Ça, c’est un baiser ! (Le baiser de Cyclope et Phénix)

Focus : le baiser entre Cyclope et Phénix durant la saga du Phénix Noir

Un team-up de KAORI et de BRUCE LIT

VO : Marvel Comics

VF : Lug, Semic, Panini

Ce focus est consacré à une certaine planche extraite de X-MEN #132, écrite par Chris Claremont, dessinée par John Byrne et encrée par Terry Austin (la dream team, quoi). Il s’agit du baiser du Colorado entre Scott Summers et Jean Grey durant la saga du Phénix Noir.

Le couple de la génération Special Strange
©Marvel Comics

Kaori : Pour ceux qui ne le sauraient pas, la première chose qui nous a liés, Bruce et moi, c’est notre amour commun pour un certain leader à lunettes rouges. Et plus encore, le couple qu’il forme avec Jean Grey. Il y a quelques temps, Bruce a posté un morceau d’une planche extraite de X-MEN #132 sur les réseaux sociaux.

Impossible de rester de marbre, cette image a réveillé en moi de vieux souvenirs. Quand Bruce m’a proposé de faire un team-up sur cette planche, impossible également de refuser.

Mais avant cela, remettons les pendules à l’heure : personne n’arrivera à me faire croire qu’il s’agit ici de Phénix et pas de Jean. Chris Claremont l’a imaginé avec Jean et c’est comme cela que cela est et sera considéré. Je conchie la rétrocontinuité…

LE CONTEXTE

Kaori : Cette scène est a priori parfaitement banale : Jean propose un moment de détente au leader des X-Men pendant un temps entre deux missions. Un piquenique. Et pourtant…

Mais avant d’aller plus loin, il faut que je vous parle de ce que représente le couple Jean-Scott pour moi. Certaines demoiselles choisissent comme idéal masculin le Prince Charmant sur son beau cheval blanc. D’autres idolâtrent le couple Roméo et Juliette… Scott n’avait rien du Prince Charmant, Jean n’avait rien d’une princesse en pantoufles. Ils n’étaient pas les amants maudits de Shakespeare. Pourtant ils étaient l’image du couple dont l’Amour transcende la Mort. L’Amour unique comme il ne peut y en avoir d’autres. Vous comprendrez donc aisément qu’Emma ou même Madelyne ne soient pour moi qu’une poussière dans leur histoire. Il n’y a pas de place pour une autre dans le cœur de Scott. Wolverine ? Un fantasme érotique uniquement basé sur le côté sauvage et insoumis de la Belle. Grant Morrison et consorts pourront bien raconter ce qu’ils veulent, rien ne changera ça dans mon esprit.

Un baiser inoubliable
© Marvel Comics

Mais revenons à notre planche.
Les X-Men reviennent d’un lourd affrontement, chacun a été éprouvé, et la situation est inquiétante. Pour dérider son cher et tendre en attendant la suite, Jean improvise un pique-nique en tête à tête et transforme moléculairement son costume pour en faire une tenue plus relax : un maillot de bain. Scott, encore en tenue de Cyclope, ne peut s’empêcher de s’en inquiéter. Et quand bien même il aurait été dans sa tenue civile, cela n’aurait rien changé… La Belle s’en est rendue compte : « Encore en train de broyer du noir… ». Elle le connait bien, son Cyclope. Même sans user de sa télépathie, elle sait quand il est tracassé. Elle sait aussi autre chose : Scott est un être qui n’est jamais au repos. Il ne peut pas se permettre de se relâcher un instant, que ce soit physiquement ou mentalement. Pire, il a, il est cette arme permanente et imprévisible. Ils savent tous les deux que jamais il ne sera à l’abri de blesser mortellement quelqu’un. Condamné à porter des lunettes, une visière ou les yeux fermés, sous peine de détruire instantanément tout ce qu’il regarde. Et pourtant, sûre d’elle et de toute sa puissance, elle soulève sa visière…

Bruce : L’inquiétude de Scott est plus que légitime : une bande de vilains friqués et dangereux connaissent leurs identités secrètes et leurs failles au combat.  Et puis, sa copine a joué les Dominatrix auprès d’inconnus et bien naïf celui qui pourrait ignorer que Mastermind n’a pas obtenu de faveurs sexuelles de la rouquine. Sérieux ! Si vous aviez Jean Grey à votre merci, vous vous contenteriez de lui raconter ces salades d’ancêtre colonialiste ?

K : J’espère que ce n’est pas à moi que tu poses la question ! Mais je reconnais que Jean était et est encore mon idéal féminin…. Mais je lui préfère quand même son futur/actuel/ex (?) mari !

D’ailleurs, pour en revenir à lui, j’ai toujours aimé la façon dont John Byrne représentait l’air dur et stressé de Scott. Bien que du même âge que ses camarades, Scott affichait toujours un air sévère qui le rendait plus âgé, plus mature que les autres. Cette image où il est sans visière, les yeux fermés et serrés, est tout à fait représentative de tout ce que j’ai évoqué plus haut. Et à côté de ça, Byrne représente Jean avec une telle douceur… C’est incroyable comme il arrive à représenter dans un simple regard tout l’Amour que Jean a pour Scott. 

Le regard de Scott Summers capable de ressusciter la planète d’Arkon
© Marvel Comics

B : Tu as raison Kaori, le regard de Scott revient en filigranes lors du run de Chris Claremont. Ne dit-on pas du regard qu’il est le miroir de l’âme ? Emprunt de raideur et de timidité, Scott c’est le beau ténébreux qui réveille l’infirmière en nous (hum, enfin, vous les femmes).  Or cette âme de ce Chevalier Triste, on pourrait la croire…Sinistre (son 1er père de substitution). Lorsqu’il est écrit avec respect, Cyclope, c’est le leader qui n’hésiterait pas une seconde à sacrifier son bonheur pour celui de son équipe. Le mec qui écrit des rapports pour Xavier lorsque Jean lui en propose d’autres (de rapports…). Celui qui en ouvrant grand ses yeux sauve le monde de Arkon contre l’invasion Badoon. Il fera de même contre Sinistre puis Apocalypse. L’âme de Cyclope est immense et ce n’est pas pour rien que tous les futurs mutants s’écrivent via sa descendance.

Quand au regard de Jean, quel homme ne voudrait pas être regardé avec tant de douceur et de désir mêlés. On peut entendre Jean chuchoter à Cyclope qu’il est beau. Une représentation que Byrne évite soigneusement : dans cette planche, Cyclope est de dos à la caméra ou garde les yeux fermés : il appartient tout entier à Phénix.

K : Je n’avais jamais vu les choses sous cet angle. Ça fait du bien de lire des choses positives sur ce personnage méprisé par bon nombre d’amateurs des X-Men.

 Je crois qu’il est temps que je développe un peu ce qui me lie à Scott. On pourrait effectivement penser qu’il réveille l’infirmière en nous, mais pour moi, avec Scott, ça va bien au-delà de ça.

Un autre moment culte qui fit fantasmer Kaori au-delà du raisonnable…
© Marvel Comics

Je crois qu’avant tout, ce que j’ai trouvé en Scott, quand j’ai fait sa connaissance, via Claremont, c’est un « pair ». Et peut-être aussi un « père », pourquoi pas, mais ça n’était pas ça, l’important. Je le comprenais, je ressentais sa solitude, cet isolement, parce que je ressentais la même chose. Scott, comme tu le soulignes, c’est celui qui fait passer ses responsabilités avant tout le reste, celui qui ne s’amuse jamais. Sinistre, oui, peut-être, aux yeux des autres. Incompris, en tout cas. J’ai longtemps été comme ça, isolée, incomprise, ou du moins c’est ce que je croyais, puisque j’étais incapable de nouer des liens, de me révéler aux yeux des autres. Scott a été là à chaque instant, pendant cette longue période. J’étais la première de la classe, celle qui ne sait pas s’amuser. Aujourd’hui, maintenant que je suis devenue la reine de la procrastination, j’ai cette petite voix qui me réveille la nuit et qui me dit « Tu n’as rien fichu et il ne te reste plus que 2 semaines avant la rentrée ! ». Cette petite voix, c’est un peu Scott qui veille toujours sur moi.

Mais certaines choses ne changent pas. J’entends encore très régulièrement à la maison « Mais tu n’es vraiment pas « fun » ! ». C’est comme ça. Scott, c’est une part de moi.

Et puis, avouons-le une bonne fois pour toutes : oui, c’est vrai que je craquais pour le côté ténébreux du jeune homme… Le fait que son visage soit toujours à moitié caché apportait une dose de mystère non négligeable. Ce qui nous amène à notre fameuse scène…

LE MOMENT

Kaori : Je peux le dire : j’ai attendu ce moment au moins avec autant d’excitation que Jean :  avec cette planche, on atteignait le Graal ! Je me rappelle encore de l’émotion ressentie lorsque pour la première fois, je voyais Scott tel qu’il était « vraiment ».

Cette scène est même indissociable pour moi de la planche où Jean et Scott sont de profil, dans le numéro suivant. Pour la première fois, on voyait son visage en entier, ses yeux, son regard vers Jean… Allez, j’avoue : j’aurais adoré être celle qu’il regardait ainsi. Ou à défaut, trouver quelqu’un qui me regarderait ainsi…

Quant à ce qui a précédé ce regard si intense, il suffit d’observer ce baiser pour comprendre qu’on n’est plus dans la simple amourette platonique !

Un moment désacralisé par les Simonson
© Marvel Comics

BRUCE : L’érotisme est total dans cette planche. Nos héros quittent le plancher des vaches, Scott constate que son copain d’enfance Warren a mûri et Jean de lui rappeler qu’il serait temps que le leader des Xmen en fasse de même. En clair : avec ce baiser, il ne s’agit plus du gentil flirt entre Cyclope et Strange Girl qui s’éternisait depuis une dizaine d’années mais bien du 1er rapport sexuel officiel entre les deux Xmen. 

C’est suite à cette prise de contact que Jean et Scott établissent un rapport psychique, une liaison télépathique qui leur permettra d’être unis de corps et d’âmes en permanence. Là est la clé de la compréhension de l’intimité que les personnages ont entre eux. Jean lui demande de fusionner avec elle, il n’existe plus aucun secret entre eux. Il ne peut pas la tuer, elle n’a pas peur de lui. C’est ce lien qui sauve Scott de la mort aux Clubs des Damnés et délivre Jean.

Voilà une scène qui me fit rêver enfant, qui donna envie d’être amoureux, d’avoir un être qui m’accepterait dans mon entièreté.
Beaucoup railleront le sentimentalisme de cette idylle.  Moi je suis prêt à vous soutenir qu’il s’agit du plus beau baiser de l’histoire du Comics.

Sur le moment, c’est plein de vie et d’espoir. C’est en fait le baiser du condamné. C’est Adam qui accepte de se damner pour Eve dans le PARADIS PERDU de Milton. J’exagère ? Nos héros sont les deux premiers Xmen, l’Alpha et l’Omega de la série.  Claremont puis Lobdell sauront raconter qu’avant de se connaître physiquement, les âmes de Jean et de Scott s’étaient déjà rencontrées sur le plan astral. Ces deux mêmes âmes qui se retrouvent 2000 ans dans le futur loin de leur enveloppe…charnelle pour élever Nathan Summers.

Passé, Présent, Futur, mondes alternatifs : le destin de Scott et Jean se conjugue à toutes les ères. Qui ne comprendra pas ça, ne comprendra pas le romanesque de cette idylle : ce baiser, ce pique-nique au sommet, c’est celui de Burt Lancaster et Deborah Kerr : passion, érotisme, héroïsme.

Perdus dans le futur, errants, pourchassés avec un enfant handicapé à charge. Mais l’amour et la tendresse d’un vieux couple est là.
© Marvel Comics

KAORI : Tu as raison de revenir sur le lien psychique que Jean proposa à Scott ce jour-là. Une union physique qui s’accompagne d’une union de l’esprit. Permanente, intrusive, qui impose une transparence, un abandon de soi, de son égo, de ses secrets. Cette union psychique, représentée plus tard lors d’un flashback de Scott lorsqu’il se retrouve coupé du monde et avec une Jean passée du côté obscur, cette image de profil des deux amants, scellée à jamais par John Byrne, c’est aussi tout ce qui me faisait rêver…

Et puis, ce lien psychique, ça signifiait autre chose aussi. Pour la première fois de sa vie, Scott ne serait plus jamais seul. C’est quelque chose qui me touchait beaucoup, à cette époque, qui me faisait rêver, aussi. Créer un lien permanent avec l’être qu’on aime, être avec lui en permanence. Oui, j’étais une adepte de ce que l’on appelle l’amour fusionnel. Et puis, on ne peut se lier mentalement qu’à son âme sœur, l’unique personne qui peut nous aimer dans notre entièreté.

Et c’est ainsi que Jean et Scott basculèrent à tout jamais dans la catégorie des couples mythiques, ceux que même la mort ne peut séparer.

L’HÉRITAGE DE CETTE SCÈNE

BRUCE : Mais cette histoire entre Jean et Scott est trop belle pour être vraie. Gravée dans le marbre des souvenirs de ses lecteurs, elle sera transformée en ardoise magique par une cohorte de… qui n’auront de cesse de minimiser, corriger, effacer ce baiser. Blabla , c’était pas Jean en fait, tralala Scott s’est fait des idées et puis en fait il désire Emma Frost….

Tu as un baiser magique, et les autres le détournent façon ZAZ jusqu’à ce que le côté sale gosse ne fasse plus rire : l’histoire de Jean et de Scott c’est une histoire qui n’arrive pas à s’écrire du fait des ratures de ceux qui ne savent pas la raconter.
Jean et Scott : une illusion. Soit.
Ce pauvre Claremont saisit alors sa chance pour retenter de la réécrire sans pouvoirs magiques au milieu. Las ! Il faudra un crossover puéril pour jeter cette nouvelle romance à la poubelle. Et pour cause : certains se réjouirent à l’époque de voir les Xmen affronter des poubelles, là d’où venaient probablement ces idées pourries.

Donc…
Cyclope ne bande plus pour Jean Grey et préfère batifoler avec une autre télépathe déguisée en…Jean Grey.

© Marvel Comics

KAORI : Ces auteurs, ce qu’ils ont écrit, ces retcons, c’est une insulte, un crachat dans la gueule, le piétinement d’un couple mythique, comme si on piétinait Roméo et Juliette en disant que Juliette avait en fait un amant. J’exagère ? Relisez les planches de X-Men #129, où Scott explique que s’il a semblé froid et indifférent à la disparition de Jean après l’affrontement contre Magnéto, (où Fauve et Jean furent séparés du reste du groupe, chaque groupe pensant l’autre décédé), c’est tout simplement parce qu’il n’était alors pas capable de supporter sa mort. Il reprendra ses mots devant la tombe de Jean, dans la magnifique planche d’ouverture du X-Men #138. Cette décision de faire mourir Jean, on le sait, elle n’est pas de Claremont. Il tentera le tout pour le tout en intégrant Madelyne et en essayant d’en faire la réincarnation de Jean. Mais les grands manitous du monde comics ne l’entendent pas de cette oreille. Un bon super-héros n’est pas un super-héros heureux, et encore moins marié, surtout chez Marvel, exception faite de Reed Richard…

BRUCE : L’ère Lobdell et Nicieza qui propose un mariage magique qui me donna envie de passer la bague au doigt d’une femme que je ne connaissais pas encore. Les scénaristes réparaient enfin ces conneries de cocon en animation dans l’Hudson River et de cocufiage imposé par un spinoff ridicule.  Non ! Il sera écrit que le destin de cette pauvre Jean Grey est d’avoir des cornes aussi grandes que son pouvoir télépathique cassant de nouveau le romantisme de cette relation en rebondissement d’un sitcom que Morrison ne sait pas écrire.

KAORI: J’ai du mal à être objective concernant le « couple » Emma/Scott… Un jour, peut-être, je franchirai le pas pour lire ce fameux run de Morrison

BRUCE : A l’heure d’aujourd’hui, Hickman, le sauveur de la franchise mutante a décrété que Jean accepte d’être prise façon guitare à deux jacks par Wolverine et Cyclope. On les emmerde, pas vrai ? Leurs gadgets scénaristiques ne laisseront comme traces que celles de leur médiocrité et leur incapacité à aimer des personnages qui donnaient envie de tenter ce sentiment inconnu et effrayant : l’amour, cette force d’intégration qui a bien quitté la licence, semble-t-il à jamais.

Une sinistre chambre à coucher
© Marvel Comics

La BO du jour
Et puis, il m a embrassée



51 comments

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *