Interview Garth Ennis
Propos recueillis et traduits par Bruce Tringale pour GEEK MAGAZINE 54
THE WAR par Garth Ennis et Becky Cloonan
VO : Boom Studios !
VF : Urban

Attention, ceci est la dernière image de cette histoire!
Mais comment fait-il ? Garth Ennis ,l’homme derrière des œuvres majuscules comme « Preacher », « The Boys », « Punisher Max », « Crossed » ou encore « Dear Billy », continue de donner du Vertigo à son lecteur.
Sans donner de signe de fatigue après trois décennies de carrière, voilà que l’homme vient de publier chez Urban « La Guerre », un court récit qui deviendra grand : les premières et dernières heures – et toujours hors-champ -, d’une dizaine de civils après qu’un champignon atomique ait dévasté Londres.
Il me répond par mail dans la nuit lorsque je lui adresse louanges et gloire!
Après 30 ans de carrière, tu parviens encore à nous épater et à écrire des chefs d’œuvre. Ici, tu quittes tes récits de prédilection autour de la deuxième guerre mondiale et du Vietnam pour notre histoire contemporaine.
C’est très gentil, merci. Je compte encore écrire d’autres histoires sur la seconde guerre mondiale, j’ai encore tellement de choses à dire, le sujet est presque inépuisable. Je pense avoir fait le tour – pour l’instant- des histoires autour du Vietnam principalement via le Punisher ou avant que Frank Castle ne le devienne. C’est un conflit fascinant mais je pense y avoir mis le point final idéal avec la fin de Get Fury.
Même si ce récit s’appelle La Guerre, je ne l’ai pas pensé comme mes récits de guerre traditionnels. C’est surtout venu de mon éditeur Bryce Carlson qui me demandait une histoire horrifique pour l’anthologie Hello Darkness. La guerre nucléaire est probablement ce qu’il y a de plus affreux pour moi parce que c’est une réalité de plus en plus tangible. Cela éclipse toute notion d’horreur surnaturelle que je peux imaginer.
Je parle d’évènements récents et imagine comment tout pourrait dégénérer. En fait, les raisons de la guerre importent peu, ce n’est pas la question de savoir qui a tiré le premier mais comment les personnages se retrouvent dans telle ou telle situation et comment, ils s’en sortent. Ou pas.

Noir, c’est noir : il n’y a plus d’espoir
Depuis Chère Becky (une préquelle de The Boys – Nda), je trouve ton écriture plus dense, plus dialoguée. Mais ici tout change : elle est beaucoup plus directe et pour la première fois de ta carrière, tu expérimentes un récit choral très sensible.
Cette approche directe me semblait la plus pertinente tout simplement parce que je n’avais pas d’autre angle pour aborder le sujet. Il fallait pouvoir raconter ce que la guerre nucléaire pouvait signifier à la fois pour les individus et pour le monde.
Bien entendu, le destin de tous ces personnages est imaginaire mais tout est crédible. Certains fuiraient, d’autres resteraient sur place ou tenteraient de se suicider mais cela n’aurait pas de sens que le type le plus malin de la pièce parvienne à s’en sortir.
Comment s’est passée ta collaboration avec Becky Cloonan ? Son dessin est lui aussi très direct, sans doute parmi tes meilleures collaborations avec Steve Dillon, Goran Parlov et Amanda Conner.
Becky est vraiment incroyable. Non seulement c’est une grande artiste séquentielle et conceptrice de personnages, mais elle excelle dans son storytelling. Elle a mis sa touche personnelle dans quelques séquences, ce à quoi je suis généralement frileux. C’est notamment le cas dans le quatrième épisode avec le couple coincé dans le train ; elle a eu l’idée de nous tromper sur la voix du caractère qui parle avant que le dialogue ne dévoile son identité. Elle fait appel à l’intelligence du lecteur, ça me plaît beaucoup.
J’ai toujours pensé que ton écriture s’exprimait mieux avec des dessinateurs minimalistes qui privilégient les expressions et les émotions ?
Tu as raison : j’aime travailler avec des artistes qui se concentrent sur le rythme de l’histoire, sur les visages et leurs expressions, concentrés aussi bien sur les émotions des personnages que l’action. J’aime toujours travailler avec des expérimentateurs sauvages comme John McCrea mais la plupart du temps je gravite autour d’illustrateurs au style naturel et instinctif comme Keith Burns, Paddy Goddard et Jacen Burrows. Ce que je recherche avant tout, c’est la clarté.

The sound of silence
Après avoir terminé La Guerre, j’étais bouleversé et persuadé que tu avais écrit une version contemporaine de Quand souffle le vent*.
Je voulais par-dessus tout décrire le désespoir le plus absolu d’un conflit nucléaire, la fin littérale de l’humanité. Il y a encore des gens pour penser qu’il serait possible d’y survivre ou même, que ce serait profitable ! Ça me rend dingue ! La perspective de cette guerre, ce n’est que de l’horreur, aussi bien du fait de la destruction que de ses retombées. Les seuls chanceux seraient ceux qui mourraient dans les dix premières secondes. Les autres devraient trouver comment tuer leurs conjoints ou leurs enfants, avant de se suicider avant que les radiations ne les achèvent. Les derniers survivants finiraient par mourir de faim, de froid ou seraient malades à en crever.
Tu me parles de Quand souffle le vent. Je te conseille Ethel & Ernest, un autre roman de Raymond Briggs. C’est en partie autobiographique et je le trouve encore plus émotionnellement dévastateur que Quand souffle le vent.
Et puis il y a bien entendu beaucoup de filiations avec La Route de Cormac McCarthy. As-tu lu l’adaptation de Manu Larcenet ? Il nous disait l’an dernier qu’il percevait lui aussi l’apocalypse comme quelque chose de très calme, presque imperceptible. Partages-tu cette vision ?
Je ne l’ai pas encore lue mais le roman fait partie de mes livres de chevet. C’est superbe. Je me rappelle l’avoir lu sur un vol entre New York et Seattle il y a 20 ans.
Nos histoires sont différentes : dans La Route, l’Apocalypse est déjà bien installée, les gens survivent au jour le jour. La Guerre montre les retombées immédiates.
Dans La Route, il n’y a plus que le silence, des cendres, des arbres morts et le ciel gris. Il n’y a absolument aucun doute que les actions des héros et que le monde ne changeront plus.
Dans La Guerre, nous n’en sommes pas encore là, il faudra des années pour y arriver. Ce sont deux histoires différentes, deux visions de l’apocalypse.

Les regards saisissants de Becky Cloonan
Un arc de Preacher, s’appelait Jusque la fin du monde. Tu sembles obsédé par l’amour, son pouvoir et ses limites.
La Guerre parle de nos limites. L’amour est détruit avec tout le reste. On pourrait imaginer que certains couples s’aiment jusqu’au dernier instant, mais c’est au-delà du possible. A un moment de l’histoire, un des personnages déclare que toutes les émotions humaines sont insignifiantes face au nucléaire et cela induit inévitablement, l’amour. La route vers ce que nous avons de meilleur en nous s’arrête, tout simplement.
La fin de La Guerre est probablement la plus choquante de ta carrière, ce n’est pas peu dire au vu de tous les moments Ennis de ta littérature !
Je voulais que tout se termine de la manière la plus horrible possible, démontrer que l’autodestruction de l’humanité est répugnante, stupide, repoussante. Je voulais que la dernière action de mon personnage soit la plus absurde et vide de sens en écho de ce que l’espèce humaine s’était infligée à elle-même.
Je voulais éviter une fin triste et morose où le gars ère dans un tas de ruines et meurt seul. On a lu ça des centaines de fois et c’est une solution de facilité, presque de la triche. La mienne est un écho à l’horreur que je souhaitais infuser au reste de mon histoire.

Des conversations théoriques entre amis qui seront balayées par l’explosion nucléaire.
Existe-t-il dans ton esprit une sorte de continuité entre tes œuvres ? La Guerre pourrait être rattachée à Rover Red Charlie et Crossed.
Ce sont trois mondes différents : Rover Red Charlie et Crossed n’ont en commun que l’Apocalypse. Rover Red Charlie voit toute l’espèce humaine décimée pendant une nuit. Il est dit que quelques personnes mentalement incapables ont survécu un peu plus longtemps, mais rien de comparable aux Crossed qui, s’ils existaient dans le monde de Rover Red Charlie, seraient omniprésents ; nos héros ne rencontrent rien de tel. Et aucun de ces deux mondes ne pourrait survivre à La Guerre, qui met simplement fin à toute vie, humaine ou autre.
En fait, Crossed et Rover Red Charlie restent des fantaisies qui se déroulent dans des univers qui ressemblent aux nôtres mais avec des animaux à l’intelligence très évoluée et des hordes hyper violentes. L’univers de La Guerre, c’est notre monde. Ça pourrait nous arriver demain…
Un autre de tes classiques post-apocalyptique : Punisher The End illustré par le légendaire Richard Corben. Des anecdotes à partager sur sa conception ?
Marvel voulait réaliser des numéros spéciaux consacrés à la fin de leurs personnages emblématiques : Hulk, Wolverine et moi j’ai hérité du Punisher. C’était l’opportunité de raconter ce que j’imaginais être histoire ultime de Frank Castle où il punirait les derniers habitants de la planète avant de succomber à son tour.
Je suis persuadé que Corben est un ajout de dernière minute auquel je n’avais pas pensé, probablement une suggestion d’Axel Alonso, l’éditeur Marvel de l’époque. J’avais écrit le script sans savoir qui l’illustrerait – ça arrive parfois -.
Corben a fait du très bon travail, très professionnel avec une livraison entre 10 à 12 pages par semaine, toujours dans les délais.
Concernant l’histoire, elle m’a été énormément inspirée par le docu-fiction des années 80 – sans doute le pire téléfilm d’horreur- Thread, qui a été le déclic de tout ce que j’ai pu écrire de sérieux sur le sujet. Cette approche réaliste est la raison pour laquelle je ne peux plus écrire de récits à la Mad Max, la réalité est trop glaçante pour l’ignorer.
Ce qu’il faut retenir, c’est qu’après le succès de The End, j’ai eu l’idée de continuer à écrire d’autres épisodes spéciaux qui seraient vaguement reliés par une thématique : The Cell dessiné par Lewis Larosa, où Frank mettrait la main sur les assassins de sa famille et The Tyger, qui raconterait l’enfance de Frank avec les dessins de l’immense John Severin (travailler avec Severin c’était grandiose car il était le seul auteur américain que je lisais dans Mad Magazine)

Un univers assez proche de RED ROVER CHARLIE
Après Preacher & The Boys , y aura-t-il une nouvelle adaptation live de ton travail ?
Le film Crossed est actuellement en cours de montage. Plusieurs autres choses ont été envisagées ou sont à l’étude ; au cours des dix dernières années, il y a eu des tentatives pour démarrer un certain nombre d’adaptations. En général, ce qui se passe, c’est que l’artiste et moi partageons un joli chèque d’option, le temps passe, rien ne se passe, nous récupérons les droits et recommençons. C’est ce qui s’est passé avec Preacher pendant un certain nombre d’années, en fait.
The Boys a été la dernière longue série que tu as faite. Est-ce ton choix de n’écrire plus que des récits courts ou des One Shot ? Ou est-ce une contrainte du marché des comics ?
Je doute que je ferais une autre longue série. Ce que j’aimerais écrire, ce sont des romans graphiques plus longs, de 250 à 300 pages. J’ai des idées pour quelques histoires de la Seconde Guerre mondiale dans ce format.
Un dernier mot pour tes lecteurs français ?
En parlant de La Guerre, j’ai récemment échangé avec l’éditeur, Boom, autour de quelque chose d’autre dans la même veine. Pas une suite ou une préquelle, plutôt une sorte de compagnon de lecture. A suivre…
*Un récit fondateur de la littérateur post-apocalyptique écrit par Raymond Briggs et adapté en animé dans les années 80 avec des musiques de David Bowie et Roger Waters. Le comics a été réédité l’an dernier aux éditions Tanis.

Quand Ennis t’envoie sa photo de presse !

chouette. Même si tout n’est pas réussi dans sa carrière (The Boys notamment ), il reste un grand scénariste
En terme d’écriture, je trouve au contraire que THE BOYS est supérieur à PREACHER que je vénère.
Pardon ?!!
Il a complétement salopé les super-héros Marvel et DC.
Des assassins, des pervers sexuels, des pedophiles, des escrocs etc… Tous ses personnages méritent la prison.
C’est ça que tu aimes ?
N’est ce déjà pas le cas dès la 1ère apparition de Xavier qui en pince pour Jean Grey ?
Plus sérieusement, Ennis a fait pour le Punisher ce que Miller a accompli pour DD ; ce qui n’est pas rien.
Et à l’inverse du carnage effectué sur les séries Xmen par Morrison, Hickman et Bendis, les histoires d’Ennis ne font pas partie de la continuité 616.
Donc, non, ça ne me dérange pas.
Bruce comme tu le sais, je respectes tes opinions mais The Boys… franchement c’est non. Continuité 616 ou pas.
Quand à Xavier… les scénaristes qui ont pris le relais de Chris Claremont l’on tellement pourri que personne ne le regretta lorsqu’il mourut (temporairement).
Par contre Roy Thomas, quand il a pris le relais de Stan Lee, a tout fait pour éloigner Jean Grey de Xavier, réalisant bien comme tout cela avait un côté malsain.
Dans mon top 3 avec Miller et Moore, sans transpirer.
Bonne interview Bruce, mais je trouve que tu aurais du lui parler de the Boys un peu plus et lui demander pourquoi il à salit les super-héros à ce point. Je trouve the Boys et , Crossed, tout simplement dégueulasses à lire, voilà un auteur qui nous a fait Hellblazer, Preacher mais est capable de nous dégouter entièrement, par moment.
De son propre aveu, HELLBLAZER est un boulot alimentaire.
Son CROSSED est incroyable. La suite, bcp moins.
Hé bé !
Ça fait pas envie : autant le sujet de son Comic que ce qu’il exprime dans l’interview. Quelle vaine démarche que cette exploration des extrêmes sans l’Humain : voilà qui frôle le niveau zéro de la créativité et du vrai courage -c’est juste mon point de vue. Je me demande s’il croit vraiment apprendre quelque chose à quelqu’un sur le mortifère absolu d’un conflit (ou d’une mauvaise manip’) Nucléaire ?!
Un Tagame de l’apocalypse ?! Je range dans la même boite (le même sac) de la facilité, quitte à m’assortir au manque de finesse de cette approche thématique, que je trouve gratuite.
Merci de partager cette entrevue !
« La guerre nucléaire est probablement ce qu’il y a de plus affreux pour moi parce que c’est une réalité de plus en plus tangible »
Ce qui explique les sorties concomitantes de La Guerre d’Ennis et du Spectateurs de Vaughan
Paradoxalement, je trouve que ce serait peut être A walk through Hell, le plus proche thématiquement de La Guerre, avec ses personnages qui comprennent que l’Apocalypse est non seulement enclenchée mais inéluctable, et en tant que récit d’une noirceur impossible à dissiper. Même son Crossed a des touches d’espoirs et de beauté !
Oui, c’est ce que je lui dis : son écriture est devenue plus dense, plus sombre.
Une perception de l’être humain qui fait froid dans le dos. Mais quel sens de la réalité. Je ne suis pas sur d’arriver à lire un récit tel que « La guerre ». Mais « Rover Red Charlie » me tente bien.
Encore une fois, j’aime beaucoup l’approche humaine de tes entretiens Bruce. Trop souvent, les échanges avec les auteurs de comics ou autres se limitent à des questions de fans. Et là, sans fausse complaisance, on a le plaisir d’assister à une discussion entre deux adultes. Parfait 🙂
Merci Lionel.
Mon objectif est effectivement souvent de parler d’humain à humain avec mes interviewés.
Merci pour l’interview, encore une que je n’avais pas lue alors que j’ai le magazine. J’aime beaucoup la sincérité qui en sort, en plus des informations importantes.
Par contre je n’ai pas vraiment aimé LA GUERRE. Voici ce que j’en dis sur Babelio : « La lecture de ce petit pamphlet sans réelle profondeur, qui ne dit pas grand chose, m’a fait penser à trop d’autres oeuvres pour réellement m’étonner. J’y ai vu Dragon Head, The Nice House on the Lake, La route, The Walking Dead… Mais elle propose de parfaits dialogues et remet bien les choses en place quant à notre situation acutelle ».
Je suis heureux qu’il s’explique sur la dernière page. C’est effectivement absurde, mais pour moi cela n’atteint pas son objectif. Au contraire, cela me semble effacer tout le propos de la bd, l’impuissance totale face à la guerre nucléaire.
Quant à The Boys que j’ai lue récemment, je trouve que c’est le pire travail de Ennis que j’ai lu jusqu’à présent malgré quelques excellents épisodes (ceux avec La légende notamment).
C’est rare de te voir si dur.
Parce que c’est à la hauteur de la déception. Je m’attendais à quelque chose de percutant et au final je n’ai pas été surpris une seule fois. C’est solide, j’aime beaucoup le dessin, c’est très bien écrit et dialogué, mais ce n’est ni profond ni original. Tu as essayé Dragon Head ?
Merci Nicolas Giard ! J’aimerai que les fans de The Boys (et surtout Bruce et Tornado) tentent de les relire de nos jours, peut-être verraient-ils les soucis désormais.
THE BOYS n’est pas seulement une potacherie sur Les super-héros, c’est de la merde. Ennis les rattache à l’histoire politique des Etats-Unis de manière plus subtile qu’il n’y apparait en devisant de la qualité des armes fournies par les EU aux Vietnam. C’est une œuvre à plusieurs entrées que j’ai détestée au départ avant de la relire avec un regard différent.
Si je connais DRAGON HEAD : hé! j’ai même écris dessus : https://www.brucetringale.com/peur-sur-la-vie-dragon-head/
On est quand même sur un registre très différent : Dragon Head fait plus de 1000 pages et voit la fin du monde du point de vue des enfants quand THE WAR n’en dépasse pas 60 et racontée d’un point de vue adulte. En outre, la correspondance entre les autres oeuvres d’Ennis est fascinante.
Alors les liens avec les autres Ennis, je crois que je ne vois pas, et même, je crois que cela ne m’intéresse pas.
Par contre pour Dragon Head, c’est la même ambiance anxiogène avec des personnages bien plus attachants, dès le départ. Dans LA GUERRE, ils sont présentés comme des personnes négatives, un peu comme l’équipe de THE NICE HOUSE ON THE LAKE. Donc au final le message ne porte pas : je ne vois aucun personnage positif dans LA GUERRE, Ennis semble dire qu’ils méritent ce qui leur arrive – ou du moins on peut l’imaginer, en tant que lecteur.
Comme je le mets dans l’interview, THE WAR est une version très proche de QUAND SOUFFLE LE VENT : une oeuvre politique qui tend à montrer l’impuissance de nos convictions face au nucléaire et au gouvernement.
DRAGON HEAD, c’est autre chose : un survival d’action.
« THE BOYS n’est pas seulement une potacherie sur Les super-héros, c’est de la merde. »
Ah quand même, merci.
Le X-Force de Rob Liefed, ça c’est une potacherie comparé à The Boys! Après bien sûr, quand Liefeld est parti de chez Marvel, il a fallu que Fabian Niscieza récure les écurie d’augias, i.e ranger le bordel laissé par le petit Rob…
Dans THE BOYS, il reste de la nuance : Ennis montre bcp de tendresse pour l’équipe SUPER DUPPER qui est l’équipe de losers de l’univers Vought.
IL montre aussi une certaine empathie pour les avatars de Jean Grey et TOrnade lors d’un épisode bouleversant où le père de Jean demande comment faire le deuil d’un enfant violé par les règles de la résurrection.
Vraiment Nicolas, Ennis est un mec assez profond.
Je suis bien d’accord avec toi concernant The Boys!
Belle fin de saison, Bruce, une interview d’Ennis, ça fait toujours plaisir, je tiens son travail et certaines de ses œuvres en haute estime, je ne fais pas du tout parti de ceux qui sont rebutés par l’aspect violent, obscène ou provocant de certaines de ses œuvres (même si je ne mets pas tous ses comics au même niveau, son œuvre est inégale parfois et en plus je n’ai pas tout lu, le bonhomme étant quand même très prolifique) mais d’abord, ça me fait rire la plupart du temps mais surtout ça reste un scénariste et raconteur d’histoire génial, un très bon créateur de personnages et un brillant dialoguiste, ce qui dans le domaine des comics n’est pas si fréquent. Mais surtout, il y a un vrai talent à trouver une justesse dans ce qu’il raconte, c’est souvent plus fin et subtil que ca parait être et c’est parfois justement parce que c’est un peu caché derrière une violence hyperbolique ou une forme de potacherie assumée que c’en est d’autant plus précieux. J’aime le fait qu’il assume de choquer ou de déplaire mais il le fait bien mieux que d’autres (contrairement à un Mark Millar par exemple).
Ennis aime ses personnages. Il est capable de te tirer des larmes après t’avoir fait mourir de rire.
Bonjour.
Bon, ceux qui me lisent savent que Ennis est loin d’être mon scénariste préféré, bien que j’ai réussi à faire une critique plutôt positive de ROVER RED CHARLIE sur TOP COMICS.
L’interview est d’un excellent niveau, comme l’intervieweur par contre je n’ai aucune empathie envers l’interviewé. Peut être que j’arrive à un âge où, malgré la noirceur et la débilité du monde actuelle, je n’ai pas (plus) envie d’être confronté à un tel cynisme voire à de telle perversion (côté sexe la vision de Ennis a tendance à me dégouter …). J’aime actuellement trouver refuge dans les petites parcelles encore présente du monde des bisounours.
Je reste persuadé que j’ai réellement découvert Ennis trop tard. Contrairement à Ludovic, rien de me fait rire chez lui. L’homme a du talent, cela se sent dans les dialogues notamment et l’amour qu’il met dans ses personnages, mais je trouve désormais cela trop facile.
Celà ne n’empêchera pas de lire ou relire LA ROUTE (exemple) ou les romans de Hervé Le Corre mais rien de Ennis à l’horizon.
Le propre des provocateurs est de s’aliéner une partie du public, souvent pour de mauvaises raisons.
Je peux t’assurer que toute l’oeuvre d’Ennis est souvent cynique, oui mais aussi avec de vraies plages de tendresse et…d’amour.
Peut être, et je ne rejette pas du tout le cynisme, mais en tout cas c’est une écriture qui ne me parle pas, qui ne m’intéresse pas même (j’ai essayé PREACHER …. bof et même pas continué, même pas envie de savoir ce que deviennent les personnages).
excellente interview, il fait partie de mes scénaristes préférés.
à sa prochaine interview, tu penses lui poser quelques questions sur ses projets dans le label ninth circle ?
encore merci Bruce 🫶
Dis-m’en plus
Depuis qu’Alan Moore a pris sa retraite comics et que Warren Ellis est black listé, Ennis a hérité sans comparaison possible du sceptre de plus grand scénariste de comics actuel. Je peux comprendre qu’on aime pas ses œuvres mais je défie quiconque de m’en trouver un équivalent (sans tomber dans la mauvaise foi avec la litanie du tâcheron qui fait mieux dans son coin avec du mainstream qu’on va oublier dans 6 mois).
THE BOYS a drainé un vent de rejet et de haine envers Ennis car, comme le dit Bruce, c’est le lot des provocateurs de se prendre un revers de bâton. Mais je suis désolé ça reste la grande série du moment qu’il FALLAIT ÉCRIRE sur les super-héros. Il faut le répéter : c’est sorti au moment des évents pourris de Marvel et il FALLAIT que quelqu’un jette son pavé dans la marre croupie.
C’est une série qui continue de me parler : oui, les comics de super-héros c’est majoritairement de l’excrément avec une morale américaine gerbatoire. Oui les comics de super-héros au tournant des années 2000 avec des pantins grotesques qui se tâtanent entre eux en costume moulant flashy c’est grotesque au possible. Oui le fétichisme des lecteurs de comics de super-héros ça peut être dérangeant. Oui cette recherche d’histoires manichéennes avec des personnages purs et incorruptibles dans notre monde contemporain qui nous montre chaque jour que le pouvoir absolu corrompt absolument, on a le droit de trouver ça puéril, voire nauséeux.
Et donc oui, je trouve que c’est une série qui est importante parce qu’elle dénonce tout ça et bien plus, riche qui plus est de tout un tas de dénonciations d’un monde corrompu par les mécanismes souterrains qui ont permis à une minorité avide de dominer le monde sur du long terme.
Non, franchement, malgré ses défauts de rythme et ses épisodes ratés, c’est une grande série ou, à tout le moins, une série d’une très, très grande richesse, dotée qui plus est de quelques personnages mémorables, avec bien sûr Wee Hughie en tant que balise humaine qui refuse justement, parce qu’il n’est pas dupe, de devenir un super-héros. Rien que pour cette idée ça vaut le détour.
Décidément Tornado!
Tu m’auras presque convaincu de relire cette série…
Bravo pour ton analyse pertinente du marasme des super-héros et de la mentalité des fans quand je vois ce que l’industrie des comics de super-slips est devenue, même moi j’ai démissionné.
Bon arguments, bien écris.
Allez, bois toi un verre d’eau fraiche et lis toi un petit Dark Phoenix pour ta peine 😉
Cordialement
Je ne pense pas que Ennis soit actuellement le plus grand scénariste encore en activité mais c’est en tout cas un grand et il est largement en bonne position dans un top 10 aux frontières assez floues. Je lui préfère un Frank Miller, un Art Spiegelman, un Brian Vaughan, un Neil Gaiman (hors accusations), un Peter Milligan pour les plus « anciens » ou un Matt Kindt ou Jeff Lemire pour les plus récents. Bien que n’aimant pas l’écriture de Tom King, il me semble faire également partie de la cour des grands…
Ennis reste un auteur clivant, ce qui est à la fois une qualité importante mais qui met également des lecteurs sur le bord la touche (comme Alan Moore d’où ta comparaison au départ assez juste).
Après je ne comprends pas ce rejet et cette violence envers le genre super-héroique, quelque soit sont évolution. Cela reste un pan très important de la culture américaine voire même désormais mondiale (la preuve le succès non démenti des films et séries, quelque soit la qualité de ces derniere-eres) marqueur également de son époque et des différentes générations. J’ai tendance à dire que j’aurais 13 ans en 2026 j’adorerais surement voire une énième mouture de Spider-Man au cinéma et l’achèterais tous Urban sur Batman. Par contre pas certains que je me précipiterais pour lire WATCHMEN, LA GUERRE ou PREACHER (peut être même que je fuirais).
« Après je ne comprends pas ce rejet et cette violence envers le genre super-héroique, quelque soit sont évolution. Cela reste un pan très important de la culture américaine voire même désormais mondiale »
Fletcher, permet moi de te répondre en citant le grand Moebius qui disait, je cite ‘ce qui sauve les super-héros c’est une bonne part de naïveté et d’innocence qui les sauve de quelque chose de déplaisant, voir de fascisant ». De fait depuis 20 ans les comics Marvel et DC on perdu cette aura bon enfant qui faisait appel à l’enfant caché en chacun de nous. Ils sont devenus clairement fachos (n’est ce pas M. Bendis), agressifs, violents et sont sans rapport avec un vision un peu idéaliste des comportements humains. Ils ont clairement perdu leur humanité et les films n’ont rien arrangé.
D’où cette haine venant de gens de ma génération, aigris par toutes ces histoire noires.
Après je te rejoint lorsque tu qualifie les super-héros comme faisant partie de la culture populaire Américaine, et en effet, mondiale.
Watchmen et Preacher à 13 ans ? Non peut-être pas, en effet.
Cordialement.
Speedy qui se drogue dans les années 70, le dark age de 1986 et ce qui en a suivi (Mutant Massacre …), ce n’étaient pas non plus pour des anges.
On est de la même génération. Je tiens le combo Bendis – MCU (le cinéma au sens large) comme les 2 fossoyeurs des comics que MOI (et ma génération) ont aimés.
Mais depuis un moment déjà, j’essaye de me mettre à la place des nouvelles générations et ne surtout pas être dans la mouvance « c’était évidemment mieux avant » et rien ne doit changer par rapport à ce que moi j’ai connu. Les comics actuels moin bien que ceux d’avant ? Qui sommes nous pour le dire en fait. Je me rends surtout compte que la cible à changé et que le niveau de lecture et des scripts s’adaptent à ceux qui lisent. Perso cela ne me parle pas. Quand on me cite le DD de Chip Zdarsky (et avant Bendis) je réponds non et j’enchaine par Miller et Nocentie rien d’autre …. ok boomer mais ma génération à d’autres standards et nous c’est Bendis et Zdarsky.
Et si cela nous parle pas alors on ne lis pas, on ne regarde pas (je ne vois aucun film et séries de super-héros par exemple car c’est exactement le type de cinéma et de réalisation que je n’aime pas …. là encore avec le spectre de mon âge et de mon vécu). J’irais facilement sur les BATMAN de Tim Burton (un SPIDERMAN 1 de Raimi et un X-MEN 2 de Singer) et sur une séries comme HEROES (la saison 1 car après …) par exemple. Je préfère voir le DAREDEVIL de Mark Steven Johnson que m’infliger la série Netflix devenue Disney. Mais par certains que les jeunes ados aient la même vision que moi.
Attention l’exercice n’est pas facile à faire et je reste persuadé que mon spectre de lecture reste faussé et que je dois même passer à côté de quelques pépites actuelles.
Et pour en revenir à Ennis, j’ai toujours écrit que je le considère comme un grand, voire même un très grand … mais il n’est pas fait pour moi (comme Tom King ou Geoff Johns). BKV en rebute certains alors qu’il m’a surement offert mes plus grandes émotions en comics (le jour où SAGA sera enfin terminée, j’écrirais que l’on tient là une des plus grande série comics ayant jamais existée).
C’est difficile de ne pas céder au refrain « c’était mieux avant » je reconnais. Et en effet, Mutant Massacre à lancé la balle de l’assombrissement de l’univers des super-héros avec Dark Knight et Watchmen.
Tu vois juste également en disant que les lecteurs d’aujourd’hui on leurs propres vision des comics, leurs goûts qui ne sont pas les nôtres et n’ont pas la même idée de ce que les super-héros « devraient » être.
Chaque génération à ses plaisirs.
Je ne rejette pas du tout le genre super-héroïque. Ce que je rejette c’est sa vision naïve enfantine obsolète qui n’a rien à voir avec le lecteur adulte que je suis. Ma lecture de super-héros est celle de Frank Miller, d’Alan Moore ET de Garth Ennis.
Tout comme dans le western par exemple : tu ne me fais pas regarder les westerns où le gentil cowboy combat le méchant desperado ou les méchants indiens, ça va vite m’ennuyer. Même dans les classiques mes westerns préférés sont ceux qui déconstruisent le genre, comme LA FLÈCHE BRISÉE, LE PASSAGE DU CANYON ou VERA CRUZ.
Qu’est ce que je vais faire d’un comics où un gentil en costume de perruche combat un méchant en costume de tourterelle ??? Qu’est ce qu’un lecteur adulte a en commun avec cette vision du super-héros en 2026 ???
Bien sûr je force le trait mais c’est juste pour expliquer que ma sensibilité de lecteur va largement plus à THE BOYS qu’à tous ces comics mainstream qui jouent encore sur des codes qui me parlent à peu près autant que ceux de mon arrière grand père.
… Vous trouvez pas qu’il fait un peu chaud ?
Une très bonne surprise que de retrouver Garth Ennis en interview : un de mes auteurs préférés également, que ce soit pour pour ses reconstitutions historiques de conflits lors de guerres (avec une vraie connaissance historique et un regard adulte), ou pour sa façon personnelle de sonder la nature humaine dans ce qu’elle peut avoir de plus inhumaine et monstrueuse (par exemple A walk through hell).
Comme d’autres ici, je trouve que The Boys raconte bien plus que les superhéros, que ce soit la fascination pour le charisme de Billy Butcher, ou pour les points de contact avec l’histoire des Etats-Unis, et celle de l’industrie des armes.
Superbe interview Bruce.
Toi qui me parlait avec tant de passion de cet auteur, tu dois être content.
En tout cas, tu m’as « converti » à Ennis il y déjà quelques années et franchement je ne le regrette pas…merci encore.
Je n’ai pas encore lu « La guerre » mais ça me fait bien envie.
J’ai lu « Ribbon queen » récemment et j’avoue avoir été plutôt déçu. Pareil pour « Crossed »…il faudrait que j’essaie de nouveau à l’occasion.
A contrario j’ai beaucoup aimé « Sara », très beau.
Par contre je replonge régulièrement avec plaisir dans ses Punisher, Preacher, Hitman etc…
Et pour The Boys, je vais certainement en surprendre certains, mais je le relis régulièrement, une fois par an en moyenne, comme certains romans que j’adores.
Je rejoins ton avis sur l’œuvre d’Ennis, Bruce….souvent cynique mais des beaux moments d’amour et de tendresse.
Bel été à la Bruce team.
Nico.
Bonjour Nicolas
Si tu aimes Garth Ennis et Bruce Lit, surveille l’internet d’ici lundi prochain. Quelque chose de gros approche…
TO BE CONTINUED.