Guerre sans paix !

Histoire des 3 Adolf Tome 1 à 4 par Osamu Tezuka

Article de BRUCE LIT

Des couvertures sobres et efficaces

Des couvertures sobres et efficaces©Tonkham/Delcourt

VF : Tonkham

Première publication le 26 mars 2014- Mise à jour le 26/01/18

Cet article survole les 4 tomes de L‘histoire des 3 Adolfs écrites et dessinées par Osamu Tezuka. Ceci est une histoire complète avec une fin ( et quelle fin !) en bonne et due forme !

Une rumeur persistante a souvent couru sur les origines juives d’Hitler. Vous imaginez le scandale ? Le plus grand criminel contre l’humanité appartiendrait à la race qu’il a impitoyablement persécuté !

Les historiens ont depuis infirmé cette légende qui a déchaîné les imaginations. C’est pourtant sur ce postulat, qu’en 1986 le mangaka Osamu Tezuka, brosse une fresque monumentale de 800 pages.

Ne pas se fier à l’aspect enfantin des dessins©Tonkham/Delcourt

Et son travail mérite le respect : des parallèles entre le front européen et japonais, une réflexion intense autour du thème de l’identité de la nation et de l’individu et une documentation historique irréprochable . Comme son titre l’indique, HDTA raconte l’histoire de trois personnages nommés Adolf liés par la généalogie d’Hitler : Adolf Kamil , un jeune juif courageux dont la famille vit au japon.

Adolf Kaufman un allemand dont la mère est japonaise. Ce jeune garçon aux valeurs humanistes fortes va subir un lavage de cerveau monstrueux au sein des jeunesses hitlériennes et devenir un nazi impitoyabl. Seul problème son meilleur ami est justement Adolf Kamil ! Enfin, Adolf Hitler plus en retrait mais dont l’ombre plane sur ces 4 volumes.

©Tonkham/Delcourt

Parallèlement aux trois Adolf, évolue un journaliste japonais Sohei Togué détenteur malgré lui du secret de la généalogie du monstre depuis 1936 ! Pendant presque 10 ans il devra jouer de ruse pour échapper aux persécutions de la Gestapo.

Avec une bonne dizaine de personnages secondaires portés par le souffle de l’histoire, Tezuka tisse de manière hallucinante une toile narrative où les destins s’entremêlent en Europe pour se conclure au Japon sur fond d’Hiroshima. Sohei Togué rappelle les héros d’Hitchcock du Faux Coupable à la Mort aux trousses , l’innocent que l’on accuse de traîtrise et que l’on pourchasse. Adollf Kaufman a la beauté du diable et est déchiré entre son identité japonaise et allemande, son devoir de nazi et son secret : il protège deux juifs . Au fil de l’histoire, il perd progressivement son âme en restant profondément humain.

Deux anciens amis qui se haïssent d’une guerre à une autre !©Tonkham/Delcourt

Tezuka parvient également à percer la carapace d’Hitler en brossant le portrait d’un homme à la solitude pathétique et totalement perdu. Hitler est un monstre, Adolf porte des restes d’humanité et rejoint la description que  la psychanalyste Alice Miller en faisait dans C’est pour ton bien . Les thèmes sont d’ailleurs les mêmes : tant que nos enfants seront maltraités, qu’on les éduquera à la haine de l’autre , l’histoire engendrera des Hitler, des Staline, des Céaucesku impitoyablement battus durant leur enfance.

Que les réfractaires aux mangas soient rassurés : son trait fin et élégant peut flatter le lecteur européen en rappelant celui d’Hergé. Il partage d’ailleurs l’humanisme du père de Tintin et certains passages font immanquablement penser à L’île noire, L’affaire Tournesol et Le lotus bleu. Dans les moments humoristiques qui parsèment HDTA, durant les discours d’Hitler ou dans les scènes de violences , il se livre a des exagérations anatomiques qui peuvent rappeler le Gotlib de la Rubrique à Brac .

3_adolf

S’il n’était pas si con, il serait drôle ce moustachu !©Tonkham/Delcourt

Enfin l’éditeur rappelle que Tezuka a eu une influence au Japon aussi grande que Jack Kirby pour les Comics. Comme le King, Tezuka n ‘a pas son pareil pour trouver une identité visuelle propre à ses personnages. Saluons les éditions Tonkham qui, à la fin de chaque volume, offrent de nombreux bonus au lecteur : chronologie historique, exégèses centrées autour des thématiques de l’oeuvre, entretiens avec l’auteur.

Comme la série Rome, Tezuka arrive à mêler des personnages imaginaires à des personnages historiques: Hitler, Goebels, Eichmann… Enfin , il crée des personnages de femmes inoubliables : fortes , courageuses et au caractère bien trempé. Aussi bien à l’aise dans le drame que dans l’action, Tezuka livre ici une oeuvre passionnante qui commence pendant les JO de 1936 pour se terminer en Palestine en 1973. Il brosse le portrait de deux amis que l’histoire va progressivement opposer et qui vont passer de l’amour à la haine. Et comme Hegré à la fin de Tintin et les Picaros, il dresse un constat lucide sur le fait que les victimes d’hier deviennent les bourreaux de demain.

Toguei détient un lourd secret !©Tonkham/Delcourt

4 comments

  • Mlle Prudence  

    Quelle saga ! , moi j’adorais rien à dire, le dessin parle de lui même, et l’histoire est poignante.

  • Romplaymobil  

    Très bonne critique ! J’aime beaucoup L’Histoire des 3 Adolf également.

  • Jyrille  

    Et bien merci d’avoir remonté cet article, je ne l’avais jamais lu (décidément…). Je n’ai pas lu les 3 Adolf non plus, cela m’intriguait depuis longtemps, ça a l’air bien !

    • Bruce lit  

      Non seulement c’est très bien, mais je vais monter un crowfunding pour récompenser tous les lecteurs de Tezuka ! Je me sens seul et ce type était passionnant ! Achète le, vole le mais lis le !!

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