A la redécouverte de la lecture

Chaperon Rouge par Danijel Žeželj

Un conte plus noir que rouge

Un conte plus noir que rouge©Mosquito

AUTEUR : Présence

VF : Editions Mosquito

Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre. Il est initialement paru en 2015, écrit, dessiné et encré par Danijel Žeželj (un artiste croate). Il est en noir & blanc, et reprend le conte du petit chaperon rouge. Il présente la particularité d’être dépourvu de tout texte, pas de phylactère, aucun mot, sans dialogue.

Cet article est dédié à Matt et Maticien, spécialiste de la BD abstraite.

En page d’ouverture, le lecteur contemple une forêt de pin, éclairée par le soleil, avec une impression de sécheresse. Puis il voit un oiseau s’élever au-dessus de la cime des arbres, tenant dans ses serres un petit rongeur inidentifiable. Dans une clairière, sur une pierre plate légèrement surélevée, un individu est assis dans une position d’attente, avec ce qui semble être une lance dressée vers le ciel. Il porte une capuche couvrant sa tête, et masquant ses traits. Le regard du chasseur est impénétrable.

Des arbres totémiques

Des arbres totémiques©Mosquito

Non loin de là, un loup l’observe depuis les fourrés. La cheminée d’une maison crache sa fumée dans le ciel, au beau milieu d’une clairière. Dans cette maison une femme prépare des gâteaux en forme de cœur. Elle les retire d’un plat que l’on devine sorti du four et les met dans un panier qu’elle recouvre d’un tissu avec un motif en damier. Elle confie le panier à une jeune fille (sûrement sa fille) qui s’en va et pénètre bientôt dans la forêt.

Il serait possible de continuer ainsi le récit de cette BD de 48 pages jusqu’à son terme, sans rien révéler de plus que ce que le lecteur potentiel en connait déjà. Danijel Žeželj réalise une adaptation fidèle de l’intrigue du conte de Petit chaperon rouge. Il en a choisi une version classique, celle la plus connue, celle qui est lue par les parents à leurs enfants. Voilà un bien étrange projet bédéique qui consiste à raconter une histoire que le lecteur connaît déjà, en se privant des mots dans la narration. De fait le lecteur attiré par cette expérience sait par avance qu’il s’aventure dans des pages dont l’objectif n’est pas de faire découvrir une intrigue, mais dont l’enjeu est la manière dont cette histoire déjà connue par avance est racontée.

Loup y es-tu ?

Loup y es-tu ?©Mosquito

Concrètement si le lecteur n’a aucune envie de redécouvrir le conte du Petit Chaperon Rouge (en abrégé PCR), il vaut mieux qu’il passe son chemin, s’il veut un récit clair et explicite également. En choisissant cette forme, l’auteur adopte un mode de communication qui nécessite une participation active de la part du lecteur. Ce dernier ne peut pas se contenter d’absorber les informations comme une simple histoire n’ayant de valeur que pour son intrigue, ou pour la personnalité des protagonistes. Il doit faire preuve de lecture active (comme on parle d’écoute active), interpréter ce qui lui est montré, repérer les symboles, rétablir une causalité entre 2 événements. Cet exercice est d’autant plus interprétatif que le lecteur est obligé de repasser par les mots, par une verbalisation pour s’y livrer, alors que la narration est exclusivement visuelle.

C’est bien volontiers que le lecteur plonge dans cet ouvrage car les images sont magnifiques dès la couverture. Danijel Žeželj réalise des dessins qui semblent avoir été effectués à grand coup de pinceau large et vif, avec une encre bien noire et épaisse. Les futs des sapins donnent l’impression de s’élancer vers le ciel, comme s’ils avaient été matérialisés d’un coup vif de pinceau de bas en haut, la largeur allant en diminuant alors que l’artiste lève progressivement son outil. Les branches sont ajoutées par la suite dans un mouvement descendant, se chevauchant, masquant la lumière du soleil, dans un désordre presque belliqueux. La lumière subsiste par endroit, avec zones blanches irisées montrant qu’elle doit lutter contre la pénombre installée par les branchages. Dès cette première page de l’histoire (page 7) le lecteur perçoit la force de ce milieu naturel, son mystère, ses ténèbres propices aux rencontres néfastes, un environnement peu accueillant pour la vie humaine.

Le rapace dans la chaîne alimentaire

Le rapace dans la chaîne alimentaire©Mosquito

Le premier personnage à apparaître est un rapace qui vient de prendre un rongeur non identifié dans ses serres. Le lecteur entre de plain-pied dans le mode de représentation de l’artiste. Dans la troisième case de la page 3, il est facile de reconnaître la silhouette d’un rapace, ailes écartées, même s’il s’agit plus d’une ombre chinoise épurée. Grâce à cette identification, le lecteur peut alors saisir le sens du dessin dans la case précédente : la forme des ailes en surimpressions sur celle du faîte des sapins. Danijel Žeželj a épuré ses dessins jusqu’à ce que parfois il ne subsiste plus qu’une forme épurée, nécessitant un effort de la part du lecteur pour l’interpréter.

Ce n’est pas le seul mode de représentation. Page 12, l’artiste montre la cuisine en vue de dessus, en représentant, le fourneau, une poêle, la mère en train de remplir le panier, le Chaperon qui joue avec son chien, un vaisselier, les lames du parquet. Le registre graphique va donc du figuratif détaillé jusqu’aux formes quasi abstraites. Charge au lecteur de reconnaître ces formes, en interprétant des tâches noires sur une feuille de papier. Žeželj joue avec le lecteur jusqu’à la paréidolie. Telle case est-elle figurative ou abstraite ? Y a-t-il un élément concret de représenté, ou s’agit-il d’un leitmotiv ? Ou encore s’agit-il d’un détail extrait de son contexte pour aboutir à une composition abstraite pour évoquer une émotion ou un sentiment ? En fonction des pages et des cases, la réponse se situe dans l’une ou l’autre des catégories, et c’est au lecteur qu’il appartient de se repérer. La reconnaissance des formes dessinées s’apparente alors une recherche de sens qui se confond avec l’identification des schémas (de sens ou narratifs). Il se produit un phénomène d’interpénétration entre l’exercice de la lecture et celui de la compréhension, comme si le lecteur devait réapprendre à lire.

Des gâteaux en forme de cœur

Des gâteaux en forme de cœur©Mosquito

Parmi les outils narratifs visuels, le lecteur voit apparaître un ou deux leitmotivs visuels. Le premier est facile à repérer : il s’agit de la forme du cœur. Les gâteaux préparés par la maman sont en forme de cœur (page 12), et cette forme réapparaît sur la façade de la maison de Grand-Mère (page 27). La dernière case de la page 40 représente une forme de traînée s’élevant vers le haut, avec quelques tâches. Bien concentré, le lecteur se rappelle qu’il a vu le même motif inversé (la traînée d’encre allant vers le bas), en page 36 pour représenter la queue du loup en train d’osciller. Charge au lecteur d’en déduire un sens à partir de ce rapprochement visuel.

Parfois, il ne s’agit pas d’un leitmotiv, mais plutôt d’une case qui prend du sens grâce à la suivante. Ainsi page 33, le lecteur découvre un dessin pleine page, totalement abstrait, hors de contexte, sans lien avec la page précédente. Ce n’est qu’en tournant la page qu’il comprend ce qui est représenté. Par contre, il lui appartient là aussi de projeter un sens sur le choix de ce dessin à cet endroit, et sur la raison pour laquelle l’artiste lui a donné une telle importance en lui accordant une pleine page.

L’innocente et la bête

L’innocente et la bête ©Mosquito

À de rares reprises (moins de 5), le lecteur tombe sur une case incompréhensible. Il a beau chercher un lien logique avec la séquence précédente, ou un lien visuel en rapprochant des formes, la forme dessinée reste abstraite, ne livrant pas de sens (par exemple le dessin pleine page de la page 32 qui exige beaucoup de supputations de la part du lecteur, peut-être un chemin ?), laissant le lecteur sur une incompréhension.

Les grands coups de pinceaux de Danijel Žeželj confèrent une présence extraordinaire à la forêt, une présence peu commune aux personnages. Pourtant ce conte comprend peu de personnages : le Chaperon Rouge, le Loup, le Chasseur (l’auteur a préféré le chasseur des frères Grimm au bûcheron de Charles Perrault), et à la rigueur la mère du Chaperon (qui apparaît le temps de 4 cases), ainsi que la grand-mère. Comme dans le conte, aucun d’entre eux ne bénéficie d’un nom, par la force des choses ici puisqu’il s’agit d’un récit dépourvu de tout mot. Ils sont eux aussi représentés à grand coup de pinceau, tout à fait reconnaissables dans la mesure où l’artiste a opté pour des visions archétypales. Il a tendance à leur conférer un aspect romantique, dans la mesure où il utilise régulièrement un angle de vue en contreplongée, leur donnant ainsi une position dominante sur la scène et sur le lecteur.

Promenons-nous dans les bois

Promenons-nous dans les bois ©Mosquito

Sous réserve de jouer le jeu de la lecture active, le lecteur plonge dans un environnement graphique épatant, presqu’hypnotique dans sa dimension exclusivement visuelle qui nécessite de se concentrer, donc de s’investir, pour pouvoir formuler dans son esprit la trame narrative liant les dessins entre eux. Dès la première page, une autre dimension ludique apparaît : le jeu des différences. Ainsi le lecteur se demande comment l’auteur va mettre en scène la rencontre entre le Loup et la Chaperon dans les bois, quel genre de dessins il va réaliser pour le jeu de questions & réponses (Grand-Mère comme tu as de grandes dents !), et quelle fin il aura choisi (celle de Perrault, celle des frères Grimm, une autre). Il voit apparaître avec étonnement une structure de nature industrielle en page 16. Le ciel constellé de noir à son sommet évoque la fumée rejetée par la cheminée de la maison du Chaperon Rouge. Se pourrait-il que cette version comporte une dimension écologique ?

Sans en révéler plus, cette version contient effectivement une poignée d’éléments supplémentaires (toujours sous forme graphique) qui conduisent le lecteur à s’interroger sur le sens voulu par l’auteur dans sa version de ce conte classique. Le choix du noir & blanc tendrait à faire penser que Danijel Žeželj n’a pas souhaité insister sur une approche psychanalytique dans laquelle le rouge figure le désir, et la délivrance du ventre du loup, une forme de renaissance ou d’entrée dans la vie adulte. Par contre le rapprochement de la forme du chasseur se déplaçant dans les bois avec celle du Loup courant dans les bois peut aiguiller vers la position sociale de manger ou être mangé, au sens propre comme au figuré. Cette façon de voir s’accorde bien avec la scène d’ouverture dans laquelle un rapace s’envole avec sa proie dans ses serres, illustrant la conséquence mortelle du positionnement arbitraire de l’individu dans la chaîne alimentaire.

L'homme civilisé contre la bête sauvage

L’homme civilisé contre la bête sauvage ©Mosquito

Si le cœur lui en dit, le lecteur peut aussi y voir une morale assez basique dans laquelle la curiosité de l’enfant l’amène à prendre des risques qu’il ne soupçonne pas (la gentille curiosité du Chaperon dans les bois), et à en subir les conséquences, pour finir par être tiré d’affaire par un adulte compétent (le chasseur), en espérant qu’il en tire une leçon. En fonction de sa sensibilité et de sa culture, le lecteur pourra projeter d’autres interprétations dans cette version. D’une manière saisissante, Danijel Žeželj représente le chasseur comme un guerrier armé d’une lance, peut-être à la peau noire, évoquant l’archétype de Queequeg dans Moby Dick(1851) d’Herman Melville. Le lecteur a alors la liberté de projeter une interprétation spirituelle entre les forces de la nature et le chasseur armé par la civilisation, l’enfant devant quitter l’inné pour aller vers l’acquis. La fin du récit (les 8 dernières pages) suggère encore une autre interprétation, revenant dans le domaine psychanalytique, sur le rapport entre le masculin et le féminin, et une forme de spiritisme.

À la fin de cette histoire, le lecteur en ressort rafraîchit, avec un questionnement élargi sur sa condition humaine. Il a l’impression d’avoir réappris à lire, d’avoir redécouvert les mécanismes de la lecture, d’avoir vu ce conte par les yeux d’un autre, tout en participant à cette version différente. Il a plongé aux côtés du Petit Chaperon Rouge dans une forêt épaisse et mystérieuse, pour vivre des événements extraordinaires et oniriques, dans un monde pas entièrement déchiffrable, et pourtant porteur de sens. Danijel Žeželj a ré-enchanté l’exercice de la lecture.

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« Independance Week » 4/6
Le petit chaperon rouge et le loup. Un conte millénaire que tout le monde connaît et que l’artiste croate Danijel Žeželj raconte pourtant à SA manière sans phylactère, dialogue mais en ombres inquiétantes. Promenez vous dans les bois avec Présence !

La BO du jour : on peut être un tout jeune groupe de rock et chanter le grand méchant loup :

27 comments

  • Patrick 6  

    Bigre ! Une histoire que tout le monde connaît, pas de dialogue, une ambiance austère… A priori rien de bien excitant et pourtant tu arrives à nous le vendre ! Well done Mister Presence 😉
    Blague à part j’avais déjà vu des BD de cet auteur qui m’avaient interpellées; mais je n’avais pourtant pas osé m’y plonger. A tort manifestement. Merci à toi d’éclairer ma lanterne. Je suis séduit par la recherche graphique et la discours psychanalytique sous jacent je vais donc me pencher sur la question asap !

    • Présence  

      Ce fut une de mes lectures de Noël et j’ai été transporté comme rarement, dans la vision de l’auteur. Je ne savais que ce article suivrait celui sur Sergio Aragonès, mais on en revient à la discussion d’hier sur le fait que la même histoire dessinée par 2 artistes différents n’aura pas le même goût et ne racontera pas exactement la même chose.

  • Lone Sloane  

    Ton titre donne le ton, et la démarche de lecture, que tu décris avec minutie pour ceux qui souhaitent s’aventurer dans cette forêt d’épineux à l’encre noire (très belle description du travail de l’artiste pour les sapins), invite à prendre son temps et ne pas tourner les pages trop rapidement.
    On retrouve ce format sans phylactère ni texte (ou un texte qui vient en complément musical pour ajouter un sens, la voix, à l’expérience de lecture) dans certains albums jeunesse. C’est un exercice que j’ame faire avec mes enfants, où les détails du travail, les associations d’idées soulevées par les images et le choix de la technique picturale, nous amènent à réfléchir, s’amuser et s’émerveiller de la créativité des artistes et à approcher parfois la beauté ou l’émotion.
    Enfin le rapprochement que tu proposes pour le chasseur avec le personnage de Queequeg est l’occasion de rapprocher deux des animaux fantastiques les plus emblématiques de la vie sauvage et du danger.

    • Présence  

      J’avais lu plusieurs BD d’une même série avec ma fille : Polo, de Régis Faller, avant qu’elle ne sache lire. Ainsi elle pouvait me raconter l’histoire sur la base des dessins, inversant les rôles (elle qui racontait, moi qui écoutait). C’était une expérience très enrichissante, l’incitant également à formuler des phrases plus complexes, à employer un vocabulaire plus diversifié.

      Mon commentaire sur amazon

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      • Lone Sloane  

        C’est un bon conseil, et la perspective de moments particuliers entre nous, l’encre et le papier, merci

  • Matt & Maticien  

    Merci Présence de m’avoir dédié cet article. Je suis très honoré (même si bien entendu je décline le titre que tu m’as généreusement attribué de spécialiste; ). J’ai lu avec un très grand plaisir cet article qui se conclut magistralement sur un ré enchantement de la lecture.
    on devine grâce à ton article la force vitale de ce récit. les illustrations me semblent donner une dimension épique à ce conte.

    J’ai le sentiment à te lire que le non dit de ce conte (violence initiatique de la prédation, du désir. ..) est exposé clairement dans ce récit silencieux et contemplatif. une réelle réinvention du conte qui tire pleinement profit du format bd entre séquentielle et temps long de la contemplation. bref, il faut que je lise cela de toute urgence.
    voilà une belle journée qui commence. merci

    • Présence  

      Et pourtant tu restes, pour moi, un modèle inégalable avec une adaptabilité surhumaine te permettant de passer de Balthazar (commenter une œuvre incompréhensible et inachevée, il faut du courage, voire de l’inconscience) à Trotro.

  • Matt  

    Il me semble que ce conte a bien des versions différentes, et certaines moins heureuses. Difficile de remonter à sa genèse sachant qu’ils viennent d’une tradition orale, mais je ne suis pas convaincu de la symbolique associée à la délivrance du ventre du loup pour une histoire avec tant de variantes. Il existe des versions anciennes où il n’y a pas de gentil chasseur (ni bucheron) qui vient sauver tout le monde. La grand mère et le chaperon se font bouffer, fin de l’histoire. Le personnage aurait été ajouté par la suite, surement pour édulcorer le conte. D’ailleurs je crois qu’une des premières versions de Perraut se terminait sans bucheron.
    Bon vous allez me dire qu’on peut trouver des symboles et interprétations dans n’importe quoi, pas besoin que ce soit la première ou la dernière version. Mais en l’absence d’intention claire d’un auteur derrière, je me garderais bien d’associer ce symbolisme à quelque chose de voulu à la base.

    Dans une réinterprétation de l’histoire comme c’est le cas dans cette œuvre par contre, c’est différent. C’est clairement une œuvre avec une vision d’auteur grâce à la partie graphique originale. Je trouve le rendu très joli et tu nous le vends bien Présence. Je pourrais être tenté. A voir.

    Sinon je crois qu’il y a pas mal de contes qui à la base sont assez violents avant d’avoir été réécrits pour les enfants.

    • Présence  

      Bien des versions différentes – Oui, c’est ce que j’ai compris aussi. De mon point de vue, cela justifie pleinement que Danijel Žeželj en donne son point de vue, comme les conteurs au moyen-âge.

      La réécriture des contes – J’ai en tête la même notion que beaucoup ont été aménagés pour être moins traumatisants pour les enfants, en particulier avec des fins plus heureuses. Néanmoins, génération après génération, les enfants sont traumatisés par la mort de la maman de Bambi. Même passés à la moulinette Disney, ces contes conservent des moments cathartiques.

  • Tornado  

    Présence m’a généreusement offert ce livre l’an dernier.
    Je me souviens que l’on était à l’hôtel avec des copains, et que la BD passait de mains en mains, faisant l’unanimité du point de vue de sa splendeur graphique et de la force de ses planches. Mais les copains en question regrettaient qu’elle se lise un peu vite.
    Quant à moi j’ai attendu d’être seul, à tête reposée avant de la lire. Je l’ai lu également un poil trop vite. Et j’ai pris conscience, comme l’écrit Présence, qu’elle nécessitait un effort bien supérieur de la part du lecteur, qu’une simple lecture d’une traite.
    J’attends donc de la relire une seconde fois, avant de me prononcer réellement sur sa toile de fond, qui nécessite probablement plusieurs visites avant d’en saisir tous les éléments constitutifs.

    En tout cas, superbe travail d’analyse que nous livre là notre chroniquer tout terrain !

    • Présence  

      Je confirme : ne lire cette BD que pour l’histoire, ça prend un quart d’heure, même en appréciant les dessins. On connaît déjà l’histoire + il n’y a pas de texte = ça va très vite.

      Pour écrire cet article, j’avais la BD à côté de moi et je l’ouvrais à chaque paragraphe pour vérifier ce que me disait ma mémoire, pour rechercher des correspondances de page en page, et pour me contraindre à analyser les séquences qui m’avaient semblé déplacées à la première lecture. Comme dirait Bruce, cette BD offre un premier plaisir à la lecture initiale par la beauté de ses planches, et les relectures successives apportent de la valeur supplémentaire. Elle invite même à la parcourir à nouveau de manière non linéaire pour relier des passages entre eux, chercher des leitmotivs, constater des similitudes visuelles, etc.

  • Jyrille  

    Encore une bd dont je n’avais jamais entendu parler. Pourtant je pense que Zezelj est un dessinateur à suivre et sans doute l’un des plus marquants et marqué de ces dernières années. Son style est immédiatement reconnaissable et éblouit tout le monde – moi y compris.

    Je ne me souviens pas avoir laissé mes enfants me lire des histoires sans image mais cela a dû arriver, notamment avec OVNI de Parme et Trondheim. C’est une belle idée, Présence.

    Ton article est impeccable car comme toujours tu pars de faits pour te faire une opinion originale de l’œuvre et de ses intentions. Je suis convaincu et vais tâcher de me trouver ça rapidement. Merci pour la découverte !

    • Présence  

      Comme toi, je reconnais tout de suite des pages de Danijel Žeželj. Je me souviens encore de l’épisode de Scalped qu’évoque Pierre N (épisode 35) dans lequel un vieux couple vit à l’écart de la ville principale de la réserve. Les dessins de Žeželj donnaient une présence incroyable à ces personnages, et une qualité organique abrasive à l’environnement.

  • PierreN  

    Depuis Scalped, j’ai bien envie de découvrir d’autres oeuvres de ce dessinateur, et ce que je vois là ne fait que renforcer mon intérêt.

    • Présence  

      Cet épisode Scalped était incroyable d’intensité.

      Les éditions Mosquito ont édité la plupart de ses ouvrages en français : Congo Bill, King of Nekropolis, Babylone, Tomsk-7, La mort dans les yeux, Le rythme du cœur, Sexe & violence.

      Il vient de paraître le deuxième et dernier tome d’une histoire qu’il a illustré, sur un scénario de Brian Wood, éditée par Image Comics : Starve.

      • Jyrille  

        Le seul que je possède est King or Nekropolis. Très beau mais le scénario n’a rien d’original.

        • Présence  

          Dans ma pile de lecture, m’attendent Le rythme du cœur, Congo Bill et les 2 tomes de Starve. J’avais également lu Luna Park (scénario de Kevin Baker) dont l’histoire ne m’avait pas convaincu, El Diablo (scénario de Brian Azzarello) un western très noir. Zezelj a aussi illustré un épisode de la série The Massive et 2 épisodes de la série Northlanders, toutes les 2 écrites par Brian Wood.

          • Lone Sloane  

            Mon souvenir le plus marquant du livre anglo-saxon de Northlanders est l’histoire des trois guerrières vikings dessinée par Zezelj, des femmes implacables, hiératiques et féroces

      • Matt  

        J’attends de lire cet épisode de Scalped maintenant que j’ai commencé à m’acheter la série. Mais ce n’est pas avant le tome 7. ça n’arrivera pas tout de suite^^

        Luna Park m’avait attiré il y a quelques années par sa couverture. Mais je ne l’ai pas pris. Apparemment je n’ai pas loupé un chef d’œuvre.

        • Jyrille  

          Pareil que toi, je n’ai que les quatre premiers tomes…

  • Tornado  

    Oh purée ! Je viens de me souvenir de cet épisode de Scalped dessiné par Zezeldj (bien vu, Pierre !), et je confirme qu’il était exceptionnel.
    On en parlait hier, mais voilà le genre de dessinateur au dessus du lot dont je me sentirais « obligé » de parler dans un article ou un commentaire, contrairement à la plupart des dessinateurs de comics mainstream.

  • Matt  

    Pour ceux qui n’ont pas vu Jin Roh (qui signifie la brigade des loups), magnifique long métrage animé japonais, il y a tout un parallèle avec l’histoire du petit chaperon rouge dans un Japon d’après guerre dystopique. Des filles membre d’une organisation terroriste sont des porteuses de bombes et surnommées les petits chaperons rouges. Un membre de la brigade en tuera une et en sera traumatisé. Une histoire sentimentale entre lui et une autre fille fera écho à un conte du chaperon rouge lu en voix off. Un conte extrêmement gore où personne ne vient sauver la fille du loup, et où le chaperon mangera et boira vin et viande chez sa mère grand alors qu’un petit oiseau lui soufflera « c’est le sang de ta mère que tu bois » ou « c’est la chair de ta mère que tu manges »
    J’ignore complètement si c’est une extrapolation du conte pour l’associer au cadre de l’histoire ou s’il existe une version hardcore comme ça…mais c’est spécial.
    Et l’anime vaut vraiment le coup. Mais pas pour les enfants du tout !

  • JP Nguyen  

    Pfiou, certaines cases ont l’air vraiment très abstraites !
    Du même dessinateur, j’ai lu Luna Park il y a quelques années. Et aussi du fameux épisode de Scalped déjà mentionné dans d’autres commentaires…. Ainsi que le début du second arc de Desolation Jones…
    Je reconnais que Zezelj assure grave au niveau dessin et que ses illustrations possèdent une forte personnalité, instaurant une ambiance très particulière…. Pour autant, je ne suis pas vraiment fan. Je lirai avec attention ce petit Chaperon à l’occase si je tombe dessus en médiathèque mais ne chercherai pas à en faire l’acquisition…

    • Présence  

      Le début du deuxième tome de Desolation Jones… mais c’est aussi ésotérique et légendaire que la vidéo porno d’Hitler !

  • Jyrille  

    Je viens de le lire. J’ai été épaté par le dessin, comme je m’y attendais, par contre, je n’ai pas pu (faute de temps) avoir une vraie lecture active comme tu le dis si bien. Du coup j’ai trouvé ça très beau mais un peu trop froid. Je pense qu’il faudrait que je me la trouve pour pouvoir la regarder et la relire (oui) quand je veux. Ce n’est pas comme si le dessin était repoussant. C’est un très bel objet, déjà.

    • Jyrille  

      Et je ne connaissais pas la BO de ce jour-là, c’est pas mal dites-moi. Un petit côté Rocket From The Crypt.

    • Présence  

      J’avais également été séduit par la qualité de l’objet. Il y a un plaisir plastique immédiat à s’imprégner de ces pages. Comme toi, ma première lecture un peu rapide m’avait laissé sur ma faim, avec des images qui ne faisaient pas sens.

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