules, des gunfight et des combats à mains nues impressionnants. On retrouve aux côtés de Michelle Yeoh, Hiroyuki Sanada (oui, le mec de SAN KU KAÏ) dans le rôle du père en deuil bien énervé qui s’en sort pas mal aussi pour foutre des high kick dans la gueule des méchants, ainsi qu’un Michael Wong dans le rôle du beau gosse un peu idiot et maladroit.
Le film est plus constant qualitativement parlant, mais à côté de cela, l’histoire est plus simple. On ne boude cependant pas notre plaisir devant les scènes d’action.

SHANGHAÏ EXPRESS de Sammo Hung (1986)

En parallèle, suite au succès de YES, MADAM , Sammo Hung donnera à Cynthia Rothrock un petit rôle secondaire dans SHANGHAÏ EXPRESS , sans doute un de ses meilleurs films.
Dans les années 1920, Ching (Sammo Hung), un hors-la-loi, décide de se racheter une conduite (à sa façon) en faisant fructifier les affaires de son vieux village perdu dans le désert. Il va réaménager l’hôtel et va faire sauter la voie ferrée pour pousser les passagers d’un train à venir trouver le gîte et le couvert dans le village. Mais dans ce train, il y a aussi des japonais en possession d’une carte menant à un trésor national. Et des truands attendaient leur moment pour la leur piquer. L’attentat de Sammo compromet leurs plans et ils vont devoir s’installer avec tout le monde dans le village.

Le reste du film est simple : pas mal de situations comiques improbables dans les chambres de l’hôtel entre les méchants qui espionnent et des maris qui trompent leur femme, et une grosse baston lorsque les truands décideront de passer à l’attaque et prendre le village en otage.
Cynthia Rothrock joue le rôle d’une des mercenaires aux ordres du grand patron et même si elle n’apparait pas longtemps, elle affronte Sammo Hung lors d’un sympathique combat. Dans le rôle d’une japonaise, on trouve également la future star Yukari Oshima qui deviendra une autre vedette des Girls with guns par la suite.
En tous cas SHANGHAÏ EXPRESS mérite d’être vu et j’étais obligé de le mentionner. C’est un film très rythmé qui a l’allure d’une grosse production. Le film bénéficie de beaux décors, d’une bonne ambiance de western dans ce village perdu, de beaucoup de stars de l’époque, de nombreux rebondissements et d’un humour efficace.

RIGHTING WRONGS de Corey Yuen (1986)

Devenue une star à Hong Kong, Cynthia Rothrock partagera l’affiche avec Yuen Biao la même année dans RIGHTING WRONGS (UNE FLIC DE CHOC .) Certes, Yuen Biao est quasiment le personnage principal, mais sans doute était-il difficile de donner le rôle titre à une gweilo (une étrangère) qui ne maitrisait pas la langue locale. Toujours est-il que cela reste un film important et surement le meilleur de la filmographie de Cynthia Rothrock (sans compter SHANGHAÏ EXPRESS où son rôle est mineur.)

L’histoire est celle d’un avocat (Yuen Biao) qui, tel un certain Daredevil (voire un Punisher), va s’énerver de voir la justice laisser filer certains pourris, et va décider de se faire justice hors-tribunal la nuit en trucidant du gangster. Sa rage vengeresse va attirer l’attention de la police, et une femme flic (Cynthia Rothrock) va se mettre à le traquer. Evidemment à un certain moment, après un jeu du chat et de la souris, ils vont trouver plus dangereux et vont devoir tous deux affronter un plus gros poisson.
On retrouve la formule assez classique de ce genre de films. Ce qui change ici, c’est le ton du film qui est plus sombre avec un humour assez en retrait. L’intérêt du film réside dans certains rebondissements osés qu’on ne voit pas venir. On nous berne pas mal avec des personnages légers caricaturaux (le méchant qui ricane, le flic maladroit), pour finalement mieux les faire mourir sans pitié et laisser place à d’autres personnages (un vrai méchant sérieux et des héros très en colère.) Quant à l’action, il y en a. Et de la bonne !

On regrettera par la suite que Cynthia Rothrock ait le mal du pays et retourne aux USA. Abonnée aux séries Z et nanars mal foutus made in USA, sa carrière ne décollera jamais et c’est bien dommage quand on voit à quel point elle est plus douée et impressionnante que certains gros nazes comme Chuck Norris ou Steven Seagal qui ont eu leur part de succès.
Et si les hong-kongais sont très doués pour faire de bons films avec de petits budgets (au détriment parfois de certaines mesures de sécurité, il faut bien l’avouer), ce n’est pas le cas des américains.

 Les japonaises : Michiko Nishiwaki et Yukari Oshima ©Movie Impact Limited source : senscritique


Les japonaises : Michiko Nishiwaki et Yukari Oshima
©Movie Impact Limited
source : senscritique

La relève de Michelle Yeoh (qui stoppa sa carrière jusqu’en 1992) et Cynthia Rothrock, ce fut Yukari Oshima, Cynthia Khan et Moon Lee. Cynthia Khan (de son vrai nom Yang Li-tsing) doit son nom de scène à la popularité de Cynthia Rothrock et Michelle Khan (le pseudo de Michelle Yeoh qu’elle a abandonné par la suite.) Danseuse et pratiquante de Taekwondo, elle a un jeu de jambes également impressionnant.
Quant à la sino-japonaise Yukari Oshima, elle a appris un style de karaté, le Gōjū-ryū en étant l’élève de Sonny Chiba (Chiba Shin’ichi de son vrai nom japonais), célèbre artiste martial qui a percé également au cinéma dans les années 70.
Moon Lee est une danseuse et n’a pas de formation aux arts martiaux.
Dans une moindre mesure je pourrais aussi citer Michiko Nishiwaki dont j’ai parlé rapidement, mais en réalité elle fera peu de films et sera souvent cantonnée à des rôles mineurs de méchante.

IN THE LINE OF DUTY 3 de Brandy Yuen et Arthur Wong (1988)

En voilà un autre qui tend davantage vers le polar sérieux et violent. Cynthia Khan joue le rôle d’une nouvelle recrue dans la criminelle chargée de surveiller un inspecteur japonais (Fujioka Hiroshi) très énervé et en dehors de sa juridiction. Ce dernier veut venger un collègue assassiné par un couple de braqueurs assassins (Stuart Ong et Michiko Nishiwaki.) Ils vont finir par collaborer pour les arrêter. Les tueurs en question sont particulièrement brutaux et n’ont rien à perdre (l’homme ayant un cancer en phase terminale.) Ils ont également un dangereux complice (Dick Wei), et chacun finira par devoir assouvir une vengeance personnelle lors des affrontements contre la police. Ces derniers n’en seront que plus violents et intenses, et souvent fatals. Cynthia Khan affrontera évidemment Michiko Nishiwaki qui cette fois ne se contentera pas de nous montrer ses muscles mais…la totale. Oui, le film contient également une scène érotique torride entre les deux tueurs, chose assez rare dans ce genre de cinéma. Mais au-delà de renforcer le ton sérieux et plus adulte, cette scène donne aussi un peu de profondeur aux méchants qui vivent intensément comme s’il n’y avait pas de lendemain. Le film se garde bien tout de même de nous les rendre sympathiques mais ils ne sont pas des caricatures, ils sont humains, acharnés et désespérés.

Les nombreuses scènes de nuit et la musique un peu jazzy rapproche l’ambiance du film de celle du manga CITY HUNTER .
Les défauts de ce film ? Quelques scènes comiques qui n’ont rien à faire là et qui dénotent avec le ton violent du film, et une vendetta qui prend un peu trop le pas sur le reste des péripéties. Cela reste un bon film malgré tout.

ANGEL TERMINATORS 2 de Chan Lau et Tony Liu (1993)

C’est à présent au tour de Yukari Oshima et de Moon Lee, deux autres stars du Girls with guns.

Elles ont techniquement joué dans pas mal de films. Moon Lee fut la star de la trilogie ANGEL , et Yukari Oshima a joué dans des films comme DREAMING THE REALITY ou THE OUTLAW BROTHERS (dans lequel Michiko Nishiwaki joue encore les méchantes), de bons petits films. Seulement ils ne sont disponibles qu’en import, et je me suis fixé comme règle de ne parler que de films sortis en France (pour éviter l’article en 3 parties aussi…)
Alors, ANGEL TERMINATORS 2 , c’est quoi ? Déjà ce n’est pas la suite du premier, donc me gonflez pas avec les numéros, j’ai déjà donné ! (mais le premier se regarde bien aussi…et Michiko est présente, et encore méchante dedans.)

C’est un film qui réunit Yukari Oshima, Moon Lee et Sibelle Hu (vue dans MY LUCKY STARS .)
Caidie (Moon Lee) et sa bande de jeunes potes viennent accueillir leur amie Bullet (Yukari Oshima) qui sort de prison. Celle-ci est en froid avec son père, Bao (Jason Pai), officier de police et partenaire de Dayima (Sibelle Hu.) Les deux officiers de police enquêtent sur un certain Dasang, commanditaire de plusieurs braquages qui ont fini en bains de sang. Caidie et Bullet vont se retrouver entrainées dans cette affaire après que la bande de Dasang ait forcé une de leurs amies à se prostituer.
A ce stade de l’article, vous connaissez la formule. Elle ne change pas. Action, fusillades, kung-fu. Tout est dans l’action. Et aussi le drame tout de même car là encore, le film n’épargne pas les innocents et les morts pleuvent, même parmi les personnages principaux. Pour le reste, ça bouge bien : Moon Lee est survoltée et concurrence Yukari au niveau des prouesses martiales. Les combats sont nerveux et les fusillades sanglantes. Seul l’affrontement final est moins convaincant (Pourquoi les tirs de fusil à pompe font tout exploser ? Et apprenez à viser bon sang !)

 Yukari Oshima et Moon Lee ©Spectrum films source : dvdfr</a

Yukari Oshima et Moon Lee
©Spectrum films
source : dvdfr

Les actrices sont également crédibles dans leur rôle. Yukari est la rebelle garçon manqué en conflit avec son père et Moon Lee la copine plus joyeuse qui va faire face à une descente aux enfers. En bref un bon Girls with guns.
On devine parfois que Sibelle Hu est doublée pour certaines cascades où, comme par hasard, on ne la voit que de dos, mais je l’ai déjà mentionné, Sibelle n’est ni artiste martiale, ni cascadeuse. D’ailleurs artiste martiale ne signifie pas cascadeuse, et c’est pourquoi dans RIGHTING WRONGS , on peut deviner aussi que Cynthia Rothrock a été doublée lors de chutes ou cascades du genre. Mais peu importe.

Bref voilà pourquoi j’aime ce cinéma : il est généreux et enterre facilement les ¾ des films d’action américains pauvrement chorégraphiés et au montage hyper découpé empêchant tout recul sur la qualité de l’action. Ces films hong-kongais des années 80/90 vont souvent très loin et n’ont pas vieilli au niveau de l’action. Evidemment, je l’ai dit, tout ceci a été possible « grâce » à un certain mépris des risques. Pas mal de cascadeurs de l’époque ont été sévèrement blessés (Moon Lee a même été brulée au visage dans un de ses films à cause d’une erreur d’un pyrotechnicien qui a fait exploser un truc trop tôt.) On peut trouver que c’était un peu exagéré pour du cinéma, mais c’est aussi parce que ce genre de choses ne serait plus possible aujourd’hui que le réalisme de ces films n’a pas pris une ride. Le Girls with guns a d’ailleurs bénéficié d’un dévouement assez incroyable des jeunes actrices. Du coup ces films en mettent encore plein la vue, et même si parfois les histoires peuvent faire un peu nanar, le fait est qu’ils sont souvent bien filmés et les acteurs à fond.

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Parce que il n’y a pas que Bruce Lee et Jackie Chan dans la vie, voici une rétrospective sur les films de Kung Fu où ce sont les femmes qui donnent les coups de tatanes ! 
BO du jour : parce que la musique un peu ringarde des années 80, ça va avec le genre :

68 comments

  • matt  

    Ah un autre bon petit girls with guns que j’ai découvert : Justice sans sommation.
    Avec en vedette la femme de Sammo Hung de l’époque : Joyce Mina Godenzi
    Bon petit fight entre filles à la fin entre elle et Agnes Aurelio

    Eddy, tu l’as vu celui là ?^^

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