A Priest for the King ! (Review Black Panther)

Par : JP NGUYEN

1ère publication le 02/03/17. Mise à jour le 13/02/18

En noir et or, toutes griffes dehors…

En noir et or, toutes griffes dehors…© Marvel Comics

Black Panther Volume 3 par Christopher Priest et collectif

VO : Marvel

VF : Panini

Cet article portera sur le run de Black Panther par Christopher Priest, plus précisément sur les numéros 1 à 49, publiés entre 1998 et 2002, qui ont été récemment réédités par Marvel dans 3 épais volumes « The Complete Collection » en couverture souple. Le volume 4 (numéros 50 à 62), avec un porteur différent du costume de Black Panther, fera l’objet d’un autre article.
En VF, la série a été publiée dans le mag Marvel Knights puis en format Marvel Monster.

Avertissement : prenez soin de vous munir d’une machette pour progresser à travers la jungle de cet article infesté de spoilers…

Une Panthère ressurgie de la brousse (Lit)

Historiquement, Black Panther est tout simplement le premier super-héros noir. Créé en 1966 par Stan Lee et Jack Kirby, il apparaît dans Fantastic Four 52 puis rejoindra l’équipe des Avengers dans le numéro 52 (décidément) en 1968. Sous le masque noir, on découvrait T’Challa, souverain d’une contrée secrète de l’Afrique, le Wakanda, pays technologiquement très avancé et détenteur d’une ressource naturelle très précieuse : le vibranium, métal fictif marvelien aux propriétés remarquables et objet de bien des convoitises. De 1973 à 1979, le personnage aura droit à ses aventures en solo dans le magazine Jungle Action puis dans son propre titre, sur une quarantaine de numéros environ. Il faudra ensuite attendre 1988 pour le voir réapparaître dans une mini-série en 4 numéros puis encore deux autres histoires parues entre 1989 et 1991. C’est donc au bout d’une seconde traversée du désert qu’en 1998, une nouvelle série du personnage est lancée, sous le label Marvel Knights.

La série rendra parfois hommage à ses devancières, comme sur la cover du numéro 17, basée sur la composition de celle de Jungle Action 8

La série rendra parfois hommage à ses devancières, comme sur la cover du numéro 17, basée sur la composition de celle de Jungle Action 8© Marvel Comics

Le retour du Roi (et de sa Cour)

Le personnage de Black Panther n’était pas le premier choix du scénariste Christopher Priest, un auteur déjà expérimenté (il s’était déjà occupé de Spidey dans les années 80 et avait écrit sa première rencontre avec Wolverine sous le nom de Jim Owsley). Pour Marvel Knights, il aurait souhaité écrire Daredevil mais la série avait été préemptée par Kevin Smith et Joe Quesada. Priest n’a néanmoins pas été avare d’idées pour relancer un héros qui était un peu passé au second plan de l’univers Marvel.

Tout d’abord, il a singulièrement boosté les capacités de la Panthère, en lui donnant toute une panoplie de gadgets high-tech (lentilles de vision nocturne, griffes et semelles de vibranium, dague d’énergie, carte Kimoyo pour les communications électroniques). Niveau personnalité, T’Challa, qui n’était déjà pas un joyeux drille, est devenu carrément plus ombrageux, avec un côté froid et calculateur. Dans certaines scènes, la Panthère évoque carrément un certain homme-chauve souris de la Distinguée Concurrence. En interview, Priest a cependant indiqué qu’il ne s’était pas inspiré de Batman mais d’un de ses ennemis les plus redoutables : Ra’s Al Ghul !

Assez costaud pour étaler Mephisto !

Assez costaud pour étaler Mephisto !© Marvel Comics

Le roi du Wakanda s’est également vu affublé de toute une suite, avec l’imposant Zuri, ancien compagnon d’armes de son père T’Chaka et les Dora Milaje, à la fois gardes du corps et courtisanes. Priest introduira aussi les Hatut Zeraze ou Chiens de guerre, une unité de police secrète wakandienne arborant des costumes similaires à la Panthère, mais de couleur blanche, et dirigés par Hunter, alias le White Wolf, frère adoptif de T’Challa. Mais le personnage-clef du run du Priest, c’est l’agent Everett K. Ross, du département d’Etat, en charge d’escorter les diplomates étrangers en visite sur le sol américain. Personnage à vocation comique, inspiré de Chandler Bing (de la série Friends), il jouera souvent les candides mais assurera aussi une narration intradiégétique, parfois horripilante car déstructurée…

Non content d’introduire tout ce petit monde; Priest réutilisera les personnages de Ramonda (la marâtre de T’Challa), de Monica Lynne et Nikki Adams (anciennes conquêtes de T’Challa). La série accueillera régulièrement des super-héros invités : les Avengers, Hulk, Moon Knight, Wolverine, Storm, Iron Fist, Power Man, Falcon…

La Panthère parmi les belles, la brute et le bureaucrate…

La Panthère parmi les belles, la brute et le bureaucrate…© Marvel Comics

Au début de la série, l’ennemi désigné de Black Panther est Achebe, un révérend africain originaire d’un pays voisin du Wakanda, en proie à des querelles interethniques. Pendant que T’Challa est à New-York pour régler un scandale de détournement de fonds dans une fondation de bienfaisance financée par le Wakanda, Achebe sème le trouble et manœuvre pour prendre le contrôle du pays. Méchant assez azimuté aux origines bien glauques, Achebe aurait fait un pacte avec… Mephisto ! La confrontation entre le prince des ténèbres et la Panthère Noire sera étonnamment musclée, avec une issue surprenante…

Par la suite, pour donner du fil à retordre à la Panthère, Priest convoquera pas mal de têtes connues du monde Marvel. Si certains seront d’un niveau de pouvoir équivalent au leader wakandien, comme Kraven le Chasseur, Eric Killmonger ou M’Baku l’homme singe ; Priest concoctera aussi des intrigues opposant le roi du Wakanda à des pointures comme Doctor Doom, Namor et Magneto !

La Panthère vs Namor (la poussière)

La Panthère vs Namor (la poussière)© Marvel Comics

Dessine-moi une Panthère

Côté dessin, la série mettra un peu de temps à trouver un artiste régulier. Mark Texeira lance la série (en s’appuyant sur des découpages de Joe Quesada) et travaille pour l’occasion ses planches au lavis, livrant une très belle prestation. La Panthère est puissante et en impose, les femmes sont sexy, Achebe est bizarre et inquiétant tandis que Everett K. Ross est ridicule juste ce qu’il faut… Les couleurs de Brian Haberlin viennent rehausser le tout et les 4 premiers numéros sont graphiquement très réussis.

Mais Texeira quitte le navire avant même la fin du premier arc dont la conclusion, au 5ème numéro, est illustrée par Vince Evans dans un style un peu plus quelconque. Joe Jusko (#6 à 8), dans un style également peint, Mike Manley (#9-10), avec un trait cartoony pas vraiment raccord et Mark Bright (#11-12) assureront de courts intérims avant l’arrivée de Sal Velluto en tant que dessinateur régulier au numéro 13.

On peut quand même porter au crédit de Texeira le redesign du costume de la Panthère, avec le retour de la cape et surtout l’ajout d’éléments dorés, donnant plus de style à une tenue un peu tristoune sinon. Le placement des dorures évoluera au fil de la série, de même que la cape, qui aura tendance à s’allonger. Le relooking de T’Challa me semble moins heureux : le crâne rasé et un bouc au menton, on le confondrait presque avec Luke Cage…

En collants ou en costard, T’Challa a la classe…

En collants ou en costard, T’Challa a la classe… © Marvel Comics

Sal Velluto est un artiste plutôt généreux au niveau des détails que ce soit dans les décors ou dans les anatomies. Il bénéficie de l’encrage fin et minutieux de Bob Almond. Sans être révolutionnaires, les planches assurent une mise en images agréable des histoires mais seront dans un premier temps (#13-17) un peu gâchées par la mise en couleurs clinquante de Brad Vancata. Avec l’arrivée d’autres coloristes, l’ensemble sera plus harmonieux, avec toutefois une tendance à la saturation des couleurs.

D’autres artistes (Kyle Hotz, Jim Calafiore, Jon Bogdanove,, Norm Breyfogle, Jorge Lucas) viendront de temps à autre suppléer le duo Velluto/Almond, faisant toujours regretter l’absence de l’équipe titulaire (à l’exception de Hotz).

Kyle Hotz, mon dessinateur intérimaire préféré

Kyle Hotz, mon dessinateur intérimaire préféré © Marvel Comics

Kyle Hotz, mon dessinateur intérimaire préféré
Super-héroïsme, romance et géopolitique !

Christopher Priest mariera ces trois ingrédients tout au long de son run pour revisiter des trames narratives déjà éprouvées sur un personnage monarchique tel que la Panthère. En tant que héros d’un comicbook Marvel, le règne de T’Challa ne saurait être un long fleuve tranquille. Le Marvel-Zombie veut de l’action ! Alors il faut lui donner du complot, des intrigues de cours, des trahisons, des annexions, des révolutions, des invasions !

Côté cœur, T’Challa est très entouré mais aucune relation durable n’est vraiment développée. Les femmes dans la série sont hélas davantage des « plot-devices » (une belle à secourir, une amie donnant conseil, une mère servant d’alliée politique…) que des personnages à part entière qui donneraient envie de davantage s’investir dans la lecture.

Pas très inspiré dans l’exploration du volet sentimental de la série, Priest est en revanche plus habile dans son approche de l’économie et de la politique. Dans le numéro 18, par exemple, Eric Killmonger fait la leçon à Monica Lynne sur l’économie globalisée et les dérives de la finance spéculative. Dans le même numéro, T’Challa dissout le parlement Wakandais et nationalise les compagnies étrangères. Dans l’arc Enemy of the State II (#41-45), T’Challa engage un bras de fer avec Tony Stark pour le contrôle d’une compagnie de télécommunication et menace aussi d’annexer une île au large du Canada en vertu d’un ancien traité oublié de tous !

Avec tous ces souverains qui tiennent l’affiche, on se croirait dans Gala ou Point de Vue…

Avec tous ces souverains qui tiennent l’affiche, on se croirait dans Gala ou Point de Vue…© Marvel Comics

Panthère ou Chevalier Noir ?

Mais comme on est dans un comics de super-slips, la guerre économique se double inévitablement d’affrontements bien physiques, où Black Panther use fréquemment de la technologie wakandienne ultra-avancée pour avoir le dessus sur ses adversaires. Ce côté « préparé à toutes les situations avec une contremesure pour toutes les menaces » évoque là encore la figure de Batman. Cela renforce l’aura du personnage en faisant de lui un acteur de premier plan de l’univers Marvel mais diminue aussi l’empathie du lecteur envers un être quasi-parfait, qui a toujours tout vu et analysé avant tout le monde.

Autre point rapprochant le roi du Wakanda du Chevalier Noir : Priest révélera que la Panthère aurait rejoint les Avengers pour mieux les connaître afin de se préparer à une éventuelle confrontation. Cet aspect « j’ai des dossiers sur tout le monde » rappelle un arc de la JLA par Mark Waid : Tower of Babel où Batman était exclu de la ligue pour des faits similaires…

Vers le dernier tiers de son run, Priest introduira des nouvelles failles (maladie, culpabilité…) pour humaniser son héros mais perdra également ce lecteur avec une intrigue alambiquée impliquant un double de la Panthère et des voyages temporels. De plus, l’utilisation de nombreuses guest-stars se révélera à double tranchant : elles ancrent la série dans l’univers Marvel mais donnent aussi l’impression d’un défilé incessant ne permettant pas tout à fait à la série de développer sa propre identité.

 Dans une scène onirique, clin d’œil à une ressemblance assumée (#22)

Dans une scène onirique, clin d’œil à une ressemblance assumée (#22) © Marvel Comics

Blague Panther

Si les intrigues ne furent pas toujours abouties, la narration et l’écriture de Priest étaient, elles, très affirmées, avec un style, qui, pour le coup, donnait une vraie personnalité à la série. La caractéristique première des récits était d’être narrés du point de vue d’Everett K. Ross, qui prenait un malin plaisir à raconter certaines choses dans le désordre voire à sauter du coq à l’âne (sans oublier de passer par la Panthère, of course). Ce narrateur interne au récit ne manquait pas d’humour et permettait à Priest de se moquer gentiment des tics et travers de la communauté noire (sans qu’on puisse l’attaquer sur le terrain du politiquement correct, l’auteur étant lui-même un homme de couleur).

L’humour transparaissait aussi à travers le découpage des épisodes en mini-chapitres de longueur variable dont le titre apparaît en haut ou en milieu de page et qui, à l’occasion, pouvait être ironique ou sarcastique… Ainsi, dans le numéro 8, la scène de retrouvailles entre la Panthère et les Avengers s’intitule « Meet the Flinstones ».

Everett K. Ross : un slip normal chez les super-slips

Everett K. Ross : un slip normal chez les super-slips © Marvel Comics

Une panthère noire mais pas sans tâches

Ayant majoritairement entendu de bons échos sur ce run de Black Panther par Christopher Priest, je m’étais lancé dans cette lecture avec enthousiasme. J’en suis ressorti avec un sentiment mitigé, que je formulerais par « des tas de bonnes idées mais une exécution parfois brouillonne (et des dessins bons mais sans plus) pour un plaisir de lecture en dents de scie… ». Tel un Claremont de l’époque des X-Men, Priest lance beaucoup de sous-intrigues mais ne les dénoue pas toujours de façon satisfaisante. Certains événements sont même traités avec maladresse ou de manière une peu expédiée (la mort d’un personnage majeur, par exemple).

La lecture en volumineux TPB n’était peut-être pas la meilleure option pour apprécier cette série, qui date d’une époque où la mode du « wait for the trade » n’était pas encore devenue la norme. Les arcs sont plutôt courts et le contenu éditorial en annexe indique que Priest naviguait un peu à vue pour l’écriture des dernières intrigues, craignant l’annulation de la série d’un mois sur l’autre, pour cause de ventes trop faibles. Il parviendra quand même à boucler son run avec un certain brio, sur des scènes intimistes et un dernier coup de théâtre, T’Challa renonçant au trône du Wakanda.

Au final, il faut quand même saluer l’excellent boulot de réactualisation du personnage effectué par Priest and Co, à l’instar d’un Frank Miller sur Daredevil. Par la suite, Reginald Huddlin, David Liss ou, plus récemment, Ta-Nehisi Coates, essaieront à leur tour de dompter la Panthère mais tous sont redevables à Priest, qui a indéniablement marqué le fauve d’ébène de sa griffe.

Grâce à Priest, Black Panther est prêt pour le futur !

Grâce à Priest, Black Panther est prêt pour le futur ! © Marvel Comics

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À poil, commercial 4/6
Après Wolverine, c’est un autre fauve qui vient planter ses griffes chez Bruce Lit : La panthère noire. Le premier super héros noir fait sa une, via le run de Christopher Priest.
Jean-Pascal Nguyen témoigne : il a beaucoup de points communs avec Batman. Mais pas que…
La BO du jour :

Elle n’est pas de la même couleur que le roi du Wakanda, mais possède autant d’audace que T’Challa, et pour cause, la Panthère ose !

33 comments

  • Tornado  

    Non, vraiment, je ne suis pas intéressé. Le personnage ne m’attire pas du tout. J’ai bien d’autres choses à lire.

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