Halloween Manifesto

Encyclopegeek: L’univers de Batman par Jeff Loeb & Tim Sale

1ère publication le 31/10/15- MAJ le 02/11/18

Quand Batman et Halloween ne font qu’un…

Quand Batman et Halloween ne font qu’un…©DC Comics

AUTEUR : TORNADO

Cet article portera sur toutes les œuvres réalisées par le tandem Jeff Loeb (scénario) et Tim Sale (dessin) autour de l’univers de Batman. Ce duo d’auteurs a aussi bien officié chez DC Comics que chez Marvel, pour un certain nombre de mini-séries particulièrement réussies et iconiques, transcendées par un style inimitable.

Nous nous intéresserons ici à la figure du justicier en costume de chauve-souris. Car, dans l’univers DC, les deux compères ont également livré une magnifique histoire de Superman, chroniquée dans un non moins superbe article…
En particulier, nous essaierons de démontrer que, malgré les critiques qui peuvent parfois leur être adressées, l’association entre Jeff Loeb & Tim Sale, c’est du grand art !

Au sommaire :
Fear – Batman Halloween Special – 1993
Madness – Batman Halloween Special – 1994
Ghosts – Batman Halloween Special – 1995
Batman : Un Long Halloween – 1996
Batman : Dark Victory – 1999
Catwoman : When in Rome – 2001

L’art du rétro intemporel !

L’art du rétro intemporel !©DC Comics

1) Batman Halloween Special

Dans les années 90, l’éditeur DC Comics propose à des auteurs de premier ordre de revenir sur la passé de Batman, lorsqu’il était encore solitaire et mystérieux. Ainsi naît la superbe série Legends Of The Dark Knight. Le scénariste Jeff Loeb, emporté par son ambition alors qu’on lui demande de développer une histoire sur trois épisodes censée se dérouler lors de la nuit d’Halloween, propose de dépasser la ligne éditoriale en inaugurant un Annual Legends Of The Dark Knight Halloween Special de 80 pages !
Avec l’aide de son comparse le dessinateur Tim Sale (depuis leur association sur une mini-série intitulée Challengers of the Unknown réalisée en 1991), Loeb imagine alors le premier segment d’une trilogie sur le thème d’Halloween…

- Le premier récit (Fear – Batman Halloween Special ) est un conte gothique dans lequel « l’Homme chauve-souris » se voit confronté à l’Epouvantail, l’un de ses pires ennemis, en pleine nuit d’Halloween. Et lorsque le vilain lui inocule un gaz pouvant exacerber la peur chez ses victimes, alors commence la véritable nuit de la peur…
- Le suivant (Madness – Batman Halloween Special ) oppose notre héros au Chapelier Fou et s’inspire, en toute logique, du conte Alice aux pays des merveilles de Lewis Carroll. Avec un thème central : La folie…
- Le dernier (Ghosts – Batman Halloween Special ) est une relecture d’un autre conte tout aussi célèbre de Charles Dickens : Un chant de Noël. Batman affronte le Pingouin avant de passer une nuit dans son manoir, hanté par trois fantômes qui lui montrent son passé, son présent et son avenir…

Batman, entre le gothique et le cartoon…

Batman, entre le gothique et le cartoon…©DC Comics

Ces trois épisodes imposent d’entrée de jeu le tandem Loeb/Sale comme une bénédiction pour le traitement du personnage.
Dans le fond, le scénariste livre un récit d’une profondeur psychologique en totale osmose avec l’univers gothique de Batman, où sont passés au crible toutes les déclinaisons symboliques liées à la figure du Dark Knight, de son rapport ambivalent à la justice jusqu’à ses problèmes d’intégrité sociale et sa dualité entre la raison et la folie, incarnée par son alias ténébreux et son passé traumatique. Explorant son passé, son enfance et ses rapports avec ses parents, il procure un peu d’épaisseur à un personnage trop souvent monolithique.
Et c’est tout le talent de Jeff Loeb de décliner l’ensemble de ces thématiques adultes sous les atours d’une poignée d’histoires de super-héros divertissantes et iconiques.

Dans le premier récit, il parvient ainsi à transcender le pitch de départ (Batman parviendra-t-il à surmonter sa peur face à un ennemi qui l’inocule chez ses victimes grâce à une toxine de son invention en pleine « nuit de la peur » ?) en saupoudrant son récit d’une multitude d’éclairages divers sur la mythologie interne de son personnage.

L’art de Tim Sale en devenir…

L’art de Tim Sale en devenir…©DC Comics

Dans la forme, le scénariste et son dessinateur construisent un enchainement de séquences d’une richesse formelle extrême, dans lequel la narration, plutôt que d’assembler les événements de manière linéaire, se développe en alternant les étapes, mêlant le passé et le présent, permettant tout autant de réserver au lecteur le dénouement de l’histoire sur la base de multiples rebondissements, que d’en développer toutes les subtilités présentes dans le sous-texte. Le tout ponctué d’un découpage conceptuel étonnant, parsemé de soliloques immersifs et de dialogues au cordeau. Du très grand art de narrateur.

Au départ, le dessin de Tim Sale ne possède pas encore la beauté épurée de ses futurs travaux. Son encrage n’est pas aussi puissant et expressif et ses planches ne dévoilent pas encore la pureté et l’élégance flamboyante que l’on découvrira bientôt. Puis, peu à peu, il se pare de son style définitif, quelque part entre le réalisme rétro et le cartoon gothique. A la fin de Ghosts, il est à son apogée…

Ces trois histoires ont été publiées respectivement en 1993, 1994 et 1995. Ce sont les premiers travaux du tandem Loeb/Sale sur l’univers de Batman. Ils font ainsi office de prémices aux sagas Batman : Un Long Halloween et Batman : Dark Victory.

Year One : La suite !

Year One : La suite !©DC Comics

2) Un Long Halloween

Nous sommes au lendemain de Batman : Year One, dans les jeunes années de Bruce Wayne. Un tueur en série surnommé « Holiday » sème la panique dans les rues de Gotham City en commettant un meurtre chaque mois, le soir d’une fête nationale américaine…

Sur le principe du « serial », avec un épisode par mois publié sur une année, cette maxi-série déroule une intrigue à suspense dans la grande tradition du roman noir…
Il s’agit à la fois d’un Batman majeur, totalement intégré dans la continuité, qui peut être appréhendé comme une suite directe au mythique Year One de Frank Miller, et à la fois d’un récit autonome, pouvant être lu pour lui-même. Avant tout, évidemment, il s’agit d’une relecture des premières années de notre héros…

Le tandem Jeff Loeb/Tim Sale nous offre peut-être ici son chef-d’œuvre. Sachant que les autres albums de leur cru sont également brillants, inutile de dire que l’on tient là une des meilleures histoires jamais contées sur le Caped Crusader !

12 mois. 12 épisodes. 12 meurtres !

12 mois. 12 épisodes. 12 meurtres !©DC Comics

Tout au long des douze épisodes qui constituent cette histoire, les deux auteurs développent la mythologie de « l’Homme chauve-souris » à tous les niveaux. Ils mettent en scène la lutte de Batman contre la pègre, en particulier la famille Falcone, faisant ainsi écho à Year One ; intègrent les super-vilains emblématiques de la série (Le Joker, l’Epouvantail, l’Homme-mystère, etc…) et reviennent en détails sur la chute d’Harvey Dent (l’un des moments forts du récit).
Dans la forme, ils réalisent un travail magnifique en enrobant l’ensemble d’une atmosphère aux confins des films noirs, des cartoons, des films d’Alfred Hitchcock et des films d’épouvante (on a l’esprit d’Halloween ou on ne l’a pas !), qui cite plusieurs décennies de modèles scénaristiques et esthétiques. Cette base référentielle finit par nourrir le scénario, qui puise sa densité au cœur de ces influences (mais nous en reparlerons plus tard). Et, quoiqu’il en soit, l’ensemble s’impose comme une brillante relecture des premières aventures du justicier, remettant ces premières années au goût du jour, tout en restituant l’époque consacrée, ses fondements, sa dimension enfantine et son atmosphère (ça s’appelle le postmodernisme).

Le dessin quant-à lui, dans sa forme la plus aboutie à ce stade de la carrière du dessinateur, est absolument unique. Tim Sale nous éblouit de son trait gracieux et magique, expressionniste, à la fois caricatural et puissant, qui sonne toujours juste. Son style a quelque chose de si intemporel, de si romantique, qu’il s’est fait par ailleurs le spécialiste des relectures et des histoires se déroulant dans le passé.
Pour ceux qui aiment la série animée des années 90, produite par Bruce Timm, l’ambiance gothique et rétro de ce Long Halloween est un enchantement, avec un soupçon de violence et de méchanceté en plus…

Petite promenade dans les égouts de Gotham City…

Petite promenade dans les égouts de Gotham City…©DC Comics

3) Dark Victory

En ce qui concerne l’histoire, Amère Victoire (titre VF) reprend là où Un long Halloween s’était arrêté. Il propose exactement le même concept, à savoir la publication de douze épisodes sur un an (un par mois). Bien que l’intrigue soit très proche de la maxi-série précédente, Dark Victory se lit avec un plaisir total et on peut difficilement le refermer avant de l’avoir terminé.
En fait, même si l’histoire copie dans son schéma sa grande sœur (un meurtre est commis chaque mois, un jour férié, par un tueur en série laissant les traces de son passage sous la forme d’une énigme, le tout ponctué de la lutte entre Batman et toute la panoplie de ses ennemis, les super-vilains…), elle enrichit le mythe constamment.

Dark Victory revient également sur la rencontre entre Batman et Robin. Mais alors qu’on pouvait redouter ce passage imposé, proprement enfantin dans sa conception, les auteurs nous offrent une rencontre bouleversante, merveilleusement écrite et mise en scène. Ou toute la magie de l’écriture de Jeff Loeb, auteur souvent décrié par le cœur du lectorat de comics mainstream le plus dur, habitué aux séries maintenant la continuité avant tout, au dépend de la qualité proprement dite des scénarios (oui, je suis un peu taquin)…

Un postulat enfantin superbement contrebalancé par l’écriture du scénario !

Un postulat enfantin superbement contrebalancé par l’écriture du scénario !©DC Comics

On a reproché moult choses à ces œuvres (« comics de base », « histoires creuses »). Et puisque les détracteurs de Jeff Loeb ont la dent dure (le bonhomme est passé chez Marvel en malmenant la sacro-sainte continuité !), ils ont moqué l’inventaire de ces maxi-séries, le scénariste tenant à tout prix à sortir le vilain du mois, orientant son récit sur des apparitions soi-disant factices. Pour autant, plutôt que de chercher la petite bête, on aurait pu deviner qu’il s’agissait avant tout d’un hommage aux épisodes originels, qui multipliaient également les supervilains, afin de rameuter le lectorat sur de l’événementiel facile (« Ouah ! super ! y a un nouveau méchant ! « ).
Les lecteurs réfractaires à ce processus ne sont-ils pas ainsi passés à côté d’une forme de second degré conceptuel, où le fond et la forme communiaient afin de citer toute une époque rétro en la redéfinissant sous le vernis d’un comic book contemporain (ça s’appelle le postmodernisme) ?

Il convient ainsi de rappeler que les œuvres de Jeff Loeb & Tim sale ne sont pas des récits à prendre au premier degré, mais des hommages conceptuels gorgés de références (nous en reparlerons plus tard…), mariant à l’envie la composante enfantine du matériau, avec une mise en forme destinant ces récits avant tout aux adultes (certaines scènes sont tout de même bien violentes), avec un savant bagage artistique qui demande à être décrypté.
Ce faisant, les auteurs manient leur art avec une rare habileté et trouvent un terrain idéal entre le sujet (des histoires à priori pour les enfants) et le style narratif (d’une tonalité adulte), pour un résultat artistique à l’extrême, très geek mais exigeant, parvenant encore une fois à remettre au goût du jour des histoires d’une autre époque. En bref, de la culture geek pour lecteur exigeant !

Allez coucher les enfants !

Allez coucher les enfants !©DC Comics

Au terme des douze épisodes de Dark Victory, le lecteur a vécu les premières années de son héros dans une version ultime et classieuse, magnifiquement équilibrée entre ses éléments enfantins inhérents et son passage à l’ère moderne, sachant préserver les fondamentaux de la mythologie batmanienne tout en dépoussiérant ses origines avec de belles histoires, gorgées d’émotion et de style.
Cependant, une question demeure : Où donc est passée Catwoman, qui a soudain disparu sans que l’on sache pourquoi ?…

Miaou !

Miaou !©DC Comics

4) Catwoman : When In Rome

Catwoman se rend à Rome à la recherche de ses origines. Afin de retrouver la généalogie de sa famille, elle s’adjoint les services du Sphinx (Edward Nigma, l’Homme-mystère), expert en énigmes…
Cette mini-série a été réalisée en 2001 et elle fait office de spin-off à la saga Dark Victory, puisqu’elle développe le parcours de l’anti-héroïne en répondant à la question que se posaient alors les lecteurs : « Pourquoi Catwoman est-elle partie pour Rome ? ».
Jeff Loeb & Tim Sale réalisent donc un récit adjacent qui vient mettre en lumière les arcanes de leur série principale, tout en développant leur mythologie de l’intérieur, car Catwoman When In Rome s’imbrique parfaitement dans la trame principale du récit depuis Batman : Un Long Halloween, en tissant des liens étroits entre la mafia italienne et celle de la famille Falcone, qui sévit entre les murs de Gotham City…

Il en a de la chance, le Sphinx !

Il en a de la chance, le Sphinx !©DC Comics

En particulier, cette mini-série est l’occasion pour les auteurs de s’amuser à créer une œuvre rétro en rendant hommage aux films d’espionnage et d’aventure de l’âge d’or Hollywoodien. Impossible de ne pas penser, en voyant Catwoman arpenter les toits de cette ville méditerranéenne, au personnage de Grace Kelly dans La Main au collet d’Alfred Hitchcock !
Le récit se pare ainsi d’une atmosphère de films noirs dans la grande tradition du cinéma américain des années 40 et 50, enrobée d’une patine expressionniste qui rappelle les grandes heures du cinéma baroque de l’époque consacrée.
A maintes reprises, Tim Sale nous gratifie de splendides tableaux dévoilant la « ville éternelle » sous ses atours mystérieux et grandioses. Duel de « chattes » dans le Colisée, cambriolage au sein de la Basilique St pierre (avec un joyau dissimulé sous le socle de la Piéta de Michel-Ange !), cette escapade à Rome tient ses promesses et nous fait voyager dans la cité mythique !
Et cerise sur le gâteau, Tim Sale dessine une Selina Kyle sexy en diable, dans le plus pur esprit des pinups de l’époque. Miaou !
Mention spéciale au travail de Dave Stewart sur la mise en couleur, qui ajoute aux aplats de noir de Tim Sale de superbes aquarelles fauves (et oui parce que Tim Sale est… daltonien !). Encore un grand moment de bande-dessinée.

Catwoman se prend pour Grace Kelly dans La Main Au Collet !

Catwoman se prend pour Grace Kelly dans La Main Au Collet !©DC Comics

5) D’ART D’ART !

Ce tour d’horizon étant terminé, nous allons à présent revenir sur le volet artistique et sur toutes les références citées ça et là par le duo, afin de démontrer que les œuvres de Jeff Loeb & Tim Sale, c’est du grand art !

Comme évoqué plus haut, le projet de nos auteurs consiste à trouver, dès le départ, un équilibre entre le passé et le présent, entre le classique et le contemporain. En cela, ils réalisent un véritable travail de relecture postmoderne, qui consiste à préserver tous les codes propres à l’intégrité de chaque univers défini, en les mêlant aux canons actuels de mise en forme. Ainsi, leurs histoires ont un look à la fois rétro et moderne, puisque sensées se dérouler dans le passé de Batman. L’ambiance proposée est un florilège de l’ambiance de l’époque telle qu’on pouvait la voir au cinéma (imagerie largement plus universelle que celle des seuls comics), à travers les films noirs, les films fantastiques, les cartoons et surtout les serials (séries B très connotées, projetées dans les salles de cinéma en première partie d’un film). En revanche, la mise en forme est strictement moderne : Dialogues épurés, voix off, narration axée davantage sur le vocabulaire graphique que sur les phylactères, etc.

Tout l’âge d’or du film noir hollywoodien, en une image !

Tout l’âge d’or du film noir hollywoodien, en une image !©DC Comics

Aux films noirs, Jeff Loeb & Tim Sale empruntent toute une iconographie et trainent dans son sillon les thèmes qui vont avec. C’est donc toute une faune urbaine qui est convoquée, un décorum stylisé et une toile de fond composée d’une vision amère de la société occidentale, où les valeurs viriles sont ramenées au rang de la violence, stigmatisée comme un outil de divertissement, où l’image de la femme se confond avec celle d’un objet de désir sexuel, quand bien même il serait fatal ! Et où toutes les transgressions sont possibles.
En même temps que ces thèmes récurrents, c’est également une esthétique particulière qui est véhiculée, avec ses éclairages contrastés (on pense immédiatement aux rayons de lumière à travers les rideaux à lamelles du pauvre détective privé alcoolo !), ses larges pans de l’image plongés dans l’obscurité, ses scènes nocturnes, son décor urbain et ses trottoirs humides. Assurément, cette esthétique marquée avait été influencée par l’expressionnisme allemand, qu’avaient amené avec eux les artistes européens fuyant la montée du nazisme (on pense notamment à Murnau et Fritz Lang)…
Il est important de noter que la naissance du film noir au cinéma (Le Faucon Maltais de John Huston, considéré comme acte fondateur, est réalisé en 1941) correspond avec toute la première partie de la carrière éditoriale de Batman (l’âge d’or des comics), et que son déclin correspond également à la fin de la dite période (et la naissance de l’âge d’argent à partir du milieu des années 50).

Aux films fantastiques des années 30 et 40 (vous aurez donc noté que les auteurs se réfèrent constamment à la même période de l’âge d’or des comics), on va également emprunter la même esthétique héritée de l’expressionnisme allemand. Mais on va aussi puiser dans le répertoire horrifique des monstres de la Universal (Dracula, Frankenstein et autres Loup-Garou), où le décor morbide permet néanmoins de développer une superbe atmosphère gothique, et où les personnages offrent un modèle tout prêt pour créer des supervilains au kilomètre. C’est de la confluence de toutes ces inspirations que naitra la lugubre mais majestueuse cité de Gotham City, avec toute sa galerie de méchants costumés !
Là encore, avec ce terrain stylistique, c’est toute une batterie de thèmes sous-jacents qui est convoquée. Dans les films de la Universal, les splendides décors gothiques avec châteaux lugubres, brumes et toiles d’araignées, ainsi que la présence d’un panel d’acteurs taillés pour les rôles ténébreux (Boris Karloff et Bela Lugosi pour ne citer que les plus connus) n’étaient que le support d’une série de grands thèmes romanesques, presque tous issus de la littérature. C’est ainsi qu’à la beauté des images et à la qualité de la mise en scène, venait toujours s’intégrer une toile de fond scénaristique passionnante, à l’épaisseur incontestable. Frankenstein, en premier lieu, regorgeait par exemple de thématiques parallèles, comme celles du droit à la différence, de la peur de l’inconnu, de la vanité humaine, de l’intolérance que génère la différence et de la dictature de la normalité. Soit une sacrée densité !
Dr Jeckyl & Mr Hyde et L’Homme invisible nous mettaient en garde contre les dangers d’une science employée sans conscience, faisant ainsi honneur aux romans originels de Robert Louis Stevenson et H.G. Wells. Mais le thème récurent, qui s’imposera sur toutes ces œuvres horrifiques, comme un liant immuable (et notamment dans Dracula ou L’Etrange Créature du Lac Noir), demeure par dessus tout celui de la Belle et la bête. En bref, une impressionnante collection de thèmes fédérateurs !

Le mélange qui tue : Horreur et cartoon !

Le mélange qui tue : Horreur et cartoon !©DC Comics

Bande dessinée oblige, les premiers épisodes de Superman par Jerry Siegel & Joe Shuster et de Batman Par Bob Kane & Bill Finger étaient destinés avant tout aux enfants. Et c’est tout naturellement que l’on y trouvait des corrélations avec les cartoons, diffusés au cinéma en première partie de soirée.
Un format ramassé, un récit court et dense, des atours enfantins et caricaturaux (mais une caricature propre à initier une critique universelle, comme chez Tex Avery par exemple), des récits naïfs mais énergique. L’un inspirant l’autre…

A la même époque, les spectateurs se déplaçant massivement au cinéma pouvaient également profiter des « serials », des petits feuilletons diffusés eux aussi en première partie de soirée, à suivre la semaine suivante. Préfigurant les séries télévisées, ces histoires d’une quinzaine d’épisodes devaient se terminer par un cliffhanger afin d’inciter le spectateur à revenir la semaine suivante ! Les relations entre les serials et les comics étaient tellement évidentes, que la plupart des premiers comics à succès étaient adaptés en serials quasiment dans la foulée. Ainsi, après Flash Gordon et Superman, Batman connut, dès 1943 son premier serial !

A l’arrivée, c’est l’ensemble de ces terrains esthétiques, stylistiques et thématiques qui va être assimilé par notre duo d’auteurs, au point de pousser au paroxysme ce qui, déjà à l’origine, était présent plus ou moins consciemment dans les comics des années 30 et 40. Avec davantage de recul, de maturité, de savoir-faire, davantage de moyens également, Jeff Loeb & Tim Sale vont tisser une véritable toile de fond gorgée de références à tout un pan de l’époque éditoriale visée, composant ainsi un véritable manifeste des terreurs enfantines, aux couleurs d’une nuit d’Halloween, lorsque le monde des enfants rencontre celui des monstres, du thriller et du folklore.
Pas bête : L’univers de Batman correspond effectivement avec ces terreurs enfantines. Et il parle, de manière universelle (c’est toute la théorie de la Psychologie des Contes de Fées), à la part d’enfance qui se dissimule encore en chacun de nous…

La qualité d’un bon héros se mesure à celle de ses ennemis. Sacré bestiaire horrifique !

La qualité d’un bon héros se mesure à celle de ses ennemis. Sacré bestiaire horrifique !©DC Comics

Je suis sincèrement convaincu que, tout comme avec certains grands auteurs comme Frank Miller (je pense notamment à Dark Knight Returns ou Sin City), c’est avec des créateurs comme Jeff Loeb & Tim Sale que l’on profite des meilleures toiles de fond. Elles sont sous-jacentes, elles sont silencieuses dans leur développement, mais elles sont bien là. Et ce bien davantage que dans les comics old-school de Marvel (années 60 & 70), où se cachaient des thèmes dans le sous-texte, certes, mais développés de manière infantile par une poignée de scénaristes ne sachant pas penser en termes graphiques.

Je reste persuadé que les véritables œuvres d’auteurs se jouent du côté des artistes avec qui la toile de fond se dilue dans l’acte pictural. Dans leurs œuvres, tout se joue dans les relations entre le fond et la forme. Ils ne développent pas leurs thèmes en les assénant à coup de massue par le texte, mais en les digérant en amont. Ils citent des références originelles et universelles en les assimilant plastiquement et, ainsi, développent du fond par héritage artistique.
On se retrouve alors aux confluents de la littérature et des arts plastiques, c’est-à-dire tout ce qui peut sortir de meilleur d’un médium comme celui de la bande-dessinée.

La bande-dessinée demeurant un médium visuel, il parait évident que l’on puisse y privilégier l’expression plastique. Dans l’histoire de l’art, les artistes les plus importants n’ont jamais développé leurs thèmes par le texte, mais au contraire par leur plasticité (Pablo Picasso n’a jamais assorti son Guernica d’une dissertation ! Et que dire des artistes du moyen-âge et de la Renaissance, qui véhiculaient les écrits religieux aux gens qui ne savaient pas lire par l’art de la fresque !). Et, pour ce faire, ils ont toujours utilisé l’héritage de leurs prédécesseurs en le renouvelant (la fameuse formule « rupture et continuité » propre à l’histoire des arts).
Ainsi, on peut percevoir que des auteurs comme Jeff Loeb & Tim Sale mêlent leurs récits à leurs références par les images, et véhiculent de surcroit la toile de fond qui est intrinsèquement liée avec ces références. Une atmosphère particulière, un style graphique prononcé, un genre particulier de récit, et la toile de fond est automatiquement abordée. Pas besoin de taper sur la tête du lecteur en répétant lourdement les thèmes sous-jacents…

Ah… Les femmes par Tim Sale…de vraies pin-ups !

Ah… Les femmes par Tim Sale…de vraies pin-ups !©DC Comics

Evidemment, ce point de vue sous entend que le lecteur doit d’abord posséder un bagage et une solide culture artistique afin de relever les éléments de la toile de fond. Mais en tout cas, je suis convaincu que c’est ici que se définit ce qu’est réellement l’art séquentiel. Raison pour laquelle je continue de défendre becs et ongles ce type de comics super-héroïques en pensant que ce sont des créations majeures au sein de leur médium, là où j’estime que les séries mainstream régulières sont majoritairement des créations plus légères.

Au final, voilà pourquoi l’on peut estimer que les œuvres estampillées Loeb/Sale sont de véritables œuvres d’art, et non des comics de base !
Alors certes, ces histoires laissent la part belle à l’émotion, où la nostalgie se mêle aux canons actuels pour accoucher d’œuvres intemporelles (ça s’appelle le postmodernisme…). Les auteurs régurgitent ainsi plusieurs décennies de références scénaristiques et esthétiques, nourrissant des scénarios qui puisent leur densité au cœur de ces influences. L’expérience qu’ils font vivre au lecteur, à travers une sorte de nostalgie universelle, est ainsi purement émotionnelle, tout en véhiculant les thèmes qui anoblissent le genre développé. Et c’est bien cette alchimie entre le fond et la forme qui donne à ces œuvres toute leur richesse, toute leur saveur, et toute leur dimension entant que produit de la culture populaire…

L’esprit d’halloween, jusqu’au bout des ongles !

L’esprit d’halloween, jusqu’au bout des ongles !©DC Comics

30 comments

  • yuandazhukun  

    aahhh magnifique article Tornado !!! Sur un duo qui reste à mes yeux l’un des meilleurs dans le monde des comics ! Les références aux années 40/50 est superbe, ils transforment un monde de super-héros en polar…bref ton analyse de leurs oeuvres est monumentale ! Quel plaisir de te lire ! Avec des scans splendides…Et là le plaisir est décuplé car j’ai déjà tout ça à la maison donc pas d’achats compulsifs liés à tes abjectes tentations ! (bon j’ai pas le Superman mais il est trop cher j’attends une réédition chez Urban !) Un grand merci Tornado ! Bravo l’artiste !

    • Tornado  

      Merci, c’est sympa à toi !
      Je suis entrain de travailler sur le deuxième article du duo (les héros Marvel). Ce sera un peu la suite de celui-là et je peux déjà dire que les scans sont encore plus beaux !

  • JP Nguyen  

    Ah Tornado, si je ne connaissais pas déjà ces histoires, l’article serait un vrai pousse-au-crime de carte bleue !
    Je connaissais ton attachement à cette équipe créative et tu défends remarquablement bien leur travail.
    De mon côté, même si je trouve beaucoup de qualités à ces histoires et si j’adore les dessins de Tim Sale, j’ai quelques réserves au niveau du scénario et en général de l’écriture de Jeph Loeb (oui, il me semble que ça s’écrit « ph » et pas « ff »)

    Par exemple, The Long Halloween commence par une scène hommage/clin d’oeil au Parrain (« I believe in America » est remplacé par « I believe in Gotham City ») et Harvey Dent relève les plaques de voitures à un mariage mafieux, comme dans le film. Pour autant, je trouve la référence un peu gratuite. On pourra toujours arguer que le « I believe in… » reviendra au fil de la série pour se transformer en « I believe in Batman » à la fin, j’ai, pour une raison difficile à formuler, un sentiment d’artificiel par rapport à l’utilisation de cet élément.

    Dans « Dark Victory », en examinant les indices du pendu, Robin fait une suggestion dont la pertinence me semble douteuse (« Nine of you are safe » à la place de « None of you are safe ») et Batman réagit pourtant positivement (pour une réflexion qui ne mènera nulle part…)

    Tout ça pour dire que, parfois, dans les histoires de Loeb, il y a des éléments qui me semblent davantage donner l’illusion de la profondeur que refléter une vraie réflexion.

    Attention, je ne dis pas que tout son boulot est à l’avenant. Il y a des passages formidables dans TLH : le nouvel an, la fête des mères sont l’occasion de scènes montrant toute l’humanité de Bruce Wayne, engagée dans sa croisade désespérée et sans fin mais se mentant à lui même pour se convaincre d’une issue prochaine…

    Tout cela reste mon ressenti mais bon, ce nouvel article fleuve (ton ambition d’exhaustivité t’honore) était l’occasion rêvée pour partager ce point de vue et échanger entre geeks…

    • Tornado  

      Ton échange est le bienvenu. ;)

      Comme j’essaie de le développer dans l’article, je pense que la toile de fond tissée par les auteurs est diluée dans la mise en image. Et donc elle est difficilement perceptible et, par extension, difficile à saisir de manière concrète.
      La phrase où tu écris  » à la fin, j’ai, pour une raison difficile à formuler, un sentiment d’artificiel par rapport à l’utilisation de cet élément » ne mettrait-elle pas la puce à l’oreille à propos de cette théorie ?

      La référence au « Parrain » est-elle gratuite ? Là encore une fois je ne pense pas. Dans l’histoire de l’art, l’usage de la « référence » est bien plus qu’un hommage ou une simple citation. C’est un matériaux et un outil. C’est le moyen pour véhiculer la toile de fond, qui transporte toutes les thématiques qui sont liées.
      En comparant la famille « Falcone » à celle des « Corleone », Loeb & Sale utilisent à mon sens le travail effectué en amont par Coppola. Ils véhiculent ainsi les thèmes développés dans le « Parrain », sans être obligés de les développer à leur tour.

      « Tout ça pour dire que, parfois, dans les histoires de Loeb, il y a des éléments qui me semblent davantage donner l’illusion de la profondeur que refléter une vraie réflexion. » :
      Là encore, je pencherais pour le point de vue que j’ai essayé d’exposer. La « profondeur » est difficile à estimer parce qu’elle n’est pas véhiculée par le texte, mais par l’expression plastique. Et je trouve que là où ces auteurs font très fort, c’est qu’ils véhiculent leurs thèmes par l’émotion plus que par le discours.

      En écrivant cette chronique, j’ai essayé de ne pas être méchant envers les auteurs old-school. Mais encore une fois je trouve le travail d’un Stan Lee laborieux, pompeux et assez mauvais en termes artistiques. Ses récits sont-ils plus profonds que ceux de Jeff Loeb ? On peut effectivement en débattre. Mon point de vue est qu’ils ne sont pas plus profonds. Ils sont martelés grossièrement. Ils sont plus faciles à décrypter. Mais ils sont aussi plus patauds, moins classes, et nettement moins fins.

      Enfin, s’il y a des fautes de script dans les histoires de Jeff Loeb (Jeph ?), je botte en touche car ce n’est absolument pas un élément qui retient mon attention en règle générale ! Je préfère m’attarder sur le volet fond/forme. C’est comme ça… Et je ne parle même pas des éléments hors continuité !!! :)

  • Bruce lit  

    « Halloween is coming » Finale
    This is Halloween ! Bruce Lit, le blog qui vous rend citrouille vous propose de revenir sur la collaboration de 8 ans entre Jeph Loeb et Tim Sale auteurs d’ « Un Long Halloween » et bien d’autres merveilles Batmanienne dont Tornado dresse l’inventaire ! Les connaissez vous toutes ?La BO du jour : Loeb/Sale : Quand on a l’esprit d’Halloween, on pense immédiatement à Tim Burton et, de surcroit, à Danny Elfman ! https://www.youtube.com/watch?v=ClowdBJ-AO0

  • Présence  

    Ça m’a fait énormément plaisir de découvrir cet article, ainsi composé. Enfin tu disposes du lieu rêvé pour pouvoir exprimer ton point de vue dans le détail, avec une argumentation exemplaire. Pour faire court, je suis d’accord avec tout (à une ou deux nuances près) j’ai adoré la manière dont tu mets en lumière les caractéristiques uniques de la narration de Loeb et Sale. Tu avais déjà réussi à me convaincre quant à leur narration postmoderne, concept que je ne connaissais pas avant que tu ne m’en parles. Je trouve que cet article explique et montre avec une grande intelligence et une grande habileté ton point de vue, avec une conviction pertinente et irréfutable.

    Les nuances – J’ai préféré Dark Victory à Long Halloween parce que j’ai trouvé l’intrigue plus consistante, en particulier la manière dont Goham passe des mains de la pègre, aux mains des supercriminels. La Selina Kyle de Tim Sale me paraît beaucoup plus musculeuse que Grace Kelly.

  • JP Nguyen  

    @Tornado : j’ai bien compris la théorie que tu développes dans ton article et je n’essayais pas de changer ton point de vue, juste d’en exposer un autre…
    Là où tu vois « un moyen de véhiculer une toile de fond », je perçois parfois un saupoudrage un peu facile et factice, « pour faire style », comme le ferait un Bendis à ses plus mauvaises heures…

    « ils véhiculent leurs thèmes par l’émotion plus que par le discours » : tout à fait d’accord, les scènes que je citais plus haut (nouvel an, fête des mères) sont bien sur le registre de l’émotion.

    Ne compte pas sur moi pour défendre Stan Lee, plus j’en apprends sur lui, plus le personnage me déplait. Mais il n’y a pas que Stan Lee pour représenter le Old School. Jim Shooter, Jim Starlin ou Archie Goodwin sont aussi « old-school ». Et d’ailleurs, Loeb et Sale ont bénéficié des formats « hors série » que sont Legends of the DK et la mini-maxi TLH… Tandis que bon nombre d’auteurs old-school ont travaillé à une époque où sortir un épisode par mois était la règle la plus stricte (avec parfois la nécessité de récapituler l’intrigue à chaque début d’épisode etc). La qualité supérieure des oeuvres de Loeb/Sale s’explique aussi par la plus grande liberté éditoriale qui leur a été accordée…

    Mais s’ils ont bien réussi leur coup avec certains personnages (Batman, Catwoman…) je trouve que l’essai n’a pas été transformé avec tous…Two-Face, personnage pourtant clé dans TLH, n’a, je trouve, pas eu la tragédie qu’il méritait : on sait que Harvey va devenir Two-Face et l’intrigue avance plan-plan vers cette issue, sans déchirement intérieur chez le lecteur, comme pourrait y parvenir un Ed Brubaker, par exemple.

    A nouveau, je ne cherche pas à te faire changer d’avis, ni à exprimer un désaccord systématique sur tous les points, juste à échanger entre geeks (d’ailleurs, si les autres veulent se joindre à nous…)

    • Tornado  

      Oui ne t’inquiète pas, j’avais bien compris. J’insiste juste parce que je tiens à défendre ce duo d’auteurs dans la mesure où il est souvent critiqué alors que j’ai la sensation que c’est très nettement au dessus du lot et beaucoup plus artistique la quasi-totalité des autres comics de super-héros.
      Et donc je ne partage pas le sentiment d’un saupoudrage factice. J’essaierai néanmoins d’y être attentif lors de mes relectures.

      Je suis par contre parfaitement d’accord avec toi sur la liberté éditoriale qui permet à ces auteurs de parachever leurs récits sous la forme d’oeuvres abouties et raffinées, tandis que les scénaristes et dessinateurs old-school bénéficiaient de peu de latitude.
      J’ai déjà évoqué ma grande admiration pour Archie Goodwin, notamment pour ses travaux chez Warren, et son magnifique GN « Batman Night Cries ». J’ai également du respect pour Jim Starlin pour son sens impressionnant de la mythologie et de la cosmogonie. Mais par contre je le trouve besogneux sur la forme. Et par exemple ce qu’il a fait sur Batman, je trouve ça au mieux très moyen (Enfer Blanc), au pire très mauvais (Un deuil Dans la Famille).
      Et il y a pléthore de scénaristes qui sont célébrés et que je trouve très mauvais encore. Steve Englehart par exemple. Même Claremont est à mon sens très inégal. Capable de pondre des chefs d’oeuvre comme « Dieu Crée l’Homme Détruit » ou « La Vie, La Mort », et d’autres sagas complètement ineptes et infantiles. Mais encore une fois, il y a effectivement cette dimension de liberté éditoriale. Dans le recueil « X-men : Vignettes », où Claremont a bénéficié d’une liberté totale, il fait preuve d’une superbe écriture séquentielle.

      • Nikolavitch  

        La force de Loeb et Sale, c’est qu’ils travaillent à réiconiser les personnages, ce qui rend leur boulot immédiatement accessible aux néophytes (et suffisamment référentiel pour contenter le vieux briscard)
        après, le concept sur LH/DV, c’est un épisode, un personnage mis en avant, ce qui donne un rythme intéressant, mais un côté un peu décousu (rappelez-vous, c’est Chichester qui avait mis ce truc au point dans Daredevil : Fall from Grace). Mais là encore, ça permet de balayer le petit monde de Gotham, et de présenter plein de personnages de façon accessible. c’est une très bonne porte d’entrée au bat-verse

  • Patrick 6  

    Le duo Jeph Loeb et Tim Sale que cela soit chez DC et Marvel est toujours efficace et on est rarement déçu… Efficace, bien ficelé, référencé… et pourtant qu’est ce qui fait que pour moi leur œuvre ne rentre pas au Panthéon des comics ? Peut être justement que leurs histoires s’inscrivent dans une tradition rigide et codifiée et l’on sait dés le début que rien ne sera changé à l’issu du comics… On a passé un bon moment mais au final il n’en reste rien.
    Bon passer un bon moment c’est déjà pas mal me direz vous mais pourtant je n’ai absolument aucun souvenir des Halloweens du tandem !
    Ton article me donnerait presqu’envie de relire les comics mais pas de bol je les ai tous revendus !

  • Tornado  

    @Présence : Peut-être que lorsque je relirai tout ça, je préfèrerais aussi « Dark Victory », qui sait…
    C’est vrai que Grace Kelly était moins musculeuse que Catwoman. Mais Cary Grant ne l’était pas davantage non plus ! :D

    @Patrick. heureusement, on ne peut pas plaire à tout le monde.
    N’empêche que je ne m’attendais pas à ce que le désamour vienne d’un fan comme toi de films d’horreurs, de séries, serials et des classiques du genre, dont l’atmosphère est brillamment restituée dans les oeuvres estampillées Loeb/Sale. Quand on a vu un classique des Universal monsters, on ne garde pas forcément de souvenirs marquants, mais on a quand même adoré les sensations et admiré la toile de fond, non ?

  • Bruce lit  

    Je pense que cet article aurait pu s’appeler le Tornado Manifesto tant il est habité, convaincu et convaincant.
    Comme tu le dis, Batman peut être monolithique. Je regrette un peu d’avoir vendu cet Halloween, ma grille de lecture n’étant plus la même qu’il y a 3 ans notamment à cause de vous. J’avais trouver que comme souvent, l’histoire de Batman tournait au « best-of » avec un vilain par épisode. A vrai dire, je n’en ai aucun souvenir, sinon que je trouvais ça lent. Je ne m’étais pas attardé ni sur l’ambiance, ni la mise en scène. C’est ainsi que je suis passé à côté de la première lecture de « From Hell » que j’avais adoré par la suite.
    Je pourrais me laisser tenter par le Catwoman si je trouve ça en soldes un de ces quatre à Gibert, comme cette semaine le BLack and White. Fan Hitchcock, je dois lire ça.

    A ce propos, quel est votre Hitchcok préféré ? Pour ma part j’hésite entre Psycho et La Corde.

    • Tornado  

      Lire Catwoman tout seul n’a pas trop de sens à mon avis. Il est quand même bien immergé dans la continuité de Long Halloween et Dark Victory.
      Par contre, les recueil Semic simplement intitulés « Halloween » valent franchement le coup. Les récits sont autonomes et vraiment très bons.

      Mon Hitchcock préféré doit être « Sueurs froides » (« Vertigo »). Et ensuite « La Mort aux Trousses ». Et puis « La Corde », « Psychose », « Les Oiseaux », « Rebecca », « Les Amants du Capricorne », « La Main au collet »,  » Pas de printemps pour Marnie ».
      La période anglaise : Il faudrait que les revois car il s’agit de films que je n’ai vus qu’une fois il y a au moins vingt ans. Saviez-vous que Hitchcock tournait des films à la commande de Winston Churchill pour soutenir la lutte contre le nazisme pendant la guerre ?

      • Bruce lit  

        Je confonds certains des films : les 39 marches, le Faux coupables, la cinquième Colonne. J’en garde un souvenir diffus (mais agréable). Raison de plus pour les revoir.
        LA loi du Silence a un pitch magnifique aussi : un prêtre soumis au secret de la confession doit il dénoncer un meurtrier ?
        @Yuandazhukun: Hitchcock ou la preuve qu’il était possible de faire des films d’auteurs grand spectacle ne sacrifiant rien aux neurones…non , ce n’est pas une réflexion de vieux con.

    • Lone Sloane  

      Les enchaînés et L’inconnu du Nord Express pour le N&B et Fenêtre sur cour pour la couleur. Soit les deux acrices fétiches de Sir Alfred, Ingrid Berman et Grace Kelly et les deux acteurs emblématiques, James Stewart et Cary Grant. Ainsi que son méchant le plus touchant, Claude Rains dans Les enchaînés.
      Dans L’inconnu du Nord Express, Hitchcok assassine sa fille, quel manipulateur de génie.

      • Bruce lit  

        Peter Bogdanovich a un jour déclaré que le plan où Grace Kelly s’approche de Stewart endormi pour l’embrasser au réveil dans « Fenêtre sur cour » était pour lui le plus beau du cinéma.
        Le teaser du soir : « Halloween is coming » Finale
        Comment définir le Batman de Jeph Loeb & Tim Sale ? Facile : citation, pastiche, collage et mélange, culture populaire. Du postmodernisme dans sa plus pure expression.

        • Lone Sloane  

          Oui, un plan impressionnant en caméra subjective ou les lèvres et le visage de Grace Kelly sont magnifiés par le Technicolor. Hitchcock ou l’orfèvre du baiser de cinéma.

          • Bruce lit  

            Ca c’est un baiser comme dirait Djian….

  • yuandazhukun  

    Les 39 Marches pour moi ! Je suis fan de la période anglaise de Hitchcock ! Quand on y pense aujourd’hui quel réalisateur pourrait faire autant de films autant de merveilles ? un autre temps…(quel vieux con je fais…!)

  • Lone Sloane  

    Bien d’accord avec Bruce, c’est ton manifeste que tu nous offes içi, Tornado.
    Et cette interprétation intellectuelle et artistique du postmodernisme appliqué au justicier de Gotham est une invitation à lire ou découvrir les comics de Loeb et Sale.
    Une vision respectueuse de l’histoire et de l’art innovante dans son écriture et son graphisme. et sans dérision.

  • Jyrille  

    Je ne connais aucune de ces histoires, mais JP a raison, c’est un pousse-au-crime-de-carte-bleue ! Bon, cela va être mon anniversaire, je vais donc sans doute m’offrir Un long Halloween, depuis le temps que je tourne autour… Cet article est sans doute un déclencheur à côté duquel je ne devrai pas passer !

    Je salue bien bas ton analyse et j’ai adoré les thèmes que tu développes en parlant de toutes les références, du postmodernisme et de la valeur graphique ou du moins de l’acte graphique de raconter une histoire. C’est totalement passionnant et je me sens toujours très intimidé devant ce genre de prouesse : expliquer simplement des concepts qui demandent de la réflexion et de la culture. Encore une fois, un superbe article.

  • Jyrille  

    Quant aux Hitchcock, je ne crois pas les avoir tous vus, et j’ai un souvenir diffus de sa période anglaise, mais évidemment, je suis fan de Vertigo, Fenêtre sur cour, et Psycho (que je devrai revoir). La corde, je l’ai vu récemment, il est très bien mais manque quand même de panache. Et puis bien sûr La mort aux trousses, que de trouvailles cinématographiques ! Hitch expliquait que pour la scène de l’avion pourchassant Cary Grant, il avait pris tous les clichés des films noirs des années 40 et les avaient retournés : d’un décor urbain, on se retrouvait à la campagne sans aucune construction. De la nuit, on se retrouvait en plein jour. Au lieu d’une voiture amenant la mort, l’assassin vient du ciel. C’est brillant.

    • Lone Sloane  

      En cas de déprime, quand ni la musique ni le silence ne sont doux, la lecture du Hitchcock par Truffaut, et les échanges brillants entre ces deux hommes si différents, enthousiastes et exigeants, me donne toujours de l’énergie et l’envie de revoir leurs films.

      • Jyrille  

        Merci pour le tuyau ! Je suis par contre inculte en Truffaut, encore un que je n’ose aborder avec les vieux maîtres (Visconti, Fellini…).

  • Bastien  

    Bonjour,
    Et merci pour ce magnifique article.
    Personnellement je suis totalement acquis à la cause de Loeb et Sale.
    The Long Halloween est pour ma part ma meilleure lecture de Batman, j’adore Dark Victory mais l’ayant découvert dans un deuxième temps ce récit n’a pas eu le même effet, et Catwoman est une merveille mais ne porte pas directement sur le Batman.
    Mon problème est que je ne sais pas expliquer pourquoi, comme avec chaque oeuvre de ce duo cela tient plus du ressenti que de quelque chose de quantifiable.
    Je trouves que la référence au Parain dans les premières pages permet d’indiquer quelle type d’histoire de Batman on va suivre.
    Catwoman : When In Rome est une merveille graphique, on pourrait penser à un art book, Sale doit être amoureux de Selina en tout cas pour ma part il m’a fait tomber amoureux, et Dave Stewart est un génie de la colorisation (ce n’est pas pour rien qu’il travail avec les plus grands et gagne des Eisner et des Harvey à la pelle).
    Je penses que contrairement à beaucoup de récit ou je trouves que le dessin accompagne bien le récit ici ils ne forment qu’un. Je serai bien incapable de dire ce qui dépend de Loeb ou de Sale.
    Pour ma part ces récits tiennent plus de l’oeuvre d’art que du médias séquentielle voilà pourquoi ils divisent.
    Attention je comprends parfaitement que ces récits ne plaisent pas, mais comme beaucoup d’oeuvres l’appréciation tient peut être plus de ce que l’on veut y voir que de ce qu’il y a vraiment.
    En tout cas merci pour cet article, qui nous montre la richesse de ces 3 récits.
    Bonne journée

  • Tornado  

    Merci, tes généreuses remarques apportent de l’eau à mon moulin !
    D’accord avec toi pour la référence au Parrain et aussi sur le fait qu’il s’agit davantage d’une oeuvre d’art que d’une simple bande dessinée, réalisée par deux auteurs dont le travail est au diapason l’un de l’autre.

  • Bruce lit  

    Je viens d’enchaîner coup sur coup les Batman Halloween Special que j’ai apprécié, surtout la première histoire et vraiment adoré Le culte qui a une réputation désastreuse semble t’il auprès des Batfans.
    Tant et si bien, que je viens de finir l’article qui ne paraîtra qu’à la rentrée.
    Je confirme que toute les histoires de Batman que j’apprécie sont celles où :
    -son bestiaire ne joue qu’un rôle figuratif
    -Déconnectées de la continuité et de la justice league
    -Sans plus d’un Robin à la fois

    J’ai craint le pire en voyant arriver le chapelier fou et le pingouin qui heureusement sont vites évacués. Hey ! J’ai maintenant plus de 10 Batman à la maison !

    • Jyrille  

      Là-dessus on doit se rejoindre, je ne connais pas vraiment Batman, mais tous ceux que j’ai sont un peu en dehors de la continuité (sauf le run de Morrison mais bon). Et moi aussi j’ai bien aimé le Culte !

  • Ozymandias  

    Ce serait PRESQUE criminel de ne pas vous jeter sur cet article. On en revient, une fois encore, à cette idée que la lecture d’un livre, d’une BD, etc, ne saurait se contenter, du moins dans le cas des meilleures créations, d’une lecture passive. La curiosité intellectuelle (on peut préférer le terme de culture générale) permet d’enrichir notre analyse et surtout notre compréhension d’histoires dont le sous-texte, les références sont très riches. Il ne s’agit pas de condamner les récits basiques, manichéens, mais de rejeter toute forme de critique qui se limiterait à juger selon les seuls critères du plaisir de répétition et du ressenti. L’Art transcende l’individu, il faut donc parfois aller chercher ailleurs les clés d’une oeuvre apparemment incompréhensible. Cet article montre et démontre la nécessité d’une telle démarche pour pleinement apprécier le travail des artistes. C’est une étape indispensable pour fourbir nos arguments contre les détracteurs d’un genre trop souvent réduit à un pur divertissement gratuit.

    Présence : « La Selina Kyle de Tim Sale me paraît beaucoup plus musculeuse que Grace Kelly ». C’est un fait, mais Tornado précise bien que le féline lui a évoqué ce personnage, et non pas une équivalence quelconque entre les deux femmes. Le référence est présente, mais c’est rarement un simple copier/coller.

    Je reviens sur ce point de détail parmi tous les autres parce qu’actuellement je suis consterné par certains commentaires qui s’appesantissent sur le fond (un mot, une citation, etc…) pour masquer leur méconnaissance ou leur incapacité à traiter du fond. Ce n’est, bien entendu, pas le cas de Présence, mais l’occasion était trop belle de rebondir sur ce « malentendu » pour dénoncer ce problème.

    Concernant Hitckcock, je conserve un excellent souvenir de FRENZY que je n’ai encore jamais revu. Sinon, si je devais marquer une préférence, ce serait LES OISEAUX et LA CORDE.

    • Présence  

      Pour le plaisir de la discussion, j’avais relevé la morphologie de Selina Kyle dans cette histoire parce que ça m’avait frappé à la lecture. Tim Sale avait imaginé une interprétation du personnage qui s’éloignait de celle de l’époque, hypersexualisée par Jim Balent. J’avais aussi pensé à La main au collet, mais Loeb & Sale mettent en scène un personnage fondamentalement différent, avec l’assurance que peut procurer la force physique. Pour le fond, je reconnais bien volontiers que je suis incapable de concevoir un tel article, mettant si bien en lumière l’intelligence des auteurs et leur utilisation à bon escient de références culturelles.

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *