A GHOST STORY de David Lowery
Un article de LUDOVIC SANCHES
« Nés pour nous, par la grâce de la lumière et du celluloïd, des fantômes autoritaires s’assoient à notre côté, dans la nuit des salles de cinéma. » Robert Desnos
« Avec A GHOST STORY, David Lowery retourne aux origines de la figure populaire du fantôme et revisite les codes du film de maison hantée. D’une simple histoire d’amour entre un homme et une femme (joués par Rooney Mara et Casey Affleck) il livre une ballade mélancolique à travers le temps, un voyage immobile et poétique, une méditation sur le caractère éphémère de nos existences qui rappelle aussi bien le cinéma de Terence Malick que la bande dessinée HERE de Richard McGuire
Encore aujourd’hui, David Lowery reste un cinéaste difficile à cerner. Son premier long métrage n’étant jamais sorti en France, on le découvre avec LES AMANTS DU TEXAS en 2013, qui s’inscrit dans le genre des films de cavale et de couples criminels. Par la suite, son œuvre semble osciller entre projets plus personnels dans des productions indépendantes et des films de commande notamment pour Disney: en 2016, c’est lui qui signe le remake de PETER ET ELLIOTT LE DRAGON, on est alors au tout début de la vague qui semble désormais interminable des remakes live des classiques de Disney (le film sort dans la foulée du CENDRILLON de Kenneth Branagh et du LIVRE DE LA JUNGLE de Jon Favreau).
Il ne s’agira pas ici d’essayer de déterminer si David Lowery est un « auteur » au sens classique du terme mais de revenir sur ce qui me semble être son plus beau film, sorti un peu incognito en France en fin d’année 2017, accueilli de manière contrastée par le public comme par la critique: lors de sa présentation au festival de Deauville, des spectateurs auraient même quittés la salle pendant la projection, ce qui n’empêchera pas le film de remporter plusieurs récompenses au palmarès.
© Universal Pictures International France
Une partie de l’impact que peut avoir A GHOST STORY sur le spectateur tient peut-être sur sa capacité à être sensible aux effets de sidération que le film va tenter de provoquer chez lui en utilisant des moyens très simples: un halo lumineux sur un mur qui suggère une présence spectrale, un corps recouvert d’un drap qui se dresse subitement, une silhouette blanche qui erre dans l’immensité d’un paysage de nature verdoyante. Cette modestie des moyens tient évidemment au fait que A GHOST STORY est une petite production, un budget de 100000 dollars à peine, soutenu par un script de quelques dizaines de pages seulement (écrit par Lowery lui-même qui réalise et fait le montage aussi) et deux acteurs connus, ce qui fait penser aux films de Gus Van Sant de la période GERRY/ELEPHANT/LAST DAYS, des films expérimentaux qui témoignaient de la versatilité de leur metteur en scène mais dont la carrière était déjà à l’époque bien installée.
Néanmoins, on peut tout de suite aborder les reproches qui seront faits par un certain pan de la critique à A GHOST STORY voyant au contraire dans ce petit film au dispositif pour le moins épuré une forme de prétention et une série d’afféteries, de boursouflures confinant au ridicule. Mais ce qui rend A GHOST STORY déroutant et qui peut prêter au malentendu, c’est sa naïveté revendiquée, une forme d’innocence au service d’un romantisme très pur et qui s’exprime à travers une forme extrêmement dépouillée.

© Universal Pictures International France
Des son ouverture, le film brouille les repères du spectateur: les premières séquences nous plongent dans l’intimité d’un jeune couple interprété par Rooney Mara et Casey Affleck avec une narration fragmentaire et impressionniste que la musique élégiaque et lyrique de Daniel Hart (qui a collaboré avec Lowery sur la plupart de ses films) amène vers une dimension plus spirituelle soulignée par des images de ciel étoilé et de visions cosmiques qui rappellent le cinéma de Terence Malick (LES AMANTS DU TEXAS évoquait déjà beaucoup les premiers Malick, LA BALLADE SAUVAGE et LES MOISSONS DU CIEL). Pour autant, on peut pendant dix bonnes minutes se dire qu’au vu du titre, c’est bien à un film de maison hantée qu’on va assister, un film fantastique ou d’épouvante peut-être.
C’est sans un bruit par le biais d’une ellipse qu’est dévoilé le principal événement du récit (le seul ?), le personnage masculin se tue dans un accident de voiture. La jeune femme est à l’hôpital devant le corps de son amoureux recouvert d’un drap blanc sur un brancard. Elle s’en va, le plan fixe dure, dans le silence de la morgue et soudain, la silhouette se redresse et se lève et apparait devant nous un fantôme dans sa forme la plus naïve et la plus ancienne, telle qu’issue des représentations propagées tout au long du 19eme siècle au théâtre comme par la mode de la photographie spirite, au point d’être rentrée dans l’inconscient collectif et la culture populaire.

© Universal Pictures International France
La grande idée de A GHOST STORY est de détourner et même d’inverser les codes du film de fantômes et de maison hantée: la fantôme au drap blanc apparait au milieu du cadre sans jamais que la mise en scène vienne donner un caractère spectaculaire à sa présence, ce en quoi il s’oppose aux ressorts classiques du genre qui, pour provoquer l’effroi, suggèrent la présence du spectre sans le montrer (exemplairement LA MAISON DU DIABLE de Robert Wise) ou dramatisent son apparition. Ici, le fantôme est d’autant plus une simple présence que la mise en scène instaure naturellement le fait qu’il est dans l’impossibilité d’interagir avec les vivants présents dans le même espace que lui (la seule scène qui fera exception et dans laquelle le fantôme retrouvera sa fonction traditionnelle – faire peur – est désamorcée justement parce que nous la verrons essentiellement du point de vue du fantôme et pas des habitants terrifiés) et donc de retour chez lui, hantant sa propre demeure, il ne peut qu’assister impuissant à la tristesse de sa compagne qui sombre dans l’affliction et la dépression suite à sa disparition.
Des lors, le film fait du fantôme une présence qui nous renvoie à notre statut de spectateur (auquel on s’identifiera d’autant plus facilement que le fantôme avec son drap et ses trous noirs pour les yeux ne semble exprimer aucune émotion) comme si être un spectateur de cinéma relevait d’un rapport profondément mélancolique aux images et à ce qu’on voit. Ce n’est certes pas nouveau (on pense à L’AVENTURE DE MADAME MUIR de Mankiewicz où le fantôme du marin voyant la femme dont il est amoureux jouée par Gene Tierney tomber dans les bras d’un autre homme ne peut alors que se résoudre à partir seul et quitter la maison) et depuis, Steven Soderbergh dans PRESENCE (sorti en 2025) a même radicalisé l’idée en faisant, par le biais de la caméra subjective, se confondre tout au long d’un film le regard du revenant avec celui du spectateur.

© Universal Pictures International France
David Lowery déplace alors cette mélancolie de la compagne endeuillée vers le personnage du fantôme. Tandis qu’elle retrouve peu à peu gout à la vie et finit même par quitter leur demeure, c’est le fantôme qui vit désormais une perte inconsolable. Indissociable du sentiment mélancolique qui peut être vu comme un deuil se prolongeant indéfiniment, le rapport au temps s’en retrouve affecté. Tout d’abord, c’est comme si le temps semblait s’être arrêté, la durée des plans s’étire, jusque dans la fameuse scène qui voit Rooney Mara engloutir une tarte en temps réel (c’est cette séquence qui aurait fait fuir les spectateurs, comme jadis dans JEANNE DIELMAN de Chantal Akerman, Delphine Seyrig épluchait des patates en plan fixe pendant de longues minutes) puis progressivement nous sommes pris dans un maelstrom temporel, une fuite en avant vertigineuse faite d’ellipses et de boucles qui fait de notre fantôme la mémoire malgré lui de sa propre maison. Incapable de faire autre chose que d’attendre le retour de son amour perdu, il voit se succéder les nouveaux locataires puis la maison disparaitre définitivement, le temps devenant un labyrinthe infini dans lequel il est condamné à errer.
Le fantôme devient la conscience du lieu qu’il hante, un lieu qui est un personnage à part entière du récit et dont le film raconte l’histoire. Difficile de savoir si David Lowery avait pu lire ou s’il connaissait la bande dessinée HERE, le chef d’œuvre de Richard McGuire (traduit en français en 2015), son livre est travaillé par le même vertige d’une maison hantée par la mémoire de tous les gens qui y ont vécu et qui y vivront. Etonnamment, le livre de Mc Guire a connu depuis une véritable adaptation cinématographique par Robert Zemeckis qui, bien que fidèle à l’œuvre originale par bien des aspects, tire son dispositif de base vers une forme narrative plus classique, inventant une intrigue avec des personnages, un début et une fin. Dans A GHOST STORY, le point de vue du fantôme crée une entité omnisciente qui permet une expérience de la durée et du temps, c’est elle qui constitue la vraie matière du récit.

Une planche du livre ICI de Richard McGuire
© Pantheon Books
Peut-être aussi parce que le film de David Lowery semble retourner à une forme pure héritée du cinéma muet, ce qu’évoque le format carré de l’image (avec ses coins arrondis) mais aussi le fait que de longues parties du film sont dénuées du moindre dialogue (il s’écoule à un moment prés d’une bonne vingtaine de minutes sans la moindre réplique). La fantôme jusque là solitaire finit par apercevoir par la fenêtre un autre fantôme dans la maison d’en face: on aurait pu s’attendre à des intertitres, mais Lowery utilisera l’artifice des sous-titres pour les faire dialoguer (ce qui est assez amusant) mais l’image du fantôme cloitré derrière sa fenêtre évoque aussi le NOSFERATU de Murnau: le comte Orlock cloitré seul dans son château, observant l’objet de son désir, Ellen, dans la maison d’en face. Comme dans le cinéma des origines, le film brasse des archétypes universels (les deux personnages principaux ne sont d’ailleurs jamais nommés) et le film joue d’oppositions et de contrastes forts qu’il agence avec une forme presque musicale.
Ce n’est pas un hasard si la musique a aussi son importance dans le film même si elle est rare: le personnage joué par Casey Affleck est musicien et on comprendra que la musique est pour lui un moyen d’exprimer ce qu’il peine à formuler par des mots (anticipant le mutisme du fantôme). Au milieu du film, une scène montre des gens organiser une fête dans la maison et le chanteur et compositeur Will Oldham y fait une apparition, livrant dans une logorrhée verbale alcoolisée un monologue sur l’impermanence des choses et la relativité de ce qui donne sens à nos existences. Ce qui pourrait passer un peu lourdement pour le mode d’emploi métaphysique du film est surtout une mise en abyme ironique de la nature même du cinéma: l’enregistrement de ce qui, par essence, est voué à disparaitre. A l’image de ce curieux héros de cinéma qu’est notre fantôme: ce n’est pas dans tous les films qu’on peut être ému juste par une silhouette qui disparait soudainement et un drap blanc qui s’évanouit sur le sol.

La BO du jour:

Hello, ce film est dans une de mes listes de plateforme, donc je garde l’article sous le coude et reviendrai quand je l’aurais vu (bientôt j’espère).
Très étonné que tu mettes une image de HERE, merci pour le lien (c’est un de mes articles que j’aime bien) !
merci Jyrille ! Tu verras que le lien entre les deux œuvres est vraiment évident ! Ca m’avait sauté aux yeux quand j’ai découvert le film à sa sortie en salles et je n’étais d’ailleurs pas le seul à faire le parallèle entre les deux.
Merci pour cette présentation ! Un choix artistique intéressant pour une histoire de base finalement très commune sur la gestion de la perte de l’être aimé et la rémanence de son esprit, d’un Truly, Madly, Deeply (film de 1990) au clip de la chanson « Personne » d’Obispo (mes condoléances pour les oreilles sensibles). Dans le récent comic book SPECTATEURS, les fantômes trouvaient refuge dans une posture de voyeurisme distant, sans implication émotionnelle.
Oui et puis même l’idée d’une connexion par le cinéma avec le monde des morts n’est pas nouvelle. Cette idée du « point de vue du mort », on la trouve très tôt notamment dans VAMPYR de Carl Theodor Dreyer en 1932 dans laquelle on a cette très inquiétante séquence de cauchemar où le personnage principal rêve sa propre mort, la caméra subjective nous plaçant à l’intérieur du cercueil avec le mort assistant à sa propre cérémonie funèbre.
Mazette, quelle analyse ! Nul besoin de consulter le nom en haut de l’article pour identifier son auteur.
Petite production, un budget de 100000 dollars à peine : on peut faire des films à ce prix-là ?!?
Le fantôme une présence qui nous renvoie à notre statut de spectateur : maintenant que j’ai lu cette formulation, elle m’apparaît comme une totale évidence.
Il voit se succéder les nouveaux locataires puis la maison disparaitre définitivement, le temps devenant un labyrinthe infini dans lequel il est condamné à errer. – Voilà qui donne l’image d’une perspective infinie, donnant à voir la dimension du temps d’une manière tangible, très impressionnant.
Merci Présence !
oui de toute façon le cinéma reste un art du temps qui est une matière comme une autre que le cinéaste manipule et sculpte à sa guise. Dans A GHOST STORY, cette dimension est particulièrement essentielle et ça prend tous son sens dans l’expérience que le film procure au spectateur.
Hello
Je me rappelle avoir trouvé le film très beau et contemplatif. Une telle expérience de cinéma qui m’a aussi fait penser à Malick et pas que ces 2 premiers films d’ailleurs. Les acteurs sont très bons.
Le film est en fait un anti Ghost (le film avec Patrick Swayze et Demi Moire) dont il partage une parti du titre et du putsch.
Je ne connaissais pas HERE (film raté qui n’a pas la puissance émotionnelle du roman graphique ; la forme oui mais pas le fond) à l’époque, donc je ne peux pas comparer. Il faut que je le revoie rien que pour cela.
Oui Fletcher l’adaptation de HERE est plus récente, il faut dire que si il y avait une bande dessinée dont on pouvait penser qu’elle était inadaptable au cinéma, c’était bien celle là. C’est un film intéressant mais qui a pas mal de défauts. Je comprends cela dit ce qui a pu intéresser Zemeckis dans ce projet outre le défi technique, c’est quand même le réalisateur de RETOUR VERS LE FUTUR et dans HERE aussi, le temps est un élément central.
C’était le roman graphique que je ne connaissais pas quand j’ai vu GHOST STORY, à sa sortie. Donc cela commence à dater.
La parenté dont du parle m’a donc totalement échappée. D’où mon envie de voir à nouveau le film de David Lowery, fort de la BD HERE que j’ai dévoré depuis (et … du film qui a en effet bien des défauts malgré une envie évidente de bien faire). Tes arguments et ton analyse font mouche chez moi, avec beaucoup de réminiscences dans mes souvenirs. bien joué.
Nous voilà dans de beaux draps !
Je note l’existence de ce film mais je pense qu’il est trop tristoune pour moi.
Dans le genre comique, j’ai regardé et aimé la saison 1 de la série GHOSTS : fantômes à la maison, où après avoir acheté une grande baraque pour en faire une maison d’hôtes, la proprio a un accident lui permettant de voir les fantômes et de leur parler.
« Nous voilà dans de beaux draps ! » Comment ai-je pu ne pas penser à cette plaisanterie pendant que j’écrivais mon article ??? heureusement que tu es là ! ça aurait fait un chouette titre !
Cela aurait détonné avec les considérations plus sérieuses de ton article.
Et puis, à la réflexion, dans le Bruce Lit, on est toujours dans de beaux draps, non ?
« Je l’ai rêvée si fort que les draps s’en souviennent » … Ouais, ça aurait aussi fait bizarre dans l’humeur générale de l’article.
Hé bé, grâce à l’affiche postée en tête de ton article, bien séduisante, je suis allé me le chercher sur le drap… La toile, veux-je dire !
… À ma grande surprise (car je ne suis que rarement ennuyé par les procédés narratifs « insistants »), j’ai accéléré le passage où l’actrice avale compulsivement la tarte ! Je comprends que les spectateurs habitués de festivals de cinéma, autrement plus blasés que moi, aient craqué et quitté la salle. Si je devais expliciter ma réaction, je dirais que ça tient autant au côté « longâgne » de la scène qu’à l’ambiance instaurée dès les premières images, et définitivement installée à partir de l’accident de voiture : très Art & Essais ou « film d’auteur ». Sur le moment, j’ai un peu douté de l’intérêt objectif du film, et n’ai continué que parce qu’il t’a inspiré un article : c’est très souvent une caution valable, sur ce site.
Aussi peut-être à cause de l’actrice elle-même (dans ce rôle-là) : Rooney Mara exprime si peu qu’on a du mal à ressentir la moindre empathie envers elle. C’est probablement voulu par le réalisateur mais, quitte à jouer le rôle avec cette froide retenue, j’aurais embauché sa soeur Kate, dont les traits du visage, moins épurés, possèdent de facto une expressivité pleine de sensibilité, beaucoup plus facile à appréhender, et donc à ressentir. En contrepartie, la joliesse tristounette du compagnon crée un sentiment de frustration une fois dissimulée sous le drap -mais ça aussi, c’est sans doute volontaire (et la réapparition du personnage vers la fin de l’histoire est une forme de récompense pour le spectateur patient. ^^
Les choix du réalisateur (de dépouillement, surtout) justifient l’oeuvre ; la plaçant d’office dans une catégorie non commerciale : un pur travail cinématographique destiné à partager une vision très personnelle d’un sujet donné, prétexte à de superbes images : la maison elle-même (moche vue du dehors mais plutôt accueillante et douillette dans ses intérieurs -les grandes ouvertures et ce plancher disparate, surtout.), le fantôme au milieu de la campagne rase, sous ce coucher de Soleil blafard, ou encore enfermé dans les cadres constitués par les plans filmés dans la maison (et toujours savamment placé « en dehors » de ceux où évolue sa compagne endeuillée…). L’avoir remarqué prouve à quel points les articles de Tornado m’ont éduqué !
Mais je reconnais l’hermétique plutôt rafraichissant du tout et comprends le peu d’intérêt que la démonstration peut susciter chez qui n’est pas concerné par ce genre d’exercice purement filmique. Mais ton article -lu après visionnage- incite à tenter l’expérience, ne serait-ce que pour l’intelligence de ton analyse des mécanismes à l’oeuvre derrière la construction du récit, et les nombreuses références cinématographiques que tu pointes, et qui offrent un aperçu plus riche du long-métrage que le survol de base qu’on peut en avoir, en tant que simple spectateur.
Alors merci pour ma culture 🤓 !
Je ne savais pas que Rooney était la soeur de Kate.
Y’a pas à dire, Bruno, tel le lac, tu connais Mara !
Mais peut-être que l’actrice n’est pas si inexpressive, simplement, elle n’extériorise pas. Mais à l’intérieur, Mara bout ! C’est juste qu’on atteint pas le point de rupture où Mara casse. Hum, mon filon s’épuise, je ne pourrai pas tenir un Mara-thon.
AU SECOURS !
Merci pour ton retour Bruno !
A titre personnel, le film (et j’espère que l’article le souligne bien) suscite une vraie réaction émotionnelle chez moi et ce, même si le film adopte par sa forme ou par son parti pris de direction d’acteur une forme de minimalisme ou de retenue qui pourrait lui conférer une certaine austérité de façade (comme la façade de la maison quoi !!).
» j’ai un peu douté de l’intérêt objectif du film, et n’ai continué que parce qu’il t’a inspiré un article : c’est très souvent une caution valable, sur ce site. » c’est très gentil ! 🙂
PS: décidément, JP est déchainé, c’est un festival, jamais je me serai attendu qu’un tel film soit prétexte à autant de blagues !!!
Je viens de le voir. Je me suis un peu ennuyé au début et au final, j’ai trouvé le film très émouvant. Il y a pas mal de jolies scènes et une chouette BO et je suis totalement d’accord pour la comparaison avec HERE, ça saute aux yeux.
Je me demande bien ce qu’ont pu écrire comme mot la femme (super séquence du départ) et la gamine colon, ce qui conclut très bien le film. Il y a une mélancolie qui tranche avec la trivialité de certains personnages (les gars qui font la fête et le discours nihiliste qui n’a aucun intérêt, l’immeuble de bureaux) et il me semble que c’est bien le propos sur cette perception du temps : profiter du présent avant tout.
Maintenant je vais lire ton article.
J’ai oublié de dire que je trouve le film formellement très chouette même si je ne comprends pas le choix du 4/3 (avec ses coins arrondis) : le cinéma muet tu dis, pourquoi pas.
100 000 dollars : on peut faire un film avec une somme aussi faible ? Ca me paraît impossible !
Un script de quelques dizaines de pages : pourquoi pas. Les dialogues n’y sont pas les grands enjeux.
J’ai beaucoup aimé ELEPHANT, beaucoup moins GERRY (déjà avec Casey Affleck si je ne m’abuse), mais pas vu LAST DAYS. Toujours pas vu un seul film de Malick par contre.
Je n’avais pas reconnu Will Oldham ! J’aime beaucoup ta conclusion car je crois que comme toi, j’ai été très ému.
La BO du jour : chouette, je ne connais pas, mais elle n’apparaît pas dans le film je crois.
Merci pour ton retour Jyrille ! ravi que le film t’ai plu !
le format 4/3 est vraiment le format des origines et il connait un retour en grâce dans le cinéma contemporain depuis maintenant quelques d’années, on a vu ça chez Robert Eggers, Andrea Arnold, Wes Anderson (qui joue avec un peu tous les formats), le dernier Charlie Kaufman aussi et même chez des français comme récemment dans le joli L’ENGLOUTIE de Louise Hémon. Cela dit, il y en a pour voir aussi une forme d’afféterie décorative dans ce parti pris esthétique, mais je dois avouer que ca reste un format que je trouve toujours très beau !
Les Gus Van Sant, ELEPHANT, LAST DAYS et PARANOID PARK (trois films que j’aime beaucoup) étaient dans ce format d’ailleurs…
Ce qui est rigolo c’est que quelques années plus tard, Lowery tournera un autre film que je trouve passionnant qui est THE GREEN KNIGHT et le film coutera une quinzaine de millions de dollars (un budget bien plus important que celui de A GHOST STORT mais quand même moindre que les films qu’il a tourné pour Disney) et cette fois ci le film parait bien plus luxueux que ce qu’on attendre d’un film avec un budget pareil…
Quand la BO, ca me paraissait une évidence (même si effectivement elle est pas du tout dans le film) et puis Angel Olsen est une chanteuse incroyable et cet album est vraiment magnifique.
Je vais écouter cet album de Angel Olsen. Pour le format 4/3, je n’en ai aucun souvenir pour ELEPHANT, mais ça m’avait un peu marqué sur le film MOMMY de Xavier Dolan, c’était même un autre format. Quant à Wes Anderson, je les ai presque tous vus, mais je ne vois pas à quel film tu fais référence en particulier (ou alors j’ai oublié car je pense qu’il ne reste jamais dans ce format dans le cas d’un métrage complet). Snyder l’a aussi utilisé pour son DC de JUSTICE LEAGUE apparemment (pas eu envie de le regarder).
Parmi les cinéastes contemporaines à utiliser le 4/3, on peut aussi citer Kelly Reichardt. First cow et La dernière piste (Meek’s cutiff) ont été tournés en 4/3. Peut-être d’autres aussi mais ce sont les deux qui me viennent spontanément à l’esprit.
Déclaration de Reichardt :
« Dans « First cow », je ne me suis permis aucune extravagance en termes de mouvements de caméra. J’ai choisi le cadrage en 4/3, pour montrer les montagnes, l’altitude plutôt que l’élargissement de l’espace. Dans ce film, tout est vertical, la forêt, ses petites huttes, et dans ma tête, je me dis que si je coupe les côtés de l’image, j’obtiendrai forcément plus de hauteur, mais ce n’est pas tout à fait vrai. En fait, c’est un cadrage très intime, une manière de suivre la frugalité, l’économie de ces personnages, et leur intimité. Dans mon film on est dans l’intime, et non dans le grandiose. »
Oui Kelly Reichardt aussi en effet, ce qui était cohérent avec ces 2 films qui étaient presque des anti-westerns et donc qui n’appelaient pas l’ampleur épique du Scope ou de la VistaVision, autre format ancien qui est remis au gout du jour ces temps çi avec THE BRUTALIST, UNE BATAILLE APRÈS L’AUTRE ou BUGONIA…
« J’ai oublié de dire que je trouve le film formellement très chouette même si je ne comprends pas le choix du 4/3 (avec ses coins arrondis) »
Je ne sais pas si David Lowery est allé dans une école de cinéma mais si c’est le cas, il est certain qu’il n’a pas manqué le cours sur le surcadrage. 🙂
Le choix formel de tout surcadrer est évident et dans ce cadre (hu hu), le choix du format 4/3 s’est à mon avis très normalement imposé. J’ai du mal à me représenter le film en scope tant le 4/ 3 me semble ici naturel.
Suite à un des commentaires de Ludovic, j’ai regardé THE GREEN KNIGHT, aussi réalisé par David Lowery et disponible sur un de mes abonnements de streaming.
La photographie est soignée mais très sombre. Un propos pas inintéressant mais présenté de façon un peu cryptique, des personnages fades et une fin ambiguë. J’ai été déçu mais aussi intrigué, allant chercher des clés de lecture et des explications sur le net suite au visionnage.
Pour ma femme, le verdict était plus tranché : c’est un film où il ne se passe rien et elle a perdu deux heures de sa vie… Après ça, c’est mal barré pour lui vendre A GHOST STORY.
Ah oui, surtout que dans A GHOST STORY il se passe encore moins de choses que THE GREEN KNIGHT ! 🙂
ceci dit, ravi d’avoir excité ta curiosité !
Bel article, Ludovic.
Je ne suis pas très fan du film. Même si j’aime certaines idées et certaines scènes (le départ de Rooney Mara, la lumière changeante sur son visage dans la voiture, les scènes dans le building, le dernier plan). J’aime beaucoup The green knight par contre.
Merci, Zen ! Moi aussi j’aime beaucoup THE GREEN KNIGHT et d’ailleurs je regrette encore de ne pas avoir pu le découvrir sur grand écran, le film ayant échoué chez nous directement sur plate-forme en pleine période post-Covid et c’est bien dommage !
Salut Ludovic
Comme je te l’ai rapidement dit hier “en présentiel” :)) , ce film est un vrai film d’horreur !!! Si David Lowery a raison, je veux devenir immortel mais en chair et en sang !!!
(Rien à voir avec le scénario de A ghost story : le livre Ces jours qui disparaissent est aussi pour moi une véritable bande dessinée d’horreur avec les occasions manquées et la mort, si je pouvais oublier cette histoire…).
J’ai vu Les amants du Texas, il m’avait beaucoup plu et la filiation avec Malik m’avait sauté aux yeux.
Sur le site Méjanes Numérique, il y a deux films référencés avec David Lowery : Queer (2024) et Listen Up, Philip (2013) ; est-ce qu’il s’agit du même Lowery ?
Merci pour ton article fantomatique & cauchemardesque.
« Sur le site Méjanes Numérique, il y a deux films référencés avec David Lowery : Queer (2024) et Listen Up, Philip (2013) ; est-ce qu’il s’agit du même Lowery ? »
Oui, c’est le même.
Mais sur Queer, il est acteur et sur Philip, il fait partie des producteurs.
Merci pour ta réponse Zen Arcade ; je vais les regarder.