Détruire pour mieux reconstruire (X-MEN / X-MEN LEGACY de Mike Carey)

Les Xmen de Mike Carey

Un dossier du Special Guest MATMOUT GOUGEON et de JB VU VAN

VO : Marvel Comics

VF : Panini Comics

Une belle équipe de vainqueurs !
© Marvel Comics
© Panini Comics

JB : Bruce m’a lancé un défi : écrire sur le long run de Mike Carey sur les X-Men. Je dois avouer que je n’avais pas un immense souvenir de cette période, mais ma première idée a été de demander l’aide de Matmout Gougeon, inconditionnel devant l’éternel de la première période de ce run, qui voit se construire l’équipe la plus explosive de X-Men : Mystique, Dent-de-Sabre, Lady Mastermind, Iceberg, Cable et la Sentinelle Omega ! À ma grande joie, il a accepté. Nous vous présenterons ainsi en alternance les diverses périodes de cette saga.

Mike Carey a écrit la série X-MEN (renommée X-MEN LEGACY à la suite du crossover LE COMPLEXE DU MESSIE) pendant 5 ans, de X-MEN n°188 à X-MEN LEGACY n°260. En VF, ce run est principalement disponible dans les magazines X-MEN : X-MEN vol. 1 du n°124 au n°169, Vol. 2 du n°1 à 10 et 15, Vol. 3 n°1 et 2, ainsi que X-MEN EXTRA n°88 et 89 et X-MEN UNIVERSE HORS SÉRIE n°2. Ce run n’a été que partiellement repris en albums : le MARVEL DELUXE X-MEN: SUPERNOVAS reprend les n°188 à 199 de la série. L’album LES EXTRÉMISTES de la même collection publie à la fois des épisodes d’UNCANNY X-MEN d’Ed Brubaker et le story arc “Blinded by the Light” de Mike Carey. Enfin, les diverses éditions du COMPLEXE DU MESSIE et du RETOUR DU MESSIE intègrent les épisodes correspondants de Mike Carey.

Chronique d’une débâcle annoncée (X-MEN n°188 à 204)

Matmout Gougeon : 2006. Après une année marquée par l’ouragan HOUSE OF M, succès tant critique que commercial de Brian M. Bendis mettant en scène la décimation de l’espèce mutante, Marvel décide de relancer ses titres X en engageant deux nouveaux auteurs sur la licence. D’un côté, Ed Brubaker propulse les UNCANNY X-MEN dans un space-opera faisant suite aux révélations opérées au cours de la mini X-MEN: DEADLY GENESIS, à savoir l’existence jusqu’alors dissimulée d’un troisième frère Summers (Brubaker, maître du retcon moderne, n’en est en effet pas à son coup d’essai – les lecteurs du titre CAPTAIN AMERICA peuvent en attester). De l’autre, Mike Carey s’engage avec X-MEN dans une grande entreprise de BTP avec toutes les étapes que cela comporte, de la démolition jusqu’à la restauration d’un édifice mutant pour le moins détérioré par ses prédécesseurs. Son credo est simple : faire table rase du passé pour aller de l’avant.

Débutant in medias res, le premier épisode de SUPERNOVAS plonge le lecteur au beau milieu d’une mission-sauvetage au cours de laquelle les X-Men viennent au secours d’une mutante prise au piège par des humains désireux d’utiliser son ADN. Malicia et les siens foncent dans le tas, bille en tête, et discutent seulement après. Pas de transition avec l’épisode paru le mois précédent, pas de rappel des faits, rien. Le ton de ce début de run est ainsi donné : l’action au service de la caractérisation. Si le procédé de Carey est ingénieux, c’est non seulement parce qu’il permet de tirer un trait sur les passages controversés des auteurs l’ayant précédé sur le titre (Chuck “trash” Austen et Peter “WTF?!” Milligan), mais aussi parce qu’il permet d’inscrire ce run de la façon la plus efficace qui soit dans le contexte mutant de l’époque. Depuis la conclusion d’House of M, l’espèce mutante est au bord de l’extinction : il devient urgent pour les X-Men d’agir, et ce quelles que soient les méthodes employées.

De retour de mission, Cyclope, pourtant mis en garde par un Charles Xavier visionnaire, charge une Malicia visiblement instable de former sa propre unité d’intervention rapide. Pour ce faire, Carey entoure la Belle du Sud de deux piliers de l’équipe (Iceberg, son confident des années Lobdell, et le bouseux Rocket) dont la stature n’atteint toutefois pas celle des icônes de la franchise que sont Wolverine, Jean Grey ou Tornade. Avec du recul, il apparaît évident qu’il s’agit de ne pas faire trop d’ombre au personnage principal de la série, Malicia. Car Mike Carey entreprend en effet de reprendre en main ce personnage qui n’est plus que l’ombre de lui-même au milieu des années 2000. Les adaptations cinématographiques réalisées par Bryan Singer, le dessin animé X-MEN: EVOLUTION et l’univers alternatif ULTIMATE X-MEN mis en scène par Mark Millar l’ont dépeinte comme taciturne, craintive, repliée sur elle-même, très loin du standard auquel les lecteurs avaient été habitués depuis son intégration aux X-Men en 1983. Un traitement qui a fini par influencer la vision qu’avaient les auteurs du personnage, à commencer par Austen et Milligan qui, dans leurs runs respectifs, ridiculisent littéralement le personnage en insistant lourdement sur les difficultés conjugales que traverse le couple formé par Malicia et Gambit, difficultés liées à l’absence de contact charnel entre les deux tourtereaux et au caractère volage du Cajun. Fragilisée (cocue ?), Malicia n’existe alors plus qu’à travers son couple. Désormais débarrassé de l’encombrant Gambit, Mike Carey va s’attacher à déconstruire le personnage de Malicia dans la première moitié de son run pour mieux le réhabiliter par la suite.

Dans cette optique, l’auteur complète son casting avec l’électron libre Cable mais aussi et surtout avec des recrues pour le moins étonnantes : les ennemis Mystique (intégrée à l’équipe quelques épisodes auparavant), Lady Mastermind, la Sentinelle Oméga (toutes deux arrachées des griffes du laboratoire clandestin visité en début de run) et Dents de Sabre, à la recherche d’un asile alors qu’il est poursuivi par les Enfants de la Crypte. Non, non, vous ne rêvez pas : Dents de Sabre, Victor Creed, le nemesis de Wolverine, celui que l’on a vu par le passé dépecer femmes et enfants, terroriser des gamines et éventrer Psylocke dans les sous-sols de l’institut Xavier, aujourd’hui effrayé par une bande de mioches en collants flashy. Un procédé certes éculé (Lobdell, à la fin des années 90, mettait déjà en scène le Fléau recevant une déculottée monumentale de la part d’Onslaught) mais néanmoins astucieux utilisé par Carey pour mieux mettre en lumière la dangerosité de cette nouvelle espèce de surhumains bien décidée à supplanter le peu de mutants encore présents sur Terre. Malgré les réticences exprimées par le leader des X-Men, Malicia justifie son choix d’intégrer ces individus peu recommandables à son équipe : elle sait que ses nouveaux coéquipiers (sa mère adoptive Mystique en premier lieu) trahiront un jour ou l’autre et veut être présente le jour où cet événement se produira, de façon à mieux les mater. Présomptueuse Malicia. Un raisonnement certes étonnant mais qui permet à Carey d’aller jusqu’au bout du processus de déconstruction de la Malicia froide et tourmentée (d’aucuns diront “badass”) de l’époque.

Un casting pour le moins explosif 
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Dès le début du run, il apparaît donc clair que Malicia et les siens auront fort à faire pour maîtriser les ardeurs de leurs nouveaux camarades de jeu, dans une formation chaotique qui rappelle furieusement les THUNDERBOLTS de Warren Ellis. L’équipe constituée, le piège se referme sur Malicia qui se retrouve coincée aux manettes d’un bolide incontrôlable lancé à pleine vitesse sur l’autoroute d’une épopée à l’issue fatale inévitable.

Oh, l’illusion fonctionne bien quelques épisodes, le temps pour ce drôle d’agglomérat d’unir ses forces pour contrer les plans des Enfants de la Crypte. En sauvant in extremis son coéquipier Iceberg en pleine mission, Mystique démontre d’ailleurs une bonté qu’on lui avait jusqu’alors rarement connue. L’idylle naissante entre deux coéquipiers que tout oppose devient ainsi le symbole de la porosité qui existe entre “bons” et “mauvais” au sein de cette formation hétéroclite. Certes, Malicia tente tant bien que mal de maintenir une frontière étanche entre les deux pans de l’équipe. Ainsi, on la voit rabrouer Mystique alors que cette dernière cherche à faire amende honorable en se rapprochant de sa fille adoptive. C’est aussi elle qui rappelle à l’ordre Lady Mastermind en pleine mission lorsque la fille du Cerveau frappe un ennemi inconscient au sol. Très vite cependant, Malicia succombe au cynisme ambiant et à la colère en adoptant à son tour des méthodes peu dignes des X-Men, menaçant violemment l’un de leurs ennemis et détruisant l’entrée de sa maison d’enfance sans raison valable. Malicia franchit le Rubicon à la fin de ce premier arc narratif en choisissant de quitter le giron de l’institut Xavier avec son équipe, scellant sa prise de distance avec le camp du “bien”.

Le point de bascule survient véritablement au cours de l’arc suivant, PRIMO-INFECTION, qui voit les X-Men affronter le Docteur Palance alias Pan, un généticien muté de manière artificielle, celui-là même qui dirigeait la clinique dont Lady Mastermind et la Sentinelle Oméga étaient prisonnières. Le lecteur assiste en effet, captivé, à la perte de contrôle progressive de l’héroïne du titre. Une perte de contrôle d’abord physique. Capturée par Pan, Malicia se voit injecter un virus qui détraque ses pouvoirs (son toucher devient mortel) et la plonge dans un état catatonique. Transportée en urgence sur l’île de Providence pour y être soignée, Malicia rate dans ÉTAT CRITIQUE le début de la bataille qui a lieu entre son équipe et Hécatombe, une force extraterrestre dévastatrice à l’apparence psychédélique. L’occasion de rappeler la performance réalisée par Chris Bachalo dans cet arc où son trait, habituellement qualifié de cartoon, côtoie plus que jamais les influences expressionnistes du maître Bill Sienkiewicz pour un résultat tout bonnement impressionnant. Bachalo forme avec Humberto Ramos (qui illustre la moitié des épisodes de cette première partie de run) un tandem détonnant, tout en démesure et en explosivité, qui retranscrit à merveille le désordre qui règne au sein de cette équipe dysfonctionnelle. Les deux artistes n’hésitent pas à prendre de grandes libertés avec l’anatomie des uns et des autres, pour le plus grand plaisir du lecteur. Visages allongés pour ces messieurs, formes plantureuses pour ces dames, expressions faciales outrancières pour tous : les amateurs du bon goût apprécieront. Réveillée juste à temps par Cable, Malicia met un terme au combat en absorbant la psyché d’Hécatombe et par la même occasion celle de huit milliards d’individus que ce dernier avait auparavant tués, perturbant le fonctionnement mental de la Belle du Sud. La perte de contrôle n’est désormais plus seulement physique, elle devient aussi psychique.

Des liaisons dangereuses
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Avec AVEUGLÉS PAR LA LUMIÈRE, point d’orgue de la première partie de son run, Carey illustre enfin la perte de contrôle symbolique de Malicia. Cette dernière assiste en effet, impuissante, à l’implosion d’une équipe sur laquelle elle n’aura jamais véritablement eu prise. Sans Dents de Sabre, qui avait déjà quitté le navire en douce lors de leur précédente aventure, et en l’absence de Cable, resté sur l’île de Providence, les X-Men se retrouvent totalement démunis lorsque Mystique, Lady Mastermind et la Sentinelle Oméga tournent casaque et rejoignent les rangs des Maraudeurs, détenteurs d’informations capitales sur l’avenir de l’espèce mutante. Sans surprise, le combat tourne à l’avantage des protégés de Monsieur Sinistre.

Dépassée par une formation rapidement devenue ingérable, abattue par sa mère adoptive durant l’affrontement qui s’ensuit et plongée dans le coma, Malicia est punie pour son excès d’arrogance. L’hybris dans toute sa splendeur. Sans faire de bruit, Carey est parvenu au bout de son processus de déconstruction de la Malicia sombre du début des années 2000. Place désormais à sa réhabilitation…

Un processus qui débute durant le COMPLEXE DU MESSIE, crossover ambitieux écrit à une dizaine de mains (dont celles de Carey) qui voit l’univers mutant être chamboulé par la naissance du premier bébé porteur du gène X depuis les événements dépeints dans HOUSE OF M. A travers cette naissance, c’est toute une espèce qui reprend espoir. Alors qu’une course-poursuite est lancée entre les différentes factions désireuses de s’emparer du nourrisson (X-Men, Maraudeurs et Purificateurs), Malicia est retenue captive par les sbires de Sinistre, que Gambit a récemment rejoints. Après moult affrontements, Mystique parvient à s’emparer du nouveau-né et, respectant la prophétie énoncée par feue son amante Destinée, fait toucher à l’enfant la peau de sa fille adoptive pour la guérir. A son contact, Malicia se réveille, totalement purgée du virus inoculé précédemment et de l’ensemble des psychés et personnalités absorbées par le passé.

Ulcérée qu’on ait pu risquer la vie d’un nourrisson (baptisé Hope à la fin du crossover) pour sauver la sienne, Malicia absorbe la psyché de sa mère adoptive dans un ultime accès de colère. Désormais, “seules” sa propre personnalité et celle de Mystique coexistent au sein de son esprit. La Belle du Sud prend ses distances avec Gambit et les X-Men pour se retrouver seule et entreprendre un long chemin vers la rédemption.

Avec SUPERNOVAS et sa suite, Carey met en scène un récit qui file à cent à l’heure, ne laissant que peu de répit à son lecteur. Une intrigue haletante et explosive, à l’image des artistes choisis pour illustrer ce début de run. Carey fait le choix de miser avant tout sur l’action, ses personnages se définissant davantage par leurs actes que par leurs paroles. Cette période est ainsi l’occasion pour l’auteur de LUCIFER d’aborder le thème de la confiance, une notion complexe qui se mérite plus qu’elle ne s’impose – j’en veux pour preuve la défiance qui existe entre Mystique et Malicia malgré leur relation mère-fille. Un sentiment qui peut également se défaire avec le temps. Alors que Cyclope lui confie une tâche pour laquelle il la pense totalement compétente, Malicia finit par perdre la confiance du leader des X-Men à mesure qu’elle prend des décisions qui l’éloignent du giron des enfants de l’Atome. De la même façon, le Professeur Xavier est mis sur la touche dès le premier épisode du récit, jugé indigne de confiance par son ancien élève suite à ses errements passés. Il est vrai que la figure paternelle a du plomb dans l’aile depuis ONSLAUGHT, ASTONISHING X-MEN et X-MEN: DEADLY GENESIS. Ça tombe bien : Xavier, lui aussi, aura droit à un arc de rédemption au cours du run de Carey.

L’homme morcelé (X-MEN LEGACY n°208 à 225)
À moi, mes X-Men !
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JB : Le COMPLEXE DU MESSIE s’achève sur une situation-choc. Bishop tente d’abattre Cable et Hope, qui s’enfuient vers le futur. C’est Charles Xavier qui reçoit la balle perdue en pleine tête. Alors que les X-Men entourent le corps gisant du Professeur X et commencent à s’interroger sur l’avenir de l’équipe, la dépouille disparaît. Dans le numéro suivant de X-MEN, renommé X-MEN LEGACY, le lecteur découvre ce qui est arrivé à Xavier : Exodus et ses Acolytes ont emporté le Professeur X grâce aux pouvoirs de la mutante Tempo. Exodus est en effet déterminé à guérir les blessures de Charles Xavier. Mais pour réparer le cerveau endommagé de Xavier, Exodus doit d’abord le purger de ses souvenirs. Le problème, c’est qu’une fois cette blessure soignée, l’esprit de Charles Xavier résiste au retour de cette mémoire encombrante ! S’il reprend conscience, Charles Xavier n’a désormais qu’une partie de sa mémoire et ne garde aucun lien émotionnel avec les souvenirs qu’il a conservés. Le Professeur X décide alors de revisiter son passé afin de retrouver son identité.

La première étape de cette quête mène Charles Xavier sur les traces de son enfance, vers la base d’Alamogordo. Base de tests nucléaires, c’est là que son père Brian Xavier a trouvé la mort, et que sa mère a épousé Kurt Marko, le père de celui qui allait devenir le Fléau. Mais Xavier découvre qu’un vieil ennemi des X-Men, Mr Sinistre, a influencé sa vie depuis des décennies. Sinistre tente de prendre possession du Professeur X et de ses pouvoirs, mais Xavier reçoit l’aide d’alliés inattendus : Gambit et, plus étonnamment, Sebastian Shaw ! Si la menace de Sinistre est repoussée, une nouvelle incarnation de ce supervilain voit le jour : Lady Sinistre.

Charles face à son passé
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La quête de Charles Xavier le mène ensuite sur les ruines de l’école de Westchester. Par suggestion mentale, il y attire Scott Summers, qui est furieux d’être à nouveau manipulé par son mentor. Lorsque Xavier tente de partir, il découvre qu’Emma Frost a pris le contrôle de la discussion. C’est au tour de Charles de passer sous le microscope d’une télépathe, en premier lieu pour déterminer s’il ne porte plus trace de l’influence de Sinistre. Mais c’est également l’occasion d’une séance de psychiatrie impromptue, durant laquelle Emma confronte Xavier à toutes ses fautes. Non pas pour le juger, mais pour lui faire reconnaître qu’il n’est qu’un homme, faillible comme les autres.

Dans un crossover entre X-MEN LEGACY et WOLVERINE: ORIGINS, Logan vient demander l’aide du Professeur X. En effet, Wolverine tente de persuader Xavier d’influencer l’esprit de son fils Daken afin de le libérer de l’influence de Romulus. Cependant, Daken tombe sous la coupe du Club des Damnés et de Lady Sinistre. Xavier et Logan font une entrée fracassante dans l’enceinte de la maison où se trouve Daken, qui s’est entre-temps retourné contre Lady Sinistre. Xavier ne modifie pas son esprit mais parvient à montrer au jeune homme la réalité de la relation entre Logan et la mère de Daken, ébranlant ainsi la haine que ce dernier vouait à Wolverine. En parallèle, Xavier apprend que, lorsqu’il a rencontré Wolverine, celui-ci avait été missionné pour le tuer. Charles Xavier a alors utilisé ses pouvoirs pour faire de Logan une arme à son service. Étonnamment, Wolverine ne lui en tient pas rigueur et le remercie de l’avoir permis de vivre la vie d’un héros.

Frères ennemis
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X-MEN LEGACY n°219 voit les retrouvailles entre les 2 demi-frères ennemis, Xavier et Caïn Marko, le Fléau. Dans un échange cœur à cœur, Caïn et Charles discutent de l’origine du terme Juggernaut (le nom VO du Fléau), la force inarrêtable, issu d’une perception faussée et catholique d’un rite indien. Cette discussion permet “une fois pour toutes” (lire jusqu’au prochain auteur) de savoir si Caïn Marko peut et veut véritablement racheter ses fautes.

L’histoire suivante envoie Charles Xavier en Australie. En effet, c’est là que Malicia, après les événements du COMPLEXE DU MESSIE, s’est exilée dans l’ancien refuge des X-Men pour faire le point sur elle-même. Xavier, lui, souhaite expier le mensonge qu’il lui a raconté lors de l’arrivée de Malicia parmi les X-Men. En effet, il lui avait promis de la guérir, ce qu’il n’a jamais pu faire. Mais avant son arrivée, Malicia voit débarquer une chercheuse aux motivations douteuses et surtout une équipe de chiffonniers/ferrailleurs/pirates Shi’ar ! Ceux-ci sont attirés sur Terre par une technologie avancée qu’ils comptent bien revendre. Celle-ci s’avère être la chercheuse, un déguisement pour l’androïde Danger. Mais l’attaque des Shi’ar déclenche un état d’urgence chez Danger, qui recrée plusieurs environnements significatifs pour Malicia : la ville de Valle Soleada de l’époque X-TREME X-MEN, le combat contre Nimrod, son affrontement contre un homoncule de Carol Danvers en Terre Sauvage, l’abandon de Gambit en Antarctique. Charles Xavier parvient à sauver Danger et à faire la paix avec elle en la libérant de tout programme susceptible de la contrôler. De plus, cette psychanalyse impromptue permet à Charles Xavier d’identifier un blocage mental dans l’esprit de Malicia. Le Professeur X parvient à stabiliser ses pouvoirs : Malicia peut désormais contrôler ses pouvoirs et toucher les autres sans aspirer leurs souvenirs et force vitale.

Charles Xavier revient enfin à New Avalon, auprès des Acolytes d’Exodus, en faisant une entrée fracassante. Il utilise ses pouvoirs pour forcer les Acolytes à rater toutes leurs attaques le visant, avant de faire face à Exodus lui-même. En parcourant l’histoire des X-Men, Xavier propose à Exodus de faire table rase du passé et de rejoindre avec les Acolytes le refuge d’Utopia à San Francisco. Mais un dernier échange privé entre Xavier et Exodus est interrompu par l’arrivée de Norman Osborn, dans un prologue du crossover DARK AVENGERS / UNCANNY X-MEN: UTOPIA.

Mutants contre mutants
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Toute cette arche narrative autour de Xavier (X-MEN LEGACY n°208 à 225) fait un peu tâche au cœur du run de Mike Carey, principalement consacré à Malicia. Mais je pense que la clé de lecture est la situation de départ de Charles Xavier au début de X-MEN LEGACY : dans le coma, la personnalité et les souvenirs fragmentés, soit exactement la situation de Malicia au début du COMPLEXE DU MESSIE ! Mike Carey utilise d’autres parallèles : lorsque Xavier retourne à Westchester, on voit Malicia revenir sur la base australienne des X-Men. Enfin, le retour en grâce de Xavier, qui est enfin parvenu à se reconstruire, correspond à la guérison de Malicia, qui peut enfin maîtriser l’usage de ses pouvoirs. Cela explique pourquoi, lorsque Emma confronte Xavier à ses erreurs passées, c’est son attitude envers Malicia à son arrivée qui est mise en exergue face à des fautes bien plus graves. La guérison de Charles Xavier représente celle de Malicia.

Pour autant, Mike Carey construit un véritable chemin de croix pour Xavier qui, détaché de son passé au début du run, le redécouvre d’un œil neuf. Et Charles apprécie peu ce qu’il y voit. Certes, le Charles Xavier du passé est un homme porté par un idéal. Mais Cyclope souligne que Magnéto, Sinistre ou Apocalypse peuvent en dire autant ! Durant une vision métaphorique, Xavier se voit en général, envoyant ses troupes aux combats. C’est également la même remarque que lui font Scott Summers et Logan. Pour Cyclope, Xavier a formé une armée pour combattre ses guerres, en ne se joignant que rarement au combat. Logan permet à Xavier de se souvenir qu’en manipulant Wolverine, il lui a explicitement dit qu’il avait besoin d’une arme. Lorsque Xavier retrouve Exodus et tente de le convaincre de rejoindre Utopia, les souvenirs qu’il lui montre sont les innombrables batailles qu’ont menées les X-Men contre d’autres groupes de mutants. Le Professeur X accepte ainsi qu’il est temps de changer de paradigme et d’unir le peuple mutant, désormais mené par une autre génération. Une évolution qui lui permet de reconstruire un Charles Xavier après l’entreprise de destruction des années 2000, menée par les auteurs de la saga ONSLAUGHT, Ed Brubaker dans DEADLY GENESIS et Joss Whedon dans ASTONISHING X-MEN.

Dernier adieu
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L’approche de Mike Carey va à l’encontre de pas mal d’autres auteurs de la franchise X-Men. Il aime et utilise à plein la continuité des personnages pour alimenter son run. Par contre, ne vous attendez pas à être tenus par la main. Mike Carey part du principe que vous connaissez le run de Fabian Nicieza sur le comics X-MEN de 1991 (les 2 numéros consacrés à Alamogordo) ainsi que la série du même Nicieza sur Gambit. Lorsque Exodus tente de briser Xavier, il enchaîne sans contexte des scènes comme Colossus tenant une seringue à sa poitrine ou les morts d’Épervier, de Sean Cassidy, de Sophie des Cukoos, d’Icarus ou de Doug Ramsey. Idem pour les scènes que crée Danger pour Malicia. Mais l’exemple le plus marquant sert de marqueur de l’évolution de Charles Xavier. Dans X-MEN LEGACY n°210, en quittant les Acolytes, Xavier croise Amélia Voght. Il déclare se rappeler de son nom sans autre souvenir, et suppose qu’elle fait partie des gens qu’il n’a jamais blessé. Lorsqu’il revient auprès des Acolytes dans X-MEN LEGACY n°225, Charles Xavier implante en amont des suggestions dans leur esprit afin qu’ils ne l’attaquent pas. Lorsqu’Amélia lui fait face, elle demande à Xavier ce qu’il lui a réservé. Charles lui répond qu’il n’a aucune protection contre elle et préfèrerait laisser la Terre entière brûler que de la manipuler à nouveau. Un symbole fort si vous connaissez l’historique d’Amelia Voght et du Professeur X, mais très obscur si vous n’avez pas lu le run de Lobdell sur UNCANNY X-MEN !

Accompagner la nouvelle génération (X-MEN LEGACY n°226 à 244, X-MEN LEGACY ANNUAL)
Nouveau départ, nouveau défi
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JB : Malicia, Gambit et Danger reviennent d’Australie à San Francisco au moment où se déclenchent les affrontements du crossover UTOPIA. De plus, l’accueil de Cyclope est glacial. Il voit d’un mauvais œil le départ sans explication de Malicia à l’issue du COMPLEXE DU MESSIE et n’oublie pas que Gambit travaillait avec les Maraudeurs de Sinistre, ou que Danger a provoqué la mort d’un jeune mutant. Il charge cependant cette étrange équipe d’aller secourir de jeunes mutants pris dans le conflit actuel. Malicia part ainsi au secours de Trance. Celle-ci est capable de projeter sa forme astrale mais, blessée durant l’émeute, a perdu le contrôle de ses pouvoirs. Pour l’aider, Malicia fait face à 2 des Avengers de Norman Osborn : Arès, le Dieu de la Guerre, et la nouvelle Ms Marvel, Karla Soften. Elle réussit à vaincre les 2 sbires d’Osborn et aide Trance à regagner le contrôle.

Cette aventure donne à Malicia sa nouvelle vocation : conseillère des jeunes mutants. Son premier défi arrive rapidement. En effet, Emplate, supervilain frère de M et des jumelles Monet, se nourrit de la force vitale des mutants et fait de l’île d’Utopia son nouveau terrain de chasse. Il trouve en la jeune Bling! un potentiel repas qui se renouvelle constamment. Empruntant le pouvoir de projection astrale de Trance, Malicia se rend dans la dimension qui sert de repère à Emplate et précipite sa demeure sur Utopia. Cependant, elle permet à Bling! d’affronter seule son ravisseur et bourreau afin qu’elle puisse surmonter elle-même ses démons.

Ne plus être une victime
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La crise suivante, se déroulant en parallèle de NECROSHA, met en avant la jeune devineresse Blindfold. Celle-ci croise en effet le chemin de Destinée, ranimée par Selene durant NECROSHA. Le message de Destinée annonce l’émergence prochaine d’une autre menace sur l’Île de Muir, l’endroit où elle a trouvé la mort. Blindfold accompagne une équipe de X-Men sur l’Île tant pour les aider que pour découvrir ses propres liens avec Destinée. Mais les mutants découvrent qu’il s’agissait d’un piège lorsque le fils de Moïra McTaggert, Protéus, prend le contrôle de Blindfold puis de plusieurs X-Men. Malicia réussit à exorciser ses amis et Blindfold découvre que Destinée est l’une de ces ancêtres.

X-MEN LEGACY n°234 marque un temps de repos pour les héros. Malicia tente de réconforter le mutant Indra, en pleine crise existentielle. En effet, sa foi lui interdit toute violence, dont il a pourtant dû user pour se défendre durant les émeutes d’UTOPIA. Depuis, il ne peut plus utiliser ses pouvoirs. Les conseils de Malicia lui permettent d’en retrouver le contrôle. En parallèle, Malicia reçoit les pouvoirs télépathiques des Cuckoos, ce qui lui pose problème lorsqu’elle croise Gambit. En effet, en se remémorant ses moments intimes avec le cajun, Malicia projette accidentellement ses pensées à toute l’île ! Mais Malicia renoue également avec Magnéto…

Le Walk of shame de Malicia…
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Les mutants sont bientôt confrontés à une attaque globale de l’île lors du RETOUR DU MESSIE et font face à leur propre extinction. Plusieurs héros, dont Ariel et Diablo, se sacrifient pour ramener la jeune Hope sur Utopia. Scott Summers la confie à Malicia afin que celle-ci assure la sécurité de la jeune fille mais, au plus fort de la crise, Hope convainc Malicia de la laisser participer aux combats. Les mutants l’emportent sur les forces de Bastion mais Scott Summers déclare à Malicia qu’il n’a plus aucune confiance en elle. Si elle reste conseillère des jeunes mutants, il ne l’intégrera plus aux missions des X-Men jusqu’à nouvel ordre.

Indra est rappelé en Inde par sa famille. En effet, son frère est tombé dans le coma et le père d’Indra décide de le remplacer par son autre fils pour un mariage arrangé de longue date. Malicia et Magnéto l’accompagnent avec une ribambelle d’autres jeunes X-Men. C’est le moment que choisissent Les Enfants de la Crypte pour faire leur retour. En effet, l’une d’entre eux a pris la fuite et s’est réfugiée auprès des mutants. Les Enfants de la Crypte capturent Malicia et Magnéto, mais avec l’aide d’Indra et de la fugitive, ils sont mis en déroute. Indra en profite pour prendre une décision personnelle importante. En effet, il choisit d’abandonner ses croyances de non-violence pour faire ce qui lui semble juste. Il coupe ainsi les ponts avec sa famille pour embrasser celle des X-Men.

L’histoire suivante suit les jeunes X-Men menés par Malicia, dont Hope fait partie, aider à la reconstruction de San Francisco, endommagée durant LE RETOUR DU MESSIE. Si Hope prend le temps de s’humaniser au contact d’une enfant qui l’observe, c’est également une période de fin pour 2 personnages. Karima, la Sentinelle Omega, subit à retardement le virus créé par Doug Ramsey pour vaincre les androïdes Nimrod. Son programme est réécrit et, malgré elle, Karima attaque les mutants avec lesquels elle travaillait quelques instants avant. Si Malicia tente de la contenir, ce n’est pas le cas de Hellion. En effet, celui-ci a perdu ses mains durant LE RETOUR DU MESSIE et le combat lui permet de se venger contre ce qu’il voit comme une Sentinelle comme les autres. Hellion endommage grièvement Karima et est mis à l’index par Scott Summers lui-même pour la brutalité dont il a fait preuve.

Une victoire pour les héros ?
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Une dernière histoire, prologue à AGE OF X, suit Blindfold. Celle-ci pressent une catastrophe imminente et rend visite à plusieurs monstres. Gambit, qui depuis le run de Milligan porte en lui l’incarnation de Mort, Cavalier d’Apocalypse. Hellion, qui a récemment montré sa sauvagerie. Des créatures de la dimension d’Emplate, restées sur Utopia depuis l’aventure de Bling! et de Malicia. Mais alors que Dr Nemesis effectue une opération sur les personnalités de Légion contre l’avis de Xavier, l’inimaginable se produit…

Avec cette arche narrative, c’est moins Malicia que la dernière génération de mutants en date que Mike Carey met en avant. Il propose ainsi aux lecteurs des retrouvailles avec les survivants des séries NEW MUTANTS (Volume de 2003), NEW X-MEN (Volume de 2004) et YOUNG X-MEN. Ces jeunes gens ont particulièrement souffert dans ces comics. La plupart de leurs condisciples ont perdu leurs pouvoirs lors de la Décimation avant de se faire massacrer par les troupes du Révérend Stryker. De plus, la Décimation a fait des survivants la dernière génération de mutants avant l’extinction de leur race. Enfin, ils sont en premières lignes durant l’affrontement de SECOND COMING, comme Hellion en garde les traces. 

La décision par Cyclope de faire de Malicia le soutien de ces enfants vient d’une volonté claire d’éviter de reproduire les erreurs de Xavier, et de ne pas faire des jeunes X-Men des soldats ne pensant que stratégie et survie. Bref, d’éviter de faire d’eux de nouveaux Scott Summers

Guérie, Malicia n’a guère plus d’autre histoire que sa valse hésitation entre Gambit et Magnéto. Mais comme pour Xavier, les jeunes mutants servent de métaphore à ses anciens traumas et de reflets de son propre passage à l’âge adulte. Trance, première jeune à laquelle Malicia vient en aide, souffre d’une perte de contrôle de ses pouvoirs, comme cela a été le cas pour Malicia depuis qu’elle a accidentellement plongé son ami Cody dans le coma la première fois que ses pouvoirs se sont manifestés. Blindfold évoque l’une des mères adoptives de Malicia, Destinée. Hellion est la phase violente de Malicia, membre de la Confrérie des Mauvais Mutants de Mystique. Le traumatisme de l’invulnérable Bling! rappelle celui de Malicia après qu’elle a absorbé les pouvoirs et la personnalités de Carol Danvers. Enfin, le dilemme d’Indra fait penser à l’arrivée et la rédemption de Malicia au sein des X-Men. 

Cependant, la thématique de déconstruction/reconstruction commence à devenir très évidente et répétitive. Combien de personnages peuvent-ils perdre le contrôle de leurs pouvoirs (Danger, Trance, Indra) avant que le lecteur ne commence à se lasser ? L’arche narrative autour d’Hellion est encore plus explicite en envoyant les mutants réparer la destruction de l’attaque de Bastion contre Utopia et San Francisco, et en manquant de détruire l’un des fils rouges du run de Mike Carey, la Sentinelle Omega. Autre défaut dans la cuirasse : Mike Carey lance des fils narratifs qu’il abandonne en cours de route : je pense particulièrement à Gambit et à la personnalité de Death qui menace à tout moment de prendre le dessus… sans qu’il en ressorte quoi que ce soit durant le run de l’auteur !

Age of X (AGE OF X ALPHA, X-MEN LEGACY n°245 à 247, NEW MUTANTS n°22 à 24)

Matmout Gougeon :AGE OF X constitue une parenthèse au sein du long passage de Mike Carey sur la franchise mutante. Réunissant les titres X-MEN LEGACY et NEW MUTANTS, ce crossover est conçu dès le départ comme un clin d’œil appuyé de l’auteur britannique à AGE OF APOCALYPSE, célèbre récit ayant impacté l’ensemble des titres mutants dans les années 90.

Le pitch de cette saga apparaît ainsi peu novateur. Dans un monde où les X-Men n’existent pas, une poignée de mutants se sont réunis au sein de la Forteresse X, érigée par Magnus à la suite d’un incident provoqué par Phénix ayant entraîné la promulgation d’une loi décrétant la peine de mort systématique pour tout porteur du gêne X. Retranchés dans leur bunker, protégés du monde extérieur par un champ de force télékinésique reconstitué jour après jour par une équipe de Protecteurs, ces survivants affrontent inlassablement les Précurseurs, des soldats envoyés par les humains sur le champ de bataille pour exterminer l’espèce mutante. Tout bascule le jour où l’une des leurs, Katherine Pryde, parvient à franchir ce fameux champ de force et ramène du monde extérieur un objet susceptible de faire voler en éclats les certitudes qui planaient alors sur la Forteresse X…

Des changements cosmétiques, mais pas que
© Marvel Comics

Inutile d’en dire davantage, car c’est en effet tout le sel de ce récit que de suivre en même temps que les protagonistes les éléments qui en permettront la résolution. Le lecteur fait face à un thriller psychologique en bonne et due forme, avec tous les poncifs du genre : alors que les mutants commencent à se douter que quelque chose cloche dans cette lutte sans fin, le lecteur sent l’étau se resserrer autour des suspects et la tension monter d’un cran au fur et à mesure que l’intrigue progresse, jusqu’au twist final. En bon connaisseur du genre, Mike Carey ne peut s’empêcher de brouiller les pistes tout au long de ce récit écrit comme un huis clos, provoquant ainsi de nombreux retournements de situation et des changements de points de vue sur les protagonistes impliqués. L’ennemi change en effet de visage tout au long de l’histoire, le lecteur doit donc accepter d’être quelque peu malmené par l’auteur.

“A quoi bon ?”. S’il y a bien un questionnement qui semble poindre à la lecture d’AGE OF X, c’est celui-ci. Alors que ses protagonistes affrontent pour la millième fois d’affilée un ennemi qui n’a jamais cherché à changer de stratégie de combat (les mutants se contentant quant à eux de se défendre face à cet adversaire qu’ils n’ont jusqu’à présent jamais tenté de renverser, que ce soit par la force ou par la pensée), Mike Carey propose en creux un commentaire méta plus global sur l’univers X : au fond, pour quoi se battent-ils, ces X-Men ? Seulement pour survivre ? Cela fait maintenant des années qu’ils luttent pour tenter d’intégrer une société qui les craint et les hait, et quels résultats concrets ont-ils obtenu ? Qu’est-ce qui fait qu’à l’époque où ce récit est publié, les X-Men se retrouvent une nouvelle fois isolés, entre eux, retranchés sur un bout de caillou au large de San Francisco ? On sent presque l’auteur s’interroger sur le désir plus ou moins conscient du lectorat (et/ou de l’éditeur) de maintenir coûte que coûte ce statu quo. Bien des années plus tard, en imposant un changement de paradigme radical à ses X-Men à l’occasion du lancement de l’ère HOUSE OF X / POWERS OF X, Jonathan Hickman, aussi décrié soit-il, pourrait bien être le premier auteur à être sorti de l’impasse mise en évidence par Mike Carey dans ce crossover savoureux, bien qu’anecdotique.

Côté graphismes, Clay Mann propose des planches particulièrement soignées, dans un style très proche de celui du frenchie Olivier Coipel (avec ses carrures masculines hypertrophiées), s’octroyant au passage le droit de remettre au goût du jour une bonne partie des tenues du casting tout en conservant les attributs distinctifs des uns et des autres, de sorte que le fanboy accompli puisse tous les reconnaître au premier coup d’œil. La seconde partie des graphismes est assurée par Steve Kurth dans un style bien plus dispensable, se rapprochant davantage de l’aspect « gras » d’un Igor Kordey.

Et les changements ne sont pas que cosmétiques. Comme c’est le cas dans bon nombre de réalités alternatives, AGE OF X se plaît à redéfinir la place et le rôle attribués aux différents protagonistes de la franchise. Ainsi, tandis que l’innocente Pixie laisse place à la libidineuse Cauchemar, Cyclope devient Basilisk, traumatisé après avoir été utilisé par Arcade comme une arme destinée à exterminer les mutants. Wolverine n’est pas en meilleur état, fatigué, condamné à rester en retrait du champ de bataille, dans un positionnement semblable à celui du OLD MAN LOGAN de Mark Millar.

D’autres personnages s’en tirent mieux. Malicia, renommée Legacy pour l’occasion, se voit confier la tâche de faire perdurer la mémoire de ses coéquipiers tombés au combat. Parmi les autres grands gagnants, on retrouve également Joanna Cargill alias Frenzy. Habituée à la figuration dans sa version classique, l’ancienne membre des Acolytes, désormais en couple avec Scott Summers, devient subitement respectée par l’ensemble de la communauté mutante. Légion n’est pas en reste : traditionnellement considéré comme un paria parmi les parias compte tenu de ses troubles psychiques, on le retrouve ici dans un rôle de protecteur du sanctuaire admiré par toute une cour de prétendantes. Un positionnement étonnant pour ces deux personnages qui prendront un nouveau départ à la suite d’AGE OF X. Frenzy, plus héroïque que jamais, fera part de son souhait d’intégrer les X-Men tandis que Légion partira en quête d’une réhabilitation psychique. Déconstruire pour mieux reconstruire, un credo qui n’a jamais aussi bien collé au run de Mike Carey.

Choisir son camp (X-MEN LEGACY n°250 à 260)
Encore une équipe explosive ?
© Marvel Comics

JB : Au lendemain d’AGE OF X, une nouvelle équipe commence à se former autour de Malicia. En effet, ses 2 amants occasionnels, Gambit et Magnéto, la rejoignent. De façon plus étonnante, Joanna Cargill, alias Frenzy, se porte également volontaire après son expérience dans le monde créé par l’une des personnalités de Légion. La première mission de ce groupe est d’ailleurs d’aider David Haller à récupérer 6 personnalités qui ont pris corps avant de s’enfuir. Malicia, Gambit, Magnéto, Légion et le Professeur X traquent ainsi ces 6 alters de Légion afin qu’il les réabsorbe. Mais Styx, l’une de ces personnalités, s’avère plus dangereux que prévu. Pendant ce temps, les habitants d’Utopia font face à une autre conséquence d’AGE OF X. En effet, Rachel Summers, Havok et Polaris ont disparu depuis des mois dans l’espace. Cependant, la réalité de Age of X a créé un avatar de Rachel, nommé Revenant, qui tarde à disparaître lors du retour à la réalité. Grâce à Revenant, Malicia parvient à localiser les mutants disparus.

Malicia, Gambit, Magnéto et Frenzy partent sauver l’équipe de Havok. En effet, en les localisant, Malicia a découvert que le système solaire dans lequel leurs amis se trouvent est sur le point d’être détruit. Mais leurs problèmes ne s’arrêtent pas là. Malicia retrouve les pirates qui ont tenté de capturer Danger en Australie, pendant que Magnéto, Gambit et Cargill tombent en pleine guerre entre les Shi’ar et une race insectoïde nommée les Grad Nan Holt. Plus grave encore, ils découvrent que les Starjammers combattent aux côtés des Grad Nan Holt de manière fanatique, attaquant sans hésitation ceux qui viennent les sauver. En réalité, Friendless, un paria parmi les Grad Nan Holt manipule les 2 camps par vengeance. Cargill n’hésite pas à mettre sa vie en péril pour permettre à Malicia de prendre le contrôle de la base spatiale où ils se trouvent et, malgré une tentative de trahison de l’un des pirates, parvient à la téléporter à proximité de la Terre.

Une dernière chose à réparer
© Marvel Comics

Un schisme a divisé les X-Men. Alors que Malicia et ses proches doivent choisir s’ils suivront Logan ou Scott Summers, ils découvrent qu’ils ne sont pas revenus seuls de l’espace. En effet, le X-Club détecte une autre présence : l’extraterrestre Ariel, qui avait semblé trouver la mort durant LE RETOUR DU MESSIE. Malicia forme une équipe d’urgence pour la tirer des limbes où elle se trouve. Avec l’aide de Cargill, d’Hellion, de Pixie et de Rachel, Ariel est ramenée sur Terre et soignée. Vient le temps des adieux : si Magnéto reste auprès de Summers, Malicia, Gambit et Cargill choisissent de rejoindre Logan et d’offrir une autre vie aux jeunes mutants.

Dans un dernier hourra, Mike Carey referme la page de son run sur les X-Men. Sa première histoire donne une conclusion à AGE OF X, qu’il utilise pour rendre meilleur 2 personnages. Légion, en absorbant ses alters errants, devient plus stable. Mais c’est Cargill qui se taille la part du lion. Hostile à Xavier et à son rêve durant l’arche narrative dédiée au Professeur X, elle décide de passer du côté des anges sans pour autant perdre la passion qui l’habite. Carey en profite pour explorer les motivations de Joanna. En effet, l’équipe traque l’une des personnalités de Légion jusqu’à Paris, une ville qui rappelle à Joanna Cargill le procès de Magnéto dans UNCANNY X-MEN n°200. Voir le défenseur du peuple mutant enchaîné et jugé par des humains l’a poussé dans les bras du darwiniste Apocalypse, dont le discours de survie du plus fort a attiré Frenzy. Au fur et à mesure de ses aventures avec Malicia, Frenzy accepte symboliquement de se livrer aux autres en livrant volontairement à Malicia son invulnérabilité. Cette évolution explique son choix final de rejoindre l’école de Logan : Joanna souhaite briser le cycle qui la ramène constamment vers la violence.

Le second récit sonne comme un mandat éditorial de ramener les Starjammers – l’équipe de Havok – sur Terre après un exil de 5 ans en temps réel. Je dois avouer que c’est l’histoire qui m’a semblé la plus faible de tout le run de Carey. Je retrouve dans le personnage de Friendless ce que je considère comme un travers de l’auteur, déjà vu avec les Enfants de la Crypte ou Pan : un nouvel antagoniste surpuissant et invincible… jusqu’à ce qu’il ne le soit plus. Mais elle permet à Carey de mettre un terme à l’histoire entamée par Ed Brubaker en 2005 avec DEADLY GENESIS et RISE AND FALL OF THE SHI’AR EMPIRE et de ramener les personnages partis à la poursuite de Vulcan dans le giron des X-Men. Mike Carey donne même une porte de sortie assez élégante à Korvus, devenu un poids mort depuis que la Force Phénix qu’il détenait a quitté son épée.

Les 2 derniers numéros donnent une ultime occasion à Carey d’utiliser sa thématique de déconstruction/reconstruction. Malicia organise une opération de secours quasi-chirurgicale pour s’assurer de ramener Ariel et ainsi réparer l’un des dommages collatéraux du RETOUR DU MESSIE. Elle en profite pour donner à Hellion une chance de racheter ses fautes en sauvant une alliée. Enfin, Carey permet à son héroïne de faire la paix avec Scott Summers avant qu’elle ne fasse le choix évident au vu de son évolution : protéger les enfants et leur construire un avenir dans l’école Jean Grey de Wolverine.

À l’aube d’une nouvelle ère
© Marvel Comics

29 comments

  • Surfer  

    Salut,
    Une fois n’est pas coutume, ce matin on passe direct à la BO. Elle le mérite largement.
    De toute façon, Je n’ai pas le temps de lire ce long billet qui, je n’en doute pas, doit être très instructif. J’y reviendrai à tête reposée quand j’aurai un peu plus le temps.😉.

    Donc…Ce morceau de Marley est un chef d’œuvre absolu. La plus belle chanson sur la liberté et l’émancipation qu’il m’ait été donné d’écouter 👍👍👍.
    La BO ne devrait pas plaire à Bruce qui est allergique au Reggae. 😀
    Cette version acoustique avec une sonorité folk est cependant très accessible. Et c’est le but car c’est une chanson universelle qui doit être entendue par le maximum de monde. Même les plus réticents 😉 .

    • JB  

      Rendons à César ce qui lui appartient, le choix de la BO revient à Matmout Gougeon (je n’ai aucune culture musicale ^^)

    • Matmout G.  

      Je plaide coupable 😉
      Pourtant pas particulièrement fan de musique reggae à la base, mais je trouvais que le titre convenait très bien à la thématique développée par Carey à travers son run. Content que ce choix ait pu trouver un écho parmi les lecteurs. 🙂

  • PierreN  

    « Jonathan Hickman, aussi décrié soit-il, pourrait bien être le premier auteur à être sorti de l’impasse mise en évidence par Mike Carey dans ce crossover savoureux, bien qu’anecdotique. »

    Un auteur justement client du début de l’ère Carey (d’où son utilisation des Children of the Vault) : https://aiptcomics.com/2019/05/20/x-men-monday-featuring-jonathan-hickman-13-underrated-x-stories-mutant-fashion-and-cool-cyclops/

    Jonathan: « It’s tough to say because I’m in it so deep right now, but I’m pretty sure that you can pick these books up cold. I’m sure, because I simply don’t like to do this because of how it ruins the dialogue, that there will be instances where I could be labeling characters better, but that doesn’t really have anything to do with previous runs.

    I will say that in re-reading everything, probably the most criminally underrated X-Men writer is Mike Carey. I mean, it’s obvious that Mike is brilliant, but there are a lot of things buried in his books that are tier-one ideas that writers following him must have just blown right past.

    Conceptually, that “Supernovas” stuff is great. »

    • Matmout G.  

      Intéressant de voir qu’Hickman se revendique comme défenseur de Carey, tant ces deux auteurs semblent diamétralement opposés dans leur façon de caractériser leurs personnages ^^
      On voit bien que c’est avant tout, une fois de plus, la notion de « concept » qui intéresse Hickman dans le travail proposé par Carey, et pas tant les personnages ou sa façon de les caractériser. Très intéressant, merci.

  • Eddy Vanleffe  

    Ça me donne bien envie de rattraper ce run (en partie en tout cas) qui m’a l’air d’être une version 2000 d’un condensé du run de Scott Lobdell avec tout son décorum (acolytes-iceman-AOA) . bien évidemment rien que pour le focus sur Malicia,, ça doit valoir le coup.
    il me semble qu’ils ont sorti deux ou trois deluxe sur ce run…
    un jour en occase’ ça peut se faire.
    merci à vous deux pour cet imposant récapitulé de tout ça.

  • Bruce lit  

    Un article monumental qui peut dissuader ceux qui ne connaissent plus les XMen. Moi je me suis régalé de la fluidité avec laquelle cette somme d’événements est racontée.
    Reconnaissons un mérite à Carey : un peu comme Lobdell et Nicieza, j’apprécie son écriture patch de correction de trucs laissés en jachère. A l’inverse de Gland Morrison, en voilà un qui a fait l’effort de lire toute la mythologie mutante avant de s’y attaquer. Il en résulte des passages fondamentalement solides comme la fin de l’arrivée naive de Wolverine chez les Xmen (le mec décide d’aller aider des inconnus sans que le gouvernement n’ait son mot à dire).
    Je me rappelle avoir adoré qu’enfin Charles Xavier ait droit à quelques épisodes autrement que « c’est un trouduc' »
    Moi aussi j’avais été très marqué par la vision de Carey sur l’armée privée de jeunes personnes conduites par des vieillards aigris. Brillant.
    Je suis Carey les yeux fermés jusque la confrontation avec SCott.
    Après, non, je n’y arrive plus à l’exception de AGE OF X très divertissant. Tout simplement parce que comme vous le mentionnez, plein de personnages dont je me fous éperdument occupent le 1er plan : Karima Bidule, Blindfold.
    C’est l’époque où Fraction bave comme un porc sur l’équipe et Carey parvient à donner des moments individuels à des personnages majeurs laissés dans la médiocrité de l’autre guignolo. Du coup, voir des focus sur des personnages de 3ème catégorie comme Gargill ne m’intéressait pas quand j’attendais de voir plus Gambit ou Xavier.

    Sur la 1ère partie du run, j’appréciais la constitution d’une équipe bizarre avec Cable et Iceberg et bien sûr Mystique et Creed. Le résultat est décevant : ça explose avant que la sauce ne prenne. Pour être franc, c’est histoire d’Enfants de l Crypte m’évoquait un mix malheureux de The World de Morrison et de Morlun chez Spidey.
    Et surtout, ben graphiquement l’association Ramos- Bachalo c’est aussi ragoutant que l’ail et un crucifix pour un vampire. Tu as des trucs super violents et dramatiques dessinés façon cartoon. Ca n’a pas pris non plus.
    Merci donc de me permettre de raccrocher les wagons même si je suis très en désacord sur ce que Hickman a apporté à la licence. Mais je ne vais pas radoter.

    • Eddy Vanleffe  

      Marrant le souvenir que j’ai des « enfants de la crypte  » c’était que ça ressemblait aux NEO mais en moins nébuleux, ceci dit ils disparaissent aussi sec non?

      • PierreN  

        Ils sont réapparus dans X-Men Legacy 238-241 (Carey) puis X-Men 5 & 18-19 (Hickman).
        Il doit y avoir un concept semblable dans les Ultimates d’Hickman : une société très avancé, ayant grandie à vitesse grand V dans une bulle temporelle (à l’instar de ce qui se passe à Central City à la toute fin des FF de Byrne).

      • Matmout G.  

        Les Enfants de la Crypte réapparaissent en milieu de run de Carey à l’occasion d’un voyage en Inde, et ils disparaissent ensuite de la circulation.. jusqu’à leur retour très récent sous la plume d’Hickman qui visiblement avait beaucoup apprécié le concept (un concept en effet très proche du Néo créé par Claremont en 2000).

    • Jyrille  

      D’ailleurs je pense qu’il manque à cet article la liste des X-Men et sa position comme sur les autres articles sur les personnages, ce serait bien non ?

      • Bruce lit  

        Alors la liste porte généralement sur les Xmen des années 90.
        Il faudrait effectivement en créer une pour les années 00.

  • Bruce lit  

    j’ajoute en relisant l’article qu’un arc m’a fait fuir en fait : celui avec les Strajammers comme souvent ayant en horreur les sagas spatiales.
    Il se passe des trucs formidables et intimistes entre Scott et son mentor et voilà qu’un personnage avec le corps d’un cafard qui vient te faire chier et dont tu sais pertinemment qu’il est là pour gâcher du papier. Comme il s’appelait déjà ?

    • JB  

      Friendless

  • Présence  

    Bon retour à Matmout Goujon sur le site, ça faisait longtemps.

    Mike Carey a écrit la série X-Men (renommée X-Men Legacy pendant 5 ans : je ne m’étais jamais rendu compte qu’il était resté aussi longtemps.

    Chronique d’une débâcle annoncée (X-MEN n°188 à 204) : j’avais été très intrigué par l’intégration de Lady Mastermind et de la Sentinelle Oméga, personnages que je ne connaissais pas alors.

    Bachalo forme avec Humberto Ramos (qui illustre la moitié des épisodes de cette première partie de run) un tandem détonnant, tout en démesure et en explosivité, qui retranscrit à merveille le désordre qui règne au sein de cette équipe dysfonctionnelle : 100% d’accord, un vrai plaisir avec un entrain visuel communicatif.

    Mon avis sur Supernovas – Des scénarios rapides avec beaucoup d’idées et de concepts inventifs tout en immergeant le lecteur dans l’action. De leurs cotés les illustrateurs font aussi preuve d’inventivité et de trouvailles graphiques que ce soit l’énorme tanker volant rendu crédible, ou le mummudrai dessiné à la Bill Sienkiewicz ou l’aspect d’Hecatomb.

    Mon avis sur Blinded by the light : Avec cette histoire, il noie le lecteur le plus patient sous un déluge de personnages et d’évolutions des relations entre eux. Globalement, j’ai eu l’impression d’assister à la mise en place des pions pour le crossover à venir au milieu d’une foule d’individus difficiles à situer (et je ne vous parle même pas des victimes des Marauders). Il surnage de très bonnes trouvailles de scénario : 8 milliards d’individus dans l’esprit de Rogue, une Emma Frost très intelligente et très piquante, les trahisons de plusieurs X-Men, une Kitty Pride toujours aussi enjouée, le pouvoir d’Iceman à son maximum.

    • Matmout G.  

      Merci pour ton retour !
      En effet un début de run extrêmement riche (jusqu’à l’overdose peut-être pour le néophyte ? je ne m’en rends pas forcément compte tant je suis tombé jeune dans la marmite), qui contraste pas mal avec l’après « Complexe du Messie » qui est beaucoup plus épuré en termes d’intrigues et de personnages.

  • Fletcher Arrowsmith  

    Bonjour JB, bonjour Matmout,

    merci pour ce passage de review bien complet et hyper intéressant, d’un run conséquent.

    Au contraire de Bruce j’ai apprécier immédiatement le run de Carey, notamment pour la partie graphique : Bachalo, Ramos (et Henry il me semble) : tout à fait mes gouts.

    Et puis à l’époque même les X-Men de Brubaker me plaisait (et Fraction au début fait quelque chose de très sympa).

    Clairement une période dans la lignée de Claremont et Lobdell, le déplacement à San Francisco puis Utopia en étant deux héritages importants.

    Je dirais que Carey à commencé à me perdre quand la série fut renommé X-ME? LEGACY. Chagement de nom conforme à ce que cela racontait (au début du moins) mais l’orientation éditoriale de la franchise X n’est alors pas bien définie. Donc une première phase centrée sur Xavier puis un grosse période sur Rogue puis Carey range pour terminer ses jouets, d’une manière honnête et correcte.

    J’ai souvent relu la période X-MEN, pas du tout la période Xavier. Puis je relis parfois ce qui tourne autour de Age of X, event très sympa. La mise en avant des personnages secondaire voire tertiaire ne m’a dérangé, bien au contraire. Quand on a été biberonné au X-Factor de Layton puis la période Lobdell (autour de UXM 300), voir Cargill mise en avant, ne pouvait que me réjouir. Finalement c’est le traitement (et le costume avec l’écharpe) de Rogue dont l’évolution de sa relation avec Gambit auquel je ne suis jamais arrivé à complètement m’attacher.

    Et puis le nom : X-MEN LEGACY : beurk.

    Oui les X-Men de Carey n’ont pas à rougir de leur place dans l’histoire éditoriale des X-Men.

    Je valide la BO : c’est le premier (et encore le seul) morceau que je sais jouer à la guitare.

    • Matmout G.  

      Merci pour ce retour très complet 🙂
      Je crois que ta phrase de conclusion résumé très bien mon avis sur ce run : plus de 70 épisodes étalés sur 5 ans (je pense qu’il doit s’agir du record sur la licence depuis le départ de Claremont en 1991), et pourtant le passage de Carey fait partie des runs majoritairement oubliés quand il s’agit de citer les travaux marquants sur les X-Men. Il me tenait à cœur de participer à cette réhabilitation de son travail, c’est chose faite 🙂

    • JB  

      Après, X-Men Legacy parle bien d’héritage. Celui de Xavier, que Charles doit redécouvrir et accepter. Ensuite, le passage de relais à la nouvelle génération quand Malicia prend en charge les jeunes X-Men. Legacy devient enfin le nom de Malicia dans la réalité Age of X, où elle est le réceptacle de la psyché des mutants morts au combat.

  • Présence  

    L’homme morcelé (X-MEN LEGACY n°208 à 225)

    Ma partie préférée des épisodes Mike Carey : un vrai plaisir que de les revisiter par ta plume.

    L’approche de Mike Carey va à l’encontre de pas mal d’autres auteurs de la franchise X-Men. Il aime et utilise à plein la continuité des personnages pour alimenter son run. – Il est vrai que la saveur de ces épisodes n’est perceptible que par des lecteurs bien immergés dans la continuité.

    Accompagner la nouvelle génération (X-MEN LEGACY n°226 à 244, X-MEN LEGACY ANNUAL)

    Cette aventure donne à Malicia sa nouvelle vocation : conseillère des jeunes mutants. – J’avais bien aimé cette idée.

    Cependant, la thématique de déconstruction/reconstruction commence à devenir très évidente et répétitive. – Je confirme que j’avais commencé à me lasser avec ces épisodes, mais mon admiration pour Mike Carey m’avait amené jusqu’à lire le recueil Lost Legions (épisodes 250 à 253).

    • JB  

      Le passage sur Xavier est également mon préféré de ce run. Pas de diabolisation ni de sanctification du mentor dégarni pour changer

  • Présence  

    Age of X (AGE OF X ALPHA, X-MEN LEGACY n°245 à 247, NEW MUTANTS n°22 à 24)

    A quoi bon ?”. Au fond, pour quoi se battent-ils, ces X-Men ? Seulement pour survivre ? Cela fait maintenant des années qu’ils luttent pour tenter d’intégrer une société qui les craint et les hait, et quels résultats concrets ont-ils obtenu ? – Belle manière de présenter cette histoire. J’étais partagé : Mike Carey réussit à faire le funambule entre l’hommage appuyé à des histoires passées des X-Men et des New Mutants, et une histoire originale. Malheureusement le tout souffre à la fois d’un parfum de redite et d’une pagination qui ne laisse pas le temps aux personnages d’exister, le tout desservi par des illustrations particulièrement fades (oui, bon d’accord, je n’aime pas Clay Mann, personne n’est parfait). Il reste une aventure complète avec quelques passages réussis

    Choisir son camp (X-MEN LEGACY n°250 à 260)

    Je n’ai pas réussi à aller jusqu’au bout. Je découvre donc les tout derniers épisodes de Carey : merci pour cet article très détaillé.

    Comme à chaque fois que cette série reprend son indépendance en s’écartant des crossovers tentaculaires, Mike Carey reprend contact avec les membres des X-Men et réussit à faire ressortir leur personnalité de manière cohérente par rapport à leur histoire. Il insère des références au passé de Gambit, de Magneto et de Rogue de manière naturelle dans le fil du récit. Ces réminiscences ajoutent de la profondeur pour ceux qui ont lu les épisodes correspondants, sans donner l’impression d’être perdus à ceux qui ne les ont pas lus. Il continue également à expliciter en quoi Rogue mérite son surnom de Legacy. Malheureusement cette fois-ci, Carey ne bénéficie pas d’un dessinateur qui sort de l’ordinaire (pas comme Daniel Acuña pour Emplate ), ce qui affadit fortement le récit et lui enlève l’attrait visuel correspondant.

    • JB  

      Merci de nous avoir lu !

  • Jyrille  

    Bravo JB et Matmout pour ce gros bébé ! Bienvenu, d’ailleurs, Matmout. Je salue votre prose, tout ça est fort bien écrit. Mais ne connaissant rien à ces personnages, et n’ayant aucune envie de les découvrir, je ne lirai jamais tout ça. Ca tombe bien, vous racontez les principales évolutions de l’histoire que je lis tel un soap qui se déroulerait en accéléré. De plus, aucun scan ne m’a paru digne d’intérêt, je crois bien que ces dessinateurs ne sont pas pour moi. De Mike Carey, je ne dois avoir lu que son run sur Hellblazer, qui est très bien.

    La BO : magnifique. Dernier titre du dernier album studio sorti de son vivant du grand Bob, la seule que je sache jouer à la guitare.

  • Rom1  

    AVEUGLÉS PAR LA LUMIÈRE m’a fait revenir aux X-Men juste à temps pour ne pas manquer la trilogie du Messie. Mike Carey porte un réel soin au respect de la continuité ce qui m’a aussi plu dans son passage sur la franchise. Très bel article bien fourni et passionné donc passionnant !

    • JB  

      Merci de nous avoir lu, heureux que l’article t’ait plu ^^

    • Matmout Gougeon  

      Merci pour ce retour très chaleureux 🙂 La Trilogie du Messie est effectivement l’un des derniers grands segments de l’histoire mutante, inégal à certains endroits (on essayera d’oublier « La Guerre du Messie »), mais d’une rare cohérence. A bien des égards, on y retrouve la fougue des grands crossovers des années 90 (« Le Chant du Bourreau », c’est à toi que je pense).

      • Eddy Vanleffe  

        oui Messiah Complex doit énormément au Chant du bourreau… (toujours le meilleur à mon sens… )

        • Fletcher Arrowsmith  

          Clairement, d’ailleurs je me demande si ce n’est pas dernier VRAI cross-over chez Marvel, dans le sens histoire qui se suit réellement en passant d’une série à une autre quitte à ce que les auteurs (et souvent les dessinateurs) ne soient plus forcément les artistes réguliers.

          C’est vraiment une période pas si mauvaise pour les mutants, avec en plus l’extraordinaire X-FACTOR de Peter David (comparable au premier passage de Chris Claremont, voire même supérieur parfois). Je situe la cassure avec la fin de Uncanny X-Men volume 1 (départ de Fraction, arrivée de Gillen). Wolverine and the X-Men a fait illusion ,mais était bien seul.

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