10 CAUCHEMARS POUR LES ROCKERS PURISTES ! (le NEW-PROG)

10 CAUCHEMARS POUR LES ROCKERS PURISTES ! (le NEW-PROG)

Une checklist boursouflée par : TORNADO

C’est quoi ça ??? (dit le rocker)

C’est quoi ça ??? (dit le rocker)

Alors, c’est quoi le NEW PROG ?
Au départ, il a eu le Rock Progressif, un courant musical dérivé de la pop-music qui est apparu à la fin des années 60 (en Angleterre puis dans plein d’autres pays ensuite, dont la France) et qui a plus ou moins disparu à la fin des années 70.
Le Rock Progressif, c’est un genre qui mélange le folk, le rock et la pop (voire le jazz), à travers des compositions ambitieuses qui épousent les structures de la musique classique. Ainsi, de nombreux titres de Rock Progressif sont très longs (on dépasse régulièrement les dix minutes et certains on même dépassé les quarante !). Comme dans la musique classique, ils racontent des histoires, lesquelles sont divisées en plusieurs tableaux. Soit un genre de « musique totale », très baroque, qui fait le pont entre la musique populaire et les genres supposés plus nobles du monde musical.
Le Rock Progressif a connu ses heures de gloire avec des groupes comme Pink Floyd, Genesis, King Crimson, Yes, Jethro Tull ou encore Magma. Mais, à la fin des années 70, avec l’avènement d’un climat social plus dur, surgit le Punk, nouveau courant musical radicalement opposé qui revendique un rock plus direct (couplet-refrain-couplet), social (’faut revendiquer un truc avec une intention) et populaire (on sait pas jouer mais on s’en fout), moins démonstratif et élitiste, ce qui va flinguer le Prog aussi vite que le disco…

Vers le milieu des années 80, néanmoins, une nouvelle vague d’artistes, portés par le groupe Marillion, arrive à émerger. On appelle ce courant le Rock Néo-progressif et la différence est que les musiciens concèdent des titres plus radio-friendly que par le passé, c’est-à-dire des morceaux plus courts et accessibles, avec parfois un son FM, pouvant éventuellement se transformer en tubes (soit exactement ce qu’avaient inventé Pink Floyd ou Supertramp une dizaine d’années avant). Mais ça retombe à la fin de la décennie.

Au milieu des années 90, une nouvelle formation nommée Porcupine Tree relance le mouvement. C’est un nouveau départ qui, cette fois, va durer et faire des petits. Deux sous-genres se distinguent alors : le Métal Progressif (la même chose, mais avec du hard-rock), et le NEW-PROG (que l’on nomme également Post-prog), qui opte pour des compositions proches de l’univers pop-rock et du rock alternatif, genre Radiohead.
Plus encore que dans les années 80, les artistes du NEW-PROG mettent l’accent sur des compositions plus épurées avec, comme objectif principal, de toucher la sensibilité de l’auditeur…

Les titres qui vont vous êtres proposés aujourd’hui sont tous issus du NEW-PROG et ont été soigneusement choisis afin d’infliger la torture aux gardiens du temple de la bonne parole du rock pur et dur !
Car il se trouve que la philosophie punk a la peau dure, et que les détracteurs du rock progressif sont mordus comme jadis les schtroumpfs noirs par la Mouche Bzzz. Et les bougres sont persuadés de détenir les clés d’un bon goût rock, soit une sorte de GUIDE MICHELIN version guitare électrique qui nous pollue l’horizon sonore depuis plus de trente ans via Rock’n Folk, Les Inrockuptibles et autres magazines devenus avec le temps aussi passionnants que le Rotary Club…

Mais il se trouve que, tout de même, je les aime bien moi ces punks. Ce sont quand même mes copains (la plupart de mes meilleurs amis écoutent du punk). Et, comme dirait ma grand-mère, « qui aime bien châtie bien ». Ainsi ferais-je remarquer que lorsqu’on essaie de réhabiliter le courant Prog auprès de ces rockers dit puristes, qui prêchent le rock intègre ou le musicalement correct (ou autres formules à la noix), les arguments de mauvaise foi fusent en tous sens comme une nuée de chauves-souris ! Cette musique est en général jugée chiante, pompeuse, boursoufflée, prétentieuse, et chaque titre est alors taxé d’un superlatif où tout est « trop quelque chose », trop lent, trop long, trop mou, trop plaintif, trop psyché, trop planant, trop propre (comme si ces notions étaient des défauts par essence !), où il ya trop d’instruments, trop de synthés, trop de solos, etc, etc.
A partir du moment où Marillion a voulu reprendre le flambeau, ce fut radical : Les journalistes des principaux magasines rock les ont enterrés avant qu’ils n’aient eu le temps de respirer, et surtout en France ! Une injustice totale, tant ils ont jalonné leur carrière d’une splendide suite d’albums (à noter que seule la presse hard-rock les a défendus !).

Autre argument à charge largement répandu sur le pilori : Les groupes du NEW-PROG arriveraient après la bataille, ne créant rien et ne faisant que du recyclage en pompant honteusement leurs ainés. Bref, encore une éclatante note de mauvaise foi (le moindre gugusse qui joue du punk aujourd’hui sans la moindre petite once d’originalité est immédiatement porté aux nues par la presse rock qui reconnait là le fameux bon goût rock comme Cyril Lignac la bonne cuisine à l’huile d’olive), niant totalement la notion de Postmodernisme puisque ce que ces groupes nous proposent (ceux du NEW PROG), c’est justement de retrouver les sensations musicales du passé en les renouvelant ; des œuvres-somme où l’hommage se confond avec la continuité, où chacun peut puiser dans le magnifique patrimoine de l’histoire du rock et en effectuer une synthèse à sa manière, renouant ainsi avec ses racines musicales pour une communion de genres et un effacement des frontières (Hé ? Cela fait maintenant 70 ans que le rock existe, n’est-ce pas ? L’idée d’en proposer un florilège, c’est si grave ? Y-en-a-t-il encore ici qui ont la prétention de révolutionner ce genre à bout de souffle ? Y-en-a-t-il encore qui attendent que le genre réussisse à se renouveler ? N’a-t-on pas fait le tour du truc ? N’a-t-on pas le droit de faire comme en art contemporain : c’est-à-dire accepter que tout ait été dit et en explorer les arcanes en proposant à chaque fois sa propre synthèse ?).

Enfin, comble du comble de la mauvaise foi, on va aujourd’hui reprocher au courant NEW-PROG de produire des albums trop pop et trop facilement accessibles. Soit exactement ce que l’on reprochait au Rock progressif de ne pas être à la fin des années 70…
Notons enfin que la moitié des groupes représentatifs du NEW-PROG sont allemands, scandinaves, polonais ou québécois, ce qui montre bien que le courant a quasiment été éradiqué chez nous (merci la presse rock française), tandis qu’il a été adopté partout ailleurs.

Allez, assez parlé ! Voici la liste :

10. Mystery : LOOKING FOR SOMETHING ELSE – 2018

Alors, je commence fort car il y a ici tout ce qui est la plupart du temps jugé TOO MUCH par les représentants du bon goût rock ! Voici donc un titre (issu du dernier album en date LIES & BUTTERFLIES) trop long, qui cumule durant ses interminables dix-sept minutes la totalité de ce qui est généralement reproché à ce courant musical : En bref, il est trop… tout !

Mystery est un groupe québécois composé de six musiciens virtuoses à la géométrie variable (deux périodes distinctes avec deux frontmen différents mais dont la continuité est parfaite (le premier chanteur ayant un temps rejoint les vétérans de Yes après le départ de Jon Anderson !)). Leur style ? Et bien prenez un bonne louche de Queen, une bonne cuillère à soupe de Yes et de Genesis et un soupçon de Pink Floyd, et vous obtenez Mystery !
Chaque album est une réussite et l’ensemble repose sur l’extraordinaire talent du bonhomme qui écrit et compose quasiment tout seul l’intégralité des morceaux du groupe : le guitariste solo Michel St Père, dont l’inspiration semble inépuisable.
Le groupe est encore fort méconnu chez nous (aucun Wikipedia VF à ce jour) mais les albums sont facilement trouvables sur le net.

Les défauts :
Alors que l’on s’attend à trouver une bande de jeunes aux cheveux longs et aux jeans troués façon Led Zep, on tombe sur un groupe de quinquagénaires poilus et bedonnants, ce qui limite quelque peu le trop souvent nécessaire besoin d’identification (et de fantasme) que génère le rock.
Mais ceci est un menu défaut en comparaison du batteur Jean-Sébastien Goyette qui en fait, comment dire… des caisses ! Enlevez la moitié de ses effets et vous en aurez encore largement assez…

Note : 9/10

© Unicorn Digital

Etant donné qu’il est très frustrant de choisir un titre plutôt qu’un autre, j’ajouterais à chaque sélection une suggestion de quelques autres morceaux.
Si vous avez aimé LOOKING FOR SOMETHING ELSE, ruez-vous alors sur A SONG FOR YOU, THE AWAKENING, ou encore PRIDE.

9. Archive : AGAIN – 2002

Personne ne peut vraiment classer les anglais d’Archive dans un genre bien défini. S’ils sont arrivés sur la scène trip-hop avec leur rappeur Rosko John, ils ont ensuite évolué au gré de leur formation à géométrie variable en touchant à la musique électro et, à plusieurs reprises, au prog-rock. Pourtant, lorsqu’on écoute attentivement le titre qui leur a valu cette étiquette à demi-collée sur leur parcours musical, c’est-à-dire AGAIN et ses seize minutes lancinantes et pyschés, on n’y trouve pas vraiment de structure propre au rock-progressif. Il s’agit plutôt d’une longue balade pop, étirée à l’extrême de manière hiératique. En revanche, dès la première écoute, on ne peut s’empêcher de penser que ses couleurs évoquent profondément quelque chose de Pink Floyd.
Tout tient aux intonations choisies conjointement par le chanteur Craig Walker, le bassiste Lee Pomeroy et, surtout, le batteur Smiley et son tempo lent (entre 60 et 70 BPM). Et il y a effectivement du Pink Floyd là-dedans.

Et si nous saisissions cette occasion afin de réhabiliter ce grand batteur qu’est toujours Nick Mason, hélas décrié par un public ayant souvent cherché à le descendre sur le terrain de la virtuosité : Alors qu’il était capable de jouer des morceaux complexes (réécoutez MONEY !), son jeu, généralement basé sur un fill simple, voire basique, au tempo lent (à 65, donc) mais parsemé de syncopes et de doubles-croches d’une extrême précision, était conçu pour être au service d’une recette où le groove primait sur tout, sans la moindre velléité de démonstration technique. Swing, souplesse et sens du placement : telle a toujours été sa signature et, sans elle, Pink Floyd n’aurait jamais été Pink Floyd.
Punaise, je suis fort quand même : Je viens de vous vanter les mérites d’une chanson d’Archive en vous parlant d’un musicien qui n’y joue pas…

Les défauts : Comme dit plus haut, Archive a tellement changé et évolué à chaque album qu’il est parfois difficile de tout y apprécier selon ses goûts. Et certains de leurs titres sont des pièces expérimentales qui participent à un ensemble plutôt inégal.

Note : 9,1/10

© Affiliates

Si vous avez aimé, alors vous aimerez certainement LIGHTS, COLLAPSE COLLIDE, MEON, CONSCIENCE, VEINS et FOLD.

8. Airbag : SAFE LIKE YOU – 2009

Airbag est un groupe norvégien composé de cinq musiciens. Ils nous ont offert quatre albums et trois EPs depuis leur formation en 1999.
Si l’on devait trouver un et un seul argument pour décrire le style de ce groupe, ce serait que, manifestement, ils rêvent tous d’être Pink Floyd, et surtout d’être David Gilmour, tant ils s’appliquent à semer des cailloux depuis sa voix, son jeu et ses sonorités !
Pour autant, il faut reconnaitre qu’ils font ça bien en nous troussant avant tout de très beaux titres.
Ici encore, c’est un cauchemar absolu pour les rockers puristes puisque le groupe n’est habité d’aucune velléité de subversion ou de quelque intention que ce soit en dehors de faire ce qu’ils aiment jouer et chaque titre est un consensus de mélodies et de thèmes simples, de sons propres, portés par des nappes de synthés à la Rick Wright et des chorus de guitare à la David Gilmour, agréables et faciles à l’oreille, à la limite du pop-rock, dictés semble-t-il pas la seule et unique émotion de se couler dans le moule du Pink Floyd période WISH YOU WERE HERE.
A noter que Bjørn Riis, le guitariste du groupe, a sorti de son côté trois albums et un EP, avec le même style et une volonté toujours plus affirmée d’être David Gilmour, encore et encore…

Les défauts :
Passée l’impression que les groupes de prog ressemblent tous aujourd’hui à des gros nounours barbus ou à Tom Yorke, Airbag souffre à la longue de son manque d’originalité. A conseiller aux fans de Gilmour, notamment ceux qui acceptent qu’il ait fait des émules…

Note : 9,2/10

© phd

Si vous avez aimé, ruez-vous sur SPEED OF LIGHT, NO ESCAPE, SOUNDS THAT I HEAR et, dans un genre un poil plus musclé, KILLER et REDEMPTION.

7. Gazpacho : DREAM OF STONE – 2007

Gazpacho : Dix albums à ce jour et, depuis le quatrième (NIGHT, dont est tiré le morceau que j’ai choisi), une suite assez éblouissante d’albums-concepts dont certains lorgnent vers un univers sombre qui n’est pas sans rappeler le mythe de Cthulhu !
Dans le titre DREAM OF STONE, la formation norvégienne (six musiciens plus quelques invités) déploie une structure musicale extrêmement épurée, portée par une rythmique lente mais saturée, simple en apparence, immédiatement transcendée par l’interprétation fiévreuse du chanteur Jan-Henrik Ohme.
Aucun chorus d’aucune nature ne vient gêner la marche de ce titre suspendu au dessus du silence, hormis l’intervention du violoniste Mikael Krømer, derrière lequel tous les autres membres du groupe s’effacent momentanément.
La formule musicale du groupe se met en place dans cet album : Les instruments ne sont que rythmique lourde et simplifiée à l’extrême, sur laquelle se détache le chanteur qui réalise à lui-seul tout le travail mélodique et harmonique. Et quelles mélodies ! A chaque écoute successive, le morceau devient plus hypnotique, plus entêtant, plus viscéral, quelque part entre SPIRIT OF EDEN et LAUGHING STOCK, les deux derniers albums post-rock de Talk Talk. Le contraste entre la rusticité de la structure rythmique et le lyrisme lumineux du chanteur, qui hérite tout autant des accents de Radiohead, Muse et Jeff Buckley, impose ainsi la signature du groupe.

Les défauts :
Ici aussi, le groupe ne fait pas rêver et tous les membres sont plus moches les uns que les autres. Au-delà de ce délit de sale gueule, il faut quand même les blâmer pour le choix de leur nom. Gazpacho… Voilà probablement l’un des noms de groupe les moins appropriés et les moins charismatiques de l’histoire du rock ! A se demander ce qu’il serait advenu des Beatles et des Rolling Stones s’ils s’étaient appelés Merguez et Chipolata…

Note : 9,3/10

© Snapper Music

Comme dit plus haut, Gazpacho réalise des albums-concept qui s’écoutent d’une traite.
Vous pouvez tout écouter à partir de NIGHT, tout est bon. NIGHT demeure à ce jour l’album le plus planant. Le suivant, TICK TOCK, est nettement plus agressif. MARCH OF GHOSTS est sans doute l’album le plus abouti (un grand merci à Présence pour me l’avoir fait découvrir).

6. Porcupine Tree : ARRIVING SOMEWHERE BUT NOT HERE – 2005

Porcupine Tree, formation ambitieuse britannique dominée par le très créatif Steven Wilson, est aujourd’hui considéré comme le chef de file du courant NEW PROG. Wilson est ici au four et au moulin, composant, écrivant, chantant et jouant la plupart des parties de guitare tout en menant de concert (c’est le cas de le dire) sa carrière à cheval sur d’autres projets et formations, notamment ses albums solos, ses duos et autres groupes (No-Man avec le chanteur Tim Bowness : 12 albums, Blackfield avec l’israélien Aviv Geffen : 5 albums, Storm Corrosion et Opeth avec le guitariste et chanteur Mikael Akerfeldt : respectivement 1 et 3 albums ensemble).

Si le style du groupe a beaucoup évolué entre le début et la fin de son parcours (début de la formation en 1992 et séparation en 2009, après dix albums), il impose peu à peu un mélange entre le rock progressif et le heavy-métal très harmonique (l’extrait choisi en est l’illustration parfaite), qui va marquer le genre au point que plusieurs groupes de NEW PROG vont en reprendre la recette à la lettre (il faut dire qu’ils sont nombreux a avoir fait la première partie des concerts du groupe Dream Theater. Ça laisse des traces…).

C’est Porcupine Tree qui va offrir sa nouvelle popularité au prog, grâce à la personnalité artistique de son leader et à des compositions inspirées et efficaces (particulièrement simples dans leur structure) laissant la part belle à l’émotion plus qu’à l’expérimentation.

Les défauts :
Il faut avouer qu’il s’agit là de musiciens intellos qui livrent des prestations en concert parfois rigides et théâtrales. Leur technique est excellente, Wilson est très charismatique, mais ils ne se mettent jamais vraiment en danger. Un état d’esprit à des années lumières de la posture rock’n roll chère aux puristes, qui peut en énerver plus d’un !
Pour l’anecdote, Wilson commença sa carrière sur un canular en inventant un passé où Porcupine Tree aurait été un groupe obscur des années 70 au parcours chaotique. Viendrait-il de la face cachée de la lune ?

Note : 9,4/10

© Snapper Music

Si vous avez aimé, écoutez sans hésiter TRAINS, FADEAWAY, WAIT OUT OF HERE, SEVER, DARK MATTER, STARS DIE, THE SKY MOVES SIDEWAY – PHASE ONE, et THE MOON TOUCHES YOUR SHOULDER.

5. Riverside : THE CURTAIN FALLS – 2003

C’est de la Pologne que nous viennent les quatre gars de Riverside, excellents musiciens formés autour de leur leader Mariusz Duda, un boss capable d’imiter la voix de David Gilmour ou d’éructer façon death-metal tout en maniant la basse de manière virtuose.
Hélas, le brillant guitariste Piotr Grudziński, qui offrait au groupe l’essentiel de son identité sonore, décède d’une crise cardiaque en 2016. Très affecté, le groupe n’a pas encore eu le cœur de le remplacer et a réalisé son dernier album en trio.
A la manière de Porcupine Tree, Riverside zigzague entre le rock progressif et le heavy-métal guttural, réussissant à livrer des albums très inspirés, magnifiquement produits, solidement structurés et rapidement accrocheurs.

De tous ces artistes contemporains influencés par Pink Floyd (bien que cet élément côtoie ici l’héritage de Dream Theater au moins à part égale), Riverside est mon groupe préféré car il a su imposer une véritable identité allant bien au-delà du simple hommage. Au final, j’écoute aujourd’hui leurs albums comme des albums de Riverside, et non par nostalgie des années 70, et encore moins par nostalgie des années Gilmour 80’s comme avec RPWL.

Les défauts :
Certains titres souffrent de passages à vide qui peuvent donner une certaine impression de froideur. Il serait dommage de s’en tenir là car ces menues faiblesses sont la plupart du temps contrebalancées par des moments de grâce totale.

Note : 9,5/10

© The Laser’s Edge

Si vous aimez, essayez LOOSE HEART, ACRONYM LOVE, SATURATE ME, CATERPILLAR AND THE BARBED WIRE ou encore US. Le morceau que j‘ai choisi pour la liste est l’un des plus épurés, mais le groupe a également composé de longues plages très fournies (LIVING IN THE PAST, THE SAME RIVER, SECOND LIFE SYNDROM), ou du hard-rock épique (REALITY DREAM I, II et III). Pour les nostalgiques, écoutez BACK TO THE RIVER et son hommage à SHINE ON YOU CRAZY DIAMONDS de Pink Floyd.

4. Steven Wilson : DRIVE HOME – 2013

S’il y a bien quelque chose d’évident chez l’ancien leader de Porcupine Tree, c’est son ambition, qui trouve son aboutissement dans cette volonté de créer des tubes. Non pas des tubes à même de passer sur les ondes-radio tel un titre de Muse ou de Placebo, mais qui puisse être fredonnés et reconnus par des fans triés sur le volet, parmi une élite capable de se reconnaitre dans cette conception intellectuelle de la musique pop-rock.
Pari amplement réussi par l’artiste, qui affiche désormais une belle poignée de chansons fortes, accrocheuses et pleines de personnalité, appelées à devenir des classiques, si ce n’est pas déjà le cas.
Nul doute que, parmi toutes celles que l’anglais a semées sur les sites d’écoute en ligne, par le biais de quelques clips animés du plus bel effet, DRIVE HOME se place en tête de liste…

Les défauts :
Encore une fois, un intello chez les rockers, ça ne passe pas. Non que les rockers soient des débiles, mais parce qu’il s’agit d’une musique pulsionnelle (au sens noble) et non strictement cérébrale. Le risque est donc d’aboutir à une musique un peu froide et désincarnée. L’émotion est donc ici à rechercher ailleurs et cela nécessite une écoute totalement différente, détachée du corps, loin de la terre, etc.

Note : 9,6/10

© Snapper Music

Si vous aimez, essayez ROUTINE (magnifique), HARMONY KORINE et INSURGENTES.

3. The Pineapple Thief : REACHING OUT – 2012

C’est à l’extrême limite du Prog que l’on doit situer les britanniques de The Pinneaple Thief. Car si certains de leurs titres dépassent le quart d’heure et embrassent les structures du rock-progressif, on se retrouve plus généralement au carrefour de la pop et du rock alternatif, avec une douzaine d’albums qui évoquent davantage, à mon sens, le parcours d’un Radiohead que d’un Porcupine Tree.
Pour preuve l’album YOUR WILDERNESS sorti en 2016, salué comme étant le meilleur de leur carrière, et dont aucun titre ne me semble sortir du giron pop-rock, à l’exception peut-être du dernier avec ses dix minutes d’arpèges suspendus au gré du vent et des orages.

Un groupe qui mérite franchement d’être connu, intègre, exigeant à tout niveau, avec notamment l’ambition absolue d’écrire de bonnes chansons, libres d’explorer tous les champs du rock postmoderne, de la ballade mélancolique aux longues plages tourmentées, en passant par le rock, tout simplement.

Les défauts :
Le rocker puriste détestera leurs ballades épurées et les accusera certainement d’être des « sous-Radiohead ». Et bien évidemment, ce sera injuste…

Note : 9,7/10

© Snapper Music

Si vous aimez, impossible de se passer de NO MAN’S LAND, FEND FOR YOURSELF et THAT SHORE. Dans une veine résolument prog, essayez WHITE MIST, DIFFERENT WORLD et TOO MUCH TO LOOSE. Et dans un esprit beaucoup plus pop, SOMEONE PULL ME OUT, SEASONS PAST, TAKE ME WITH YOU et THIS WILL REMAIN UNSPOKEN.

2. Marillion : NEVERLAND – 2004

C’est de leur faute. Tout a commencé avec eux.
Alors que le rock progressif était mort et enterré depuis la fin des années 70, Marillion a rallumé la flamme. Et essuyé les plâtres…
Puisqu’il fut boudé par la presse, notamment en France, Marillion a été le premier groupe de rock à avoir su anticiper les nouveaux moyens de communications disponibles via le Web de façon à toucher directement son public, sans passer par les radios ou les magazines spécialisés. De plus, le groupe commença à s’autoproduire à partir de 1997. Il montra ainsi la voie aujourd’hui utilisée de manière exclusive par tout le courant NEW PROG (et pas seulement, puisque Radiohead en a également fait sa spécialité).

Si les albums de la période Fish (le premier chanteur) étaient très sophistiqués et engagés (mais considérés comme du sous-Genesis de pacotille par le presse du rock intègre), ceux de la période Steve Hogarth (à partir de 1989) optent au contraire pour une approche épurée et lyrique, beaucoup plus pop. Dans l’optique de choisir une musique axée sur l’émotion, il s’agit donc de ma période préférée.

Ici, avec l’album MARBLES, Marillion renoue avec ses racines progressives, vu que le titre choisi dure douze minutes (18mn pour OCEAN CLOUD quelques plages plus loin), tout en gardant la nature très épurée et strictement émotionnelle qu’il a acquis avec le temps, en mettant en avant la voix magnifique de Steve Hogarth. Il s’agit donc de la véritable naissance du courant NEW PROG.

Les défauts :
Le groupe mise tout sur l’émotion, renonçant à toute démonstration technique et à tout artifice arty. Il joue volontiers sur les effets sonores (par exemple l’écho sur la voix, ici dans NEVERLAND). D’aucun a pu juger la chose d’un mauvais œil, comme s’il s’agissait d’une musique facile, consensuelle et racoleuse. Comme je le disais, il s’agit de la naissance d’un genre. Auquel il ne faut pas être réfractaire…

Note : 9,8/10

© Madfish

Si vous avez aimé, écoutez OCEAN CLOUD, THE INVISIBLE MAN, ESSENCE, GAZA et ELDORADO. En plus énervé, HALF EMPTY JAM.

1. Anathema : THE LOST SONG (PART.1, 2 & 3) – 2014

Comment une formation aussi génialissime ne domine-t-elle pas aujourd’hui le firmament de la planète pop-rock ? Et bien tout simplement à cause de cette étiquette NEW-PROG qui lui colle à la peau et qui attise la haine de la presse rock. Encore une injustice, tant la moitié de leurs albums, au moins, tient carrément du génie !

Formé autour des trois frères Cavanagh (des anglais de Liverpool), Anathema est au départ un groupe de Death Doom (heavy metal gothique et guttural). Son style évolue rapidement vers quelque chose de beaucoup plus lumineux et, tout aussi étonnant que cela puisse paraitre, emporte ses fans de la première heure tout en touchant un public beaucoup plus large.
La signature du groupe se base avant tout sur un mélange d’arpèges et de mélodies frissonnantes, dont l’objectif semble être, aussi souvent que faire se peut, de ménager de vertigineuses montées en puissance épiques et cathartiques, sublimées par la voix chaude et intense de Vincent Cavanagh, qui rappelle carrément celle de Roland Orzabal, le leader de Tears For Fears.
Ici encore, les rockers puristes vont détester l’orientation purement lyrique et émotionnelle de compositions outrageusement mélancoliques, qu’ils taxeront volontiers, en toute mauvaise foi, de musique de fille.

Les défauts :
Un seul défaut : La chanteuse Lee Douglas. Si elle est dotée d’une très belle voix, son absence totale de charisme et de personnalité n’en fait en rien une artiste à même de mériter une place de chanteuse de tête. Le talent de Vincent Cavanagh n’est du coup pas mis assez en avant (mais qui donc est le leader de ce groupe ?) et ça restreint un peu l’esprit rock de la formation.

Note : 9,9/10

© Snapper Music

Si vous avez aimé, impossible de faire l’impasse sur UNTOUCHABLE PART. 1, ARIEL, ANATHEMA, SUNSET OF AGE, INTERNAL LANDSCAPES, UNIVERSAL, BACK TO THE START et THE OPTIMIST.

Cet article est à présent terminé. Comme d’habitude, il s’agit d’une liste tout à fait subjective et dans le genre prog très pop (NEW-PROG), on pourrait aussi y ajouter les groupes Sylvan, Nine Stones Close, Blackfield, No-man, voire Radiohead et Muse pour un rapprochement avec la scène du rock alternatif. Mais le courant Neo-prog est aujourd’hui si foisonnant qu’il est composé de nombreux autres groupes, dont certains offrent des compositions beaucoup plus denses et beaucoup moins pop que celles que je vous ai proposées. Si Storm Corrosion, Eternal Journey, Devin Thonsend Project ou Antimatter lorgnent davantage sur l’héritage de Dream Theater (ça c’est le métal progressif), si RPWL ou Innerspace s’évertuent à citer Pink Floyd, des groupes comme The Flower Kings, Kaipa, Spock’s Beard, Unitopia, Karmakanic, Big Big Train, The Mars Volta ou The Tangent proposent des albums plus complexes, plus expérimentaux, moins easy listening, dans la veine des groupes 70’s les plus extrêmes, comme Yes, Emerson, Lake & Palmer, Van Der Graaf Generator ou Amon Düül II. Demandez-en une liste à Présence, il connait bien !

Bref. Vous aurez compris que nous avons là un courant d’une richesse incomparable, que les vieux croutons du rock intègre essaient tant bien que mal de réfréner. Parions qu’ils vont finir par jeter l’éponge ! Un signe ? Alors que les groupes post-punk qui tiennent le podium sur France Inter et le haut de l’affiche dans les magazines rock sont oubliés trois mois plus tard, les groupes de Néo-prog (qui ont pour la plupart dépassé la barre des dix albums !) commencent à bénéficier d’une fan-base de plus en plus solide et élargie. Vous ne les entendrez pas à la radio, mais par le biais de nouveaux réseaux de diffusion (Internet et Youtube en particulier), la réalité tend à me donner raison.

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Bonus : Pas de quartier pour les puristes ! Voici l’un des titres du grand Led Zeppelin qui montre qu’il y a un paquet de groupes de rock qui n’ont jamais eu peur de s’aventurer sur les terres du prog !

80 comments

    • Bruce lit  

      Super article Cyrille, j’adore !
      Si tu veux le recycler, il faudrait peut-être approfondir un peu plus la fin.

      • Jyrille  

        Merci beaucoup Bruce. Je vais y songer !

  • Eddy Vanleffe  

    Je viens d’écouter Archives et je connaissais, je l’avais entendu sur CLASSIC 21, j’étais persuadé que c’était un PInk Floyd que je ne connaissais pas… c’est un super titre..J’adore… merci d’avoir fait remonter ce poisson.

    Pour ce qui est de la discussion…
    j’ai une allergie aux gourous…donc Rock et Folk direction poubelle, ça fait 20 ans facile qu’ils ignorent dans quel sens tourne la planète et qu’il veulent faire croire qu’ils sont aux commande…
    Le net existe pour mettre fin à leurs hégémonie toxique…
    On aime ce qu’on aime et c’est très bien… de Yoko Kanno à Basil Poledouris, à Supertramp, Beatles, Sex pistols ou Françoise Hardy et même Diam’s…

    • Kaori  

      Dans mes bras…

      Moi aussi, j’aime quelques titres de Diam’s, oups ! ;)

      Bon, plus sérieusement, j’ai écouté plus de la moitié de la liste, j’aime 4 titres et demie sur 6 (et demie, car le 5 commençait mal, mais finit bien :) ).

      La suite à écouter peut-être demain, si j’ai le temps (et que ce p*t*n d’internet ne se déconnecte pas toutes les 5 minutes…) !

  • Eddy Vanleffe  

    Je reviens pour le trois suivants…
    Airbag: j’ai pas trop accroché, c’est vrai que ça rappelle le Floyd mais sans un truc important… je ne sais quoi mais la chanson m’ennuie assez vite…

    Gazpacho: Vraiment cool, on ne voit pas passer les 17 minutes, on a juste l’impression qu’ils prennent leur temps et du coup on a des surprises quand la voix surgit ou mieux quand la batterie donne une autre orientation à la chanson. la guitare volontiers saturée donne une pesanteur très sympa

    Procupine Tree: est-ce le fait que ce soit en live et donc très « direct », mais j’ai adoré..,J’écoute des trucs comme ça régulièrement j’appelais ça du hard planant… maintenant je sais que c’est du new prog…

    • Tornado  

      Le choix du live ou du studio : En général je préfère écouter les versions studio car j’ai le goût des versions léchées, mixées et épurées. Mais parfois c’est la version live qui l’emporte. Porcupine Tree, c’est encore meilleur en live !
      C’est l’inverse pour le titre de Riverside. La version studio est meilleure. Mais je voulais rendre hommage au guitariste Piotr Grudziński (décédé en 2016), dont j’adorais le look Brando/Apocalypse Now/version jeune.

      • Eddy Vanleffe  

        Perso j’alterne selon mes humeurs…j’adore le son très propre de gens qui ont fignolé leur truc pendant des mois (c’est mon côté Beatles je suppose) et du coup j’aime les Kate Bush et son côté sorcière de studio mais souvent je reviens vers guitare/basse/batterie/clavier dont j’ai l’impression qu’ils jouent devant moi… c’est mon côté hard rock dont les live sont toujours meilleurs puisque débarrassés (le plus possible) des artifices… c’est le show, la performance et le direct..;comme voir un match de boxe…
        En ce moment j’avoue me pencher de nouveau vers Mike Oldfield ou ce genre de chose…
        Ta sélection tombe donc à point (je note Archives pour les miennes…)
        Bon en fin de liste et ça me permettra d’économiser une écoute, je peux dire que j’adore Anathéma et son coté Floyd Metal… ce sont les premiers que j’ai connu dans le genre et mes préférés…

        • Tornado  

          N’hésite pas (si tu en as le temps) à écouter les suggestions d’autres titres que j’ai mises en dessous de chaque vidéo.

  • Bruce lit  

    Tiens, hier je me suis acheté l’oST de POPOL VUH (sic) de AGUIRE, LA COLERE DE DIEU.
    Si, ça, ce n’est pas du prog’….

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