Boys get it done ! (THE BOYS, la série tv)

THE BOYS par Eric Kripke d’après le comics de Garth Ennis

Une tuerie signée KAORI

VO/VF : Amazon Prime Video

1ère publication le 11/11/20 – MAJ le 29/08/21

Cet article est garanti quasiment sans spoiler. Prenez garde tout de même aux vidéos qui l’accompagnent…

Ça va saigner
@Amazon Prime Video

Aujourd’hui nous allons nous pencher sur l’adaptation du comics de Garth Ennis pour la plateforme Amazon Prime Video. La série, produite en 2019, a déjà 2 saisons à son actif et est renouvelée pour une troisième saison.

Qui n’a pas entendu parler de la série événement THE BOYS ? Si vous êtes sur ce blog, c’est que vous connaissez probablement déjà le comics sur lequel Tornado avait déjà fait un article élogieux.

Je ne vais pas m’en cacher : je n’ai pas lu le comics et ne souhaite pas le lire. Alors pourquoi un article sur la série ? Eh bien d’abord peut-être pour finir (ou commencer ?) de convaincre mes camarades de franchir le pas et de regarder cette adaptation qui vaut le détour, ne serait-ce que pour s’en faire un avis. Mais surtout, parce qu’elle le vaut bien !

Certains ici se sont étonnés que je puisse apprécier une série trash, gore, violente et même, par certains aspects, immorale. Je ne suis pas masochiste, je l’ai dit, je ne m’infligerai pas le comics. Alors pourquoi la série ? Est-elle si aseptisée ? Sur certains points, sans doute. Pourtant, elle va loin, très loin, au point que c’en est parfois drôle et malaisant. Mais surtout, elle défend des points de vue avec intelligence.

Une bonne vision de la série avec ses images chocs et son humour totalement déjanté… @Amazon Prime Video

Cela me gène beaucoup de lire par-ci par-là qu’Eric Kripke est le créateur de THE BOYS. Bien sûr, on ne va pas l’appeler « l’adaptateur », d’autant plus que la série prend des chemins très différents du comics, de manière à surprendre ceux qui l’ont lu… Alors partons pour le scénariste et showrunner.

Pour quels faits d’armes est connu ce monsieur ? Pour la série SUPERNATURAL. Avouons que sur le papier, ça partait mal. Une série pour adolescentes, qui a tourné au feuilleton en 15 saisons, adepte des morts et des résurrections, axée sur la lutte de deux frères pour combattre les forces du mal. Oh, wait… On ne va pas se mentir, même si ça partait bien (après une année « test/freak of the week », la série était censée se dérouler sur 5 saisons), le show est devenu LA série pour les fans. Et c’est sans doute là qu’Eric Kripke a pu s’amuser à exercer son humour aussi bien critique qu’auto-dérisoire. Car s’il est un domaine dans lequel la série excelle, c’est le méta. Et soyons honnête : les épisodes « méta » de cette série sont parmi les plus drôles que j’aie pu voir dans le monde de la télévision. Entre les conventions « Supernatural », les projections dans le monde parallèle des séries télés, les réincarnations dans leur propre rôle d’acteurs et même les comédies musicales d’adolescentes en mal de yaoi (couples mâles ayant des relations plus ou moins platoniques…), le scénariste s’en est donné à cœur joie, et avec beaucoup de talent et d’humour ! Pour autant, je doutais de ses capacités à adapter un comics aussi réputé que THE BOYS. Eh bien, j’avais tort !

Pour ceux qui ne connaitraient pas la série ou le comics (on ne sait jamais…), THE BOYS se déroule dans un monde où certains individus se sont retrouvés dotés de super-pouvoirs. Sept d’entre eux ont été choisis par la société Vought pour former une équipe, les Sept. Au début de la série, le monde entier pense que ces pouvoirs sont le fait de Dieu. On découvre durant la saison 1 qu’il n’en est rien…

L’autre fait important, c’est que ces Sept sont loin d’être les modèles que l’on a l’habitude de voir dans l’univers super-héroïque. C’est là où la naïveté laisse place au cynisme : la vérité, c’est que le pouvoir et l’argent corrompent les gens. Ces Sept sont donc soit des pervers sexuels, soit des adeptes de la toute-puissance, au mépris de « la race humaine ». On découvre donc que les vies humaines n’ont que peu d’importance pour la plupart d’entre eux, tant qu’ils ont le pouvoir, la gloire et l’argent.

C’est ainsi que l’on se retrouve auprès de Hughie, interprété par Jack Quaid (et c’est là qu’on se sent vieux, puisque je l’ai quasiment vu naître, ce petit bonhomme, fils de Dennis Quaid et Meg Ryan…) qui perd dans une scène absolument atroce (et en même temps tellement bien faite) sa petite copine Robin Ward (vous le voyez, le clin d’œil à Batman ?). Celui-ci fait la connaissance de Butcher (Karl Urban) et de ses anciens compères, le Français (Tomer Kapon) et la Crème (Laz Alonso).

Chacun d’entre eux a des raisons bien particulières pour se réunir afin de trouver un moyen de mettre un terme aux agissements des Sept. Raisons qui nous sont explicitées tout au long de ces deux saisons.

À ne regarder que si vous avez vu la saison 1…
@Amazon Prime Video

Quelques-unes des choses qui m’ont le plus bluffée dans cette série, c’est la réalisation et les effets spéciaux.

Je ne suis pas une adepte du sang, loin de là. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que du sang, il y en a, dans cette série, et pas qu’un peu. Mais quand c’est fait de cette façon, c’est-à-dire avec humour et brio, et de manière plus ou moins justifiée (on ne va pas se mentir, on peut relater des choses sans être obligé de tout montrer…), eh bien, ça marche…

Et ce qui est étrange, c’est qu’il y a presque un effet jouissif dans ces scènes violentes. La série va tellement loin qu’on ne peut pas édulcorer ces scènes, ça fait partir du contrat, du packaging. Ça rappelle un peu la scène de Marvin dans la voiture, dans PULP FICTION. Vous vous rappelez, ce pauvre Marvin victime d’un tir malencontreux de Vincent Vega et qui se retrouve éparpillé un peu partout aussi bien sur la banquette que dans les cheveux de Jules ? Ben THE BOYS, c’est un peu ça. Ça arrive presque toujours quand on ne s’y attend pas, y en a partout, ça choque et en même temps, c’est presque jubilatoire. Même si je dois bien avouer que j’ai tourné le regard au moins une fois dans presque tous les épisodes…. Notons d’ailleurs qu’en vérité, les scènes les plus traumatisantes (comme celle de l’avion) ne sont pas les plus sanglantes…

Concernant les acteurs, rien à dire, au contraire même, on retrouve avec plaisir certains guests comme Simon Pegg, John Noble ou même le charismatique Giancarlo Esposito, connu dans un registre similaire pour son rôle de Gustavo Fring dans BREAKING BAD. Le casting est irréprochable. Antony Starr dans le rôle du Protecteur crève littéralement l’écran, aussi flippant qu’émouvant et même Karl Urban, à qui certains reprochent de cabotiner, arrive à susciter la sympathie comme l’effroi. Les acteurs moins connus sont parfaits dans leur rôle, la réalisation est au top, rien à redire.

Puisqu’on est dans la forme, abordons la musique. C’est un point majeur de la série, et c’est un vrai plaisir, parce qu’on y trouve des morceaux bien connus mais totalement en décalé de la série ! De la pop acidulé des années 80 ou 90 notamment, ce qui rend bien des scènes particulièrement drôles. Hughie est fan de Billy Joel, le Français est un adepte du rap, français bien sûr, ce qui fait toujours son petit effet (merci pour ce petit clin d’œil). Butcher a un truc avec les Spice Girls et Stella chante une chanson digne de Céline Dion à l’enterrement d’un des Sept.

Ajoutons enfin que je regarde la série en VF et là aussi c’est un sans-faute, même si j’ai eu un peu de mal à me faire au choix de Jérôme Pauwels sur le Protecteur (on parle quand même du comédien qui double Jon Bernthal…). Ceci dit, quand on écoute Antony Starr, on comprend que Pauwels était le choix idéal de par sa voix légèrement éraillée, et, arrivant à transmettre aussi bien l’effroi que l’emphase indispensable aux discours fédérateurs du Protecteur.

Toute l’étendue du talent d’Antony Starr en quelques minutes…
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Allons maintenant voir les thèmes abordés. Car c’est là aussi une des plus grandes réussites de la série.

Je crois que jamais je n’avais vu une série aller aussi loin dans la critique du merchandising, des lobbies de la société américaine, du christianisme, du féminisme et même de la représentation des minorités.

La société Vought représente à elle seule tous les excès que l’on retrouve dans notre société actuelle, de manière à peine plus exagérée. Une lesbienne est découverte au sein des Sept ? Faisons-en une icône pop culture qui pourra nous faire vendre un max de barres chocolatées.

Une troisième fille vient rejoindre le rang des Sept ? C’est l’occasion de faire une promotion « Girl Power » !

Un jeune homme est tué en tant que « dommage collatéral » lors d’une intervention face à un assassin ? Utilisons Internet pour manipuler les foules et leur faire croire que tout ceci n’est qu’un montage photo…

La liste est non exhaustive, bien sûr. On peut aussi voir quelques tacles bien sentis à DC et Marvel (pour ceux qui ont vu la saison 2, vous aviez relevé le « J’aime bien ce que Joss a réécrit » du Protecteur, bien sûr !). Je ne m’attarderai pas sur les similitudes entre les Super et ceux de DC et Marvel qui sont par là-même bien trop évidentes.

D’autres thèmes sont également bien appuyés. On sent que la famille, et particulièrement la relation père/fils, est un sujet qui compte pour Eric Kripke. Et ce depuis longtemps, puisque c’était déjà le thème central de SUPERNATURAL. Que ce soit par le biais du Protecteur et son désir obsessionnel d’avoir une famille, Hughie et sa relation difficile avec son père, ou Butcher avec le sien, ou même les moments où la Crème et Stella échangent sur leurs souvenirs respectifs avec leur père décédé, le sujet est traité de manière sensible et intelligente, dans des scènes qui présentent souvent les dialogues les plus forts de la série.

La relation maternelle n’est pas oubliée pour autant, montrant aussi bien la complexité pour une fille de combler les rêves de sa mère (sujet également abordé vis-à-vis du père) que le désir de protection d’une mère envers ses enfants. De même, le personnage même du Protecteur tiendrait son absence totale d’empathie de par son éducation sans amour et surtout sans figure maternelle.

N’oublions pas non plus la critique de la religion et ses dérives sectaires, l’impunité médiatique, le désordre mental (il faut voir le Protecteur et sa relation extrêmement malsaine entre lui et Madelyn Stillwell, « jeune » maman allaitante…), le nazisme et ses adeptes de la suprématie blanche… Autant de thèmes qui font de cette série une « série à voir ».

Encore une scène parodique bien drôle d’absurdité !
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Et les personnages dans tout ça ? On le sait, les Boys ne sont pas réputés pour être des enfants de chœurs. Leurs méthodes répondent à celles des Sept : violentes, sans concession, sans pitié. Œil pour œil, dent pour dent. À la guerre comme à la guerre. C’est dans cet ordre établi que débarquent les deux ingénus Hughie, chez les Boys, et Annie/Stella (interprétée par Erin Moriarty) chez les Sept. Ces deux-là ont tant en commun qu’ils ne pouvaient que finir ensemble. Du moins, c’est ce que l’on espère. Ils sont un peu la fraîcheur dans cet univers noir et sanglant. Hughie devient un peu le Jiminy Criquet de Butcher (ou son canari, comme le dit si justement la Crème) et Stella la lumière qui vient éclairer quelques consciences…

Mais ce qu’on aime aussi, c’est quand tout n’est pas tout noir ou tout blanc. Oui, Butcher est un sale type asocial, aveuglé par son désir de vengeance, égoïste et manipulateur. Mais son attachement à son chien, sa femme et Hughie (dans l’ordre que l’on veut) montre qu’il n’est pas le sans-cœur qu’il aimerait bien qu’on croie (tout le monde le sait : quelqu’un qui aime les animaux ne peut pas être foncièrement mauvais !).

Plus pervers encore, le Protecteur. Vous le détestiez dans la saison 1. Vous aurez de la peine pour lui, victime collatérale des ambitions de Vought, et surtout pour tous les mensonges dont sa vie est faite. Pire, il arrive même à nous faire éprouver de la compassion devant la perte de contrôle qu’il subit. Le super-héros tombe son piédestal… L’arrivée de Stormfront, personnage au prime abord à peu près sympathique (comment ne pas sourire devant son « Qu’est-ce que ça change, qu’on ait une bite ou un vagin ? Le plus important, ce ne sont pas les compétences ? Bite et chatte, tout ça, ça va dans le même panier ! »), fait perdre ses moyens à notre « cher » Protecteur, ce qui aurait pu être jouissif jusqu’à ce qu’on réalise qu’en fait, elle est pire que lui. Si, si, c’est possible… Mais le Protecteur ne se montre jamais aussi touchant que lorsqu’il laisse entrevoir ce qu’il désire vraiment au plus profond de lui : être aimé…

Et puis il y a l’équipe, les garçons, les Boys, quoi. Le Français, qui sous ses airs détachés et peu sérieux, se montre touchant aussi bien dans ses sentiments pour Kimiko que dans sa recherche désespérée et inconsciente de racheter ses fautes… La Crème qui sous son apparence de gros ours dissimile un mari fou amoureux et un papa gâteau…

On pourrait presque même avoir un peu de peine pour ce pervers d’Homme-Poisson, au QI proche d’une huître et à l’intégrité inexistante. En fait, non. Qu’il reste éloigné le plus possible des dauphins et autres cétacés. Même si les scènes où il apparait en leur compagnie sont tellement horribles qu’elles en sont honteusement drôles…

Voilà, en quelques mots, pourquoi j’aime tant la série THE BOYS. Des défauts ? Sans doute, comme toute série, on pourrait lui reprocher quelques incohérences scientifiques, deux ou trois deus ex machina et autres twists bien sentis. Mais n’est-ce pas le lot de toutes les séries ? Ma seule véritable inquiétude est que Kripke tombe dans ce qu’il reproche aux films Marvel, qu’il dénonce dans THE BOYS et qu’il n’a pourtant pas évité avec la série SUPERNATURAL : qu’à force de succès, il se laisse emporter et n’arrive pas à conclure sa série au bon moment… Seul l’avenir pourra nous le dire…

Cette image vous rappelle quelque chose ? C’est normal !
@Amazon Prime Video

En complément de la review de Kaori, l’irrésistible vidéo du REBEU DES BOIS


BO du jour : en hommage à ce merveilleux duo entre Hughie et Stella dans la voiture !

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