En vert et contre toute continuité…

Spiderman les Incontournables 4 et 6, par divers

1ère publication le 17/06/16- Mise à jour le 01/11/17

AUTEUR : TORNADO

 Panini l’a dit : C’est incontournable !

Panini l’a dit : C’est incontournable !©Marvel Comics

Cet article portera sur deux des recueils de la collection Spiderman : Les Incontournables (N°4 et 6) dédiés au personnage du Bouffon vert.

La plupart des tomes de cette collection (huit numéros au total) regroupait quelques épisodes dédiés à l’un des pires ennemis de « l’Homme-araignée ». Mais un seul de ces ennemis a eu l’honneur d’occuper deux tomes, soit le célèbre Bouffon vert, alias Norman Osborn, le père de l’ami Harry !

Chaque numéro de la collection proposait en moyenne six épisodes issus de la série Amazing Spiderman, voire d’autres séries voisines comme The Spectacular Spiderman. Un fascicule (fac-similé) était proposé avec, dans lequel on trouvait un épisode historique ou emblématique, mettant en scène le personnage vedette.

Nous terminerons cet article par un petit tour d’horizon du personnage du Bouffon vert dans la continuité, non sans polémiquer sur la dite-notion…

Qu’est-ce qu’il avait dans la tête, Stan Lee ???

Qu’est-ce qu’il avait dans la tête, Stan Lee ???©Marvel Comics

1) Spiderman les Incontournables N°4 : La Menace du Bouffon Vert

Nous trouvons ici le fac-similé de l’épisode historique Amazing Spider-Man #14 de 1964 intitulé The Grotesque Adventures Of The Green Goblin, réalisé par Stan Lee (scénario) & Steve Ditko (dessin). Il s’agit de la première apparition du personnage du Bouffon vert dans les pages de la série et dans l’univers Marvel.
Le recueil en lui-même regroupe les épisodes Amazing Spider-Man #39-40 (1966) et #50 (1967), ainsi que le très long épisode (60 pages) Spectacular Spider-Man Magazine #2 (1968), le tout réalisé par Stan Lee (scénario) & John Romita Sr. (dessin).

Dans le premier épisode (Amazing Spider-Man #14), Spiderman fait donc la connaissance de son nouvel ennemi qui l’amène à Los Angeles afin qu’il participe à un film sur sa propre vie. Il s’agit en réalité d’un piège tendu par le Bouffon et le gang des Exécuteurs, d’autres ennemis de l’Araignée. L’affrontement sera interrompu par la présence de Hulk, que tous les personnages vont venir enquiquiner alors qu’il végète tranquillement dans une caverne…

Qu’est-ce c’est que ce scénario sans queue ni tête ? C’est à se demander ce qu’il se passait dans l’esprit de Stan Lee en cette époque reculée !
Scénario comme dessin sont plutôt mauvais. Et bien que l’on puisse estimer le talent des deux auteurs, avouons qu’ici ils ne tirent pas le meilleur d’eux-mêmes… A lire pour le côté historique de la première apparition d’un personnage important dans la continuité…

Un épisode historique remasterisé pour l’occasion

Un épisode historique remasterisé pour l’occasion©Marvel Comics

Les épisodes #39 et 40 opèrent un bon en avant. Par le biais des dialogues, encarts de texte et autres bulles de pensées, le lecteur apprend que les deux ennemis se sont affrontés un bon paquet de fois et qu’il est temps, à présent, de mettre un terme à ces affrontements. C’est ainsi que le Bouffon vert met au point un plan afin de découvrir l’identité secrète de Spiderman, à savoir Peter Parker. Il parvient à ses fins et emprisonne notre héros dans l’une de ses cachettes secrètes. Là, le Bouffon révèle également à Peter son identité : Celle de Norman Osborn, le père de son meilleur ami ! S’ensuit un combat, d’abord psychologique, puis physique, au terme duquel Spiderman remporte la victoire. Heureusement pour lui, une explosion de produits chimiques rend Norman Osborn amnésique, oubliant qu’il était le Bouffon vert !

Dans le très long épisode Spectacular Spider-Man Magazine #2, deux années se sont écoulées au cours desquelles Norman Osborn est redevenu l’homme d’affaire affable et le bon père de famille qu’il était jadis. Mais le bonhomme commence à ressentir un trouble persistant, notamment lorsqu’il pense à Spiderman et, surtout… au Bouffon vert ! Peter Parker, de son côté, craint que le père de son meilleur ami ne retrouve la mémoire, sachant qu’il se souviendrait alors de son identité secrète…

Allez, tu me montres la tienne et je te montre la mienne !!!

Allez, tu me montres la tienne et je te montre la mienne !!!©Marvel Comics

Ces épisodes sont nettement meilleurs que celui de 1964. Les dessins de John Romita Sr. sont superbes et délicieusement rétro. Et la montée en puissance mise en scène lors des affrontements psychologiques (sait-il qui je suis ? Connait-il mon identité secrète ? Se souvient-il de moi ? A-t-il recouvré ses souvenirs ?) est particulièrement intense pour une histoire au départ pensée pour un très jeune public.
D’ailleurs, on peut noter que les combats physiques (souvent infantiles), sont ici contrebalancés à égalité par ces fameux affrontements psychologiques, ainsi que par le relationnel entre les divers protagonistes de la série (Peter Parker, Harry et Norman Osborn, Gwen Stacy, Tante May, J.Jonah Jameson, Liz Allen et Flash Thompson), fouillé comme dans un feuilleton façon « soap ». Le parfait équilibre entre ces trois éléments tire l’ensemble vers le haut et l’on comprend aisément, avec le recul, pourquoi cette période est considérée comme l’apogée de la série dans sa facture classique.

Evidemment, le temps a fait son office et l’ensemble souffre de pas mal de lourdeurs, notamment au niveau des dialogues et des bulles de pensées. Mais le pire se situe au niveau du dénouement de chaque arc narratif, systématiquement suivi d’un confortable statuquo. C’est ainsi que, dans l’épisode Spectacular Spider-Man Magazine #2, alors qu’il venait de retrouver la mémoire, le Bouffon vert termine son combat par… une nouvelle amnésie… jusqu’à la prochaine fois !
Soit un côté répétitif et franchement naïf, difficile à supporter aujourd’hui.
Ces épisodes sont toutefois importants pour les lecteurs soucieux de connaitre la continuité de la série. Ils seront gorgés de souvenirs pour les nostalgiques les ayant découverts à l’époque de Strange dans les années 70 (Strange N°36 et 37). Et ils sont dans le haut du panier des classiques du point de vue du scénario et du dessin.

Le Bouffon vert, j’y pense et puis j’oublie !

Le Bouffon vert, j’y pense et puis j’oublie !©Marvel Comics

L’épisode Amazing Spider-Man #50 est un bonus puisqu’il n’a rien à voir avec les précédents. Il s’agit d’un épisode très connu (Strange N°47) dans lequel Peter Parker décide de jeter son costume à la poubelle afin de reprendre une vie normale, avant d’être rappelé à son devoir par les responsabilités qu’incombent ses pouvoirs…
Cet épisode sera repris dans le film Spider-Man 3 de Sam Raimi. Une opportunité saisie par l’éditeur panini Comics puisque la collection Spiderman : les incontournables a été lancée à l’occasion de la sortie du film en 2007…

2) Spiderman les Incontournables N°6 : Le Retour du Bouffon Vert

Ce second recueil regroupe les épisodes Amazing Spider-Man #96-98 (1971 : Scénario de Stan Lee, dessins de Gil Jane) et #121-123 (1973 : Scénario de Gerry Conway, dessin de Gil Kane). Le fascicule (fac-similé) ajoute l’épisode Amazing Spider-Man #99 de 1971 intitulé Panic In The Prison !
Ce sixième tome assure donc le prolongement de Spider-man les incontournables N°4 : La Menace du Bouffon vert, puisqu’il reprend à la suite du précédent les épisodes historiques marquant le combat entre Spiderman et son pire ennemi.

Amazing Spider-Man #96-99 : C’est le retour du Bouffon vert !
Alors que Norman Osborn recouvre peu à peu la mémoire (il se souvient qu’il est le Bouffon vert et que Peter Parker est Spiderman), son fils Harry sombre dans la dépendance à la drogue. Heureusement, une fois encore, le combat qui l’oppose à l’Homme-araignée le laissera… amnésique…
Face à cet élément dramatique, Peter Parker et Gwen Stacy vont tout de même effectuer leurs retrouvailles après une certaine traversée du désert, et nouer définitivement leur relation amoureuse exclusive.

Attention : l’arc narratif suivant ramène le vilain sur le devant de la scène dans une des plus importantes sagas de toute la série dédiée à l’Homme-araignée !

C’est la cata ! Harry se drogue !!!

C’est la cata ! Harry se drogue !!!©Marvel Comics

Amazing Spider-Man #121-123 : C’est le retour du Bouffon vert !

Cette fois, l’éditeur franchit un pas décisif et commet l’irréparable : Un personnage majeur de la série décède. C’est la mort historique de Gwen Stacy ! Le Bouffon vert meurt à son tour dans l’épisode suivant. Pas d’amnésie cette fois-ci.

Evidemment, ce recueil vaut surtout pour le double épisode de la mort de Gwen Stacy et du Bouffon vert. Si Osborn reviendra en 1996 dans La Saga du Clone, la jolie Gwen connait la première mort définitive de l’univers Marvel depuis celle de l’oncle Ben, dans le premier épisode de la même série.
C’est une étape majeure pour l’histoire des comics de super-héros, qui mettent ici un pied dans la sphère adulte. D’ailleurs, la série est à l’époque particulièrement sombre (pour une série relativement enfantine), et les épisodes #96-98, qui composent la première partie de notre recueil, commencent déjà très fort avec un Harry Osborn accroc au LSD, qui se fait plaquer par Mary-Jane Watson dans des conditions assez sordides !

A cette époque, Stan Lee passe le relais de la série à d’autres auteurs, à commencer par Gerry Conway. Le premier geste fort de la nouvelle équipe artistique, qui est chapeautée de près par John Romita Sr (le dessinateur précédent qui passe également le relai tout en gardant un œil attentif sur la suite des événements en assurant l’encrage) est de se débarrasser de la jeune Gwen. Une inspiration de Romita, à ce qu’il parait, qui avait créé le personnage de Mary-Jane Watson et qui souhaitait lui offrir une importance croissante auprès du héros.
Stan Lee, alors grand ponte de la Marvel, regretta ce choix et tenta de faire revivre le personnage à l’occasion de la « première Saga du clone » (disponible dans la même collection : Spider-man – les incontournables n°7 Face-À-Face Avec Le Clone et jadis publiée dans Strange N°115 à 117). Mais, étonnamment, le public avait apprécié le choix de ce décès et s’opposa au retour factice de la jeune femme ! Une manière de démontrer que, en ce milieu des années 70, le dit-public accédait en douceur à une ère plus mature.

Cette fois, on ne rigole plus !

Cette fois, on ne rigole plus !©Marvel Comics

Pour l’essentiel, ces épisodes souffrent toujours du poids de l’âge et affichent une réelle lourdeur formelle, accentuée par un script d’une très grande naïveté (les fameux statuquos systématiques en fin d’arc narratif lorsque Norman Osborn redevient systématiquement amnésique !). Mais l’ensemble se laisse lire avec un réel plaisir notamment grâce à l’intensité de ces événements particulièrement sombres. A noter que la série connait ici un pic, et qu’elle va malheureusement retomber dans les aventures infantiles pour encore quelques années.
Aujourd’hui, ces épisodes sont entrés dans la légende et, encore une fois (on le répète tous en cœur !) sont devenu trèèès importants pour la continuité…

Cette collection demeure très intéressante. D’abord pour ses compilations choisies. Ensuite pour sa qualité d’impression, le papier mat servant nettement mieux les comics old-school que le papier glacé de la très aseptisée collection des Intégrales. La traduction est en revanche assez calamiteuse, notamment lorsqu’elle est effectuée par Geneviève Coulomb.

Mort ou pas mort ?

Mort ou pas mort ?©Marvel Comics

3) Osborn et la sacro-sainte continuité

Bon. On l’a dit et on l’a répété : Ces deux recueils ont envoyé du lourd sur le terrain de la continuité, tant ils sont importants à l’aune de cette dernière.
Attention, il ne s’agit pas d’une importance de fond, car le personnage de Norman Osborn a depuis tellement évolué, que le fait de relire ces épisodes prête à sourire tant sa personnalité actuelle ne reflète en rien celle qui était la sienne à cette époque (une sorte de « victime » de la science. Un homme bon rendu fou par ses expériences). On est effectivement bien loin du psychopathe de l’époque des Thunderbolts ou du Dark Reign. En revanche, on peut parler d’une importance éditoriale car il s’agit d’événements sans cesse rappelés dans la série au cours des années, et qui ont marqué les lecteurs entant que période phare de la mythologie consacrée.

 Des images classiques passées à la postérité

Des images classiques passées à la postérité©Marvel Comics

Et c’est là que l’on peut débattre de cette notion de continuité :
La continuité, pour certains lecteurs, c’est le graal, l’objet de culte intouchable pour lequel on tuerait père et mère. Et de se ruer sur le moindre épisode estampillé « important in the continuité ».
Seulement voilà, dans un univers mainstream partagé comme celui de Marvel Comics (et c’est pareil chez DC Comics), qui a connu trente six milles reboots, morts, résurrections factices, transformations rétro-continues et autres paradoxes temporels, la dite-continuité est devenue un foutoir de première bourre. Un truc complètement incohérent, plutôt ridicule et difficile à prendre au sérieux.

A la base, la continuité, c’est important. C’est ce qui forme la structure et la cohérence d’une série, voire d’une mythologie lorsque l’on parle d’univers partagé comme celui des grandes maisons d’édition dans le domaine des super-héros. Et tant que l’ensemble tient la route, il faut effectivement préserver cette dimension.
En règle générale, c’est d’ailleurs si important que cette dimension possède ses gardiens du temple, au point que le moindre écart à l’encontre de la continuité soulève très vite une volée de boucliers. On se souviendra par exemple du taulé subit par George Lucas à propos de son travail sur la prélogie Star Wars, dans laquelle il intégrait tout un tas d’éléments qui venaient parasiter la cohérence et l’intégrité des épisodes ultérieurs. C’est un fait établi : Une œuvre populaire comme celle de Star Wars ou de Marvel, ça échappe à ses créateurs pour devenir la propriété sentimentale des fans. Ces derniers connaissent par cœur les moindres coins et recoins de leur univers préféré et en défendent l’intégrité. Tel ou tel personnage ne peut ainsi pas se comporter n’importe comment. Et tel ou tel événement ne doit surtout pas venir gâcher un événement déjà raconté.

20 ans après, c’est qui qui revient ?

20 ans après, c’est qui qui revient ?©Marvel Comics

Le cas Norman Osborn est très intéressant pour étudier les aléas de ce type de continuité. Car le personnage a effectivement subi tellement de va-et-vient que son parcours est aujourd’hui plutôt chaotique et extrêmement difficile à prendre au sérieux.
Ainsi, il meurt en 1973 peu après avoir causé la mort tragique de Gwen Stacy. Il reste mort pendant vingt trois ans, avant de resurgir à l’occasion de la seconde Saga du Clone. Evidemment, on perçoit ici une manœuvre éditoriale visant à créer de « l’événementiel » car, si le personnage était mort depuis plus de vingt ans, c’est qu’il n’était pas sensé revenir…
A partir de là, la personnalité initiale du père Osborn ne va cesser de changer.

En 1998, il devient fou à l’occasion d’un rituel qui tourne mal. Son passé de victime de la science s’efface ainsi devant la folie pure et le personnage en ressort amoindri, tel un méchant de base.
Au début des années 2000, le combat entre Spiderman et le Bouffon vert reprend de plus belle et le vilain passe à peu-près par toutes les phases, allant même jusqu’à considérer Peter Parker comme un fils avec lequel il entretient depuis toujours une relation amour/haine. Il finit néanmoins régulièrement en prison…

Norman Osborn dans les années 2000. Un psychopathe très éloigné de ses origines !

Norman Osborn dans les années 2000. Un psychopathe très éloigné de ses origines !©Marvel Comics

Dans Le Dernier Combat, la saga très médiatisée de Mark Millar & Terry Dodson (2005), Osborn opère depuis sa prison afin de faire de la vie de Peter Parker un enfer. Il kidnappe Tante May et réunit les Sinister twelve ! A la fin de la saga, sa mort est présumée…

A partir de Civil War, ça devient n’importe quoi : De retour mais de plus en plus instable et psychopathe, le bonhomme va néanmoins devenir un agent du gouvernement et même, au final, se voir remettre les clés du pouvoir par le gouvernement en question… S’ensuivra la période du Dark Reign où le Bouffon vert se transformera en… Iron patriot ! Il dirigera alors les Dark Avengers et sèmera le chaos dans le monde des super-héros…

Dans la mini-série Osborn de 2011 (par Kelly Sue Deconnick et Emma Rios), Norman Osborn se retrouve en prison, après avoir été vaincu par les vrais super-héros et déchu de ses fonctions par les hautes instances.
Mais à l’époque, tout le monde s’est bien aperçu que ce statuquo bien pratique n’était guère crédible du point de vue des systèmes juridiques ! La détention d’Osborn n’était tout simplement basée sur aucun chef d’inculpation réel, et elle demeurait donc… illégale !
Osborn servait ainsi à recoller les morceaux en justifiant toutes ces incohérences dont le scénariste Brian M. Bendis, à l’œuvre sur l’essentiel du Dark Reign, ne s’était pas embarrassé (c’est pas moi qui dira le contraire…Ndr).

Cette dernière mini-série était très bonne. Notamment grâce à Kelly Sue Deconnick, qui nous avait emballé un récit glauque et viscéral qui colmatait tous les manques laissés par Bendis, tout en développant une intrigue riche et retorse (dans la lignée des Thunderbolts façon Warren Ellis), préparant le retour du Bouffon vert en grandes pompes ! Mais le lecteur ne pouvait passer à côté du postulat : La continuité selon Norman Osborn, c’était quand même un joli bordel…

Enter… Iron Patriot !!!

Enter… Iron Patriot !!!©Marvel Comics

Avec le recul, la continuité de l’univers Marvel par le truchement du personnage du Bouffon vert est-elle cohérente ? Avec de la mauvaise foi, on dira oui. Mais sérieusement, il convient d’avouer que c’est quand même un grand moment de n’importe quoi.

C’est à partir de là que j’estime que cette notion de Continuité est à prendre avec du recul. Elle n’est pas importante. Elle ne peut pas demeurer importante dans la mesure où elle a été tellement malmenée qu’elle est devenue complètement abâtardie. C’est désormais une valeur obsolète, un peu comme le communisme…

Trainée dans la poussière, sacrifiée sur l’autel de l’événementiel factice et du capitalisme cynique, la continuité n’est aujourd’hui plus une valeur. Sur ce point, l’univers Marvel est devenu un Gloubiboulga complètement grotesque. Un colosse aux pieds d’argile, à l’image de Norman Osborn. Et ainsi, la notion de continuité ne peut plus, ne doit plus être retenue comme un critère d’évaluation majeur de la critique. Raison pour laquelle je suis exaspéré lorsque je lis qu’un excellent comic book, superbement troussé, est descendu sur le seul critère qu’il ne respecte pas la continuité, voire qu’il n’est pas important au regard de cette dernière !
Pfff ! Laissez-moi rire ! Comment peut-on à ce point donner de l’importance à quelque chose d’aussi caduque ?

Maintenant, il n’est pas question pour autant de renoncer à ce qui est bon. Les épisodes classiques mettant en scène le Bouffon vert dans les années 60 et 70 étaient bons hier et peuvent encore être bons aujourd’hui. On se fiche bien qu’ils soient importants du point de vue de la continuité d’un personnage aussi trouble que Norman Osborn. Voire de la figure du Bouffon vert qui, entre temps, a subi pas moins de cinq ou six identités différentes (mais ceci est une autre histoire) !
Ce sont en revanche des épisodes importants du point de vue de la continuité éditoriale. Car ils sont bons, ils sont cultes, ils sont historiques et ils ont marqué l’évolution de leur médium…

Je veux être pris au sérieuuuuuuux !!!

Je veux être pris au sérieuuuuuuux !!!©Marvel Comics

44 comments

  • Nikolavitch  

    Sur le « à partir de Civil War, c’est n’importe quoi », je m’inscris en faux et je fais les gros yeux en prime.

    je suis pour ma part très fan de ce que fait Warren Ellis dans les Thunderbolts, quand justement il fait d’Osborn un organisateur très impitoyable et efficace (c’est un chef d’entreprise à l’américaine, complètement pénétré du mythe du « winner ») mais complètement dévoré par sa folie intérieure, qui le pousse à des actes de plus en plus irrationnels. Tout Dark Reign sera bâti là-dessus et même si je ne suis pas fan de tout, l’idée est bien d’avoir un type qui a battu Tony Stark sur son propre terrain, comme Obadiah Stane en son temps, mais qui a fait mieux que Stane en récupérant les technologies clés (et j’aime vraiment bien ce que fait Fraction à l’époque, du coup, avec la traque de Tony Stark).

    voilà voilà, c’était mon petit grain de sel à moi !

  • Tornado  

    @ Alex : Je suis bien embêté car : Je suis un fan absolu des Thunderbolts de Warren et j’adore le run de Matt Fraction sur Iron Man !
    Mon « C’est n’importe quoi » vise ce que Bendis a fait du personnage à partir de secret Invasion. Franchement, que ce type devienne l’idole de l’Amérique comme Adolf Hitler est devenu celui de l’Allemagne en son temps, pourquoi pas ?
    Mais là on a un vilain qui n’assure pas une cacahuète à qui on laisse toute latitude. Arf… On me signale en coulisses que les USA sont entrain de faire la même chose avec Donald Trump. Merde… Je crois que du coup, j’ai tort en fait… 🙁

  • Le moustachue  

    Super article ! La petite réflexion sur la continuité sur la fin est très intéressante car tu a raison ! Elle ne veut plus dore grand chose j’ai commence le comics il y’a peu alors j’ai décide de me faire ma propre continuité (le run de j.Michael straczynski sur spider man par exemple ) donc descendre un comics sur sa continuité est toujours fesable a mon sens (bendis qui rescusite drax star lord est thanos avec une explication vaseuse merci)
    Par contre j’ai quelque question chers amis quels sont les divers « âge » du comics c’est une notion qui revient régulièrement dans vos articles par exemple le Daredevil de Frank Miller est classé dans le dark âge mais au niveau du dessin ça reste dans un style vieillot qu’on voyait déjà avant avec moins de couleur (me frappait pas c’est l’impression que j’ai) donc quelles sont ses différent âge et comment les différencie ?
    Merci !

  • Tornado  

    @Le moustachue : Je réponds un peu tard, et j’avoue que je ne suis pas un spécialiste (et donc je me suis documenté entretemps). Mais c’est avant une question d’époque et et d’état d’esprit.

    – L’âge d’or des comics commence avec Superman (le premier super-héros moderne) en 1938 et finit en 1954, avec l’avénement du comics code authority.

    – L’âge d’argent couvre une période allant de 1956 aux années 1970 (que s’est-il passé en 1955 ? et bien ils appellent ça l’inter-âge !). Cela commence avec de nouvelles incarnations de certains super-héros (Flash, Green Lantern) et avec la formation des super-groupes (JSA, JLA ches DC et bientôt Fantastic Four et Avengers chez Marvel).

    – L’âge de bronze couvre une période qui s’étend du début des années 1970 à 1986. C’est une période où les super-héros deviennent en gros l’essentiel de la production des comics (au détriment des comics d’horreur, d’aventures, de guerre, etc.), et où une nouvelle génération d’auteurs remplace l’ancienne, avec une meilleure reconnaissance du travail des artistes.

    – L’âge moderne des comics (au départ nommé le « Dark Âge »), s’étend des années 1986 à aujourd’hui. Il est principalement caractérisé par les métamorphoses de l’écriture propre aux comics, avec un lectorat visé est plus âgé que l’habituel, et à la levée progressive du comics code authority.

    Ce sont des périodes qui marquent l’évolution des comics, non pas du niveau de la qualité, mais de l’état d’esprit. Toutefois, mon esprit cartésien associe quand même cette évolution à une forme de qualité croissante et, personnelement, je préfère les comics modernes (à partir du « Dark âge », donc). Et je me « dispute » d’ailleurs fréquemment avec des gens qui essaient de me convaincre que la qualité était mieux avant ou que tout se vaut selon les points de vue.
    Du coup, j’ai recopié ci-dessous des caractéristiques relevées sur internet qui apportent de l’eau à mon moulin dans la perspective de préférer les comics modernes aux comics old-school du point de vue de l’écriture (et de l’acriture seulement parce que les histoires et les dessins ont toujours été vachement bien).

    – Age d’or : L’art du récit dans les comics de l’âge d’or se caractérise surtout par sa relative vacuité, qui va jusqu’à l’absence de fil narratif89. Les histoires sont simplistes et se contentent de montrer la lutte d’un héros contre un malfaiteur90, aboutissant à des scénarios médiocres qui ne peuvent améliorer la qualité générale du comics42. C’est cependant l’écriture qui constitue l’élément essentiel du comics, car le dessin sert davantage à illustrer qu’à faire avancer le récit. Cette prédominance de l’écrit se marque par l’usage du récitatif, qui décrit ce qu’il se passe dans la case ou sert à lier les actions présentées ; ces cases descriptives sont à rapprocher des cartons utilisés dans le cinéma muet. Les dialogues, quant à eux, sont pauvres et n’ont en aucun cas vocation à provoquer la réflexion du lecteur91. Enfin, l’écrit se retrouve aussi dans les bulles utilisées pour montrer les pensées des personnages, qui servent aussi bien à illustrer des monologues intérieurs qu’à dévoiler les blagues narquoises que le héros s’adresse à lui-même ou ses réflexions sur le discours tenu par un autre personnage.

    – Age d’argent : Les dialogues, parfois grandiloquents, ne brillent guère par leurs qualités littéraires. et les discours des personnages servent trop souvent à expliquer ce qui est en fait déjà visible dans le cadre. Les phylactères utilisés pour les pensées des personnages ont le même rôle, ils donnent au lecteur les informations que celui-ci a déjà pu tirer du dessin103. Toutefois, ces bulles de pensées peuvent donner de temps en temps des informations complémentaires en servant de contre-point au discours. Enfin certaines cases sont croisées avec la forme habituelle de la bulle de pensée et introduisent ainsi un flashback. La case introduisant ce retour en arrière n’a pas un cadre tracé à la règle mais est limitée par une suite de demi-cercles qui rappellent ceux utilisés pour les bulles de pensées.

    Voilà pour un peu de culture geek. 🙂

  • Tornado  

    (sans les fautes, c’est mieux)

    @Le moustachue : Je réponds un peu tard, et j’avoue que je ne suis pas un spécialiste (et donc je me suis documenté entretemps). Mais c’est avant une question d’époque et et d’état d’esprit.

    – L’âge d’or des comics commence avec Superman (le premier super-héros moderne) en 1938 et finit en 1954, avec l’avénement du comics code authority.

    – L’âge d’argent couvre une période allant de 1956 aux années 1970 (que s’est-il passé en 1955 ? et bien ils appellent ça l’inter-âge !). Cela commence avec de nouvelles incarnations de certains super-héros (Flash, Green Lantern) et avec la formation des super-groupes (JSA, JLA chez DC et bientôt Fantastic Four et Avengers chez Marvel).

    – L’âge de bronze couvre une période qui s’étend de 1970 à 1986. C’est une période où les super-héros deviennent en gros l’essentiel de la production des comics (au détriment des comics d’horreur, d’aventures, de guerre, etc.), et où une nouvelle génération d’auteurs remplace l’ancienne, avec une meilleure reconnaissance du travail des artistes.

    – L’âge moderne des comics (au départ nommé le « Dark Âge »), s’étend des années 1986 à aujourd’hui. Il est principalement caractérisé par les métamorphoses de l’écriture propre aux comics, avec un lectorat visé qui est plus âgé que l’habituel, et à la levée progressive du comics code authority.

    Ce sont des périodes qui marquent l’évolution des comics, non pas du niveau de la qualité, mais de l’état d’esprit. Toutefois, mon cerveau cartésien associe quand même cette évolution à une forme de qualité croissante et, personnelement, je préfère les comics modernes (à partir du « Dark âge », donc). Et je me « dispute » d’ailleurs fréquemment avec des gens qui essaient de me convaincre que la qualité était mieux avant ou que tout se vaut selon les points de vue.
    Du coup, j’ai recopié ci-dessous des caractéristiques relevées sur internet qui apportent de l’eau à mon moulin dans la perspective de préférer les comics modernes aux comics old-school du point de vue de l’écriture (et de l’acriture seulement parce que les histoires et les dessins ont quasiment toujours été vachement bien).

    – Age d’or : L’art du récit dans les comics de l’âge d’or se caractérise surtout par sa relative vacuité, qui va jusqu’à l’absence de fil narratif. Les histoires sont simplistes et se contentent de montrer la lutte d’un héros contre un malfaiteur, aboutissant à des scénarios médiocres. C’est cependant l’écriture qui constitue l’élément essentiel du comics, car le dessin sert davantage à illustrer qu’à faire avancer le récit. Cette prédominance de l’écrit se marque par l’usage du récitatif, qui décrit ce qu’il se passe dans la case ou sert à lier les actions présentées ; ces cases descriptives sont à rapprocher des cartons utilisés dans le cinéma muet. Les dialogues, quant à eux, sont pauvres et n’ont en aucun cas vocation à provoquer la réflexion du lecteur. Enfin, l’écrit se retrouve aussi dans les bulles utilisées pour montrer les pensées des personnages, qui servent aussi bien à illustrer des monologues intérieurs qu’à dévoiler les blagues narquoises que le héros s’adresse à lui-même ou ses réflexions sur le discours tenu par un autre personnage.

    – Age d’argent/âge de bronze : Les dialogues, parfois grandiloquents, ne brillent guère par leurs qualités littéraires. et les discours des personnages servent trop souvent à expliquer ce qui est en fait déjà visible dans le cadre. Les phylactères utilisés pour les pensées des personnages ont le même rôle, ils donnent au lecteur les informations que celui-ci a déjà pu tirer du dessin. Toutefois, ces bulles de pensées peuvent donner de temps en temps des informations complémentaires en servant de contre-point au discours.

    Voilà pour un peu de culture geek. 🙂

  • Matt  

    Eh ben ! J’ignorais tous ces détails sur les périodes des comics. Tu m’as appris pas mal de choses, merci.

    Pour ce qui est de la narration, là où je nuancerais (non, non, je ne relance pas un débat avec toi Tornado, ce n’est pas le but) c’est que je ne trouve pas que les histoires ont toujours été vachement bien (les dessins oui en général)
    Il y a des trucs nazes genre « tel méchant a volé un bidule explosif qui peut tout faire péter alors on va aller le taper et lui subtiliser pendant qu’il ricane à dire que c’est lui le plus fort et qu’il veut tuer tout le monde pour prouver qu’il est fort. Et surprise, le plan marche. Fin. »
    Hum…mouais. Ok si la narration avait été meilleure, peut être que le récit aurait au moins été un chouilla divertissant, mais ça reste super léger et manichéen.

    Par contre, il y a de TRES bonnes histoires qui, grâce au thème de fond, aux jolis dessins et à la personnalité développée des personnages (notamment chez les X-men de Claremont je trouve : les persos ont des faiblesses, font face à des dilemmes moraux, à des crises liées à leurs pouvoirs qui montrent leurs souffrances, leurs faiblesses et leurs forces) passent le cap (pour moi en tous cas) de la narration un peu lourde et bavarde (bulles de pensées et longs dialogues)

    En tous cas je me suis attaché aux personnages des X-men dans les récits de Claremont des années 80 (pas trop avant, j’avoue qu’avant 1980 c’est un peu vieillot pour moi aussi)

    • Tornado  

      Ben voilà, c’est pas moi qui l’ai dit ! 😀
      Oui, je suis tout à fait d’accord avec toi. De toute manière, je trouve les comics de super-héros old-school très mauvais à 95%, alors…

      • Matt  

        Ouais mais c’est quelle période que tu qualifies de « old school » ? Les années 60 ? Oui ok. Les années 80 ? Ah non, là c’est pas nul !
        Parce que perso chez Claremont par exemple, en dépit d’une narration pas toujours bonne (mais qui va en s’améliorant) il y avait (pour moi encore) une vraie implication émotionnelle.

        Storm qui a promis de ne jamais tuer quelqu’un qui affronte Calisto des Morlock et manque de la tuer, qui devient une femme avec ses sentiments et ses faiblesses en perdant ses pouvoirs et descend ainsi de son piédestal de déesse pour devenir un personnage intéressant et qui sera anéantie lors du massacre des Morlocks de 1986 (elle se fera d’ailleurs secouer par Calisto qui refuse de voir celle qui lui a ravi le leadership des Morlock baisser les bras)
        Cyclope largué suite à la mort de Jean qui trouve le réconfort ailleurs et qui va abandonner sa femme lors du retour de Jean.
        Rachel Grey arrachée à son époque et en quête d’une famille qui doit faire face au fait que ses parents de la réalité 616 ne seront jamais ses parents puisqu’elle ne naitra jamais de l’union de Scott et Jean.
        Malicia et ses manques affectifs liés à ses pouvoirs et qu’on retrouvera recroquevillée dans une cellule de Genosha après qu’elle ait perdue ses pouvoirs (lors de la première BONNE saga à Genosha de 1988, et pas sa « suite » à chier Xtinction Agenda) avec seulement une phrase lourde de sens prononcée par un type « je crois que les gardes se sont un peu amusés avec elle avant de l’enfermer » qui laissait sous entendre qu’elle avait peut être été violée par les fascistes de Genosha (pour un premier contact physique…glups, y’a mieux.)

        Gamin j’avais été passionné, attristé et horrifié par certains développements de personnages. Du côté du franco belge, on avait une narration plus fluide et agréable mais sans jamais de réelle implication émotionnelle. Jamais un soupçon d’inquiétude pour le héros. Jamais il ne pleurait dans les bras de ses amis ou réfléchissait à ses échecs et à sa place dans le monde. Les X-men étaient humains (enfin…mutants…mais humains)

        Après je suis d’accord avec toi que les comics du Dark age (mais c’est déjà le dark age les années 80 ??) sont mieux écrits. Mais il faut aussi replacer les choses dans leur contexte, comme les vieux films. C’est sûr que découvrir pour la première fois ces vieux récits maintenant, alors qu’ils ont été détrônés en terme d’émotions par d’autres depuis, c’est différent.

  • Tornado  

    Et bien justement, le terme old-school représente pour moi un état d’esprit davantage qu’une période. C’est une manière de raconter les histoires, avec les tics d’écriture que j’ai recopiés plus haut.
    Par exemple, j’ai envoyé deux articles à Bruce sur des séries relativement récentes de Spiderman (début des années 2000), et certaines sont écrites dans un style old-school. Parfois parce qu’il s’agit de scénaristes appartenant littéralement à la vieille école, comme Tom de Falco ou Ron Frenz, tantôt par des plus jeunes voulant rendre hommage aux anciens comme Fabian Nicieza.
    Bon, j’ai en tout cas trouvé ça catastrophique et je qualifie leur écriture de « old-school » puisque les auteurs reprennent ces fameux tics d’une autre époque.

    Les X-men de Claremont : Pour moi, c’est majoritairement du comics old-school. Pour le coup, les histoires sont chouettes (souvent), mais le style d’écriture est plutôt mauvais (je m’excuse auprès des nombreux copains qui sont fans mais c’est mon avis personnel).
    Il y a effectivement une évolution marquée, surtout à partir de 1983 avec la collaboration avec Frank Miller sur Worlverine.
    Il y a de temps en temps des fulgurances (La saga de Protheus, la saga du Phénix noir), mais aussi des passages navrants (par exemple la majorité des annuals).
    Il y a quelques années, je me suis mis à collectionner les intégrales et j’ai tout relu jusqu’à 1984. J’y ai vu pour moi deux chefs d’oeuvre (dont un n’est pas dans les intégrales) : « Dieu Crée l’Homme Détruit » et « Lifedeath », magnifique épisode avec Barry Winsor-Smith. Et puis plusieurs sagas très intéressantes (Les Broods, la rencontre flashback entre Xavier & Magneto, l’arc sur Belasco avec la suite intitulée « Magie » avec John Buscema). Et enfin les superbes petits segments regroupés dans le recueil « Vignettes », vraiment bien écrits et fabuleusement dessinés par John Bolton. Mais autour de ça, des épisodes infantiles en pagaille, qui ont eu raison de ma patience et fait que, finalement, j’ai arrêté à l’année 84 (continuer était au bout de mes forces) et que j’ai tout revendu au bout du compte (à part le GN « Dieu Crée l’Homme Détruit » et le recueil « Vignettes »).
    A la même époque, Alan Moore écrivait Miracleman et Swamp Thing et là, pour moi, on est vraiment dans le Dark Age (avec quelques années d’avance) avec une écriture moderne, adulte, magnifique, n’ayant pas pris une ride aujourd’hui encore (et c’est même largement meilleur que 90% de la production actuelle).

    Ton parallèle avec les BDs franco-belges est très intéressant, et m’aide à comprendre pourquoi de nombreux lecteurs continuent de plébisciter ces comics old-school ayant eu une très forte résonance dans leurs jeunes années (ce qui était mon cas aussi, sauf que n’ai pas toujours réussi à retrouver ces sensations en relisant ces sagas à l’âge adulte).

  • Tornado  

    Pour conclure sur le sujet old-school/moderne, je dirais qu’il y a les deux dans les X-men de Claremont, avec des fluctuances d’un côté ou de l’autre. Je mets « Lifedeath » et « Vignettes » dans le « Dark Âge ». Le reste dans le old-school, avec des prémices de Dark Age dans les sagas cités plus haut (qu’il faudrait que je relise et j’en ai d’ailleurs récupéré quelques unes en albums Lug d’époque). Et je mets « Dieu Crée l’Homme Détruit » dans l’intemporel, une sorte d’ovni au dessus du reste ! 😀

  • Matt  

    C’est dommage de s’être arrêté en 1984 cela dit. Il y a du très bon en 1985, 1986. 1987 par contre…euh…on peut oublier. Et la période australienne en 1988 est très sympa aussi avec notamment cette première saga à Genosha (et Coulomb est partie à cette époque ! Retour à la VF). Pour pas longtemps cela dit vu que ça part en live en 1989 jusqu’à 1992 où il y a un mutant Genesis sympa, puis en 1993 avec le chant du bourreau. Après on rentre dans une période marquée 90’s avec des dessins…particuliers on va dire. Je laisse cette époque à Bruce parce que j’ai du mal aussi.

    Après il faut quand même se dire que claremont est resté 16 ans aux commandes des X-men. 16 années à produire 1 scénar par mois…voire 2 quand il écrivait aussi les New mutants. Je ne sais pas si quelqu’un d’autre est resté si longtemps. C’est juste énorme ! C’est mathématiquement impossible qu’il n’y ait pas de mauvais épisodes dans le tas. C’est pourquoi c’est parfois décevant les publications en intégrale. Même si compréhensible évidemment. En VO on a parfois des arcs précis (genre Asgardian Wars, Mutant massacre) sans se taper tous les épisodes. Mais au delà des hauts et des bas, il y a aussi une évolution tangible des personnages au fil des épisodes qui les rend attachants.
    Cela dit les annuals sont pourris en général, oui.

    Pour le franco belge, tu vois par exemple Thorgal il n’a pas assez de défauts et/ou faiblesses non plus^^ (à part son passage en mode dépression que j’ai trouvé très bon du coup. Mais il s’en relève un peu trop facilement quand même.) Mais sinon il n’est presque pas humain tellement il est vertueux. Surtout dans une époque sauvage pareille.
    Il colle une baffe à Kriss parce qu’elle a voulu se venger des 6 ou 7 mecs qui ont du lui passer dessus. Là ou Conan les aurait défoncé lui-même. Pour le coup je la comprends quand même…même si elle est fourbe. Les principes de Thorgal sont ceux d’une époque moderne qui condamne le fait de se faire justice soi-même et ne correspond pas vraiment à une époque sauvage et brutale. Il y a clairement une volonté comme souvent dans le franco belge de faire du héros un modèle trop lisse et parfait. A l’époque de la sortie de ces BD du moins. ça a changé aussi de nos jours.
    A ce niveau là, je préfère le côté plus brutal et la morale plus floue de Conan. Sans dénigrer la qualité de la série Thorgal hein. Mais c’est pour continuer cette réflexion sur l’implication émotionnelle et l’identification à des personnages qui ont leurs défauts et problèmes.

    • Bruce lit  

      Je finis à peine le 6ème tome de Harbinger chez Valiant qui compile le meilleur des Xmen sans le volet stéroïde. Recommandé.

    • Bruce lit  

      @Matt: tes propos sont clairs et limpides. Juste se rappeler que Van Hamme se place directement dans l’héritage de l’humanisme de Tintin auquel il y a souvent des clins d’oeil. Voire parfois de Rahan.
      J’aime les héros vertueux, depuis des années ils sont ringardisés parce que trop parfaits mais au final je les préfère à la caricature dont Marvel s’est affublé ces dernières années. Et j’ai tours préféré Luke à Han Solo….

      • Matt  

        Il y a des nuances entre vertueux et tortionnaire. Et entre Tintin et le Wolverine de ces dernières années^^. J’aime aussi les héros vertueux. Mais pas que !
        Je parlais aussi de défauts (autres que l’agressivité). J’ai aimé que Thorgal passe par une phase de dépression. C’est rare, même quand un perso est triste il est souvent trop courageux et fort moralement pour s’effondrer plus de 3 cases.

      • Matt  

        Et puis question de contexte aussi. Un journaliste pacifique comme Tintin qui évolue dans une époque contemporaine ça fait plus cohérent qu’un puissant combattant pacifique élevé par des vikings dans une époque sauvage remplie de batailles.

        Je ne suis pas un réactionnaire pro vengeance hein^^ Mon héros préféré c’est Spider man qui tient bon lui par rapport aux autres dans la voie du bien.

  • Le moustachue  

    @tornado
    Merci pour cette réponse aussi complète !
    Je vais finir par comprendre les articles sans avoirs a posé de question :’)
    Avec ce que j’ai lue pour le moment je me dis que le dark âge me plaira plus mais bon j’ai encore quelque heures de lectures avant d’en être sur ! 🙂

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