Les démons de l’ennui (Bullshit Detector : Les Maîtres de l’univers 2ème partie)

Les maîtres de l’univers par Kevin Smith

Un article de BRUCE LIT

Lorsque le visuel promet plus que le contenu de la série.
 ©Netflix

Cet article portera sur les épisodes 6 à 10 de la série LES MAÎTRES DE L’UNIVERS (MOTU) diffuséé sur Netflix, écrite et réalisée par Kevin Smith.
La première saison avait déchaîné les passions autour d’arguments plus ou moins hystériques et nous avait plutôt séduit.
Hélas, cette deuxième partie est loin d’en être à la hauteur et pour être dur mais juste, je n’ai pas d’autre choix que de défourrer mon Bullshit Detector comme Musclor son épée.


Les spoilers s’éparpilleront comme par magie tout au long de cet article.

Résumons : tout au long de la première saison, Kevin Smith tuait Musclor et montait une expédition dirigée par Teela pour sauver Eternia. La parole était laissée à des outsiders avec une volonté audacieuse de dépoussiérer et d’étoffer la mythologie sudoripare des MOTU.

Le récit prenait des allures d’une aventure exotique et initiatique où l’esprit prédominait sur la lettre. Des personnages comme Teela ou Demonia y gagnait en épaisseur quand Orko obtenait ses galons de héros. Tout ceci se terminait avec le retour du grand héros et du grand vilain en apothéose. La salle était chauffée, le public avait dansé, il ne restait qu’à interpréter les tubes sans trop se faire de la peur….

A partir de là, Smith continue dès le premier épisode de ne pas donner au spectateur ce qu’il est venu chercher : une grosse baston entre un catcheur contre un tas d’os. Il blesse de nouveau grièvement ce pauvre Adam avant de le transformer en Hulk le temps d’un épisode surprenant avant que… ben plus rien. Adam passera le reste de la série à servir de serpillère aux vilains qui l’envoient visiter tous les recoins du Château des ombres : les murs, les pavés et égouts n’ont plus de secrets pour notre héros qui les défonce plus souvent qu’un Seiya un soir d’éclipse…

C’est clair ; si la saison 1 pouvait laisser à Kevin Smith le bénéfice du doute de déconstruire Musclor pour le faire revenir sous les vivats, il devient évident qu’il n’en a rien à foutre et l’on donnerait cher pour voir la tronche des exécutifs de Mattel pour voir leur icône réduit à l’état de Punching Ball ambulant. Poignardé, tué, ressuscité, blessé, bestialisé puis humilié Musclor ne se relève que pour le dernier épisode soit après 5 heures de maraves…
A ce stade, même Krillin dans DRAGON BALL Z en impose plus.

Sans jamais le cacher, Smith a fait de cette nouvelle mouture des MOTU une ode à Teela qui ici se transforme en sorte de Leila Skywalker qui maîtriserait enfin la force. Sur le fond, on l’avait assez répété dans le 1er article rien de mal à féminiser cet univers stéroïdé et clichesque. Pourquoi ne pas accepter que cette femme adopte un look viril voire lesbien dans un monde où les hommes sont si décevants ?
Fidèle à lui-même et à tous ses écrits comics, Smith ergote beaucoup sur les violences faîtes aux femmes en inventant une enfance dramatique à Demonia.

Savage sword of He-Man
 ©Netflix

Pourtant, même avec les meilleures intentions du monde, Smith fait très vite du surplace à force de pratique le Oui mais non... Ce qui pouvait apparaître comme une volonté de surprendre trahit progressivement un manque d’envie ou d’imagination.

Skeletor avec un look grotesque puis Demonia détiennent tour à tour La Force Toute Puissante. Les voilà capables de régir un univers tout entier et aucun des deux ne semblent savoir quoi faire de ce pouvoir. En miroir inversé de Kevin Smith en fait qui multiplie les entorses pour éviter de penser à ses jambes cassées.

Demonia a beau tourner Dark Phoenix qui, pour se venger du Patriarcat, décide de tout annihiler, elle ne passe finalement que 2 épisodes à rassembler du Ki comme Goku avant que finalement Teela devenue sorcière suprême ne vienne lui remonter le moral : ben non meuf, la vie est pas si naze
Entre-temps la crise de nerfs de Demonia fait des milliers de victimes dont tout le monde se branle puisque on finit par lui pardonner : ce n’était qu’une victime d’un système pervers.

Wonder Teela Vs Dark Demonia
 ©Netflix

La fable féministe de Smith fait pshitt. C’est Teela qui sauve la journée sans aucune conséquence. On nous explique pendant 4 épisodes que la somme des pouvoirs qu’elle glane aura pour effet de la confiner dans le château au vu de l’impossibilité de vivre une vie ordinaire en tant que Déésse.
On a pourtant mal au progressisme de Kevin Smith qui montre avec une bonne dose du libéral Quand on veut, on peut que les anciennes sorcières étaient quand même de sacrées cruches qui manquaient de volonté.

Alors que le changement de look de Teela avait fait jaser et émerger les pires relents homophobes, Smith décide de lui rendre sa féminité lors de sa conversion en Déesse : elle perd ses muscles et regagne sa fameuse chevelure pour suggérer lors de la dernière séquence qu’elle sauterait (hum) bien le pas avec Musclor.
Pendant ce temps-là, Demonia multiplie les vannes sur la quéquette molle de Skeletor dans des séquences à peine moins nulles que les répliques de Mr Freeze dans BATMAN ET ROBIN.

Le Maître du look pourrave !
 ©Netflix


Oui mais non Skelettor est un gros con, Teela est une femme moderne qui se libère ses attaches mais qui en fait préfère s’embourgeoiser avec ses amis dans son palais de princesse, Demonia est méchante mais pas tant que ça mais en fait si !
Le spectateur avisé finit par comprendre qu’en terme de bastons épiques, Kevin Smith ne s’intéresse qu’à leurs prologues et à leurs conclusions en oubliant que dans un restaurant le menu ne comporte pas que l’entrée et le dessert.

Il décide d’évacuer tout le casting impressionnant de l’univers des MOTU pour introniser des personnages qu’il ne développe pas. Cette pauvre Andra n’aura donc jamais de consistance et ne sera nommée Maitresse d’armes que parce qu’elle a tiré 3 coups de blasters…
Le public qui aurait apprécié de voir Maskor, Stratos se déchainer dans des actions héroïques en sera pour ses frais comme Triclops, Dentos ou Oceanor dont la présence se résume à 5 minutes sur 5 épisodes. C’est finalement le même travers que le film live désastreux des années 80 qui mettait en scène les Maitres de l’univers sans ses personnages phares. Ici c’est à peine mieux : sur la quarantaine de personnages emblématiques de cette mythologie, à peine 10 apparaissent avec un rôle à jouer dans l’intrigue globale.

Une déception et un échec amer pour une histoire que Kevin Smith ne parvient plus à développer, plombée par une mise en scène à la ramasse avec des bruitages en dessous de tout (votre sonnerie de portable doit probablement être plus agressive que le bruit des blasters pendant les batailles) un score sans consistance et des scènes de batailles qui auraient bien besoin d’un peu de sang, de drama et…de testostérone.

Pas la peine de vous poser les mecs, on n’en a rien à foutre de vos tronches !
 ©Netflix

La BO du jour

22 comments

  • JP Nguyen  

    Ah… J’ai regardé cette seconde partie de saison et j’ai trouvé que ça continuait de fonctionner, sans être époustouflant. L’animation est bonne, Musclor fait certes tapisserie mais Adam a quelques bonnes scènes. Certains retournements sont prévisibles mais j’ai d’autres standards dans la famille des scénarios mal fichus (le remake du Choc des Titans ou le nanar Skeleton Man).
    Pour ma part, j’y collerais 3 ou 3.5.

    • Bruce lit  

      Je me suis aussi basé sur l’indice de plaisir de mes deux enfants pourtant très bon public qui se sont exclamés à plusieurs reprises : « Papa, c’est nul, il se passe rien » .
      Ce Bullshit est un peu le leur.

  • Jyrille  

    Je ne compte toujours pas regarder ça, merci donc pour les infos. Excellent titre en tout cas, avec quelques fulgurances dans ton texte. Merci pour la culture, Bruce.

    • Bruce lit  

      Ouf.
      Le titre jusque hier soir était encore : « Oui…mais non » avant d’entendre la chanson d’Image à la radio.

  • Eddy Vanleffe  

    tiens ça existe encore ce machin?
    mais on est passé déjà à d’autres polémiques mon vieux Smith,
    Le superman gay, les hobbits noirs …tu est un petit joueur…

    j’ai toujours pas vu la première partie, je ne trouve pas ce projet enthousiasmant…
    Hier on a parlé de Nostalgie …là on est dans un exemple qui pour moi est totalement raté… et bizarre aussi,
    on fait une série qu’on promotionne lourdement comme un retour en force et une suite de la première série, on drague le fan à fond, le caresse dans le sens du poil…. et une fois qu’il s’installe, on lui dit :
    « au fait, on a décidé de changer le délire! »
    Forcément ça râle!
    et après on envoie chier le fan qu’on avait dragué en le traitant d’intolérant…
    c’est ça le coté malsain de la nostalgie
    pour moi soit on assume une sorte de parenthèse ou on avance mais mais on fait pas les deux tout en divisant le public…
    du coup je suis resté perso en dehors sans trop y prêter attention.
    Perso, si je veux regarder les Maîtres de L’univers avec un certain nombre de marqueurs…
    un peu comme la BD Goldorak de l’année dernière.
    devant un spin-off qui ne s’avoue pas, ben je reste extérieur.
    Pourtant c’est louable de développer l’univers mais à ce moment là ils auraient du assumer vachement plus avec un truc du genre  » qui défend le château des ombres quand Adam Meurt.? »
    ça pouvait être intéressant comme question et ça prenait personne en traître, tout le monde aurait apprécié les développements des perso secondaires….

    • Bruce lit  

      Totalement raté. Non. Inabouti, ça oui.
      Sur les polémiques désormais, j’ai décidé de ne choisir aucun camp ce qui correspond finalement assez bien à ma nature pacifiste. Ou je m’en foutiste.

      • Eddy Vanleffe  

        pareil!
        De toute façon ces machins là n’existent que pour faire du click et du buzz et sont prémédités et calculés bien à l’avance à mon avis.

        • Bruce lit  

          Je ne sais pas.
          La pop culture est à la fois témoin et actrice des crispations politiques de notre époque. C’est légitime et en même temps tellement dérisoire au vu d’une troisième guerre mondiale la nouvelle coupe de cheveux de Teela…

          • Eddy Vanleffe  

            quelle guerre? moi j’essaie de me procurer l’eau du bain d’une influenceuse, je n’ai pas que ça à faire que de regarder le journal…

  • Présence  

    Smith continue dès le premier épisode de ne pas donner au spectateur ce qu’il est venu chercher : pas toujours facile d’accepter un tel parti pris de la part d’un auteur, mais ça promet au moins d’être original.

    Une déception et un échec amer pour une histoire que Kevin Smith ne parvient plus à développer : ah, ben le résultat n’est pas à la hauteur de l’originalité potentielle.

    • Fletcher Arrowsmith  

      De l’anti fan service entre quelque sorte. Pourquoi pas, cela peut être un bon axe si c’est maitrisé ; assez friand de ce genre de procédé, comme dans MATRIX 4 par exemple.

      • Jyrille  

        Sur ce sujet, nous divergeons : pour moi Matrix 4 c’est toujours du fan service.

        • Bruce lit  

          Alors pour moi ces MOTU ce n’est pas du fan service mais le même sentiment que ce qui s’est passé pour le DD de Zdarski ou les Xmen d’Hickman. C’est ce que j’appelle Le détournement de licence : prendre une licence connue pour la dénaturer, vider les personnages de leur substance tout en s’installant dans le nid.

  • Fletcher Arrowsmith  

    Bonjour Bruce,

    je garde finalement mes souvenirs des MAITRES DE L’UNIVERS bien égoïstement pour moi. Je n’ai pas regardé ce revival made in Kevin Smith, soupçonnant d’ailleurs à peine son existence.

    Donc je vais gentiment continuer à regarder ailleurs.

    J’adore ton titre.

    Black Sabbath : c’est trop pour mon petit coeur de midinette. J’ai quand même tenu 2’23 ».

  • Kaori  

    Et dire que ton premier article m’avait presque convaincue de m’y mettre ! Bon ben j’ai bien fait d’attendre le deuxième…

    Merci pour ce temps gagné !

    • Bruce lit  

      C’est moi qui te remercie Kao.
      En finalisant ma vision d’ARCANE, je me suis quand même rendu compte de la petitesse de l’animation, des propos et de la portée de ces MOTU. La comparaison n’est même pas possible.

    • Bruce lit  

      Rhaa…Quelle horreur. Pourtant le morceau commence bien, guitares Aliciennes et tout. Et puis après ces choeurs que je ne supporte pas.
      Si tu regardes bien, l’extrait de Black Sabbath est tiré de leur album SABOTAGE (mon préféré d’ailleurs)

      • Jyrille  

        Yep, j’ai vu… pour l’instant rien d’original mon préféré reste Paranoid.

        • Présence  

          Dans la période Ozzy Osbourne, mon préféré est Sabbath Bloody Sabbath (1973).

  • JB  

    Kevin Smith se serait-il lassé du projet après les réactions des « fans » à la première saison ?

    • Bruce lit  

      Je ne crois pas.
      Toute la série a été tournée en même temps, c’est Netflix qui l’a charcutée façon Panini.

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