DU JEU VIDEO À L’ANIME HORRIFIQUE : CASTLEVANIA NETFLIX

CASTLEVANIA NETFLIX par Shankar Animation et Warren Ellis

Un article coup de fouet de EMMANUEL BALLANDRAS

Aujourd’hui on va causer de série animée. Notamment une série disponible sur Netflix et qui a remué toute la geekosphere du jeu vidéo lorsqu’on a officialisé sa sortie. Je veux parler de la série Castlevania.

AVERTISSEMENT : il y aura des mini-spoilers saignants!

©Netflix

Castlevania est une série de jeu vidéo créée par la société japonaise Konami. Sa première apparition remonte à 1986 sur console Nintendo NES 8 bits , puis sur borne d’arcade pour finalement continuer sur console et PC. L’histoire : au Moyen-Âge, un chevalier nommé Simon Belmont part affronter le vampire Dracula directement dans son château. Il doit alors se frotter durant plusieurs niveaux à des cohortes de squelettes, zombies, et autres joyeusetés tirées de films d’horreur de la Hammer. Le héros est armé pour cela d’un fouet sacré qu’il peut faire évoluer tout au long des niveaux afin d’infliger plus de dégâts aux monstres qui tenteront de le trucider. Naturellement à la fin de chaque niveau il y aura un boss à vaincre.

On l’aura compris : il ne s’agit pas du tout de la transcription du livre de Bram Stocker sur Dracula, mais d’un prétexte à trouver une figure emblématique d’un méchant à abattre pour ramener la paix dans le monde. Bien que la difficulté du premier jeu soit terriblement dure et punitive, le succès est rapide : ce genre de jeu d’arcade/plateforme est à la fois original, défouloir, et dispose d’une musique très bien foutue qui colle parfaitement à l’ambiance ( je vous recommande d’ailleurs d’écouter les superbes OST des autres jeux).

Viens là qu’j’t’fouette la gueule! ( à gauche, le 1er jeu de la série. A droite, l’avant-dernier)
©Konami

Suivront plus tard d’autres jeux vu que le succès est à chaque fois au rendez-vous ( une vingtaine à ce jour). Certains épisodes sur console PlayStation valent vraiment le détour pour leurs histoires très intéressantes. Normalement le titre original en japonais est « Akumajó Dracula » ce qui signifie littéralement « Château démoniaque Dracula ». Mais lors de son arrivée aux États-Unis le jeu perd ce titre pour sonner un petit peu plus occidental. Le mot Castlevania est issu de la réduction des mot « castle » ( château) et « Transylvania » ( la Transylvanie quoi… Ah bon, vous aviez déjà compris ?).

Comme le succès allait grandissant, certains gamers espéraient un dessin animé ou un film de qualité basés sur cette série. Mais cela n’a jamais eu lieu. C’est peut-être tant mieux, quand on sait que certains réalisateurs foireux commençaient à lorgner sur le sujet ( Uwe Boll en tête de liste).

Mais en 2017, à la surprise de tous, une mini-saison version dessin animé apparaît sur Netflix. La série est interdite aux moins de 16 ans. C’est Adi Shankar, véritable geek et fan de la série, qui a permis sa création. Frustré par ses années de travail à Hollywood où le business prime sur la créativité, il a bossé pour le film DREDD, puis a bourlingué sur Youtube avec le projet « Bootleg Universe ». Pour lancer son projet d’adaptation de Castlevania, Adi a dû se montrer convaincant avec les partenaires financiers et les ayants droits. En effet, aux USA ,les films d’animation ont encore l’image d’être trop orientés pour les enfants ou les jeunes adultes.

Adi SHANKAR
©Wikicommons

Adi est un fan geek, et il aime le revendiquer : Depuis que je suis tout jeune, mon père jouait aux jeux vidéo avec moi, et on lisait des comics qu’on se partageait! Mon rêve, c’était de faire de la réalisation artistique digne de ce qui avait bercé mon enfance. Mais à Hollywood, tu as tout le temps ces sphères de gros connards qui font des adaptations sans rien connaître sur le sujet, et qui disent tout le temps que c’est réalisé exprès pour les fans. Ça me donne envie de les gifler car c’est faux! Ce qui les intéresse, c’est la thune! De plus, je trouve l’expression « pour les fans » vraiment très péjorative. Moi, je me demande en tant que fan ce que j’aimerais voir dans l’adaptation de mes séries favorites. Et pour Castlevania, j’avais vraiment envie d’être respectueux de cet univers gothique et horrifique. Et je ne voulais pas me vautrer en sabordant une partie de mon enfance.

Du coup, 4 épisodes de 25 minutes ont été réalisés comme point de départ pour une première saison. Autant dire que 4 épisodes, ça peut paraître court… Mais cela a aussi permit de servir de test d’audience pour envisager la suite de la série. Après tout, Netflix était en recherche d’un nouveau type de public et a décidé de parier sur le monde geek, un geste bien courageux face à Hollywood.

Adi déclare : J’ai choisi volontairement de démarrer l’histoire de la série grâce au jeu Castlevania III. Il y a tous les protagonistes qui sont déjà présents : le héros Trevor représente sa famille Belmont qui a été déchue par l’Eglise Catholique. Puis il y a la magicienne Sypha Belnades, et le semi-vampire Alucard qui a un côté emo très actuel. il y a plein de filles qui sont love de lui. Et bien sûr, l’ennemi principal qui est Dracula! Ensuite il fallait scénariser tout ça pour le rendre cohérent. C’est Warren Ellis qui est assez connu dans le milieu du comic book qui s’est donc occupé de la narration.

Là, j’avoue avoir marqué un temps d’arrêt…  A mon sens, Warren Ellis est capable de faire des choses bien sympa, mais aussi d’être méga-soporifique quand il s’y met. De ce que j’ai lu à droite et à gauche, c’est un scénariste qui peut écrire sur des personnages qu’il ne connaît pas toujours bien. Donc forcément, ça ne peut pas donner quelque chose de super à l’arrivée si il fait ça un lundi matin ( on me souffle dans l’oreillette que certaines de ses séries genre PLANETARY sont super, mais comme je ne les ai pas lu, je fais confiance naïvement aux fans du bonhomme). Accordons-lui le bénéfice du doute pour l’instant.

à gauche, la jaquette du premier jeu. A droite, son hommage par Netflix
©Konami & Netflix

Le synopsis étonne quand on connaît les jeux : une femme médecin frappe à la porte du château de Dracula et demande à apprendre les arts de la science. Elle est persuadée que cela peut sauver de nombreuses vies. Il faut dire qu’à cette époque d’obscurantisme, la science était très mal vue par l’Église catholique superstitieuse. Surpris par le courage de la femme, Dracula décide de répondre à sa requête et tombe finalement amoureux d’elle. Petit à petit, le vampire commence à trouver un semblant d’humanité. Sur les conseils de sa bien-aimée, il parcourt seul le monde pour voir à quoi ressemble l’humanité dont il ignore beaucoup de choses suite à des siècles de réclusion dans son château. Mais malheureusement, l’Inquisition capture entre temps sa femme et la brûle en place publique pour sorcellerie.

C’est juste à ce moment-là que Dracula revient de voyage et découvre l’horreur. Ivre de vengeance, il lance une malédiction sur la Transylvanie en promettant de revenir dans un an pour détruire l’humanité entière. Malgré son avertissement, les humains ne changent pas leur mode de vie, aveuglés au passage par la vision étriquée des responsables catholiques. Dracula met alors son plan à exécution, ouvre des portes de l’enfer, et libère une quantité astronomique de monstres qui dévastent tout sur leur passage. Des meurtres de masse, des hectolitres de sang, des monstres toujours plus horribles… Autant dire que cela fait son effet!

À la fin du 4e épisode, un trio de héros se forme pour combattre le vampire. Un superbe combat opposant Trevor à Alucard donne le frisson pour tout fan des jeux. L’ambiance aura mis du temps à s’installer, mais on se dit que ça y est ! Ça va déchirer dans les prochains épisodes…

Netflix voyant le succès de la mini-série, 10 nouveaux épisode arrivent rapidement. Autant dire qu’on a tous eu l’eau à la bouche en se disant que ça va tout démonter!

Alors, vous allez me demander ce que je pense de la série en tant que fan des jeux? Bééééh… C’est là le problème : j’aurai vraiment aimé que ce soit exceptionnel. Mais ce n’est pas tout à fait le cas!

L’histoire démarre bien mais ne prend pas son envol. C’est même presque un vol de croisière tranquille-pépouze malgré quelques rares fulgurances qui donnent de l’espoir. Certains partis-pris du scénario ne me dérangent pas ( faire de Dracula un amoureux rempli de vengeance, la présence d’Hector qui est un personnage tiré d’un autre jeu Castlevania…), tandis que d’autres me font grincer des dents ( faire de Trevor un alcoolique rustre et grossier qui n’en n’a rien à foutre de tout, ou certaines vannes des personnages qui cassent l’ambiance…). Je suis peut être trop influencé, mais je pense qu’un meilleur scénariste que Warren Ellis ainsi qu’un ton beaucoup plus grave à l’ambiance générale auraient donnés un résultat fantastique.

un trio improbable qui doit apprendre à fonctionner
©Netflix

Ce genre de série aurait mérité de rester dans un ton sérieux pour une bonne dynamique de narration. Mais là, non ! On a l’impression que le scénariste est en roue libre! L’histoire est parfois mollassonne, comme si l’ambiance mettait trop de temps à se mettre en place avant les scènes d’action. Il n’y a pas d’équilibre entre les deux ! Cacher un scénario mou-du-genou derrière une ambiance gothico-horrifique ne fait pas illusion.

Ce n’est qu’à partir de la saison 3 que l’ensemble commençe à à peine à prendre un réel intérêt : on peut suivre l’histoire de 4 groupes distincts, avec quelques questions philosophiques assez sympathiques sans être chiantes. On remarque également que la plupart des personnages ne sont pas complètement manichéens : il y a de nombreuses ambiguïtés en eux qui permettent de garder l’ensemble intéressant. Mais certaines ficelles du scénario sont trop grosses qu’on se demande quel andouille ne verrait pas l’embrouille arriver de loin !

Les dessins sont bons quoique sobres. L’animation est volontairement inspirée des mangas japonais ; et à défaut d’être géniale, elle reste dans la bonne moyenne ( surtout si je la compare aux récents méfaits de DC comics qui sont à la ramasse). Sans surprise, les scènes d’action sont heureusement très nerveuses et réhaussent le niveau général quand le scénario devient plan-plan. Je tiens également à souligner l’excellent job du doublage, que ce soit en V.O. ( avec entre autres Richard Armitage) ou en français.

Un coup de fouet qui rase de près
©Netflix

Mais mais mais… cela ne suffit pas à faire de Castlevania la superbe série que j’attendais. Je ne dis pas qu’il faut l’ignorer ( loin de là), ni qu’on s’endort en la regardant… Mais il vaut mieux la regarder sans rien attendre au départ, et encore moins si on a déjà joué aux jeux ! Au moment où je rédige ces lignes, la quatrième saison est annoncée pour milieu 2021, et j’espère sincèrement qu’il va y avoir un peu plus de rebondissements, même si la saison 3 rattrape déjà certaines erreurs de la deuxième.

Cela reste une série à regarder absolument pour les fans hardcore du jeu vidéo! Mais je ne cache pas mon sentiment mitigé : quand on vous promet un repas dans un restaurant 3 étoiles, on est en droit à s’attendre à de l’exceptionnel. Mais si on vous apporte un repas digne d’un petit resto de campagne, il y a erreur sur la marchandise! Cela reste bien bon ( bin ouais, j’aime les restos traditionnels moi ! Ne me jugez pas !) , mais la déception est là, même si on est largement au-dessus du simple kebab-frites.

Pour résumer : les amateurs des jeux Castlevania seront un peu perplexes, tandis que les amateurs de gothique pourraient y trouver de bonnes choses. Attendons la suite…


La B.O. : Certains vampires ne pensent pas toujours à vous bouffer, ils veulent juste papoter :

11 comments

  • JP Nguyen  

    En tant que non-connaisseur du jeu ayant regardé la saison 1, je plussoie.
    Ce n’est pas honteux, les scènes d’action sont bien faites mais le scénario est mou et prévisible. Et il manque quelque chose au héros pour qu’on s’engage à ses côtés pour vivre sa quête plus intensément.
    Après, par les temps qui courent, j’échangerais bien une saison contre un vrai restaurant !

    • Eddy Vanleffe  

      Merci Manu pour cet mise au point.
      le truc me fait de l’oeil sur le menu Netlfix parce que ça reste vachement joli à regarder…
      MAIS
      on dirait du Kawajiri light digéré par les ricains et donc sans aucun « souffre »
      Warren Ellis, pour un des meilleurs scénaristes actuels mais…pas fait pour le mainstream, il s’y emmerdent et nous avec…

  • Présence  

    Incroyable : j’ai joué à plusieurs jeux Castlevania sur GBA et DS, une licence que j’aime bien.

    Évidemment dès que j’ai vu le nom de Warren Ellis dans l’article, je me suis jeté dessus, sinon je l’aurais lu aussi bien sûr, mais avec moins d’impatience.

    J’ai beaucoup aimé le paragraphe sur les motivations de d’Adi Shankar, et sa légitimité de vrai geek.

    J’ai bien sûr arrêté de lire l’article après la phrase : à mon sens, Warren Ellis est capable de faire des choses bien sympa, mais aussi d’être méga-soporifique quand il s’y met. 🙂

    Ayant lu le reste de l’article, je me suis rendu compte qu’il est parfait pour me faire comprendre ce qui fait que je n’ai pas d’appétence, et presque pas de curiosité pour ce genre de projet. Je ne me vois pas retrouver des éléments ludiques du jeu dans une narration de type dessin animé ou comics. Comme je ne suis pas cohérent avec moi-même, je suis quand même fortement tenté par la minisérie Marneus Calgar tirée du jeu Warhammer 40.000, écrite par Kieron Gillen et dessinée par Jason Burrows.

  • Bruce lit  

    Sans que je ne sache pourquoi, je n’ai jamais joué à CASTLEVANIA dans ma vie de gamer bien remplie. Impossible de savoir pourquoi. Sans doute parce que j’étais anti Nintendo.
    Tu m’apprends l’existence de cette série qui bénéficie d’une grande signature comics. Je comprends pas trop ce que Ellis vient foutre ici tellement son univers semble peu compatible avec celui de CASTLEVANIA. Très content de savoir que d’autres que moi le trouvent soporifique.
    J’ai regardé les trailers et franchement ça n’a pas l’air terrible. Si en plus, même toi n’est pas conquis je vais gagner du temps et passer à autre chose.

    • JB  

      J’ai trouvé dans mes collections un comics one-shot d’Ellis paru au début de sa carrière chez Atomeka Press. Sugarvirus, une histoire de vampires. Du coup, c’est presque un retour aux origines !

  • Surfer  

    « Cela reste une série à regarder absolument pour les fans hardcore du jeu vidéo! »

    Je ne suis pas fan du jeu vidéo donc ce n’est pas pour moi.
    Warren Ellis aurait pu me faire changer d’avis. Mais, à te lire, il n’est pas à son meilleur niveau.
    Autant ne pas perdre mon temps et le consacrer à d’autres occupations.

    La BO: Musique de film très réussie.

  • Jyrille  

    Cela fait longtemps que je vois cette série défiler sur mon économiseur d’écran Netflix, sans jamais avoir osé le pas. Ne connaissant absolument pas le jeu, je pensais qu’il s’agissait d’une autre adaptation d’un manga (Netflix est super pour ça, mais personnellement je n’en regarde quasiment pas). Merci donc pour cette présentation claire et tranchée Emmanuel ! Pensant sincèrement que c’était un manga, je n’aurai pas imaginé que la VO soit en anglais.

    Par contre, je suis un gros fan de Warren Ellis. C’est un des meilleurs scénaristes de ma collection (même si il y en a beaucoup). Je ne sais pas quelle est sa part dans cette série, mais tu devrais changer d’avis en lisant TRANSMETROPOLITAN, PLANETARY, THE AUTHORITY, DESOLATION JONES…

    La BO : je ne connaissais pas, bien sympa.

  • Jyrille  

    Ah et évidemment je n’avais pas du tout compris la contraction de Castle et Transylvania…

  • Manu  

    @JP : ah cool, quelqu’un qui a un peu regardé! Moi aussi j’aimerai bine un bon restuarant 😀
    @ Eddy : je suis d’accord avec ton analyse…
    @ Presence : joie intense! Quelqu’un d’autre a joué aux jeux ^^ Merci d’avoir lu et j’espère ne pas t’avoir froissé pour Warren
    @ Bruce : merci bien. Par contre être anti-Nintendo, c’est très dommage. Il y a des perles vidéoludiques fantastiques depuis l’avènement de la NES
    @ Surfer : ah oui, la BO elle m’a marqué à l’époque. Entretien avec une Vampire est un film graphiquement et musicalement sublime!
    @ Jyrille : merci camarade! Je vais compulser davantage les oeuvres d’Ellis, mais autant dire que je suis assez refroidi pour le moment.
    @tout le monde : je voulais TELLEMENT retrouver une ambiance et une animation dignes des films de « Vampire hunter D » qui avait placé la barre très haut sur plein de plans. Mais je pense que j’en attendais peut-etre trop. Du coup, je retourne latter du squelette à coup de fouet sur les jeux qui sont super bons!

  • Kaori  

    J’ai tardé à venir lire l’article, parce que les jeux vidéos et moi…
    Je connaissais celui-ci de nom, mais pas du tout son adaptation. Et comme j’aime bien les trucs de vampire, je pense que j’irai jeter un oeil par curiosité ! Combien d’épisodes par saison ?

    La BO : très bon choix. Une BO que j’ai longtemps écoutée en boucle à une époque !

    • Manu  

      Merci Kaori. La saison d’introduction compte 4 épisodes. Puis les saisons 2 et 3 en comptent 10 chacunes.
      Je te rejoins complètement pour la BO!

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