Petit chat… J’ai besoin de trouver la sortie de ce labyrinthe… (Tremblez enfance Z46)

Un article de PRESENCE

Suivez cette momie ! Une histoire d’amour, un récit d’anticipation dystopique, une narration visuelle hors norme, une humanité dévalorisée. Un monde en décalage géométrique pour mieux mettre en lumière la réalité

VF : Éditions Tanibis

Hep ! Taxi ! © Éditions Tanibis   

Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2012. Il a été réalisé par emg pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il comprend quatre-vingt-douze pages de bande dessinée, ou plutôt deux fois quarante-six pages.

La nuit, Hicham, un homme invisible dont la silhouette se devine grâce à une bandelette blanche enroulée autour de son corps est en train de dormir dans son lit, rêvant à un rondin de bois en train d’être coupé par une scie. Il rêve qu’il est en train de scier un rondin dans une grande plaine vallonée en montagne sur une table rudimentaire : un plateau de planches posés sur trois bûches. À quelques dizaines de mètres de là, une femme l’appelle par son prénom. Cette vision le tire de son sommeil et il se redresse sur son séant avec un nom sur les lèvres : Wassila ? Il se lève et va faire ses ablutions dans la salle de bains, un petit robot jaune humanoïde avec une tête conique lui tendant une serviette. Puis il passe dans la cuisine et téléphone à la femme de son rêve. Il lui dit que c’est étrange, que c’étaient les pentes du Djebel Rhaggar. Il commence une autre phrase : il espère… Mais la communication a coupé. Il se rend au travail où il est posté sur une chaîne, manipulant des cartons contenant des objets sphériques. Il fait un faux mouvement et trois objets tombent au sol.

Deux robots papotent en le surveillant, et l’un des deux le hèle : Hé, la momie, du nerf. À la pause, Hisham rappelle Wassila. Il l’informe qu’il prend le train de 14h55. Il vient de téléphoner à l’AIKA. C’est maintenant ou jamais. Le passage dont on lui a parlé est proche de Bab-Sbaa, la porte des Lions. Il la rappellera vers 17 heures. Elle lui répond de l’appeler à l’hôtel Arcadia, elle va lui donner le numéro. Derrière lui, un autre robot lui rappelle que les pauses téléphone n’excède pas 5 minutes ! Le règlement ne s’applique pas qu’aux chiens.

Scions, scions du bois pour la mère Nicolas. © Éditions Tanibis  

À la fin de sa journée, Hicham court à l’extérieur et il hèle un taxi volant. Une fois assis il demande au robot conducteur si la gare n’est pas dans l’autre sens. Le robot lui répond de ne pas s’inquiéter, il a pris un détour raccourcissant. Arrivé à la gare, il se renseigne auprès d’un autre robot pour savoir si le train pour Villefrontière se trouve bien… La réponse sèche : Indiqué sur le panneau d’affichage, attention au coup de sifflet. L’homme monte à bord du train, qui part en même temps que plusieurs autres. Dans les haut-parleurs, une voix commente : Et c’est parti ! Trèèès bon départ de Général de Pommeau au quai n°2 – suivi par Speedy Crown au n°1 – et Rajah Quadrivalse qui s’arrache du paddock comme un coup de tonnerre ! Et déjà le premier obstacle, Darcy-en-Fenouil, franchi sans encombre par les trois attelages de tête… Ouille ! une chute sévère pour Silver Pistol voie n°5… Mélodie Antarctique qui s’échappe à la corde… Voilà le virage des Vents Couverts… Premiers décrochages quais n°7 et 8… Mais le train d’Hicham marque un arrêt à la gare : problème technique ! Un robot annonce : On fait demi-tour ! Le conducteur a été éjecté de son siège !

Quel étrange ouvrage, très déroutant. Déjà le titre : Tremblez enfance Z46… Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire. ? Puis les graphismes : mis à part Hicham, chaque élément est représenté par un assemblage de formes géométriques : traits bien droits, cercles et ellipses, avec une netteté très aseptisée, stérile et sèche. Le lecteur se dit qu’il apparaît une vague irrégularité dans le vallonnement de l’alpage, puis il regarde les espèces de cubes flottant en arrière-plan avec une forme irrégulière sur le devant, se rendant compte que cela doit figurer des moutons. Retour à l’appartement d’Hicham : tout est toujours aussi géométrique et conceptuel. La mise en couleurs est faite sur la base d’aplats bien propres, sans déclinaison en nuances, sans ombres. L’ambiance lumineuse dégage une artificialité intense. Le petit robot porteur de serviette dans la salle de bains suit le personnage dans la cuisine et semble l’observer immobile alors qu’Hicham téléphone, comme un animal de compagnie. L’incongruité de la scène de travail saute aux yeux du lecteur : un être humain invisible dont la présence est marquée par des bandelettes horizontales autour de son corps, non jointives, surveillé par deux robots qui papotent. Que dire des autres bizarreries : des phylactères en trois dimensions, un clocher miniature qui semble flotter dans l’air au-dessus de la voiture volante, une onomatopée BANG en trois dimensions pour donner le départ des trains, Tintin & Milou sur le quai de la gare, etc.

Ce ne sont jamais que de simples escalators. © Éditions Tanibis  

Pour autant, la trame de l’intrigue apparaît clairement : Hicham a décidé de rejoindre Wassila, peut-être sa bien-aimée, peut-être un être très cher de sa famille, et pour cela il doit atteindre le point de passage, ce qui donne lieu à quelques péripéties comme prendre le métreau (une variante du métro où l’on se déplace avec les poissons sous l’eau), se faire faire un formulaire PP451 (purification Polaroïd), s’en remettre aux mains des passeurs pour atteindre le point de franchissement. Et… Et le récit abandonne Hicham pour passer à Wassila. Dans un premier temps le lecteur se trouve décontenancé, comme si la trame narrative présentait des bizarreries, des solutions de continuité dans l’enchaînement des causes à effets, voire une inversion temporelle. S’il n’y a pas encore prêté attention, son œil finit par être attiré par la numérotation en bas de page, pas si facilement déchiffrable. Il finit par remarquer qu’elle se déroule à rebours. Il revient en arrière, au début : la première planche porte bien le numéro Un, puis la deuxième Deux, et ainsi de suite… Jusqu’à ce qu’il arrive à la planche quarante-six, et celle en vis-à-vis est également numérotée quarante-six. Soit il termine la lecture de cette deuxième partie numérotée à rebours, soit il teste de lire la bande dessinée à partir de la dernière page (numérotée Un), jusqu’à celle numérotée quarante-six, située en milieu d’ouvrage. Il comprend alors le dispositif narratif : dans le sens de lecture occidental (de gauche à droite) il découvre la journée d’Hicham dans l’ordre chronologique, dans le sens inverse (de droite à gauche depuis la quatrième de couverture) il découvre la journée de Wassila dans l’ordre chronologique. Il en déduit que c’est la bonne méthode de lecture, jusqu’à ce que les deux personnages se retrouvent de part et d’autre de la porte du passage, en page quarante-six dans un sens, et quarante-six de l’autre.

Au départ, l’immersion dans la lecture peut nécessiter un temps d’adaptation plus ou moins important, que ce soit pour le choix esthétique très fort, ou pour les choix de représentation. D’un autre côté, la lecture se révèle facile : une case par page, quarante-six pages muettes (sauf une ou deux onomatopées), c’est-à-dire la moitié de la pagination, un fil conducteur clair, c’est-à-dire le chemin à parcourir pour les retrouvailles. Sous réserve que les formes géométriques et les couleurs ne provoquent pas un rejet esthétique, le lecteur tombe vite sous le charme de la bizarrerie poétique : un individu inexistant sauf par les bandelettes, une course de train avec un commentateur enjoué, la superbe trouvaille du métreau (Hicham s’enfonce dans le flux d’une rivière, se retrouve sur un quai, voyage avec un requin, la prise de photographie qui tue, des motifs récurrents de damiers aux couleurs criardes, des motifs de briques parfois flottantes, les onomatopées en 3D, un taxi avec des petits taxis autour de lui, la cheminée d’un bateau qui émet de petits nuages de fumée dont chacun est composé des sigles CO2, etc. C’est un monde à la fois artificiel, fabriqué de toute pièce, comme construit avec un logiciel infographique des années 1980, et à la fois une interprétation décalée de la réalité entre anticipation (voitures volantes), rétrofuturisme (il n’y a pas de téléphone portable) et fantastique (Hicham respire sous l’eau).

Au milieu des marchandises empilées dans un monde mercantile © Éditions Tanibis

C’est aussi une lecture très étrange car le lecteur s’investit de manière conséquente dans la première partie, à la fois pour s’adapter aux graphismes et à la narration, et lit la deuxième partie de manière plus rapide car elle comprend moins d’informations, et certaines sont redondantes par rapport à la première. Finalement, il s’agit d’un individu qui souhaite retrouver une personne aimée. Le lecteur ne sait rien des circonstances qui les ont séparées. C’est aussi une fable sur l’immigration, avec Hicham réduit à l’état de quantité négligeable, de sous-citoyen par des encadrants robots, Wassila ne bénéficiant pas de plus considération. C’est avant tout une véritable aventure de lecture. À chaque élément visuel, le lecteur s’interroge sur son sens, sur sa contrepartie dans le monde réel, sur ce que dit la manière dont il a été déformé, réinterprété par l’auteur, sur ce que ces déformations induisent comme modification dans le rapport entre l’individu et cet élément de son environnement, faisant ainsi apparaître des liens cachés, une nouvelle façon de les considérer.

L’aventure visuelle s’avère beaucoup plus riche que ces décalages induit par la représentation réimaginée. L’artiste met à profit la connaissance du langage BD et de ses conventions par le lecteur : à commencer par cette scie coupant du bois pour figurer le son du ronflement, ou aussi le principe d’onomatopée et de phylactère, et encore le principe d’évocation de la silhouette humaine, reconnaissable et identifiable, même sous la forme de bandelettes, ou d’une construction de petits traits secs pour les passeurs. L’invention visuelle prend différentes formes : l’avancée réciproque des trains sous forme de course hippique, le principe de métro dans le flux d’une rivière, et les similitudes purement visuelles (le rondin et la scie pour le ronflement ou le sommeil, similaire au rondin scié par Hicham). Ces jeux visuels amènent le lecteur à s’interroger sur ce qui est signifiant dans ce qui est représenté, ce qui importe à l’intrigue, par opposition à ce qui ne sert que d’éléments de décors sans incidence sur le récit… mais pas sans incidence sur son ressenti. Il remarque que l’auteur joue également avec le rapport entre signifiant et signifié : par exemple un panneau de signalisation routière incompréhensible (un cercle au milieu d’un panneau triangulaire d’avertissement). Il relève aussi de subtiles correspondances entre l’histoire d’Hicham et celle de Wassila, au-delà des deux facettes de la même histoire, comme ce requin observé par un passager du bateau sur lequel se trouve Wassila, qui renvoie au requin qui se trouve derrière Hicham dans le métreau.

Quelle étrange lecture : une forme de dessins géométriques, une retranscription de la réalité décalée entre l’anticipation et le surréalisme, avec une touche de fantastique et d’onirisme. L’histoire d’un homme qui veut rejoindre son être aimé, puis d’une femme cheminant elle aussi vers cet homme. Un monde similaire à la réalité avec des environnements et des individus réinterprétés, entre immigration et déconsidération par des robots, interrogations sur ce qui fait signal et ce qui constitue du bruit, entre le signifiant et le signifié. Singulier.

Comme un léger vertige passager © Éditions Tanibis    


BO :

32 comments

  • JB  

    « Les êtres ont cédé,
    Perdu la bagarre.
    Les choses ont gagné.
    C’est leur territoire »
    Intéressant concept : la personne invisibilisée, entièrement dépendante et sous les ordres de l’ordre en place. Je suis curieux du résultat graphique. Merci pour la découverte !

    • Présence  

      C’est en rédigeant ce commentaire que je me suis rendu compte de l’absence visuelle des êtres humains : ils n’apparaissent que par l’entremise des bandelettes, ce sont des créatures invisibles. Très déstabilisant.

    • Bruce Lit  

      Citer du Goldman sur une bd expérimentale… Ce gars est fada…

      • Présence  

        Ha, merci pour la référence, je ne la connaissais pas, et j’avais eu la flemme de chercher.

  • Présence  

    Pour les curieux, il est possible de lire cette BD en ligne gratuitement et légalement sur le site de l’éditeur :

    tanibis.net/livres/tremblez-enfance-z46/ebook/

    • JB  

      Merci encore ! À la lecture, je lui ai trouvé un goût de Yellow Submarine, renforcé par l’arrivée de « Blue meanies » à la fin de l’histoire d’Hicham.

      • Présence  

        Non seulement le parti pris des formes géométriques est très marqué, mais en plus la palette de la colorisation est fortement connotée, renvoyant au Pop art.

    • Jyrille  

      Merci pour le lien ! Dans la première planche / case, je jurerais voir une des statues du diptyque de Tintin chez les Incas. Et plus loin, lorsqu’il se cache en sortant du camion, il y a une affiche de « Brothers in arms », l’album de Dire Straits…

      • Présence  

        Mince ! J’étais passé à côté de ces clins d’œil, trop focalisé sur la forme comme à mon habitude.

  • Bruno. ;)  

    Hou dis donc ! C’est bien barré, graphiquement, c’est vrai.
    Les scans postés m’ont immédiatement fait penser aux illustrations de Pierre Clément, dans les Métal Hurlant des 80’s, mais en franchement moins esthétique : ici, l’abstrait de la transcription est infiniment moins synthétique, on est très loin d’une représentation, même altérée, du réel. Bon, Pierre Clément ne racontait pas une histoire : juste une scène, mais souvent très intrigante dans ses potentialités « dramatico-comiques », en une seule planche.
    Je viens de parcourir la BD, grâce au lien que tu as posté (merci bien !) et, un peu malgré moi, car la première impression poétique m’a immédiatement plu, j’avoue n’en avoir pas retiré grand chose ou même y avoir pris plaisir.
    Au delà du parti-pris anti-figuratif (démarche que je trouve très intellectuelle, pour le coup, étant donnée la négation systématique de l’esthétique -à mes yeux, s’entend- qui prévaut sur chaque planche, au profit acharné de la nouveauté dans la mise en forme de l’image), et malgré l’originalité -encore !- de cette mise en page en miroir, je me sens incapable d’apprécier à sa juste mesure cette vision décalée, pourtant courageuse dans son absolu anti-conformiste (et probablement anti-commercial…) d’une réalité qui, si j’ai bien tout compris, n’a pas l’air d’être franchement très rigolote : le sort de ces citoyens écrasés par la violence (administrative et/ou politique) est loin d’être mon sujet de prédilection, en BD ou ailleurs.
    Mais je salue la singularité de l’oeuvre qui, ne serait-ce qu’à cause de cette qualité-là, mérite qu’on s’y arrête, ne serait-ce que pour en apprécier l’originalité intrinsèque ; argument qui suffit quasiment à en justifier l’existence.
    … Et bien sûr, je salue ta perception, décidément omnidirectionnelle, qui te permet d’apprécier ce genre d’Ovni visuel, pour ensuite nous en partager tout le suc !
    Présence, il a des yeux de mouche 😄ARF !!!

    • Présence  

      C’est bien barré, graphiquement, c’est vrai. – Je dois cette expérience de lecture à Bruce qui m’a prêté cet album en me disant : Tiens, c’est pour toi ! 🙂

      Je ne connaissais pas les créations de Pierre Clément. Je suis allé demander des images à Google : la filiation est évidente. Merci pour la référence.

      Parti-pris anti-figuratif : en lisant cette qualification, je me suis dit que c’est exactement le contraire (les dessins appartiennent au registre figuratif), et après quelques instants de réflexion, je me suis dit que ton qualificatif est tout aussi vrai dans le sens où il s’agit d’assemblage de formes géométriques non figuratives.

      Probablement anti-commercial : ce n’est rien de le dire ! 😀

      Et en même temps, EMG a réalisé d’autres bandes dessinées :

      bdtheque.com/recherche/series/auteurs=EMG

      Dont Aciae z69 (également prêté par Bruce, dealer agréé)

      les-bd-de-presence.blogspot.com/2025/10/aciae-z79_01146777944.html

  • Ludovic  

    Ca titille la curiosité ! J’irai jeter un coup d’oeil !

    « Il en déduit que c’est la bonne méthode de lecture, jusqu’à ce que les deux personnages se retrouvent de part et d’autre de la porte du passage, en page quarante-six dans un sens, et quarante-six de l’autre. »
    Du coup ça joue sur un effet « palindrome » ? Raconté comme ça, ça me rappelle le 1er chapitre de TRILLIUM de Jeff Lemire ou les deux personnages se rencontrent en milieu d’épisode, la première moitié étant racontée d’une point de vue d’un des personnages puis arrivé à la moitié, il faut aller à la fin du chapitre puis remonter dans l’autre sens pour arriver au centre et assister à la rencontre vue du point de vue de l’autre personnage.

    Visiblement, c’est sa première bande dessinée publiée, tu as pu lire les suivantes ?

    • Présence  

      Un effet palindrome et un effet de symétrie, comme Trillium, et aussi comme Nogegon (un palindrome) de Luc & François Schuiten :

      bdtheque.com/series/1135/les-terres-creuses-nogegon

      Oui, Bruce m’a également prêté Aciae z69

      Commentaire version longue

      les-bd-de-presence.blogspot.com/2025/10/aciae-z79_01146777944.html

      Version brève

      Un nouvel ouvrage de l’auteur, une nouvelle expérience de lecture hors du commun. Il recompose son récit dans un savant désordre chronologique se traduisant par un mélange des pages pour une numérotation non linéaire. Une fois passé le moment d’adaptation nécessaire à l’apparence des dessins réalisés à partir d’assemblage de formes géométriques simples, le lecteur se laisse porter par les dessins et les dialogues, estimant qu’il finira bien par s’y retrouver. En effet, il capte sans trop d’effort la dynamique et l’enjeu de l’intrigue, et comprend aisément sa résolution. Il vit également de vivre une expérience de lecture entre déconstruction et mise en lumière de l’arbitraire, rupture de la causalité linéaire, et mise à nu de la causalité à plus ou moins long terme. Expérience unique.

    • Bruce Lit  

      C’est tout à fait pour toi.

  • Fletcher Arrowsmith  

    Hello Présence.

    il se redresse sur son séant avec un nom sur les lèvres : Wassila ? Il se lève et va faire ses ablutions dans la salle de bain d’entrée de jeu je suis estomaqué par le niveau de vocabulaire. Un article qui commence de la meilleure des manières.

    Je sui allé lire la bd via le lien (merci) donné. C’est fascinant. Je n’ai pas été surpris de voir Tintin en easter egg car le trait me semble grandement inspiré de l’œuvre de Hergé. Un judicieux mariage entre la ligne claire (c’est évident) et la conception par ordinateur de la fin des années 80 début des années 90 que l’on pouvait voir dans certains jeux vidéos.

    Une œuvre fascinante. Et en plus revenir lire ton article une seconde fois après avoir lu la bd, permet de s’immerger encore plus. Clairement une analyse passionnante.

    Je rejoins Ludovic sur TRILLIUM , où Jeff Lemire s’est amusé sur les 8 numéros.

    Je recommande de lire la bd avec en fond sonore la BO choisie. Cela fonctionne parfaitement.

    • Présence  

      C’est fascinant : entièrement d’accord avec toi, cet exercice de style (dessiner à partir de formes géométriques) remet en question les partis pris de représentation, d’expressivité et d’émotion.

      Je n’ai pas été surpris de voir Tintin en easter egg car le trait me semble grandement inspiré de l’œuvre de Hergé : c’en est presque paradoxal qu’une des dessins aussi froids (comme le fait observer Tornado) puissent être rapprochés de Hergé par la qualité de leur lisibilité.

      La conception par ordinateur des années 80 ou 90 : à une ou deux pages, mon esprit s’est également remémoré la vidéo de Money for nothing.

      youtube.com/watch?v=wTP2RUD_cL0

  • Tornado  

    Je suis presque désolé (vu le boulot et l’enthousiasme du rédacteur) de n’avoir plus aucune appétence pour ce médium de la BD lorsqu’il est aussi éloigné de mes horizons. Ici je ne vois que froideur, un sujet naturaliste qui me donne des envies de suicide et j’ai l’impression que tout a été mis en image par une IA…
    C’est au-dessus de mes forces. Et même la BO je suis obligé de botter en touche vu que je n’aime pas la période Fish de Marillion…
    Promis je reviendrai une autre fois avec plus de connivences avec le sujet.

    • Présence  

      Fichtre ! Des envies de suicide… !

      Je suis joueur : le gamin en moi est ravi de découvrir une forme différente, une invitation ludique à voir les choses autrement.

      Marillion : il y a encore vingt ans, je n’étais capable que d’écouter et de prendre du plaisir à la période Fish du groupe. Et puis quelques années, j’ai découvert l’émotion qui se dégage de la période Steve Hogarth… et je suis fan. J’en suis à ma troisième édition CD de This strange engine, et je suis fan de la version remixée de 2024 par Michael Hunter.

      marillion.com/shop/albums/remast69.htm

      Du coup, j’ai également craqué pour les rééditions remixées de Season’s end, Holidays in Eden, Brave, Radiation.

      • Tornado  

        « Une invitation ludique à voir les choses autrement » : Je n’en suis absolument plus capable de mon côté, mais c’est évidemment tout à ton honneur.

        Marillion : C’est d’autant plus vertigineux que la période Hogarth est vertigineuse…

        • Présence  

          Je me ragale également avec les derniers albums Live :

          – Marbles in the park

          – A Sunday Night Above the Rain

          – Live from Cadogan Hall

          – All one tonight

          • Tornado  

            Je note, je note…

  • Jyrille  

    Je n’avais jamais entendu parler de cette bd, c’est tout à fait le genre de choses qui pourrait me plaire et qui m’attire.

    « puis il regarde les espèces de cubes flottant en arrière-plan avec une forme irrégulière sur le devant, se rendant compte que cela doit figurer des moutons » En effet, si tu n’avais pas mis le scan correspondant, je me serai demandé longtemps ce que tu voulais dire, mais en le voyant, ça coule de source.

    L’image semble très années 80, ça me rappelle le clip Money for Nothing de Dire Straits, et ces couleurs flashy sont également assez typiques. Alors qu’une momie invisible, c’est plus ésotérique, plus organique même. Il y a un Julius Corentin Acquesfacques construit de la même façon (le tome 4, Le début de la fin / La fin du début bedetheque.com/BD-Julius-Corentin-Acquefacques-prisonnier-des-reves-Tome-4-Le-Debut-de-la-fin-La-fin-du-debut-1551.html) et il y a aussi une courte bd palindrome chez L’Association (Cercle vicieux d’Etienne Lecroart bedetheque.com/serie-5089-BD-Cercle-vicieux-Lecroart.html).

    Est-ce que cet auteur a tenté d’autres bds de ce genre ? Si je tombe dessus j’y jetterai un oeil pour sûr, cet humour absurde sur une course de trains peut valoir le coup.

    La BO : je n’accrocherai jamais à ce groupe mais ça colle bien aux images.

    • Présence  

      Les autres BD d’EMG

      bdtheque.com/recherche/series/auteurs=EMG

      Les cubes flottants : le temps d’adaptation nécessaire pour pouvoir se sentir à l’aise avec ce mode de représentation génère une prise de recul sur la façon de dessiner, par la force des choses, sur les conventions picturales quasi généralisées dans la bande dessinée. Une transgression assez radicale dans ce registre qui rend visible les conventions de représentation.

      • Jyrille  

        Merci Présence ! Les conventions picturales, c’est tout à fait ça, c’est le contraire qui en fait de l’expérimental. Et pourtant, après avoir lu la moitié de la bd (qui est triste en fait), je n’ai pas été si perturbé que ça, j’ai vraiment pensé aux années 80, à Max Headroom voire même à AEon Flux.

  • Bruce Lit  

    J’avais bien raison : tu étais bien l’homme de la situation. J’avais bcp aimé les dessins, mais n’aie que peu d’appétences pour les BD et les musiques et les films expérimentaux. Et pour être honnête, je n’ai rien compris.
    Sans doute une raison pour laquelle je n’irai jamais fouiller chez les auteurs que mentionne Cyrille.
    Chapeau bas.

    • Présence  

      Tu avais bien raison : ça n’a pas été une évidence pour moi, il m’a fallu plusieurs pages pour réussir à m’adapter à ces caractéristiques narratives inhabituelles et transgressives.

      Aciae 79 est pas mal dans le genre non plus : l’effet de déstabilisation des formes géométriques est atténué parce qu’il n’est plus nouveau, en revanche les pages dans le désordre… Une autre forme de transgression des conventions narratives qui déstabilise et qui génère une interrogation sur l’importance de l’ordre chronologique, et par voie de conséquence sur la mise en scène des liens de causalité.

  • JP Nguyen  

    Merci pour l’article et le lien pour lire la BD. Tu décortiques tout ça avec brio, comme d’habitude (en fait, tu fais toujours des teamups avec ce Brio, et plus avec moi, je suis jaloux).
    Les phylactères en 3D, je ne me rappelle avoir déjà vu ça dans une autre BD.
    Dans l’ensemble, c’est quand même très particulier et faut pouvoir/vouloir rentrer dedans.
    Côté scénar, j’y ai vu un peu de Kafka dans la déshumanisation et l’absurdité administrative.

    • Présence  

      Je confirme : c’est beaucoup plus facile quand Brio accepte le team-up, parce que sans lui ça me demande beaucoup plus de temps. 🙂

      Les phylactères en 3D : une des remise en question de dispositif visuel qui fait moins sens pour moi.

      • JP Nguyen  

        Ah ? Pour moi, la 3D des bulles apporte une variante supplémentaire pour retranscrire l’expression, comme la police ou la couleur de texte ou bulle pouuait le faire, avec la possibilité supplémentaire de faire dire plusieurs choses « en même temps » via différentes faces du volume 3D.

        • Présence  

          Merci pour ce regard différent du mien qui me fait pieux entrevoir le potentiel de ces phylactères en 3D. En y repensant, je trouve que ce potentiel n’a pas été beaucoup exploité dans cet ouvrage. Dans le même temps, des phylactères 2D auraient détonné.

  • Maya  

    J’ai eu l’occasion de lire la BD grâce à ton lien, Présence, je t’en remercie.
    Je suis un peu partagée, je ne sais pas trop quoi en penser, je m’y perds un peu, c’est assez étrange.
    Le style graphique est agréable et original, tout comme l’interprétation de la bande dessinée elle-même.
    Tes explications m’ont aidé à mieux comprendre un peu tout ça.
    Merci beaucoup Présence.

    • Présence  

      Bonjour Maya,

      Merci pour ton retour. Une expérience de lecture assez étrange pour moi également.

      Il y a une dimension expérimentale ou exploratoire chez ce créateur qui m’a bien parlé, dans sa dimension ludique.

      Bonnes lectures

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