Il n’y a pas de vraie réponse. (The Department of truth 1 – The end of the world)

The Department of truth 1 – The end of the world, de James Tynion IV & Martin Simmonds

Un article de PRESENCE

VO : DC Comics

VF : Urban Comics

1ère publication le 7/03/22 – MAJ le 10/08/22

LE COMPLOT : l’assassinat de JFK
© Image Comics 

Ce tome est le premier d’une série indépendante de toute autre. Il regroupe les épisodes 1 à 5, initialement parus en 2020/2021, écrits par James Tynion IV, dessinés, encrés et mis en couleurs par Martin Simmonds. Seul le lettrage a été confié à une autre personne : Aditya Bidikar.

À Dallas, au Texas, le 22 novembre 1963, à 19h55, Lee Harvey Oswald est interrogé par la police. Il demande à bénéficier d’un avocat. Il indique qu’il ne sait pas de quoi il s’agit, qu’il travaillait dans ce bâtiment, ce qui explique qu’il s’y trouvait, qu’il a vécu quelques temps en Union des Républiques Socialistes Soviétiques, mais qu’il ne fait que servir de bouc émissaire. Pour la troisième fois, un policier lui demande s’il a tué le président. L’interrogatoire est interrompu par l’arrivée de deux individus en costume noir, avec chapeau de feutre à large bord. Ils indiquent qu’ils ont besoin de la pièce, et que ce n’est pas une requête. Les policiers sortent, les laissant seuls avec Oswald. Ce dernier se demande ce que les gens vont penser, ce qu’ils vont croire qu’il a fait. L’un des hommes en noir s’est assis, a posé son chapeau et s’allume une cigarette. Il explique qu’il a été envoyé ici pour dire à Oswald ce qui va se passer, et il lui demande de prononcer la phrase s’il s’en souvient. Oswald la prononce : le haut est bas, et le bas est en haut. Au temps présent, l’agente Ruby conduit la voiture de service, l’agent Cole Turner se trouvant sur le siège passager. Ils se dirigent vers la Bibliothèque du Congrès, à Washington. Elle lui demande de ne pas vomir dans la voiture. Une fois arrivés, il lui demande si elle va le tuer.

Ruby amène Cole Turner dans une grande pièce avec une table toute simple au milieu. Il s’assoit en face d’un individu âgé aux cheveux blancs, en train de fumer, avec un cendrier devant lui. Le chef lui demande s’il sait pourquoi il est là. Cole répond : il a vu quelque chose qui ne peut pas exister, et maintenant le chef et l’agente vont le tuer. Le chef continue les questions : fait-il bien partie du FBI ? Oui. Est-il professeur à Quantico ? Oui, et il a fait un peu de terrain également. Il donne des cours de de surveillance d’Internet, des forums de communautés de suprématistes blancs d’extrême droite, mais aussi de théories de la conspiration. Le chef souhaite en savoir plus et lui répète que Cole n’est là que pour qu’il puisse lui poser des questions, pas pour le tuer. Turner explique que ces individus croient que le système est conçu pour leur être défavorable, ce qui les rend vulnérables à la manipulation. Il étudie ce type de vulnérabilité. C’est la raison pour laquelle il s’est rendu à une convention sur la théorie de la Terre Plate. Néanmoins, il attire l’attention du chef sur le fait qu’il n’a pas beaucoup dormi ce week-end et qu’il a un peu bu, ce qui fait qu’il n’a pas confiance dans ses souvenirs. Le chef se montrant insistant, il raconte sa participation à la convention.

Interrogatoire et stratégies mentales
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Une couverture qui relève du photomontage et d’un gros travail infographique, une évocation de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy (1917-1963), un titre de série qui promet la recherche de la vérité = un mélange de théorie du complot et de réaction à l’air du temps (en particulier les vérités alternatives du quarante-cinquième président des États-Unis). La scène d’ouverture a retenu une partie graphique très affirmée : 3 pages d’interrogatoire, avec des visages un peu flous, noyés sous des traits de pinceaux créant des zones blanches, sépia, grises. La mise en scène est assez basique : une alternance de champ et de contrechamp, la caméra se fixant sur la personne en train de parler, le plus souvent en gros plan. Le lecteur fait le compte : 11 pages de discussion en alternance de gros plans dans l’épisode 1, ce qui colore fortement l’impression du lecteur pour les épisodes suivants. Effectivement, le scénariste privilégie fortement les scènes de discussions, en veillant quand même à ce qu’elles ne prennent pas toutes la forme de deux personnes assises à une table. L’artiste est donc amené à dessiner différents lieux, mais eux aussi recouverts de couleurs et d’effets spéciaux qui diminuent d’autant la perception des détails dans chaque dessin. Cette sensation de discussion statique est encore accentuée par des plans fixes réguliers, voire par des répétitions d’images.

Côté intrigue, le scénariste a adopté une trame simple : un nouveau est recruté et il découvre petit à petit les règles du jeu. Il est possible que le lecteur remarque que l’auteur utilise très exactement le mécanisme qu’il dénonce : Cole Turner se retrouve au beau milieu d’un véritable service secret qui a pour objectif de mettre à nu la vérité, ou au moins de la maintenir. Tynion IV s’attaque aux complots fumeux en en mettant un en œuvre : il existe une organisation gouvernementale officieuse, cachée au grand public qui veille sur la vérité. Il est également possible qu’il estime que l’utilisation de certaines théories du complot soit complaisante : le rôle du complexe militaro-industriel dans l’assassinat de JFK (1917-1963), l’objectif réel de Jack Ruby (1911-1967) dans l’assassinat de Lee Harvey Oswald (1939-1963), la preuve que les images de l’alunissage et du premier pas de l’homme sur la Lune ont été tournées en studio, l’absence de certificat de naissance de Barack Obama, etc. Est-il possible de prendre plaisir à la lecture d’une telle histoire qui semble fonction sur le principe de Faites ce que je dis, pas ce que je fais ?

Tout est lié.
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Quoi qu’il en soit, ce dispositif fonctionne très bien, entre mystères et révélations, le lecteur se laisse prendre. D’autant que le scénariste ne se contente pas de passer d’une révélation à l’autre : Cole Turner est confronté à une preuve que la Terre est réellement plate, quand il fait partie d’un voyage en jet privé d’une poignée de convaincus et qu’il est effectivement déposé là où la Terre s’arrête et rejoint le ciel. Puis il a droit à une visite aux archives dans un des 12 sous-sols du Service de la Vérité. Il mène deux enquêtes avec sa partenaire Ruby, et il doit arrêter deux journalistes qui sont près de découvrir une preuve de l’existence du Service de la Vérité. D’ailleurs, le lecteur se rend compte progressivement que l’artiste conçoit des pages et des illustrations variées, abandonnant la plupart du temps la mise en scène à base de champ et de contrechamp. Cela commence avec le quartier de la Librairie du Congrès vue du ciel. Puis il y a la découverte de l’extrémité de la Terre, l’individu Starface avec un pentagramme tracé en rouge sur son visage, en train de manger un nourrisson, le petit déjeuner entre Cole et son conjoint Matty, le petit-déjeuner avec des pancakes entre Cole et Ruby, etc. Dans ces occasions, l’artiste réalise de véritables compositions, choisissant ce qu’il représente, certains éléments étant proche de la photographie, d’autres étant totalement déformés, hors de proportion.

Après quelques séquences, le lecteur mesure à quel point Martin Simmonds sait se saisir d’images passées dans l’inconscient collectif, et manipuler des éléments symboliques, dans des pages qui associent découpage en bande traditionnelle, et collage dans une illustration en pleine page ou en double page. L’épisode 3 est remarquable de ce point de vue. Cela commence par un visage en pleine page, mais strié de lignes rouges horizontales, courant sur des bandeaux horizontaux de couleurs différentes appliquées de manière non uniforme, floutant la perception du dessin du visage en arrière-plan, avec une surimposition par endroit, pour un effet très troublant, annonçant de la retouche d’images vidéo. Le lecteur a déjà assimilé la nature de la manipulation de l’information télévisée, avant même d’avoir commencé à lire une cellule de texte. Les 5 pages suivantes reprennent une disposition en bande. La page d’après reprend une forme un collage très sophistiqué mêlant la silhouette d’une jeune mère, avec la photographie de son enfant, sur fond de motif évoquant ceux du drapeau américain, avec des pistolets à la pace des étoiles et des photographies incrustées dans les bandes rouges et blanches. En vis-à-vis, se trouve une page à la composition tout aussi épatante : une case de la hauteur de la page faisant apparaître la solitude de la mère, et 7 cases en bande verticale, comme une sorte de film.

Des symboles révélateurs
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D’un côté, certains lecteurs pourront s’irriter de la narration visuelle maniérée ; de l’autre côté, l’artiste sait manier l’impressionnisme et l’expressionnisme avec pertinence. Cela apporte des sensations et une profondeur de champ au scénario, interagissant avec lui pour en faire s’exprimer des nuances, des liens qui vont au-delà des mots et des actions. Finalement, le lecteur se dit que l’intégration de Cole Turner dans une conspiration le met dans le même sac que les théories du complot qu’il démonte, le scénariste indiquant ainsi que le Service de la Vérité ne révèlera pas plus de vérités cachées que les théories du complot. Une fois ce point de vue adopté, le lecteur devient alors plus sensible aux autres éléments de réflexion contenus dans le récit : les déclarations tonitruantes de scientifiques autodidactes, l’application du concept de Tulpa, l’incidence sur la réalité de convictions erronées (l’affaire de la panique satanique dans les écoles), l’horreur des sites de discussion convaincus que des acteurs jouent le rôle de victimes dans des drames médiatisés, les amalgames délirants (ils vont nous prendre nos armes à feu, restreindre nos libertés), la nature marchande de l’information depuis l’invention de l’imprimerie, les croyances de la majorité qui devraient s’imposer conformément au principe de fonctionnement de la démocratie, jusqu’à en modifier la réalité. Finalement la réflexion sur la manipulation de l’information s’avère plus sophistiquée que la simple mise en place d’une autre théorie du complot tout aussi en toc que les autres, partant du principe qu’il n’y a rien de plus dangereux qu’une histoire simple, que ces complots permettent de rejeter les aspects trop compliqués de la vie, trop abstraits. Et puis comment résister à l’attrait d’une bande dessinée avec un personnage qui porte avec sérieux son chapeau conique en aluminium.

En surface, cette bande dessinée a tout pour laisser croire qu’il s’agit d’un ouvrage opportuniste et artificiel sur les théories du complot, les dénonçant tout en les mettant à profit, pour en créer une nouvelle. Une fois dépassée cette première impression, le lecteur mesure mieux l’ambition bien maîtrisée de la narration visuelle, ainsi que le propos plus réfléchi du scénariste, avec une intrigue fonctionnant sur la dynamique d’une enquête promettant des révélations. Cette lecture s’avère d’autant plus enrichissante que les auteurs ne sont pas dupes sur le positionnement de leur propre pays : rien ne vaut une guerre éternelle, avec un renouvellement d’ennemis pour assurer l’unité du pays contre une menace, fabriquée pour remplir cette fonction.

Une réalité surveillée
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La BO du jour

31 comments

  • Bob Marone  

    Comme toi j’ai été très séduit par la partie graphique de l’album, son côté très « sienkiewickzien » . Mais le scénario m’a laissé un peu dubitatif. Ce premier tome mêle tellement d’éléments qu’il m’a fait craindre une suite versant dans le Grand N’importe Quoi à tombeau ouvert. Une sorte de metacomplot si complexe et fédérateur qu’il finira par devenir complètement grotesque. Bref, j’attends impatiemment la suite pour crier au génie et réserve mon jugement sur cette série pour l’heure.

    • Présence  

      Je dis tout : j’ai lu le tome 2 en VO, et alors on apprend que…

      Nan, je dirai rien, mais je l’ai trouvé aussi bon que le premier, sans redite, sans augmentation du degré de complexité qui aurait contraint à prendre des notes.

  • JP Nguyen  

    Le nom de la série me fait penser au Ministère de la Vérité dans 1984…
    Ta chronique m’évoquerait un peu The Nightly News.
    Ça a l’air pas mal, sauf que je ne suis pas très attiré par les histoires de complot, ces temps-ci. Mais ayant remis les pieds la semaine dernière dans une médiathèque pour la première fois depuis 2 ans, tout est possible…

    • Présence  

      The Nightly News est toujours dans ma pile à attendre ma bonne volonté.

      Au temps des fake news et des mensonges en toute transparence d’un président aux cheveux oranges clamant avoir également gagné au vote populaire, cette série apporte à la fois la moquerie nécessaire sur l’atterrissage lunaire filmé par Stanley Kubrick, à la fois une réflexion sur ce qu’un être humain peut comprendre de la réalité avec des sens physiques limités, à la fois comment l’individu projette cette compréhension sur ce qu’il voit et les conséquences que ça a.

      La rédaction de cet article a également été l’occasion pour moi de découvrir un aphorisme que j’aime beaucoup : le rasoir de Robert J. Hanlon.

      Ne jamais attribuer à la malveillance (ou à un complot) ce que la bêtise suffit à expliquer.
      Never attribute to malice that which is adequately explained by stupidity.

        • Présence  

          L’emploi du mot Rasoir dans l’expression Rasoir de Hanlon renvoie explicitement à ce mot dans l’expression Rasoir d’Ockham.

  • JB  

    Cette série m’intéresse, mais j’ai peur de ne pas accrocher au style graphique. Merci en tout cas pour cette présentation !

    • Présence  

      Pour un vieux lecteur comme moi, les planches donnent l’impression de retrouver Bill Sienkiewicz, en un peu moins aventureux, avec un vrai savoir-faire et une réelle personnalité, pas juste un ersatz de surface. En outre, ce mode de dessin et de représentation participe beaucoup à développer cette ambiance inquiétante où les choses apparaissent en partie dissimulées.

  • Jyrille  

    Un article aisé et précis comme toujours, Présence. J’ai vu cette bd dans les rayonnages, mais malgré un graphisme intéressant, je ne suis pas assez client pour investir. Alors que je la lirai bien si on me la prêtait… Par contre je ne comprends pas une chose : est-ce fantastique ou pas ? A-t-on un vrai travail sur la communication et les théories du complot existantes ou s’agit-il d’une histoire d’espionnage ? Le propos n’est pas clair pour moi, surtout que je viens de lire le tome sur la communication politique, qui peut sans doute s’approcher de certains points ici.

    • Présence  

      Oui, c’est une fiction fantastique, pas un ouvrage de vulgarisation.

      C’est donc bien une histoire d’espionnage qui joue sur les théories du complot en en intégrant quelques-Unes dans l’intrigue, et c’est aussi une réflexion sur la limite de compréhension de la réalité de chaque individu qui ne dispose que de ses sens, avec un paquet de biais cognitifs. Du coup, quand on parle de la réalité, moi le premier, c’est avec une compréhension partielle et limitée. D’une certaine manière, chaque être humain crée sa propre image de la réalité, incomplète et déformée, et il ne peut que prendre des décisions et qu’agir sur cette image erronée et simpliste. Je projette mon modèle de la réalité et j’agis en cohérence comme s’il était vrai. Ainsi, on peut dire que je modèle la réalité, que je la déforme avec ma représentation incomplète. Je me comporte comme si mon modèle de la réalité est fiable et précis.

      • Jyrille  

        Merci Présence. « chaque être humain crée sa propre image de la réalité » oui, cela fait longtemps que j’en suis convaincu, sachant que je suis en plus complètement fan des bouquins de K. Dick…

        • Présence  

          Mais oui, j’aurais dû penser à K. Dick !

  • Tornado  

    Intéressant mais il faudra attendre la fin de la série pour que je me décide ou non à essayer cette lecture.
    Depuis le pathétique NAILBITER, je me méfie comme de la peste de ces récits qui promettent des mystères incroyables.
    De ce que je vois, le style pictural ne m’attire pas plus que ça. A voir si c’est vraiment immersif une fois plongé le nez dedans.
    J’ai bien aimé ta réflexion sur ces histoires de complot et la mise en abîme d’une BD qui dénonce tout en utilisant le procédé.
    M’enfin, quand même, « la Terre est plate »… C’est vraiment comme ça dans le récit ? Avéré ? C’est complètement con comme idée vu de l’extérieur.

    • JB  

      De ce que j’ai compris de l’article, la réalité peut se plier aux théories des complotistes dans cet univers

      • Présence  

        C’est exactement ça. AU départ, je n’étais pas très confiant dans la capacité du scénariste à faire fonctionner ce principe et il le fait très bien. Dans le tome 2, on suit un chasseur de Bigfoot pendant deux épisodes : c’est une bête fantastique qui n’existe pas, et c’est un être humain qui consacre tous ses week-ends à cette occupation. Le paradoxe fonctionne parfaitement.

    • Présence  

      Pour moi, c’est un autre niveau que Nailbitter, dès ce premier tome. Le scénariste dit qu’il n’y a pas de vérité absolue ou unique d’entrée de jeu. De ce fait, en tant que lecteur, je n’attend pas une révélation sur le sens de la vie, ou sur la nature de la réalité. De ce point de vue, le 2ème tome tient la route, abordant ce thème sous d’autres angles.

      Oui, il y a un passage où la Terre est représentée plate, pour figurer la force de persuasion que peut acquérir un groupe qui soutient une contre-vérité avec conviction. Pour moi, c’est du même tonneau que Trump soutenant qu’il a gagné le vote populaire lors des élections de 2016. Du coup, c’est à la fois avéré, et à la fois faux dans le récit. Dans ce tome, Tynion IV développe plusieurs théories du complot avérées fausses par la suite, mais ayant eu une incidence mesurable sur le quotidien des citoyens américains.

  • Eddy Vanleffe  

    Je me faisais la réflexion dernièrement suite à je ne sais quelle discussion online ou sujet de reportage, que c’était assez bizarre cette fascination pour le complotisme
    d’un coté les fictions fustigent avec une certaine condescendance la crédulité de ceux qu’on voudrait ignares et d’un autre côté on golrifie totalement ça…
    qu’est ce que Matrix, sinon un appel à ne pas accepter l’univers qui nous entoure tel qu’il est et à le refaçonner selon son désir?
    combien de fiction mettent en scène un héros en butte contre tout pour faire valoir une vérité ignorée et cachée par les plus puissants et les plus insoupçonnables?
    qu’est ce que SECRET INVASION chez Marvel?
    combien d’appel à ne plus faire confiance y a t-il par an?
    combien de scandales politiques de type Tchernobyl n’ont ils pas rendu séduisants les théories alternatives?
    du coup c’est clair q’un comics qui met les pieds dans le plat, c’est forcément couru.
    Bravo pour avoir décrit d’une manière aussi claire que possible un bouquin a qui quand même l’air assez cryptique à force de vouloir jouer les mystères
    le graphisme est original ou en tout cas pas assez courant pour laisser indifférent.
    encore une lecture à faire en bibli un de ces 4…
    j’espère juste que l’angle d’attaque évite l’écueil de fustiger gratuitement la populace qui est si bêêêête…

    • Présence  

      J’ai été très impressionné par l’approche de James Tynion IV qui ne se contente pas de pointer du doigt des individus crédules. Il prend plusieurs exemples réels et il met à nu le mécanisme qui a permis qu’il y ait une vraie affaire de la panique satanique dans les écoles avec des parents inquiets, des instituteurs pointés du doigt, etc., c’est-à-dire des conséquences concrètes dans le monde réel. Ou, dans le tome 2, d’une manière plus amusante, une forme de tourisme dans l’aéroport de Denver pour vois les pistes d’atterrissage en forme de croix gammée, des bunkers secrets souterrains, une fresque dépeignant le massacre des voyageurs allant chercher leurs bagages sur le tapis, certainement réalisée par les extraterrestres, ou peut-être Satan, sans oublier les barbelés au sommet du mur d’enceinte qui empêchent plus de sortir que de rentrer. Là aussi, une théorie fumeuse donne lieu à des comportements concrets d’individus normaux.

      J’avais également de fortes appréhensions concernant la série et James Tynion IV m’a épaté par l’intelligence de son propos, ses analyses fouillées et sa prise de recul. J’ai trouvé ça passionnant, sans aucune condescendance.

  • Fletcher Arrowsmith  

    Bonjour Présence,

    j’ai également lu ce premier tome, profitant de l’offre à 10€ d’Urban Comics. Je suis également l’œuvre de James Tynion IV, scénariste intéressant autant à l’aise dans le mainstream, DC comics, que dans des récits chez des éditeurs indépendants.

    Je suis sorti dubitatif de ce premier arc narratif. En fait que cela soit graphiquement ou au niveau du scénario cela reste confus et parfois flou. Bien que cela se prête parfaitement au propos du script, c’est parfois cryptique. D’un côté parie réussi car le lecteur doute mais de l’autre j’aime quand même comprendre ce que j’aime lire et de pas avoir à relire 2 ou 3 fois les textes ou alors revenir sans cesse en arrière car je n’ai pas compris un action précédente.

    Bon décryptage de la partie graphique, qui tu as raison de le souligner, ne plaira pas à tous le monde, moi le premier.

    Le numéro sur le réseau sociaux et une tuerie en milieu scolaire est l’épisode phare, celui qui fait quand même basculer le lecteur dans une immersion totale. Les deux premiers épisodes ne m’avaient pas plus convaincu que cela, et d’ailleurs je ne sais pas si j’ai compris la même chose que des analyses que j’ai vu sur le net. Cet épisode emporte tout notamment cette superposition de couche de malheur sur malheur comme une descente aux enfers qui irait bien au delà des cercles de Dante. On comprend également que le scénario fera peu de concession et va balayer loin des sentiers battus, comme montré par un acte brutal que va devoir faire Cole Turner (épisode 4 puis 5).

    Je me réserve de donner un avis définitif car je sais que James Tynion IV en a sous le pied . J’espère que cela n’accouchera pas d’un pétard mouillé ou d’une fin précipitée.

    La BO : je valide. Les deux premiers album de Garbage (surtout le deuxième donc, VERSION 2.0 d’où est tiré ce single) sont parmi mes disques références de mon adolescence.

    Sur les complots, Fake News et réécriture de l’histoire je recommande fortement la lecture de la trilogie d’Antoine Bello : LES FALSIFICATEURS, LES ECLAIREURS, LES PRODUCTEURS.

    Plus sf : LE TUEURS DE TEMPS de Caleb Carr

    • Présence  

      James Tynion IV en a sous le pied : je te le confirme, j’ai trouvé le tome 2 tout aussi bon, sans répétition.

      Un pétard mouillé ou d’une fin précipitée : comme nous n’avons aucune assurance sur ce point, je préfère commenter tome par tome et dire si le tome considéré s’est avéré satisfaisant pour lui-même ou non.

      Graphiquement, cela reste confus et parfois flou : en ce qui me concerne, ça m’a paru cohérent avec le thème principal, ces complots souvent assez flous quand on commence à poser des questions précises et concrètes.

  • Bruce lit  

     » rien ne vaut une guerre éternelle, avec un renouvellement d’ennemis pour assurer l’unité du pays contre une menace »
    Une phrase tristement d’actualité. A moins que Présence ne soit un agent du gouvernement. Pour avoir dîné avec lui, je peux confirmé qu’il maîtrise les technologies de pointe, notamment le scan de menus QR Codes dans les restaurants…

    Pour le reste, j’ai lu ce 1er volume en VO l’an dernier. Et je n’en garde aucun souvenirs ce n’est, et les scans me le rappellent des dessins à la Sienkie avec de gros blocs de textes. Sauf que, moi qui aime l’émotion et les personnages forts, j’ai été bien vite reconduit à la frontière de mes attentes de lecteur. Les personnages sont des baudruches au service d’une narration bavarde. Peut-être tenterai-je le coup en VF. Mais rien n’est moins sûr. J’attends désormais de savoir les séries ont une continuation.

  • Présence  

    Rien ne vaut une guerre éternelle […] : je pensais également à Watchmen où la stratégie d’Adrian Veidt est d’unir l’humanité contre un ennemi commun.

    QR code en restaurant : heureusement qu’il n’y a pas de preuve vidéo 😀

    Les émotions : j’ai été submergé par celle de la mère qui se retrouve dans l’affaire de al panique sataniste, mais aussi par Cole Turner qui perd pied progressivement dans cette toile de mensonges et de faux semblants, évoluant dans une réalité fluctuante.

  • Kaori  

    Bon alors clairement, autant j’ai cru comprendre la description de Présence, autant je ne comprends rien à la manière de faire pour arriver à dénoncer ces complots.

    Bon bref, ce n’est pas pour moi… Déjà que je n’arrive absolument pas à comprendre les planches…

    J’aime bien James Tynion, IV mais je vais rester à ses scénarios dans le mainstream !!

    • Présence  

      Le principe : il prend un cas réel, comme celui de l’affaire de la panique satanique dans les écoles aux États-Unis, et il remonte la piste des informations jusqu’au fait générateur, en démontant les mécanismes qui ont fait enfler la rumeur, jusqu’à ce qu’elle acquiert la consistance d’un fait acquis et authentique.

      • Kaori  

        C’est cette partie de transformer une rumeur en vérité que je ne comprends pas…

        • Tornado  

          Idem. Je n’ai strictement rien compris au pitch même avec les explications en commentaires ci-dessus. Probablement qu’à lire je comprendrais mais là, à distance, c’est totalement abstrait.
          Comment la terre peut-elle être plate parce qu’un complotiste l’a dit ? Comment ça marche ?

          • Présence  

            L’exemple de la Terre plate est un extrême.

            L’exemple de la panique satanique : il court une rumeur que des instituteurs font participer des enfants à des rituels sataniques dans le sous-sol d’une école. Un journaliste commence à faire mousser l’histoire à partir d’un témoignage gonflé et orienté. La presse nationale s’empare du sujet. Les parents commencent à se poser des questions et exigent que le rectorat fasse quelque chose. –> Des êtres humains se conduisent comme si une chose est vraie, alors qu’elle est imaginaire, purement et simplement inventée.

            Trump annonce qu’il avait plus de voix au vote populaire que Clinton : ses électeurs se conduisent comme si c’est vrai.

            https://fr.wikipedia.org/wiki/Abus_sexuel_ritualis%C3%A9_sataniste

            Dans le cadre de la fiction, Tynion IV pousse ce phénomène jusqu’à l’absurde avec la Terre plate.

          • Bruce lit  

            C’est en fait très raccord avec certains passages de THE SEED cette hystérie collective : les militaires américains font des essais nucléaires et propagent la rumeur d’Aliens dans le ciel pour justifier les éclairs lumineux qui en découlent. Mais on en parle demain…

          • Présence  

            @Tornado – Je comprends tout à fait parce que j’ai eu la même réaction quand je me suis retrouvé à voir cette Terre plate, en me disant que le scénariste avait trop forcé la dose, exigeait une suspension d’incrédulité trop importante par rapport au thème, à savoir l’analyse du phénomène de la théorie du complot.

            Le tome 2 comporte plus d’exemples, également piochés dans la bibliothèque de théories qui se sont vraiment propagées, et c’est passionnant de voir cette analyse après coup qui met à nu les mécanismes d’amplification.

            Je m’attendais pas à une fiction qui porte aussi bien une analyse pénétrante, intelligente. Un gros coup de cœur pour moi.

            Puisque Bruce le suggère, les OVNI sont pas mal dans le genre : pas de preuve, mais des individus dont certains sains d’esprit qui consacrent une partie significative de leur vie à enquêter dessus.

    • Doop O'Malley  

      Tynion IV, il a une belle réussite dans l’indé, le triptyque MEMETIC, COGNETIC, EUGENIC ! C’était vraiment pas mal !

      • Présence  

        Je n’ai pas lu ces histoires.

        Récemment, j’ai lu la première moitié de The nice house on the lake, que j’ai trouvé très bien.

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