Hergé ou Hergay ?

Georges et Tchang par Laurent Colonnier

Finalement un couple légendaire du 20ème siècle !

Finalement un couple légendaire du 20ème siècle !

1ère publication le 28/10/14- Mise à jour le 02/12/17

Article de BRUCE LIT

VF : 12 bis

Georges et Tchang est un album écrit et dessiné par Laurent Colonnier sous la forme d’une biographie imaginaire d’Hergé. Il s’agit d’une biographie romancée portant sur l’hypothèse d’une pulsion homosexuelle entre le papa de Tintin et son célèbre ami Tchang.

Les scans ont été gentiment fournis par Monsieur Colonnier himself qui a eu pitié des miens faits maison ! Merci à lui !

Oh là là, le barouf ! Tapez sur Google les références de cette BD et vous lirez les réactions indignées des lecteurs proches, au mieux de l’apoplexie, au pire de l’autodafé !  Les raisons ? Mettre en scène l’amitié entre Georges Rémi et son célèbre ami Tchang sous le joug d’une pulsion homosexuelle. Et de traîner Colonnier dans la boue en subissant cette ritournelle éreintante de médiocrité crasse associant la dépravation à l’homosexualité….

La mémoire d’Hergé en sortirait salie, traînée dans la boue, certains demandant l’interdiction de l’objet…Un bel exemple de l’humanisme cher à Hergé, lui qui défendit la dignité des noirs, l’indépendance des chinois, la fierté des gitans et le droit des sud-américains à disposer d’autre chose que de républiques militaires….

Tchang !

Hergé aurait t’il apprécié que l’on insulte une minorité qui n’emmerde personne en son nom ? Parce que concernant cette idylle présumée, il n’y a vraiment pas de quoi fouetter Milou !

Colonnier part d’une interview réelle  qu’Hergé vieillissant donna pour la TV belge. Il reproduit graphiquement cette scène vers la fin de son histoire. Lorsque l’auteur de Tintin est amené à se prononcer sur ses albums préférés, il cite sans hésiter ceux où Tchang est présent (Le lotus bleu et Tintin au Tibet) et sa langue fourche devant tout le monde ! Il parle d‘une formidable histoire d’amour avant de se raviser aussitôt et de transformer cet amour en amitié.

Oops ! Lapsus !

Dès lors la démarche de Colonnier érudite et respectueuses des grands moments de Georges Rémi est de poser l’hypothèse : Et si Hergé avait fait de Tchang une muse dont il serait tombé amoureux ?  Lui qui subit des attouchements enfant chez les scouts de la part d’autres garçons. Lui qui disait que les femmes n’avaient pas de place pour ces histoires. Lui qui confia avoir été habillé en petite fille enfant. Lui dont on sait qu’il était en proie à de forts élans dépressifs qui perturbèrent la conception de certains albums. Lui qui avoua Tintin c’est moi.

En quoi l’élan de Colonnier différerait de celle de Serge Tisseron qui analysait les symboles inconscient de l’oeuvre de Rémi pour dresser l’hypothèse de secrets de famille  dans le fameux Tintin et les secrets de famille? En quoi Georges et Tchang ne pourraient pas s’inscrire dans la lignée de biographies imaginaires où l’objet de l’étude serait le héros de l’histoire ? (on se rappelle du Kafka au cinéma par Steven Sodenbergh).

Georges Rémi : un créateur tourmenté qui ne faisait pas des rêves pour enfants. Un vrai scandale....

Georges Rémi : un créateur tourmenté qui ne faisait pas des rêves pour enfants. Un vrai scandale….

L’histoire débute donc en 1934. Hergé commence la conception du Lotus Bleu. Il aspire désormais à écrire autre chose que des courses poursuite de son reporter et de son chien.  Il veut le témoignage de chinois pour éviter de sombrer dans les clichés de cartes postales. Il rencontre donc ce fameux Tchang qui va lui apprendre la calligraphie chinoise, la communion avec la nature et surtout voir le monde d ‘un autre oeil.

Très vite les deux hommes deviennent inséparables, Rémi croit avoir trouvé chez le jeune chinois un autre lui-même. Ce gémeau souvent en conflit intérieur (on le comprend au vu des éléments de sa vie mentionnés ci-dessus)  retrouve une joie de vivre insoupçonnée, un élan vital qui lui manquait, tant et si bien que sa femme de l’époque Germaine en devient jalouse.

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L’idole des enfants apprend qu’il ne pourra jamais en avoir…

Colonnier ajoute une intrigue à la Tintin faisant écho à l’affreux Mitsuhirato : Hergé soupçonné de fascisme est vu comme un danger potentiel à la réputation des japonais et des communistes qu’il a déjà humilié dans son Tintin chez les Soviets. Tchang est envoyé pour saboter son travail et l’espionner avant de se prendre réellement d’affection pour l’auteur belge. Leur séparation serait donc d’ordre politique, les jours de Tchang étant en danger comme le montre l’escalade de violence à la fin de l’album.

Entre temps, Hergé aidé par les beaux décors mis en scène par Colonnier, visite l’exposition universelle de Bruxelles, teste une fumerie d’opium pour coller à son sujet, fait l’amour à sa femme avant d’apprendre sa stérilité due à une irradiation importante aux rayons X. Le Belge est décrit comme un esprit en perpétuel éveil, curieux de tout, en proie à de fort sentiments conflictuels envers sa femme dont il aimerait divorcer et sa mère dont la mélancolie le terrorise.

Hergé se serait drogué ? Oh là là quel choc ….

Et l’équivoque sexuel envers Tchang ne représente que deux pages : une première séquence où Hergé admire sans équivoque la chute de reins de son ami chinois sur la plage. Et une autre où déshabillés après une bataille de boule de neige, les deux amis se réchauffent l’un contre l’autre.

Colonnier laisse planer l’ambiguïté et sauve peut-être sa vie des intégristes de tout bord : aucun rapport sexuel, ni de baisers ne sont montrés. Inversement la fidélité de Rémi envers Tchang est poignante, tout comme son chagrin authentique au moment de leur séparation. Hergé y est montré tel qu’en lui-même, jeune et vivant, profondément humain tel que décrit par Assouline et Peteers, deux de ses biographes émérites.

Oh le gros dégueulasse….

Et comment un Tintinophile ne pourrait pas se réjouir des clins d’oeil innombrables à la légende du reporter à la houppe ?  Des plans célèbres repris pour notre plus grand plaisir (de la sortie du cinéma des 7 boules de cristal aux jeux de cache cache dans les tonneaux du Crabe aux pinces d’or, en passant par l’abbaye abandonnée de l’Île noire) aux inspirateurs du professeur Tournesol, de la Castafiore ou de  Rascar Capac, il est impossible de bouder le plaisir de retrouver ces figures familières comme autant de guests stars d’un univers dont Hergé est le héros.

C’est parfois un peu bavard, un peu longuet, l’ami Tchang est un peu casse bonbon mais Colonnier arrive à raconter autre chose qu’une passion homosexuelle platonique. Il met celle-ci en corrélation avec une étape charnière de la vie d’un créateur qui finit par trouver son identité personnelle et artistique pour les 40 années qui vont suivre ! Alors, expliquez moi ce qu’il y a de choquant et de dégueulasse dans le fait de raconter l’histoire d’un homme qui s’autorise à être heureux ?

A la fois, histoire d’amour contrariée, témoignage artistique et suite d’anecdotes biographiques, Georges et Tchang est un trés bel album qui ravira ces lecteurs à l’esprit ouvert, gorgés d’humanisme et de tolérance, valeurs véhiculées par les innombrables lectures de Tintin ! Qu’importe finalement de savoir si Tchang et Rémi furent amants ! Ce qui fut engendré suite à la rencontre des deux hommes est tellement unique, magnifique que le reste n’est que -mauvaise- littérature.

La chanson des vieux amants ?

La chanson des vieux amants ?

46 comments

  • Jyrille  

    J’ai relu Tintin au Tibet la semaine passée et je me suis ennuyé comme pas permis… Enfant, mon album préféré était Les bijoux de la Castafiore, suivi de près par Vol 714 pour Sydney. Je vais tâcher de relire ceux qui traînent chez moi (pour mes enfants) mais de toute façon cela fait longtemps que je n’ai plus la collection complète. Je pense que je ne serai jamais sensible à Tintin.

    • Nikolavitch  

      pourtant, ne serait-ce qu’en terme de narration pure, chaque séquence est une leçon d’efficacité, dans Tintin.

  • Bruce lit  

    Le Tibet ennuyeux ? HERESIE ! Toi BANNI ! Tes articles ? EFFACES ? Ton souvenir ? OUBLIE ?
    Bruce le fanatique !!!

    • Jyrille  

      Tu montres ton vrai visage !! Je le savais !!

  • Laurent Colonnier  

    Merci pour ce bel article. Deux ans après la sortie du livre ça fait plaisir qu’il suscite de l’intérêt. Si vous désirez de meilleurs scans je peux vous envoyer les pages.

    • Bruce lit  

      Ah ! C’est toujours un honneur d’avoir le retour de l’artiste pour moi. Oui je veux bien les scans 3, 4, 5 pour mieux les mettre en valeur. J’ai tellement aimé votre BD que je me la suis offerte illico après avoir rendu mon exemplaire en médiathèque. Le blog Bruce Lit n’a pas vocation à traiter l’actualité des BD. Cela ne m’intéresse pas et n’en ai pas les moyens financiers. C’est donc avec beaucoup de plaisir que je commente des oeuvres sorties, il y a 2 ans, 3 , 10, 20 !
      Bruce Lit a également une revue presse qui a aussi vocation à interviewer des artistes. On fait ça généralement par mail. C’est avec beaucoup de plaisir que je pourrais en publier une de vous ici autour de Georges et Tchang. N’hésitez pas à me contacter par mail : midnightsnake@hotmail.fr
      A bientôt ?

  • Tornado  

    J’avais oublié cet album. Je ne pense pas le lire parce que je ne suis pas friand de BDs naturalistes. Mais je salue le projet.
    Je songe également rarement au fait qu’Hergé n’a jamais pu avoir d’enfant, et que ce manque n’a pas dû l’aider à traverser toutes ces années de dépression qui ont suivi la guerre et toutes ces accusations puantes quant à sa soi-disant collaboration avec les nazis…

  • OmacSpyder  

    Je découvre cette bd biographique qui respecte l’adage de Boris Vian:  » Tout est vrai puisque je l’ai inventé ».
    Un propos intéressant partant d’un lapsus réel venant dire ce qui est refoulé. Ici la bd semble fonctionner comme un « Et si… Hergé avait eu conscience de ce que ce lapsus révélait? »
    Mais comme tout lapsus, il ne révèle qu’une part d’inconscient. Et la bisexualité psychique fait partie de l’inconscient. L’amitié n’est-elle pas autre chose que de l’amour sublimé?
    Après cela pose en effet cette question du rapport d’Hergé aux femmes. Les fanatiques peuvent affirmer : si, il y en a! Il n’empêche que ces femmes sont particulières. Et si nous prenons la Castafiore, c’est une femme phallique (avec ses « bijoux ») que nous dépeint Hergé, à la voix – phallus qui brise tout. Seul Tournesol le sourd est immunisé en effet…
    La question de la paternité d’Hergé est aussi intéressante. Tintin est-il l’enfant qu’il n’a jamais eu, lui évitant à la fois d’être confronté à la question de ses pulsions mais le gardant éternellement dans un monde où l’autre sexe n’existe pas.
    Tintin pourrait un jour s’allonger sur un divan!

    • Bruce lit  

      Salut Omac,

      Notre Tintinophile J-Luc Remy n’apprécie pas plus que ça cet album. Peut-être viendra t’il s’en expliquer ici ?
      Pour ma part, cette hypothèse comme une autre m’amuse plus qu’elle ne me choque. Le scénario imaginaire ou pas est solide et j’aime bien les dessins.
      Tintin sur le Divan ? Très bonne idée, même si Tisseron est passé avant toi.

      La citation de Boris Vian est chouette.

      • OmacSpyder  

        Tisseron n’a pas mon style!
        J’aime bien ce qu’il fait, sérieusement.
        L’hypothèse est celle d’un fantasme issu d’un lapsus. Je trouve cette hypothèse intéressante. Parce que le féminin chez Hergé, c’est Tintin! :D

    • Matt  

      Bah même si je ne vois rien de bien choquant, je n’en vois pas trop l’intérêt non plus. Et si c’était complètement faux ? « Pas grave » allez-vous me dire. Moui…bon…
      Si un de mes proches était super connu, qu’il mourrait et que quelqu’un faisait une BD complètement hypothétique en fonction d’un lapsus qu’il aurait fait…et sortait donc une BD complètement à côté de la plaque qui décrirait mon parent comme quelqu’un de complètement différent…j’aurais envie de dire « pourquoi vous faîtes ça ? C’est quoi le délire ? Pourquoi ne pas écrire cette histoire avec des persos que vous avez inventé plutôt qu’imaginer des trucs sur une vraie personne ? Et si vous vouliez écrire sur mon parent, vous pouviez pas vous renseigner et me demander ce que je sais par exemple ? WTF, man ? »

      Voilà^^
      Après c’est peut être une ode à la tolérance, l’humanisme et tout ça…mais je pige pas trop. Et toutes ces questions qu’on se pose globalement sur la vie privée des gens, je ne comprends pas non plus. Foutez lui la paix, il est mort et vous ne saurez jamais les rapports qu’il avait avec femmes, enfants, etc. Et j’ai presque envie de dire que ça ne vous regarde pas^^
      C’est en tous cas mon sentiment sur tous ces foutus magazines people de merde qui cherchent à faire du buzz sur les hypothèses concernant les stars, etc. Pfiou…tu m’étonnes que ça marche du tonnerre Facebook. Zuckerberg est le diable parce qu’il a bien compris que les gens ne peuvent pas s’empêcher de fouiller dans la vie des gens.

    • Matt  

      Les seuls trucs bons à savoir sur les gens, c’est ce qu’ils acceptent de partager. Après c’est du voyeurisme et de la curiosité mal placée. Si c’est votre pote vous pouvez le bousculer un peu pour son bien si nécessaire et sans trop de conséquences, mais les inconnus on leur fout la paix. Et s’ils sont morts, certes il n’y a pas de conséquence non plus…mais c’est pas correct.

      Je ne doute pas des qualités de la BD. Mais je me questionne juste sur cette idée de réécrire une vie comme on l’entend en fonction d’hypothèses ou de phrases sorties du contexte. Le but final semble certes plus louable que les tabloids qui descendent des réputations avec des photos de paparazzi de merde, mais ça part quand même d’un détournement d’une interview pour réécrire la vie d’un homme. Je trouve ça étrange. Et pas franchement intéressant.
      Et je ne dis pas ça parce que ça parle d’homosexualité, hein ! ça pourrait être n’importe quoi.

  • Jean-Luc Rémy  

    Bruce, quelques commentaires plus hauts attendait une réaction de ma part. La voici : En préambule je tiens à préciser que j’ai le plus grand respect pour le travail de Laurent Colonnier, il aurait même pu pousser plus loin la provocation en intitulant sa BD le Lotus Rose comme l’a écrit Jérôme Dupuis dans L’Express.
    C’est bien dessiné et bien documenté sur le plan tintinophilique. Mais je ne partage pas son hypothèse qui non seulement avance que Tintin et Tchang ont été amants et surtout que Hergé aurait été manipulé, via l’entremise de Tchang, par les communistes chinois quand il dessinait le Lotus Bleu
    D’abord Hergé était plutôt attiré par les femmes. Avant qu’il rencontre Fanny il avait eu 2 aventures alors qu’il était marié avec Germaine : Une jeune fille de leurs amis et une serveuse de restaurant (vous me direz que l’un n’empêche pas l’autre).
    Ensuite : Aucun de ses biographes (et ils n’ont pas tous été tendres avec lui) n’a fait la moindre allusion à des relations homosexuelles.
    Enfin, son éducation très catholique le bridait très certainement et même s’il a eu des pulsions, je ne pense pas qu’à l’époque (le contexte était moins « permissif ») il aurait osé passer à l’acte.
    Pour terminer je ne pense pas non plus que leur relation ait engendrée une quelconque jalousie de Germaine.
    Laurent Colonnier sous-entend également que Hergé aurait été manipulé par des communistes chinois au moment du Lotus Bleu, au prétexte que les slogans qui figurent dans l’album sont anti-japonais et que ces derniers ont le mauvais rôle. Il est écrit je ne sais plus où que Tchang, lors de son séjour à Bruxelles partageait sa chambre avec un autre chinois qui est devenu par la suite un haut dignitaire sous Mao. Tchang manipulé par son condisciple, difficile à imaginer quand on sait ce que lui a fait subir le régime maoïste lors de son retour en chine : confiscation de ses biens, relayé au rang de balayeur, envoyé en camp de travail, contraint de détruire ses œuvres, etc… Drôle de façon de le remercier de ses services rendus à la Patrie.
    En résumé, reprenons la phrase de l’auteur : « Tout est vrai. Tout est faux. Tout est vraisemblable. Tout est faux semblant », se dédouane Laurent Colonnier et c’est très bien comme ça

    • Bruce lit  

      @Matt : Tes arguments tiennent parfaitement la route. Maintenant, des bio en BD de Hergé, ça ne court pas les rues et cet album est très respectueux et bien documenté. Hergé est un des artistes du siècle dernier. Il est inévitable de le voir devenir un héros à son tour de l’autre côté du quatrième mur.

      @J-Luc : merci pour ces propos. Je n’ai aucun souvenir de l’intrigue politique ou très peu. Par contre, ce dont je suis sûr c’est qu’à aucun moment Hergé ne cède à sa pulsion. Nous restons vraiment dans le fantasme.
      A propos, je crois avoir lu que lors de ses retrouvailles avec Tchang, Hergé l’ a trouvé un peu collant et que ce come back ne fut pas tout à fait à son gout. Tu confirmes ?

    • OmacSpyder  

      C’est assez étonnant cette défense autour d’un passage à l’acte alors que la question est abordée ici sous l’aspect d’une pulsion inconsciente, d’un sentiment ou désir réprouvé.
      De plus, l’argument autour de ses relations avec des femmes est inepte. Relisez un peu Proust : aucune antinomie entre une orientation homosexuelle et des relations avec des femmes.
      Quant à la jalousie, elle peut être d’ordre différent : une compagne peut être jaloux d’un travail trop prenant, d’un ami trop présent, d’un rédac chef trop pressant etc… ;)
      Pour l’aspect politique, je passe. Mais pour cet aspect psychologique aucun des arguments avancés ici n’ en forme un. La défense aussi peu argumentée est d’autant plus questionnante… Un déni de la communauté tintinophile? ;)

  • Tornado  

    Etant donné que je prépare ces derniers temps de nouveaux articles sur Blake & Mortimer, j’ai fait quelques recherches sur le contexte éditorial de l’époque : A plusieurs reprises, je suis tombé sur des extraits qui affirment une chose : Après la guerre, les éditeurs imposaient une censure très rigoureuse aux auteurs de livres pour la jeunesse. Notamment, il était interdit de mettre en scène des relations amoureuses entre les héros et des femmes ! C’est incroyable mais manifestement vrai. Dans ce contexte, il apparait limpide que les BDs mettaient en scène des héros masculins sans compagnes féminines. C’est la raison pour laquelle « Le Rayon ‘U’, première oeuvre de Jacobs, met en scène une belle jeune femme, personnage qui disparait ensuite dans les aventures de Blake & Mortimer. Est-ce la raison pour laquelle il n’y a pas de femmes dans l’entourage direct de Tintin ? Peut-être pas. Mais ces éléments contextuels (apparemment complètement tombés dans l’oubli étant donné les discussions sur le sujet) peuvent tout de même clouer le bec de tous ceux qui trouvent « choquant » le fait que les femmes soient absentes, ou quasiment, de toutes ces vieilles bandes-dessinées destinées avant tout aux jeunes lecteurs.

    • OmacSpyder  

      Le mot important de ton commentaire est peut- être « mettre en scène ».
      L’autre sexe pouvait exister autrement, non? Y compris censuré pour la jeunesse d’alors. Les artistes savent faire passer des idées d’une autre façon, consciente ou non ;)

      • Matt  

        Bah ouais. La castafiore en est même un bon exemple. Elle n’a pas besoin d’être la compagne d’un des héros. La question c’est surtout « pourquoi il y a si peu de femmes ? » Je crois qu’on voit aussi la concierge de Tintin, une vieille mégère.
        Après pour ma part ce n’est pas que ça me choque, je me pose juste la question par rapport à l’époque vu que c’est pareil chez Jacobs. Mais il y a peut être plein de paramètres culturels. Déjà les femmes avaient moins de droits, ça paraissait peut être normal pour plein de gens qu’on les représente moins, elles étaient femmes au foyer et donc moins présentes sur des lieux de travail, etc. Enfin j’imagine.
        En tous cas je ne partage pas non plus l’idée que ça puisse avoir un rapport avec l’homosexualité de l’auteur. Est-ce que les hétéro ne dessinent que des femmes ? Non. Ils les dessinent en petite tenue souvent pour se faire plaisir^^ mais dessinent beaucoup d’hommes aussi. C’est pour ça que je disais que tirer des plans sur la comète concernant la vie d’un auteur en se basant là dessus, c’est de la curiosité mal placée complètement hypothétique avec fondements douteux. En gros moi je m’en cogne^^

        • OmacSpyder  

          Tout dépend, pour la Castafiore, de ce qu’on nomme « l’autre sexe »,. puisque j’évoque après d’autres que celle-ci est phallique : donc une apparence féminine ne fait pas un autre sexe.
          Quant à l’homosexualité de Hergé, elle est la fiction de cette bd chroniquée ici. Ça n’est donc pas en lien puisque c’est une fiction à partir d’un lapsus. Donc pas de lien avec le choix des personnages.
          Sur l’idée d’une homosexualité refoulée, c’est une autre affaire. Si l’on peut invoquer des éléments d’époque, est-ce aussi simple pour un personnage qui parcourt le monde? Et pour revenir à la Castafiore, pourquoi la seule femme célèbre de la série est une femme castratrice autant que cantatrice^^ Point de désir de ce côté hormis un lien quasi maternel pour une femme parée de bien des attributs… En somme, une mère d’avant le complexe de castration. Tintin serait-il alors cet enfant – là, d’avant la découverte de la différence des sexes, ou n’en voulant rien savoir. D’où le « chut! » de Tintin sur la couverture des « Bijoux… »

          Bien sûr cela n’est que spéculation, hypothèse, scénario et goût de la découverte. Mais quel plus bel hommage pour le créateur de Tintin de nous amener à être ces journalistes de l’impossible. La curiosité, c’est ce que nous apprend Tintin tout du long (sinon, mieux vaut passer son chemin), n’est pas un vilain défaut ;)

  • Tornado  

    @Omac : Je trouve ton point de vue magnifique, vraiment. Du coup, si j’osais, je te demanderais ardemment un Tintin sur le divan ! Dis, tu nous le fais ? :)
    Je comprends bien que c’est ambitieux, mais allez, soyons fous !

    Je pense, vu tous les articles que j’ai déjà écrits sur le sujet (non encore publiés) et tous ceux que je me prépare à écrire, que nous aurons encore largement l’occasion de débattre sur ce thème de l’absence et de la présence de la femme chez Hergé, et chez les autres créateurs de cette époque.

    • OmacSpyder  

      @ Tornado : J’avais une fois soufflé dans un moment d’inconscience l’idée à Bruce. Comme il l’a rappelé, Tisseron est passé par là, déjà!
      Merci en tout cas pour ton élan, ça pourrait peser dans l’inconscience à relancer l’idée^^

  • Cobb  

    Juste deux remarques : on n’écrit pas « Georges Rémi » mais « Georges Remi ».
    Et « Ouvrez les guillemets » était une émission (de Bernard Pivot) française, et non belge.

    • Sergio  

      2 autres petites remarques, la sortie du cinéma c’est dans Coke en Stock pas les 7 boules de cristal, en revanche quand ils jettent une brique sur la tête d’un marin dans sa barque en contrebas et qu’ils se sauvent, c’est dans les 7 boules de cristal, pas le Crabe aux pinces d’or.

  • JP Nguyen  

    Allez, je vais plomber le niveau avec un jeu de mots bien lourdingue :
    Plutôt qu’élargir le champs de ses pensées, Hergé ne voulait-il pas simplement élargir le cercle de ses amis ?

  • OmacSpyder  

    Ce qui me fait rire à chaque fois que je viens sur cette page et ses commentaires sérieux, c’est que JP et sa vanne restent toujours en clôture de l’article! :D

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