Generation X : génération sacrifiée ?

 

Generation  X par Scott Lobdell et Chris Bachalo

Un article : NICOLAS GIARD

1ère publication le 02/09/14 – MAJ le 19/01/20

VO : Marvel

VF : Semic 

Talkin’ about my generation…

Talkin’ about my generation…©Marvel Comics

Sorti en Novembre 1994, Génération X est l’occasion pour Marvel de développer sa ligne de titres en X mais également de remettre à jour le concept d’une équipe de jeune mutants apprenant à vivre avec leurs superpouvoirs, un concept disparu avec la fin des New Mutants en 1991, transformée en X-Force sous la houlette de Fabian Nicieza et Rob Liefeld.

Au départ, Bob Harras, rédacteur en chef des destinées mutantes, demanda à Scott Lobdell de lui préparer un one-shot ou une nouvelle série avec les New Mutants d’origine.
Peu inspiré, Lobdell rendit sa copie avec une toute nouvelle génération de jeunes mutants, destinés a devenir la nouvelle génération d’X-Men. Une Génération X. Lobdell et Harras passèrent du temps a développer les origines de ces personnages, leurs pouvoirs, les unités de temps et de lieu de la série et se mirent à la recherche d’un dessinateur. Lobdell voulait un partenaire original et choisi Chris Bachalo dont il avait remarqué le style novateur sur un épisode de X-Men Unlimited.

Le titre lui-même symbolise cette jeunesse née dans les années 80, un peu paumée, cherchant ses repères, pleine de révolte, représentant la contre-culture et effrayant un peu ses ainés tant elle rue dans les brancards. Chris Bachalo était ce petit génie du dessin, Canadien, remarqué chez Vertigo pour la qualité de ses dessins sur Shade the Chang Man, Death : the High Cost of Living et Children’s Crusade. Il fait partie de ses dessinateurs rares qui prennent le temps de peaufiner leur travail, ses planches remplies de petit détails que l’œil ne remarque qu’avec une attention soutenue, et rendant à merveille l’aspect surnaturel de ses séries.

Plus jeune, il lisait des séries comme Ghost Rider, Werewolf-by-Night out Hulk : des créatures de la nuit, hantées par leur nature double. Sur Génération X, il apportera un style visuel propre, créant une série fraîche et innovante, débarrassée du carcan de 30 ans de continuité.

Des griffes mais pas de flingues…

Des griffes mais pas de flingues…©Marvel Comics

Pour Bob Harras, le but de Génération X était d’augmenter le cheptel de titres en X, c’est-à-dire de vendre une série X-Men de plus à des lecteurs sans cesse demandeurs. Il fallait également une série capable de toucher un lectorat plus jeune, les anciens fans des X-Men ayant grandit, et étant devenu des trentenaires de moins en moins touchés par des séries vieillissantes et dont les personnages ne changeaient ni n’évoluaient jamais. Bref faire du neuf avec du neuf.

Génération X se révèlera radicalement différente des New Mutants : là ou Chris Claremont présentait des personnages peu développés représentatifs de tous les cauchemars de l’amérique Reganienne (la Cheyenne rebelle, la boat-people, le jeune noir), Lobdell et Bachalo introduisait un comics qui sortait des sentiers battus, privilégiant l’humour mais ne manquant pas d’action, d’intelligence et de spontanéité. Les personnages ont chacun une histoire, un passé qui nous sont présenté au compte-goutte afin de ménager le suspense, dans une atmosphère digne de la Doom Patrol des Années 60 : deux professeurs au passé lourd prenant en charge des adolescents mutilés et défigurés par l’apparition de leurs pouvoirs.

Les prémices de la série se produisent dans le crossover de l’été 94 Phalanx Covenant, Scott Lodbell créant des sortes de Techno-Sentinelles partant à l’assaut des équipes en X et menacent l’existence de la future Génération X. Banshee, Emma Frost, Jubilee et Sabretooth font leur possible pour sauver la mise à une bande de jeunes mutants terrorisée par les Phalanx. Cette équipée fera une victime : la jolie Clarice Ferguson, ala Blink, que nous reverrons plus tard dans Age of Apocalypse.

Génération X 1, doté d’une splendide couverture chromée, nous introduit dans la nouvelle école du Professeur Xavier, l’ancienne académie dirigée par Emma Frost, à cette époque Reine Blanche du Club des Damnés. Désireux d’offrir à Sean Cassidy alias Banshee une place de choix dans l’univers des X-Men, Lobdell fait de lui le directeur de l’école, lui adjoignant Emma Frost et créant une tension palpable entre les deux professeurs : jadis dans des camps ennemis, les voiçi obligés de composer l’un avec l’autre.

Mauvaise alchimie de départ ©Marvel Comics

Banshee obligé comme nous de croire en la rédemption d’une garce manipulatrice en partie responsable de la mort de ses anciens élèves, les Hellions. La tension entre eux vient de leur désaccord sur la façon d’éduquer cette bande de jeune, une reste d’animosité et une tension sexuelle vitre refoulée.

En ce qui concerne les jeunes mutants, Lobdell en crée cinq pour les besoins de la série, Bachalo deux. Un huitième se joint au groupe, faisant le lien avec les X-Men : il s’agit de Jubilée, X-Man d’adoption, grande copine de Wolverine). Elle rejoint l’académie pour apporter son expérience de super-héroïne et aussi pour apprendre à développer ses pouvoirs : les feux d’artifice c’est ok pendant une fête, mais contre des sentinelles… Chamber est le personnage le plus intéressant de la série : habillé de noir, s’exprimant par télépathie, le genre sombre et torturé comme bon nombre d’ados de son époque. Défiguré à vie par l’émergence de ses pouvoirs, ses blessures internes et externes ne peuvent être guéries. Il ne peut avoir une vie affective normale et se dénote nettement du modèle Barbie et Ken que Lobdell cherchait à éviter, tel l’Homme qui Rit de Victor Hugo, atrocement défiguré à la naissance.

L’homme qui rit, version mutant !

L’homme qui rit, version mutant ! ©Marvel Comics

Intéressantes pour nous les  Frenchies :  Monet St. Croix et sa sœur Penance… en réalité la vraie Monet enfermée dans un corps artificiel, tandis que la Monet présentée içi est faite de ses deux petites sœurs qui ont fusionné en un seul corps. La Monet de Génération X présente toutes sortes de contradictions dans son comportement : tour a tour enfant gâtée, puis autiste et avec les plus grande difficultés à se livrer, ne supportant pas les indiscrétions télépathiques de la Reine Blanche. Une ado, quoi ! Ses contradictions nous seront plus tard expliquées par Scott Lobdell pendant la pèriode Opération : Zero Tolérance.

Pour revenir à la Reine Blanche, on peut croire ou ne pas croire en sa rédemption, mais c’est bien avec Génération X qu’elle commence : terrassée de culpabilité après la mort des Hellions, Emma Frost décide de rejoindre le camp des X-Men tout en gardant un caractère manipulateur bien trempé. A l’instar des héros de Doom Patrol, les pouvoirs des jeunes mutants sont très physiques, accentuant l’effet de changement, de mutation, que subit le corps humain à l’adolescence. Il existe des similitudes entre les personnages des deux séries : défigurés, mutilée, abusés.

Leurs pouvoirs sont bizarres, les font changer, muter. Robotman était enfermé dans une carcasse de métal, Penance  enfermée dans un corps coupant comme une lame de rasoir, Negative Man libérait une humanoïde énergétique. Comme lui Chamber est enveloppé de bandelettes et libère de la bioénergie, Elasti-Girl et Skin ont tout deux un corps élastique,  Crazy Jane fut violée par son père, Penance était abusée physiquement par ce monstre d’Emplate.

Le méchant principal de la série est une franche ordure : un mutant au physique monstrueux qui absorbe la moelle génétique de jeunes mutants, un parasite représentant une menace constante sur le futur de nos jeunes héros, possédant des liens étroits avec deux d’entre eux. Les autres méchants seront des super-villains sortis des archives Marveliennes (Orphan-Maker, Omega Red, Black Tom Cassidy) et plus tard Bastion à la tête de Opération Zero Tolérance. On pourra regretter que Lobdell et Bachalo n‘en aient pas crée d’avantage  et pourquoi pas, une super-équipe parodiant leurs personnages, comme le fit Chris Claremont avec les Hellions.

L’ombre d’Emplate…©Marvel

Plus intéressant est comment les jeunes agissent entre eux : une bande de copains a priori dans affinités qui apprennent à se connaître et finalement à se soucier les uns des autres, a former une équipe homogène (bien qu’hétéroclite) ; deux d’entre eux tomberont même amoureux, ce qui n’arriva jamais de temps des New Mutants. En fait c’est ce qui différencie Generation X des New Mutants : ce sont de vrais ados avec des problêmes d’ados avant d’êtres des mutants souffrant d’un complexe de persécution.

Au bout de quatre épisodes sentant bon le fantastique, l’annonce de la coupure des titres X-Men au moment d’Age of Apocalypse  fait l’effet d’une bombe. Et Marvel de nous entraîner dans un monde de cauchemar où Xavier n’a jamais formé les X-Men. Generation X devient Generation Next : dans un monde au bord du gouffre, Colossus et Kitty Pryde dirigent d’une main de fer une équipe de mutants au service de Magneto. Dans une mini-série d’une intensité à couper le souffle avec un Bachalo au sommet de son art, c’est toute une génération qui se retrouve sacrifiée : Colossus n’hésite pas à mettre la vie de ses protégés en danger mortel afin de ramener sa sœur vivante à Magnéto, dans le but de ramener l’univers X-Men à la normale. Scott Lobdell va jusqu’au bout de sa logique et nous assistons à la mort d’adolescents plongés dans un monde terrifiant qui n’a aucun espoir à leur offrir.

L’aventure en termes de qualité durera deux ans, Bachalo partant pour d’autres destinée, et Lobdell se voyant remplacé par des auteurs qui ne comprendront par l’esprit initial de la série : la réponse Marvel à la Doom Patrol de Vertigo. Banshee, Emma Frost et leurs élèves vont connaîtres des fortunes diverses : Banshee, Synch et Skin mourront, Emma Frost deviendra une figure centrale des X-Men et épousera leur leader, Husk rejoindra l’école du Professeur Wolverine. Penance/M causeront bien des migraines aux scénaristes et aux fans avant que Monet ne rejoigne X-Factor. Chamber rejoindra brièvement les X-Men, comme Husk suivant une certaine logique de continuité et Jubilee vient gagner en maturité en devenant la première maman ado de l’histoire des X-Men.

Génération X aura été le meilleur titre en X de Marvel Comics, décidément unique dans la production des Années 90 qui aura vu les séries X-Men démultipliées jusqu’à l’étouffement. Le run de Scott Lobdell et Chris Bachalo couvre au total 31 épisodes, tous réédités en TPB, et tous franchement constituent une lecture très agréable…Preuve de son succès, un pilote Tv lamentable vit le jour et retomba illico presto aux oubliettes de la guigne Marvel proto-blockbusters…

Cette série fut  un compromis entre l’envie de lire du X-Men et le besoin de se rafraîchir avec une série intelligente comme Vertigo en produisait à cette époque et restera à l’instar de X-Statix un très bon souvenir de lecture pour les gens de notre génération… X !

Comment tourner un bon comics en farce idiote

Comment tourner un bon comics en farce idiote©Marvel

 

46 comments

  • Matt  

    Hum…ça peut me tenter cette série.
    Je ne connais pas du tout.
    Il y a un 100% Marvel chez Panini regroupant les 4 premiers épisodes. ça vaut le coup ? Il se passe des trucs sympas en 4 épisodes ? Pas d’intrigue coupée brutalement ?

    Après je verrai si je tente la suite en VO…

  • Bruce  

    Le 100 % regroupe les 4 premiers épisodes où l’on fait essentiellement connaissance avec les personnages. L’ambiance y est très sympathique. Mais je ne saurais te recommander vivement Xstatix qui propose un début et une fin. Un voyage exceptionnel !

    • Matt  

      Ok. Merci.

      J’ai lu beaucoup de bonnes critiques sur x-statix. Mais Allred…pfiou. J’ai vraiment du mal.
      C’est un style certes. Mais son trait me pique les yeux. Trop…simpliste.

      Je viens d’aller faire un tour sur l’article. Sur le fond ça peut être intéressant mais je me demande si je serais fan. J’ai du mal avec les « The boys » de Ennis par exemple. Trop crade comme humour. On dirait que dès que le but est d’ancrer le concept de super héros dans la réalité, faut toujours que ce soit gore, prétexte à mettre en scène des connards, et montrer les pires saloperies dont les gens sont capables. Enfin sur « the boys » c’est un peu ce que j’ai ressenti.
      Ennis est peut être trop sombre et déprimant pour moi, j’sais pas…

      • Bruce lit  

        Sans doute la première apparition de Matt chez Bruce Lit ;)
        (Historique)

        • Matt  

          Hum…en général pour mon premier post je dis « bonjour, je vous lis depuis un moment mais je n’interviens pas » tout ça…
          Donc je suis pas certain que ce soit mon premier commentaire^^

          • Matt  

            Ah les temps changent hein
            Maintenant c’est un emmerdeur^^

          • Bruce lit  

            Retire tes pieds du canapé !

  • JB  

    Malgré un manque global de direction, je retiens de grands moments, notamment l’attaque de Black Tom Cassidy qui fait éclater l’équipe peu avant Operation Tolerance Zero, ou encore le passage Generation Next. Par contre, même les débuts de la série ne sont pas exempts de reproches. Notamment le personnage de Mondo, que les auteurs ne savent pas vraiment comment utiliser.

    • nicolas  

      Oui Mondo a été mal développé. Scott Lobdell voulait écrire une scène dans laquelle Banshee tente de le recruiter puis decide finalement de le laisser tranquille sur son ile où il est heureux. C’est devenu une intrigue secondaire dans laquelle Black Tom Cassidy crée un faux Mondo pour infiltrer l’Académie Xavier.

      Cette série me l’aisse d’heureux souvenirs.

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