God is dead and no one cares !

Preacher par Garth Ennis et Steve Dillon

Première publication le 02/02/15- Mise à jour le 30/05/16.

Fier américain !

Fier américain !©Vertigo

 VO : Vertigo

VF : Le téméraire, Panini, Urban

Cet article est un  focus sur l’intégralité de la série Preacher, version comics. Il s’agit d’une rediffusion d’un vieil article exhumé à l’occasion de la diffusion du premier épisode de la série TV sur AMC dont je ne sais si je dois m’y aventurer…

Attention Spoilers divins et autres….

Impossible de ne pas profiter de la réédition de Preacher pour revenir sur un phénomène du Comic- Book qui traumatisa toute une génération de lecteurs.

Je me rappelle parfaitement de ma première lecture de Preacher.  D’emblée je détestais Jesse Custer. Moi qui étais encore chez mes Xmen, je débarquais chez un type qui était violent, parfois cruel, tuait ses ennemis ou les humiliait impitoyablement (que ceux qui ont déjà tenté comme ce pauvre Hoover de compter 3 millions de grains de sable d’une traite sur une plage lèvent la main….). Jesse Custer buvait, baisait,  fumait, se droguait et jurait comme un charretier.

Hoover samuse à la plage !

Hoover s’amuse à la plage !©Vertigo

Je m’apprêtais à balancer le bouquin dans la même poubelle  que Transmetropilitan de Warren Ellis, lorsque j’embrayais sur l’arc Until The End of the World. Tout à coup, l’enfance de Jesse Custer enfant martyr, me le rendait enfin attachant, les sarcasmes et l’ultra violence de Garth Ennis laissaient progressivement place à une certaine sensibilité voire à de la mélancolie.

Et je tombais enfin inconditionnellement amoureux de cette série, l’une des rares à mon sens, à décupler le plaisir de relecture de ses fans. Preacher, je ne m’en lasserais jamais. Jamais ! Rien qu’en survolant les Scans, je me rends compte que CHAQUE page de la série reste un moment d’anthologie.

Une cover magnifique pour une histoire ne l’étant pas moins

Une cover magnifique pour une histoire ne l’étant pas moins©Vertigo

Mais au lieu de nous bassiner avec tes souvenirs Bruce Lit, tu peux nous dire c’est quoi Preacher ? (le pt’it con qui vient de m’interrompre comptera lui aussi les grains de sable de sa plage ndlr) . La saga de Jesse Custer (homonyme d’une ordure complice du génocide amérindien- mais aussi  initiales de Jesus Christ) peut s’apparenter à du grand n’importe quoi. Custer est un  prêtre ayant perdu la foi a hérité d’un pouvoir divin : celui de la voix. Il lui suffit de prononcer un mot pour se faire obéir immédiatement de son interlocuteur.  Custer est en fait l’hôte d’une entité bâtarde Genesis mi ange, mi démon. Custer apprend que Dieu a abandonné son royaume et trahi sa création. Le révérend entreprend alors l’entreprise la plus folle de l’histoire des Comics : traquer Dieu pour l’obliger à confesser ses crimes devant l’humanité ! Et Dieu face à un tel enragé prend peur et va tout faire pour éliminer notre héros !

Rien que d’imaginer ce mélange de Johnny Depp /James Dean comme homme d’église demande d’emblée une certaine indulgence du lecteur. Tout comme cette chasse à Dieu accompagné d’un vampire, d’un homme à tête de fion, du fantôme de John Wayne et d’un cow boy indestructible. Vous l’aurez compris, adapter Preacher au grand ou au petit écran, c’est une entreprise casse gueule tellement les limites du too much sont repoussées.

Jesse version TV: l'adaptation la plus casse gueule du monde...

Jesse version TV: l’adaptation la plus casse gueule du monde…©AMC

Durant cette quête, Custer va croiser sur son chemin des tueurs en série, des pervers sexuels, un eunuque russe, un gars qui se masturbe dans de la viande et surtout Starr, le plus grand de tous les vilains aussi effrayant que grotesque ! Et l’inventaire est loin d’être complet ! Il y a aussi des nazis, une cyclope, des bouseux sortis de Délivrance et des Anges !  Mais très vite, le lecteur perçoit que cette quête divine, Garth Ennis s’en fout complètement ! Alors qu’il aurait pu écrire un Comics de Super Héros où Custer confronte ses pouvoirs face à des hordes d’anges et de démons, Ennis mystifie son lecteur ! Non mon pote ! Tu n’es pas chez Marvel ici !

Parce que Ennis HAIT les super héros et leur infantilisme de boy scout. Jesse doit se servir de son pouvoir 10 fois à tout casser en 60 épisodes. Éduqué à la dure, notre héros n’a pas besoin de pouvoirs pour s’imposer et se faire respecter. La plupart du temps d’ailleurs ses amis lui font remarquer qu’il aurait pu utiliser The Word plutôt que ses poings !

Jesse a un problème de bile....

Jesse a un problème de bile….©Vertigo

Jesse, c’est un type à qui on ne la fait pas: enterré vivant dans son enfance par sa grand mère sadique, témoin de la mort de son père enfant, Custer est une vraie rock star qui ne respecte rien, ni personne et ne se laisse pas intimider lorsque Dieu vient lui parler !

Custer est un fier américain : aussi beauf que touchant, rempli de préjugés notamment envers les français et prêt à donner une seconde chance aux freaks qu’il rencontre, impitoyable et sensible. C’est surtout un homme d’honneur habité par sa mission qui va le conduire à braver mille morts

Ennis n’est pas intéressé par la dimension religieuse de son récit. Ou si peu.En cherchant bien, on y trouve ici et là quelques réminiscences du Sandman, autre star de Vertigo : des Dieux qui fuient leur responsabilité, une parodie de Death, ici représentée en gothique obèse et des créatures fantastiques qui vont contre leur nature :  Le Corinthien et Cassidy ont une certaine parenté physique. Cassidy tente d’être un bon vampire tandis que le Corinthien est un cauchemar qui souhaite exister dans le monde réel.

Mais Ennis est d’avantage attiré par le réalisme que le fantastique raffiné de Neil Gaiman. Car malgré toute sa violence et le trash de ses situations, Preacher est une perle d’écriture, un Western crépusculaire qui, au fil des personnages plus exubérants les uns que les autres,  raconte une certaine histoire de l’Amérique. Celle des Freaks, des laissés pour compte, des marginaux,  des cons, du conformisme et du Vietnam. Et brosse des portraits fascinants. Inoubliables. Imparables.

Tulip et Jesse : c est plus de lamour, cest de la rage !

Tulip et Jesse : c’est plus de l’amour, c’est de la rage !©Vertigo

Arseface est un gamin dont on ne saura jamais le vrai nom. Dans un récit sombre, Ennis raconte l’histoire d’un pauvre gosse qui se fait traiter de pédé par son père parce qu’il a les cheveux longs.  Le jour où il apprend la mort de Kurt Cobain, il se tire une balle dans la tête. Et se loupe. Plutôt que d’en faire une victime, Ennis se fout de sa gueule  (ou ce qu’il en reste) pendant 60 épisodes. Il le tourne en ridicule en apprenti Bruce Wayne jurant vengeance sur la tombe de son père en bavant, et en prononçant des mots auquel personne ne comprend rien.

Paradoxalement, en humiliant son adolescent dont il condamne la tentative de suicide sans ambages, Ennis parvient à redonner à Arseface une dignité voire une certaine noblesse. Plutôt que de le prendre avec des pincettes et de glorifier son handicap, Ennis le traite comme un type normal aussi naif que stupide. Il est le seul personnage qui échappe à la fin tragique de la saga en rencontrant un amour peu banal….

Arseface le bien nommé...

Arseface le bien nommé…©Vertigo

Cassidy, le vampire Irlandais occupe un second rôle prédominant. Présenté en début de série, comme le Wanker (le branleur) de la troupe, il est l’archétype du pote drôle qui aime un peu borderline. Ennis nous trompe une première fois en mettant en scène un Vampire pacifique qui répugne à boire du sang humain. Dans un hors série d’une qualité époustouflante, Ennis peint le portrait de Proinsias Cassidy comme un type plutôt censé. Loin du gothisme morbide  et romantique façon Anne Rice, Cassidy est un type qui aime la vie, mange de l’ail et apprécie le silence des églises.  Impitoyablement torturé par Herr Starr durant Proud Americans, Cassidy est méprisé par Dieu en personne qui le traite d’animal. Le degré d’empathie du lecteur est alors au maximum pour ce bouffon sympathique.

Pourtant à partir de l’arc Dixie Road, Ennis décide de casser le schéma du trio de copains inséparables et fait de Cassidy une menace de plus en plus pesante. Ce qui commence comme une sympathique bluette de triangle amoureux se termine en véritable cauchemar pour Tulip après la mort présumée de Jesse. Alors que clairement, Cassidy ne ressent pour Tulip qu’une attirance sexuelle, le choix de Tulip de coucher avec un être qui la répugne n’est pas si déconcertant. Cette femme au prénom de fleur se fâne loin de Jesse Custer. Coucher avec son meilleur ami n’est clairement qu’ une tentative désespérée pour elle de surmonter le deuil de son amant en côtoyant son meilleur ami.

Entretien avec des vampires !

Entretien avec des vampires !©Vertigo

De fil en aiguille, le lecteur comprend que le vrai héros de la série est Cassidy, un immortel irresponsable qui joue avec les vies qu’il détruit sans disposer du temps devant lui pour acquérir sagesse et sérénité. Cassidy a tout connu : l’héroïne, la prostitution et a été auteur de violences impardonnables envers les femmes. Parmi les innombrables parenthèses que l’Irlandais ouvre, la violence conjugale occupe une place de choix.

Dans le dernier arc, le magnifique Alamo, la finalisation de la  quête de Dieu prend moins de place que le règlement de comptes entre les deux amis. L’affrontement est terrible avec d’un côté, Jesse Custer, homme d’honneur incapable de mentir et de l’autre Cassidy qui supplie son ami prêtre de lui accorder son pardon. Encore une fois Ennis nous a bien eu ! Il met en scène une histoire d’amitié déçue qui surclasse les crimes d’un Dieu idiot.

Ma réplique préférée...

Ma réplique préférée de toute la série…©Vertigo

Brutale en apparence, la série d’Ennis faisait ici montre d’un talent véritablement littéraire en réalité. De quoi parle Preacher ? De rédemption purement et simplement. D’ailleurs l’un des meilleur arc de la série s’appelle Salvation ! Mais cette rédemption n’est pas celle infantile véhiculée par les comics de Super Héros mais résulte d’un effort autant physique qu’intellectuel à constamment renaître des cendres de nos vies précédentes , de nos choix et nos erreurs!

Dans un monde où même Dieu a abandonné ses créatures, Jesse Custer choisit de rester debout et de demander des comptes. Jesse va perdre une oeil mais reste un homme lucide et clairvoyant. Cet amour dévorant que Dieu exige de lui, il n’en a cure. Il est un homme sans peur, n’ayant rien à perdre, donc rien à demander.  Preacher évolue dans les abysses de l’humanité et côtoie l’équivalent de créatures préhistoriques qui se sont développées sans lumières, sans amour, sans âme. Et sans bienveillance d’un Dieu qui pervertit toute notion de Bien , de Mal et du sens à donner à la vie.

Jesse oublie son catéchisme....

Jesse oublie son catéchisme….©Vertigo

Pour Ennis, il ne s’agit pas de naître homme, il faut vouloir le devenir. La vraie grandeur d’âme de Jesse Custer se situe dans son sens des responsabilités et de l’honnêteté. En dépit de sa violence et de son caractère rustre, Jesse est un homme auquel le lecteur apprend à s’identifier en ce qu’il mène le combat de l’homme de tous les jours : ne jamais abandonner ! Exactement comme le Matt Murdock de Frank Miller dont on sait qu’il constitue l’un des rares super héros que Garth Ennis respecte.  Preacher est une fable sur la virilité qui exalte les valeurs masculines sans en faire une apologie patriotique malsaine ou démagogique !

Au contraire, en décortiquant les principes de loyauté, d’honneur, de courage et d’amitié, Ennis rappelle aux hommes qui le lisent leurs devoirs à l’égard du monde que leur lâcheté et leur paresse ont amené à déserté pour des intérêts immédiats comme ce Dieu égocentrique que Custer cherche à abattre. Jesse est un homme capable de discerner chez l’autre la propension au bien. Impitoyable envers ses ennemis, il est celui qui laisse une chance de rédemption à des damnés comme le Saint des Tueurs ou Cassidy. Et même s’il devient borgne au cours de la série, il reste roi au milieu des aveugles du conformisme.

Derrière chaque grand homme se cache une grande femme....Enfin, linverse

Derrière chaque grand homme se cache une grande femme….Enfin, l’inverse©Vertigo

Et puis, il y a aussi les femmes.  La force de la série est de mettre en scène un personnage féminin remarquable, Tulip, qui joue un contre-pouvoir efficace dès que le récit devient trop burné. Tulip n’est pas un modèle de féminisme : elle n’est pas plus jolie que ça, elle se bat comme un mec et fait preuve au combat de peu de scrupules humanistes. Pourtant, elle reste un modèle d’équilibre dans l’univers désaxé de Jesse Custer, celle capable de lui rappeler une fois le carnage terminé au numéro 66 que toutes ces conneries machos n’auront finalement pas servi à grand chose.

Tulip n’est jamais une demoiselle en détresse, une princesse effarouchée perdue dans un monde d’hommes. Au contraire, elle est une femme qui s’est adaptée à la brutalité d’un monde masculin dangereux tout en gardant ses attributs féminins : sensibilité, perspicacité et ténacité.  La même chose pourrait s’appliquer à la mère de Jesse Custer, Jody, dont les retrouvailles constitue une des grands moments de la série.  Ce sont ces deux femmes qui conduisent Jesse Custer vers sa rédemption : l’acceptation de sa fragilité.

Les dialogues de Garth Ennis....

Les dialogues de Garth Ennis….©Vertigo

Lorsqu’il s’avère que Jesse Cow-boy autoproclamé a menti à la femme qui l’aimait, celle-ci, révoltée à l’idée qu’une femme ne mérite pas qu’on lui fasse confiance,  le quitte impitoyablement.  Même si Ennis surjoue leur réconciliation façon Western à cheval vers le soleil couchant, l’émotion est là. Après avoir bravé mille morts et tué Dieu ( ! )  Jesse Custer pleure pour la première fois en 30 ans terrorisé à l’idée de perdre la femme qu’il aime. Cette masculinité réconcilié avec sa part féminine constitue la meilleure fin de Preacher.

Il oppose ici cette virilité moderne à celle archaïque de Herr Starr qui ne voit les femmes comme un utilitaire sexuel ou celle du Saint des Tueurs exclusivement centrée sur la vengeance brutale au mépris de sa propre humanité ( une analogie entre ce personnage et Frank Castle, le Punisher a été développée ici). Starr a force de renier les femmes devient un phallus humain toujours en érection, excité par son propre pouvoir, sans jamais jouir de l’autre…. Pourtant malgré tous ses défauts Herr Starr arrive à attirer l’amour de Featherstone, qui, comme Eric Finch de V for Vendetta, est une femme respectable qui s’est retrouvée dans le mauvais camp. Comme Custer, Starr est borgne mais, lui ne voit que ses intérêts égoïstes malgré une intelligence en tout point supérieure à celle de Jesse.

Starr, viril des pieds à la tête....

Starr, viril des pieds à la tête….©Vertigo

Derrière ses outrances, Preacher est une fable humaniste vibrante volant au secours de  la maltraitance des femmes, des enfants battus et incestés, des animaux maltraités, des noirs pourchassés par le KKK et les héros oubliés du Vietnam. Beaucoup se sentirent trahis par la fin heureuse de la série. Elle n’a pourtant rien d’opportuniste. Jesse, Tulip et Cassidy onnt tous perdu la vie au cours du récit. Cette vie qu’ils retrouvent, c’est leur deuxième chance, une renaissance où ils décident de mettre à profit leur volonté de ne pas refaire les mêmes erreurs. Rien de leurs vies précédentes n’est oublié. Et Cassidy est mort pour ses amis malgré une grosse bourde scénaristique d’Ennis (comment a t’il fait pour laisser un mot dans la poche de Tulip qui l’a quitté ?).

En dépit de la violence du récit, le message de Garth Ennis est plein de vie et d’optimisme. Pourquoi nos moments de bonheurs devraient ils être liés à Dieu et pas à nous mêmes ? Dieu est mort ? Fuck it ! L’homme n’a pas besoin de lui pour être heureux ! Il s’agit juste d’en avoir conscience, de croire en nous même et de notre potentiel à être juste ! Rappelons nous la promesse de Jesse faîte à son père :You got to be one of the good guys, cause there’s way too many of the bad.

Adieu mes amis !

Adieu mes amis !©Vertigo

44 comments

  • Matt  

    « Derrière ses outrances, Preacher est une fable humaniste vibrante volant au secours de la maltraitance des femmes, des enfants battus et incestés, des animaux maltraités, des noirs pourchassés par le KKK et les héros oubliés du Vietnam.  »
    Eh ben ! Je n’ai jamais perçu ça chez Ennis. Bon ok je n’ai pas lu Preacher. Mais d’autres trucs. Et au risque d’être le seul à critiquer le bonhomme, cet auteur me déprime.

    Ses « outrances » justement, que l’on retrouve dans toutes ses œuvres, font que j’ai vraiment du mal à accrocher. Je ne remets pas en question son talent d’écriture mais je n’arrive pas à être pris dans un de ses récits. C’est trop. Ce mec porte un regard affreusement cynique et pessimiste sur le monde, et ne met en scène que des ordures qu’il est très difficile d’apprécier, même lorsqu’il explique qu’ils en ont chié dans leur vie etc. Est-ce que ça explique leur comportement ? Oui. Est-ce une excuse ? Non. Mais Ennis ne cherche pas à leur donner une excuse en fait. Il met juste en scène des types détestables. Complexes peut être, comme le sont les gens dans la vie. Mais merde quoi, c’est déprimant, fatigant, désespérant. Ce type me casse le moral. Et l’ennui, c’est que je ne cherche pas à avoir le moral dans les chaussettes quand je lis une BD.

    ça ne veut pas dire que je rejette les récits profonds mettant en scène des personnages réalistes et torturés…mais chez Ennis on dirait que TOUT est noir, que tout le monde est tordu, violent, cynique. A un tel point que je ne pense pas que ce soit si réaliste que ça qu’il y ait autant de pourris ensemble au même endroit dans la même histoire. Et quand il y a un mec plus positif, il semble qu’il soit souvent ridiculisé comme si c’était un gros con naïf. Et quand tu parles du mec qui a tenté de se suicider et dont il va se moquer tout le long, ça me donne la sensation que ce mec n’a aucune pitié et ne pardonne pas les souffrances mais condamne ce qu’il considère comme de la lâcheté. ça donne l’impression que c’est un type impitoyable, une sorte de sergent instructeur des marines incapable de compassion.

    Alors peut être que je ne lis pas assez entre les lignes, et qu’il condamne justement certaines choses en les montrant sans qu’il y ait une jolie morale écrite dans des encadrés de texte de manière évidente, mais il n’empêche que c’est violent et déprimant.
    Ce type déteste les super héros ? Pas étonnant, il ne semble plus avoir un seul soupçon de son âme d’enfant. Un juste milieu ça peut être sympa non ? On peut faire des récits matures sans sombrer dans l’horreur (il y en a même chez les super héros d’ailleurs)

    Enfin voilà. Je précise que mon commentaire est le reflet de ce que j’ai perçu chez cet auteur à travers certains récits mais que je n’ai pas lu Preacher. Donc je ne reproche rien techniquement à ce comics, j’en suis incapable. Mais j’explique surtout pourquoi Ennis…ben…me fout la trouille presque. Et je suis étonné d’être le seul à être rebuté par cet auteur que tout le monde encense. Est-ce qu’il y a un souci chez moi ? Ai-je loupé un truc que tout le monde est capable de voir chez lui ?

  • Tornado  

    Moualah ! Mat, chez Bruce Lit, Ennis est intouchable ! Tu vas te faire mal voir !!! :D

    Blague à part, on va dire qu’il en faut pour tous les goûts. Et qu’il est certain qu’un auteur aussi abrupt que Garth Ennis ne peut délibérément pas faire l’unanimité.
    C’est donc tout à fait normal, et sain que tu ne t’y retrouves pas. La bonne nouvelle, c’est que ce n’est pas grave, car il te reste 99% des autres comics à lire ! :D

    Pour revenir à ce que tu disais, je ne pense pas qu’Ennis cherche à faire du réalisme. C’est un auteur qui a réussi à avoir les coudées franches grâce à son talent de conteur et à sa niaque. Et du coup il en profite pour dire ce qu’il veut. Parfois, je ne suis pas d’accord avec lui et d’autres fois je trouve ses propos trop légers (réponse dans l’article de demain…). Mais je suis tombé amoureux de son travail (sur Preacher d’ailleurs). Et le fait est que ce coup de foudre est pérenne. Je suis sensible à ce qu’il raconte et à la manière dont il le fait. Et, comme tu l’évoques en dernier lieu, je pense avoir réussi à lire entre les lignes.

    Ennis, c’est le désespoir des hommes qui se réveillent avec la gueule de bois au lendemain des 30 glorieuses et de l’ère des lumières. C’est le punk qui n’est pas content du tout, et qui nous venge des cons. Des nuls, des profiteurs. C’est un défouloir géant pour ceux qui voient le monde dans sa triste réalité…

  • Matt  

    En fait son humour (toujours noir) ne me touche pas non plus. J’ai lu « the pro » que j’ai revendu ensuite. Était-ce mauvais ? Non. Était-ce drôle ? Non plus. Enfin pas pour moi.
    Pareil pour The Boys. C’est censé être marrant à plein de moments, et ça m’a juste dégouté ou rendu triste qu’il n’y ait autant de persos détestables et cons.

    Des fois son humour me fait un peu l’effet de parodies porno nulles de personnages de notre enfance tirés de dessins animés dépourvus de tout caractère sexuel à la base (qui a envie de voir baiser les persos de scoubi doo ?) Quelque part, ce n’est ni drôle (encore une fois je parle pour moi bien sûr, l’humour étant très subjectif) et en plus ça vient salir ce qu’il reste de ton âme d’enfant (qu’il est, je pense, important de conserver un peu.)

    Ennis c’est un peu le mec qui vient te foutre le nez dans la merde en te disant « regarde comme il est à chier ce monde en fait ! » Et pour moi, les médias nous le rappellent assez. Quand je lis, je préfère m’évader vers autre chose. Je n’ai pas envie de lire 12 tomes d’un truc qui va me montrer ça.
    ça va au delà du regard critique qui dénonce des problèmes (car je sais apprécier ça dans mes lectures), ça s’enlise dans les démonstrations trash alors qu’on a vite compris le propos.

    Avis personnel bien sûr.

  • Tornado  

    On est d’accord : Tout cela est très subjectif. personnellement, Garth Ennis est l’un des seuls auteurs de comics qui me fasse rire avec Alan Moore. Le reste du temps, je trouve l’humour des comics à chier (Deadpool : Pfff…).

    The Boys aura été une série très fluctuante pour moi, mais avec une fin extrêmement réussie qui tire l’ensemble vers le haut. Car Ennis finit TOUJOURS par retomber sur ses pattes avec ses personnages et leur offre un destin cohérent qui participe d’un vrai parti-pris humaniste. Que ce soit dans Le Punisher (Frank finit damné, quelles que soient ses tentatives de rédemption), dans Preacher (Cassidy ne ressort pas indemne de sa traitrise) ou dans the Boys (P’tit Hughie est le seul gagnant mais il le mérite de par son intégrité), tous les personnages doivent à un moment donné faire face à ce qu’ils ont commis.

  • Matt  

    Voilà mais moi je n’ai jamais eu la force de tout lire jusqu’au bout. Je ne doute pas que Ennis n’est pas un gros con qui donne raison aux pires ordures, mais s’il faut réussir à passer à travers une lecture difficile pour être récompensé par la fin…ben quand même c’est dommage de ne pas avoir apprécié le voyage quoi.
    Mais oui, c’est subjectif, on est d’accord. Tu noteras que je ne parle que d’impressions qu’il me laisse, mais je ne juge pas le bonhomme que je ne connais pas, ni son talent d’écriture. Juste qu’il ne me fait pas rire et me déprime dans ses moments sérieux.

    En matière d’humour c’est sûr qu’il en faut pour tout le monde. J’avoue que j’aime l’humour complètement absurde et parodique, une certaine forme d’humour noir aussi mais Ennis c’est plutôt de l’humour… »crade », vulgaire. Pas mon délire.

  • JP Nguyen  

    A une époque, moi aussi j’associais Garth Ennis au trash un peu gratuit. Mais j’ai changé d’avis, notamment grâce à Preacher. Après, je n’aime pas tout de lui mais son Punisher MAX reste une de mes lectures préférées. Et même si ses récits regorgent de salauds ou de détraqués, il y a aussi quelques personnages positifs, pas systématiquement tournés en dérision (l’assistante sociale Jen Cooke dans Punisher MAX, par exemple…)
    Après, je ne cherche pas du tout à te faire changer d’avis Matt, mais c’était juste pour dire qu’il fut un temps où mon point de vue sur Ennis était assez proche du tien et que depuis, certaines lectures m’ont éclairé sur d’autres aspects de son écriture.

  • Matt  

    Je suis en général disposé à changer d’avis. Mais pour ça il faudrait que je tombe sur des choses de lui qui me parlent davantage…et sans avoir à les acheter^^
    Parce que forcement, avec mon ressenti actuel, j’ai pas une folle envie d’acheter quelque chose de lui.
    J’avais lu la vallée des larmes aussi de lui, un ghost rider du temps des cowboys…c’était pas mauvais, mais clairement sans pitié et ultra gore. Et le dessin de Clayton Crain très sombre n’arrangeait rien.
    En soi, ce n’est pas un reproche de dire que c’est sombre, trash, gore, triste et déprimant. Parce que c’est surement voulu. Mais je n’aime pas me sentir mal à la fin d’une lecture. Ni voir les superhéros sous un aspect de gros pervers détraqués. Enfin je sais que c’est une forme de parodie mais bon…encore une fois, question d’humour que je trouve de mauvais gout. Si je voulais voir une parodie de Disney, je ne serais pas forcement attiré pour autant par une BD où Mickey enc*le Donald. ça fait un peu trop provoc anti politiquement correct genre « woouh j’suis un rebelle, je choque les gens. »

    Enfin je sens que je ne vais pas me faire des potes là…donc je vais arrêter. Mais j’ai un ami que je ne vois pas souvent qui possède le Punisher de Ennis. A l’occasion, si je peux me le faire prêter, je verrai.

    • Jyrille  

      Tu devrais tenter leur Hellblazer (de Ennis et Dillon).

  • Leo le gars de Nice  

    Je ne dois pas lire l’article.
    Je ne dois pas lire l’article.
    Je ne dois pas lire l’article.

    Je n’ai JAMAIS lu le dernier tome! JAMAIS!
    Alors je fais quoi, moi?
    J’attends et je reviendrai critiquer ou féliciter quand la fin du monde sera venue…

    Grrrr.

    A bientôt, Tornado :)

    • Jyrille  

      Moi c’est pire : j’attends les tomes de Urban et je n’avais jamais lu la série. Un an et demi que je dois lire l’article et Urban doit encore en publier trois… Pas prêt de le lire donc !

  • Tornado  

    Merci pour Bruce parce que c’est lui qui l’a écrit ! ;)

    • Leo le gars de Nice  

      Whooooops…

  • Jyrille  

    Cela faisait plus de trois ans que j’attendais de lire cet article. Et c’est fait, car je viens de finir Preacher ! J’ai eu un peu de mal à rentrer dans le dernier tome car le premier épisode, qui se passe dans le passé et où Jesse pend un Français fantasmé ne m’a pas plu du tout. C’est rempli de clichés et plutôt gratuit, pas vu l’intérêt.

    L’ayant découverte bien tard et n’étant vraiment pas fan du trait de Dillon, elle ne fera pas partie de mes bds favorites, mais elle se place tout de même dans le meilleur de l’irrévérencieux. Je crois cependant que je préfère Hellblazer par les mêmes auteurs (ce qui est très différent, il est vrai). Tu dis que Tulip n’est pas très jolie, mais sous le trait de Dillon, si, car ils se ressemblent trop, tous ces personnages.

    Pour tout le reste, je suis d’accord avec ton analyse : la rédemption, la distance avec la quête principale, les personnages laissés pour compte… J’avais vu un reportage sur un gamin qui a eu le même destin (ou presque) que Arseface. C’était horrible à voir, ce gamin défiguré n’avait plus du tout de visage…

    Je suis fan des couvertures de Fabry. Et je pense tenter la série télé, pour voir.

    • Bruce lit  

      Oh là là, oui tu parles de ce hors série lamentable avec le trafic de chevaux….
      Oublie, c’est sûrement le pire truc de la carrière de Ennis. Cette histoire n’existe pas !!!

      • Jyrille  

        Ce doit être ça en effet.

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