Je vois beaucoup de choses nouvelles et magnifiques. (Van Gogh)

Van Gogh – Fragments d’une vie en peintures par Danijel Žeželj

Un article de PRESENCE

VO : /

VF : Glénat

Je m’oriente vers le soleil.
© Glénat

Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Il s’agit d’une bande dessinée en noir & blanc, dont la première édition date de 2016. Elle a été réalisée par Danijel Žeželj. Elle comporte 15 chapitres, avec un lieu et un mois. Il comprend également 2 pages d’éléments biographiques, revenant sur chacune des 15 dates.

Chapitre I : Londres, juillet 1873. Au milieu d’une rue de Londres, dans un quartier industriel, avec les cheminées qui fument, une charrette avec un cheval, une brouette poussée par un homme, des badauds. Vincent van Gogh marche dans la rue en regardant les façades noircies des façades de petits immeubles. Il avance en marchant sur les pavés de la chaussée, et en jetant un regard alentour. Il s’arrête soudainement en découvrant des pieds qui se balancent dans le vide dans une ruelle. Il finit par voir qu’il s’agit d’un mannequin. Un groupe de jeunes gens se moque de lui en voyant sa réaction. Van Gogh poursuit son chemin, la tête passe, puis il se met à courir. Il arrive devant un grand hangar et y pénètre. Un nœud coulant au bout d’une corde se balance. Dans une lettre adressée à Caroline et Willem van Stockum-Haanebek, il évoque son installation à Londres, et son travail pour la branche de l’entreprise par laquelle il est employé, installée dans un simple entrepôt. Cela lui laisse du temps pour travailler, pour se promener dans la ville et admirer les maisons avec leur jardin devant, ainsi que les parcs splendides avec une richesse florale telle qu’il n’en a jamais vu.

Chapitre II : Ramsgate, avril 1876. Un maître d’école est en train de faire classe à une vingtaine d’enfants, pour une leçon de calcul. Vincent van Gogh se promène sur la plage de cette ville de la côte Nord-Est du comté de Kent. Il y a de hautes falaises derrière lui. Il observe des enfants en train d’observer quelque chose sur le sable. Il s’approche du petit groupe et découvre le squelette d’un poisson, entièrement nettoyé. Il a la vision de ce squelette gigantesque dressé dans le ciel, une hallucination très palpable. Dans le même temps, il écrit une lettre à son frère Theo dans laquelle il évoque son arrivée, l’internat qu’il voit de sa fenêtre, sa promenade sur le bord de la plage le soir même de son arrivée, et il joint quelques algues à sa lettre, les maisons en brique, le port et la couleur de la mer. Dans les expériences et lettres suivantes, il est question d’une promenade dans les champs, de l’impression laissée par un incendie, d’une après-midi mélancolique dans sa chambre, de sa relation avec Clasina Maria Hoornik, de ses interrogations esthétiques sur le noir & blanc, sur les couleurs, d’une séance de peinture avec une modèle à Anvers, de son retour à Paris, de son ressenti que les maladies sont des moyens de transport célestes, des hauts et des bas de sa relation avec Paul Gauguin, de son nouveau séjour à l’hôpital à Arles, etc.

Dans les rues de Londres
© Glénat

En découvrant cet ouvrage, le lecteur est tout d’abord impressionné par ses dimensions : 26cm*37cm, soit plus grand qu’un format franco-belge, pour une reproduction à l’échelle 1 des planches originales de l’artiste. Ensuite la couverture arrête le regard avec ses couleurs évoquant celles de van Gogh pour une partie de sa série de tableaux sur les tournesols, ainsi que pour ces fleurs entre description fidèle et impressionnisme. Il découvre ensuite la forme de l’ouvrage : 15 courts chapitres 5 de 4 pages, 8 de 6 pages, 2 de 8 pages. Chaque séquence est en noir & blanc, commence avec une page de titre : numéro du chapitre, lieu et date en caractères blancs sur fond noir, et se termine avec une lettre de Vincent van Gogh écrite à ce moment-là. En fonction de sa curiosité, de son envie, le lecteur peut soit enchaîner les séquences en BD, ou lire les lettres après chaque séquence, ou aller consulter le court paragraphe de notes sur ladite séquence, en fin d’ouvrage. Il commence par le premier chapitre à Londres en juillet 1873. Il n’est pas bien certain que la dimension descriptive des dessins représente avec exactitude la réalité historique de ce quartier de Londres, que ce soit pour la largeur des voies, la faible densité de fréquentation, les façades d’immeuble, ou même les tenues vestimentaires. Il se dit que l’intention de l’auteur ne doit pas être d’effectuer une reconstitution historique minutieuse, encore moins maniaque, mais de retranscrire les sensations du peintre, la manière dont il a ressenti les choses à ce moment de sa vie, ses impressions psychiques.

Le lecteur est tout de suite frappé par le parti pris très contrasté entre noir et blanc, comme des coups de pinceau tracés à l’encre de Chine la plus impénétrable possible. La première page du premier chapitre correspond à une illustration en pleine page, le blanc immaculé de la chaussée répond au blanc immaculé du ciel, et contraste totalement avec le noir profond de la fumée des cheminées d’usine, de celui des bâtiments, des individus. Dans la première case de la page suivante, l’artiste utilise la même technique, tout au long de l’ouvrage, mais réussit cette fois une impression quasi photographique dans la représentation de la façade des bâtiments de la rue, comme si le contraste avait été poussé à fond, tout en conservant l’effet réel des détails. Il s’opère ensuite un glissement progressif : le contraste est encore accentué mais laissant plus de place aux surfaces noires qu’aux surfaces blanches, sous-entendant une montée de l’inquiétude ou de la déstabilisation de Vincent, de manière quasi expressionniste. C’est encore renforcé dans la troisième page, avec les trainées apparentes des coups de pinceaux, et une distanciation partielle d’avec une représentation purement réaliste. L’effet est saisissant et le lecteur ressent l’effet déstabilisateur qu’a le mannequin de chiffon pendu sur van Gogh.

La relation peintre / modèle
© Glénat

La dernière case appartient à un autre registre : une corde pendant du haut de la case sans qu’il soit possible de deviner à quoi elle est attachée, avec ce nœud coulant à un mètre au-dessus de la tête de van Gogh, en pleine lumière, les ténèbres recouvrant les bords droit et gauche de cette case de la largeur de la page. Le lecteur est plongé dans une expérience sensorielle et spirituelle, à laquelle il participe inconsciemment, mais automatiquement. En effet tous les chapitres sont dépourvus de mot, aucun phylactère, aucun cartouche, amenant le lecteur à découvrir le récit visuellement, avant toute utilisation d’un langage écrit. Enfin, il découvre la courte lettre correspondant à cette phase de la vie du peintre, puis il peut se rendre en fin d’ouvrage pour avoir d’autres éléments de contexte dans un court paragraphe.

Après avoir découvert ce premier chapitre, le lecteur a facilement compris le principe de cette œuvre : passer en revue quinze moments de la vie de Vincent van Gogh (1853-1890), en partant d’une de ses lettres, et en proposant une interprétation de ce qu’il a pu ressentir lors de ce séjour. Danijel Žeželj est un bédaste aguerri qui a commencé sa carrière au début des années 1990, avec LE RYTHME DU CŒUR (1993) qui avait bénéficié d’une introduction de Fredrico Fellini (1920-1993). Il a régulièrement réalisé des bandes dessinées depuis, soit avec des scénaristes (souvent des comics), soit tout seul, dont une version muette extraordinaire du conte du CHAPERON ROUGE en 2015. Qu’il soit familier de cet auteur ou non, le lecteur reste bouche bée devant de nombreuses planches, souvent des dessins en pleine page : cette vue étonnante de la dimension industrielle de Londres, le gigantesque squelette de poisson dressé dans le ciel, la noirceur des flammes de l’incendie au-dessus des mines, Vincent recroquevillé par terre dans sa chambre, un navire marchand échoué sur une plage, van Gogh semblant tomber du ciel en perdant ses chaussures, van Gogh en train de peindre semblant enraciné dans la terre qui le nourrit, un chien à la fourrure trempée sous la pluie, un magnifique taureau sous le soleil, la vision fugitive d’un cerf dans une clairière, etc. Chaque séquence apporte son lot d’enchantement, une interprétation de la vie intérieure du peintre, mais aussi une façon de voir les intentions et les émotions de l’individu qui transforment la perception de la réalité.

Le coup de pinceau
© Glénat

Bien sûr, cette lecture est différente en fonction de sa familiarité avec la vie du peintre, avec son œuvre, s’il identifie tel détail qu’il connaît déjà, ou s’il le découvre. Dans les tous les cas, cette bande dessinée s’avère une expérience narrative hors du commun, riche en émotions, en impressions, en ressentis, en expérience de la réalité. Bien sûr, il est facile de reconnaitre l’automutilation de l’oreille, ou encore la chambre dans la Maison jaune d’Arles. Bien sûr, on peut ne pas adhérer à la vision que Danijel Zezelj donne de la vie intérieure de van Gogh, mais elle est très cohérente, et convaincante. D’ailleurs personne ne peut dire ce qui passait par la tête du peintre à ces moments-là, ce qui rend l’interprétation de l’auteur aussi valide qu’une autre. D’un autre côté, c’est une approche cohérente avec son instabilité mentale, une façon d’évoquer le fait que ses peintures montrent la réalité d’une manière différente de celle perçue par le commun des mortels, d’évoquer ses préoccupations. Le lecteur fait l’expérience de la force créatrice qui peut s’emparer du peintre, de son regard qui s’attache à des éléments singuliers jugés banals par le commun des mortels, à sa sensibilité aux éléments naturels (paysages ou faune), à la distance qui le sépare des personnes qu’il peut être amené à côtoyer. L’auteur sait faire partager l’impression d’une démarche créatrice exceptionnelle, engendrée par un individu spécial, en décalage avec les valeurs et les pensées qui définissent la normalité de la société dans laquelle il vit.

En découvrant le format de cet ouvrage, et sa composition, le lecteur constate qu’il sort physiquement de l’ordinaire. En lisant le premier chapitre, il a la confirmation de l’originalité de l’approche : des chapitres courts en noir & blanc, dépourvus de mots, complétés par une lettre du peintre. Il découvre en fin d’ouvrage que l’auteur complète chaque séquence par un court paragraphe développant son contexte. Le titre annonce des fragments d’une vie : la promesse est tenue par des mises en situation en noir & blanc très contrasté, des images saisissantes, pour une proposition des visions intérieures de Vincent van Gogh. Le résultat est personnel, d’une grande force évocatrice, faisant partager les états d’esprit d’un individu habité par la force de la création d’une vision singulière.

L’oreille, logique
© Glénat

La BO tardive du jour Quel petit joueur ce Van Gogh ! Je veux dire, le mec il ne se coupe qu’une oreille ! Chez Lou Reed, le rasoir se ballade un peu partout…

51 comments

  • Bruce lit  

    ça alors ! Voilà qui m’intéresse au plus haut point aussi bien de par son sujet que son auteur.
    J’adore les histoires muettes et c’est actuellement ce que je cherche en BD actuellement : du silence. C’est un étrange défi que d’illustrer Van Gogh, le maître de la couleur avec ce noir et blanc charbonneux mais ces dessins ont l’air très impressionnants même en petit format ici.
    Je pose une option plus que sérieuse là dessus pour mon prochain tour en librairie. VAN GOGH de Pialat fait partie de mon Top 5 de mes films français préféré et tu décris ça comme une experience de lecture exceptionnelle.
    Adjugé.

    • Présence  

      C’est un étrange défi que d’illustrer Van Gogh, le maître de la couleur en noir et blanc : j’étais tellement focalisé sur Žeželj, que je n’ai même pas pensé à attirer l’attention sur cette particularité pourtant très singulière, comme tu le soulignes.

  • Manu  

    Les bandes dessinées muettes ça ne court pas les rues. Ça doit être en effet une sacrée expérience à lire. Merci pour la découverte

    • Présence  

      Une sacré expérience, ça oui… peut-être encore plus intense si on connaît mieux Van Gogh que moi ?

  • Nikolavitch  

    Zezelj, on ne le dira jamais assez, c’est un très grand de la Bd mondiale

    • Présence  

      100% d’accord : il m’épate à chaque fois, même quand il travaille avec un scénariste moyen.

      Dernièrement, j’avais été collé sur mon siège par Days of hate, avec Aleš Kot.

  • Ed'  

    Absolument sublime où rien n’est approximatif dans cet album ce qui induit incontestablement maîtrise et talent ! Tout fonctionne ici et magistralement ! L’une des caractéristiques de cet artiste est qu’il est impossible de ne pas se laisser emporté par ses contrasts. De la botay céleste en Xxl où le processus d’encrage évoque une certaine  » longévité » … Juste puissant !
    Merci pour cet article fort mérité et tant attendu aussi ! (c’te tuerie !!!)

    • Présence  

      Merci beaucoup pour ton retour avec ta fougue et ton regard d’artiste. Je rejoins ton avis : c’est une tuerie et c’est puissant.

  • Jyrille  

    Bon, il est dans ma bibli à lire, je vais donc me le faire vite fait (j’ai fini mon troisième Gou Tanabe presents Lovecraft : La couleur tombée du ciel hier soir) et je viendrai lire ta chro une fois que ce sera fait !

    • Présence  

      À plus tard.

  • Matt  

    Curieux comme choix le muet.
    Le dessin est très beau, ça c’est sûr.
    Après j’ai souvent l’impression de m’être fait arnaquer quand la lecture dure 10min par manque de dialogues^^

    • Ed'  

      Ce qu’il y a d’avantageux ici est que tes 10 minutes tu les passent sur chaque page ^^ ! Tu ne peux pas juste  »regarder » et tourner la page, faut décortiquer et laisser infuser !

      • Présence  

        J’aime beaucoup cette image de laisse infuser.

    • Présence  

      @Matt – Pour moi, le choix du muet a fait sens : Žeželj communique avec le lecteur, comme Van Gogh communique avec le public, sans mots.

      En outre, la page de texte en fin de chaque séquence crée une interaction originale, que le lecteur utilise à sa guise.

      Enfin, comme l’exprime Edwige, la dimension muette incite à consacrer plus de temps à contempler la page, un peu comme pour un tableau : prendre le temps de se demander ce que l’instant représenté évoque en nous. Personnellement, la lecture de l’ouvrage m’a pris plus d’une heure, plutôt 1h30 pour la 1ère lecture.

      • Ed'  

        Pour ma part, des le jour de sa sortie, j’étais en librairie et a ce jour, je ne cesse d’y retourner. Il y a toujours à découvrir a travers ses pages. Et puis parfois, le silence est très expressif… Il fait de ce silence une force raisonnante. Pas dit à tout le monde non plus.
        Oui vraiment, je valide ^^ !

  • Eddy Vanleffe  

    L’art à l’état pur , le seul bémol serait sans doute que l’ouvrage est destiné en priorité à ceux qui possèdent cette fibre…
    Moi j’adore le noir et blanc depuis Hugo Pratt, les artistes que j’idolâtre on cette maîtrise particulière de la lumière qui joue avec les volumes, les matières etc…
    Donc je suis conquis…

    • Présence  

      … avec en plus une recommandation en béton d’Edwige !

  • Surfer  

    Faire une BD muette n’est pas chose évidente.
    Il faut vraiment savoir maîtriser parfaitement son art pour pouvoir raconter quelque chose.
    Ma référence absolue étant : La où vont nos pères.

    Ici l’auteur a l’air de se débrouiller parfaitement. Ta chronique m’a convaincu.

    Mon seul reproche rejoint un peu ce qu’a évoqué BRUCE : Je trouve dommage d’illustrer VAN GOGH avec du noir & blanc et de ne pas du tout utiliser la couleur.
    Les couleurs étant l’une des choses qui représente le mieux les peintres.
    Reprendre ses tableaux en noir & blanc comme sur la dernière illustration qui représente « la chambre de Van Gogh à Arles ». Cela ne le fait pas du tout.
    En tout cas c’est mon avis.

    • Présence  

      Faire une BD muette n’est pas chose évidente : un avis que je partage entièrement car il faut aussi réussir à se faire comprendre sans pouvoir expliciter une situation ou une causalité à l’aide de mots.

      Là où vont nos pères : j’avais également trouvé cette bande dessinée, aussi ambitieuse que réussie dans le genre Sans Paroles. Dans un tout autre registre, Gon de Masashi Tanaka est également un tour de force.

      http://www.brucetringale.com/lorsquun-dino-joue-au-gon/

      • Nikolavitch  

        à écrire, les scènes muettes sont ce que je trouve de plus difficile à faire, ouais. ça demande une précision dingue.
        toute une BD, je ne m’y risquerais même pas…

        • Présence  

          La première fois que j’ai pris conscience de l’exigence de cette narration sans mot, c’était pour un épisode la série Puma Blues (#13), le scénariste Stephen Murphy expliquant dans son éditorial la précision de dingue que tu mentionnes.

        • Bruce lit  

          Oui. Et pourtant la BD est un art si pictural.
          PLus le temps passe, plus j’apprécie les silences. Beaucoup d’auteurs parlent pour ne rien dire. J’aime la force de ces cases vides. Enjoy the silence. Words are meaningless.

          • Matt  

            Ah mais moi j’aime beaucoup les scènes muettes ou les silences dans une BD.
            Juste que je me questionne si je pourrais aimer ça sur une BD entière.

            Mais sinon oui une pause silencieuse, avec un regard, que ce soit pour l’émotion, le moment gênant, ou même l’humour, c’est très bien.

          • Nikolavitch  

            ah, mais j’utilise énormément de silences, ils donnent du rythme à la narration, permettent de laisser au lecteur le temps de digérer une info ou une scène.

            mais faire toute une scène ou tout un épisode silencieux, crois-moi, à écrire c’est la plaie

          • Présence  

            En y repensant, il est également possible de citer l’épisode Silent Night de la série Sin CIty, de Frank Miller, lui aussi silencieux (c’est même indiqué dans le titre).

          • Eddy Vanleffe  

            Silent Night est une tuerie absolue!

    • Présence  

      La question de la couleur : je serais tenté de penser que Žeželj a eu intentionnellement recours au noir & blanc, pour bien marquer le fait qu’il ne se prend pas pour Van Gogh, qu’il n’essaye pas de le singer en moins bien, à la fois une marque d’humilité et un défi pour restituer l’esprit de l’artiste sans la couleur.

      • Surfer  

        Vu comme ça c’est recevable… je m’incline

        • Présence  

          Sans garantie aucune quant à l’intention réelle de l’auteur : ce n’est que ma façon de voir les choses.

          En fait, avant la remarque de Bruce sur le sujet et celle de Barbuz sur mon site, que j’ai pris conscience que je n’y avais même pas pensé à l’absence de couleurs. A posteriori, je me suis dis que ça ne m’avait pas choqué, ni gêné en rien, sûrement aussi parce que mon horizon d’attente était une BD de Danijel Žeželj, et pas une biographie de Van Gogh, ou une mise en scène du processus mental de création. C’est mon inculture qui m’a sauvé. 🙂

  • JP Nguyen  

    De ce dessinateur, je n’ai lu à ce jour que Luna Park, offert par Présence, et quelques one-shots comme un Batman Black and White en 8 pages ou encore un fill-in de Scalped.
    Il a un style bien à lui et il maîtrise son art, pour sûr. Les planches de l’article sont chouettes et donnent grandement envie de tenter cette lecture.

    • Jyrille  

      STARVE pourrait te plaire…

      • Présence  

        Days of Hate (uniquement en VO) est hallucinant, mais aussi Chaperon Rouge (référencé dans l’article) est un tour de force.

  • Surfer  

    La BO tardive : « Quel petit joueur ce Van Gogh ! Je veux dire, le mec il ne se coupe qu’une oreille ! Chez Lou Reed, le rasoir se ballade un peu partout »
    Je comprends mieux pourquoi Lou Reed est toujours rasé de près 😀
    Blague à part: j’aime beaucoup tout comme les VELVET d’ailleurs. Cela me fait penser qu’il faut absolument que je me Procure TRANSFORMER en Vinyle. C’est mon album préféré de l’artiste.

    • Présence  

      Je laisse Bruce répondre pour la BO…

    • Bruce lit  

      Je préfère la disco de Lou Reed en solo que ses années Velvet que j’apprécie, sans plus mis à part RELOAD qui est le plus malaimé.
      J’ai investi cette année sur des albums plus méconnus et il y a des trucs fantastiques sur STREET HASTLE ou GROWING UP IN PUBLIC. Je ne crois pas que tu aimeras : trop punk, pas assez pop.
      BERLIN est un disque qui m’a marqué au fer rouge.

  • Bob Marone  

    Ce dessinateur est décidément surprenant : du polar Luna Park aux Vikings de Northlanders en passant par le Hollandais a l’oreille coupée : il tire dans tous les coins. Mais Van Gogh en N&B, il fallait effectivement oser…

    • Présence  

      Avec aussi un peu de superhéros (chez DC El Diablo avec Brian Azzarello ou Congo Bill avec Scott Cunningham, chez Marvel Captain America avec Dako Marca), avec Brian Wood ou Ales Kot chez Image Comics, avec Jean-Pierre Dionnet pour le tome 3 de Dieux et des hommes, avec Plajan pour un album intitulé les Pédés, etc. Servi par un bon relationnel avec les éditions Mosquito :

      http://www.editionsmosquito.com/auteur-27.html

      • Bruce lit  

        Je trouve que le noir et blanc convient mieux à Zezelj. Sur la fin, STARVE me piquait un peu les yeux.

        • Présence  

          De temps à autre, je trouve aussi que le noir de Žeželj + les couleurs, ça peut parfois faire chargé. Pas sûr que Žeželj conçoit ses dessins en pensant à la mise en couleurs.

          • Eddy Vanleffe  

            J’aime bien l’arc qu’il a dessiné pour le Northlanders de Brian Wood

  • Patrick 6  

    Je ne dirai qu’un mot : Woaw !
    Si je devais en ajouter un autre je dirai : J’achète !
    Moralité well done Présence (même si une fois n’est pas coutume tu causeras probablement ma ruine)

    • Présence  

      Yes !!! Un autre pauvre hère tombé sous le joug de ma manipulation mentale !!! Aujourd’hui Patrick 6, demain le monde ! Ha ha ha !!!

      ……

      Bon, la dame en blouse blanche me fait signe que c’est l’heure de mes gouttes.

  • Surfer  

    BERLIN est aussi un très bon disque. Mais ma préférence va à TRANSFORMER. Le simple fait que PERFECT DAY et WALK ON THE WILD figurent dans cet album ne me fait même pas hésiter la moindre seconde.

    STREET HASSLE et GROWING UP IN PUBLIC je n’ai jamais écouté.

    • Surfer  

      WALK ON THE WILD SIDE pardon

  • Tornado  

    La première fois que j’ai vu du Zezelj c’était dans un épisode de Scalped. J’avais d’emblée été impressionné (je me souviens bien en avoir tapé quelques mots sur un commentaire Amazon). Ensuite Présence m’avait offert le CHAPERON ROUGE. Tout juste magnifique, dans le même esprit que ce Van Gogh.

    Les BDs sans texte, je suis toujours extrêmement client. C’est vraiment là que l’on peut approcher la maitrise absolue de la narration séquentielle par le découpage et la seule force des images. C’est une véritable science en soi.

    C’est vrai que le parti-pris d’aborder l’univers de Van Gogh sans la couleur peut paraitre paradoxal. Mais le style de Van Gogh appartient au mouvement impressionniste (néo-impressionniste plus exactement, soit la 2nde vague du mouvement, encore plus analytique, avec des types comme Cézanne et Gauguin). Tandis que celui de Zezelj est dans la lignée de l’expressionnisme (j’aurais d’ailleurs choisi un titre comme « De l’impressionnisme par l’expressionisme » pour l’article présent). Soit deux mouvements artistiques ayant pour dominateur commun le travail sur la lumière, le premier par la couleur, et le second par les contrastes. Pris sous cet angle, le parti-pris de Danijel Zezelj est plutôt cohérent.
    Et puis quand on y regarde encore mieux, l’idée première des impressionnistes, qui sortaient enfin la pratique de la peinture du très sombre atelier éclairé à la bougie pour enfin affronter la lumière du jour (grâce à l’invention du tube de peinture, qui les délivrait de l’obligation de rester enfermés dans le dit-atelier afin de préparer la peinture tel le premier chimiste venu…), était de représenter non pas ce qu’ils voyaient, mais ce qu’ils ressentaient. Là encore, l’idée de Zezelj de focaliser son récit sur les tourments intérieurs du peintre par ses impressions, puis de les traduire par des expressions, semble couler de source !

    Superbe article, particulièrement lyrique !

    • Présence  

      Énorme merci pour ce complément d’analyse dont j’ai été totalement incapable.

      Maitrise absolue de la narration séquentielle : je me souviens aussi d’une interview de John Byrne qui expliquait à quel point il est compliqué de trouver des solutions visuelles claires pour indiquer des trucs tout bêtes avec deux mots, comme le passage du temps.

      L’épisode en question : Critical Error

      https://www.darkhorse.com/Comics/92-360/Critical-Error

      J’aurais d’ailleurs choisi un titre comme « De l’impressionnisme par l’expressionnisme » : j’en aurais été bien incapable de choisir un titre pareille, ça dépasse clairement mes connaissances culturelles. 🙂 Du coup, tes observations n’en sont que plus précieuses. Merci beaucoup.

  • Eddy Vanleffe  

    A noter également la qualité exceptionnelle de la traduction. ce doit être signalé!

    • Présence  

      🙂 🙂 🙂

      D’un autre côté, les pages de texte sont également dans un bon français.

  • JP Nguyen  

    Acheté et lu aujourd’hui. J’ai mis la main sur l’ultime exemplaire de mon Decitre, alors que j’étais plutôt parti pour chercher du sirop de mangue ou ananas à l’épicerie d’en face..

    Un dessin avec effectivement un grand pouvoir d’évocation. Et des lettres en fin de chapitre très éclairantes sur l’état d’esprit de cet artiste torturé. Le bouquin fonctionnerait moins bien sans ces lettres, amha.
    J’ai été bluffé par les ailes de moulin se transformant en Christ crucifié. Ma séquence préférée est toutefois celle d’Arles juillet 1888, avec les prémices de la Nuit Étoilée.
    Présence, mon libraire et moi te remercions !

    • Présence  

      Chic un client satisfait. 🙂

      Merci de ton retour.

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